FESTIVAL • Le 27 avril se tenait sur le campus de l’Unil le fameux festival estudiantin Unilive. Sur les parkings de la Chamberonne et l’esplanade d’Internef, les étudiant·e·s se sont réuni·e·s dans une ambiance conviviale pour partager un moment musical en ce début de printemps. Zoom sur cette 10ème édition du festival.
Unilive, festival né en 2013, a fêté cette année sa dixième édition en grande pompe! Le jeudi 27 avril, ce sont environ 10’000 étudiant·e·s des campus Unil et EPFL qui se sont retrouvé·e·s afin de partager un moment festif, entre bières et musique entraînante. En collaboration avec la FAE, le festival Unilive a offert à son public une soirée tournée vers des valeurs égalitaires, écologiques et de partage. De nombreuses associations de l’Unil étaient présentes afin de promouvoir ces intérêts importants pour la communauté estudiantine.
« C’est une ambiance unique, où le lien se fait très facilement »
Nous avons pu apercevoir notamment Fréquence Banane qui a fait se déhancher les festivalier·ère·s en début de soirée. Unilive a également invité des organisations lausannoises telles que Tataki qui a pu suivre l’événement. De quoi en ravir plus d’un·e en ce début de printemps.
Le comité en quelques mots Mais si le festival peut se dérouler chaque année dans une agréable ambiance printanière, c’est sans aucun doute grâce à son comité. Composé de 27 membres, il est l’organe qui, séparé en plusieurs pôles, organise l’entier de la soirée. David Raccaud, président de l’association, confie en souriant : « Mes tâches consistent, globalement, à tenir la barque. Je dois assurer tout ce qui est administratif, notamment les suivis des séances de comité, le lien avec l’université, mais aussi avec les autorités locales ». Margaux Eisenhart, vice-présidente et responsable communication, confie quant à elle : « C’est une expérience incroyable, sur le plan personnel cela t’apprend à gérer beaucoup de choses ». Hugo Blaser, adjoint logistique présent au comité depuis six ans, explique : « C’est trop cool comme ambiance ! Il faut certes apprendre à gérer son temps, mais les semaines de montage sont toujours des moments très forts. Je me réjouis de cette dixième édition ».
Unilive et son équipe de staff au top Le comité du festival est par ailleurs soutenu par toute une équipe de staff très motivée. Également répartie en plusieurs pôles, et elle permet, durant toute la soirée, d’avoir des bières fraîches et une sécurité garantie. Tanguy, l’un des membres de l’équipe, explique : « J’ai staffé au stand consignes à l’entrée, pour prendre les gourdes et autres objets interdits dans le festival. C’est une super expérience, j’ai pu rencontrer beaucoup de nouvelles personnes très sympathiques ! ». Staffer pour Unilive, c’est donc pouvoir être au cœur même de la vie estudiantine et, tout comme pour le comité, le lien aux autres reste primordial.
Un public en feu ! Mais au cœur de ce festival se retrouve surtout un public toujours aussi enthousiasmé d’une année à l’autre ! Certain·e·s des festivalier·ère·s sont arrivé·e·s dès le début de l’événement, à 16h30. Marine, une festivalière, confie au début de la soirée : « Il y a une très bonne ambiance qui s’installe petit à petit. Je pense qu’on est parti·e·s pour une soirée très sympa ». Au détour de la scène tech, Killian, un autre festivalier, ajoute : « Je suis arrivé à 16h45 avec mes amis et nous avons attendu le début du concert de Sandokaï avec une bière. Pour le moment, c’est le meilleur groupe que j’ai vu, c’était très sympa ! ».
« Les semaines de montage sont toujours des moments très forts »
Mais finalement, ce qui semble être à l’essence même du festival, c’est sa capacité à rassembler les étudiant·e·s et à créer du lien entre eux·elles. Noé confie entre deux concerts : « J’aime beaucoup pouvoir retrouver les autres étudiant·e·s dans la soirée, souvent tu croises toutes les personnes que tu connais. C’est une ambiance unique selon moi, où le lien se fait très facilement avec les autres festivalier·ère·s ». Une expérience, donc, qui a su gagner tous les cœurs avec son rythme effréné des nuits printanières.
ART • Une table ronde autour de la thématique « Être artiste·x·s amateu·ricexs et étudiantexs à l’université » est organisée dans le cadre du Festival Fécule, durant laquelle quatre compagnies de lieux scéniques différents vont partager leurs histoires et leurs points de vue sur la place que l’art prend dans leur parcours universitaire – Romane Dussez, organisatrice de la table ronde vous invite donc à partir à la rencontre des participant·e·s du Festival Fécule : « De leur pire galère à la joie de présenter leur création sur scène, venez profiter d’un moment de partage avec ces Féculiens et Féculiennes ! »
Alors comment est-ce que ça a pris naissance ce projet ?
