• Populistes ? Comment parler de l’extrême droite en Europe ?

    Populistes ? Comment parler de l’extrême droite en Europe ?

    Propos recueillis par : Mathias Cadena

    POLITIQUE · Pour discuter de la résurgence de l’extrême droite en Europe, souvent qualifiée de populiste, L’auditoire a rencontré Antoine Chollet, Maître d’enseignement et de recherche à la faculté des sciences sociales et politiques de l’université de Lausanne, spécialiste de pensée politique.

    Quelle analyse faites-vous de la récente montée de l’extrême droite en Europe ? En tout cas, quels sont les jalons à retenir de ces 20 dernières années ?

    Il est difficile de faire une analyse globale et qui mélangerait tous les régimes parce que les situations sont assez différentes d’un pays à l’autre. Il y a certes des victoires importantes de l’extrême droite ou de la droite radicale dans de nombreux pays, mais il y a aussi des défaites. On vient de le voir au Brésil par exemple, où la défaite de Bolsonaro n’était pas du tout gagnée d’avance, mais on l’a aussi vu aux États-Unis avec l’élection de Biden en 2020. On peut supposer que sans le COVID-19, Trump aurait été réélu. Les trajectoires sont donc différentes de pays en pays. Malgré cela, il est absolument incontestable que l’extrême droite est menaçante dans la plupart des pays européens et américains. Hors de ces continents, on a pu le voir en Inde, où Modi est assez proche de l’extrême droite, ou aux Philippines, ou encore en Australie.

    Il est impossible de donner une explication unique à cette montée, mais on peut au minimum avancer quelques éléments. Pour commencer, il faut relever l’omniprésence depuis des années de tous les thèmes propres à l’extrême droite, non seulement chez ses représentant·e·s, mais aussi dans les autres familles politiques et dans les médias : racisme, peur de l’immigration, mentalité obsidionale, culte de la force, virilisme et misogynie, conspirationnisme, etc. En agitant en permanence ces sujets, de très nombreux·ses acteur·ice·s politiques font le jeu de l’extrême droite depuis longtemps.

    « Le problème de l’usage du terme de « populisme », c’est de suggérer que le peuple voterait spontanément pour l’extrême droite »

    – Antoine Chollet, Maître d’enseignement et de recherche à la faculté des
    sciences sociales et politiques de l’université de Lausanne

    Il faut mentionner ensuite l’affaiblissement des partis sociaux-démocrates et, plus généralement, de la gauche. Cela ne signifie pas, les sociologues le démontrent depuis longtemps, que l’électorat de gauche se soit simplement déplacé vers l’extrême droite. L’idée que les ancien·ne·s électeur·ice·s communistes voteraient désormais pour le Rassemblement national, dans le cas de la France, est, dans une assez large mesure, une erreur d’analyse. Ce qui doit être noté, c’est que l’affaiblissement des partis sociaux-démocrates a eu une série d’effets sur la droite, la conduisant à se radicaliser et à se rapprocher progressivement de l’extrême droite, déplaçant ainsi tout le spectre politique et banalisant cette dernière.

    Enfin, il faut rappeler les effets qui se font de plus en plus clairement sentir des politiques économiques et de destruction des assurances sociales et des services publics qui ont été initiées dans les années 1970 et qui se sont surtout déployées à partir des années 1980. La pandémie les a révélées avec une acuité particulière, mais ces effets étaient déjà très sensibles auparavant. Ces politiques ont conduit à une paupérisation de larges secteurs de la société qui avaient auparavant des situations qui étaient relativement confortables et qui ont depuis chuté dans la pauvreté (ou craignent d’y tomber). On le voit très clairement aux États-Unis, où une bonne partie de l’électorat de Donald Trump était composée par ces catégories, notamment les ancien·ne·s ouvrier·ère·s. Aux États-Unis, les ouvrier·ère·s de l’industrie automobile avaient une bonne situation, possédaient une maison et plusieurs voitures, bénéficiaient de plans de retraite très avantageux, etc. Toutes ces protections qui avaient été mises en place après la Seconde Guerre mondiale (et un peu plus tôt aux États-Unis) ont été détruites ou considérablement affaiblise ces dernières décennies. Cette situation socio-économique rend l’ascension de partis d’extrême droite plus facile, puisqu’il y a une détresse sociale et économique et que les forces politiques qui, traditionnellement, travaillaient pour les catégories les plus vulnérables de la population, sont très affaiblies. L’extrême droite y apporte ses soi-disant explications, en désignant des boucs émissaires. Le vieux slogan du Front national des années 1980 est toujours d’actualité : « X millions de chômeur·euse·s, c’est X millions d’étranger·ère·s en trop ».

    J’ajouterais aussi que la Suisse a été un laboratoire de cette ascension de l’extrême droite. Elle y commence à partir des années 1990. Surtout autour du vote sur l’adhésion à l’Espace économique européen (EEE) en 1992, où l’UDC blochérienne prend le pouvoir à l’intérieur de l’UDC et va commencer son ascension, qui va en faire le premier parti du pays à partir de 1999. Une bonne partie des leaders de l’extrême droite européenne et même mondiale sont venu·e·s en Suisse, ou se sont intéressé·e·s au cas de la Suisse, pour savoir comment l’UDC était parvenue à ces résultats. L’UDC a apporté une spécificité aussi, plutôt nouvelle au sein de l’extrême droite et que l’on retrouve chez les partisan·nne·s du Brexit en Angleterre, chez Trump ou dans l’extrême droite néerlandaise : le mélange entre une xénophobie et un racisme tout à fait assumés et une position économique ultralibérale. L’UDC blochérienne ne s’est jamais opposée aux accords de libre-échange avec le monde entier, ni avec la Chine, ni avec les États-Unis. C’est l’alliance des thématiques traditionnelles de l’extrême droite avec une forme de « libertarianisme », qui demande la disparition pure et simple de l’État. Cela convainc une partie de l’électorat parce qu’à partir du moment où l’on a complètement fracassé toutes les protections sociales et les services publics, l’État n’apparaît plus que comme un collecteur d’impôts et de taxes, sans redistribution. La Suisse a aussi été un laboratoire sur la question de la démocratie directe, qui intéresse également beaucoup l’extrême droite depuis 20 ou 30 ans. On crédite l’ascension de l’UDC à son utilisation des outils de démocratie directe, ce qui est en partie faux. Mais ce qui intéresse surtout l’extrême droite européenne, c’est que la démocratie directe a permis de maintenir la Suisse en dehors de l’Union européenne, ce qui est correct. C’est l’aile blochérienne de l’UDC qui a d’abord fait capoter l’accord sur l’Espace économique européen, puis a déroulé le discours anti-européen qui nous a amené dans la situation qu’on connaît aujourd’hui, après le succès de l’initiative de 2014.

    Selon vous, cette dynamique est-elle susceptible de continuer ? Pourrait-on, par exemple, voir Marine Le Pen devenir présidente en 2027 ?

    Les recherches sociologiques qui travaillent sur l’extrême droite en France tendent à montrer qu’une victoire de Marin Le Pen en 2027 est de plus en plus probable. Le résultat de 2022 était déjà un cataclysme d’un point de vue électoral ; elle avait alors gagné plus de 7 points et plus de 2,5 millions de voix par rapport à 2017. Ce résultat a certes été aidé par Emmanuel Macron qui, en réalité, a fait campagne pour le Rassemblement National pendant tout son quinquennat. Il savait qu’il perdrait contre à peu près tous les autres candidats, et il a donc fait le calcul purement électoraliste de renforcer constamment le RN pendant son premier mandat, mettant sa réélection au-dessus de l’avenir démocratique de la France et confirmant ainsi son absence totale de scrupules. Mais faire porter à Emmanuel Macron la seule responsabilité des scores électoraux du RN serait manquer l’essentiel, à savoir que ce parti a désormais un véritable ancrage social et dispose d’un électorat solide et croissant. Cependant, il n’y a pas de fatalité historique et les résultats de 2027 dépendront des politiques qui seront menées d’ici là.

    Car on peut faire une autre politique face à l’extrême droite, l’histoire nous l’a déjà enseigné. Dans les années 1930, c’est exactement ce qui s’est passé en France et aux États-Unis. Il faut des programmes de redistribution et de réduction des inégalités. Il faut des programmes qui actualisent réellement l’idée selon laquelle chacun·e contribue à une collectivité, qui ensuite redistribue les richesses produites en commun à l’ensemble de celle-ci, et que ses nouveaux·elles membres ne diminuent pas cette richesse commune mais l’augmentent.

    Peut-être que de telles politiques vont être menées. Encore une fois, il n’y a pas de fatalité, mais la situation, ou plutôt la tendance actuelle, est évidemment extrêmement inquiétante. L’extrême droite est au pouvoir en Italie, en Hongrie, en Pologne, en Suède. Elle est aux portes du pouvoir en France et aux États-Unis, peut-être aussi en Allemagne. Cette situation a des conséquences potentiellement catastrophiques pour la politique intérieure de tous ces pays, mais aussi, spécialement en ce qui concerne les États-Unis, pour la politique internationale. On ne sait jamais à quoi est prêt un pouvoir d’extrême droite qui, une fois qu’il est au pouvoir, va tout faire pour ne pas le perdre.

    Sur ce point aussi, il faut préciser une chose sur la Suisse. Elle a été un laboratoire de l’émergence de l’extrême droite, mais, en même temps, le système politique y est tellement conservateur que l’UDC n’est jamais parvenue à monopoliser le pouvoir. Elle a culminé aux alentours de 30%, et tout le monde sait très bien que l’UDC ne prendra jamais le pouvoir en Suisse, qu’elle n’aura jamais à elle seule de majorité au Parlement et au Conseil fédéral. Le parti pourrait éventuellement, avec un raz-de-marée sur deux ou trois élections successives, obtenir un troisième siège, ce qui paraît déjà très peu probable, mais un quatrième siège est complètement inimaginable. Donc, si la Suisse a servi de modèle à tout le monde, elle pourrait aussi devenir une espèce d’îlot constitutionnel et libéral, garantissant les libertés individuelles et les libertés collectives, au milieu d’une Europe qui aurait basculé du côté de l’extrême droite.

    Pensez-vous que la notion de populisme soit adéquate pour parler de ces mouvements ?

