• EPFL VS Unil

    EPFL VS Unil

    Photo : ©Wikimedia Commons

    Rédigé par : Furaha Mujynya

    STÉRÉOTYPES • Entre haine et amour, la relation entre l’EPFL et l’Unil est tumultueuse et passionnelle. Le corps estudiantin a beau se lancer des stéréotypes au visage, tou·te·s semblent sociabiliser, indépendamment de leur appartenance à une faculté ou une université précise. Qu’en est-il de ces présupposés ? Sont-ils nés d’une réalité dure à accepter ?

    Après avoir interrogé une cinquantaine de jeunes étudiant·e·s sur l’existence et le partage de stéréotypes concernant l’EPFL et l’Unil – c’est une écrasante majorité (94,5%) qui confirme la présence de clichés bien ancrés dans la communauté universitaire. Ainsi, 68,5% des interrogé·e·s affirment avoir déjà entendu des stéréotypes à propos des deux institutions tandis que 18,5% à propos seulement de l’EPFL et 7,5% concernant uniquement l’Unil. Si les stéréotypes formés sur l’Unil et l’EPFL sont souvent créés en opposition les uns par rapport aux autres, ils confrontent souvent la Faculté des Lettres à l’entièreté de l’EPFL – à l’exception de la Faculté d’Architecture, souvent considérée comme le mouton noir de l’EPFL en termes de difficulté d’apprentissage. Car, oui, ce sont surtout des questions de différences de complexité de cursus qui viennent opposer nos chères hautes écoles, et par extension leurs corps estudiantins.

    Prof ou Pôle emploi
    Parce que l’EPFL a la réputation d’être difficile à réussir, ses étudiant·e·s sont stigmatisé·e·s comme des geeks ou des nerds, qui passent soi-disant tout leur temps à étudier, au dépend de leur vie sociale. À l’inverse, les étudiant·e·s de Lettres, qui s’intéressent plus aux sciences humaines, à la culture, et aux langues, sont considéré·e·s comme des personnes qui ne font rien, et qui possèdent comme seules possibilités d’avenir l’enseignement ou le chômage. Bien évidemment ces clichés, bien loin d’être propres à ces deux écoles spécifiques, découlent de présupposés qui trouvent leur origine dans les tréfonds de notre société.

    L’Université de Lausanne possède le label de gauchiste libéral

    Il existe des dictons qui prétendent que « ceux·elles qui savent faire, font ; ceux·elles qui ne savent pas faire, enseignent ». Ce sont justement ces maximes qui laissent suggérer un ordre hiérarchique entre les métiers éducationnels et ceux d’ingénierie, médecine ou autres. En partageant ces idées préconçues sur les voies professionnelles qui découlent d’une éducation supérieure en Sciences Sociales ou en Lettres mais aussi sur leur valeur hiérarchique ou utile dans la société humaine, les étudiant·e·s ne font donc que répéter et reproduire des stéréotypes déjà bien ancrés dans le monde professionnel – une tendance dont a pris conscience l’EPFL qui précise de manière explicite, sur la page de son site internet, les différences entre l’EPFL et l’université : « [qu’il] n’y a pas de formation qui soit meilleure qu’une autre. Les évaluations et les choix doivent être faits selon les priorités et les ambitions de chaque individu ».

    Gauchistes vs misogynes
    En dehors des présuppositions effectuées sur les difficultés éducationnelles auxquelles font face les étudiant·e·s de l’EPFL et l’Unil, ce sont surtout les stéréotypes concernant le genre et les positions politiques du corps estudiantin qui posent problèmes. L’EPFL, qui possède effectivement une majorité d’étudiants hommes, est souvent considérée comme un phare à attitudes misogynes. S’il existe bien une réalité troublante concernant les comportements inappropriés envers les femmes, ou toute autre minorité, celle-ci est cependant loin d’être propre au campus epflien, comme le démontrent les pages Instagram de @payetonunil @payetontournage, et @payetonimpro. Au contraire, ce n’est pas parce que l’Université de Lausanne possède le label de gauchiste libéral que ses étudiant·e·s ne subissent pas pour autant des violences verbales ou physiques.