Alors donc, moi, l’année passée j’ai participé au Festival Fécule avec un projet. C’était la première fois qu’on participait avec la troupe du Rez. On a présenté « les Physiciens » de Friedrich Dürrenmatt et on a adoré le festival. On connaissait pas du tout. La plupart de nous n’avait jamais été. On avait trouvé ça trop bien, mais je trouvais qu’il manquait un petit peu d’interaction entre les différents groupes de théâtre enfin, entre tout le monde, entre tous les arts. Et du coup, j’ai un peu réfléchi pendant l’été et puis je m’étais bien entendu avec Jonas, responsable de projet. Et puis je lui ai dit, moi j’aimerais bien qu’on fasse plus d’interactions entre artistes et des bords de plateau, une table ronde autour de ça et tout… Et j’ai un peu lancé des idées en mode : « Voilà ce que tu pourrais faire ». Et puis il m’a dit : « Ben. Viens le faire toi » et du coup c’est comme ça que je me suis un peu lancée dans le projet. Et donc l’idée de base de cette table ronde, c’était vraiment de réunir un maximum les artistes de différents groupes et idéalement de lieux scéniques un petit peu différents. Là, j’essaie d’avoir un groupe qui fait de l’impro, un groupe qui fait du théâtre un peu plus classique, à partir d’un texte connu, un groupe de théâtre qui fait une création et un groupe qui fait du théâtre de mouvements – donc du théâtre, mais sans parler et en bougeant. Donc l’idée c’était d’avoir 4 manières différentes de voir l’art vivant de la scène et puis les faire se rencontrer le temps d’une soirée pour qu’on discute de plein de thématiques autour de « Quelle place a l’art ? » – pour nous qui sommes étudiant·e·s.
Elle se déroule quand cette table ronde et avec qui ?
Le 27 avril, à 17h au foyer de la Grange avec La Cie ET Cetera avec la pièce « A Midsummer Night’s Dream », la Cie Astrolabe avec la pièce « Manuscrit trouvé à Khâ », Cie les Insolents avec la pièce « Les Insolents » et Michael Groneberg avec la pièce « Ici Jouera Zarathoustra ! ».
Est-ce qu’elle a un titre cette table ronde ? Et fait-elle partie du programme officiel de Festival Fécule ?
Elle a un titre, elle s’appelle « Être artistexs amateuricexs et étudiantexs à l’université ». Alors ce n’est pas dans le programme papier officiel, parce que pour des raisons de timing, parce que tout était pas encore super clair (les horaires, les intervenant·e·s) au moment où on a imprimé le programme papier, mais ça fait partie du Festival, sauf que ce sera communiqué plus tard. Pareil pour les bords de plateau, mais ils seront annoncés partout avant que ça ait lieu dans tous les cas.
Voilà donc ça, c’est un projet que tu fais par plaisir ou est-ce que ça s’inscrit dans une formation ou un stage lié au Festival Fécule ?
Je suis devenu stagiaire du Festival Fécule. Y’a une autre stagiaire qui fait ça dans le cadre de ses études avec Jonas, mais moi pas du tout. Moi, je suis en 6e année de médecine actuellement et je suis en stage à l’hôpital. Donc je fais ça vraiment en dehors, pour le plaisir, parce que j’adore ça.
C’est la première fois que tu organise un événement de ce type ?
Oui, complètement. J’ai souvent participé à des projets de médiation culturelle, mais un peu comme petite main à côté ou en regardant un peu comment ça se passait. Mais je n’ai jamais organisé moi quelque chose, donc c’est une première, on verra.
Du coup ce projet, est-ce que ça en a engendré aussi d’autres ?
Il y en aura d’autres ouais donc il va y avoir des bords de plateau – donc des rencontres avec les artistes et des intervenant·e·s, quelquefois des intervenant·e·s spécifiques que les artistes ont demandés, pour avoir une discussion autour de la thématique du spectacle ou autour du spectacle lui-même. Donc il y a plusieurs choses qui se sont un peu organisées et je suis assez contente que Jonas ait bien aimé cette idée de faire plein d’autres choses en dehors de la programmation officielle et que du coup ça donne lieu à plein de rencontres et plein d’à côté du Festival, donc ça c’est assez chouette.
La table ronde et les bords de plateau seront payants ou gratuits ?
Ce sera gratuit, complètement gratuit. Tous ces ‘à-côtés’ sont gratuits. En plus, ça se passe en général au foyer, donc si vous voyez de la lumière que vous débarquez et que vous dites « tiens, c’est intéressant », vous pouvez rester. Il n’y a pas de pré-inscription ou de choses comme ça, c’est vraiment très libre. Le but, c’est que ça ne ressemble pas à un cours magistral dans un auditoire. Le but c’est vraiment que ce soit une grosse discussion où tout le monde est bienvenu et donne un peu son avis.
Est-ce que tous les membres des groupes qui ont participé au projet vont venir à la table ronde où est-ce que ce sera une sélection de quelques personnes comme représentantes ?
