FESTIVAL • Du 1er au 3 octobre 2025, la Grange s’ouvre, à cœur et à foyer ouverts, pour parler de santé mentale. Entre conférences, discussions et spectacles, Symptomania invite à «renverser les perspectives sur la psychiatrie». L’auditoire a rencontré trois étudiants à l’origine de spectacles présentés pour l’occasion.
Le festival Symptomania met à l’honneur l’œuvre de l’artiste Caroline Bernard, accompagnée par l’historienne et philosophe de la psychologie et de la psychiatrie à l’UNIL, Camille Jaccard, et la musicienne Joell Nicolas, alias Verveine. De nature transdisciplinaire, le festival propose un colloque, Voix sur dossier, qui interroge les archives et dossiers psychiatriques tout en donnant la parole à divers témoignages. Soignant·es, pair-aidant·es , historien·nes et sociologues partageront leur vécu, pour dépasser le prisme médical qui reste aujourd’hui majoritaire. Le nom du festival, Symptomania, fait office de rappel: les symptômes règnent toujours en maîtres dans les diagnostics. Et enlacées parmi ces témoignages, deux créations étudiantes, Avec mes yeux je comprends pas et Celui qui dort, traitent la santé mentale à travers l’art et la scène.
Avec mes yeux je comprends pas
Seul·e sur scène, Jimmy Capdevila livrera un monologue percutant rédigé par Bastien Ribordy, dramaturge de la pièce, et avec une mise en scène aidée par Pauline Lebet. Dans cette pièce, un étudiant en histoire de l’art, Rod, doit donner une conférence sur Jean Dubuffet, premier théoricien de l’art brut. Le sujet le bouleverse, entraînant une perte de sens par rapport à sa thèse, sa vie, et au comédien sur scène. C’est un appel de la Grange pour une œuvre sur le thème de la santé mentale qui avait semé la graine de l’inspiration pour Jimmy, étudiant·e en Lettres, cinéma et histoire de l’art, à l’origine du projet. Et cette conférence sur l’art brut s’insère à merveille dans la thématique de Symptomania: l’art brut, «c’est de la création en dehors de la culture», rappelle Bastien. L’enjeu était ainsi d’interroger la fétichisation de ces œuvres. «La fétichisation pour moi c’est aussi le processus de faire d’un objet une curiosité. Dans le cas de l’art brut, ça serait d’exposer un objet créé en hôpital psychiatrique derrière une vitrine», ajoute Jimmy.
Interroger la fétichisation des oeuvres brutes
Inspiré·e par Antonin Artaud et Sarah Kane, l’un et l’autre passé·e par l’hôpital psychiatrique, Jimmy rapproche Avec mes yeux je comprends pas du mouvement In-yer-face. «C’est une volonté de confrontation. Il y a l’idée d’explorer la frontalité, la confrontation entre le public et ce qu’il se passe sur scène pour provoquer un questionnement.», explique-t-iel. Un avertissement au public, par rapport à des références explicites au suicide et à l’automutilation, a justement été nécessaire. Mais c’est bien parce que Jimmy et Bastien ont à cœur la thématique de la santé mentale qu’en parler ainsi est essentiel: «Et pour moi c’est important aussi de rappeler la violence que c’est», exprime Jimmy. «Si ça crée une gêne aussi, c’est que ça concerne beaucoup de gens aujourd’hui», ajoute Bastien. La création de la pièce a été l’histoire d’un été. «Avec Bastien, on a fait deux séjours à la montagne cet été, qui étaient un peu des séances de thérapie.» Si Jimmy a réfléchi aux thématiques, au ton et à la forme, au fil des discussions, «Bastien a posé les mots sur le squelette qu’on avait bâti.» Alors que le spectacle approche, le texte rédigé doit être appris et assimilé par lae comédien·ne, face à un monologue qui inspire à la fois une sérénité et une grande responsabilité. Mais avec près de vingt ans de théâtre et un passage au conservatoire de Genève, ce n’est pas la scène en soi qui angoisse Jimmy: c’est plutôt l’après, et la réaction du public. «Le fait que ce soit autant dans l’affirmation de nos idées, moi ça me provoque une certaine vulnérabilité», avoue-t-iel. Une vulnérabilité que l’on retrouvera également dans l’interprétation très personnelle d’Un homme qui dort, second spectacle étudiant.