    La réponse est non. Non seulement elle n’est pas pertinente, mais en plus elle renforce l’extrême droite. C’est une des choses que je vais montrer dans un livre qui va paraître l’année prochaine, nommé « L’antipopulisme ou la nouvelle haine de la démocratie » et publié aux éditions Textuel. Utiliser le terme de populisme pour qualifier l’extrême droite pose deux problèmes principaux. Le premier de ces problèmes, c’est d’identifier ou de confondre sous un même terme des mouvements d’extrême droite et des mouvements qui sont plutôt à gauche, ou qui sont transpartisans, comme le Mouvement 5-étoiles en Italie, en posant que toute critique du système politique est équivalente. En les présentant comme des mouvements protestataires, clownesques, dirigés par des matamores qui font des discours enflammés mais qui en réalité, n’ont pas véritablement de programme, on minimise la menace que certains d’entre eux font peser sur l’ordre constitutionnel. Plutôt que de parler d’extrême droite, de fascisme ou de néofascisme, on parle donc de populisme, on l’a vu avec Georgia Meloni ou Donald Trump.

    « Il faut simplement les nommer par leur nom : ce sont des partis d’extrême droite »

    – Antoine Chollet, Maître d’enseignement et de recherche à la faculté des
    sciences sociales et politiques de l’université de Lausanne

    Le second problème de l’usage du terme de populisme, c’est de suggérer que le peuple voterait spontanément pour l’extrême droite, pour des partis autoritaires, antidémocratiques, antilibéraux, anticonstitutionnels, etc. L’usage de ce terme prétend donc défendre la démocratie contre le populisme, mais défend en réalité le pouvoir en place contre la démocratie et contre l’intervention populaire dans les affaires politiques. Pour le dire autrement, il est complètement absurde de prétendre défendre la démocratie en critiquant ses principes les plus fondamentaux. Le discours antipopuliste essaie de faire exactement cela, avec le succès que l’on sait : la double atteinte du second tour par Marine Le Pen et son potentielle élection en 2027, les victoires de Trump, Bolsonaro, Orban, les démocrates de Suède et les fascistes italiens au pouvoir, pour ne prendre que quelques exemples. Le moins que l’on puisse dire, c’est que 20 ou 30 ans de rhétorique antipopuliste ne nous ont guère protégés contre les ennemi·e·s de la démocratie. Il ne faut pas s’étonner de cette conséquence cependant, puisque ce n’est pas une rhétorique qui cherche à défendre la démocratie, mais uniquement les pouvoirs établis.

    Imaginez-vous une notion plus pertinente pour parler de ces mouvements ?

    S’agissant des partis de droite et d’extrême droite, il faut simplement les nommer par leur nom. Ce sont des partis d’extrême droite, fascistes pour certains. On peut ensuite discuter de nuances plus fines. Est-ce que c’est du néofascisme, du crypto-fascisme, du proto-fascisme, par exemple ? Ces distinctions sont parfois un peu byzantines. Je pense que Trump par exemple est une figure fasciste, comme il l’a clairement montré lors de l’assaut contre le Capitole le 6 janvier 2021. Bolsonaro aussi est une figure fasciste, tout comme Orban. Il est toujours plus difficile d’estimer le degré de fascisme des personnalités ou des partis avant qu’ils n’atteignent le pouvoir. En effet, il·elle·s ne déploient tous leurs effets qu’une fois qu’ils y sont, c’est-à-dire une fois qu’il·elle·s contrôlent directement la police, l’armée, une partie de la justice et différentes autres institutions. Je pense donc qu’il faut réutiliser le terme de fascisme, éventuellement en le qualifiant, dans les cas qui s’y prêtent, et qu’il faut utiliser les termes d’extrême droite, de droite radicale ou autoritaire dans les autres cas. Nous disposons de tout un vocabulaire qui demeure tout à fait utilisable et qui évite de désigner par le terme de populisme des phénomènes qui n’ont rien à voir avec son sens historique.

  • Dans la peau d’une Drag Queen : interview avec Frani ELLE

    Dans la peau d’une Drag Queen : interview avec Frani ELLE

    Photo : ©Frani ELLE

    Propos recueillis par Ylenia Dalla Palma

    Retrouvez Frani ELLE sur TikTok: @frani_tiktok

    PERFORMANCE • « Drag-Queen » : nous connaissons tou·te·s ces termes, parfois confondus avec ceux de travesti·e·s ou de transsexuel·le·s. Ils nous évoquent la fête, l’extravagance, une féminité poussée à l’extrême. Mais qui se cache derrière ces joues fardées ? L’auditoire est allé à la rencontre de Frani ELLE, nouvelle étoile montante suisse du drag.

    Bonjour Frani, pourrais-tu d’abord te présenter ? Qui es-tu ?

    On me connaît surtout sous le nom de Frani ELLE sur les réseaux sociaux, que ce soit Instagram ou TikTok. Je suis une Drag Queen originaire du Valais qui propose des contenus humoristiques sur le quotidien des suisse·esse·s, mais aussi des tutos maquillages. À côté de mon activité artistique, je travaille dans une banque, désormais à taux réduit, afin de pouvoir avoir plus de temps pour mes projets en tant que Drag.

    Qu’est-ce que le drag ? Comment toi-même as-tu commencé ?

    Le drag de manière générale est le fait de se transformer dans le genre opposé au sien, que ce soit pour de la comédie ou pour soi-même. On peut donc voir des Drag Queens, mais aussi des Drag Kings, dont on ne parle pas beaucoup. C’est quelque chose qui est né il y a des années, lorsque les femmes ne pouvaient pas jouer de rôles au théâtre. C’étaient les hommes qui, maquillés en femme, occupaient les rôles féminins. Aujourd’hui, c’est quelque chose qui se démocratise de plus en plus.

    « Le ELLE est un hommage à toutes les femmes qui sont en moi lorsque je me transforme »

    – Frani ELLE

    Personnellement, depuis tout petit, j’ai toujours rêvé de me transformer. Ma mère était infirmière et lorsqu’elle partait travailler le soir, je piquais ses affaires. Donc, ça a commencé un peu comme ça et finalement, un dimanche ennuyant lors du premier confinement, je me suis dit que j’allais essayer de me maquiller et de poster mon look sur le net. J’ai adoré, et je crois que mes abonné·e·s aussi. C’est donc de là que tout est parti.

    Comment as-tu choisis ton pseudonyme, Frani ELLE ?

    J’ai vécu à Lausanne en colocation et Frani était le surnom que l’on me donnait, inspiré de mon prénom civil qui est Francesco. Pour le ELLE, j’avais une volonté de marquer la féminité de mon personnage mais c’est aussi une référence à l’un de mes magazines fétiches du même nom. Le ELLE est finalement un hommage à toutes les femmes qui sont en moi lorsque je me transforme.

    Comment décrirais-tu ton style et qu’as-tu envie de renvoyer avec ?

    J’essaie de me rapprocher du style de la femme de tous les jours : quelque chose de classe et de sexy en même temps. Je m’inspire notamment des top models des années 90 mais aussi de l’iconique Marylin Monroe. J’aime aussi prendre pour modèle des looks que je vois dans la rue ou dans le bus. Dans mon parcours professionnel, j’ai aussi été maquilleur. J’avais donc déjà une base à ce niveau-là mais le maquillage de drag est un peu différent puisqu’il est dix fois plus couvrant que le maquillage classique. Donc, finalement, je me base sur divers looks que je vois au quotidien tout en accentuant les traits.

    Pourquoi as-tu choisi TikTok pour publier tes vidéos ?

    J’ai d’abord commencé sur Instagram par des simples photos. Mais, comme j’ai toujours eu un côté comique, j’ai eu un jour envie de faire une vidéo humoristique TikTok sur mes vacances au Portugal. Ça a beaucoup plu aux internautes et j’ai donc décidé de faire des gags sur la vie de tous les jours. J’ai eu et ai toujours beaucoup de retours positifs sur mes vidéos. Après cela, le nombre de vues et de followers a augmenté très vite, c’est assez impressionnant.

    « Le plus important est de faire les choses avec sincérité et passion »

    – Frani ELLE

    Qu’as-tu envie de transmettre avec ces vidéos ?

    Dans ces vidéos, je surjoue parfois des situations de mon propre quotidien, mais je touche aussi de temps en temps à des sujets de société. Mon but n’est pas d’être influenceur mais de réveiller les gens sur certaines choses grâce à l’humour. En Suisse, on voit que beaucoup de jeunes ne votent pas et, sans prétendre à quoi que ce soit, j’essaie à l’aide du drag et de la comédie de sensibiliser les gens à mon niveau.

    Tu as été la Maîtresse de la Pride de Bulle 2022, est-ce que cela a été important pour toi de jouer ce rôle ?

    C’était la première fois que je présentais un événement et que je montais sur une scène. Les organisateur·ice·s m’avaient annoncé qu’il y aurait 10’000 personnes ce jour-là, j’avais donc un peu d’appréhension. Finalement, ça s’est très bien passé, le cortège était magnifique. C’était une expérience fabuleuse et pleine d’amour. Pour moi, c’était important de faire cette pride à Bulle parce que c’est une ville qui n’est pas encore acquise à la cause LGBTQIA+. C’est notamment pour cette raison que j’ai accepté d’être Maîtresse de cérémonie, pour rencontrer le public et partager ce moment avec lui.

    L’organisateur de la Pride, Bernard Clerc, t’a qualifiée de « nouvelle Marie-Thérèse Porchet », est-ce que toi tu te vois un peu comme ça ?

    Marie-Thérèse Porchet est une personne que j’admire énormément. C’est très gentil de me comparer à elle, mais je pense avoir encore beaucoup de choses à prouver. Si je pouvais avoir sa carrière, je ne dirais pas non. Je suis très fière d’être suisse et devenir une icône du pays ne serait pas sans me déplaire mais je pense avoir encore un peu de chemin à faire pour arriver à son rang.

    Quels sont tes prochains projets artistiques ?

    J’ai été contacté il y a quelque mois par un photographe parisien qui prend beaucoup de clichés de mode de Drag Queens, notamment pour l’émission « Drag Race ». Il m’a proposé de shooter avec lui, et j’ai accepté avec grand plaisir. Je vais donc en décembre à Paris pour prendre des photos avec lui en studio. C’est un super départ en France.

    Autrement, je suis également en train de monter un spectacle qui sera joué en Suisse fin 2023. Ce sera l’histoire de mon personnage Frani ELLE, la valaisanne qui parle de son quotidien et de celui de ses concitoyen·ne·s.

    Pour finir, un conseil à donner aux personnes qui voudraient se lancer dans le drag ?

    Je conseillerais déjà de le faire : si vous avez envie de vous lancer, faites-le lorsque vous êtes prêt·e·s. Il faudra aussi s’armer de patience pour apprendre toutes les techniques, mais aussi prendre en compte l’aspect financier, puisque le drag coûte cher. Ce qui est bien pour commencer c’est d’emprunter des accessoires à des copines et d’apprendre petit à petit. Le plus important est de faire les choses avec sincérité et passion.