Généralement, il y a justement une personne qui se détache par groupe un petit peu, pour venir être porte-parole du projet. Mais toute la compagnie est invitée donc il n’y a pas que l’auteur·e ou que le·la metteur·euse en scène ou que celui·celle qui lead le projet qui viendra. Mais c’est vrai c’est toujours cool d’avoir le point de vue de quelqu’un d’autre, parce qu’un·e metteur·e en scène qui n’aura pas forcément le même point de vue que le·la comédien·ne du projet. Donc c’est cool s’il peut y avoir aussi des représentant·e·s un peu de tous les pôles artistiques de la compagnie du coup.
Est-ce qu’il y a des gens dans les compagnies qui ne sont pas forcément à l’université ?
Dans les troupes en général, dans tout le Fécule, ça dépend. Y’en a qui sont pas du tout à l’uni dans les troupes, mais vu qu’il y en a un qui est à l’uni, ils viennent. Il y a des professeurs. Il y a des artistes un peu plus confirmé·e·s. Il y a vraiment de tout, un peu, c’est pour ça que ça m’intéressait de travailler avec la troupe Zara, vu que c’est organisé dans le cadre d’un cours. J’ai donc choisi des spectacles qui m’intéressaient avant de vraiment réfléchir à comment les inscrire dans la table ronde. En gros, je me suis dit, plutôt que d’essayer de chercher déjà des spectacles qui ont l’air de se répondre entre eux, je me suis dit ; je prends 4 spectacles très différents dans des thématiques différentes donc ; un théâtre de mouvement, théâtre classique, de création etc. puis après, j’en choisissais un parmi la sélection. Mais je n’ai pas essayé de les faire coller à un thème. C’est maintenant que je dois essayer de trouver un peu un thème de discussion pour les lier tous ensemble, même si le fait d’être étudiant·e à l’uni et aimer l’art, ça me semble déjà être une très bonne base de réflexion.
Est-ce qu’il y aura quelqu’un pour animer la conversation ? Si oui, est-ce que c’est toi ?
Ouais, je pense que je vais le faire moi. Donc moi j’ai rencontré un peu toutes les troupes qui vont participer. Et du coup moi, ce que j’ai fait, c’est que je les ai vus tous pendant 1h, 1h15 et je leur ai demandé de me parler de leur projet. Et puis j’ai essayé de voir s’il y avait des choses qui se regroupaient – des thèmes, des thématiques importantes ou semblables justement entre les différents groupes. Et puis je vais essayer de les lancer là-dessus. Après le but c’est que les compagnies viennent (c’est-à-dire les autres compagnies du Festival Fécule) mais aussi d’autres gens en dehors du Festival. Je serais ravie que justement d’autres personnes qui aiment l’art ou qui s’intéressent à l’art d’une manière ou d’une autre dans le campus interviennent dans la conversation. Bien sûr c’est plus compliqué de les faire venir, mais ce serait idéal qu’il y ait des gens qui viennent juste pour parler d’art et de comment gérer ça avec les études. Après, moi je vais avoir une espèce de fil rouge, des questions pour rebondir, mais si la conversation part ailleurs, alors elle part ailleurs. Il n’y a pas de thème qu’on doit absolument aborder : le but, c’est vraiment qu’on se rencontre et qu’on échange.
Légende : Pieter Van Eecke et Davi Kopenawa Yanomami, Crédit : Avec l’autorisation de Clin d’oeil films
Propos recueillis par : Furaha Mujynya
L’auditoire est parti à la rencontre du cinéaste Pieter Van Eecke, après l’avant-première mondiale de son documentaire Holding Up The Sky au Festival du film et du forum international sur les droits humains (FIFDH). Il nous explique la démarche derrière son film qui présente la lutte des Yanomami – peuple autochtone du Brésil – pour la protection de leur forêt amazonienne. Constamment sous la pression de leur gouvernement et des entreprises qui cherchent à extraire l’or qui se trouve enfouit dans le sol des territoires Yanomami, il·elle·s subissent des vagues de violences extrêmes qui mettent en péril le bien-être et la santé de leur population, ainsi que la biodiversité et la santé de leur territoire.
Comment êtes-vous devenu réalisateur ?
Je pense que ce qui m’a lancé, c’est un côté activiste plutôt que les études. J’ai étudié la philosophie et j’ai fait la sculpture comme étude aussi. Et je cherchais, je pense, un moyen de lier l’esthétique et le politique, ce que je ne trouvais pas vraiment dans la sculpture. J’ai commencé à travailler dans le monde du développement, j’ai travaillé par exemple avec Oxfam en Belgique. En fait j’ai habité 10 ans en Amérique latine, 4 ans en Haïti. Puis j’ai commencé à faire des petits documentaires, très légers, sur le commerce des femmes haïtiennes sur la frontière avec la République Dominicaine, qui subissent énormément de violence. Mais donc c’étaient vraiment des petits travaux très terre à terre, sans fonds. Puis il y a eu le tremblement de terre à Haïti en 2010, terrible, avec 250’000 morts estimés – une tragédie comme en Syrie ou en Turquie maintenant. Et là j’ai réalisé un film, plus sérieux, avec mes amis haïtiens, qui témoignaient de comment ils avaient vécu ça. Et j’ai senti comment faire des films me donnait la possibilité de lier mon activisme avec l’artistique et la philosophie. Et je suis resté coincé dedans.