Celui qui dort
Réadaptation de l’œuvre Un homme qui dort de Georges Perec, Les Endormis nous présentent pour la seconde fois leur pièce Celui qui dort, après leur première représentation dans le cadre du Festival Fécule 2025. L’auditoire a ainsi pu rencontrer Théo Krebs, membre de la troupe en tant que créateur et metteur en scène du spectacle. Milo Cavadini, à la base de la conception du projet, portera un jeu corporel que Théo qualifie de «physique», tandis qu’Antoine Fritz sera «chargé de lire des textes traduisant son état mental». La pièce aborde «la solitude, l’absence de la volonté de faire quelque chose», explique Théo Krebs. La thématique de la santé mentale est ainsi implicite dans la pièce, explorant «les effets à long terme de cet enfermement. On devine en sous-texte l’addiction.» C’est cette thématique qui avait tout d’abord résonné en Milo, allant toucher à ses angoisses personnelles et ses démons.
« On devine en sous-texte l’addiction »
Théo Krebs, créateur et metteur en scène de « Celui qui dort »
«On a deux comédiens qui sont d’une part le corps, d’autre part l’esprit», une représentation très visuelle et parlante des troubles psychiques, qu’il décrit par la suite comme une «sorte de dichotomie entre ce qu’on veut faire et ce qu’on peut faire.» La pièce se prête à des interprétations multiples. Alors que le café, central à la pièce, s’est soudainement affirmé comme de la cocaïne aux yeux de Théo, le public pourrait tout aussi bien le percevoir pour ce qu’il est: du café. Et par rapport à l’ajout de trigger warnings, la question reste compliquée pour lui: «J’ai eu peur que ce soit une ouverture à se choquer, de préparer le·la spectateur·rices à ‘attention ça peut être dur’ alors que ça peut ne pas l’être du tout.» À l’instar de la première pièce, Les Endormis ont été sélectionnés sur dossier après l’appel de la Grange. Pour Théo, qui après un Master à l’UNIL étudie désormais le théâtre au Tessin, cette pièce a été le moyen «de dire au revoir en investissant un lieu […] qui a été formateur pour [son] parcours.» Cette seconde représentation a exigé un nouveau comédien, mais également un décor plus sobre, foyer oblige. Pour le reste, «c’est revenu assez facilement, mais il a fallu redompter la bête après la pause estivale», convient Théo.
Les 2 et 3 octobre, à 13h et à 17h, le foyer de la Grange sera investi de Jimmy Capdevila, puis de Milo Cavadini et de sa voix. L’occasion de découvrir, ou de redécouvrir, cet espace culte du campus et de parler de santé mentale avec un regard artistique grâce aux nombreuses propositions du festival Symptomania.
OCCUPPATION UNIL· Bien que des semaines se soient écoulées depuis la fin de l’occupation du bâtiment Géopolis à l’UNIL, le souvenir de ce mouvement étudiant est encore vif. Les yeux rivés sur la Palestine, il a impacté le paysage politique Suisse. Que ce soient pour les étudiant·e·s, professeur·e·s, chercheur·euse·s ou les collaborateur·ice·s qui se rendaient à Géopolis le 16 mai 2024, les drapeaux étaient brandis de partout. Témoignage de deux étudiantes anonymes présentes au campement de l’UNIL.
Le mouvement étudiant pro-palestine revendique un boycott des institutions israéliennes. Pourquoi est-ce important pour vous?
Etudiante A: Pour ne pas contribuer aux meurtres d’innocent·e·s. Notre consommation participe à cela, même si nous n’en avons pas l’intention. C’est important, parce que nous sommes dans un lieu d’où l’on est censé·e ressortir avec un esprit critique. Comment expliquer que l’UNIL collabore avec des universités israéliennes? Cet aveuglement dont fait preuve une institution académique est paradoxal.
Selon vous, le campement a réussi à sensibiliser à la cause palestinienne pour laquelle il se bat à l’UNIL?
