• Les villes en bois s’élèvent

    Les villes en bois s’élèvent

    Photo : ®EvanChen

    Rédigé par : Jeanne Möschler

    CONSTRUCTION • À l’heure où la société se transforme, en termes d’avancées technologiques et d’écologie, le secteur de la construction évolue en conséquence. Depuis quelques années, le bois est devenu un matériau très attrayant pour les bureaux d’architectes. Quels sont les enjeux écologiques, économiques et pratiques d’un tel matériau ?

    « Quand je dis à mes potes que je suis ingénieur en bois, beaucoup pensent que je fais des tables et des chaises » s’exclame Timo, un Bachelor de la BFH (Haute école spécialisée bernoise) de Bienne en ingénierie du bois en poche et s’apprêtant à commencer son premier travail. Le bois est en réalité une matière première très précieuse dans le domaine de la construction. Ses avantages sont nombreux : « les gens qui travaillent avec diront qu’il n’y a que du positif », confie Timo. Il précise : « C’est un matériau très polyvalent, on peut autant l’utiliser pour des rénovations que pour la construction. Il faut en revanche être plus minutieux·se, si tu fais les choses vite et pas soigneusement, tu es rattrapé·e par des problèmes techniques ou d’isolation, contrairement au béton ».

    « On habite tous et toutes quelque part, la preuve que ça concerne tout le monde ! »

    – TIMO, UN BACHELIER DE LA BFH

    Et inutile de trembler à chaque fois qu’on allume une bougie, les risques d’incendie dans les constructions ont été considérablement réduits. Timo explique « qu’avant, il y avait des normes très strictes et du coup ce type de construction ne pouvait pas vraiment se développer ». Seulement, grâce aux assouplissements des normes et à des recherches sur ce matériau – on ne pouvait construire auparavant à plus de 30 mètres de haut – son essor a été rendu possible.

    Green living
    Les constructions en bois permettent de continuer à nous abriter de manière durable. En effet, elles sont faites avec un matériau qui stocke du CO2, contrairement au béton qui en émet. Dans un mètre cube de bois, on peut trouver jusqu’à une tonne de CO2, un chiffre qui donne le tournis. « Le côté écologique m’intéresse pas mal et c’est vrai que dans le domaine de la construction, on peut vraiment faire beaucoup d’efforts ». Pour une empreinte encore plus verte, on utilise aussi des produits locaux : « il y a un potentiel d’utiliser du bois suisse, mais il est un peu négligé. Il est cher et pas disponible en très grande quantité, et pourtant les forêts sont si denses que ça pourrait se développer ». Notre interlocuteur précise cependant que les gens deviennent de plus en plus sensibles à l’utilisation du bois de chez eux·elles et que certains bureaux affichent maintenant un logo attestant que c’est bien du bois helvétique dont il s’agit.

    Dans un mètre cube de bois, on peut trouver jusqu’à une tonne de CO2

    Une tour de 60 mètres de haut devrait voir le jour dans les années qui suivent près de la Galicienne, construite entièrement avec de la matière première du Nord vaudois et des forêts jurassiennes.

    Photo: ©Josh Olade

    Retour vers le futur
    Il est donc possible de produire des habitations uniquement en bois, ou en matériaux mixtes, et de taille très conséquente. En Suisse, beaucoup d’immeubles sont fabriqués uniquement à partir de cette matière et on ne parle pas que des chalets ; le canton de Zoug se démarque avec un premier immeuble en mixte bois-béton de 36 mètres et un autre building végétal est en pleine élaboration, de 80 mètres, avec un squelette en bois. Cependant, notre douce contrée helvétique reste devancée de loin par la Finlande : « Ils ont clairement une longueur d’avance, là-bas, la structure même est en bois, pas juste l’habillage ». Cela montre les défis à relever pour la suite, pleins de challenges qui peuvent échapper aux personnes complètement en-dehors de ces questions-là. « Dans le milieu estudiantin, le domaine de la construction et du chantier est vraiment mis de côté alors que c’est essentiel, on habite tous et toutes quelque part, la preuve que ça concerne tout le monde! » avance Timo. Il poursuit : « Le travail sur le chantier est certes rude, mais j’ai toujours travaillé dans de bonnes conditions, avec des gens très variés – plus authentiques ou « rustres » que des étudiant·e·s mais pas moins sympathiques pour autant – et ça a été super enrichissant ». En conclusion, il faudrait encore médiatiser le sujet, pour que les gens qui profitent de ces constructions soient plus instruit·e·s sur les enjeux qui ont précédé leur habitation.

    « il convient de faire le meilleur des mariages pour avoir la construction la plus écologique possible »

    – Timo, UN BACHELIER DE LA BFH

    Est-ce qu’en 2100, on pourra voir des cités entières construites en bois ? Timo en doute : « Le mieux, c’est de combiner les matériaux, tout en intégrant le plus de bois possible dans les constructions et les rénovations. Il existe par exemple des dalles bois-béton, donc ça se fait déjà ». Une consommation frénétique de bois engendrerait alors aussi d’autres questionnements, comme la préservation des forêts ou les effets des produits utilisés pour assembler les matériaux. « Le mélange est la solution la plus durable et la plus logique, il ne faut donc pas non plus se fermer à tous les autres matières, qui deviendraient obsolètes ; il convient de faire le meilleur des mariages pour avoir la construction la plus écologique possible », conclut notre ingénieur, qui nous incite donc à nous renseigner sur ce domaine encore trop peu connu de la majorité.

  • Vélocité, ça fait suer !

    Vélocité, ça fait suer !

    Photos : ©Mathieu Gex

    Rédigé par : Jeanne Möschler

    RENCONTRE • Reconnaissables à leur habit moulant rouge, leur casque bien vissé sur la tête et leur gros sac à dos, les coursier·ère·s sillonnent Lausanne et les alentours. De tels trajets à vélo, ça doit quand même demander un sacré effort, non ? Écoutons ce que les cyclistes ont à nous dire !

    Vélocité fait partie du service de livraison le plus rapide de Suisse. Les coursier·ère·s se déplacent essentiellement à vélo et utilisent ponctuellement le train, pour quelques livraisons éloignées.