    « Ceux·elles qui savent faire, font ; ceux·elles qui ne savent pas faire, enseignent »

    Donc, au lieu de se cacher derrière des étiquettes, il est plus intéressant de se rencontrer sans a priori et juger, au cas par cas, si l’on est face à quelqu’un de confiance, aux idéaux et morales semblables aux nôtres ou pas – ce que font déjà la plupart des personnes, conscientes finalement que ces stéréotypes ne sont rien d’autre que ça ; des vieux clichés sans réel fondement.

  • Rencontre avec Romane Dussez – Table Ronde du Festival Fécule

    Rencontre avec Romane Dussez – Table Ronde du Festival Fécule

    Image : ©Festival Fécule

    Propos recueillis par : Furaha Mujynya

    ART • Une table ronde autour de la thématique « Être artiste·x·s amateu·ricexs et étudiantexs à l’université » est organisée dans le cadre du Festival Fécule, durant laquelle quatre compagnies de lieux scéniques différents vont partager leurs histoires et leurs points de vue sur la place que l’art prend dans leur parcours universitaire – Romane Dussez, organisatrice de la table ronde vous invite donc à partir à la rencontre des participant·e·s du Festival Fécule : « De leur pire galère à la joie de présenter leur création sur scène, venez profiter d’un moment de partage avec ces Féculiens et Féculiennes ! »

    Alors comment est-ce que ça a pris naissance ce projet ?

    Alors donc, moi, l’année passée j’ai participé au Festival Fécule avec un projet. C’était la première fois qu’on participait avec la troupe du Rez. On a présenté « les Physiciens » de Friedrich Dürrenmatt et on a adoré le festival. On connaissait pas du tout. La plupart de nous n’avait jamais été. On avait trouvé ça trop bien, mais je trouvais qu’il manquait un petit peu d’interaction entre les différents groupes de théâtre enfin, entre tout le monde, entre tous les arts. Et du coup, j’ai un peu réfléchi pendant l’été et puis je m’étais bien entendu avec Jonas, responsable de projet. Et puis je lui ai dit, moi j’aimerais bien qu’on fasse plus d’interactions entre artistes et des bords de plateau, une table ronde autour de ça et tout… Et j’ai un peu lancé des idées en mode : « Voilà ce que tu pourrais faire ». Et puis il m’a dit : « Ben. Viens le faire toi » et du coup c’est comme ça que je me suis un peu lancée dans le projet. Et donc l’idée de base de cette table ronde, c’était vraiment de réunir un maximum les artistes de différents groupes et idéalement de lieux scéniques un petit peu différents. Là, j’essaie d’avoir un groupe qui fait de l’impro, un groupe qui fait du théâtre un peu plus classique, à partir d’un texte connu, un groupe de théâtre qui fait une création et un groupe qui fait du théâtre de mouvements – donc du théâtre, mais sans parler et en bougeant. Donc l’idée c’était d’avoir 4 manières différentes de voir l’art vivant de la scène et puis les faire se rencontrer le temps d’une soirée pour qu’on discute de plein de thématiques autour de « Quelle place a l’art ? » – pour nous qui sommes étudiant·e·s.

    Elle se déroule quand cette table ronde et avec qui ?

    Le 27 avril, à 17h au foyer de la Grange avec La Cie ET Cetera avec la pièce « A Midsummer Night’s Dream », la Cie Astrolabe avec la pièce « Manuscrit trouvé à Khâ », Cie les Insolents avec la pièce « Les Insolents » et Michael Groneberg avec la pièce « Ici Jouera Zarathoustra ! ».

    Est-ce qu’elle a un titre cette table ronde ? Et fait-elle partie du programme officiel de Festival Fécule ?

