• Symptomania, art et psyché

    Symptomania, art et psyché

    ©Elisa Bagnoud

    FESTIVAL • Du 1er au 3 octobre 2025, la Grange s’ouvre, à cœur et à foyer ouverts, pour parler de santé mentale. Entre conférences, discussions et spectacles, Symptomania invite à «renverser les perspectives sur la psychiatrie». L’auditoire a rencontré trois étudiants à l’origine de spectacles présentés pour l’occasion.

    Le festival Symptomania met à l’honneur l’œuvre de l’artiste Caroline Bernard, accompagnée par l’historienne et philosophe de la psychologie et de la psychiatrie à l’UNIL, Camille Jaccard, et la musicienne Joell Nicolas, alias Verveine. De nature transdisciplinaire, le festival propose un colloque, Voix sur dossier, qui interroge les archives et dossiers psychiatriques tout en donnant la parole à divers témoignages. Soignant·es, pair-aidant·es , historien·nes et sociologues partageront leur vécu, pour dépasser le prisme médical qui reste aujourd’hui majoritaire. Le nom du festival, Symptomania, fait office de rappel: les symptômes règnent toujours en maîtres dans les diagnostics. Et enlacées parmi ces témoignages, deux créations étudiantes, Avec mes yeux je comprends pas et Celui qui dort, traitent la santé mentale à travers l’art et la scène.

    Avec mes yeux je comprends pas

    Seul·e sur scène, Jimmy Capdevila livrera un monologue percutant rédigé par Bastien Ribordy, dramaturge de la pièce, et avec une mise en scène aidée par Pauline Lebet. Dans cette pièce, un étudiant en histoire de l’art, Rod, doit donner une conférence sur Jean Dubuffet, premier théoricien de l’art brut. Le sujet le bouleverse, entraînant une perte de sens par rapport à sa thèse, sa vie, et au comédien sur scène. C’est un appel de la Grange pour une œuvre sur le thème de la santé mentale qui avait semé la graine de l’inspiration pour Jimmy, étudiant·e en Lettres, cinéma et histoire de l’art, à l’origine du projet. Et cette conférence sur l’art brut s’insère à merveille dans la thématique de Symptomania: l’art brut, «c’est de la création en dehors de la culture», rappelle Bastien. L’enjeu était ainsi d’interroger la fétichisation de ces œuvres. «La fétichisation pour moi c’est aussi le processus de faire d’un objet une curiosité. Dans le cas de l’art brut, ça serait d’exposer un objet créé en hôpital psychiatrique derrière une vitrine», ajoute Jimmy.

    Interroger la fétichisation des oeuvres brutes

    Inspiré·e par Antonin Artaud et Sarah Kane, l’un et l’autre passé·e par l’hôpital psychiatrique, Jimmy rapproche Avec mes yeux je comprends pas du mouvement In-yer-face. «C’est une volonté de confrontation. Il y a l’idée d’explorer la frontalité, la confrontation entre le public et ce qu’il se passe sur scène pour provoquer un questionnement.», explique-t-iel. Un avertissement au public, par rapport à des références explicites au suicide et à l’automutilation, a justement été nécessaire. Mais c’est bien parce que Jimmy et Bastien ont à cœur la thématique de la santé mentale qu’en parler ainsi est essentiel: «Et pour moi c’est important aussi de rappeler la violence que c’est», exprime Jimmy. «Si ça crée une gêne aussi, c’est que ça concerne beaucoup de gens aujourd’hui», ajoute Bastien. La création de la pièce a été l’histoire d’un été. «Avec Bastien, on a fait deux séjours à la montagne cet été, qui étaient un peu des séances de thérapie.» Si Jimmy a réfléchi aux thématiques, au ton et à la forme, au fil des discussions, «Bastien a posé les mots sur le squelette qu’on avait bâti.» Alors que le spectacle approche, le texte rédigé doit être appris et assimilé par lae comédien·ne, face à un monologue qui inspire à la fois une sérénité et une grande responsabilité. Mais avec près de vingt ans de théâtre et un passage au conservatoire de Genève, ce n’est pas la scène en soi qui angoisse Jimmy: c’est plutôt l’après, et la réaction du public. «Le fait que ce soit autant dans l’affirmation de nos idées, moi ça me provoque une certaine vulnérabilité», avoue-t-iel. Une vulnérabilité que l’on retrouvera également dans l’interprétation très personnelle d’Un homme qui dort, second spectacle étudiant.

    Celui qui dort

    Réadaptation de l’œuvre Un homme qui dort de Georges Perec, Les Endormis nous présentent pour la seconde fois leur pièce Celui qui dort, après leur première représentation dans le cadre du Festival Fécule 2025. L’auditoire a ainsi pu rencontrer Théo Krebs, membre de la troupe en tant que créateur et metteur en scène du spectacle. Milo Cavadini, à la base de la conception du projet, portera un jeu corporel que Théo qualifie de «physique», tandis qu’Antoine Fritz sera «chargé de lire des textes traduisant son état mental». La pièce aborde «la solitude, l’absence de la volonté de faire quelque chose», explique Théo Krebs. La thématique de la santé mentale est ainsi implicite dans la pièce, explorant «les effets à long terme de cet enfermement. On devine en sous-texte l’addiction.» C’est cette thématique qui avait tout d’abord résonné en Milo, allant toucher à ses angoisses personnelles et ses démons.

    « On devine en sous-texte l’addiction »

    Théo Krebs, créateur et metteur en scène de « Celui qui dort »

    «On a deux comédiens qui sont d’une part le corps, d’autre part l’esprit», une représentation très visuelle et parlante des troubles psychiques, qu’il décrit par la suite comme une «sorte de dichotomie entre ce qu’on veut faire et ce qu’on peut faire.» La pièce se prête à des interprétations multiples. Alors que le café, central à la pièce, s’est soudainement affirmé comme de la cocaïne aux yeux de Théo, le public pourrait tout aussi bien le percevoir pour ce qu’il est: du café. Et par rapport à l’ajout de trigger warnings, la question reste compliquée pour lui: «J’ai eu peur que ce soit une ouverture à se choquer, de préparer le·la spectateur·rices à ‘attention ça peut être dur’ alors que ça peut ne pas l’être du tout.» À l’instar de la première pièce, Les Endormis ont été sélectionnés sur dossier après l’appel de la Grange. Pour Théo, qui après un Master à l’UNIL étudie désormais le théâtre au Tessin, cette pièce a été le moyen «de dire au revoir en investissant un lieu […] qui a été formateur pour [son] parcours.» Cette seconde représentation a exigé un nouveau comédien, mais également un décor plus sobre, foyer oblige. Pour le reste, «c’est revenu assez facilement, mais il a fallu redompter la bête après la pause estivale», convient Théo.

    Les 2 et 3 octobre, à 13h et à 17h, le foyer de la Grange sera investi de Jimmy Capdevila, puis de Milo Cavadini et de sa voix. L’occasion de découvrir, ou de redécouvrir, cet espace culte du campus et de parler de santé mentale avec un regard artistique grâce aux nombreuses propositions du festival Symptomania.

    Alice Côté-Gendreau

  • Conditions de participation au 30e Prix littéraire de la Sorge

    Conditions de participation au 30e Prix littéraire de la Sorge

    Le Prix de la Sorge, organisé par L’auditoire, célèbre cette année ses 30 ans d’existence ! En effet, chaque année depuis 1995, ce concours littéraire récompense les plus belles plumes du campus UNIL-EPFL. Il est ouvert à toute la communauté universitaire actuelle. Tous·tes les étudiant·es, doctorant·es, professeur·es, assistant·es et membres du personnel administratif ou technique à l’UNIL ou l’EPFL sont libres d’y participer.

    Le thème de l’édition 2025 est « Mettre les voiles ». Nous attendons un texte en français d’une longueur maximale de 20’000 caractères (espaces compris), dans la forme et le genre de votre choix, d’ici au 13 novembre 2025 à 23h59.

    Conditions de participation

    Le texte ne doit pas avoir déjà été soumis à un autre concours, primé (par une édition précédente du Prix de la Sorge ou un autre concours) ou publié. Un seul texte par personne peut être envoyé. Le Prix de la Sorge est réparti entre trois lauréat·es. Les candidat·es sont prié·es d’envoyer leur texte en format PDF par courriel à l’adresse auditoire@gmail.com. Afin de maintenir l’anonymat, les informations personnelles (incluant la signature) ne doivent pas être inscrites dans le texte, mais uniquement dans le courriel d’accompagnement. Nous vous demandons d’y inclure vos nom, prénom, date de naissance, adresse courriel, et faculté/section et école, ainsi que la mention suivante suivie de la date et d’une signature :

    « Je confirme que les données ci-dessus sont exactes, que [titre de votre texte], envoyé pour le Prix de la Sorge 2025, n’a pas déjà été publié ou primé et qu’il a été composé par mes soins. J’autorise les organisateur·ices du concours à publier mon nom, mon texte ou des extraits de leur choix et, dans le cas où je serais primé·e, à communiquer aux médias mon nom, mon texte et mes coordonnées. »

    Les textes seront jugés par un jury réunissant les univers littéraires de l’édition, de l’université, de l’écriture et de L’auditoire.

    La cérémonie de remise des prix, qui aura lieu le jeudi 27 novembre 2025 dès 18h30 à la Grange, est ouverte à tous·tes les candidat·es, mais aussi à tout·e passionné·e de littérature. Vous y découvrirez des extraits des textes primés, en alternance avec des interludes musicales.

    Au plaisir de vous lire !