    Un effort à la fois physique… mais aussi mental !
    Avant de commencer ce job, quel était leur niveau de condition physique et est-ce qu’il·elle·s redoutaient l’effort à fournir ? « Oui et non. Je savais que j’étais prête, mais j’appréhendais car ce n’est pas le même type d’effort que le cyclisme sur les cols et routes de campagnes… », témoigne Estelle, coursière depuis un an et demi. « Au début, c’est dur, dans les trois jours de formation, tu fais un énorme tour où tu prends tous les chemins habituels que les coursier·ère·s prennent, à la fin j’étais hyper fatiguée. À l’époque, je n’avais jamais fait autant de vélo en une journée… Les premières semaines, je faisais 1h30 de sieste après le shift », raconte Giovanni. Pour Arianne, cela s’est passé ainsi : « J’étais en bonne condition physique, je faisais pas mal de sport et j’avais une bonne endurance… mais en tant que meuf, on se met de la pression et on se sent moins légitime à postuler dans des jobs avec de l’activité physique. Donc oui, j’appréhendais pas mal l’effort à fournir, mais Lausanne c’est le pinacle de la ville pour faire du vélo, et finalement c’est moins physique que ce à quoi je m’attendais : pas de Ouchy-Epalinges trois fois par jour, car le but du job, c’est aussi d’optimiser les trajets que tu fais ».

    « C’est super pour la santé mentale ! Entre bouger au grand air et avoir des collègues et patrons géniaux »

    – Estelle, coursière de Vélocité

    Les distances et dénivelés sont tout de même conséquents, entre 30 et 60 km pour un shift simple (environ 4h) et entre 500m et 1’200m de dénivelé. Cependant, ce job, c’est aussi un sport de la tête ! Il faut savoir s’organiser et connaître ses limites afin de faire du bon boulot, comme le fait remarquer Giovanni : « Pour être le plus efficace, les gestes pratiques (cadenasser ton vélo, sortir ton carnet, savoir où sont les adresses) ça doit pas être quelque chose qui te fait perdre du temps », et les personnes du bureau qui organisent le trajets doivent pouvoir être en contact permanent avec les coursier·ère·s, afin de les prévenir d’éventuels changements de dernière minute – une livraison qui s’annule, un paquet en plus à chercher – et ça demande de l’adaptation !

    Ça fait du bien au corps et à la tête
    Est-ce qu’une telle dose de sport a provoqué des améliorations sur la santé ? « Il peut y avoir des soucis annexes, liés au fait de porter une charge sur le dos pendant l’effort ou des blessures provoquées par un vélo mal réglé et aussi une fatigue, une forme d’usure si l’on gère mal son effort et ses plannings, mais en apprenant à se connaître et à respecter ses besoins/limites, on peut éviter ça », raconte Estelle, avant d’ajouter : « C’est super pour la santé mentale ! Entre bouger au grand air et avoir des collègues et patrons géniaux ou être enfermée seule dans un huis clos, les yeux sur un écran, y a pas photo… ». Giovanni ajoute : « J’ai un rythme de vie bien plus sain. Avant de faire Vélocité, j’avais des chutes de pression, mais maintenant que je fais tellement de sport, je mange plus et ça va mieux. Je dors toujours au moins 7h ou plus, et je mange toujours un petit déj’ pour ne jamais rouler le ventre vide ! »

    Rouler et s’entraider avec le sourire
    Ce qui ressort également du discours des coursier·ère·s interrogé·e·s, c’est l’ambiance d’entraide qui lie les personnes chez Vélocité. Giovanni décrit avec le sourire : « C’est une communauté mondiale, donc il y a peu de gens qui finissent le shift et rentrent direct à la maison. On est tous et toutes plus ou moins potes. Si un jour t’es vraiment pas bien et que tu te sens pas de rouler, tu peux trouver facilement quelqu’un qui propose de te remplacer, et comme y a des gens qui ont des gosses parfois malades, ou des étudiant·e·s qui veulent plus d’heures, ça finit par arranger tout le monde ».

    Photos : ©Mathieu Gex

    Vélocité essaye également « de recruter d’autres profils et encourage les candidatures féminines », fait remarquer Arianne. « De base c’est un milieu assez masculin. Il y a trois ans encore, il n’y avait que des mecs. Mais les choses changent gentiment, maintenant on est environ un petit tiers de meufs et c’est vraiment cool… et le fait de voir des filles rouler dans la rue, ça en motive d’autres à postuler ! En tout cas, l’ambiance du job aide hyper beaucoup, c’est un climat trop sympa que je n’ai jamais revu ailleurs », conclut-elle. Estelle rappelle que quand elle est arrivée, elles n’étaient que « trois femmes pour environ 20 mecs », contre « environ 10 femmes pour 20 mecs maintenant ». Et selon elle, cette évolution doit se faire en « donnant confiance aux femmes et en les valorisant, à l’inverse de la discrimination positive » que les femmes subissent aussi au travail et qui « a un effet dégradant ». Elle ajoute, déterminée qu’« il est grand temps que les femmes se sentent légitimes dans des jobs comme ça ! »

  • Noël vert ou plastique ?

    Noël vert ou plastique ?

    Photo : ©Sven Brandsma

    Rédigé par : Natalia Montowtt

    DURABILITÉ • La tradition de Noël veut que chaque foyer soit orné d’un sapin d’un verdâtre somptueux. Mais avec les changements climatiques, le sapin synthétique serait-il une meilleure solution ? Un groupe de Montréal a étudié la question en détails.

    En 2021, l’association ForêtSuisse, constituée des propriétaires forestiers, estime qu’entre 1.2 et 1.4 million de sapins de Noël sont vendus en Suisse chaque hiver. Depuis plusieurs années, avec la détérioration de l’environnement, se pose la question : comment diminuer les dégâts provoqés par cette tradition ? Certain·e·s producteur·rice·s de sapins optent pour une culture BIO ; en 2015, 12% des sapins locaux proposés par le magasin Coop avaient poussé sans pesticides. Le débat demeure : quel sapin choisir, le naturel ou plastique ?