    Elle a un titre, elle s’appelle « Être artistexs amateuricexs et étudiantexs à l’université ». Alors ce n’est pas dans le programme papier officiel, parce que pour des raisons de timing, parce que tout était pas encore super clair (les horaires, les intervenant·e·s) au moment où on a imprimé le programme papier, mais ça fait partie du Festival, sauf que ce sera communiqué plus tard. Pareil pour les bords de plateau, mais ils seront annoncés partout avant que ça ait lieu dans tous les cas.

    Voilà donc ça, c’est un projet que tu fais par plaisir ou est-ce que ça s’inscrit dans une formation ou un stage lié au Festival Fécule ?

    Je suis devenu stagiaire du Festival Fécule. Y’a une autre stagiaire qui fait ça dans le cadre de ses études avec Jonas, mais moi pas du tout. Moi, je suis en 6e année de médecine actuellement et je suis en stage à l’hôpital. Donc je fais ça vraiment en dehors, pour le plaisir, parce que j’adore ça.

    C’est la première fois que tu organise un événement de ce type ?

    Oui, complètement. J’ai souvent participé à des projets de médiation culturelle, mais un peu comme petite main à côté ou en regardant un peu comment ça se passait. Mais je n’ai jamais organisé moi quelque chose, donc c’est une première, on verra.

    Du coup ce projet, est-ce que ça en a engendré aussi d’autres ?

    Il y en aura d’autres ouais donc il va y avoir des bords de plateau – donc des rencontres avec les artistes et des intervenant·e·s, quelquefois des intervenant·e·s spécifiques que les artistes ont demandés, pour avoir une discussion autour de la thématique du spectacle ou autour du spectacle lui-même. Donc il y a plusieurs choses qui se sont un peu organisées et je suis assez contente que Jonas ait bien aimé cette idée de faire plein d’autres choses en dehors de la programmation officielle et que du coup ça donne lieu à plein de rencontres et plein d’à côté du Festival, donc ça c’est assez chouette.

    La table ronde et les bords de plateau seront payants ou gratuits ?

    Ce sera gratuit, complètement gratuit. Tous ces ‘à-côtés’ sont gratuits. En plus, ça se passe en général au foyer, donc si vous voyez de la lumière que vous débarquez et que vous dites « tiens, c’est intéressant », vous pouvez rester. Il n’y a pas de pré-inscription ou de choses comme ça, c’est vraiment très libre. Le but, c’est que ça ne ressemble pas à un cours magistral dans un auditoire. Le but c’est vraiment que ce soit une grosse discussion où tout le monde est bienvenu et donne un peu son avis.

    Est-ce que tous les membres des groupes qui ont participé au projet vont venir à la table ronde où est-ce que ce sera une sélection de quelques personnes comme représentantes ?

    Généralement, il y a justement une personne qui se détache par groupe un petit peu, pour venir être porte-parole du projet. Mais toute la compagnie est invitée donc il n’y a pas que l’auteur·e ou que le·la metteur·euse en scène ou que celui·celle qui lead le projet qui viendra. Mais c’est vrai c’est toujours cool d’avoir le point de vue de quelqu’un d’autre, parce qu’un·e metteur·e en scène qui n’aura pas forcément le même point de vue que le·la comédien·ne du projet. Donc c’est cool s’il peut y avoir aussi des représentant·e·s un peu de tous les pôles artistiques de la compagnie du coup.

    Est-ce qu’il y a des gens dans les compagnies qui ne sont pas forcément à l’université ?