  • Jeunesse chancelante

    Jeunesse chancelante

    Photo : ©Yasmine Zamparo

    Rédigé par : Ylenia Dalla Palma

    ÉCONOMIE • Après une période COVID compliquée, c’est la guerre qui nous tombe dessus, apportant son lot d’inflations et de coûts économiques. Être jeune de nos jours semble plus complexe que ce qu’on nous avait promis. Comment la jeunesse est touchée par l’inflation ?

    Le 17 Février dernier, le Conseil Fédéral levait les mesures COVID. Hourra ! C’est la fin de deux longues et pénibles années de restrictions. Mais la joie fût de courte durée : le 24 Février commençait la guerre en Ukraine. S’en suivirent alors de nombreuses décisions politiques : gel des avoirs russes, restrictions à l’entrée sur le territoire de l’UE et annulation des divers sommets UE-Russie. Ainsi, cette intervention militaire russe et les sanctions prises à son encontre ont obligé les diverses nations de l’Europe à réorganiser leurs approvisionnements, notamment en pétrole, gaz, huile et blé. Ceci, accompagné de la faiblesse de l’euro et de la relance budgétaire massive, provoqua alors une hausse de l’inflation en flèche. Ainsi, en Suisse, durant le premier semestre 2022, la hausse des prix est de 1.4% sur une année, selon Comparis, plateforme suisse de comparaison. Entre l’augmentation du prix des denrées alimentaires, la hausse du coût de l’électricité, du chauffage mais aussi des assurances maladies pour 2023, comment font les jeunes suisse·esse·s pour s’en sortir au quotidien ?

    Les jeunes, une population impactée
    Selon un sondage effectué par L’auditoire sur Instagram auquel ont répondu 60 personnes âgé·e·s de 15 à 30 ans, 75% d’entre eux·elles se sentiraient touché·e·s par l’inflation qui se met en place depuis 2021, contre 25% qui ne repèrent pas de changements drastiques dans leurs quotidiens. La Fédération des Associations des Etudiant·e·x·s (FAE) tente d’ailleurs de prendre des mesures pour limiter la casse. Elle a premièrement augmenté son fond d’aide pour les étudiant·e·s de 5’000 francs et va ouvrir la discussion avec les cafétérias pour faire redescendre les prix des plats qui ont récemment augmenté. Par ailleurs, d’autres associations agissent, telles que SUD qui organise régulièrement des « bouffes populaires » pour les plus précaires.

    « Manger à Lausanne va devenir compliqué. »

    – Un·x·e étudiant·x·e de
    l’Unil

    Quant aux bourses, aucune augmentation n’est prévue du côté des autorités. Le SASME a remarqué une hausse des demandes cet été mais elles proviendraient majoritairement de jeunes ukrainien·ne·s réfugié·e·s. Malgré cela, l’étau semble se resserrer autour de la jeunesse. « J’ai remarqué la hausse des prix cet été, au Giga Tacos : l’entreprise a augmenté de 1 CHF tous ses plats, ce qui fait quand même 12.5% d’augmentation. Manger à Lausanne va devenir compliqué. », s’est exclamé·x·e un·x·e étudiant·x·e de l’Unil. Une augmentation qui pourrait paraitre minime pour certain·e·s mais qui peut vite devenir dramatique pour des jeunes ne pouvant pas compter sur un apport financier de la part de leur famille. En effet, dans le même sondage effectué par L’auditoire, 26% des votant·e·s semblent très inquiet·ète·s de la situation, et ce à juste titre : quid de la sécurité de l’emploi et du logement ? Certaines étudiantes se sont même dit prêtes à renoncer à aller chez le gynécologue pour éviter des frais supplémentaires.

    Comment devenir adulte alors même que l’avenir n’est pas sûr ?

    Un futur instable
    Il s’avère alors compliqué de croire à un « retour à la normale » pour les jeunes suisse·sse·s. Après une période de pandémie difficile, la jeunesse se retrouve une fois de plus livrée à elle-même. Faire des études, c’est bien, tout en travaillant à côté, c’est mieux, nous dit-on. Effectuer son apprentissage, et prendre son envol, c’est le but, renchérit-on. Comment cela pourrait-il être possible dans un monde où le coût de la vie change drastiquement de manière rapide dans le temps ? Comment devenir adulte alors même que l’avenir n’est pas sûr ? L’inflation touche, certes, tout le monde, mais pas de la même manière. La jeunesse a besoin d’aides ciblées et efficaces, ce qui n’est actuellement pas le cas. Il serait donc nécessaire d’apporter des soutiens aux divers groupes de la populations en prenant en compte leurs situations dans toute leur particularité, pour un « monde d’après » où l’on puisse devenir adulte de manière sereine.

  • À Lausanne on respire le cinéma

    À Lausanne on respire le cinéma

    Photo : ©Alicia Mendy, extrait de « Entre Mer et Ciel »

    Rédigé par : Furaha Mujynya

    FILM • À la découverte du monde cinématographique lausannois avec l’aide de plusieurs jeunes cinéastes lausannois·es. Quelles sont ces opportunités qu’il a à offrir aux étudiant·e·s en cinéma et aux réalisateur·trice·s amateur·trice·s et seront-elles suffisantes pour faire de notre chère ville la prochaine Hollywood ?

    Il existe de nombreuses formations en Suisse qui permettent de découvrir les métiers du cinéma – que ce soit à l’ECAL, à la HEAD ou encore à l’Unil. Ces formations produisent des cinéastes qui se lancent dans la création de court-métrage. Afin de mieux comprendre les opportunités et difficultés que peuvent rencontrer de jeunes producteur·trice·s en Suisse, quatre lausannois·es; Alicia Mendy, Ilù Seydoux, Samuel Damiani et David Gonseth partagent leurs expériences dans la réalisation de film.

    Un environnement propice
    La culture cinématographique à Lausanne – comme dans l’ensemble du canton de Vaud – est fortement développée et possède un grand nombre d’institutions qui permettent la projection de films, l’organisation de rétrospectives ou encore de festivals de films. La cinémathèque suisse à Lausanne projette un grand panorama de films suisses et d’origine étrangère à travers des hommages, rétrospectives et des cycles de films organisés autour d’un courant ou genre cinématographique.

    « Le matin je sais que je vais faire ça et c’est vraiment ce qui me passionne »

    – Samuel Damiani

    Il existe également le cinéma Bellevaux, Oblò, Zinéma ou encore le City-Club de Pully qui proposent tous un programme qui s’éloigne des habituels films commerciaux que l’on peut trouver au Box-Office. Grâce à ces salles plus intimistes, il est possible de découvrir des productions locales, des documentaires, courts-métrages, animations et films indépendants, dont l’accès n’est pas toujours évident. Encouragés par de motivations politiques, sociales et esthétiques, ces cinémas tiennent à permettre au public lausannois d’enrichir ses horizons, par la projection de courts-métrages et documentaires locaux ou encore par l’organisation de ciné-concerts. Mais s’il existe un grand nombre de lieux où visionner des films suisses, il reste à déterminer si ces opportunités s’étendent aux projets amateurs.

    Les débuts filmiques
    Samuel et David ont produit leur premier court-métrage, à travers le collectif Masvida, avant même d’avoir commencé une formation dans le cinéma. Pourtant, ceci ne les a pas empêchés de remporter un prix pour leur film « Sers-moi un Rêve » au festival Aventiclap en 2021. Le court-métrage plonge son public dans un monde noir aux lueurs d’exaucer de souhaits, où deux jeunes en quête de fortune perdent le contrôle de leur business illégal. Depuis, ils ont produit plus d’une dizaine de projets. Ayant expérimenté la réalisation de courts-métrages en autodidacte ainsi qu’en école, ils soulignent les avantages que peut apporter une formation en cinéma – non seulement pour se rassurer sur son avenir professionnel, mais également pour se sentir légitime face à ses parents et les spécialistes du milieu.

    ©Masvida, extrait tiré de « Sur la Croix »

    Samuel, actuellement en master de cinéma à l’Unil, dit : « L’avantage c’est que tu baignes tout le temps là-dedans […] quand je me lève le matin je sais que je vais faire ça et c’est vraiment ce qui me passionne ». De plus David, Ilù et Alicia, qui suivent des formations à l’ECAL et à la HEAD, notent l’importance d’avoir accès à du matériel de qualité ou encore de pouvoir rencontrer des professionnel·le·s, offrant diverses perspectives sur les aspects techniques du cinéma. Ilù applaudit aussi la mise en contact avec des élèves d’écoles de théâtre, qui facilitent la rencontre avec de potentiel·le·s acteur·trice·s.

    L’avenir en Suisse
    Tou·te·s affirment que la scène cinématographique suisse possède un grand budget et que sa petite taille est avantageuse lorsqu’il est question de se faire des contacts dans le milieu. De plus, la plupart des festivals de cinéma possèdent une section étudiante qui permet de présenter ses projets (e.g. Locarno, NIFFF) – bien que les contraintes au niveau du format ou encore l’absence d’un tampon institutionnel pour les autodidactes peuvent rendre leur accès difficile, remarque Masvida. Alicia note aussi que s’il ne manque pas d’opportunités où inscrire ses projets : « ça touche toujours les mêmes publics – des vieux bourgeois ». Contrairement à la majorité qui se voit rester en suisse ou en tout cas en Europe, le discours politique qu’Alicia souhaite défendre la pousse « vers le Sénégal et la Guinée-Bissau, d’où vient [son] papa ». Ses productions s’éloignent du genre thriller et humour noir de Masvida pour entrer dans un monde fantastique, influencé par des photographes ouest-africains. Elle produit une image tantôt féérique et tantôt menaçante, jouant avec les tons de chaque plan pour projeter l’audience dans un monde lointain.

    « Ça touche toujours les mêmes publics – des vieux bourgeois »

    – Alicia Mendy

    Pourtant Alicia rejoint Ilù dans son intérêt du documentaire et du cinéma réel. « Le Plafond » par Ilù, dénonce les dangers de la folie créative, mêlant une critique sur les conditions de la vie d’artiste à un univers fictif intemporel. Tandis que le nouveau film d’Alicia, « Entre Mer et Ciel », produit en Guinée Bissau et au Sénégal, présente le parcours d’un concierge qui quitte son pays. Entre exil forcé et rêves brisés, le film associe images ésotériques à un discours ancré dans la réalité. « Sur la Croix » – le projet bientôt disponible de Masvida – s’inscrit, quant à lui, dans un monde noir et sinistre, exposant un amour malsain et empli de manipulation. Si les productions lausannoises sont nombreuses et variées, les plateformes où elles peuvent être exposées ne font qu’augmenter ; il ne reste donc plus qu’à les découvrir.