Etudiante A: Oui, et je pense que c’est ce travail de sensibilisation à large échelle qui l’a amorcé et qui continuera de le faire à l’avenir. Le campement appelait à ne pas ignorer ce qu’il se passe et des consciences collectives et individuelles s’y sont formées. En Suisse, nous avons tendance à nous détourner de ces événements graves car nous restons dans notre bulle; à l’inverse, le campement nous a poussé·e·s à réfléchir au génocide en cours en Palestine en sortant de notre zone de confort. C’était important que des voix s’élèvent dans la sphère académique, selon moi, d’autant plus devant la destruction de toutes les universités à Gaza. Donner une voix à ceux·celles qui n’en ont pas était justement l’un des objectifs du campement.
Comment était l’ambiance au campement d’étudiant·e·s à Géopolis?
Etudiante B: Ça m’a fait du bien d’être avec des gens qui respectaient mes convictions en mettant à disposition de la viande halal, par exemple. Je ne me suis pas non plus sentie jugée à cause de mon voile. C’était une ambiance sereine que je n’ai pas l’habitude de vivre sur le campus. Notre nombre assez important nous a aussi appris à être plus à l’écoute des sentiments et opinions des autres, ce qui nous a permis de trouver un terrain d’entente, car c’est avant tout la cause palestinienne qui nous a réuni·e·s lors de cette occupation.
Le campement de l’UNIL a fait écho aux occupations universitaires aux États-Unis et en France. Il a été le souffle qui a décomplexé la parole étudiante etqui s’est propagé aux autres universités suisses. Les étudiant·e·s ont imposé leur volonté et se sont soulevé·e·s contre l’autorité. Ils·elles ont impressionné par leur résistance et leur courage. C’est toute une communauté qui a pris vie: en témoignent l’approvisionnement en vivres et en matériel ainsi que l’organisation de plusieurs manifestations et activités sur le campus, relayées sur la page Instagram dédiée au campement (@camp_unil_pal) et dans divers médias nationaux. De plus, la tenue d’Assemblées Générales et la rédaction d’un rapport de recherche destiné à appuyer leurs revendications ont prouvé que leur pouvoir de négociation était solide, et leurs ressources époustouflantes. Les étudiant·e·s ont été propulsés par la cause palestinienne qui les animait, les poussant à devenir acteur·ice·s d’eux·elles-mêmes, et à utiliser les outils académiques qu’ils·elles ont acquis pour dénoncer les collaborations de leurs institutions avec les universités israéliennes. Ils·elles se sont battu·e·s et continuent de se battre avec leurs armes – l’esprit critique et l’information – contre la guerre, contre la violence et contre l’injustice.
Propos reccueillis et analyse par Nour Taktak et Chaïmae Sarira, étudiantes en Droit et membres du collectif Palestine de Suisse
UNIHOCKEY · Mercredi 15 mai 2024, une équipe masculine d’unihockey a représenté l’Unil lors des Swiss Universities Championship à Schaffhouse. Déjouant les pronostics, les 11 membres de la délégation vaudoise ont remporté le tournoi, se jouant en format 5 contre 5. Retour sur cet exploit historique.
Dans le monde académique, les tournois sportifs interuniversitaires se révèlent être d’une grande importance. D’un point de vue utilitaire, ils ne servent à rien, ne donnant aucun crédit, ni apportant une quelconque connaissance scientifique. Néanmoins, , ces compétitions peuvent apporter une certaine visibilité à l’établissement, ainsi qu’un sentiment positif de prestige à ses participant·e·s. C’est dans cette optique qu’ une équipe masculine d’unihockey de l’Unil a voyagé jusqu’à Schaffhouse pour participer aux Swiss Universities Championship (SUC).
Un effectif limité Les Vaudois ne partaient pas favoris du tournoi. Ce sport a toujours été le quasi-monopole des formations suisses allemandes. Cela s’est reflété dans l’historique des vainqueurs des SUC-Floorball grand terrain. L’Université de Berne, l’Université de Zurich ou l’EPFZ se partagent l’oligopole de meilleure haute école de Suisse dans ce domaine. Cette année, les équipes masculines étaient au nombre de sept: EPFZ 1, EPFZ 2, UniBe, UniLu (Lucerne), UniSg (Saint-Gall), UniGe (Genève) et Unil (Lausanne). Nous pouvons contaster que les hautes écoles suisses allemandes sont majoritaires.