    Dans les troupes en général, dans tout le Fécule, ça dépend. Y’en a qui sont pas du tout à l’uni dans les troupes, mais vu qu’il y en a un qui est à l’uni, ils viennent. Il y a des professeurs. Il y a des artistes un peu plus confirmé·e·s. Il y a vraiment de tout, un peu, c’est pour ça que ça m’intéressait de travailler avec la troupe Zara,  vu que c’est organisé dans le cadre d’un cours. J’ai donc choisi des spectacles qui m’intéressaient avant de vraiment réfléchir à comment les inscrire dans la table ronde. En gros, je me suis dit, plutôt que d’essayer de chercher déjà des spectacles qui ont l’air de se répondre entre eux, je me suis dit ; je prends 4 spectacles très différents dans des thématiques différentes donc ; un théâtre de mouvement, théâtre classique, de création etc. puis après, j’en choisissais un parmi la sélection. Mais je n’ai pas essayé de les faire coller à un thème. C’est maintenant que je dois essayer de trouver un peu un thème de discussion pour les lier tous ensemble, même si le fait d’être étudiant·e à l’uni et aimer l’art, ça me semble déjà être une très bonne base de réflexion.

    Est-ce qu’il y aura quelqu’un pour animer la conversation ? Si oui, est-ce que c’est toi ?

    Ouais, je pense que je vais le faire moi. Donc moi j’ai rencontré un peu toutes les troupes qui vont participer. Et du coup moi, ce que j’ai fait, c’est que je les ai vus tous pendant 1h, 1h15 et je leur ai demandé de me parler de leur projet. Et puis j’ai essayé de voir s’il y avait des choses qui se regroupaient – des thèmes, des thématiques importantes ou semblables justement entre les différents groupes. Et puis je vais essayer de les lancer là-dessus. Après le but c’est que les compagnies viennent (c’est-à-dire les autres compagnies du Festival Fécule) mais aussi d’autres gens en dehors du Festival. Je serais ravie que justement d’autres personnes qui aiment l’art ou qui s’intéressent à l’art d’une manière ou d’une autre dans le campus interviennent dans la conversation. Bien sûr c’est plus compliqué de les faire venir, mais ce serait idéal qu’il y ait des gens qui viennent juste pour parler d’art et de comment gérer ça avec les études. Après, moi je vais avoir une espèce de fil rouge, des questions pour rebondir, mais si la conversation part ailleurs, alors elle part ailleurs. Il n’y a pas de thème qu’on doit absolument aborder : le but, c’est vraiment qu’on se rencontre et qu’on échange.

  • À la tête de la section

    À la tête de la section

    Photo: ©Yasmine Zamparo

    Rédigé par : Furaha Mujynya

    EXAMENS • Entre les régulations qui changent d’une université, voire d’une faculté ou d’un cours à l’autre, les étudiant·e·s semblent peu au courant de leurs droits lors du déroulement d’examens écrits, ce qui engendre une source de stress supplémentaire lors d’une période déjà bien chargée.

    Il existe de nombreux documents qui explicitent les conséquences en cas de tricherie ou encore les directives générales des examens dans les pages officielles des universités et hautes écoles suisses. Cependant, il semble y avoir un grand vide réglementaire et légal concernant les droits des étudiant·e·s lors du déroulement d’examens. S’il semble difficile de trouver des règles concernant les conditions d’examens de toute une université ou école, c’est d’abord parce que celles-ci peuvent varier énormément d’une faculté ou d’une section, à l’autre. À l’Unil, la durée d’examens écrits peut varier de 2 à 6 heures. Leur format change également ; questionnaire à choix multiples, dissertation ou encore exercices aux réponses développées. Il est donc logique que les réglementations qui en découlent ne soient pas uniformes. Néanmoins, il reste surprenant que de nombreuses règles soient différentes entre enseignements et même année. Il n’existe donc pas de protocole strict ou fixe pour chaque type d’examen entre les diverses institutions au sein d’un même canton ni même entre les différents organismes d’une même université.