    Des fêtes plastifiées
    Selon une étude menée en 2009 par le groupe Ellipsos (Strategists in Sustainable Development), une entreprise de consulting de Montréal, l’empreinte carbone d’un sapin synthétique est jusqu’à trois fois plus importante que celle d’un arbre naturel. Ce groupe de chercheur·euse·s a basé son étude sur des données de l’Amérique du Nord ainsi que l’approche de Life Cycle Management, standard reconnu par les Nations Unies et l’International Standardization Organization (ISO 14040). Il est vrai que le sapin plastique peut être réutilisé plusieurs années de suite, que sa production n’implique pas de pesticides ni herbicides, et qu’il ne demande pas d’arrosage. Cependant, selon l’étude, pour que le sapin plastique ait une chance de battre le sapin vert dans les émissions de carbone, il faudrait garder son faux arbuste pendant au moins vingt ans. En réalité les Nord-américains gardent en moyenne le même sapin synthétique seulement pour six Noëls, car ils ne sont pas produits pour durer… Également, il est important de s’intéresser à l’origine de son arbre. La plupart des conifères plastiques sont en effet produits en Chine, donc le transport augmente fortement l’empreinte carbone infligée. Enfin, n’oublions pas de veiller à ce que notre achat ne soit pas constitué de polychlorure de vinyl (PVC), qui est un type de plastique nuisant autant à l’environnement qu’à la santé humaine.

    Noël au naturel
    Ainsi, Ellipsos déclare que le sapin vert serait le choix le plus durable. Ceci sous certaines conditions : l’arbre devrait être acheté localement, produit sans aide de pesticides ou bien coupé individuellement dans des zones naturelles qu’il faut dégager d’arbustes pour des raisons d’infrastructure. Il est relativement aisé en Suisse d’acheter un sapin local, puisque ce ne sont pas moins de 500 agriculteur·rice·s et entreprises qui cultivent ces conifères sur le terrain helvétique. De plus, ces arbustes sont aussi bons pour la planète, grâce à leur capacité d’emprisonner le CO2. Malgré ces conditions, la problématique du sapin naturel demeure ; c’est un bien qui est produit dans l’optique d’être jeté. Aussi, le processus de production est très long en comparaison avec le temps de sa consommation.

    En Suisse se mettent en place des services de location de sapin en pot.

    Selon les données du Canada, Ellipsos dessine la vie d’un sapin comme suit. L’arbre est cultivé dans une pépinière pendant 4 ans, puis reste planté dans un terrain durant 11 ans pour enfin finir dans un domicile pour quelques semaines. Il est cependant possible de se débarrasser de sa plante verte de manière durable. L’acidité des épines du sapin est un mythe, c’est pourquoi elles peuvent finir dans le composte sans problème. Pour ce qui est du tronc, il peut soit être transformé en copeaux soit brûlé pour se réchauffer, il faut juste éviter de le faire à l’air libre.

    Alternatives à la tradition
    La solution radicale serait d’oublier la tradition du sapin de Noël, mais ce n’est pas la voie définitive ! En Suisse se mettent en place des services de location de sapin en pot, pour qu’ils puissent être replantés après les fêtes, prolongeant ainsi leur vie (voir ecosapin.ch). Il ne faut pas oublier cependant que les résolutions écologiques ne sont pas toujours à la portée de tout le monde – c’est là qu’entre en scène la culture Do It Yourself ! Ouvrant la porte à la création de sapin à partir de déchets et objets qui se trouvent déjà dans nos maisons, tels que des pièces Lego ou des livres.

  • Ciao l’Unil, bonjour l’écologie

    Ciao l’Unil, bonjour l’écologie

    Photo : ©Alice Bottarelli

    Propos recueillis par : Jeanne Möschler

    MILITANTISME • Alice Bottarelli inspirante et déterminée a quitté le campus et son projet de thèse le mois dernier, un geste de renoncement qui fait sonner encore une fois l’alarme d’urgence climatique. Portrait d’Alice Bottarelli en 5 questions, lors d’une après-midi de soleil, loin du campus, loin des regards.

    Peux-tu te présenter en quelques mots ?
    Maintenant, j’ose dire que je suis autrice. J’ai renoncé au salaire et contrat de thèse et suis encore inscrite mais ne pense pas forcément continuer. J’ai reçu un prix littéraire pour mon premier roman et ai enchaîné avec un autre. Ce qui me préoccupe au quotidien, c’est la question écologique (comme tout le monde devrait d’ailleurs l’être, selon moi).

    Qu’est-ce qui t’a poussé à quitter le campus et en quoi cet acte est-il lié à la question écologique ?
    L’université subit les contraintes du néolibéralisme, comme n’importe quelle institution ou entreprise. Quand on est étudiant·e, on ne s’en rend pas forcément compte car le savoir nous est dispensé dans le cadre qu’on connaît ; mais de l’autre côté (celui obscur de la force), il y a une vraie injonction à la productivité, à la médiatisation, à montrer ce que tu as fait et produit (au final, c’est souvent le CV avec le plus de lignes qui fonctionne).

    « Il faudrait retrouver une écologie profonde, collective et intérieure. »

    – Alice Bottarelli

    C’est une structure très hiérarchique, il y a tout le temps des gens au-dessus (les directeur·rice·s de thèse ou de section, puis le décanat, le rectorat, le FNS, l’État, etc.) et on est tout le temps en compétition potentielle. En Lettres, il paraît absurde d’être productivistes alors que notre « utilité » dans la société n’est pas (ou ne devrait pas être ?) mesurable, quantifiable. C’est un drôle de paradoxe : si on ne sert à rien dans la société, alors qu’on nous foute la paix – et si notre travail est jugé pertinent, voire indispensable, alors qu’on nous permette de le faire dans des conditions justes et sereines ! Le corps intermédiaire, par exemple, est précarisé, car il y a très peu de postes stabilisés, mais souffre quand même de cette injonction à l’efficience et à l’excellence. Entre la bureaucratie, les demandes de financements et les rapports à écrire, on n’a plus le temps de lutter contre cette énorme machine qui va nous écraser. C’est lié à la question écologique, car ce système suit la même dynamique de croissance qui caractérise nos modes de vie. Il faudrait retrouver une écologie profonde, une écologie collective et intérieure.

    Tu es activiste à XR (extinction rébellion) depuis 2019 et au mouvement Ag!ssons… Milites-tu par peur de l’avenir ?
    Je n’aime pas la peur et les discours qui mobilisent ce sentiment : la peur autour de l’écologie, ça pousse juste les gens à consommer plus. On met vite les gens dans une tétanie sociale, avec l’idée qu’on devra se priver de tout, que tous les gens qui militent sont des tarés à seins nus ou des terroristes en puissance… Alors que non seulement, l’écologie c’est maintenant, mais en plus, c’est kiffant de se reconnecter au corp, aux émotions et au réel.