Les Vaudois ne partaient pas favoris du tournoi
Composée de 10 joueurs et 1 gardien, l’équipe de l’Université de Lausanne avait pour objectif de finir à la 3ème place. L’effectif, issu des clubs d’Aigle (2ème ligue), de Gruyère (2ème ligue), de Lausanne (1ère ligue) et de Fribourg (LNB), a dépassé toutes les attentes en allant chercher le titre de meilleure haute école suisse en unihockey! Cet exploit du 15 mai 2024 est d’autant plus grand au vu des différentes péripéties qu’a vécu le groupe.
Un parcours fait de hauts et de bas La journée a mal commencé pour les Lausannois avec une défaite 3-1 face à des Bernois très forts techniquement et tactiquement. Les universitaires de la cité des Zaehringen avaient dans leurs rangs plusieurs joueurs de LNA et de LNB, dont Yann Ruh, défenseur dominant de Köniz et sélectionné plusieurs fois en équipe de Suisse. Malgré la défaite, Basile Dayer, capitaine de l’équipe, et ses coéquipiers ont très vite remarqué qu’ils pouvaient rivaliser face aux meilleures formations du pays. De plus, certains joueurs avaient l’impression de ne pas encore dévoiler leur plein potentiel. «Ce n’était qu’un match d’échauffement», pouvait-on entendre dans les travées de la BBC arena. Le second match du jour n’était qu’une formalité contre la 2ème garniture de l’EPFZ.
« Il y avait une bonne ambiance et pas de prise de tête, tout le monde tirait à la même corde. »
Balthazar noël, joueur de l’équipe unil d’unihockey
Gardant leurs meilleurs éléments dans la 1ère équipe, les Zurichois n’ont que timidement dérangé les pensionnaires de Dorigny. Confiante et maîtrisant son sujet, la formation lausannoise s’est imposée 3-1. Contre l’Université de Saint-Gall, lors de la troisième rencontre, les uniliens se sont fait peur pendant une bonne partie de la rencontre. Les Saint-Gallois étaient toujours proches d’inscrire le 1-2. Au cours des 5 dernières minutes, nos héros d’un jour ont allumé les gaz en inscrivant deux buts, dont un dans la cage vide (3-1). La quatrième partie a été l’œuvre d’un festival offensif contre l’Université de Genève. Les étudiants de la cité de Calvin, peu entraînés, , ont dû chercher la balle 11 fois au fond des filets (11-0). Chaque joueur de l’équipe a ainsi pu inscrire son 1er but dans le tournoi. Le gardien Mikko Comte a également eu la chance de se voir décorer d’un assist. Malheureusement, celui qui fut l’un des artisans de la montée d’Aigle en 1ère ligue devait quitter ses coéquipiers pour des raisons personnelles après le derby du Léman.
Balthazar Noël, héros inattendu La confiance lors de ces quatre premières rencontres est ainsi retombée. À 9 joueurs de champ, il était compliqué de réussir à tourner correctement, ne pouvant former 2 lignes complètes. Il fallait ajouter le fait qu’aucun des joueurs n’était véritablement un portier de renom. Pourtant, dans les rangs de cette team se trouve un homme providentiel: Balthazar Noël. Jouant habituellement en attaque, le Veveysan de 25 ans s’est essayé aux cages.
L’étudiant de la HEPL a permis à son équipe de grapiller le point du match nul
«Comme je me suis fait mal à la cheville après le second match, et que notre gardien partait avant la fin, je me suis motivé à aller aux buts», explique le principal intéressé. «J’avais déjà eu l’occasion de faire gardien pour le plaisir à 2-3 entraînements auparavant, et me suis donc proposé», ajoute-t-il. À peine a-t-il eu le temps de s’échauffer, que le joueur d’Aigle et de Jongny a été plongé dans le grand bain face à l’équipe fanion des ingénieurs de Zurich. Par ses nombreux arrêts face aux ogres de la Limmat, l’étudiant de la HEPL a permis à son équipe de grapiller le point du match nul (1-1).