    Des inattendus surviennent de tous les côtés
    Les étudiant·e·s interrogé·e·s sur le sujet confient qu’il·elle·s ont rarement eu accès aux informations relatives au déroulement de leurs examens suffisamment en avance pour se préparer mentalement et physiquement à leurs épreuves. Une étudiante en droit à l’Université de Zurich déplore le traitement déshumanisant des examens. Ils s’effectuent dans une salle de congrès inconnue des élèves, où seul un numéro qui leur a été attribué par l’école confirme leur bonne place dans la salle. Il·elle·s doivent également subir quinze minutes de discours sur les sanctions en cas de fraude. Nicola, étudiant de la Haute école de Commerce de Lausanne, se plaint également des places d’auditoire obtuses aux tables inclinées, qui rendent la pose à plat de stylos, gourde et autre équipement impossible. Même le droit d’aller aux toilettes subit des modifications entre examen et rattrapage : Lina, étudiante à l’Haute école de Santé La Source, n’a découvert qu’au moment de son rattrapage les nouvelles règles, énoncées par oral, sans message officiel. De plus, une différence dans la demande de recours à un examen a été découverte entre la HES et l’Unil.

    Climat intimidant, la règle plutôt que l’exception

    Si le corps estudiantin peut être gratuitement accompagné par un·e juriste dans sa démarche à l’Unil – qui est ensuite évaluée par une commission – comme explique Fanny en SSP, à la HES, la demande de recours se fait seul·e et se termine par un rendezvous avec le directeur, le jour même de la rentrée. Il y informe les étudiant·e·s de la réussite ou l’échec de leur démarche, précisent deux étudiantes. Il est possible, malgré le danger de tricherie, de rendre les sessions d’examen – des périodes à haute tension – plus agréables pour les étudiant·e·s, ne serait-ce que par une transmission anticipée des informations et une atmosphère plus légère. Il est donc fortement déplorable qu’un climat intimidant et un lieu d’examen étranger ou inconfortable soient souvent la règle plutôt que l’exception.

    L’amélioration par l’uniformisation des conditions
    Ce manque d’uniformisation ne crée pas uniquement de l’injustice entre les élèves – qui peuvent faire face à des conditions de traitement drastiquement différentes – mais elle leur rajoute à tou·te·s du stress supplémentaire. Tou·te·s les étudiant·e·s interrogé·e·s souhaiteraient avoir un meilleur accès aux informations relatives aux examens ainsi qu’aux droits qu’il·elle·s possèdent en cas d’échec, et ce regroupé à un même endroit ! Il·elle·s désirent également que les modalités d’examens soient uniformisées au sein d’une même faculté et coïncident avec celles de la faculté correspondante de toute université suisse.

  • Tour de table à l’Unil

    Tour de table à l’Unil

    Rédigé par : Charlotte Haas

    JEÛNE • À l’Unil, un panel de restaurants propose des repas variés. Toutefois, ceux-ci représentent un investissement financier non négligeable. À l’inverse, l’Allemagne propose une alternative de service à volonté pour un coût moindre. Tour d’horizon.

    En Allemagne, les universités proposent une alternative aux traditionnelles cafétérias : le système de Mensa remplace les restaurants universitaires. Répertoriées sur le réseau TripAdvisor, les différentes cantines présentes dans chaque ville sont également accessibles aux visiteurs. Tandis que certaines se démarquent pour leurs spécialités, d’autres sont prisées pour leur offre végétarienne et végane. Ce modèle permet aux étudiant·e·s de se servir à leur guise : ils·elles composent leur assiette d’aliments cuisinés – pâtes, riz, choux, brocolis – qu’il·elle·s paient quelques euros avec leur campus card. Le service à volonté leur permet de remplir leur assiette abondamment et, ainsi, de faire quelques réserves pour leur domicile. Financièrement, ce modèle met l’eau à la bouche. Toutefois, ces avantages budgétaires demandent des concessions culinaires.