    Qu’est-ce que prônent exactement des mouvements comme XR ou Ag!ssons ?
    XR a trois revendications fondamentales : que le gouvernement dise la vérité, baisser les émissions de gaz à effet de serre et restaurer la biodiversité, fonder des assemblées citoyennes contraignantes par tirage au sort. C’est un outil politique plus intéressant que la « démocratie » représentative actuelle, car les participant·e·s de ces assemblées citoyennes représenteraient par pourcentage les différents âges, genres, origines, milieux sociaux de la population vivant sur le territoire. Mais quand on demande ça aux politicien·ne·s, il·elle·s sont choqué·e·s que des gens « normaux » veuillent donner franchement leur voix. Pourtant, le tirage au sort est un système qui a beaucoup été utilisé dans le passé, dans les républiques italiennes médiévales et renaissantes, ou en Grèce antique. XR se définit comme un mouvement apolitique, justement en réponse aux outils politiques qui ne sont pas adaptés ou complètement biaisés. Et ce ne sont pas les référendums qui vont nous sauver, parce que le processus est si lent ! On peut attendre vingt ans avant qu’une proposition dérisoire passe vraiment. Et en plus, le pouvoir politique suisse n’est pas représentatif de la population en termes de sexe, d’âge, de genre, de milieux socioculturels… On se vante d’une sorte de politique de milice en disant que nos élu·e·s connaissent les enjeux de la société, mais après ce sont ces gens qui sont en même temps président de Swissoil… L’idée d’Ag!ssons, c’est d’inonder les politiques d’initiatives pour qu’on en parle dans le débat public.

    Dans tes livres, l’écologie est-elle aussi un thème phare ? Et quels sont tes projets littéraires en ce moment ?
    On retrouve dans mon premier texte un retour au sauvage, au corps, au spirituel – il y a bien ce mouvement de libération mais ce n’est pas pour autant une fable écologique.

    « Il faut adopter un regard positif sur les mesures climatiques à prendre »

    – Alice Bottarelli

    Et actuellement un des projets qui me motive trop, c’est une collaboration avec le Centre de Compétences en Durabilité de l’Unil avec des élèves de Géosciences autour de la théorie du Donut (qui signifie imaginer les limites planétaires à ne pas dépasser comme le cercle extérieur du donut, et les besoins vitaux de base comme le cercle intérieur ; et voir comment il est possible de lier les deux par l’intérieur du donut). Les étudiant·e·s ont lu Ecotopia, récit éco-utopique des années 1970 qui reste encore tout à fait pertinent aujourd’hui, car il montre déjà tellement de solutions, c’est fou ! Je vais devoir écrire un roman sur la base des recherches des étudiant·e·s, avec tout un univers, un langage qui aura certainement changé d’ici une cinquantaine d’années… L’idée c’est de montrer comment adopter un regard positif sur les mesures climatiques à prendre et cesser de tout voir comme une privation dont on va souffrir. Au lieu de considérer les limites planétaires à ne pas dépasser et les besoins vitaux comme deux aspects contradictoires, le défi est de les lier et de trouver un mode de vie plus joyeux qui les réunit. Et sinon, une semaine sur deux, le mercredi de 19h à 21h, je donne des ateliers d’écriture à la Néo Martine, au Flon côté Vigie. C’est un moment de partage et d’échange, prix libre, où tout le monde est le·la bienvenu·e !

  • Comment vivre mieux ?

    Comment vivre mieux ?

    Photos : ©Ylenia Dalla Palma

    Rédigé par : Diego Fernandez

    ÉCOLOGIE • La rentrée universitaire pousse comme chaque année des étudiant·e·s à prendre pour la première fois leur indépendance, en colocation par exemple. La montée du prix des combustibles fossiles pour le chauffage peut être l’occasion de s’interroger sur les différents types de logement disponibles. L’auditoire est donc allé voir comment l’écologie est abordée par la coopérative MOUL2, à Bioley Magnoux (VD).

    Il y a 14 ans, après 13 ans de vie dans un squat renanais, 6 ami·e·s ont eu envie de créer un nouveau lieu de vie, de coopération, de construction et d’autonomie, en se fondant sur leur sensibilité écologique et leur désir d’habiter à la campagne ensemble. Les coopératives d’habitation de l’époque étant déjà pleines, il·elle·s ont donc décidé d’acheter un moulin exploité entre 1901 et 1980 à Bioley-Magnoux, composé d’une partie industrielle et d’une petite maison.

    « C’est riche car plein de gens amènent leurs savoirs »

    – Claudine Meier, membre fondatrice de la coopérative

    Ayant peu de moyens financiers, les entrepreneur·ice·s ont rénové eux·elles-mêmes le moulin, afin d’en faire neuf appartements et un « interbat », pièce commune conviviale reliant la maison rénovée et la partie industrielle. La plupart n’ayant jamais œuvré sur un chantier, il·elle·s ont acquis les compétences techniques nécessaires sur le tas, parfois appuyé·e·s par des entreprises locales : « C’est riche car plein de gens amènent leurs savoirs donc on est capable de faire plein de choses », raconte Claudine Meier, membre fondatrice de la coopérative. Par ailleurs, les coopérateur·ice·s ont pu compter sur le soutien de la communauté qui a financé en partie les travaux grâce à un crowdfunding. Lionel, habitant de la coopérative ajoute d’ailleurs : « C’est vraiment la philosophie sur laquelle se base la vie ici : le recyclage, la récup’ et l’entraide ».

    Une coopérative écologique
    Vivre dans ce moulin rénové semble plutôt économique : les coopérateur·ice·s ne paient que 10 CHF par mois pour se chauffer. Pour arriver à ces économies, les bricoleur·euse·s (avec l’expertise de professionnel·le·s lorsque nécessaire) ont détuilé elles·eux-mêmes leur toit et ont posé 60 m2 de panneaux solaires thermiques. Grâce à ceux-ci, au design bioclimatique de la maison et à l’importante isolation, la chaudière à bûches n’a dû être allumée que trois fois entre le 23 septembre et le 10 octobre de cette année. « On a investi toute notre énergie, notre temps et les moyens donnés par la banque pour isoler » rapporte Mme Meier. En outre, 100 m2 de panneaux solaires photovoltaïques produisent 39% de l’électricité directement consommée.