    Alice Côté-Gendreau et Alexandra Bender, co-rédactrices en chef de L’auditoire

    Roman Wüthrich, responsable évènements

  • Exploit retentissant pour l’équipe Unil d’unihockey

    Exploit retentissant pour l’équipe Unil d’unihockey

    UNIHOCKEY · Mercredi 15 mai 2024, une équipe masculine d’unihockey a représenté l’Unil lors des Swiss Universities Championship à Schaffhouse. Déjouant les pronostics, les 11 membres de la délégation vaudoise ont remporté le tournoi, se jouant en format 5 contre 5. Retour sur cet exploit historique.

    Dans le monde académique, les tournois sportifs interuniversitaires se révèlent être d’une grande importance. D’un point de vue utilitaire, ils ne servent à rien, ne donnant aucun crédit, ni apportant une quelconque connaissance scientifique. Néanmoins, , ces compétitions peuvent apporter une certaine visibilité à l’établissement, ainsi qu’un sentiment positif de prestige à ses participant·e·s. C’est dans cette optique qu’  une équipe masculine d’unihockey de l’Unil a voyagé jusqu’à Schaffhouse pour participer aux Swiss Universities Championship (SUC). 

    Un effectif limité
    Les Vaudois ne partaient pas favoris du tournoi. Ce sport a toujours été le quasi-monopole des formations suisses allemandes. Cela s’est reflété dans l’historique des vainqueurs des SUC-Floorball grand terrain. L’Université de Berne, l’Université de Zurich ou l’EPFZ se partagent l’oligopole de meilleure haute école de Suisse dans ce domaine. Cette année, les équipes masculines étaient au nombre de sept: EPFZ 1, EPFZ 2, UniBe, UniLu (Lucerne), UniSg (Saint-Gall), UniGe (Genève) et Unil (Lausanne). Nous pouvons contaster que les hautes écoles suisses allemandes sont majoritaires.

    Les Vaudois ne partaient pas favoris du tournoi

    Composée de 10 joueurs et 1 gardien, l’équipe de l’Université de Lausanne avait pour objectif de finir à la 3ème place. L’effectif, issu des clubs d’Aigle (2ème ligue), de Gruyère (2ème ligue), de Lausanne (1ère ligue) et de Fribourg (LNB), a dépassé toutes les attentes en allant chercher le titre de meilleure haute école suisse en unihockey! Cet exploit du 15 mai 2024 est d’autant plus grand au vu des différentes péripéties qu’a vécu le groupe.

    Un parcours fait de hauts et de bas
    La journée a mal commencé pour les Lausannois avec une défaite 3-1 face à des Bernois très forts techniquement et tactiquement. Les universitaires de la cité des Zaehringen avaient dans leurs rangs plusieurs joueurs de LNA et de LNB, dont Yann Ruh, défenseur dominant de Köniz et sélectionné plusieurs fois en équipe de Suisse. Malgré la défaite, Basile Dayer, capitaine de l’équipe, et ses coéquipiers ont très vite remarqué qu’ils pouvaient rivaliser face aux meilleures formations du pays. De plus, certains joueurs avaient l’impression de ne pas encore dévoiler leur plein potentiel. «Ce n’était qu’un match d’échauffement», pouvait-on entendre dans les travées de la BBC arena. Le second match du jour n’était qu’une formalité contre la 2ème garniture de l’EPFZ.

    « Il y avait une bonne ambiance et pas de prise de tête, tout le monde tirait à la même corde. »

    Balthazar noël, joueur de l’équipe unil d’unihockey

    Gardant leurs meilleurs éléments dans la 1ère équipe, les Zurichois n’ont que timidement dérangé les pensionnaires de Dorigny. Confiante et maîtrisant son sujet, la formation lausannoise s’est imposée 3-1. Contre l’Université de Saint-Gall, lors de la troisième rencontre, les uniliens se sont fait peur pendant une bonne partie de la rencontre. Les Saint-Gallois étaient toujours proches d’inscrire le 1-2. Au cours des 5 dernières minutes, nos héros d’un jour ont allumé les gaz en inscrivant deux buts, dont un dans la cage vide (3-1). La quatrième partie a été l’œuvre d’un festival offensif contre l’Université de Genève. Les étudiants de la cité de Calvin, peu entraînés, , ont dû chercher la balle 11 fois au fond des filets (11-0). Chaque joueur de l’équipe a ainsi pu inscrire son 1er but dans le tournoi. Le gardien Mikko Comte a également eu la chance de se voir décorer d’un assist.  Malheureusement, celui qui fut l’un des artisans de la montée d’Aigle en 1ère ligue devait quitter ses coéquipiers pour des raisons personnelles après le derby du Léman. 

    Balthazar Noël,  héros inattendu
    La confiance lors de ces quatre premières rencontres est ainsi retombée. À 9 joueurs de champ, il était compliqué de réussir à tourner correctement, ne pouvant former 2 lignes complètes. Il fallait ajouter le fait qu’aucun des joueurs n’était véritablement un portier de renom. Pourtant, dans les rangs de cette team se trouve un homme providentiel: Balthazar Noël. Jouant habituellement en attaque, le Veveysan de 25 ans s’est essayé aux cages.

    L’étudiant de la HEPL a permis à son équipe de grapiller le point du match nul

    «Comme je me suis fait mal à la cheville après le second match, et que notre gardien partait avant la fin, je me suis motivé à aller aux buts», explique le principal intéressé. «J’avais déjà eu l’occasion de faire gardien pour le plaisir à 2-3 entraînements auparavant, et me suis donc proposé», ajoute-t-il. À peine a-t-il eu le temps de s’échauffer, que le joueur d’Aigle et de Jongny a été plongé dans le grand bain face à l’équipe fanion des ingénieurs de Zurich. Par ses nombreux arrêts face aux ogres de la Limmat, l’étudiant de la HEPL a permis à son équipe de grapiller le point du match nul (1-1). 

    «Gagnez avec +6 ! »
    Afin de se qualifier pour la finale, la sélection de l’Unil devait finir 2ème du tournoi. En gagnant le dernier match contre l’Université de Lucerne, elle finirait avec le même nombre de points que l’EPFZ 1. Tout s’est joué au niveau de la différence de buts. Les Zurichois étaient à +18 et les Vaudois à +13 avant ce match. Il fallait donc, pour les lausannois, gagner avec un minimum de 5 longueurs contre les Lucernois. «Lorsque j’ai demandé à l’organisateur ce qu’il se passerait si on gagnait de +5 ce match, il m’a répondu que nous devions penser à gagner avec 6 ! », explique le capitaine Basile Dayer. Le mot d’ordre était compris et les étudiants du chef-lieu vaudois ont gagné sur le score de 7-1.  «À la fin de la rencontre, lorsque j’ai demandé si on était qualifié à la même personne, il ne voulait pas tout de suite admettre notre qualification. Ils étaient en train de recalculer trois fois le goal-average! Comme si ce n’était pas possible pour des romands d’être devant les suisses allemands…», poursuit celui qui est également capitaine de l’équipe d’Aigle. Enfin, la finale opposera nos protégés aux ours bernois, qui les avaient battus lors du match d’ouverture.

    C’est la première fois qu’une institution académique romande ramène le fanion victorieux des Swiss Universities Championship 

    Sans leurs joueurs de LNA, partis entre-temps, les joueurs de la capitale helvétique se montreront moins tranchants. Ceux de la capitale olympique en ont profité avec un Balthazar Noël en feu. «Après le highlightcollectif de la victoire, vient mon highlight personnel: arrêter un penalty tricks à 1-0 lors de la finale», confie Noël, déterminé. Effectivement, l’Aiglon a réussi à bondir dans la canne du «technard» bernois tel un chat. Multipliant les arrêts décisifs, le gardien d’un jour a permis de sécuriser la victoire 3-2 de ses coéquipiers . Deux autres points à noter lors de cette finale, les performances des deux joueurs de Floorball Fribourg de l’équipe : Jessy Ducommun et Loïc Strasser. Le premier, évoluant avec la LNB, a enchaîné les tirs bloqués, se sacrifiant pour l’équipe. Le second, serial-buteur avec les M21, s’est offert un triplé contre un gardien majeur de LNB. C’est la première fois qu’une institution académique romande ramène le fanion victorieux des Swiss Universities Championship d’unihockey. «La journée a été un succès! Il y avait une bonne ambiance et pas de prise de tête, tout le monde tirait à la même corde. Ça a certainement participé à notre victoire en tant qu’équipe», conclut le joker de luxe. Dans un sport, où le Röstigraben est fortement marqué, l’exploit des membres de cette délégation de l’Unil restera retentissant. En attendant (peut-être) de soulever un trophée européen, voire mondial des compétitions interuniversitaires?

    Samuel Bovigny

    Pour plus d’informations sur le unihockey: https://www.lucfloorballepalinges.ch/club/unihockey#:~:text=L’histoire%20de%20ce%20sport,une%20balle%20l%C3%A9g%C3%A8re%20en%20plastique),

  • Identités et mémoires tamoules

    Identités et mémoires tamoules

    INTERVIEW – L’association Lausanne University Tamil Students (LUTSA) diffuse depuis 2017 l’histoire et la culture tamoules. Elle permet aux jeunes de la diaspora de penser ensemble leurs liens avec leur région d’origine, le Tamil Eelam, revendiquant son indépendance depuis 1982. Rencontre avec Vithakan et Printhan, deux représentants de l’association.

    Comment est née l’association?

    Printhan – En 2017, une douzaine d’étudiant·e·s d’origine tamoule se sont rendu compte de l’importance de la diaspora en Suisse et que la population helvétique ne connaissait pas forcément son histoire et sa culture. Dès ses débuts, LUTSA devait leur permettre de les faire connaître, notamment à travers des conférences. Il·elle·s y abordaient, les fondamentaux de la culture tamoule et de la guerre civile (qui s’étend officiellement de 1982 à 2009, date du massacre de Mullivaikal où au moins 40’000 Tamoul·e·s ont perdu la vie, sans compter les milliers de disparu·e·s, et qui a poussé plusieurs de leurs parents à fuir leur région). Aujourd’hui encore, nous essayons de mettre la lumière sur ce qui s’est passé. Des jeunes Tamoul·e·s peuvent eux·elles-mêmes ne pas connaître cette histoire et l’association entend également susciter leur envie de creuser le sujet, malgré le silence de leurs parents sur cette mémoire douloureuse voire traumatique.