    Anecdotes culinaires
    Lors de son Erasmus à Berlin, Jeanne, étudiante à l’Unil, a pu tester ce modèle. Elle souligne les coûts très bas de ces repas à volonté ainsi que la possibilité de « faire ses courses » à l’université en emportant chez soi certains aliments dans des tupperwares. Au fil des repas, les étudiant·e·s développent des tactiques pour économiser quelques centimes, comme le raconte Jeanne : « On mettait la sauce sous les pâtes afin que les caissières ne voient que les pâtes. »

    Mi-figue mi-raisin
    Les étudiant·e·s rencontré·e·s soulignent surtout les bénéfices financiers du modèle allemand. Alors que la précarité étudiante augmente, Isaac, étudiant en lettres, s’enthousiasme : « C’est une idée bienvenue, notamment si cela permet aussi de faire quelques courses et, ainsi, s’alimenter facilement et à bas prix. » Certain·e·s y voient également d’autres aspects positifs, à l’instar de Camille, étudiante en sciences sociales : « Je trouve chouette de pouvoir choisir les aliments que nous préférons parmi une sélection proposée ainsi que la quantité qui nous convient, le tout pour une petite somme. » À l’inverse, Isaac émet quelques réserves quant au manque de diversité : « Personnellement, j’aime le concept de plats proposés déjà faits. Si la cafétéria se transformait en Mensa, que mangerais-je concrètement si ce qu’elle propose se résume à des pâtes au beurre ? » D’ailleurs, l’équilibre des repas fait déjà l’objet d’une remise en cause : l’analyse des menus des restaurants de l’Unil, réalisée en 2015, relève quelques lacunes, notamment au niveau des protéines. Il semble donc que des améliorations pourraient être apportées, et ce quel que soit le modèle en vigueur.

    Il semble que des améliorations pourraient être apportées, et ce quel que soit le modèle en vigueur

    Au regard de ces témoignages, une réflexion sur la mise en place d’autres solutions émerge : Isaac mentionne la possibilité pour les universités d’intervenir en subventionnant les cafétérias afin que celles-ci puissent proposer des repas à CHF 5, tandis que Sophie, étudiante en lettres, soumet l’idée de créer des structures offrant des denrées alimentaires aux étudiant·e·s qui doivent, en contrepartie, s’impliquer dans la préparation de paniers. Somme toute, malgré les avantages économiques, les étudiant·e·s. semblent réticent·e·s à déguster chaque jour une assiette de choux.

  • Sexiste, la recherche ?

    Sexiste, la recherche ?

    Rédigé par : Max Haizmann

    RECHERCHE • A l’Université de Lausanne, 54% des doctorant∙e∙s sont des femmes. L’égalité de genre serait-elle atteinte ? La discrimination est-elle devenue inexistante au sein de la recherche académique vaudoise ? Petit tour d’horizon.

    Parler d’égalité des sexes dans la recherche implique forcément l’évocation du leaking pipe. Il s’agit d’un phénomène largement reconnu et quantifié qui décrit la « fuite » de l’égalité dans les carrières scientifiques et notamment de recherche. Carine Carvalho, cheffe du Bureau de l’égalité de l’Unil le confirme : « La situation est connue et classique en Suisse et à l’international ». La parité est atteinte aux premières étapes de la formation, mais elle se perd en montant dans les échelons. Par exemple, selon les chiffres de l’Office fédéral de la statistique, en Suisse, dans les universités et les écoles polytechniques fédérales, 56.3% des assistant∙e∙s et doctorant∙e∙s sont des femmes, pour seulement 31.8% des professeur∙e∙s. Ce phénomène se retrouve à l’Unil avec des chiffres respectifs de 55.5% et 27.8%. On comprend facilement que l’égalité n’est pas encore atteinte lorsque l’on s’intéresse aux causes de ce phénomène. Le rôle attendu des femmes dans la famille et l’environnement de travail passivement et activement sexiste sont parmi les facteurs-clés qui influencent les carrières des potentielles chercheuses, selon deux études de 2012 et de 2018, réalisées par les chercheurs américains Williams et Ceci ainsi que par Biggs et autres. En réalité, les études qui démontrent le sexisme et ses causes foisonnent. A titre d’exemple, la chercheuse et docteure Klea Faniko, chargée de cours à l’Université de Genève, a récemment publié « Manque d’ambition ou manque de soutien? Les expériences professionnelles divergentes des hommes et des femmes expliquent la persistance des préjugés sexistes ». Au Bureau de l’égalité de l’Unil, il n’y a pas de désillusion : « Les raisons de cette fuite sont complexes. Il y a une vraie volonté, mais on vient de très loin, le défi est immense. L’objectif de l’Unil est clair : la parité, à tous les niveaux ».