    « C’est la philosophie sur laquelle se base la vie ici : le recyclage, la récup’ et l’entraide »

    – Lionel, habitant de la coopérative

    Le reste est revendu. Mme Meier, explique à ce propos : « On est en train de regarder pour des batteries mais elles sont chères, pas au point et peu écologiques ». Ainsi, l’autonomie totale n’est pas encore acquise. Sur le plan énergétique, la coopérative n’utilise pas de mazout et est donc relativement autonome au niveau électrique. L’évocation de la crise énergétique les fait donc sourire, puisqu’il·elle·s risquent moins le blackout total contrairement aux autres habitations.

    ©Ylenia Dalla Palma

    En dehors des mesures liées à l’énergie, la coopérative a travaillé sur d’autres mesures écologiques ; les toilettes sèches offrent un excellent compost ; deux ruches et 50 nichoirs pour oiseaux ont été installés ; 60 arbustes ont été plantés pour former une haie, le potager est certifié par ProNatura, les matériaux de construction sont le plus écologique possible. Et Mme Meier se permet de dire plutôt fièrement : « On va faire un jardin-forêt. On a commandé une vingtaine d’arbres fruitiers ». Lionel ajoute : « On fait pousser nos patates, tomates, herbes aromatiques, de la vigne, des kiwis, des figues, rhubarbe, poireaux, salade, un peu de tout ! ». Il avoue tout de même que l’autonomie alimentaire de quinze personnes est un défi et ajoute en riant que « le jour où on s’ennuiera, on s’y attaquera ».

    Des projets peu faciles à mener
    Pour ce qui est des relations avec les autorités, Mme Meier est mitigée : « II·elle·s sont correct·e·s, ne nous mettent pas de bâtons dans les roues mais ne nous déroulent pas le tapis rouge non plus ». Par exemple, la phytoépuration (système d’assainissement des eaux usées par les plantes) qui est un projet cher à la coopérative n’a pas pu se concrétiser. De même, la création d’un rucher plus grand n’a pu se faire. Claudine fait le bilan : « On pensait vivre les lieux dès le début, faire des concerts, etc. et c’est seulement en 2019 qu’on a fini le gros œuvre ». Les prochains projets seront d’augmenter leur autonomie alimentaire et électrique, ainsi que la construction d’un poulailler et la finition de la terrasse, qui est « la dernière grosse affaire » selon Lionel.

    « Lorsqu’on travaille tou·te·s dans la même direction au même moment, on est beaucoup plus efficaces »

    – Lionel et Claudine

    Lionel et Claudine conseilleraient à toute personne désirant se lancer dans un tel projet « de trouver et d’investir sur un bon noyau solide humainement », même si elles sont aussi « ce qu’il y a de plus compliqué ». Il·elle·s ajoutent : « On voit sur les travaux à plusieurs que lorsqu’on travaille tou·te·s dans la même direction au même moment, on est beaucoup plus efficaces ». Enfin, il ne faut pas hésiter à demander de l’aide aux autres coopératives : l’entre-aide est sans doute la clé pour un meilleur vivre ensemble sur cette planète.

    Plus d’informations sur :
    https ://coopmoul2.wixsite.com/moulin

  • Musées isolés et adorés

    Musées isolés et adorés

    Photo : © »Citrouille » de Yayoi Kusama par Kirill

    Rédigé par : Furaha Mujynya

    TOURISME • Des musées esseulés sur des îles ou au milieu de la forêt parviennent à attirer suffisamment de public pour subvenir à leurs besoins. Tout en faisant découvrir des œuvres en symbiose avec l’environnement dans lequel ils se trouvent, ces musées sensibilisent la population sur les questions relatives à la santé de leur planète.

    Il existe plusieurs musées qui, loin d’être au centre-ville ou dans des régions denses, se trouvent cachés dans la forêt, dans le désert ou isolés du monde sur une île. Parmi eux, on compte le parc artistique d’Inhotim au Brésil, le musée James Turrell en Argentine ou encore l’île-musée de Naoshima au Japon. Non seulement ces musées attirent un public toujours grandissant, mais ils ont également fait, dans certains cas, renaître l’économie moribonde de ces régions isolées. Le site artistique de Benesse, créé à la fin des années 1980 par Tetsuhiko Fukutake et Chikatsugu Miyake, a permis de raviver l’intérêt envers cette île japonaise. Fukutake, président d’une compagnie d’édition, et Miyake, maire de l’île de Naoshima, ont su créer un centre culturel florissant qui attire de nos jours un public international. Le premier musée du site artistique a été ouvert en 1992 et a été suivi de dix-sept autres constructions à travers les années – qu’il s’agisse de musées, d’installations externes ou bâtiments complémentaires. La pêche et l’industrie de fusion de cuivre constituaient les deux activités économiques principales de l’île de Naoshima avant l’arrivée du projet.

    Le site artistique Benesse a transformé l’île en un espace hybride liant agriculture, nature et art

    Des musées reclus et pourtantprospères
    Cependant, grâce à la conception translocale de l’espace, le projet Benesse a pu transformer l’île en un espace hybride liant agriculture, nature et art. Bien que commencé sur l’île de Naoshima, le site Benesse est de nos jours constitué des trois îles ; Naoshima, Teshima et Inujima, toutes situées dans la mer intérieure de Seto. Les installations artistiques servent donc à raviver l’économie des îles fortement dépendantes de leur production agricole et piscicole. L’anthropologue J.W. Traphagan souligne que la promotion du tourisme est une solution qui est employée par de nombreux·ses fonctionnaires gouvernementaux·ales dans des zones rurales, en périphérie des villes ou isolées comme les îles et montagnes. Ainsi, le potentiel de ces îles japonaises, en tant que destinations touristiques rurales, est amplifié par la mise en place de jardins botaniques, notamment le « Jardin de Vie », ou de balades artistiques comme la « Forêt des murmures » et bien d’autres installations. Afin d’attirer du public, des hôtels, spas, parcs, restaurants et plages furent également développés, transformant ainsi la visite de musée en une expédition pouvant s’étaler sur plusieurs jours.

    L’art en symbiose avec la nature
    La première construction de Naoshima fusionne l’hôtel et le musée. Les chambres offrent non seulement une magnifique vue du site, mais elles permettent d’entrer en contact avec les œuvres du musée. Bien que le projet artistique japonais ait été conçu dans une optique de régénération économique, il a tout de même permis aux îles d’obtenir le statut de réserve naturelle, une première au Japon.

