• Fécule : vous reprendrez bien une frite ?

    Fécule : vous reprendrez bien une frite ?

    Image : ©Fécule

    Propos recueillis par : Johanna Codourey

    FESTIVAL • À l’occasion de la 15ème édition du Festival Fécule, L’auditoire s’est entretenu avec Jonas Guyot, organisateur du festival, et Céline Bignotti, l’une de ses stagiaires.

    15ème édition, c’est un chiffre anniversaire. Qu’est-ce qui change cette année ?
    CB : Surtout le fait qu’on soit sur deux sites différents entre la Grange et le Vortex. Dans la programmation, il y a un spectacle belge, La grande marche, axé sur la question de l’engagement politique, et un spectacle français, Les êtres de papiers qui s’intéresse à la question de la liberté. Fécule accueille aussi des artistes suisses, comme le groupe alémanique Händel à Paris qui improvise de la musique dans un style baroque. À titre personnel, je gère un projet de court-métrage Piazzale d’Italia produit par le tessinois Enea Zucchetti. C’est un projet vraiment intéressant avec des inspirations riches dont Michelangelo Antonioni. À l’issu de la projection, il y aura une discussion (en italien) ouverte à tous·te·s.

    Quelle est la programmation de cette 15ème édition ?
    JG : Il y aura du théâtre, de la danse, de la musique, une exposition sonore, une comédie musicale et des lectures. C’est un festival pluridisciplinaire qui était initialement dédié au théâtre. Au fil des éditions, il s’est ouvert à d’autres disciplines. Cette année, on compte 34 projets sur deux semaines avec plus de 300 étudiant·e·s impliqué·e·s. Le festival a aussi le sous-titre festival des cultures universitaires. Pour y participer, il faut donc être inscrit·e à l’université ou dans une haute école. La majeure partie des productions sont issues de l’Unil et de l’EPFL, mais aussi d’autres universités en Suisse romande comme celle de Neuchâtel avec une adaptation d’un texte antique.
    CB : Il y a aussi des soirées spéciales. Par exemple, on présente une soirée spéciale « cinéma » où on projette trois films différents. Il y a aussi une soirée « antique » et une autre soirée « improvisation ». Si on s’intéresse au théâtre, le festival propose cette année à la fois des textes classiques, avec J. Ford et O. Wild mais aussi F. Dürrenmatt, des textes antiques actualisés et des créations contemporaines sur la question de l’immigration de l’altérité, etc. On accueille aussi une forme un peu absurde inspirée des sitcoms actuelles avec Expo 22.

    Deux salles deux ambiances, qu’est-ce qui va habiter le Vortex particulièrement ?
    JG : C’est une scène assez propice aux concerts, donc il y aura de la musique : du rock, de la musique barock et du swing avec le Big Band de Dorigny. Nous avons même une DJ qui va clôturer le festival. C’est l’édition la plus musicale depuis la création, aussi grâce au Vortex.

    Quelles performances particulières dans cette édition ?
    JG : Dommage qu’elle soit une putain notamment. C’est un spectacle assez audacieux car il touche à l’inceste, une thématique qui pourrait être mal interprétée. C’est pourquoi, il y aura une discussion à la fin de la représentation afin que le public ait des clés de lecture et n’imagine pas que nous faisons l’apologie de l’inceste. Il nous semble important d’en discuter car le propos est un peu plus complexe.
    CB : On peut aussi évoquer les différents formats, notamment les spectacles qui seront joués à l’extérieur : un format improvisé dont le lieu reste caché pour le public et les improvisateur·ice·s (ICI) ; un dans le jardin de La Pel’ – c’est une forme d’escape room théâtralisé – et un spectacle itinérant avec 5 écrivain·e·s qui présente un portrait singulier de « Chloé », permettant à chacun·e d’ébaucher sa propre image du personnage.

    Quelle est la philosophie du festival ?
    JG : Philosophie s’il y a, c’est un festival étudiant pour les étudiant·e·s avec un public assez éclectique : des ami·e·s, mais aussi les proches. C’est un lieu d’expérimentation où on sent une envie de tester des choses. Fécule, c’est un moyen pour beaucoup d’étudiant·e·s de poursuivre leurs études en confrontant théorie et pratique, en s’emparant d’un objet étudié en cours, adapté en objet de création. On met à disposition le plateau de la Grange dans un contexte bienveillant pour une expérience professionnalisante, car le festival permet de voir ce que de tels projets impliquent, tout en restant encadré·e. C’est aussi une diversité des langues, des parcours, etc.