  • Neutralité ou indifférence ?

    Neutralité ou indifférence ?

    Photo : ©Ronnie Schmutz

    Rédigé par : Murielle Guénette

    DIPLOMATIE • Depuis que la guerre en Ukraine a éclaté, les voix fusent. « La Suisse a violé sa neutralité », dit-on un peu partout. Mais qu’en est-il vraiment ? Si l’on fait fi de la question ukrainienne, où en est la diplomatie suisse ? Retour sur les traditions diplomatiques de la Suisse, son histoire et ses défis.

    « La neutralité n’est pas synonyme d’indifférence ». Telles étaient les déclarations d’Ignazio Cassis quelques jours après l’invasion de l’Ukraine par la Russie. Et si ces mots sont toujours de rigueur aujourd’hui, ils suscitent débats et discussions. Même la Russie exige de la Suisse qu’elle « revienne à la neutralité ». L’ancien député tessinois, désigné président de la Confédération suisse en 2022 et actuellement à la tête du Département fédéral des affaires étrangères (DFAE), a donc commencé son mandat avec du pain sur la planche. Si certains lui reprochent d’avoir violé le concept de neutralité, d’autres décident d’appréhender la situation avec du recul.

    « La neutralité n’est pas synonyme d’indifférence »

    – Ignazio Cassis

    Rappelons également les déclarations du Conseil fédéral, qui affirmait début septembre de cette année que « les décisions prises par le Conseil fédéral depuis le début du conflit en Ukraine, comme la reprise des sanctions de l’Union européenne envers la Russie, [étaient] compatibles avec la politique de neutralité de la Suisse. Cette politique laisse suffisamment de marge de manœuvre au gouvernement pour réagir aux événements que traverse le continent européen depuis le début du conflit».

    La Suisse, toujours neutre ?
    « La neutralité de la Suisse ne doit pas dépendre des circonstances », avait déclaré un peu plus tôt cette année Roger Köppel, élu UDC au Conseil national. Au-delà du parti de l’Union démocrate du centre, beaucoup de citoyens sont décontenancés par l’adhésion de la Suisse aux sanctions contre la Russie. En réalité, pour la Suisse et la plupart des États neutres (notamment la Suède et la Finlande jusqu’au début de cette année), on semblerait s’éloigner du concept de neutralité traditionnel. Selon l’expert autrichien en droit international Peter Hilpold, de l’Université d’Innsbruck, « la neutralité au sens classique du terme est difficilement compatible avec l’appartenance aux Nations Unies et encore moins avec l’appartenance à l’UE ». Mais cela signifierait-il donc que la Suisse ne serait plus neutre depuis son adhésion à l’Organisation des Nations Unies ?

    Mais la neutralité, c’est quoi ?
    Il s’agirait donc en premier lieu d’éclaircir ce que signifie « neutralité ». Au sens juridique, la neutralité est pourtant claire : ne pas fournir d’armes de manière directe dans des zones de conflit et ne pas s’immiscer dans des affaires étrangères sans être sollicité constituent deux exemples assez évidents de cette notion.

    « la neutralité au sens classique du terme est difficilement compatible avec l’appartenance aux Nations Unies »

    – Peter Hilpold

    Dans La politique extérieure suisse au défi du XXIe siècle, Joëlle Kuntz, journaliste et écrivaine suisse, se questionne : « La neutralité qu’elle [la Suisse] fixait comme un moyen important de sa politique étrangère a-t-elle encore une valeur protectrice dès lors que presque tous les domaines d’activité sont l’objet de coopérations multilatérales négociées dans des systèmes d’alliance ? »

    Une longue tradition
    Si la Suisse a son identité propre sur le plan diplomatique, cela ne date pas d’hier. Partout dans le monde, on parle d’elle et de ses spécificités. Symbole de la neutralité, d’excellence et de compromis, ce petit pays serait « parvenu à compenser sa faible position sur le plan politique hégémonique par un engagement prononcé en faveur d’un droit international opérationnel, à se positionner très tôt comme lieu d’implantation des organisations multilatérales, et à mettre sa neutralité au service des autres », éclaire Sacha Zala, professeur d’histoire suisse à l’université de Berne. Mais ce principe de neutralité placerait la Suisse devant un dilemme constant de l’engagement ou de l’isolement, explique-t-il encore dans l’ouvrage La politique extérieure suisse au défi du XXIe siècle.

    Le XXIe siècle pousse la Suisse dans ses retranchements, la forçant à trouver sa place

    Autrement dit, difficile de rester neutre tout en faisant partie de la chaîne d’interdépendance de l’ordre mondial actuel.

    Les défis de la diplomatie suisse
    Le XXIe siècle pousse la Suisse dans ses retranchements, la forçant à trouver sa place dans un monde globalisé et aux relations internationales profondément transformées. Car oui, plusieurs défis, certains plus coriaces que d’autres, s’annoncent. Comment finira l’éternelle discussion sur la collaboration forte, si ce n’est l’adhésion de la Suisse à l’Union européenne ? Comment réagir aux relations entre la Chine et les États-Unis ? Quid de la montée de la Chine et de son levier économique colossal, qui empêche nombre d’États de la critiquer ? Comment assumer une politique qui se veut indépendante sans froisser d’autres États ? Les Nations Unies sont-elles archaïques et sans grandes marches de manœuvre face à des défis mondiaux ? Dans sa stratégie sur la coopération internationale (stratégie CI 2021-2022), le Conseil fédéral déclare « [qu’]il est dans l’intérêt de la Suisse d’influencer la politique mondiale ». En définitive, le défi principal de la Suisse sera donc de jongler entre une contribution à la stabilité de l’ordre mondial et d’affirmer son identité, encore incertaine et beaucoup remise en question.

  • Rencontre avec Alicia Mendy

    Rencontre avec Alicia Mendy

    Illustration : screenshot du court-métrage réalisé par Alicia Mendy, Entre Mer et Ciel (2022)

    Propos recueillis par : Furaha Mujynya

    (Interview intégrée dans l’article « À Lausanne on respire le cinéma »)

    Est-ce que tu suis une formation de cinéma ? Si oui, laquelle et depuis combien de temps ?

    Je suis en 3ème et dernière année de bachelor à la HEAD en cinéma en option réalisation.

    Quels sont les avantages d’une formation officielle en cinéma, dans ta production de film ?

    Un cadre, une structure qui te pousse à te lever et être sûre de travailler et en vrai ça t’apporte des outils d’ouf que t’as pas…. Tu ne vas pas avoir accès à ce genre de matériel comme ça et puis pour apprendre à l’utiliser, c’est plus simple quand y’a des gens qui sont là pour te former et t’expliquer. Et à la HEAD on a que des intervenants différents toutes les semaines ou deux, trois semaines ou un mois, on a que des ateliers. Du coup, on travaille tout le temps avec des professionnels du cinéma qui sont là pour nous former, que ce soient des scénaristes, des chefs déco etc. Comme ça on est constamment formé par des gens qui travaillent là-dedans.

    Quelles sont tes influences cinématographiques ? (réalisateur/trice, genre de cinéma, pays, période) 

    J’avoue que moi j’ai l’impression que mes plus grandes influences visuelles, c’est des photographes ; plutôt de la photographie, principalement de photographes ouest-africains, beaucoup du Nigéria comme ça. Après, ce sont plus des genres qui m’influencent, je suis hyper influencée par le cinéma fantastique, d’ouf, malade depuis toujours, depuis que je suis petite. Genre vraiment mes influences fantastiques c’est Pirates des caraïbes et Twilight, vraiment le cinéma fantastique ça m’a toujours hyper fasciné et c’est ce que je veux faire. Mais y’a pas un réalisateur, y’a pas un courant où je suis adepte d’un truc, y’a des défauts et des points positifs dans tout. Et du coup y’a pas un truc que je kiffe fanatiquement.

    Dans la production de tes courts métrages, quel est ton/tes rôle(s) ?

    Là principalement, je fais souvent mon image et je réalise en même temps. Je fais principalement mon image, ma réalisation, le scénario et la musique, je compose la musique aussi.

    Combien de courts métrages (vidéo) as-tu déjà réalisé ? Qu’as-tu le plus apprécié dans la production de ceux-ci ?

    À partir de la HEAD, en première on en a fait 3, et en deuxième j’en ai fait deux, donc ça fait cinq. Moi, j’aime beaucoup les tournages parce que j’essaye un peu, chaque fois, de créer des ambiances où les personnages, ils peuvent s’amuser aussi. Je ne vais pas aller tourner en haut d’une montagne où il fait froid. Mais j’essaye toujours de créer des environnements cools pour les personnages et du coup mes acteurs y prennent aussi du plaisir. Tu peux créer des relations intimes avec une personne. Moi, la caméra ça me permet des fois quand j’ai envie de créer une relation avec quelqu’un, par rapport à un travail que j’ai envie faire, mais que je ne sais pas trop comment aborder la personne socialement, bah la caméra ça me permet d’avoir un prétexte enfaite pour créer un lien avec cette personne, que ça soit un tonton ou un jeune, c’est comme si on allait boire un café mais du coup c’est version caméra.

    Tu mettrais tes productions cinématographiques dans quel genre ?

    Plutôt genre fantastique, c’est ce que je vais essayer de faire le plus. Enfin par rapport aux normes occidentales c’est considéré comme du fantastique.

    Est-ce que c’est facile de trouver des acteurs/actrices ainsi que des lieux pour filmer tes projets ?

    Non. Mais vu qu’on est un peu des étudiants, en galère je pense qu’on ne vise jamais le summum, mais on trouve en fonction de ce qu’on a. On dit : « bon bah je sais que j’ai ça chez moi ou à côté de chez moi, je pourrais avoir accès à ça ». Donc je crée avec ce que j’ai déjà un peu sous la main. On ne va pas se dire que j’ai envie de faire un court-métrage au Louvre. Les acteur·trice·s c’est galère ; parce que c’est tellement galère d’être acteur·trice, du coup tu fais plutôt parfois des castings en fonction des personnages, « ah ce mec il est trop cool, il parle comme ça, je sais qu’il est capable de jouer ça ». Des fois t’écris même parfois par rapport aux personnes qui t’entourent. Moi j’ai jamais fait un casting, où j’ai fait postulé des gens ou quoi. J’essaie de trouver des gens – pas forcément toujours dans mon entourage – ça peut être sur les réseaux sociaux ou dont j’ai entendu parlé ou des fois même des gens que j’ai croisé dans la rue. C’est ça le casting sauvage ; tu vas dans la rue et dès que tu croises quelqu’un t’es là « hey salut » pleins de fois j’ai dû prendre des numéros et tout et puis y’en a même avec qui j’ai tourné des fois et tout, donc c’est plus une question de feeling.