    © Inhotim par Camilla soares

    Il existe également plusieurs installations qui ont été conçues pour l’île et qui s’intègrent parfaitement dans cette recherche d’une « coexistence de l’art, la nature et l’architecture » – l’objectif du site artistique de Benesse, d’après leur site officiel. En incorporant plusieurs œuvres dans le paysage naturel de l’île, le site permet ainsi d’étendre les expositions des musées en dehors de leurs murs. Parmi les installations externes, se trouvent « Tom Na H-iu » par Mariko Mori – une sculpture en verre qui brille en fonction des données reçues sur la mort de supernovae – ainsi que la « Forêt des murmures » – une balade à travers des carillons, qui sonnent au rythme du vent– ou encore la sculpture « Citrouille » de la célèbre artiste Yayoi Kusama. En dehors du site Benesse, il existe d’autres musées qui prônent la fusion entre art et nature.

    L’objectif du site Benesse : « La coexistence de l’art, la nature et l’architecture. »

    L’institut artistique et jardin botanique d’Inhotim est l’un des plus grands complexes muséaux en plein air du monde. Il offre l’opportunité de découvrir des œuvres d’art contemporaines, tout en restant plongé dans la végétation de la forêt atlantique et la savane tropicale du Cerrado. Cette fondation permet ainsi au public de découvrir plus de quatre mille espèces botaniques, tout en aidant à préserver l’environnement de la région.

    L’art isolé, écologiquement engagé
    Les cas des sites artistiques d’Inhotim et de Benesse démontrent qu’il existe un futur prospère pour les musées à l’écart du monde et de la densité des mégapoles. Cet engouement envers une nouvelle manière d’expérimenter le musée, en faisant de celui-ci une destination artistique à part entière, est marqué par la naissance de nouveaux projets comme le musée Xinatli. Ce musée se veut orienté écologiquement et cherche à atteindre l’équilibre entre art et nature tout en se réappropriant le plan des pyramides à degrés. L’utilisation de l’expérience artistique pour ouvrir un discours sur l’écologie est loin d’être nouvelle, mais celle-ci confirme un intérêt grandissant autour de la valorisation et protection de notre planète. Les destinations artistiques sont donc peut-être l’avenir du musée, permettant ainsi de sensibiliser la population sur les dangers écologiques tout en découvrant des lieux atypiques reclus.

  • Semaine au rabais

    Semaine au rabais

    Illustration : ©Natalia Montowtt

    Rédigé par : Pauline Pichard

    ÉCOLOGIE • Si quelques études suggèrent des bénéfices de la semaine à quatre jours sur l’environnement, le sujet est loin de faire l’unanimité auprès des spécialistes. Le professeur Dominique Bourg nous apporte son point de vue éclairé sur la question.

    La nouvelle est tombée en avril de cette année : le gouvernement lithuanien a autorisé de manière permanente les employé·e·s du secteur public avec enfants à ne travailler que 32 heures par semaines sans voir leur salaire baisser. D’autres pays, comme la Belgique, ou les Emirats arabes unis ont récemment enjoint leurs collaborateur·trice·s à ne travailler que quatre jours par semaine, augmenter la productivité, en plus de favoriser un meilleur équilibre entre vie privée et vie professionnelle. Si ses avantages semblent reconnus par une majorité de spécialistes, son impact environnemental donne davantage lieu à des controverses.

    Une question encore peu étudiée
    La réflexion de certain·e·s expert·e·s environnementaux à ce propos peut se résumer en ces termes : les personnes qui possèdent suffisamment peuvent se permettre de travailler moins, donc de gagner et de consommer moins, ce qui pourrait augmenter le bien-être et réduire les impacts sur l’environnement sans mettre à mal le monde de l’emploi. Néanmoins, une revue systématique de 2021, publiée dans les Environmental Research Letters, souligne sa marginalité : « le sujet de la réduction du travail est presque complètement absent de la plupart des documents de l’Intergovermental Panel on Climate Change (IPCC), des stratégies climatiques au niveau international, national et subnational, ainsi que des discussions à large échelle sur la politique climatique ».

    « Cette mesure universaliste ne pourrait de toute façon pas être appliquée à grande échelle »

    – Dominique Bourg

    Est ainsi mise en cause la faible proportion d’informations sur les effets de la réduction de travail sur l’environnement. Aussi, une compréhension plus fine de cette stratégie semble nécessaire.

    Une mesure contre-productive ?
    Pour le Professeur Dominique Bourg, spécialiste en questions environnementales, ces chercheur·euse·s éludent un certain nombre de complexités : « Il est probable que les personnes sujettes à ce modèle se tournent vers des activités d’autant plus énergivores, comme les voyages en avion pour leurs week-end prolongés. »

    « Il est probable que les personnes sujettes à ce modèle se tournent vers des activités d’autant plus énergivores »

    – Dominique Bourg

    Pour aller plus loin, le spécialiste décrit l’automatisation accrue qu’un tel système pourrait engendrer : « La réduction du temps humain dans la production ne suffit pas à encourager la décroissance. Au contraire, cela augmenterait l’automatisation, ce qui est contreproductif ». À contrario, d’autres spécialistes, à l’instar de Frey et Osborne dans leur étude de 2017, arguent que l’automatisation et l’intelligence artificielle vont nécessairement surpasser les performances des êtres humains dans de nombreux emplois, rendant la semaine de quatre jours inévitable. Il semble par ailleurs impossible d’appliquer ce modèle à l’intégralité de la société : « Cette mesure universaliste ne pourrait de toute façon pas être appliquée à grande échelle : rien que l’hôpital français a déjà très mal vécu le passage aux 35 heures. Sans parler des agriculteur·trice·s, pour qui ce modèle est absolument inenvisageable », déplore Dominique Bourg.

    De nouvelles perspectives de recherche
    Si, pour Dominique Bourg, « la priorité est bien davantage de reprendre la main sur le pouvoir réglementaire, en contraignant matériellement tous les objets », les auteur·trice·s de la revue systématique offrent d’autres pistes de recherche sur le sujet : « Il est préférable de collecter et d’utiliser des données d’un même foyer pour la réduction du temps de travail et pour les dépenses ».

    « La priorité est bien davantage de reprendre la main sur le pouvoir réglementaire »

    – Dominique Bourg

    Néanmoins, tous·tes les expert·e·s s’accordent à dire que la réduction du temps de travail ne résoudra jamais à elle toute seule la problématique du réchauffement climatique.