    La recherche à l’Unil
    L’Université de Lausanne plante le décor sur sa page internet : « Le sexisme n’est en aucun cas toléré à l’Université de Lausanne ». La direction de l’établissement s’est exprimée sur le sujet à plusieurs reprises en condamnant fermement le sexisme en son sein. Le site internet de l’Unil donne entre autres une définition du problème et propose un « Guide pratique pour lutter contre le sexisme au travail ». De plus, les données présentées mettent le leaking pipe en évidence. Le problème ne semble donc pas être sous le tapis, et pour cause. La problématique du sexisme est largement présente sur le campus de Dorigny. Les associations étudiantes et le monde culturel rendent la problématique visible à travers de nombreux événements.

    On comprend facilement que l’égalité n’est pas encore atteinte lorsque l’on s’intéresse aux causes de ce phénomène.

    Les nombreux·ses bénévoles actif·ve·s jouent ainsi un rôle central dans la mise en lumière des divers problèmes encore présents à l’Unil et dans la continuité du combat féministe. Des événements officiels se joignent à l’activisme ambiant. A l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes 2021, deux webinars inscrits dans l’actualité ont traité des inégalités dues au genre au temps du Covid-19. En août 2022, le Décanat a introduit la possibilité d’allouer des subsides aux événements scientifiques présentant au moins 40% d’oratrices. Si l’incitation aide certainement à bouger dans le bon sens, l’objectif de l’Unil n’est pas en vue.

    Un combat sans fin
    Les revendications d’égalité entre les sexes ont ainsi pris de l’importance à travers les années à l’Unil et dans notre société. Les débats publics très actuels sur l’âge de la retraite des femmes et le droit à l’avortement exemplifient bien la place importante qu’occupent les droits des femmes dans les débats publics. Inutile de s’étaler ici sur les soixante années de lutte qu’ont vécu les Suissesses pour faire valoir leurs droits. Que dire face au résultat de ce combat dans la recherche académique, un éloquent leaking pipe ?

  • Fécule : vous reprendrez bien une frite ?

    Fécule : vous reprendrez bien une frite ?

    Image : ©Fécule

    Propos recueillis par : Johanna Codourey

    FESTIVAL • À l’occasion de la 15ème édition du Festival Fécule, L’auditoire s’est entretenu avec Jonas Guyot, organisateur du festival, et Céline Bignotti, l’une de ses stagiaires.

    15ème édition, c’est un chiffre anniversaire. Qu’est-ce qui change cette année ?
    CB : Surtout le fait qu’on soit sur deux sites différents entre la Grange et le Vortex. Dans la programmation, il y a un spectacle belge, La grande marche, axé sur la question de l’engagement politique, et un spectacle français, Les êtres de papiers qui s’intéresse à la question de la liberté. Fécule accueille aussi des artistes suisses, comme le groupe alémanique Händel à Paris qui improvise de la musique dans un style baroque. À titre personnel, je gère un projet de court-métrage Piazzale d’Italia produit par le tessinois Enea Zucchetti. C’est un projet vraiment intéressant avec des inspirations riches dont Michelangelo Antonioni. À l’issu de la projection, il y aura une discussion (en italien) ouverte à tous·te·s.