    Est-ce que tu te vois poursuivre une carrière à Lausanne ou en Suisse ? Si non où ?

    Pas à 100%, dans le sens que par rapport aux choses que j’ai envie de défendre politiquement etc. ça sera plutôt dans d’autres environnement, donc pas à 100%. Mais après je ne suis pas fermé à l’idée de faire des films et des choses ici, on verra bien où je peux trouver des fonds pourquoi et comment est-ce qu’ils s’accordent, donc ça dépendra de beaucoup de choses.

    Où voudrais-tu donc filmer en dehors de la Suisse ?

    Plutôt d’où vient mon papa, donc plutôt vers le Sénégal et la Guinée Bissau.

    Considères-tu qu’il existe suffisamment d’opportunités en Suisse pour que les jeunes réalisateur·trice·s montrent leur travail au public ? (Festival, concours amateur)

    En fait ça dépend à quel point. Parce qu’avec des festivals de cinéma tu vas toujours toucher les mêmes publics – ça sera des vieux bourgeois et de temps en temps quelques jeunes qui travaillent là-dedans et puis les gens du milieu. Mais c’est quand même un certain type de population qui sera dans des festivals de films, donc franchement ça dépend de quelle population tu cibles, ça dépend de qu’est-ce que c’est ton but et ça dépend à quel pays tu compares et je ne sais pas ce que ça veut dire « assez ». Mais en tout cas y’a déjà des festivals de cinéma en Suisse, donc déjà ça c’est cool. Dans tous les festivals de films en Suisse y’a toujours des sections étudiantes.

    Ton dernier court-métrage s’appelle « Entre mer et ciel », n’est-ce pas ? De quoi parle-t-il ? Quand est-ce qu’il sortira sur les réseaux ?

    Je l’ai mis sur YouTube en privé mais bientôt je le remettrai en mode « public ». Ça parle de quoi ? Ça parle d’exil, d’exil forcé dû aux migrations du continent africain et c’est un peu une représentation de ce que les îles, enfin de ce que tu peux vivre à partir des mondes que tu crées pour survivre. Ça parle d’exil, de migration, de rêves, de beaucoup de rêves qu’on a et de rêves qui se brisent quand tu viens dans un pays et que c’est pas du tout comme tu t’y attendais, ça c’est un truc qui me touche le plus. Les tontons, ils nous parlent de leur exil ; c’est qu’ils avaient tellement une autre image de l’Europe, même pas sur les plans technologiques et tout ça, mais un endroit où on traite les gens avec dignité et c’est pas trop le cas quoi, en tout cas pas pour les populations racisées, immigrées. Et du coup mon court-métrage parle d’un concierge qui est parti de son pays. J’ai filmé au Sénégal, en Guinée-Bissau et en Suisse.

    C’était ta première fois en Afrique ?

    Oui première fois que je filmais [là-bas]. J’avais pas prévu de filmer en Guinée Bissau mais tous les matins ma famille me réveillait pour que je vienne filmer des trucs, parce que y’avait pas moyen que je sois là avec une caméra et que je les filme pas. Tout le monde voulait être filmé, parce qu’en Guinée Bissau… bon ils savaient qui j’étais et d’où je sortais, c’est ma mif, mais ils étaient trop chauds au village alors qu’à Dakar les gens ils ne veulent pas être filmés. Pas du tout. J’ai dû faire un clip là-bas et on a tellement galéré à trouver une fille.

    As-tu déjà participé à un concours/festival ?

    Non parce que j’avais jamais inscrit mes courts-métrages avant. C’est la première fois que j’inscris mon court-métrage parce qu’avant c’était un peu des expériences, des tests… Maintenant je veux un peu voir ce que ça donne, du coup j’ai commencé à les inscrire, mais seulement depuis même pas un mois. 

  • Sexiste, la recherche ?

    Sexiste, la recherche ?

    Rédigé par : Max Haizmann

    RECHERCHE • A l’Université de Lausanne, 54% des doctorant∙e∙s sont des femmes. L’égalité de genre serait-elle atteinte ? La discrimination est-elle devenue inexistante au sein de la recherche académique vaudoise ? Petit tour d’horizon.

    Parler d’égalité des sexes dans la recherche implique forcément l’évocation du leaking pipe. Il s’agit d’un phénomène largement reconnu et quantifié qui décrit la « fuite » de l’égalité dans les carrières scientifiques et notamment de recherche. Carine Carvalho, cheffe du Bureau de l’égalité de l’Unil le confirme : « La situation est connue et classique en Suisse et à l’international ». La parité est atteinte aux premières étapes de la formation, mais elle se perd en montant dans les échelons. Par exemple, selon les chiffres de l’Office fédéral de la statistique, en Suisse, dans les universités et les écoles polytechniques fédérales, 56.3% des assistant∙e∙s et doctorant∙e∙s sont des femmes, pour seulement 31.8% des professeur∙e∙s. Ce phénomène se retrouve à l’Unil avec des chiffres respectifs de 55.5% et 27.8%. On comprend facilement que l’égalité n’est pas encore atteinte lorsque l’on s’intéresse aux causes de ce phénomène. Le rôle attendu des femmes dans la famille et l’environnement de travail passivement et activement sexiste sont parmi les facteurs-clés qui influencent les carrières des potentielles chercheuses, selon deux études de 2012 et de 2018, réalisées par les chercheurs américains Williams et Ceci ainsi que par Biggs et autres. En réalité, les études qui démontrent le sexisme et ses causes foisonnent. A titre d’exemple, la chercheuse et docteure Klea Faniko, chargée de cours à l’Université de Genève, a récemment publié « Manque d’ambition ou manque de soutien? Les expériences professionnelles divergentes des hommes et des femmes expliquent la persistance des préjugés sexistes ». Au Bureau de l’égalité de l’Unil, il n’y a pas de désillusion : « Les raisons de cette fuite sont complexes. Il y a une vraie volonté, mais on vient de très loin, le défi est immense. L’objectif de l’Unil est clair : la parité, à tous les niveaux ».

    La recherche à l’Unil
    L’Université de Lausanne plante le décor sur sa page internet : « Le sexisme n’est en aucun cas toléré à l’Université de Lausanne ». La direction de l’établissement s’est exprimée sur le sujet à plusieurs reprises en condamnant fermement le sexisme en son sein. Le site internet de l’Unil donne entre autres une définition du problème et propose un « Guide pratique pour lutter contre le sexisme au travail ». De plus, les données présentées mettent le leaking pipe en évidence. Le problème ne semble donc pas être sous le tapis, et pour cause. La problématique du sexisme est largement présente sur le campus de Dorigny. Les associations étudiantes et le monde culturel rendent la problématique visible à travers de nombreux événements.

    On comprend facilement que l’égalité n’est pas encore atteinte lorsque l’on s’intéresse aux causes de ce phénomène.

    Les nombreux·ses bénévoles actif·ve·s jouent ainsi un rôle central dans la mise en lumière des divers problèmes encore présents à l’Unil et dans la continuité du combat féministe. Des événements officiels se joignent à l’activisme ambiant. A l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes 2021, deux webinars inscrits dans l’actualité ont traité des inégalités dues au genre au temps du Covid-19. En août 2022, le Décanat a introduit la possibilité d’allouer des subsides aux événements scientifiques présentant au moins 40% d’oratrices. Si l’incitation aide certainement à bouger dans le bon sens, l’objectif de l’Unil n’est pas en vue.

    Un combat sans fin
    Les revendications d’égalité entre les sexes ont ainsi pris de l’importance à travers les années à l’Unil et dans notre société. Les débats publics très actuels sur l’âge de la retraite des femmes et le droit à l’avortement exemplifient bien la place importante qu’occupent les droits des femmes dans les débats publics. Inutile de s’étaler ici sur les soixante années de lutte qu’ont vécu les Suissesses pour faire valoir leurs droits. Que dire face au résultat de ce combat dans la recherche académique, un éloquent leaking pipe ?

  • Biodiversité des lacs mise à l’épreuve

    Biodiversité des lacs mise à l’épreuve

    Photo & rédaction par : Jessica Vicente

    BIOLOGIE · La présence de moules invasives dans les lacs donne du fil à retordre à de nombreux chercheur·euse·s. De jeunes étudiant·e·s se sont lancé·e·s le défi de mettre au point un projet pour limiter leur prolifération.

    Depuis une dizaine d’années, plusieurs lacs à travers le globe abritent l’espèce de moule quagga. Cette espèce de mollusque d’eau douce apprécie principalement les eaux stagnantes et avec peu de courant, elle envahit donc facilement les lacs et les rivières. Malgré de nombreuses recherches il reste très difficile de déchiffrer la cause de leur présence et aussi de s’en débarrasser.

    Un écosystème menacé

    « À l’origine, les moules quagga viennent dans les bateaux. Lorsque les pêcheurs rentrent de leur journée de travail, en vidant les ballasts, c’est les réservoirs qui permettent d’ajuster la flottaison des bateaux se trouvent plein de larves de moules. Parfois les pêcheurs ne se rendent même pas compte » déclare Jérémy Berger, étudiant en fin de bachelor de biologie à l’Unil. C’est de cette manière que les larves se développent et passent d’un port à un autre. Comme cela a été le cas de la moule originaire du bassin de Dniepr en Ukraine qui a été introduite malencontreusement dans de nombreux lacs en Europe et en Amérique du Nord. Cependant, le problème ne s’arrête pas là. Ces larves aiment particulièrement se loger dans les canalisations, environnement qui est propice pour leur reproduction. À terme, elles finissent par bloquer le flux de l’eau. « La difficulté se trouve aussi pour la chaîne alimentaire, car les quagga filtrent l’eau et se nourrissent de plancton et de bactéries, ce qui laisse moins de nourriture aux autres organismes présents dans l’écosystème. » explique Marta Marangoni, étudiante en master de biologie à l’Unil.

    Afin de prévenir toute apparition de moules, il est essentiel de nettoyer les bateaux après chaque utilisation.

    Une solution prometteuse ?

    Marta Marangoni et Jérémy Berger font partie d’une équipe de 14 personnes en lice du Grand Jamboree, un grand concours international de biologie synthétique. Ce concours est organisé par l’IGEM, une fondation à but non-lucratif voué à l’avancement de la biologie synthétique « Le concept de ce concours est de modifier génétiquement des organismes pour répondre à des problématiques spécifiques » énonce Jérémy Berger.