  • Les pyramides du XXIe siècle

    Les pyramides du XXIe siècle

    Photo : ©Kathy Mujynya

    Rédigé par : Furaha Mujynya

    ARCHITECTURE • Les merveilles du XXIe siècle semblent être marquées par les enseignes de la vitesse, la hauteur et l’écologie. Pour parvenir à s’élever au même rang que les empires impériaux de l’antiquité, il faut réussir à innover dans au moins l’une des trois catégories.

    Les merveilles du monde antique impressionnent et passionnent toujours de nos jours, car elles sont preuves d’une grandeur passée. L’intuition d’ingénierie et la créativité artistique de ces constructions est difficile à associer à une population lointaine qui ne possédait ni machinerie, ni internet, ni même électricité. Elles servent d’objets commémoratifs de la puissance de grands empires et souverain·e·s. Malgré les avancées techniques disponibles au XXIe siècle, très peu de constructions semblent parvenir à s’élever au rang de Merveille. Pourtant, il ne manque pas de constructions démesurées qui ont pour unique but d’exposer la grandeur d’une nation ou d’un individu. Au XIXe et XXe siècle, de nombreuses tours furent construites, démontrant un désir de s’élever vers un rang supérieur. La quête de la hauteur par l’architecture est visible partout dans le monde ; la tour Eiffel de 300m de haut, Tokyo et sa tour de 332,6m ou encore les 350,2m du Strat de Las Vegas.

    L’Asie comme nouveau centre du monde
    Bien que les nations qui se démarquent au XXe siècle soient majoritairement situées en Amérique du Nord et en Europe centrale, le XXIe siècle est marqué par les avancées asiatiques. La construction de gratte-ciels monumentaux – comme le Tokyo Skytree (632m/2012), Canton Tower (604m/2010) et Lotus Tower (350m/2019) – démontre un renversement des puissances mondiales. Ces constructions ne recherchent plus uniquement à atteindre la hauteur, mais aussi à devenir polyvalentes ou encore modèles d’écologie verte. Burj Khalifa à Dubaï, la plus grande tour du monde, qui atteint 828m de hauteur, est le parfait exemple d’une tour à multiples usages. Burj Khalifa contient de nombreux bureaux, restaurants, magasins de luxe et même des appartements sur 160 niveaux, créant ainsi une réelle ville verticale. Bien qu’elle ait une utilité pratique, cette tour peut être considérée comme une démonstration de grandeur. Elle a été nommée en l’honneur de l’émir d’Abu Dabi et elle a été conçue avec le but de dépasser tout bâtiment jamais construit. Il s’agit donc de surpasser les autres nations afin de démontrer son statut supérieur. Quant à l’investissement dans la construction d’édifices écologiques, Singapour se démarque du reste du monde avec sa ville verte. Non seulement la végétation est fortement présente à Singapour, mais la construction d’un énorme jardin botanique au centre même de la ville lui donne l’image de ville-jardin. Les dômes formés par les serres sont dignes d’une esthétique sortie d’un film de science-fiction. De plus la présence d’arbres artificiels, qui s’apparentent à de géantes fleurs met la végétation à une échelle monumentale, créant ainsi un paysage hors du commun. En dehors des Gardens by the Bay, d’autres édifices ont été construit en symbiose avec la nature comme le Parkroyal ou encore la tour Eden Garden. Qu’il s’agisse de la construction la plus haute ou la plus verte, il faut devenir maître de son domaine afin de pouvoir prétendre au trône de Merveille.

  • Esquisses de l’architecture future

    Esquisses de l’architecture future

    Rédigé par : Marine Fankhauser

    Photo : Lance Anderson

    URBANISME • Toutes les civilisations et époques ont leur style architectural particulier, mêlant souvent art et prouesses techniques de leur temps. Le paysage urbain est appelé à évoluer face à nos défis futurs, en particulier le changement climatique.

    L’humain est par nature un bâtisseur. De tous temps, il a construit des abris pour se protéger, des endroits de rassemblement et des lieux de culte. Dans l’Antiquité, Romains et Grecs construisirent amphithéâtres, aqueducs et temples. Les Égyptiens érigèrent les très célèbres pyramides qui attirent chaque année des millions de visiteur·euse·s et des tombeaux, qui furent plus tard pillés un nombre incalculable de fois. L’histoire retient ensuite la période de l’architecture paléochrétienne, soit autour des IIIe–Ve siècles ap. J.-C, avec la construction de basiliques et de catacombes. Au cours de la vaste période du Moyen-Âge, qui couvre plus d’un millénaire, on note notamment les architectures romanes et gothiques, fortement représentées par des cathédrales, forteresses et châteaux.

    La pyramide de Khéops aurait nécessité quelque 2 millions de blocs de calcaire

    La Renaissance voit se développer un renouveau de l’art antique, avec des constructions imitant les temples de l’époque gréco-romaine. Enfin, après un passage par l’architecture baroque (XVIIIe siècle) et classique (fin XVIIIe et début XIXe), nous arrivons à l’époque contemporaine, avec une multitude de courants et d’inspirations qu’il est impossible de rattacher à une seule origine.

    Les sept merveilles du monde
    Il est remarquable de constater qu’en dépit des avancées technologiques du monde moderne, certains monuments construits parfois deux mille ans auparavant continuent de fasciner et d’interroger. Ainsi, la pyramide de Khéops, construite aux alentours de 2’650 av. J.-C. et qui aurait nécessité quelque 2 millions de blocs de calcaire (chaque pierre pesant une tonne et demi), reste un mystère. Cette pyramide fait partie des sept merveilles du monde antique, une liste de monuments aux prouesses architecturales dont la pyramide est aujourd’hui le seul vestige. Parmi les sept édifices, on peut citer les jardins suspendus de Babylone ou le phare d’Alexandrie, dont il ne subsiste aucune trace à l’heure actuelle. Cependant, en 2007, une nouvelle liste qui répertorie sept nouvelles merveilles a vu le jour, parmi lesquelles figurent la Grande Muraille de Chine, le Machu Picchu au Pérou, le Colisée à Rome ou encore le Taj Mahal en Inde.