Avez-vous envisagé pour la première fois de réaliser le documentaire Holding Up The Sky quand vous viviez à Haïti ?
Non, après Haïti j’ai d’abord réalisé un autre film. J’étais, et je suis toujours, très inquiet par le changement climatique et la perte de biodiversité. Je suis traversé par une inquiétude très grande par rapport au futur qu’on est en train de laisser pour les futures générations. À ce moment-là, je vivais en Uruguay, en Amérique latine, et en visitant le continent j’ai fait un film d’abord en Bolivie, qui s’appelle Samuel in the Clouds. Ce film retrace et fait le portrait d’un homme qui travaille sur une piste de ski, ce qui doit résonner avec la Suisse, parce que le glacier sur lequel il travaillait fond – a fondu. C’est un homme aussi indigène, Aymara, qui a une relation spirituelle avec la montagne. La perte de neige était pour lui un drame. C’était un homme qui ne parle pas beaucoup. Mais ce film c’est donc un portrait poétique de lui, qui attend le retour de la neige, qui ne va plus jamais revenir. Et donc, pendant que je faisais ce film-là, j’ai lu le livre La chute du ciel, un livre écrit par Davi Kopenawa, la figure centrale du film que j’ai présenté hier – un livre, qu’il a co-écrit avec Bruce Albert, un anthropologue français. Dans ce livre-là, il parle de son point de vue de notre société dévastatrice, aux fondements colonisateurs, blanc, qui mange le monde. Et donc j’ai voulu faire un film avec Davi Kopenawa. Donc je vois ce film dans une même démarche que Samuel in the Clouds – c’est un tout autre film, mais c’est de là qu’il est né.
Holding up the sky est tourné dans un territoire où les langues principales sont le portugais et le yanomami. Comment avez-vous communiqué et rencontré les autres scénaristes (Davi Kopenawa Yanomami, Dário Vitório Kopenawa Yanomami) ?
De toute façon il y a une certaine violence dans les langues. Moi, je ne parle pas Yanomami et Davi ne parle pas néerlandais. Mais il parle portugais, et moi je me débrouille en portugais donc on a parlé portugais ensemble. Davi, ses amis Yanomami et sa famille doivent faire très attention avec qui ils s’engagent. Ils ont énormément d’ennemis. Ce n’était pas une situation, dans laquelle je pouvais arriver avec ma caméra et dire : « je vais faire un film sur vous ». Donc, la première rencontre, c’était plutôt moi qui devais expliquer ma démarche et eux qui ont regardé tranquillement s’ils allaient me donner leur confiance – ce que je trouve tout à fait normal. Donc j’ai passé un bon moment avant de commencer à filmer, à expliquer quel genre de film je voulais faire et comment je voulais le réaliser, avant de réellement commencer la démarche. Davi Kopenawa est vraiment, au Brésil, très connu comme porte-parole (et je pense qu’il mérite ce statut ici en Europe aussi). C’est vraiment une personne célèbre.
Combien de temps êtes-vous resté au Brésil ?
Je ne sais pas vraiment combien de temps. J’ai fait des longs repérages pour ce film. J’ai aussi fait des repérages dans des villages Yanomami sur les limites de leur territoire, afin de comprendre un peu plus leur culture, avant vraiment de m’engager dans une discussion avec Davi. J’ai ensuite visité Boa Vista, capital de l’état de Roraima, dans l’extrême nord du Brésil et aussi la ville des orpailleurs qui sont actifs sur le territoire Yanomami. C’est aussi à Boa Vista que Hutukara, l’association Yanomami, a ses bureaux. Donc je pense en repérage, j’ai facilement fait au total 12 semaines. Et le tournage, je ne sais pas combien de temps ça a pris au total mais au Brésil, je pense, au total 9 semaines en 3 périodes. Mais, bien sûr, une grande partie du film consiste de tournages plus courts qu’on a fait ici en Europe. Parce que l’idée même du film était de pouvoir capter la vision de Davi sur notre société, notre monde. Donc le plus intéressant était de voir comment il se déplace ici.
Quels rôles Davi, son fils Dário et vous, Pieter, avez-vous dans la production de ce documentaire ?
Le rôle qu’ils ont pris est clairement le rôle de gens qui m’ont donné leur confiance pour que j’amène leur histoire de manière honnête au public. Ils veulent que je diffuse et multiplie leurs mots pour soutenir leur lutte. Dans ce sens-là, je me base très fortement sur ma lecture et ma compréhension de leur mythologie et des paroles de Davi comme je les avais lu et à partir des nombreux interviews que j’ai fait avec eux. Ce qui veut dire que le film est porté en très grande partie par leurs paroles et leur lutte. C’est pour ça que le film est présenté avec un scénario en co-écriture. Ils ont aussi vu le film avant qu’il soit lancé, afin de voir si leur mythologie et lutte était correctement montrée. Et ils étaient très contents. Après, bien sûr, tout le côté image et son et la structure même du film vient de mon équipe et moi.