    Quelles attentes avez-vous après deux ans de « pause » ?
    JG : Elles sont énormes. Lors de la rencontre avec les artistes, on a vu l’envie qu’ils·elles ont de monter sur scène, de re-proposer des choses, de rencontrer un public. Une salle de concert ou de théâtre sont des lieux où tout est basé sur l’échange et je crois que ça nous a manqué. Il y a sûrement des gens qui ont oublié que ça leur avait manqué… On espère que le Fécule va le leur rappeler et qu’ils·elles vont se joindre à nous, en nombre.

    Infos pratiques :
    Entrée : 5.-
    Abonnement : 15.- pour 2 semaines
    Le programme complet est disponible sur le site de la Grange :
    https://www.grange-unil.ch/evenement/festival-fecule/

  • Le Vorace, avide de local

    Le Vorace, avide de local

    ALIMENTATION · Un nouveau magasin, le Vorace, sis dans le Vortex, s’apprête à ouvrir boutique au mois d’octobre. Composée presque exclusivement de produits locaux, la boutique est gérée par une association qui suit un modèle de fonctionnement participatif.

    Le Vortex prend progressivement vie en ce début d’automne. Alors que nombre d’étudiants ont intégré leurs nouvelles résidences dans divers étages du complexe à la fin de la période estivale, un local situé au rez-de-chaussée se destine à devenir leur magasin. Le lieu fourmille d’activité : des bénévoles s’affairent, transportant des constructions en palettes destinées à accueillir différents produits. C’est une première pour cette équipe composée d’étudiant·e·s de l’Unil, qui a décidé de mettre sur pied cette épicerie durable, nommée le Vorace. Enthousiaste, Margaux Krieg, membre de l’association, expose tour à tour le futur rôle des structures constituées en palettes parsemant le magasin, de celles qui accueilleront le pain frais, à celles destinées aux légumes. Seule une dernière étagère, un peu à l’écart et destinée aux produits de première nécessité, crée une légère entorse à la provenance locale des marchandises, car certaines ne sont proposées par aucun producteur local. L’épicerie restera d’ailleurs fermée le mardi, jour de marché à l’Unil, pour éviter de faire de la concurrence aux marchands.

    Avantages pour les bénévoles

    Le Vorace a adopté un modèle de fonctionnement participatif, « une sociocratie dans laquelle tous les postes sont tirés au sorts et doublés, pour satisfaire les exigences légales » explique Margaux Krieg. Si pour l’instant l’association compte sept membres officiels, c’est une trentaine de personnes qui participent à la construction du magasin. Les bénévoles bénéficieront de 15% de rabais sur les produits de l’épicerie sur les produits vendus, en échange d’une participation de trois heures par mois à l’épicerie. Les horaires d’ouverture dépendront ainsi du nombre de membres, que Margaux Krieg espère suffisant, afin de pouvoir concurrencer les grands commerces situés non loin, sur le campus.

    Un financement en cours

    Le financement du projet est aussi source d’inquiétudes. Si l’Unil affiche son soutien par divers dons et en exonérant l’association de loyer jusqu’en décembre, les membres du Vorace ont lancé le 24 août un crowdfunding afin de financer l’équipement de base du magasin. Des 40’000.- demandés, 30’865.- ont été récoltés (19.09, https://wemakeit.com/projects/epicerie-le-vorace?locale=fr). Seulement, « si nous n’arrivons pas à récolter la totalité de la somme demandée avant l’échéance du 28 septembre, tout l’argent sera redonné aux donateurs. L’ouverture, prévue au début du mois d’octobre, serait alors compromise», appréhende Margaux Krieg. L’association étant à but non lucratif, elle prévoit de progressivement baisser les prix de ses produits, au fur et à mesure que les investissements initiaux auront été remboursés. A terme, les membres du projet voient déjà leur épicerie comme un lieu au cœur de la vie locale, dans laquelle les riverains viendront faire leurs commissions, en plus des résidents du complexe estudiantin. L’emplacement du Vorace résume d’ailleurs cette volonté : une porte s’ouvre sur le centre du Vortex et l’autre sur la rue menant aux habitations de la commune voisine.

    Killian Rigaux