    Le projet encore en élaboration a débuté en mai 2022 et il se divise en deux phases.  Dans un premier temps, il s’agira de reproduire la protéine Fit-D qui va tuer les moules. Ensuite, il faut produire des acides zostériques, qui est une molécule empêchant l’adhésion des quagga avec les surfaces. « Ces deux étapes sont imbriquées ensemble car les quagga relâchent de l’ammonium lorsqu’elles meurent. Ce produit est très odorant et assez toxique. Mais ce n’est pas la préoccupation majeure. Les vrais problèmes sont l’obstruction des canalisations. C’est pourquoi il est nécessaire de surveiller fréquemment l’état des canalisations. Avec cette deuxième étape, nous empêcheront la survie de l’espèce » souligne Marta Marangoni.

    Près de 350 équipes du monde entier se disputeront en fin octobre 2022 la médaille du meilleur projet auprès d’un jury d’experts aux Portes de Versailles à Paris. Après de longs mois de dur labeur, espérons que cela portera ses fruits pour nos deux étudiant·e·s de l’Unil !

  • Le twirling, quésako ?

    Le twirling, quésako ?

    Propos recueillis par : Ylenia Dalla Palma

    SPORT · Le twirling bâton, mais quel est ce sport ? Alors que le club de Lausanne emmène ses athlètes à la Coupe d’Europe, l’Auditoire est allé à la rencontre de Nicole, sa présidente, et Jocelyne, monitrice, afin d’en apprendre plus sur le fameux lancé de bâton. 

    Pouvez-vous me parler du twirling ? Qu’est-ce que ce sport exactement ?

    J : Le twirling bâton est un mélange de gymnastique au sol avec un engin qui est le bâton, de danse et de théâtre. Il prend beaucoup de bases dans la danse classique, mais plus le niveau évolue, plus le bâton vient se mêler aux mouvements de ballet et de gymnastique. C’est un sport à la fois technique et artistique qui se pratique autant en solo, en duo qu’en team. 

    Pouvez-vous me présenter votre club ? Comment est-il organisé et quel rôle vous-même y jouez-vous ?  

    J : Pour ma part, lorsque j’étais petite j’ai fait du twirling qui tirait plus vers du majorette, à Fribourg. Petit à petit, je me suis plutôt dirigée vers le twirling bâton, plus attirée par l’aspect danse et chorégraphie de la discipline. Ensuite, à l’adolescence, j’ai arrêté et suis venue à Lausanne. Cependant, lorsque j’ai eu ma fille, je l’ai premièrement présentée à la danse lorsqu’elle avait 4 ans, mais je ne trouvais pas cela très intéressant. Je lui ai donc proposé de s’inscrire au club de twirling de Lausanne, ce qui lui a beaucoup plu. Je l’ai donc suivie dans son parcours et de fil en aiguille, j’ai commencé la formation Jeunesse et Sports afin de devenir monitrice pour pallier le manque de professeur·e·s du club. Cela fait donc vingt-trois ans maintenant que je suis monitrice, et je suis par ailleurs devenue également présidente du club de twirling d’Ecublens depuis une année. 

    C’est un sport à la fois technique et artistique qui se pratique autant en solo, en duo qu’en team. 

    Jocelyne Cuviello Sciboz

    N : C’est bien plus par hasard que je suis arrivée au club de twirling de Lausanne. Je n’avais en effet jamais pratiqué la discipline auparavant. C’est en rencontrant une maman au Conservatoire de Lausanne que j’ai eu connaissance du twirling. Ma curiosité piquée, j’ai été voir de moi-même les athlètes en salle de gym et je me suis laissée séduire par cet alliage de danse et de lancer de bâton. Je suis donc entrée dans le club et cela fait maintenant 35 ans que j’y suis. C’est un sport qui m’a permis de m’épanouir au niveau administratif puisque, de fil en aiguille, j’ai également pu entrer dans la Fédération de Twirling en tant que secrétaire. Maintenant, cela fait quatre ans que je suis présidente du club de Lausanne 

    Comment le club s’est organisé durant la pandémie de Covid-19 ? 

    J : Après la fin du confinement, les salles de gym sont restées fermées environ deux semaines, puis la commune de Lausanne a décidé d’ouvrir à nouveau les salles pour permettre aux jeunes de moins de 16 ans de continuer à pratiquer leur sport. Nous avons donc pu continuer à travailler avec nos athlètes, en appliquant les restrictions, évidemment. Cependant, avec l’annulation des compétitions, nous avons senti une grosse baisse de motivation dans la team, notamment chez les nouvelles qui ont été démotivées par le manque de but. Il y a donc une partie des athlètes qui ont abandonné à la suite de cette période difficile. 

    N : Donc, après la fin des restrictions contre le Covid, nous nous sommes posés beaucoup de de questions, notamment avec cette perte d’athlètes. Recruter à Lausanne reste difficile puisqu’il existe beaucoup d’offres de sports au sein de la ville. Nous avons donc eu l’idée, pour attirer de nouveaux·elles membres, d’ouvrir le club d’Ecublens. 

    Elles sont une chouette équipe très soudée qui se réjouissent les unes pour les autres. 

    Nicole Lagrotteria

    Quels sont les objectifs du club quant à ses athlètes ? 

    J : Notre objectif est toujours de les amener en compétition, mais on discute au préalable avec chacune d’entre elles ainsi qu’avec les parents pour connaître leurs préférences, mais aussi leur faire part de ce que nous voyons comme parcours pour elles. Donc, nous préparons toutes les filles pour y arriver mais elles ne se lancent pas toutes en même temps dans le grand bain des concours de twirling. 

    N : Pour y arriver, nous faisons appel à des spécialistes à la fois sportifs, chorégraphes, mais aussi de la santé afin d’avoir une équipe complète autour de nos filles. Nous avons par ailleurs un partenariat avec le département du sport du CHUV qui prend régulièrement soin de nos athlètes, car il est à la fois important de se dépasser physiquement mais aussi de prendre soin de son corps. Il y a un grand besoin de suivi personnel dans le sport de haut niveau, et en cela les monitrices du club sont essentielles. Le travail sur chaque athlète est presque unique puisque chacune d’elles aura des émotions et des interprétations différentes, et donc des besoins différents. On fait donc une sorte de tournus entre monitrices pour qu’elles puissent avoir diverses manières d’être coachées. 

    Quelle ambiance règne au sein du club alors que plusieurs athlètes se retrouvent à la coupe d’Europe ? 

    J : Ces deux dernières semaines étaient très sérieuses mais nous avons fait en sorte de créer un lien entre les athlètes, c’est-à-dire que nous sommes par exemple allées faire une sortie bowling. Nous avons aussi sympathisé avec le club de Nyon qui est également parti à la coupe d’Europe. Nous avons donc réellement réussi à créer une unité positive entre nos filles. D’ailleurs, aux premières nouvelles, cela a l’air de se passer très bien pour elles. 

    N : En compétition, en tout cas au niveau national, une athlète encourage l’autre. Il y a donc beaucoup de soutien les unes envers les autres. Elles sont une chouette équipe très soudée qui se réjouissent les unes pour les autres. 

    Mais que deviennent les athlètes à la fin de leur carrière ? 

    J : Plusieurs de nos anciennes athlètes sont devenues monitrices, comme moi, après avoir passé leur brevet Jeunesse et Sports. D’autres sont également devenues juges de compétitions. Il y a donc tout un groupe d’anciennes qui sont restées au club ou dans le milieu du twirling, ce qui est très chouette. 

    N : Oui, c’est comme une famille. Même celles qui ne reprennent pas forcément de poste de monitrice ou de juge restent d’une certaine manière dans l’association, en venant aider pour les ventes de pâtisseries par exemple. Cependant, je trouverais cela génial si ces anciennes athlètes allaient ouvrir elles-mêmes d’autres clubs de twirling en Suisse, afin de faire connaître ce sport et attirer plus de membres. En effet, le nombre d’athlètes de twirling stagne depuis plusieurs années, et nous espérons réussir à avoir plus d’adeptes. 

    Finalement, quel est votre plus beau souvenir au sein du club ? 

    J : Alors, j’en ai pleins mais je dirais que la plus belle expérience que j’ai eue était avec la team en finale à la coupe internationale au Canada. C’était une année compliquée mais nous avons réussi à entre dans les six finalistes et cela a été vraiment un bel accomplissement. 

    N : Au niveau plus administratif, l’un de mes plus beaux souvenirs est lorsque j’ai défendu aux États-Unis la possibilité pour les athlètes étrangères de concourir au niveau international. Bien qu’elles étaient résidentes suisses avec un permis B ou C, on ne voulait pas les accepter dans les compétitions sous l’étendard de la nation. La Fédération Suisse de twirling m’avait donc chargée de m’occuper de cette affaire et j’ai profité de la séance du mondial pour défendre leur cause. À partir de là, ces athlètes ont enfin pu participer pour la Suisse dans les compétitions internationales. C’est un très bel accomplissement pour notre sport. 

    Plus d’informations sur : https://twirling-lausanne.com

  • Le ski alpin, un made in Stöckli ?

    Le ski alpin, un made in Stöckli ?

    Rédigé par : Benoît Mendez

    SKI • Dans l’imaginaire collectif, la Suisse est souvent considérée comme la nation du ski alpin. Pour distinguer le mythique de l’historique, il faut remonter aux origines de l’édification de la Suisse comme reine de la glisse.

    Les plus anciennes paires de ski sont vieilles de 5000 ans, mais on ne peut pas faire remonter la passion de ce sport alpin aux fabuleux Lacustres, décrits comme nos ancêtres originels jusqu’au XXe siècle. Les premier·ère·s adeptes du schuss n’étaient pas non plus les Helvètes, comme Guillaume Tell n’était pas le premier adhérent de la Fédération Suisse de Ski. N’en déplaise à notre sentiment patriotique, ce n’est qu’au XIXe siècle que la pratique sportive du ski est importée de la Scandinavie à la Suisse. Les moniteur·ice·s étaient alors norvégien·ienne·s. Dans les années 1870, les stations de sports d’hiver telles que Gstaad ou Davos étaient très fréquentées par de nombreux·euses touristes britanniques, c’est donc naturellement que le ski, discipline en plein essor, est devenu un incontournable des sports d’hiver.

    Du plaisir familial…
    Avant la Première et la Seconde Guerre mondiale, le ski demeurait un plaisir réservé aux familles fortunées. Malgré un tourisme qui battait de l’aile dans les années de guerre, un engouement politique et économique autour du ski est né, notamment par rapport à son accessibilité. Au milieu du XXe siècle, le ski était devenu un classique du cursus scolaire et les familiaux séjours au ski se sont popularisés. Dès la période d’après-guerre, ce sport faisait l’objet d’une importante propagande, tant des milieux politiques que de l’industrie du tourisme.