Vous avez souvent représenté les interactions entre Davi, Dário et leurs «fans» qui n’arrêtent pas de demander des photos, quel rôle l’image, la photographie, joue-t-elle dans le film ?
Déjà pour les Yanomami la photographie ce n’est pas si simple. Par exemple, les Yanomami qui sont malades ne veulent pas être photographiés car cette image laisse une mémoire qui, si toute fois ils pourraient mourir, empêche leur paix intérieure. Donc être pris en photo, c’est quelque chose qui s’est développé vraiment les dernières années. Mais ça se trouve toujours sur ce terrain qui n’est pas complètement convaincu. J’ai vraiment aussi voulu montrer avec plusieurs séquences dans le film comment nous ont fonctionnent avec la photo, les images. Au début dans le film, il y a la photographe qui dit « regardez tous par-là » et cela nous met un peu mal à l’aise, parce qu’on sent qu’ils doivent s’adapter à un format. Si Davi se fait photographier – et si les Yanomami qui se font photographier, ils le font parce qu’ils s’adaptent à la nécessité de le faire pour que nous on les écoute. Donc en fait, on pourrait dire que l’on prend leurs images. Mais dans le sens inverse, c’est la même chose – eux, ils nous utilisent en fait. Ils savent aussi très bien quand est-ce qu’ils vont mettre les plumes, parce qu’ils savent que les Blancs, nous, on veut voir les plumes. Ils les portent avec fierté, c’est sûr, mais c’est aussi un jeu et ils jouent aussi avec nous pour mieux lutter pour leur cause.
Le nom Yanomami, un peuple, un nom de famille ?
Les Yanomami ont un rapport assez particulier aux noms. Ils ont un vrai nom qu’ils ne donnent pas, même pas à d’autres Yanomami de d’autres villages. Par exemple, les gens qui sont morts, on ne dit plus leurs noms, même les proches. Ils ont une relation au nom un peu comme à l’image. Du coup, ils ont des noms pour le monde des blancs, qu’ils utilisent et qu’ils nous donnent. En général, ça ne fait pas tant que ça d’années qu’ils ont des cartes d’identités étatiques, et donc beaucoup de personnes n’utilisent que le nom Yanomami. Yanomami veut simplement dire “personne”, “humain”.
Pensez-vous que les gens se laissent souvent distraire par la fascination, «l’exotisme» qu’ils ressentent lorsqu’ils rencontrent les Yanomami, plutôt que de se concentrer et de comprendre ce qu’ils disent ?
Oui tout à fait, je crois qu’on est – et là je parle aussi pour moi-même– tous un peu coupables de ça. Car il y a une certaine fascination que l’on peut sentir lorsque l’on voit une personne comme Davi. Et donc cet exotisme-là crée des clichés qu’on se met dans la tête, et avec lesquels on a déjà une grille de lecture qu’on a figée avant même d’entamer une discussion. Ça j’ai aussi essayé de capter un petit peu dans le film, bien sûr – Quels sont les espaces qui leur sont ouverts dans notre société ? Ce sont des espaces où il y a 5 minutes de parole sur un plateau de télévision où parce qu’ils reçoivent un prix. Mais ce ne sont pas ces 5 minutes-là qui vont nous faire comprendre leur culture. Donc c’est très difficile d’aller plus loin que ça. Cela dit, ça montre juste comment ça marche. Les gens ont souvent de très bonnes intentions – mais voilà, il faut être conscient de ça, surtout pour se rendre compte dans quelle position ils se trouvent : des peuples, au pluriel, au Brésil (et dans toute l’Amérique et ailleurs aussi) qui ont subi des génocides, qui continuent à mourir, qui ont vécu les années bolsonariennes [pendant le règne du président Jair Bolsonaro de janvier 2019 à janvier 2023], qui ont des énormes problèmes sur leurs territoires, qui subissent une pression qui leur font perdre leur culture. Et en plus, dans leur lutte pour se faire entendre, ils doivent encore s’adapter à nous.
Que pensez-vous des films de fiction, tels qu’Avatar, Prometheus, qui dépeignent des problèmes très réels sur Terre, dans des planètes étrangères ? Participent-ils à un cinéma militant ou au contraire à la dissimulation des vrais problèmes ?
C’est une très bonne question. Ça ne je ne sais pas vraiment, honnêtement je ne sais pas. Je suis ouvert à toute production artistique qui sensibilise pour un monde meilleur. Mes enfants ont adoré Avatar. Je pense que ça peut aider. Si dans les discussions après Avatar, les gens font les liens avec des situations réelles – d’ailleurs petite parenthèse, il y a beaucoup de Yanomami qui aiment bien Avatar parce qu’ils s’identifient complètement. Je pense que la plus grande critique que l’on pourrait faire pour Avatar, c’est que c’est un sauveur blanc finalement. Là, tu te dis pourquoi ? Pourquoi ça doit encore être un blanc, même si c’est sur une autre planète, qui va sauver les gens ? Ça, ça m’a fort gêné. Mais si ces films aident à ce que les gens refléchissent sur la destruction du monde vivant, le seul monde qu’on connaît, ce sera une réussite.