    A-t-elle d’autres raisons d’être?

    Vithakan – L’association a également pour but de solidariser et de sensibiliser la communauté des jeunes Tamoul·e·s. Elle leur fournit un cadre de rencontres et d’échanges.

    Printhan – Ce qui fait la force de notre association, c’est que l’on a tou·te·s un peu la même histoire. On partage une multiculturalité, en tant qu’helvético-tamoules, qui nous met face aux mêmes problématiques identitaires et familiales. Par exemple, certain·e·s nous ont raconté comment il leur était difficile de jongler entre la culture tamoule, qui s’exprime à la maison, et la culture suisse de leurs autres milieux. On tisse des liens à partir de ces expériences communes et on réfléchit ensemble aux moyens de faire face à ces problématiques. C’est comme une plateforme d’entraide.

    En 2023, vous avez organisé des soirées festives, une soirée d’initiation à des danses et deux tables rondes. Les non-Tamoul·e·s étaient-il·elle·s au rendez-vous?

    Vithakan  – Il y avait notamment beaucoup de femmes non-tamoules présentes aux soirées danse. Lors des soirées jeux, ouvertes à tout le monde, le défi est de pouvoir s’amuser tous·te·s ensemble tout en faisant (re)découvrir la culture et l’histoire tamoules.

    Qu’est-ce que vous appelez «la culture tamoule»? 

    Vithakan – Notre langue, déjà. Elle est riche et ancienne, portée par des auteur·ices très connu·e·s de poèmes ou de récits. Nous avons appris à l’école tamoule leur nombre d’écrits et leurs dates de rédaction. Beaucoup de dates sont importantes, notamment celles qui marquent des événements de la guerre.

    Printhan – La production cinématographique joue aussi un grand rôle dans notre culture. La région du Tamil Eelam n’a pas son industrie à proprement parler, mais les films que nous regardons viennent du Tamil Nadu, un État d’Inde du Sud à majorité tamoule.

    Votre association s’inscrit-elle dans un réseau associatif ou politique plus large?

    Printhan – Récemment, par exemple, on a collaboré avec l’Association des Jeunes Tamoul·e·s de Suisse (TYO Switzerland) pour organiser le Pongal, une fête qui marque le dixième mois du calendrier tamoul, équivalent à la mi-janvier. On a invité des enfants de l’école tamoule pour faire des jeux. Si cette association est explicitement engagée dans une lutte politique, notre collaboration ne visait qu’un but culturel.

    Printhan, représentant de LUTSA (©Maya_Photographie)

    Vithakan – On ne veut pas vraiment mêler LUTSA à la politique. Nos réflexions identitaires répondent aux besoins existentiels et aux préoccupations de nos membres pour leur vie quotidienne et leur avenir. Mais certaines circonstances nous ont amené en effet à exprimer notre soutien à la lutte tamoule dans le Tamil Eelam, par exemple lorsque la communauté étudiante et militante était touchée.

    Printhan – On a aussi collaboré avec des associations qui sont directement dans la région: on a fait notamment des récoltes de fond en 2022 pour soutenir des familles précarisées par la crise économique. 

    Êtes-vous satisfaits, à titre personnel, de la représentation des Tamoul·e·s dans la société suisse?

    Printhan – Nous n’avons pas forcément grandi avec des figures de modèles tamouls dans l’espace public, en politique, en sport, en art, etc. Mais on voit que de plus en plus de personnalités de notre génération commencent à émerger. Ça nous réjouit, car les plus jeunes auront des exemples auxquels s’identifier, notamment pour croire en leurs propres rêves et s’autonomiser des attentes parentales.

    Qu’est-ce que LUTSA vous apporte à titre personnel ? 

    Printhan – Peut-être une certaine fierté de sentir qu’on devient de plus en plus important au sein de et pour notre communauté. Sur Instagram, les posts au sujet de notre culture sont très relayés, et nous recevons beaucoup de messages de remerciement et de compliments qui nous encouragent à continuer. 

    Vithakan – Rien que cette opportunité d’être interviewé, c’est pour nous une récompense pour nos efforts. Au fait, la moindre reconnaissance est une fierté en plus pour nous. En voyant que les gens s’instruisent en partie grâce à nous, on se dit que le travail qu’on fait sert à quelque chose, c’est vraiment réjouissant. 

    Une série de publications sur le compte Instagram de LUTSA documente en photos et en récits le déroulé, jour après jour, des massacres de Mullivaikkal en mai 2009.

    Printhan – Ces publications ont eu une portée qu’on n’attendait pas: nous avons été sollicités ou suivis par des jeunes Tamoule de France, des parlementaires canadien·ne·s, des artistes…

    Vithakan – … et même Thusiyan Nandakumar, journaliste réputé au Tamil Guardian. 

    Comment expliquez-vous qu’un génocide aussi récent puisse être aussi peu connu? 

    Vithakan – Le génocide est arrivé juste avant l’essor des réseaux sociaux ce qui, conjugué au silence de la diaspora, peut expliquer que son souvenir soit resté en sourdine. Si l’on pense, par exemple, à ce qui se passe dans la bande de Gaza aujourd’hui: les réseaux sociaux contribuent à diffuser et à partager l’information. Cela aurait été le cas pour nous aussi, sans doute, si les réseaux sociaux étaient aussi répandus en 2009 qu’aujourd’hui. 

    Là-dessus, LUTSA contribue au travail de mémoire et à la quête de justice de la communauté tamoule en lutte.

    Vithakan – Des pans de notre histoire ont été effacés, par exemple lorsque le gouvernement sri lankais a incendié la bibliothèque de l’université de Jaffna. Les voir partir en cendres est quelque chose de tragique; conserver des traces numériques de documentation représente par là-même une opportunité de résistance.

    Printhan – On est la première génération de notre diaspora qui a accès à cette communication digitale, donc on essaie d’en profiter en maximum. 

    Est-ce que vous savez si vos parents respectifs pensent retourner dans la région de l’Îlam Tamoul ou s’ils avaient dès leur arrivée pour projet de s’établir en Suisse de façon permanente? 

    Printhan – Leur rêve absolu, c’est de retourner sur leur terre auprès de leur famille, mais pas tant que la situation ne le permet pas – et c’est encore le cas aujourd’hui. Entre-temps, leur vie est en Suisse: mon père, par exemple, a vécu plus longtemps en Suisse que là-bas. 

    Vithakan – Il y a une fierté à retourner dans son pays lorsqu’il sera reconnu et indépendant. Si l’Îlam Tamoul, un jour, est indépendant, je pense que mes parents y retourneront volontiers. Peut-être pas du jour au lendemain, parce qu’il·elle·s ont quand-même beaucoup d’amour et d’attachement pour la Suisse, mais je pense qu’il·elle·s le feront avec beaucoup de plaisir et de fierté. 

    Et vous, vous irez y vivre quand elle sera indépendante? 

    Printhan – Moi, personnellement, si un jour l’on acquiert l’indépendance, cela me plairait d’y aller pour ramener les savoirs que j’ai pu acquérir ici en Suisse et contribuer à les diffuser dans l’Îlam Tamoul. D’un autre côté, j’ai cette multiculturalité qui fait que je me sens autant suisse que tamoul, donc j’espère pouvoir jongler entre les deux. 

    Qu’est-ce que LUTSA vous apporte à titre personnel? 

    Printhan – Peut-être une certaine fierté de sentir qu’on devient de plus en plus important au sein de et pour notre communauté. Par exemple, sur Instagram, les posts au sujet de notre culture ou de notre histoire sont très relayés, et l’on reçoit beaucoup de messages de remerciement et de compliments qui nous encouragent à continuer. 

    Vithakan – Rien que cette opportunité d’être interviewé, c’est pour nous comme une récompense pour nos efforts. En réalité, la moindre reconnaissance est une fierté en plus pour nous. En voyant que les gens s’instruisent en partie grâce à nous, on se dit que tout le travail qu’on fait sert à quelque chose, et c’est vraiment réjouissant. 

    Comment envisagez-vous l’avenir de l’association? 

    Vithakan – On invite aussi toutes les autres communautés ethniques minoritaires et opprimées à venir partager leurs expériences. 

    Printhan – Ça arrive souvent, par exemple, que des Tamoul·e·s aillent aux manifestations des Kurdes. Il y a une solidarité entre les peuples oppressés, et on pourrait travailler un peu plus encore dans cette voie, je pense. Plus on est nombreux, plus on est forts, et plus on arrive à se faire entendre. 

    Est-ce que LUTSA pourrait se politiser de plus en plus? 

    Vithakan – Cela dépend de ce qui se passe au pays. Si l’on s’approche de plus en plus de l’indépendance ou que la question devient brûlante, l’association sera d’autant plus engagée et encline à aborder le sujet. 

    Propos recueillis par Anthony Gérard

  • Commerces en danger

    Commerces en danger

    Photo : Khyoria

    COMMERCES • Les arcades d’Anthropole abritent des petits commerces depuis l’inauguration du bâtiment en 1987. Zoom sur ses magasins qui contribuent à faire de l’Unil une véritable cité indépendante de Renens et Lausanne.

    Vous connaissez sûrement la librairie Basta si vous faites partie de la moitié des universitaires qui lit ses livres de cours. Vous savez tout d’Itopie, le magasin qui lui fait face, si vous appartenez au centième des étudiant·e·s qui ont lu notre avant-dernier numéro. Mais que pouvez-vous dire des trois boutiques quelques pas plus loin dans le même couloir?