    Chefs-d’œuvre d’hier et de demain
    Le Taj Mahal est l’un des dix monuments les plus visités au monde. Il est commandé par l’empereur mongol Shâh Jahân en mémoire de son épouse Arjumand Bânu Begam, décédée en 1631 en donnant naissance à leur quatorzième enfant, et est achevé en 1648. La construction mêle des éléments ottomans, islamiques et indiens. Elle aura duré plus de quinze ans et aura nécessité plus de mille éléphants pour le transport des pierres. On y trouve nombre de matériaux nobles : de la turquoise et de la malachite du Tibet, du lapislazuli du Sri Lanka et de l’onyx de Perse, pour ne citer qu’eux. Le Taj Mahal est également agrémenté de jardins. En parallèle de cela, on peut admirer un chef-d’œuvre d’architecture du XXe siècle, très différent dans son genre : le bâtiment de l’opéra de Sydney. Imaginé par l’architecte danois Jorn Utzon, il a nécessité plus d’un million de tuiles en céramique, fabriquées en Suède. L’opéra est soutenu par 580 piliers de béton qui s’enfoncent en profondeur dans la mer, et dont le courant électrique est alimenté par 645 kilomètres de câbles. Encore un autre ouvrage qui défie tous les superlatifs : la Burj Khalifa, à Dubaï, qui est devenue en 2008 la tour la plus haute jamais construite par l’homme, culminant à 828 mètres. Cette tour a nécessité plus de 22 millions d’heures de travail cumulées, 39’000 tonnes de poutres en acier et plus de 330’000 m3 de béton armé. Elle possède en outre cinquante-sept ascenseurs.

    Défis à venir
    Si les prouesses modernes détonnent souvent en repoussant les limites de la faisabilité, une nouvelle tendance a déjà vu le jour et se développe de plus en plus : l’architecture éco-responsable, conçue pour créer de nouveaux quartiers écologiques et avec le moins d’impact pour l’environnement possible. En témoignent par exemple les « écoquartiers » Les Vergers à Meyrin, ou encore ceux à Gland, Neuchâtel et Nyon. Le concept ? Par une absence de voitures, la mise en place d’espaces végétalisés, une biodiversité encouragée et une participation citoyenne, ces quartiers où il fait bon vivre essaiment un peu partout dans les pays européens. Ils attirent de plus en plus d’individus en quête de changement face à des « cités de béton », logements construits il y a une quarantaine d’années.

    Une nouvelle tendance a déjà vu le jour : l’architecture éco-responsable

    Ce souci d’écologie se manifeste aussi par la préoccupation de freiner une urbanisation trop envahissante, d’intégrer des problématiques de durabilité, de valoriser les aspects locaux et de limiter les pertes énergétiques. En témoigne le projet « Jalons 13 » de développement durable édicté par le canton de Vaud en 2018, dans lequel figurent clairement les questions qui vont nous habiter dans les prochaines années, à savoir comment bâtir pour préserver les ressources et comment habiter demain ?

  • Des produits made in l’Unil

    Des produits made in l’Unil

    Rédigé par : Yasmin Rosario

    CAMPUS • Les moutons de l’Université de Lausanne (Unil) gambadent dans les espaces verts depuis plus de trente ans et sont devenus les mascottes du campus. Ils servent principalement de tondeuses écologiques. Ils sont un symbole de la biodiversité et la durabilité sur le campus. Mais quelles autres fonctions remplissent-ils ?

    Introduits sur le campus dans les années 1990, à la suite d’un plan économique de l’État de Vaud, les moutons ont d’abord eu comme but de réduire les dépenses publiques. L’université avait alors choisi de ne pas renouveler les postes de jardinier·ère·s et de les remplacer par des moutons, une option moins chère que les machines . En échange, les berger·ère·s, devenus salarié·e·s de l’Unil, ont pris en charge l’entretien des vastes pelouses du campus et ont veillé à l’entretien du troupeau. La première fonction des moutons est donc bien de « tondre la pelouse ». Une fois accompli leur rôle de tondeuse, ils sont également destinés à la consommation. La laine, collectée elle aussi, a été employée de diverses manières, pour des projets d’étudiant·e·s, isoler des maisons ou confectionner des couettes. Malgré ces différents usages, il a parfois fallu la détruire tant elle était abondante.

    Valoriser la laine des moutons
    Depuis peu, une entreprise suisse a décidé de valoriser la laine en l’utilisant pour fabriquer des chaussures. Baabuk est une entreprise spécialisée dans les baskets, les feutres et les chaussons en laine. Ses fondateur·rice·s, Galina et Dan Witting, respectivement ancien·enne·s étudiant·e·s de l’Unil et de l’EPFL, sont particulièrement attentif·ve·s aux enjeux environnementaux et sociétaux. Leurs chaussures sont fabriquées au Népal avec de la laine de Nouvelle-Zélande et conçues en Suisse. En constante recherche de matières premières, le couple s’est décidé à se fournir en laine universitaire pour fabriquer des chaussures. La laine est ensuite envoyée au Portugal, où elle est travaillée à la main sur des machines pour être transformée en chaussures, mises en vente depuis le début du mois.

    La laine est envoyée au Portugal, où elle est travaillée à la main

    Les moutons du campus sont polyvalents. Ils remplissent un rôle écologique dans la préservation des terrains du campus et évitent l’utilisation de machines polluantes, tant en bruit qu’en émissions de CO2. Une fois que l’animal a rempli son devoir, il peut être consommé pour sa viande et sa laine utilisée pour créer des vêtements. Le mouton est donc une ressource durable, qui peut être exploitée dans le respect de l’environnement.

    La préservation de la biodiversité
    Une attention particulière est portée au campus de Dorigny, afin qu’il n’impacte pas négativement la nature dans laquelle il s’inscrit. Les espaces verts servent de lieu d’expérimentation pour l’agroécologie : entre autres démarches, pas de produit chimique, économie d’énergie par l’utilisation des moutons pour la tonte conservation de la biodiversité par la culture des haies vives aptes à accueillir oiseaux et petits animaux. Même les abeilles sont au cœur de la biodiversité universitaire. L’Unil abrite plus de septante-cinq ruches, entretenues pour assurer la pollinisation du campus, produire du miel et préserver la biodiversité. À l’avenir, le campus pourrait devenir un véritable vivier de permaculture, contribuant ainsi à la préservation de son patrimoine naturel, humain et social. Un élan écologique nécessaire, auquel sa mascotte laineuse fut l’une des premières à participer.