Avant de les rencontrer, aviez-vous déjà entendu parler des problèmes présentés dans le documentaire ?
Oui j’avais déjà entendu parler mais c’était la première fois que j’étais confronté avec une voix si forte, si singulier, comme celle de Davi, qui me confrontait avec moi-même, comme faisant parti d’une culture dévastatrice. En lisant ce livre [La chute du ciel] je me suis dit «wow quelle richesse, quelle parole unique» et donc je trouvais que ça résonnait avec mon envie de chercher des alternatives à la vision très réductrice du monde occidental. Mais bien sûr j’étais très au courant des problématiques des peuples autochtones. C’était aussi par activisme que je suis arrivé en Amérique latine. J’ai appris l’espagnol, parce que je suis allé comme volontaire, avec des organisations qui travaillaient avec les Zapatistes au Mexique, dans le sud du Mexique – qui est un mouvement, très militant, qui existe toujours et qui était aussi lié avec le mouvement Altermondialiste, et qui mettait vraiment le peuple autochtone sur le premier plan.
Légende : forêt amazonienne au Brésil – territoire Yanomami
Quel effet attendez-vous de vos documentaires sur le public ?
J’espère que l’admiration et la tendresse profonde que je ressens pour Davi, pour sa personne, sa famille et leur lutte peut toucher d’autres personnes aussi. J’espère que ce film peut amener ça. Et ils sont dans une réelle situation d’urgence pour le moment, et j’espère vraiment que ce film peut, ensemble avec d’autres films qui existent déjà et d’autres qui vont encore venir, aider les Yanomami. Les Yanomami en ce moment subissent une énorme crise qui dépassent complètement les bornes, il y a 570 enfants qui sont morts les dernières années dans leurs territoires, pendant les années bolsonariennes, de maladies parfaitement traitables s’il y avait eu les soins disponibles – mais il [Bolsonaro] avait tout retiré. Leurs territoires sont pollués par les chercheurs d’or donc il y a des gens qui ont gagné énormément d’argent avec l’or qui est extrait de leur territoires. Mais en gros c’était un génocide de la part de Bolsonaro. Il les regardait comme des obstacles du développement – de sa conception du développement. Donc, j’espère que le film aide la lutte des Yanomami maintenant, parce que ce n’est pas parce que le gouvernement au Brésil a changé, que la situation des Yanomami va changer. Oui, un peu, certes, parce qu’ils ont commencé à mettre les chercheurs d’or en dehors de leur territoire. Mais c’est un énorme territoire donc il faut un plan de sécurité du territoire, un plan national de santé aussi. Il faut que les postes de santé dans les territoires Yanomami soient de nouveau occupés par du personnel qualifié et soient disposés des médicaments nécessaires. Il y a des zones, où il y a de la malnutrition, il faut qu’on nourrisse les gens, que les forêts se régénèrent pour que les Yanomami puissent à nouveau vivre de la forêt. Il faut condamner les politiciens et entrepreneurs qui se sont enrichis. Il y a beaucoup à faire, donc j’espère que le film peut aider à ça ; garder une pression internationale. La meilleure manière de protéger la forêt amazonienne est de protéger et laisser vivre les peuples autochtones qui y vivent.
Sur quoi porteront vos futures productions ?
J’ai très bientôt un nouveau projet qui va sortir. J’ai fait deux films en même temps, les dernières années. Je suis en train de finaliser un film qui s’appelle Planet B/Planète B, où j’ai suivi pendant quatre ans deux jeunes, qui sont très engagés dans les mouvements climat en Belgique. Je les ai suivi de 13-14 ans jusqu’à 17-18 ans. Pendant cette période-là, elles se sont radicalisées. Elles ont commencé à faire des actions de désobéissance civile. Elles ont joint Extension Rebellion. Elles ont été arrêtées. Et donc c’est un film dans lequel je montre qu’est-ce que ça veut dire pour les jeunes d’aujourd’hui de vivre dans un monde où l’horizon disparaît. Ce sont des jeunes très engagés, qui connaissent tous les rapports scientifiques et qui sont très inquiets et donc je voulais essayer de capter ça – ce que ça veut dire pour cette génération. C’est un film qui sortira tout bientôt, en Suisse aussi.
Le format du documentaire, est-ce que vous pensez que c’est quelque chose que vous allez continuer à faire ?
J’adore le documentaire. Oui. Je pense que c’est une forme très riche, avec énormément de liberté aussi. Et quand même je trouve ça trépidant, fascinant de pouvoir jouer avec des réalités existantes. J’adore aussi la fiction mais je me vois plus du côté documentaire, en termes de démarche.