    Petits commerces en danger

    L’épicerie Epicentre, la Papeterie Ennas et le salon de coiffure Katia Créa’Tif forment l’autre noeud commercial de l’Anthropole. La semaine, ces commerces de proximité offrent leurs services à la communauté isolée de Dorigny. Pourtant, leur existence est en danger. Epicentre, établi depuis 10 ans à l’Unil, a ainsi fermé ses portes il y a quelques jours. La papeterie Ennas et le salon Katia Créatif ont eux vu leur chiffre d’affaires diminuer ces dernières années. «Le Covid-19 nous a fait très mal», témoigne Valeria Mangani, gérante de l’établissement, «non seulement, nous avons dû fermer pendant un an, mais en plus, le matériel pédagogique s’est digitalisé: les étudiant·e·s travaillent davantage sur leur ordinateur et moins sur papier».

    Préfère-t-on donner 50 centimes au duopole de l’agroalimentaire ou 70 à un petit commerce?

    Hormis le Covid-19, la Papeterie Ennas a aussi dû faire face à de nouveaux concurrents au sein même d’Anthropole: «avec la création de la Reprographie, nous avons perdu 35% de chiffre d’affaires. Avant, le corps professoral et les étudiant·e·s se tournaient vers nous pour relier leurs polycopiés, aujourd’hui, ils sont redirigés vers ce service de l’université». Même si la clientèle revient progressivement selon Mme Mangani, il ne lui est plus aussi facile de rentrer dans ses frais qu’auparavant. Que perdrions-nous si ce commerce venait à disparaître?

    Proximité et flexibilité

    «On propose ce qu’on nous demande»: voilà la philosophie de Mme Mangani, née Ennas. «Nous sommes une papeterie, notre expertise porte donc sur le papier et le matériel d’écriture. Mais nous sommes aussi un commerce de proximité, dans un campus éloigné de la ville. A ce titre, nous devons être à l’écoute des besoins de la communauté universitaire». Le stock de la papeterie a ainsi intégré au fil des ans des prises, des chargeurs et même… des cigarettes. D’abord rétive à cette demande des corps professoral et estudiantin, Mme Mangani a décidé de proposer ce produit pour contenter la demande. Et ce même si ce commerce ne lui rapporte presque rien: «les marges sont si faibles que si vous payez avec la carte bancaire, on perd 10 centimes sur le paquet!». Pour son plus grand plaisir, on lui demande aussi des papiers et des stylos particuliers, qu’elle commande et reçoit dans les 24 heures. Et pour des prix raisonnables à ses dires: «je vends tous mes produits au prix recommandé par le fournisseur et je conseille toujours à mes client·e·s l’option la plus rentable. Mais attention, cela ne correspond pas toujours à celle la moins chère! Si vous écrivez à la plume par exemple, acheter un papier coûteux mais de bonne qualité est avantageux: il absorbe moins d’encre et vous consommez moins de cartouches pour le même nombre de mots. Or, l’encre coûte trois fois plus chère que le papier!». Seules la Migros et la Coop vendent moins cher à la pièce, grâce aux économies d’échelle que leur permet l’étendue de leur clientèle. Les récentes révélations de la RTS sur les marges de ces deux entreprises interrogent toutefois: à l’achat d’un stylo, préfère-t-on donner 50 centimes au duopole de l’agroalimentaire ou 70 à un commerce qui nous dépanne juste avant un examen?

    Hadrien Burnand

  • Unilive en backstage

    Unilive en backstage

    Photo : ©Khyoria – Eutrop et Gence, DJ lors du Before Unilive du 19 avril

    Rédigé par : Ylenia Dalla Palma

    FESTIVAL • Le 27 avril se tenait sur le campus de l’Unil le fameux festival estudiantin Unilive. Sur les parkings de la Chamberonne et l’esplanade d’Internef, les étudiant·e·s se sont réuni·e·s dans une ambiance conviviale pour partager un moment musical en ce début de printemps. Zoom sur cette 10ème édition du festival.

    Unilive, festival né en 2013, a fêté cette année sa dixième édition en grande pompe! Le jeudi 27 avril, ce sont environ 10’000 étudiant·e·s des campus Unil et EPFL qui se sont retrouvé·e·s afin de partager un moment festif, entre bières et musique entraînante. En collaboration avec la FAE, le festival Unilive a offert à son public une soirée tournée vers des valeurs égalitaires, écologiques et de partage. De nombreuses associations de l’Unil étaient présentes afin de promouvoir ces intérêts importants pour la communauté estudiantine.

    « C’est une ambiance unique, où le lien se fait très facilement »

    Nous avons pu apercevoir notamment Fréquence Banane qui a fait se déhancher les festivalier·ère·s en début de soirée. Unilive a également invité des organisations lausannoises telles que Tataki qui a pu suivre l’événement. De quoi en ravir plus d’un·e en ce début de printemps.

    Le comité en quelques mots
    Mais si le festival peut se dérouler chaque année dans une agréable ambiance printanière, c’est sans aucun doute grâce à son comité. Composé de 27 membres, il est l’organe qui, séparé en plusieurs pôles, organise l’entier de la soirée. David Raccaud, président de l’association, confie en souriant : « Mes tâches consistent, globalement, à tenir la barque. Je dois assurer tout ce qui est administratif, notamment les suivis des séances de comité, le lien avec l’université, mais aussi avec les autorités locales ». Margaux Eisenhart, vice-présidente et responsable communication, confie quant à elle : « C’est une expérience incroyable, sur le plan personnel cela t’apprend à gérer beaucoup de choses ». Hugo Blaser, adjoint logistique présent au comité depuis six ans, explique : « C’est trop cool comme ambiance ! Il faut certes apprendre à gérer son temps, mais les semaines de montage sont toujours des moments très forts. Je me réjouis de cette dixième édition ».

    ©Ylenia Dalla Palma

    Unilive et son équipe de staff au top
    Le comité du festival est par ailleurs soutenu par toute une équipe de staff très motivée. Également répartie en plusieurs pôles, et elle permet, durant toute la soirée, d’avoir des bières fraîches et une sécurité garantie. Tanguy, l’un des membres de l’équipe, explique : « J’ai staffé au stand consignes à l’entrée, pour prendre les gourdes et autres objets interdits dans le festival. C’est une super expérience, j’ai pu rencontrer beaucoup de nouvelles personnes très sympathiques ! ». Staffer pour Unilive, c’est donc pouvoir être au cœur même de la vie estudiantine et, tout comme pour le comité, le lien aux autres reste primordial.

    Un public en feu !
    Mais au cœur de ce festival se retrouve surtout un public toujours aussi enthousiasmé d’une année à l’autre ! Certain·e·s des festivalier·ère·s sont arrivé·e·s dès le début de l’événement, à 16h30. Marine, une festivalière, confie au début de la soirée : « Il y a une très bonne ambiance qui s’installe petit à petit. Je pense qu’on est parti·e·s pour une soirée très sympa ». Au détour de la scène tech, Killian, un autre festivalier, ajoute : « Je suis arrivé à 16h45 avec mes amis et nous avons attendu le début du concert de Sandokaï avec une bière. Pour le moment, c’est le meilleur groupe que j’ai vu, c’était très sympa ! ».

    « Les semaines de montage sont toujours des moments très forts »

    Mais finalement, ce qui semble être à l’essence même du festival, c’est sa capacité à rassembler les étudiant·e·s et à créer du lien entre eux·elles. Noé confie entre deux concerts : « J’aime beaucoup pouvoir retrouver les autres étudiant·e·s dans la soirée, souvent tu croises toutes les personnes que tu connais. C’est une ambiance unique selon moi, où le lien se fait très facilement avec les autres festivalier·ère·s ». Une expérience, donc, qui a su gagner tous les cœurs avec son rythme effréné des nuits printanières.

  • Dans le brouillard

    Dans le brouillard

    Photo : ©Killian Rigaux – Le nouveau centre de données utilisé par l’Unil et l’EPFL, inauguré en 2022, qui s’ajoute aux trois autres centres préexistants de l’Unil (1977, 2004 et 2013)

    Rédigé par : Killian Rigaux

    UNIL • Les méthodes de stockage et de traitement des données personnelles sont chamboulées par l’arrivée des services Cl, notamment Microsoft 365. Si cette architecture est aussi avantageuse en matière de cybersécurité, la perte du contrôle des données personnelles inquiète.

    Depuis l’apparition de la version Microsoft 365, désignée successeur de Microsoft Office 2019, le choix de l’utilisation de Word pour l’écriture d’un poème, d’Excel pour la gestion de sa comptabilité ou de Powerpoint pour la préparation d’une présentation a changé d’implications. L’Université de Lausanne et la Confédération se sont tournées vers Microsoft 365, après que la multinationale a annoncé qu’elle cesserait de prendre en charge les produits Office à l’horizon 2026.

    « Microsoft tient les organisations en situation de dépendance »

    « Ce n’est pas un changement habituel, étant donné que les nouveaux produits ne seront disponibles que sous forme de solution en nuage public », avertit le communiqué de l’administration fédérale du 15 février 2023. L’utilisation d’un Cloud, ou nuage public, signifie que les données d’un fichier informatique sont conservées et traitées avec des serveurs rassemblés dans des centres de données et non plus uniquement sur l’ordinateur utilisé. Dans son communiqué, l’administration fédérale précise que « les utilisateur·ice·s auront en outre l’interdiction de sauvegarder des données sensibles et documents confidentiels dans le nuage de Microsoft » et admet qu’elle « dépend aujourd’hui des produits Office de Microsoft ».

