• Sexiste, la recherche ?

    Sexiste, la recherche ?

    Rédigé par : Max Haizmann

    RECHERCHE • A l’Université de Lausanne, 54% des doctorant∙e∙s sont des femmes. L’égalité de genre serait-elle atteinte ? La discrimination est-elle devenue inexistante au sein de la recherche académique vaudoise ? Petit tour d’horizon.

    Parler d’égalité des sexes dans la recherche implique forcément l’évocation du leaking pipe. Il s’agit d’un phénomène largement reconnu et quantifié qui décrit la « fuite » de l’égalité dans les carrières scientifiques et notamment de recherche. Carine Carvalho, cheffe du Bureau de l’égalité de l’Unil le confirme : « La situation est connue et classique en Suisse et à l’international ». La parité est atteinte aux premières étapes de la formation, mais elle se perd en montant dans les échelons. Par exemple, selon les chiffres de l’Office fédéral de la statistique, en Suisse, dans les universités et les écoles polytechniques fédérales, 56.3% des assistant∙e∙s et doctorant∙e∙s sont des femmes, pour seulement 31.8% des professeur∙e∙s. Ce phénomène se retrouve à l’Unil avec des chiffres respectifs de 55.5% et 27.8%. On comprend facilement que l’égalité n’est pas encore atteinte lorsque l’on s’intéresse aux causes de ce phénomène. Le rôle attendu des femmes dans la famille et l’environnement de travail passivement et activement sexiste sont parmi les facteurs-clés qui influencent les carrières des potentielles chercheuses, selon deux études de 2012 et de 2018, réalisées par les chercheurs américains Williams et Ceci ainsi que par Biggs et autres. En réalité, les études qui démontrent le sexisme et ses causes foisonnent. A titre d’exemple, la chercheuse et docteure Klea Faniko, chargée de cours à l’Université de Genève, a récemment publié « Manque d’ambition ou manque de soutien? Les expériences professionnelles divergentes des hommes et des femmes expliquent la persistance des préjugés sexistes ». Au Bureau de l’égalité de l’Unil, il n’y a pas de désillusion : « Les raisons de cette fuite sont complexes. Il y a une vraie volonté, mais on vient de très loin, le défi est immense. L’objectif de l’Unil est clair : la parité, à tous les niveaux ».

    La recherche à l’Unil
    L’Université de Lausanne plante le décor sur sa page internet : « Le sexisme n’est en aucun cas toléré à l’Université de Lausanne ». La direction de l’établissement s’est exprimée sur le sujet à plusieurs reprises en condamnant fermement le sexisme en son sein. Le site internet de l’Unil donne entre autres une définition du problème et propose un « Guide pratique pour lutter contre le sexisme au travail ». De plus, les données présentées mettent le leaking pipe en évidence. Le problème ne semble donc pas être sous le tapis, et pour cause. La problématique du sexisme est largement présente sur le campus de Dorigny. Les associations étudiantes et le monde culturel rendent la problématique visible à travers de nombreux événements.

    On comprend facilement que l’égalité n’est pas encore atteinte lorsque l’on s’intéresse aux causes de ce phénomène.

    Les nombreux·ses bénévoles actif·ve·s jouent ainsi un rôle central dans la mise en lumière des divers problèmes encore présents à l’Unil et dans la continuité du combat féministe. Des événements officiels se joignent à l’activisme ambiant. A l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes 2021, deux webinars inscrits dans l’actualité ont traité des inégalités dues au genre au temps du Covid-19. En août 2022, le Décanat a introduit la possibilité d’allouer des subsides aux événements scientifiques présentant au moins 40% d’oratrices. Si l’incitation aide certainement à bouger dans le bon sens, l’objectif de l’Unil n’est pas en vue.

    Un combat sans fin
    Les revendications d’égalité entre les sexes ont ainsi pris de l’importance à travers les années à l’Unil et dans notre société. Les débats publics très actuels sur l’âge de la retraite des femmes et le droit à l’avortement exemplifient bien la place importante qu’occupent les droits des femmes dans les débats publics. Inutile de s’étaler ici sur les soixante années de lutte qu’ont vécu les Suissesses pour faire valoir leurs droits. Que dire face au résultat de ce combat dans la recherche académique, un éloquent leaking pipe ?

  • Le genre et la médecine sont-ils aussi compatibles que moi et mon match Tinder ?