«Gagnez avec +6 ! » Afin de se qualifier pour la finale, la sélection de l’Unil devait finir 2ème du tournoi. En gagnant le dernier match contre l’Université de Lucerne, elle finirait avec le même nombre de points que l’EPFZ 1. Tout s’est joué au niveau de la différence de buts. Les Zurichois étaient à +18 et les Vaudois à +13 avant ce match. Il fallait donc, pour les lausannois, gagner avec un minimum de 5 longueurs contre les Lucernois. «Lorsque j’ai demandé à l’organisateur ce qu’il se passerait si on gagnait de +5 ce match, il m’a répondu que nous devions penser à gagner avec 6 ! », explique le capitaine Basile Dayer. Le mot d’ordre était compris et les étudiants du chef-lieu vaudois ont gagné sur le score de 7-1. «À la fin de la rencontre, lorsque j’ai demandé si on était qualifié à la même personne, il ne voulait pas tout de suite admettre notre qualification. Ils étaient en train de recalculer trois fois le goal-average! Comme si ce n’était pas possible pour des romands d’être devant les suisses allemands…», poursuit celui qui est également capitaine de l’équipe d’Aigle. Enfin, la finale opposera nos protégés aux ours bernois, qui les avaient battus lors du match d’ouverture.
C’est la première fois qu’une institution académique romande ramène le fanion victorieux des Swiss Universities Championship
Sans leurs joueurs de LNA, partis entre-temps, les joueurs de la capitale helvétique se montreront moins tranchants. Ceux de la capitale olympique en ont profité avec un Balthazar Noël en feu. «Après le highlightcollectif de la victoire, vient mon highlight personnel: arrêter un penalty tricks à 1-0 lors de la finale», confie Noël, déterminé. Effectivement, l’Aiglon a réussi à bondir dans la canne du «technard» bernois tel un chat. Multipliant les arrêts décisifs, le gardien d’un jour a permis de sécuriser la victoire 3-2 de ses coéquipiers . Deux autres points à noter lors de cette finale, les performances des deux joueurs de Floorball Fribourg de l’équipe : Jessy Ducommun et Loïc Strasser. Le premier, évoluant avec la LNB, a enchaîné les tirs bloqués, se sacrifiant pour l’équipe. Le second, serial-buteur avec les M21, s’est offert un triplé contre un gardien majeur de LNB. C’est la première fois qu’une institution académique romande ramène le fanion victorieux des Swiss Universities Championship d’unihockey. «La journée a été un succès! Il y avait une bonne ambiance et pas de prise de tête, tout le monde tirait à la même corde. Ça a certainement participé à notre victoire en tant qu’équipe», conclut le joker de luxe. Dans un sport, où le Röstigraben est fortement marqué, l’exploit des membres de cette délégation de l’Unil restera retentissant. En attendant (peut-être) de soulever un trophée européen, voire mondial des compétitions interuniversitaires?
GREVE A l’UNIL – Des étudiant·e·x·s ont interpelé la direction de l’Université pour qu’elle dénonce et agisse contre le génocide perpétré par Israël à Gaza. Il·elle·s revendiquent notamment une prise de position officielle de l’Unil et un gel de ses collaborations avec les universités israéliennes. Les manifestant·x·e·s occupent un hall de Geopolis depuis jeudi 2 mai pour pousser le rectorat à répondre à ces revendications.Il devrait accéder à leurs revendications selon un de nos rédacteurs.
Le rectorat rencontrera ce lundi 6 mai à 18h00 pour la deuxième fois les occupant·x·e·s de Geopolis en soutien à la Palestine. Lors de la première négociation jeudi dernier, les deux parties avaient convenu que la rencontre de ce lundi serait consacrée à la présentation par la direction des liens entre l’Unil et les institutions israéliennes, première revendication du mouvement. Ce n’était que le lendemain, le mardi 7 mai, que le recteur Frédéric Herman devait se prononcer sur la deuxième revendication, l’interruption, ou gel, de ces partenariats. La direction devait ensuite se prononcer sur les autres revendications selon un calendrier flou et s’était engagée à tolérer l’occupation tant que celle-ci resterait pacifique et n’entraverait pas les enseignements. Cet engagement n’avait pas été explicitement conditionnée à une limite temporelle. La situation a changé depuis. Plusieurs médias ont annoncé que l’occupation était autorisée jusqu’au lundi 6 mai et le rectorat s’est aligné sur ce narratif dans un mail dimanche soir. Il est dorénavant clair que la rencontre de ce lundi aura une portée plus générale. L’ensemble des revendications et l’avenir de l’occupation seront vraisemblablement négociées. Celle-ci pourrait devenir illégale le soir même.