    Les données de l’Unil sur le campus
    La Confédération a par ailleurs prolongé jusqu’en 2024 la phase de test de Microsoft 365, dans le cadre du projet CEBA (Cloud Enabling Büroautomation). Elle dit être en recherche d’alternatives, un message encourageant pour le délégué à la protection des données de l’Université de Lausanne Mikhael Salamin. Il explique : « Microsoft tient les organisations en situation de dépendance. Pour en sortir, un investissement conséquent par une alliance d’État est nécessaire, en repensant les outils de bureautique autour de la collaboration et de la protection des données, en y incluant les contraintes écologiques ». L’Unil utilise aujourd’hui Microsoft 365, dont le déploiement a commencé peu avant la pandémie de COVID-19 et s’est poursuivi par la suite. Juridiquement, l’Unil est soumise à la loi du canton de Vaud sur la protection des données personnelles, qui pose des exigences pour la sous-traitance et le transfert de données à l’étranger. Pour l’utilisation de Microsoft 365, lorsque les étudiant·e·s de l’Unil utilisent OneDrive ou SharePoint, les données sont transférées sur les serveurs de Microsoft sis à Zurich. Seules les données qui ont une valeur historique ou qui doivent être conservées légalement, comme un diplôme, sont archivées ; elles sont conservées dans les centres de données du campus lausannois.

    Des lois bientôt à jour
    Alors que la Confédération déploie Microsoft 365, la situation juridique en Suisse reste ambiguë, la plupart des lois censées régir l’utilisation des données et leur sous-traitance étant toujours en cours d’élaboration. Au niveau fédéral, la révision totale de la loi sur la protection des données n’entrera en vigueur que le premier septembre 2023. L’État de Vaud travaille encore sur une nouvelle loi, l’actuelle datant de 2008. Ces révisions permettront à la législation suisse d’être conforme au Règlement général de l’Union européenne sur la protection des données (RGPD). Contrairement à d’autres pays européens, la Suisse n’a toujours pas établi de jurisprudence ou fait de déclaration politique forte en la matière.

    la situation juridique en Suisse reste ambiguë

    Le ministre français de la Formation a en effet récemment interdit l’utilisation de Microsoft 365 dans l’administration et les établissements de formation de son pays. Les données étant hébergées par des serveurs d’une entreprise américaine, elles sont aussi soumises au CLOUD Act. Cette loi extraterritoriale permet aux autorités américaines d’accéder à des données personnelles dans des cas spécifiques, sans respecter les normes européennes de protection des données.

  • EPFL VS Unil

    EPFL VS Unil

    Photo : ©Wikimedia Commons

    Rédigé par : Furaha Mujynya

    STÉRÉOTYPES • Entre haine et amour, la relation entre l’EPFL et l’Unil est tumultueuse et passionnelle. Le corps estudiantin a beau se lancer des stéréotypes au visage, tou·te·s semblent sociabiliser, indépendamment de leur appartenance à une faculté ou une université précise. Qu’en est-il de ces présupposés ? Sont-ils nés d’une réalité dure à accepter ?

    Après avoir interrogé une cinquantaine de jeunes étudiant·e·s sur l’existence et le partage de stéréotypes concernant l’EPFL et l’Unil – c’est une écrasante majorité (94,5%) qui confirme la présence de clichés bien ancrés dans la communauté universitaire. Ainsi, 68,5% des interrogé·e·s affirment avoir déjà entendu des stéréotypes à propos des deux institutions tandis que 18,5% à propos seulement de l’EPFL et 7,5% concernant uniquement l’Unil. Si les stéréotypes formés sur l’Unil et l’EPFL sont souvent créés en opposition les uns par rapport aux autres, ils confrontent souvent la Faculté des Lettres à l’entièreté de l’EPFL – à l’exception de la Faculté d’Architecture, souvent considérée comme le mouton noir de l’EPFL en termes de difficulté d’apprentissage. Car, oui, ce sont surtout des questions de différences de complexité de cursus qui viennent opposer nos chères hautes écoles, et par extension leurs corps estudiantins.

    Prof ou Pôle emploi
    Parce que l’EPFL a la réputation d’être difficile à réussir, ses étudiant·e·s sont stigmatisé·e·s comme des geeks ou des nerds, qui passent soi-disant tout leur temps à étudier, au dépend de leur vie sociale. À l’inverse, les étudiant·e·s de Lettres, qui s’intéressent plus aux sciences humaines, à la culture, et aux langues, sont considéré·e·s comme des personnes qui ne font rien, et qui possèdent comme seules possibilités d’avenir l’enseignement ou le chômage. Bien évidemment ces clichés, bien loin d’être propres à ces deux écoles spécifiques, découlent de présupposés qui trouvent leur origine dans les tréfonds de notre société.

    L’Université de Lausanne possède le label de gauchiste libéral

    Il existe des dictons qui prétendent que « ceux·elles qui savent faire, font ; ceux·elles qui ne savent pas faire, enseignent ». Ce sont justement ces maximes qui laissent suggérer un ordre hiérarchique entre les métiers éducationnels et ceux d’ingénierie, médecine ou autres. En partageant ces idées préconçues sur les voies professionnelles qui découlent d’une éducation supérieure en Sciences Sociales ou en Lettres mais aussi sur leur valeur hiérarchique ou utile dans la société humaine, les étudiant·e·s ne font donc que répéter et reproduire des stéréotypes déjà bien ancrés dans le monde professionnel – une tendance dont a pris conscience l’EPFL qui précise de manière explicite, sur la page de son site internet, les différences entre l’EPFL et l’université : « [qu’il] n’y a pas de formation qui soit meilleure qu’une autre. Les évaluations et les choix doivent être faits selon les priorités et les ambitions de chaque individu ».

    Gauchistes vs misogynes
    En dehors des présuppositions effectuées sur les difficultés éducationnelles auxquelles font face les étudiant·e·s de l’EPFL et l’Unil, ce sont surtout les stéréotypes concernant le genre et les positions politiques du corps estudiantin qui posent problèmes. L’EPFL, qui possède effectivement une majorité d’étudiants hommes, est souvent considérée comme un phare à attitudes misogynes. S’il existe bien une réalité troublante concernant les comportements inappropriés envers les femmes, ou toute autre minorité, celle-ci est cependant loin d’être propre au campus epflien, comme le démontrent les pages Instagram de @payetonunil @payetontournage, et @payetonimpro. Au contraire, ce n’est pas parce que l’Université de Lausanne possède le label de gauchiste libéral que ses étudiant·e·s ne subissent pas pour autant des violences verbales ou physiques.

    « Ceux·elles qui savent faire, font ; ceux·elles qui ne savent pas faire, enseignent »

    Donc, au lieu de se cacher derrière des étiquettes, il est plus intéressant de se rencontrer sans a priori et juger, au cas par cas, si l’on est face à quelqu’un de confiance, aux idéaux et morales semblables aux nôtres ou pas – ce que font déjà la plupart des personnes, conscientes finalement que ces stéréotypes ne sont rien d’autre que ça ; des vieux clichés sans réel fondement.

  • D’étudiant à poète

    D’étudiant à poète

    Photo : Thibaud Mettraux, De la postichité des fleurs, Poésies, Genève, ©Éditions des Sables.

    Propos recueillis par : Ylenia Dalla Palma

    LITTÉRATURE • Alors que Thibaud Mettraux est actuellement assistant en linguistique française à la faculté de Lettres à l’Université de Lausanne, il est aussi jeune poète. L’auditoire est allé à sa rencontre à l’occasion de la publication de son premier recueil.

    Bonjour Thibaud, premièrement pourrais-tu te présenter et me dire ce qui t’a mené à l’écriture ?

    Je m’appelle Thibaud Mettraux, je suis assistant en linguistique française à Lausanne, et je suis actuellement en train de finaliser ma thèse qui porte sur la rhétorique. J’ai commencé à écrire au début de mon gymnase, en commençant par des chansons. J’ai ensuite essayé pas mal de projets en prose, notamment des romans et des nouvelles, mais c’est surtout l’écriture poétique qui m’a toujours accompagné.

    Tu as donc publié ton premier recueil de poèmes il y a quelques mois, quelle a été la genèse de ce livre ?

    Après toutes ces années d’écriture, j’ai eu envie d’essayer de confectionner un recueil de poésie avec la matière que j’avais produite. J’ai donc commencé à réellement travailler dans cette direction, en produisant de nouveaux poèmes destinés à ce recueil. Quand j’ai senti que j’avais assez de poèmes, je les ai imprimés et les ai étalés dans ma chambre, pour avoir une vue d’ensemble de mon travail. Mon idée était d’avoir un dialogue à deux voix qui s’adressent l’une à l’autre mais ne peuvent pas se comprendre.

    Les fleurs sont un symbole poétique sursaturé et artificiel

    J’ai donc construit mon recueil sur cette base, avec peut-être une dimension cyclique qui apparaît, notamment avec des thèmes comme la désillusion et le retour, ainsi que des titres récurrents. C’est une année et demie après que l’idée a germé dans ma tête que mon recueil est né.

    Pourquoi as-tu choisi la poésie plus qu’un autre genre pour t’exprimer ?

    J’ai toujours préféré le texte bref, que ce soit en tant que lecteur ou écrivain. De plus, mon admiration pour la littérature est venue par la lecture de textes poétiques au gymnase. C’est très cliché, mais un peu comme tout le monde, j’ai lu Verlaine et Rimbaud. J’ai par la suite pu développer ce goût pour la poésie durant mes années d’études en Lettres.

    J’aime ce qui est absolument banal

    Le titre de ton recueil est très intéressant, « De la postichité des fleurs », que représente-t-il pour toi ?