Fondé en 2016 et désormais dans sa 6e édition, le Lausanne Shakespeare Festival est le seul événement théâtral en Suisse consacré entièrement à l’œuvre de William Shakespeare. Avec sa programmation originale et diversifiante, le LSF combine des pièces de théâtre avec des performances expérimentales, du théâtre immersif, de la musique, du cirque, du théâtre pour enfants, du cinéma, et des ateliers. Le festival travaille avec des artistes et collaborateur.rice.s professionnel.le.s suisses et internationaux.
Cette année nous vous proposons de redécouvrir Shakespeare à travers deux médiums : le vendredi et samedi sur les planches et le dimanche au travers d’adaptations à l’écran.
Pour cette sixième édition, L’ÉTOFFE DE NOS RÊVESpar la Cie Ellis Bell ouvrira le festival et sera suivi par unecérémonie d’ouverture au foyer du théâtre. Le samedi proposera diverses adaptations sur les planches, pour tous les âges : de MATEO ET GIULIA produit par le Théâtre Amstragram à Claude Inga-Barbey qui nous proposera sa pièce MANUELA en passant par SHAKESPEARE & MOI produit par Orpheus Productions. Après un apéro Shakespeare à 18h30, nous retrouverons Lionel Fournier et Sophie Deguérines pour une nouvelle interprétation de OPHÉLIE AU BORD DE L’EAU, qui avait vu le jour au LSF en 2019.
Le dimanche offrira une nouvelle perspective à l’œuvre de Shakespeare. La matinée sera dédiée aux enfants avec, entre autres, une projection du ROI LION (1994). Dans l’après-midi, vous pourrez (re)découvrir Roméo et Juliette dans WEST SIDE STORY (1961), ainsi que La Tempête dans FORBIDDEN PLANET (1956).
Nous nous réjouissons de vous retrouver pour cette nouvelle édition dont le programme, nous l’espérons, vous plaira autant qu’à nous ! N’hésitez pas à consulter plus en détail le programme sur notre site (lausanneshakes.com) !
FESTIVAL • À l’occasion de la 15ème édition du Festival Fécule, L’auditoire s’est entretenu avec Jonas Guyot, organisateur du festival, et Céline Bignotti, l’une de ses stagiaires.
15ème édition, c’est un chiffre anniversaire. Qu’est-ce qui change cette année ? CB : Surtout le fait qu’on soit sur deux sites différents entre la Grange et le Vortex. Dans la programmation, il y a un spectacle belge, La grande marche, axé sur la question de l’engagement politique, et un spectacle français, Les êtres de papiers qui s’intéresse à la question de la liberté. Fécule accueille aussi des artistes suisses, comme le groupe alémanique Händel à Paris qui improvise de la musique dans un style baroque. À titre personnel, je gère un projet de court-métrage Piazzale d’Italia produit par le tessinois Enea Zucchetti. C’est un projet vraiment intéressant avec des inspirations riches dont Michelangelo Antonioni. À l’issu de la projection, il y aura une discussion (en italien) ouverte à tous·te·s.
Quelle est la programmation de cette 15ème édition ? JG : Il y aura du théâtre, de la danse, de la musique, une exposition sonore, une comédie musicale et des lectures. C’est un festival pluridisciplinaire qui était initialement dédié au théâtre. Au fil des éditions, il s’est ouvert à d’autres disciplines. Cette année, on compte 34 projets sur deux semaines avec plus de 300 étudiant·e·s impliqué·e·s. Le festival a aussi le sous-titre festival des cultures universitaires. Pour y participer, il faut donc être inscrit·e à l’université ou dans une haute école. La majeure partie des productions sont issues de l’Unil et de l’EPFL, mais aussi d’autres universités en Suisse romande comme celle de Neuchâtel avec une adaptation d’un texte antique. CB : Il y a aussi des soirées spéciales. Par exemple, on présente une soirée spéciale « cinéma » où on projette trois films différents. Il y a aussi une soirée « antique » et une autre soirée « improvisation ». Si on s’intéresse au théâtre, le festival propose cette année à la fois des textes classiques, avec J. Ford et O. Wild mais aussi F. Dürrenmatt, des textes antiques actualisés et des créations contemporaines sur la question de l’immigration de l’altérité, etc. On accueille aussi une forme un peu absurde inspirée des sitcoms actuelles avec Expo 22.
Deux salles deux ambiances, qu’est-ce qui va habiter le Vortex particulièrement ? JG : C’est une scène assez propice aux concerts, donc il y aura de la musique : du rock, de la musique barock et du swing avec le Big Band de Dorigny. Nous avons même une DJ qui va clôturer le festival. C’est l’édition la plus musicale depuis la création, aussi grâce au Vortex.