    … à l’industrialisation du ski
    Puis, dans les années 1970, les athlètes suisses ont remporté bon nombre de compétitions internationales. L’épisode des Jeux olympiques de 1972 à Sapporo a ouvert un âge d’or. À cette époque de grands succès, les associations firmes-skieurs battaient leur plein. Ovomaltine, Crédit Suisse, Milka… de nombreuses marques ont créé un maillage entre sport et économie. Par la suite, cette période a été remplacée par l’âge de la concurrence. Nouvelles pratiques, rivalité avec le football et le tennis, baisse du nombre de médailles décrochées… Divers facteurs expliquent une baisse de l’engouement populaire pour la descente alpine. Le ski est désormais banalisé, même s’il reste l’une des cinq activités physiques favorites des Suisse·esse·s, selon le rapport Sport Suisse 2020. En étant 35% dans ce pays à pratiquer la glisse régulièrement, notre nostalgique imaginaire national devrait revoir où en sont les pioupious et leur piquer du bâton…

  • Le symbole de l’automne en péril

    Le symbole de l’automne en péril

    Rédigé par : Olivia SCHMIDELY

    BIODIVERSITÉ • Chaque année à l’automne, la palette orangée dont se parent les arbres de nos régions nous offre un spectacle magnifique. Pourtant, ce phénomène est mis en danger par le dérèglement climatique. Jean-Michel Fallot, climatologue, nous en dit un peu plus.

    Un phénomène s’est récemment rajouté à la liste des effets dévastateurs du dérèglement climatique sur la flore. Depuis une dizaine d’années, un fort retardement du jaunissement des feuilles des arbres a été constaté. Ce triste phénomène est dû aux températures qui augmentent, créant des sécheresses inhabituelles. De fait, le froid n’a pas l’occasion de détériorer assez tôt la chlorophylle des feuilles, et elles ne tournent donc que tardivement aux tonalités chaudes.

    Des nuits fraîches sans vent participent à l’éclat des couleurs.

    Dans certains cas, la sécheresse provoque tout simplement la chute des feuilles prématurément. En outre, la coloration des feuilles durant l’automne dépend aussi des conditions : un beau temps et des nuits fraîches sans vent participent à l’éclat des couleurs.

    La Suisse concernée aussi
    Nos régions suisses sont touchées également. Jean-Michel Fallot, climatologue, maître de recherche et d’enseignement à l’Institut de géographie et de durabilité de l’Unil, explique : « On observe un retard de la coloration notamment dans les Alpes ». Il précise que le processus est mû par deux facteurs : la décoloration normale des feuilles résulte d’une diminution de la durée du jour, mais aussi d’une température plus basse. Consécutivement au réchauffement de l’atmosphère, ce phénomène est retardé. À l’inverse aussi, lorsqu’il y a une sécheresse en été, les feuilles subissent un stress et jaunissent plus rapidement, ce qui provoque leur chute prématurée. Certaines espèces telles que les hêtres, ne supportant pas ces chaleurs, sont plus à risque ; d’autres, comme les chênes, les supportent mieux. Le climatologue précise qu’il faut d’ailleurs s’attendre à des étés plus secs dans les années à venir, ce qui risque donc d’exacerber ces phénomènes. Ces changements climatiques participent aussi à l’implantation de nouvelles espèces en Suisse, puisqu’elles suivent la chaleur. Ces dérèglements auraient à long terme un impact sur la biodiversité, en empêchant certains spécimens de s’épanouir, influençant dès lors la faune également. C’est la raison pour laquelle il est important, dans la gestion des forêts, de ne pas planter uniquement les mêmes espèces. Une preuve de plus s’il en fallait une, de la fragilité de l’écosystème et de la nécessité de le protéger.

  • Nos cultures pourtant si proches

    Nos cultures pourtant si proches

    Photo par : Myriam Détraz

    ANECDOTES · Des participant·e·s au cours TANDEM avec Myriam Détraz

    Ressentis météo et conséquences…

    L’une des premières choses que j’ai constatée à Lausanne c’est le peu de vent qu’il y a. Je viens d’Écosse, où j’habite en haut d’une colline au bord de la mer, alors il y a du vent presque tous les jours. Cela m’a beaucoup surprise de voir qu’ici quand il pleut, tout le monde utilise un parapluie plutôt qu’un imperméable. Un parapluie ne sert à rien en Écosse – il serait retourné ou cassé en quelques minutes. J’étais encore plus étonnée de rencontrer des gens de Belgique qui m’ont dit qu’ils trouvaient qu’il y avait beaucoup de vent à Lausanne par rapport à chez eux !

    Annie, Ecosse

    Le mystérieux sac poubelle

    Il a fallu quelques semaines à ma famille pour comprendre le système de recyclage et de collecte des déchets en Suisse. Après environ 3 jours de vie ici, c’était enfin le jour des poubelles. J’ai fermé le sac, je me suis dirigée vers la zone des ordures, je l’ai jeté et je suis retournée profiter de ma journée. Quelques heures plus tard, j’ai entendu frapper à ma porte. J’ai ouvert la porte et il y avait un homme tenant un sac poubelle qui m’était plutôt familier. Il m’a dit : « Bonjour, je voulais vous informer que vous avez oublié d’ajouter une étiquette sur votre sac poubelle ». Embarrassée, j’ai répondu « Je suis désolée, je ne pense pas que ce soit mon sac ». Il m’a dit « Vous êtes sûre ? J’ai ouvert le sac et j’ai trouvé cette lettre qui avait votre adresse ». Comme c’était gênant.

    Maria Fernanda, Brésil

    La lessive, une tâche tellement complexe en Suisse

    En Suisse, la lessive est une activité vraiment importante et réglementée : 1) obtenez un portefeuille spécifique pour mettre toute votre monnaie pour payer les machines à laver, 2) allez à la banque et obtenez de la monnaie, 3) attendez le jour assigné pour faire la lessive, 3) assignez 20 minutes pour parler aux personnes dans la buanderie collective. Ne jamais : 1) laver les vêtements après 21h, 2) laisser la lessive à la dernière minute et essayer de trouver de la monnaie après 19h ou le week-end. J’ai décidé que faire la lessive doit être une chose sacrée et culturellement importante ici.

    Philippa, Grande-Bretagne

    Comment trouver des toilettes en ville de Lausanne ?

    Un jour, j’étais au centre-ville toute seule pour faire des courses. Ça faisait 4-5 jours que j’étais arrivée à Lausanne, et c’est la première fois que j’habite à l’étranger (je viens du Japon). J’ai eu soudainement besoin d’aller aux toilettes. Au japon, il y a toujours des toilettes dans une station de métro. Alors, je suis allée à la station du Flon. Mais je n’ai rien trouvé ! Ensuite, j’ai essayé quelques magasins. Là encore, il n’y en avait pas. Ça commençait à être urgent, et j’ai appelé mon Buddy. Elle m’a gentiment suggéré d’en emprunter dans un restaurant. J’hésitais à le faire parce que je ne le fais jamais au japon. Et j’ai trouvé une bonne idée ! J’étais sûre qu’il y en avait… à la gare ! Avec la dernière once de force, je me suis dirigée vers la gare. Et puis, ce que j’ai vu à la gare… Une machine pour payer ! C’était très choquant qu’il faille payer pour aller aux toilettes… En Europe, trouver des toilettes, c’est un exploit !

    Noemie, Japon

    Les passages piétons

    Lorsque je suis arrivée à Lausanne, la première chose que j’ai faite a été d’aller à la Migros pour faire quelques courses. J’ai marché jusqu’à la Migros et quand je suis arrivée au passage piéton, j’ai attendu que la voiture passe pour pouvoir traverser. Cependant, la voiture s’est arrêtée juste avant la ligne zébrée et je me souviens que j’étais vraiment interloquée car, d’où je viens, la voiture n’attend pas les gens, c’est plutôt le contraire. Après deux minutes d’attente, j’ai demandé ce qu’elle attendait et elle m’a dit de traverser la ligne parce qu’elle s’était arrêtée pour me laisser traverser. J’étais choquée car dans d’autres pays, il est plus courant que ce soit la personne qui attende que la voiture ait passé.

    Mahta, Iran

    De la validation des tickets de métro

    La première fois que j’ai pris le métro à Lausanne, j’avais acheté mon billet et je suis entré dans le métro en cherchant un endroit pour le valider. En Espagne, les transports publiques ont toujours des barrières pour entrer ou au moins un endroit pour valider le billet. J’ai parcouru tout l’intérieur du métro à la recherche de cet endroit et, après quelques minutes, j’ai demandé à une femme et elle m’a dit qu’en Suisse on ne faisait pas ça. Je me suis senti vraiment bête.

    Arturo, Espagne

    Entre le français à l’école et celui de la vie courante, quel fossé !

    J’ai étudié le français à l’école. Mes connaissances sont suffisantes pour faire du shopping. Lors de mes premiers jours à Lausanne, alors que je voulais acheter quelque chose dans une chocolaterie, la dame à la caisse m’a dit plusieurs fois « cinq francs septante ». J’étais très troublée car je ne connaissais pas septante. Je n’arrêtais pas de demander : pouvez-vous répéter cela ? et elle a dit « cinq francs septante » à nouveau. « Septante » ne sonne pas très différemment de « siebzig » en allemand. Mais je ne m’y attendais pas et je n’ai donc rien compris.

    Julia, Allemagne

    Acheter du fromage et payer dans une boîte, un rapport de confiance !

    Un jour après le déjeuner, les amis de mon oncle m’ont dit d’aller acheter du Gruyère dans un endroit spécial.

    Quand nous sommes arrivés à cet endroit, j’ai réalisé que ce n’était pas un magasin et qu’il n’y avait pas de monde. Alors je leur ai demandé : « Et où allons-nous acheter le fromage ? », et ils me disent : « tu vois ce réfrigérateur ? c’est là qu’on l’achète. » et ils ont ri.

    Je n’ai rien compris jusqu’à ce que j’ouvre le réfrigérateur et que je me rende compte qu’il y avait juste un pot pour laisser l’argent pour ce que vous achetiez. Là, j’ai réalisé à quel point on peut faire confiance aux gens en Suisse.

    Alessia, Pérou

    Les surprises linguistiques du français à l’anglais 

    J’ai remarqué que lorsque les gens de Suisse romande parlent en anglais, ils ont des expressions spécifiques qu’ils utilisent tout le temps, comme des tics verbaux, et généralement ils ne sont pas souvent utilisés en anglais. Par exemple, il est vraiment amusant et bizarre pour moi que les gens utilisent tout le temps l’expression « for sure » en anglais. Il est souvent répété comme « for sure, for sure ». Les gens l’écrivent même dans des courriels. En tant que personne britannique, je n’ai aucune idée d’où cela vient ou si la phrase est une traduction directe de quelque chose en français.