    Le titre annonce une double tonalité, un peu kitch et ludique avec ce néologisme « postichité ». L’idée était donc de révéler cette tonalité légère qui se retrouve dans le recueil, mais aussi transmettre l’idée du postulat selon lequel les fleurs sont un symbole sursaturé. Il devient alors pur signifiant, et peut signifier autant tout que rien, comme c’est le cas pour moi. Je pense finalement que la poésie ne peut pas dire grand-chose si ce n’est des bouts rimés artificiels. Par ailleurs, annoncer le caractère faux de ces fleurs permet de laisser la place à une certaine mélancolie qui apparaît aussi dans le recueil.

    Tu as une écriture assez crue, tu n’hésites pas à utiliser des mots comme « foutre » ou « con ». Que cherches-tu à renvoyer avec de telles images ?

    Déjà, ce sont des mots qui me font rire, surtout les deux que tu cites en l’occurrence. J’ai un goût pour le trivial, j’aime bien ce qui est absolument banal. Selon moi, si la poésie agit sur le monde, c’est qu’elle prend les éléments qui seraient les plus rétifs à l’expression poétique pour essayer de les fondre dans un moule. J’aimais donc bien l’idée de jouer sur les registres de langue et travailler avec un vocabulaire cru, mêlé à une structure métrique plutôt vieillotte, pour aborder les thèmes de mes poèmes avec une certaine légèreté.

    Tu es également musicien, est-ce que la musique a une influence sur ton univers poétique ?

    Je distingue vraiment ce qui est l’écriture de chanson de l’écriture de poèmes.

    Mon idée était d’avoir un dialogue à deux voix

    Pour moi, le poème est destiné à être sur une page et donc à être silencieux, contrairement à la vocalité de la chanson. Mais, d’un autre côté, j’avoue qu’il y a des fragments de chanson qui ont été parachutés dans mon recueil. Il y a donc certainement une influence de ma facette de musicien, bien que je distingue les deux manières d’écrire, entre poésie et chanson.

  • À la tête de la section

    À la tête de la section

    Photo: ©Yasmine Zamparo

    Rédigé par : Furaha Mujynya

    EXAMENS • Entre les régulations qui changent d’une université, voire d’une faculté ou d’un cours à l’autre, les étudiant·e·s semblent peu au courant de leurs droits lors du déroulement d’examens écrits, ce qui engendre une source de stress supplémentaire lors d’une période déjà bien chargée.

    Il existe de nombreux documents qui explicitent les conséquences en cas de tricherie ou encore les directives générales des examens dans les pages officielles des universités et hautes écoles suisses. Cependant, il semble y avoir un grand vide réglementaire et légal concernant les droits des étudiant·e·s lors du déroulement d’examens. S’il semble difficile de trouver des règles concernant les conditions d’examens de toute une université ou école, c’est d’abord parce que celles-ci peuvent varier énormément d’une faculté ou d’une section, à l’autre. À l’Unil, la durée d’examens écrits peut varier de 2 à 6 heures. Leur format change également ; questionnaire à choix multiples, dissertation ou encore exercices aux réponses développées. Il est donc logique que les réglementations qui en découlent ne soient pas uniformes. Néanmoins, il reste surprenant que de nombreuses règles soient différentes entre enseignements et même année. Il n’existe donc pas de protocole strict ou fixe pour chaque type d’examen entre les diverses institutions au sein d’un même canton ni même entre les différents organismes d’une même université.

    Des inattendus surviennent de tous les côtés
    Les étudiant·e·s interrogé·e·s sur le sujet confient qu’il·elle·s ont rarement eu accès aux informations relatives au déroulement de leurs examens suffisamment en avance pour se préparer mentalement et physiquement à leurs épreuves. Une étudiante en droit à l’Université de Zurich déplore le traitement déshumanisant des examens. Ils s’effectuent dans une salle de congrès inconnue des élèves, où seul un numéro qui leur a été attribué par l’école confirme leur bonne place dans la salle. Il·elle·s doivent également subir quinze minutes de discours sur les sanctions en cas de fraude. Nicola, étudiant de la Haute école de Commerce de Lausanne, se plaint également des places d’auditoire obtuses aux tables inclinées, qui rendent la pose à plat de stylos, gourde et autre équipement impossible. Même le droit d’aller aux toilettes subit des modifications entre examen et rattrapage : Lina, étudiante à l’Haute école de Santé La Source, n’a découvert qu’au moment de son rattrapage les nouvelles règles, énoncées par oral, sans message officiel. De plus, une différence dans la demande de recours à un examen a été découverte entre la HES et l’Unil.

    Climat intimidant, la règle plutôt que l’exception

    Si le corps estudiantin peut être gratuitement accompagné par un·e juriste dans sa démarche à l’Unil – qui est ensuite évaluée par une commission – comme explique Fanny en SSP, à la HES, la demande de recours se fait seul·e et se termine par un rendezvous avec le directeur, le jour même de la rentrée. Il y informe les étudiant·e·s de la réussite ou l’échec de leur démarche, précisent deux étudiantes. Il est possible, malgré le danger de tricherie, de rendre les sessions d’examen – des périodes à haute tension – plus agréables pour les étudiant·e·s, ne serait-ce que par une transmission anticipée des informations et une atmosphère plus légère. Il est donc fortement déplorable qu’un climat intimidant et un lieu d’examen étranger ou inconfortable soient souvent la règle plutôt que l’exception.

    L’amélioration par l’uniformisation des conditions
    Ce manque d’uniformisation ne crée pas uniquement de l’injustice entre les élèves – qui peuvent faire face à des conditions de traitement drastiquement différentes – mais elle leur rajoute à tou·te·s du stress supplémentaire. Tou·te·s les étudiant·e·s interrogé·e·s souhaiteraient avoir un meilleur accès aux informations relatives aux examens ainsi qu’aux droits qu’il·elle·s possèdent en cas d’échec, et ce regroupé à un même endroit ! Il·elle·s désirent également que les modalités d’examens soient uniformisées au sein d’une même faculté et coïncident avec celles de la faculté correspondante de toute université suisse.

  • Petites particularités helvétiques sous l’œil étonné des étudiants TANDEM en FLE

    Petites particularités helvétiques sous l’œil étonné des étudiants TANDEM en FLE

    Photo : ©Myriam Détraz

    ÉCHANGE • Noël, c’est l’occasion de revenir sur certains moments vécus par les étudiant·e·s de l’École de français langue étrangère (EFLE). Ces anecdotes témoignent pour la plupart de chocs culturels.

    Cultures cellulaires et précision horlogère

    Né en Inde et ayant vécu en Ecosse, j’ai toujours pensé que les Suisses étaient très ponctuels et soucieux du temps. Les grandes entreprises horlogères ont consolidé ma notion.

    C’était ma première semaine en Suisse et mon troisième jour de travail. « Quand avez-vous mis les cultures cellulaires en incubation ? » m’a demandé mon patron. J’ai regardé dans mon journal où j’avais consigné le temps très méticuleusement et j’ai répondu 8h43 les deux premiers matins et aujourd’hui j’étais un peu en retard donc à 8h47 aujourd’hui.

    Il a regardé son collègue et ils ont tous les deux ri en disant : « Tu es plus suisse que nous deux réunis ». 

    (Shashank, Inde/Écosse)

    Ouvrir la fenêtre, un tour de force 

    Mon premier jour ici, il y a beaucoup de choses qui m’ont intriguées. Quand je suis allé à mon hôtel à Genève, j’ai été fasciné par la fenêtre de ma chambre. Au Canada, c’est plus typique d’avoir des fenêtres qui s’ouvrent seulement horizontalement, mais quand j’ai essayé la fenêtre pour la première fois ici, j’ai commencé à tourner la poignée, mais j’ai été surpris car la poignée pouvait tourner à 180 degrés. Quand elle a tourné, j’ai sursauté quand la fenêtre a commencé à descendre.                               

    (Matthew, Canada)

    Premier jour de cours

    Nous savons tous que pour les Suisses, la ponctualité est primordiale. Ce n’est pas le cas en Italie, surtout quand on prend le train, qui est toujours en retard ou n’arrive pas du tout. Sans trop me soucier de l’heure de départ du train, je me prépare calmement comme chaque matin, puis je réalise que je n’ai que cinq minutes pour arriver à la gare. Donc je quitte la maison et commence ma « course du matin » pour essayer de ne pas rater le seul train qui me permettra d’arriver à l’heure en classe. Mais juste quand je suis presque arrivée à la gare, je le vois passer à toute vitesse devant moi. Et c’est ainsi que j’arrive en retard à mon premier cours de français au cours de vacances. Bon début…

    (Elena, Italie)

    Boire de l’alcool en public

    Le fait qu’il soit légal de boire de l’alcool en public m’a surpris aussi. Je ne le savais pas, et un jour, quand j’étais dans le métro, j’ai vu un groupe de personnes pompettes qui buvaient une bouteille de vin. Je les ai trouvés très audacieux et j’ai eu peur pour eux qu’ils aient des ennuis, mais ensuite j’ai découvert qu’ils avaient tout à fait le droit !

    (Dani, Mexique-USA)

    De l’importance de la prononciation

    Mon ami suisse romand est propriétaire d’un petit hôtel. Un jour, il m’a invité chez lui pour le dîner. Avant le dîner, il m’a appelé par téléphone et m’a demandé :

    – Qu’est-ce que tu préfères pour le repas ?

    – J’aime les légumes grillés et le poison /pwa·zon/. J’ai répondu.

    – Quoi ? Bien sûr du poison ? Je suis désolé je n’ai pas de poison. C’est dangereux ! a-t-il dit.

    – J’ai dit « le poisson » mais avec la prononciation /z/, et pas /s/. En fait, je voulais dire « poisson » c’est un animal qui vit dans la mer.

    Finalement, nous avons beaucoup ri ce jour-là. D’ailleurs, c’est vraiment une bonne leçon pour moi. La mauvaise prononciation peut être dangereuse.                         

    (Ibrahim, Turquie)

    Week-end santé !