Quelles performances particulières dans cette édition ? JG : Dommage qu’elle soit une putain notamment. C’est un spectacle assez audacieux car il touche à l’inceste, une thématique qui pourrait être mal interprétée. C’est pourquoi, il y aura une discussion à la fin de la représentation afin que le public ait des clés de lecture et n’imagine pas que nous faisons l’apologie de l’inceste. Il nous semble important d’en discuter car le propos est un peu plus complexe. CB : On peut aussi évoquer les différents formats, notamment les spectacles qui seront joués à l’extérieur : un format improvisé dont le lieu reste caché pour le public et les improvisateur·ice·s (ICI) ; un dans le jardin de La Pel’ – c’est une forme d’escape room théâtralisé – et un spectacle itinérant avec 5 écrivain·e·s qui présente un portrait singulier de « Chloé », permettant à chacun·e d’ébaucher sa propre image du personnage.
Quelle est la philosophie du festival ? JG : Philosophie s’il y a, c’est un festival étudiant pour les étudiant·e·s avec un public assez éclectique : des ami·e·s, mais aussi les proches. C’est un lieu d’expérimentation où on sent une envie de tester des choses. Fécule, c’est un moyen pour beaucoup d’étudiant·e·s de poursuivre leurs études en confrontant théorie et pratique, en s’emparant d’un objet étudié en cours, adapté en objet de création. On met à disposition le plateau de la Grange dans un contexte bienveillant pour une expérience professionnalisante, car le festival permet de voir ce que de tels projets impliquent, tout en restant encadré·e. C’est aussi une diversité des langues, des parcours, etc.
Quelles attentes avez-vous après deux ans de « pause » ? JG : Elles sont énormes. Lors de la rencontre avec les artistes, on a vu l’envie qu’ils·elles ont de monter sur scène, de re-proposer des choses, de rencontrer un public. Une salle de concert ou de théâtre sont des lieux où tout est basé sur l’échange et je crois que ça nous a manqué. Il y a sûrement des gens qui ont oublié que ça leur avait manqué… On espère que le Fécule va le leur rappeler et qu’ils·elles vont se joindre à nous, en nombre.
Située au plein centre de Paléo, entre le quartier de la Terrasse et le quartier latin, une obscure inscription orangée suscite de nombreuses interrogations chez les festivaliers. Des lettres blanches semblent former les mots «LE» et «Matin». L’auditoire a enquêté.
Que peut bien signifier la mystérieuse banderole orange retrouvée vers le passage des artisans? Le mystère parcourt les allées boueuses de Paléo depuis le début de la semaine, et chacun y va de sa petite explication. Il y a tout d’abord les complotistes, comme François pour qui «ça ne fait aucun doute, c’est encore un coup des Illuminati» en expliquant cela par le fait qu’ «ils sont partout, méfiez-vous». Théorie remise en question par son comparse Emilien: «Je pencherais plutôt pour les Francs-maçons. L’orange a pour eux une grande signification, puisque c’est la couleur de la tromperie et du mensonge. Je l’ai vu dans un documentaire sur internet.»
D’autres privilégient la piste divine. «Je pense que c’est un message de Dieu qui se plaint du lieu de débauche qu’est devenu ce festival», explique Eugénie. Elle complète son explication: «L’orange, c’est la couleur de la pêche. Et une pêche, ça pousse sur quoi? Un pêcher. Oui. Pêcher. Comme péché. Vous avez saisi?» Son mari, Edouard, partage également cette piste: «Ce le lieu est rempli de satanistes qui se droguent et forniquent à tout bout de champ. A un moment donné, c’est évident que le Tout-Puissant intervienne.» Il ne répondra toutefois pas à la question de pourquoi lui et sa femme ont décidé de venir dans cet endroit qui semble tant les horrifier, prétextant qu’ils devaient partir parce qu’ils étaient garés en double file.
Certains festivaliers ont poussé l’analyse un peu plus loin. Solène, par exemple, est convaincue que les traces blanches visibles sur la banderoles ne sont pas disposées par hasard: «Si on regarde attentivement, on voit que cela forme de lettres, et une fois qu’on sait ça, on arrive facilement à déchiffrer l’inscription “Le Matin”». Son ami Mathieu renchérit avec sa propre interprétation: «Je pense tout simplement que ce sont les organisateurs du festival qui sont à l’origine de ce mystère. J’y vois une sorte de blague de leur part. Etant donné que ce festival se déroule majoritairement le soir, c’est assez ironique de placer une affiche indiquant que c’est “Le Matin”. C’est un humour qui leur correspond assez bien. Je ne pense pas qu’il faille chercher plus loin.»
Alors que cette théorie nous semblait tout à fait convaincante, nous sommes tombés sur Gérard, qui affirme détenir la véritable explication: «Il s’agit d’une publicité pour un journal papier qui a subitement disparu. Il s’appelait “Le Matin”, et les gens le lisaient quotidiennement en buvant leur café. Il traitait des sujets populaires, et beaucoup de personnes s’amusaient à le qualifier de torchon. Mais c’était ces mêmes personnes qui le lisaient, et à sa mort, elles ont beaucoup moins ri. Sans parler de la quarantaine de collaborateurs qui se sont fait virer sans considération par Tamedia, leur éditeur. Une triste histoire.» Un quotidien lu par plus de deux cent mille romands qui disparaît du jour au lendemain? On peine à le croire.