    Philippa, Grande-Bretagne

    Une histoire de dentifrice

    Je suis allé au supermarché pour acheter un dentifrice. Comme j’étais en retard, je devais me débrouiller rapidement. J’en ai cherché partout, mais je n’ai rien trouvé, pas même un employé pour m’aider. Je n’ai vu qu’un produit qui ressemblait à un dentifrice, mais qui portait la marque « Candida ». J’ai pensé : « Non, ça ne peut pas marcher. » En portugais, « Candida » c’est le nom de la levure qui cause la candidose, une mycose qui affecte en particulier les organes génitaux féminins. Pensez-vous : se brosser les dents avec une pommade pour traiter une infection. Comment est-ce possible qu’un supermarché ne vende pas de dentifrice ? Intrigué, j’ai continué ma recherche (et j’ai raté mon rendez-vous). Après de nombreux va-et-vient dans les couloirs, j’ai décidé de vérifier ce produit et voilà : c’était bien un dentifrice. Enfin, j’en avais trouvé. Mais, juste au cas où, j’ai acheté une option qui avait un autre nom.

    Olliver, Brésil

    Surprise de l’hospitalité suisse

    Une fois que j’étais à la maison, travaillant à domicile, j’ai entendu frapper à la porte. J’ai été surprise parce que personne ne frappe à ma porte. Je pensais que si c’était un ami, il ou elle aurait appelé avant de venir. J’ai quand même décidé d’ouvrir la porte. Devant la porte se trouvait une fille avec une boîte de chocolat à la main. Elle s’est présentée en disant qu’elle est ma nouvelle voisine et que si j’ai besoin de quelque chose, de ne pas hésiter à frapper à sa porte. J’étais nouvelle en Suisse et mon français n’était pas très bon. J’ai seulement dit merci et j’ai fermé la porte. Quand la porte a été fermée, je me suis dit à moi-même, « tu n’as pas dit ni ton nom ! » Je me suis sentie tellement embarrassée et je ne me suis jamais excusée !

    Angeliki, Grèce

    Quand manger au restaurant ?

    J’ai fait un Erasmus en Suisse et un des premiers jours où j’étais là, nous avons décidé, avec des amis, d’aller manger dans un restaurant. On s’est retrouvés à 14h00 au restaurant et quand nous sommes entrés et que nous sommes allés commander, ils nous ont dit que la cuisine était déjà fermée. En Espagne manger à 14 heures est tôt ! Habituellement, nous mangeons à 15 heures mais nous dînons aussi plus tard que les Suisses. On ne pouvait pas manger et on a dû aller au supermarché pour acheter un sandwich. Depuis ce jour, on a vu que nous devions nous habituer à ce nouvel horaire.

    Aina, Catalogne

    Masqués oui, mais dans la diversité !

    Quand je suis arrivée en Suisse j’ai été frappée par le fait que tout le monde ici porte des masques presque identiques. Oui, d’accord, il y a peut-être quelques masques bleus et quelques noirs, en de rares occasions un blanc, mais au-delà de cela, il y a vraiment peu de variété. Voir un masque unique est une chose rare ! Lorsque je suis partie d’Écosse, presque tout le monde portait des masques réutilisables de toutes les couleurs et motifs – avec des images, avec du texte, rayé, tartan, pailleté, tout ce qu’on peut imaginer. Quand je prenais le train ou que j’allais au cours à l’université, il était toujours intéressant de voir tous ces masques différents. Ici, ils sont tous les mêmes et c’est beaucoup moins intéressant.

    Annie, Ecosse

    Désespoir oscillo-battant

    Je cuisinais dans l’appartement où je me suis installé au début de mon séjour à Lausanne. Comme je n’ai pas l’habitude d’utiliser une plaque à induction (qui n’est pas très commun au Brésil), j’ai brulé la nourriture, ce qui a produit beaucoup de fumée. Je me sentais trop nerveux. Alors, j’ai décidé d’ouvrir la fenêtre. Elle était un peu dure et je l’ai forcée. Ensuite, par ma surprise, la partie supérieure s’est ouverte. J’étais désespéré : « Mon Dieu, non, non, je viens d’arriver et j’ai déjà endommagé le bâtiment. Quelle malchance ! » Voici le dilemme : je fais comme si de rien n’était ou je reconnais mon erreur. Le surmoi a parlé plus fort que le ça. Alors, j’ai appelé la propriétaire pour lui expliquer la situation. J’étais très gêné. « Je suis désolé, mais j’ai abîmé la fenêtre. » Elle s’est contentée de rire. Après, j’ai constaté que cette ouverture était normale. Je peux dire que le fait se résume à ceci : un désespoir oscillo-battant.

    Olliver, Brésil

    Petit problème de prononciation

    Je suis allée à la poste pour payer mon loyer. Je n’avais pas assez d’argent, alors j’ai demandé ou je pouvais trouver un “ATM” en anglais. L’employé de la poste parlait très bien l’anglais, mais il ne comprenait pas du tout ! On a pris beaucoup de temps pour trouver ce que je voulais dire. Finalement, j’ai expliqué avec une phrase et il m’a compris. Ce qui m’a surprise c’est que les abréviations sont très différentes en français et en anglais. Au japon, on parle beaucoup de l’“IOC”, mais ici c’est le CIO. Je pense qu’il me faudra beaucoup de temps pour apprendre ces choses.

    Noemie, Japon

    Les jeunes conducteurs

    Après nous être finalement installés dans notre maison en Suisse, ma famille et moi avons décidé de faire une promenade pour explorer la ville dans laquelle nous avions emménagé. C’était une belle journée avec un ciel bleu, les routes étaient plutôt vides, peu de voitures circulaient… Jusqu’à ce qu’un énorme tracteur apparaisse, roulant sur la route principale de la ville. Pour quelqu’un qui a vécu à Singapour auparavant, voir un tracteur circuler sur la même route que les voitures était choquant. Non seulement cela, mais une fois qu’il s’est approché de nous, nous avons vu que c’était un enfant d’une dizaine d’années qui le conduisait avec sa petite sœur assise à côté de lui. Je me demande qui a la priorité dans cette situation.

    Maria Fernanda, Brésil

    Les trains et leurs pièges…

    Au début, quand je suis arrivée ici, je n’étais pas familière avec le système des trains, et encore moins avec les plans des trains. Ils étaient vraiment déroutants. Durant ma première semaine à Lausanne, je voulais découvrir le chemin pour aller à l’Université. Donc, j’ai pris un train l’après-midi et le plan était de monter dans un train et après quelques arrêts de descendre et de monter dans un autre train. Du coup, j’ai pris le premier train et je suis descendue. Cependant, après je me suis perdue dans la gare principale de Lausanne. J’ai demandé à quelqu’un quel train je devais prendre et elle m’a indiqué le numéro de train.  J’ai paniqué parce que le deuxième train était déjà parti depuis quelques minutes. Finalement, je l’ai trouvé et j’ai couru dans le train. Je me suis calmée pendant quelques minutes et j’ai profité de la vue, puis je me suis rendu compte que le train que j’avais pris partais en direction d’une autre VILLE. A la fin de la journée, je ne suis pas arrivée à l’université car il était tard et j’ai passé tout l’après-midi à essayer de rentrer à la maison.

    Mahta, Iran

    Le genre des prénoms…

    L’histoire suivante concerne ma première rencontre avec mon partenaire tandem. Je l’ai rencontré grâce à la plateforme tandem à l’Unil et nous avons décidé de nous rencontrer à Ouchy. Il s’appelle Laurent et il est suisse. Je n’avais jamais rencontré quelqu’un qui s’appelle Laurent avant. Je suis arrivée à Ouchy mais je n’ai trouvé personne. Il y avait un gars qui me regardait et j’ai pensé que c’était étrange. Soudain, il vient et me demande si je suis Angeliki ? J’ai pensé comment il connaît mon nom et je l’ai regardé sans réagir. Puis j’ai réalisé que c’est mon partenaire tandem. Laurent est un prénom masculin !!!

                                                                                                                                 Angeliki, Grèce

    Les horaires des repas…

    On parle beaucoup des différences des horaires de manger que nous, les Espagnols, avons par rapport au reste des pays européens, la Suisse inclue. Et c’est tout à fait vrai, en Espagne on prend le déjeuner et le souper dans des horaires souvent difficiles à comprendre pour les autres gens. Souvent mes colocataires suisses rigolent de moi à propos de ça. Un jour, c’était 18 heures et je revenais d’un cours et je n’avais pas pris mon déjeuner. Donc je commence à cuisiner et une de mes colocs arrive pour cuisiner son souper. Elle me regarde et me dit avec un sourire : « c’est ton dîner ? » en pensant que c’était impossible. Et je réponds : « oui ». A partir de ce moment, elle ne demande plus si ce que je mange c’est mon dîner ou mon souper.

    Arturo, Espagne

    Mais oui, à Saint-Gall on paie avec des francs suisses… même si on parle allemand

    Il y a quelques semaines, je suis allée à Saint-Gall avec des amis, et Saint-Gall est dans la partie allemande de la Suisse où tout le monde parle allemand.

    Alors une fois là-bas, nous avons décidé d’aller marcher à la montagne, mais avant cela, nous sommes allés au magasin pour acheter des choses. Or, quand je suis arrivée à la caisse pour payer, j’ai dit à mon ami : « Je n’ai pas d’euros. Comment est-ce que je vais payer si je n’ai que des francs suisses ? » Et c’est là que tout le monde m’a regardé et que je n’ai rien compris.

    La caissière m’a regardée et m’a dit : « Mais, donne-moi ce billet », et j’ai répondu: « Non, parce que ce n’est pas des euros » et j’étais très embarrassée. Elle m’a redemandé mon billet pour payer, et sans comprendre, je le lui ai donné.

    Après, quand je suis sortie du magasin, j’en ai parlé à mes amis : « Je ne comprends pas comment elle a accepté les francs suisses, si on est en Allemagne ». Ils m’ont tous regardé et ont ri, puis j’ai réalisé que j’étais toujours en Suisse et qu’ils parlaient juste une autre langue.

    Alessia, Pérou

    L’art de traverser la route…

    En Allemagne, les gens traversent simplement la route quand il n’y a pas de voitures qui arrivent, même si c’est rouge. Les gens s’arrêtent quand il y a des enfants. J’ai voulu franchir un feu rouge ici et mes amis, avec qui je voyageais, m’ont indignement retenue. Ici, les gens suivent vraiment toutes les règles de très près.

    Julia, Allemagne