    Je savais qu’avant d’arriver c’est une culture extrêmement différente ici en Suisse, mais j’ai trouvé ça drôle quand j’ai passé ma première journée d’un week-end à monter sur une montagne. Ceci ne correspondait pas à la manière dont je passais mes week-ends en Grande-Bretagne normalement ! Habituellement, les étudiants britanniques vont sortir les soirs d’un weekend, et passer les journées à récupérer ! Ce n’est pas un weekend sain comme celui que les Suisses semblent connaitre ! Je savais que j’aimais randonner, mais ce qui m’intéresse c’est que ce n’est pas une chose habituelle pour moi à l’université. Donc, même si c’est une différence culturelle entre ma vie en Écosse et en Suisse, cela m’a donné des journées peut être plus mémorables que certaines journées dans mon pays d’origine.

    (Charlie, Écosse)

    Un crime envers le fromage

    Mon anecdote fait référence à la nourriture typique. Un jour, une amie colombienne m’a invitée, ainsi que deux de ses amis suisses, à goûter un dessert colombien particulier et très simple. Ce dessert consiste à mélanger des bonbons à la goyave avec du fromage. Pour moi, c’était un bon souvenir de mon dessert d’enfance préféré, mais pour les amis suisses, c’était un crime contre le bon fromage. Ils ont dit que le bon fromage ne peut jamais être mélangé avec des aliments sucrés.  

    (Ivan, Colombie)

    Transport gratuit ?

    Quand je suis arrivée en Suisse, la première chose que j’ai expérimentée c’est les transports publics. A Santiago, nous avons beaucoup de bons bus et de métros, mais la ponctualité n’est pas des meilleures. En fait, les gens paient dans une machine obligatoirement pour arriver à l’entrée. Nous avons une sorte de garrot dans les bus pour entrer. Donc ici, j’ai pensé que le transport est gratuit parce que je n’ai jamais vu de garrot nulle part ; donc au début je n’ai pas payé jusqu’à ce qu’un ami me dise que les gens paient virtuellement avec une application et qu’ils ne contrôlent pas car ils font confiance aux gens. Ce système ne pourrait pas fonctionner à Santiago parce que les gens ne paieraient tout simplement pas.

    (Victoria, Chili)

    Horaires imprévisibles

    Quand j’ai voulu m’enregistrer à la commune pour un permis de séjour, j’ai essayé de passer après mes cours, à 18h30. J’ai été surpris de constater que le bureau communal avait déjà fermé pour la journée et que je l’avais manqué de quelques minutes. Un peu déçu, j’ai décidé de revenir le lendemain. Quand je suis arrivé le lendemain, j’ai vu que le bureau allait fermer à 12h30. Fatigué mais motivé de finir, j’ai couru pour ramasser tous les documents nécessaires et je me suis finalement enregistré une minute avant 12h30. En général, j’ai été supris que les entreprises suisses ferment pour le déjeuner (pour le dîner en Suisse) et qu’elles ferment si tôt, même pour une clientèle d’étudiants. C’est particulier comme ça avec la Migros de l’EPFL, alors c’est parfois difficile d’avoir un dîner tard, malheureusement.

    (Matthew, Canada)

    Le fait de cracher par terre est amendable…

    Je me promenais avec ma tante au centre-ville, lorsque j’ai vu quelqu’un qui crachait et quelques secondes après, une personne est venue vers lui et lui a infligé une amende pour avoir craché par terre, ce qui est interdit par la loi. J’ai été très surprise d’apprendre cela. J’ai trouvé cela très bizarre parce qu’en Tunisie on peut cracher sans avoir de problèmes.

    (Malek, Tunisie)

    Être en retard, une question d’appréciation

    Tout le monde est ponctuel comme une montre et ils sont toujours à l’heure. Mais, ce n’est pas juste. C’est la vie, parfois on a beaucoup de choses dans notre vie qui sont spontanées et extraordinaires. Par exemple, parfois les transports peuvent être en retard, et c’est normal. Ça m’a impressionnée qu’en Suisse (le pays le plus heureux au monde) les gens se jettent sous le train. Après le train est en retard. D’autres personnes sont mécontentes à cause de ça.

    Ce stéréotype suisse dépend de la région. Dans le canton de Vaud il y a la règle du « quart d’heure vaudois ».  Le quart d’heure vaudois est la seule demi-heure qui dure quarante-cinq minutes.

    (Lisa, Ukraine)

    Maîtriser plus de 3 langues étrangères, un prodige !

    Apprendre une langue est une tâche vraiment difficile pour moi ; c’est pourquoi j’admire les gens qui en parlent plusieurs. Un jour, j’ai dit à Marie que, comme Clara parle couramment sept langues, elle doit être une alien. Deux jours après, j’ai compris que Marie en parle huit. J’ai voulu rire et pleurer en même temps. Parler plus de trois langues est vraiment fascinant pour les Turcs, et particulièrement pour moi !

    (Hilmi, Turquie)

    Cuire des pâtes…

    Quand je suis arrivé en Suisse, j’ai vécu dans un appartement d’étudiant en colocation. Les colocataires étaient de diverses nationalités, originaires d’Italie, d’Allemagne, du Japon et de Colombie. Normalement, tout le monde aimait se rassembler dans la cuisine, donc inévitablement tout le monde remarquait ce que les autres cuisinaient. A cette époque, je ne savais que cuisiner des pâtes, mais pas vraiment. Chaque fois que je commençais à faire cuire les pâtes, l’Italien se rendait dans sa chambre. Pendant quelques semaines, j’ai pensé qu’il avait un problème personnel avec moi, mais un jour mon amie colombienne, qui était une amie de l’Italien, m’a dit qu’un jour l’Italien lui avait dit qu’il ne savait pas comment me dire que les pâtes ne se cassent jamais pour les mettre dans la marmite. Alors, ce qui pour moi était une question de cuisiner quelque chose de simple, n’était pas si simple, pas même pour mon colocataire qui m’observait. 

    (Ivan, Colombie)

    Accent écossais !

    J’ai été invité à dîner par mes voisins que je croise tous les matins lors de ma promenade matinale. Il se trouve qu’un de leurs amis était également l’un des invités. Et bien sûr, j’ai commencé le marché mental d’un non francophone de combien je peux communiquer clairement et dans quelle langue.

    L’ami de mes voisins est un Écossais vivant en France depuis environ 21 ans. Après avoir appris que j’avais vécu en Écosse, il m’a dit : « Ne vous inquiétez pas, nous pouvons parler en anglais. » À sa grande surprise, j’ai répondu en français.

    Ils étaient tous vraiment contents de me voir faire un effort. Mais en réalité, c’était un choix facile entre la douleur de comprendre l’accent écossais et la difficulté du français.

    (Shashank, Inde/Écosse)

    Se moucher en public !

    Je ne comprends pas que certaines personnes en Europe se mouchent à voix haute dans le métro. Cette situation est très mal vue en Turquie.

    (Hilmi, Turquie)

    Multinlinguisme helvétique !

    Une autre différence culturelle qui j’ai connue pendant mon temps passé en Suisse c’est le multilinguisme. Un fois de plus, avant d’arriver, je savais que la Suisse était un pays multiculturel avec plusieurs langues, pourtant j’avais confiance dans le fait que ma connaissance de la langue française serait suffisante. Pourtant, quand je suis arrivé, j’ai trouvé que parfois, je ne reconnaissais pas certains produits dans les magasins, ou que c’était assez difficile de naviguer sur des sites sur l’internet parce qu’il y a beaucoup plus d’utilisation de l’allemand que ce que j’attendais ! C’est assez différent en Grande Bretagne ou seul l’anglais est utilisé.                                                         

    (Charlie, Grande-Bretagne)

    Se servir d’abord ?

    J’étais une fois au restaurant avec ma famille, et comme d’habitude, j’ai pris la bouteille d’eau et j’ai rempli mon verre. Tout à coup, j’ai remarqué que toute ma famille me regardait bizarrement ; j’ai dit : « qu’est-ce qu’il y a ? Ça va ? ». Ma tante m’a répondu : « il faut servir les autres d’abord et puis tu te sers après. »

    J’ai dit : « d’accord, qui veut de l’eau ? »

    J’ai trouvé ça un peu bizarre parce que je n’ai pas l’habitude et dans mon pays on ne fait pas ça, parce que chaque personne se sert seule.                

    (Malek, Tunisie)

    L’anglais en Suisse

    Quand je suis arrivée à Lausanne, j’ai dû faire beaucoup de choses pour des documents administratifs. Et chaque jour, j’ai demandé à quelqu’un de m’aider et je faisais ça en anglais. La première phrase que j’ai apprise, c’est : « est-ce que vous parlez anglais ? ».

    Souvent les gens m’ont dit : « oui, un peu » (et ils essayaient de m’aider). Et après il parlaient un anglais parfait. Mais parfois des gens m’ont dit : « non ». Et ils ne m’ont pas aidée, parce que je ne parlais pas français. Peut-être que c’est normal. Historiquement, les Suisses Romands n’aiment pas l’anglais. Je sais qu’il y a quatre langues ici et l’anglais est hors de la liste. C’est normal de vouloir protéger les règles, les langues dans son pays. Mais l’anglais est international et il nous aide dans la conversation ; c’est important de le comprendre, n’est-ce pas ? dans mon pays, la situation est inverse. Par exemple, si on n’a rien compris, on essaye de gesticuler et de s’expliquer dans notre langue en parlant plus fort.

    (Lisa, Ukraine)

    Dimanche, week-end pour tous

    C’est ce qui m’impressionne le plus. Tout est fermé : les supermarchés, les pharmacies, les boutiques etc. C’est le jour pour les familles.