    Le genre et la médecine sont-ils aussi compatibles que moi et mon match Tinder ?

    https://www.chuv.ch/fr/chuv-home/espace-pro/journalistes/espace-de-telechargement/campagne-contre-le-sexisme-et-le-harcelement

    Rédigé par : Cassandre Moll

    Médecine et genre · L’hôpital et la médecine – au masculin depuis des millénaires – sont au sexisme ce que la boite de Petri est au microbe. J’ai eu l’occasion d’en parler avec Joëlle Schwarz, co-responsable de l’Unité médecine et genre à Unisanté et chargée de cours à la Faculté de biologie et de médecine (FBM).

    La grève des femmes du 14 juin 2019, les 50 ans de suffrage féminin et la mise en place du Collectif de Lutte contre les Attitudes Sexistes en milieu Hospitalier (CLASH) ont pu montrer que le genre et l’inclusivité (remise au centre du mouvement féministe, particulièrement lors du 14 juin 2020) ne sont pas que sujets de mode aisément contournables.

    Résumé chronologique de l’implantation de la thématique du genre dans les études de médecine à Lausanne

    C’est dans les années nonantes, correspondant aux prémices de la troisième vague féministe, que Lausanne et Bâle débutent enfin un travail de fond pour mettre en place des enseignements liés aux genres. C’est seulement en 2005 qu’un cours « santé et genre » est mis en place pour les étudiant·e·s de premières années de médecine. Pas nécessairement inclusif, ce cours vise surtout à souligner dans une optique binaire les différences entre hommes et femmes que l’on retrouve dans le monde de la santé. La non-binarité du genre est quant à elle abordée dans un second temps.

    En plus de représenter une reconnaissance institutionnelle de la thématique, un financement alloué par la faculté de biologie et de médecine permet d’intégrer des cours sur le genre ainsi que d’engager un expert en sciences sociales puis Joëlle Schwarz, qui répond à mes questions pour cet article. Des fonds obtenus de l’UNIL pour l’innovation pédagogique permettent eux l’établissement d’un cours sur les biais de genre dans les pratiques cliniques pendant les cours blocs. En parallèle, une commission médecine et genre voit le jour en 2017. Deux étudiant·e·s en médecine peuvent y participer et suggérer des améliorations sur les enseignements liés au genre. Des cercles de qualité constitués de médecins assistant·e·s sont également mis en place, et offrent à ceux-ci et celles-ci l’opportunité de discuter de cas concrets concernant cette même problématique.

    Les objectifs d’enseignement de médecine en Suisse définis au niveau fédéral sont révisés en 2017. Une personne impliquée dans cette révision propose à la Commission médecine et genre – présidée par la Professeure Carole Clair – d’ajouter des objectifs liés au genre. Remédiant à la situation, elle permet la fixation de sept objectifs liés à cette thématique.

    Le genre et l’inclusivité ne sont pas que des sujets de mode aisément contournables

    Au printemps 2018, quatre étudiantes en médecine ont été témoins d’attitudes sexistes lors de leurs stages en milieu hospitalier. Elles décident alors de sonder leurs pairs dans l’optique de déterminer quel pourcentage aurait connu la même situation. Plus de la moitié de celles et ceux ayant répondu le font par la positive. Ces résultats sont médiatisés et le CHUV est forcé de réagir mettant en place charte, antenne téléphonique et campagne de sensibilisation au harcèlement sexuel. En 2019, la FBM instaure un enseignement skills obligatoire pour tou·te·s sur le sujet du harcèlement sexuel.

    https://sexisme.ch/

    Maintenant c’est bon, le sexisme c’est fini

    Actuellement, la thématique du genre est de plus en plus ancrée dans les études de médecine en Suisse, alors que la France n’en est qu’aux prémices. L’année passée, une synergie s’est établie entre les écoles de médecine de Suisse quant aux questions de genre. On remarque ainsi que la FBM de Lausanne serait plutôt en avance par rapport aux autres, un enseignement médecine et genre y ayant été instauré dans cinq des six années d’études de médecine. L’avance de certaines écoles de médecine par rapport à d’autres donne une impulsion politique aux retardataires.

    Actuellement, la thématique du genre est de plus en plus ancrée dans les études de médecine en Suisse

    Pour ce qui est du futur, il faudrait déjà convaincre certains médecins de ne plus pratiquer leur art dans une optique androcentrée. C’est seulement ensuite que l’on pourrait commencer à modifier cette approche actuellement excessivement binaire en termes biologiques, en invoquant également l’implication des caractères sociaux, d’âge, d’ethnie, etc. pour expliquer ce que l’on peut voir.

    En conclusion non, on ne se débarrassera probablement pas du sexisme avant que le réchauffement climatique nous rattrape, mais ça vaut quand même la peine de lutter.

    Non ?