    Quelle est la programmation de cette 15ème édition ?
    JG : Il y aura du théâtre, de la danse, de la musique, une exposition sonore, une comédie musicale et des lectures. C’est un festival pluridisciplinaire qui était initialement dédié au théâtre. Au fil des éditions, il s’est ouvert à d’autres disciplines. Cette année, on compte 34 projets sur deux semaines avec plus de 300 étudiant·e·s impliqué·e·s. Le festival a aussi le sous-titre festival des cultures universitaires. Pour y participer, il faut donc être inscrit·e à l’université ou dans une haute école. La majeure partie des productions sont issues de l’Unil et de l’EPFL, mais aussi d’autres universités en Suisse romande comme celle de Neuchâtel avec une adaptation d’un texte antique.
    CB : Il y a aussi des soirées spéciales. Par exemple, on présente une soirée spéciale « cinéma » où on projette trois films différents. Il y a aussi une soirée « antique » et une autre soirée « improvisation ». Si on s’intéresse au théâtre, le festival propose cette année à la fois des textes classiques, avec J. Ford et O. Wild mais aussi F. Dürrenmatt, des textes antiques actualisés et des créations contemporaines sur la question de l’immigration de l’altérité, etc. On accueille aussi une forme un peu absurde inspirée des sitcoms actuelles avec Expo 22.

    Deux salles deux ambiances, qu’est-ce qui va habiter le Vortex particulièrement ?
    JG : C’est une scène assez propice aux concerts, donc il y aura de la musique : du rock, de la musique barock et du swing avec le Big Band de Dorigny. Nous avons même une DJ qui va clôturer le festival. C’est l’édition la plus musicale depuis la création, aussi grâce au Vortex.

    Quelles performances particulières dans cette édition ?
    JG : Dommage qu’elle soit une putain notamment. C’est un spectacle assez audacieux car il touche à l’inceste, une thématique qui pourrait être mal interprétée. C’est pourquoi, il y aura une discussion à la fin de la représentation afin que le public ait des clés de lecture et n’imagine pas que nous faisons l’apologie de l’inceste. Il nous semble important d’en discuter car le propos est un peu plus complexe.
    CB : On peut aussi évoquer les différents formats, notamment les spectacles qui seront joués à l’extérieur : un format improvisé dont le lieu reste caché pour le public et les improvisateur·ice·s (ICI) ; un dans le jardin de La Pel’ – c’est une forme d’escape room théâtralisé – et un spectacle itinérant avec 5 écrivain·e·s qui présente un portrait singulier de « Chloé », permettant à chacun·e d’ébaucher sa propre image du personnage.

    Quelle est la philosophie du festival ?
    JG : Philosophie s’il y a, c’est un festival étudiant pour les étudiant·e·s avec un public assez éclectique : des ami·e·s, mais aussi les proches. C’est un lieu d’expérimentation où on sent une envie de tester des choses. Fécule, c’est un moyen pour beaucoup d’étudiant·e·s de poursuivre leurs études en confrontant théorie et pratique, en s’emparant d’un objet étudié en cours, adapté en objet de création. On met à disposition le plateau de la Grange dans un contexte bienveillant pour une expérience professionnalisante, car le festival permet de voir ce que de tels projets impliquent, tout en restant encadré·e. C’est aussi une diversité des langues, des parcours, etc.

    Quelles attentes avez-vous après deux ans de « pause » ?
    JG : Elles sont énormes. Lors de la rencontre avec les artistes, on a vu l’envie qu’ils·elles ont de monter sur scène, de re-proposer des choses, de rencontrer un public. Une salle de concert ou de théâtre sont des lieux où tout est basé sur l’échange et je crois que ça nous a manqué. Il y a sûrement des gens qui ont oublié que ça leur avait manqué… On espère que le Fécule va le leur rappeler et qu’ils·elles vont se joindre à nous, en nombre.

    Infos pratiques :
    Entrée : 5.-
    Abonnement : 15.- pour 2 semaines
    Le programme complet est disponible sur le site de la Grange :
    https://www.grange-unil.ch/evenement/festival-fecule/