    Mais, ce n’est pas un secret que pas tout le monde a une famille ou des plans pour être dans la nature, faire le ménage (oh, non, c’est interdit, parce que c’est le dimanche). Nous avons besoin de faire les courses, d’acheter des vêtements ou si c’est quelque chose d’urgent et lié à la santé, nous devons acheter des médicaments, et non pas se présenter aux urgences (à cause d’un bobo).

    Dans mon pays il y a tout qui est ouvert, tout fonctionne et on peut faire tout qu’on veut. Je suis d’accord que c’est important d’avoir le week-end, mais on peut en profiter n’importe quel autre jour.

    (Lisa, Ukraine)

    Salutations un peu froides

    Les gens ici sont très froids ; je me souviens que la première semaine j’ai essayé de saluer tout le monde en faisant un bisou et un câlin, mais certaines personnes m’ont rejetée et m’ont regardée de travers. Plus tard j’ai compris qu’ici les gens ne se saluent pas comme ça. Ils sont très froids.

    Sur zoom

    Quand la pandémie a commencé, j’ai continué à aller sur le campus de l’université.  Puis j’étudiais avec mon ordinateur en classe. Il y avait aussi des étudiants là-bas.  Normalement, le cours commençait à 10h00.  Même après une heure, le cours n’avait pas encore commencé. Tous les élèves dans la même classe utilisaient leurs ordinateurs.  Ils écoutaient et regardaient quelque chose.  Mais je n’ai rien compris à ce qui se passait.  Je n’ai pu poser aucune question car tout le monde portait des écouteurs.  Le professeur n’était pas encore entré dans la classe.

    Après la première pause, j’ai appris que la leçon n’était pas en « face à face » !  C’est-à-dire c’était « en ligne ». C’était la première introduction avec « Zoom ».

    (Ibrahim, Turquie)

    Pièce de monnaie

    J’ai aussi été fasciné par la pièce de monnaie de 5 francs. J’ai comparé la taille avec ma main et j’ai trouvé que c’était la taille de trois doigts ! Au Canada, les cinq dollars sont des billets.

    (Matthew, Canada)

    Les heures d’ouverture

    La chose qui m’a surprise le plus c’est que les épiceries, les magasins, et les restaurants ferment très tôt et sont aussi fermées le dimanche ! Au Mexique et aux États-Unis, ces lieux ferment très tard, et à mon avis je préfère ça. C’était un vrai choc culturel quand je suis allée à la Migros un dimanche pour acheter quelque chose à manger, et que j’ai trouvé que rien n’était ouvert l’après-midi ! Donc, je suis allée à la gare !      

    (Dani, Mexique-USA)

    Les heures de fermeture

    Comme tous les après-midis, mes amis et moi sommes allés au métropole pour prendre un goûter et parler. Ne regardant pas l’heure sur nos téléphones, nous avons continué à parler sans trop nous préoccuper du temps qui passait. Vers 19h, nous sommes allés aux toilettes un moment, sommes retournés à notre table et avons vu que toutes les personnes qui s’étaient assises aux tables précédentes n’étaient plus là, les lumières étaient éteintes et nous étions les seuls à rester. Puis un serveur est venu et nous a demandé poliment de partir parce qu’ils étaient en train de fermer. Comment se fait-il qu’il n’était que 19 heures ?                                                                                                                        

    (Elena, Italie)

  • Ciao l’Unil, bonjour l’écologie

    Ciao l’Unil, bonjour l’écologie

    Photo : ©Alice Bottarelli

    Propos recueillis par : Jeanne Möschler

    MILITANTISME • Alice Bottarelli inspirante et déterminée a quitté le campus et son projet de thèse le mois dernier, un geste de renoncement qui fait sonner encore une fois l’alarme d’urgence climatique. Portrait d’Alice Bottarelli en 5 questions, lors d’une après-midi de soleil, loin du campus, loin des regards.

    Peux-tu te présenter en quelques mots ?
    Maintenant, j’ose dire que je suis autrice. J’ai renoncé au salaire et contrat de thèse et suis encore inscrite mais ne pense pas forcément continuer. J’ai reçu un prix littéraire pour mon premier roman et ai enchaîné avec un autre. Ce qui me préoccupe au quotidien, c’est la question écologique (comme tout le monde devrait d’ailleurs l’être, selon moi).

    Qu’est-ce qui t’a poussé à quitter le campus et en quoi cet acte est-il lié à la question écologique ?
    L’université subit les contraintes du néolibéralisme, comme n’importe quelle institution ou entreprise. Quand on est étudiant·e, on ne s’en rend pas forcément compte car le savoir nous est dispensé dans le cadre qu’on connaît ; mais de l’autre côté (celui obscur de la force), il y a une vraie injonction à la productivité, à la médiatisation, à montrer ce que tu as fait et produit (au final, c’est souvent le CV avec le plus de lignes qui fonctionne).

    « Il faudrait retrouver une écologie profonde, collective et intérieure. »

    – Alice Bottarelli

    C’est une structure très hiérarchique, il y a tout le temps des gens au-dessus (les directeur·rice·s de thèse ou de section, puis le décanat, le rectorat, le FNS, l’État, etc.) et on est tout le temps en compétition potentielle. En Lettres, il paraît absurde d’être productivistes alors que notre « utilité » dans la société n’est pas (ou ne devrait pas être ?) mesurable, quantifiable. C’est un drôle de paradoxe : si on ne sert à rien dans la société, alors qu’on nous foute la paix – et si notre travail est jugé pertinent, voire indispensable, alors qu’on nous permette de le faire dans des conditions justes et sereines ! Le corps intermédiaire, par exemple, est précarisé, car il y a très peu de postes stabilisés, mais souffre quand même de cette injonction à l’efficience et à l’excellence. Entre la bureaucratie, les demandes de financements et les rapports à écrire, on n’a plus le temps de lutter contre cette énorme machine qui va nous écraser. C’est lié à la question écologique, car ce système suit la même dynamique de croissance qui caractérise nos modes de vie. Il faudrait retrouver une écologie profonde, une écologie collective et intérieure.

    Tu es activiste à XR (extinction rébellion) depuis 2019 et au mouvement Ag!ssons… Milites-tu par peur de l’avenir ?
    Je n’aime pas la peur et les discours qui mobilisent ce sentiment : la peur autour de l’écologie, ça pousse juste les gens à consommer plus. On met vite les gens dans une tétanie sociale, avec l’idée qu’on devra se priver de tout, que tous les gens qui militent sont des tarés à seins nus ou des terroristes en puissance… Alors que non seulement, l’écologie c’est maintenant, mais en plus, c’est kiffant de se reconnecter au corp, aux émotions et au réel.

    Qu’est-ce que prônent exactement des mouvements comme XR ou Ag!ssons ?
    XR a trois revendications fondamentales : que le gouvernement dise la vérité, baisser les émissions de gaz à effet de serre et restaurer la biodiversité, fonder des assemblées citoyennes contraignantes par tirage au sort. C’est un outil politique plus intéressant que la « démocratie » représentative actuelle, car les participant·e·s de ces assemblées citoyennes représenteraient par pourcentage les différents âges, genres, origines, milieux sociaux de la population vivant sur le territoire. Mais quand on demande ça aux politicien·ne·s, il·elle·s sont choqué·e·s que des gens « normaux » veuillent donner franchement leur voix. Pourtant, le tirage au sort est un système qui a beaucoup été utilisé dans le passé, dans les républiques italiennes médiévales et renaissantes, ou en Grèce antique. XR se définit comme un mouvement apolitique, justement en réponse aux outils politiques qui ne sont pas adaptés ou complètement biaisés. Et ce ne sont pas les référendums qui vont nous sauver, parce que le processus est si lent ! On peut attendre vingt ans avant qu’une proposition dérisoire passe vraiment. Et en plus, le pouvoir politique suisse n’est pas représentatif de la population en termes de sexe, d’âge, de genre, de milieux socioculturels… On se vante d’une sorte de politique de milice en disant que nos élu·e·s connaissent les enjeux de la société, mais après ce sont ces gens qui sont en même temps président de Swissoil… L’idée d’Ag!ssons, c’est d’inonder les politiques d’initiatives pour qu’on en parle dans le débat public.

    Dans tes livres, l’écologie est-elle aussi un thème phare ? Et quels sont tes projets littéraires en ce moment ?
    On retrouve dans mon premier texte un retour au sauvage, au corps, au spirituel – il y a bien ce mouvement de libération mais ce n’est pas pour autant une fable écologique.

    « Il faut adopter un regard positif sur les mesures climatiques à prendre »

    – Alice Bottarelli

    Et actuellement un des projets qui me motive trop, c’est une collaboration avec le Centre de Compétences en Durabilité de l’Unil avec des élèves de Géosciences autour de la théorie du Donut (qui signifie imaginer les limites planétaires à ne pas dépasser comme le cercle extérieur du donut, et les besoins vitaux de base comme le cercle intérieur ; et voir comment il est possible de lier les deux par l’intérieur du donut). Les étudiant·e·s ont lu Ecotopia, récit éco-utopique des années 1970 qui reste encore tout à fait pertinent aujourd’hui, car il montre déjà tellement de solutions, c’est fou ! Je vais devoir écrire un roman sur la base des recherches des étudiant·e·s, avec tout un univers, un langage qui aura certainement changé d’ici une cinquantaine d’années… L’idée c’est de montrer comment adopter un regard positif sur les mesures climatiques à prendre et cesser de tout voir comme une privation dont on va souffrir. Au lieu de considérer les limites planétaires à ne pas dépasser et les besoins vitaux comme deux aspects contradictoires, le défi est de les lier et de trouver un mode de vie plus joyeux qui les réunit. Et sinon, une semaine sur deux, le mercredi de 19h à 21h, je donne des ateliers d’écriture à la Néo Martine, au Flon côté Vigie. C’est un moment de partage et d’échange, prix libre, où tout le monde est le·la bienvenu·e !