Les revendications communiquées le jeudi 4 mai par les occupant·e·x·s de Geopolis à la Direction de l’Unil
L’Unil doit agir
Un génocide a lieu à Gaza. Après l’Afrique du Sud, l’ONU en a été à nouveau alarmé par sa rapporteuse spéciale, selon laquelle il existe des «motifs raisonnables» de croire qu’Israël a commis des «actes de génocide» à Gaza. L’armée israélienne détruit les moyens de subsistance des Gazaouis et empêche l’aide humanitaire internationale de les supplanter. Des milliers de civils tombent sous les bombes et les balles ou meurent de faim, de soif et d’absence des soins médicaux de base. Israël viole les droits internationaux et les droits humains des Palestinien·ne·s. Le Conseil des droits de l’homme et la Cour internationale de justice le soupçonnent et appellent Israël à rendre des comptes. Des membres du gouvernement israélien (ses ministres de la Défense, de l’agriculture, de l’énergie, des Finances, de l’Héritage [renvoyé du gouvernement pour sa déclaration]), des membres son armée (le chef du COGAT, des soldats), et une émission d’une de ses chaines de télévision publiques ont appelé au déplacement de la population gazaouie ou, carrément à la destruction complète du territoire de Gaza et de sa population. Hors de Gaza, les colons et les soldats israéliens répriment, tuent, emprisonnent sans jugement et détruisent les habitations des Palestinien·ne·s des territoires occupés, selon Amnesty International. Les Etats occidentaux ne s’opposent pas efficacement à ce crime contre l’humanité, ne le désignent pas comme tel et n’engagent pas de sanctions économiques. Il revient donc à la société civile d’agir à leur place. C’est pourquoi l’Université de Lausanne devrait condamner le génocide en cours comme elle a réprouvé l’invasion russe en Ukraine. Quelques jours après celle-ci, l’Unil a condamné «avec la plus grande fermeté l’intervention militaire russe » et appelé «les gouvernements européens à prendre des mesures immédiates pour protéger la vie et la carrière des personnes affiliées aux hautes écoles, des étudiant·e·s, des chercheur·e·s et des acteurs·trices de la société civile ukrainienne, ainsi que l’ensemble de la population ukrainienne». L’Université devrait faire de même avec Gaza, des mois après. Si elle veut condamner conjointement l’attaque terroriste abominable et criminelle du Hamas du 7 octobre 2023, qu’elle le fasse. Cette prise de position publique ne suffisant pas, l’Unil devrait également utiliser son maigre pouvoir pour faire pression sur le gouvernement israélien et «mettre fin au plus vite à toute collaboration avec des institutions liées au gouvernement israélien ou n’ayant pas marqué leur opposition à la politique en cours», comme le demande une partie du corps professoral de l’Unil dans une lettre de soutien à l’occupation étudiante. L’impact serait bien sûr minime. Mais il pourrait devenir important si davantage d’institutions venaient à l’imiter.
ASSOCIATION · Un article de notre numéro de mai était consacré à Effective AltruismLausanne, l’association d’étudiant·x·e·s qui discute et diffuse les idées du mouvement sur le campus. Voici l’interview intégrale de Tara, le·a présidentex de l’association, et de Alix, la coprésidente d’Effective Altruism Switzerland.
Comment expliqueriez-vous l’Effective Altruism?
Alix
Pour moi, il y a une question de départ: comment fait-on le bien de la manière la plus efficace possible ? Et à partir de là, il y a deux dimensions. La dimension théorique, soit la réflexion sur la nature de cette question : C’est quoi le bien ? C’est qui les autres ? C’est quoi le plus efficace ? Une partie du mouvement réfléchit à cela. Et puis, il y a la dimension pratique : une communauté qui met en pratique des manières efficaces de faire le bien en travaillant pour des associations, en faisant de la recherche sur un domaine spécifique, en donnant son argent à des associations caritatives qui ont été déterminées comme avec un rendement par dollar donné qui est élevé. Voilà, c’est à le fois des idées et des mises en pratique.
Tara
Il y a aussi l’idée centrale du compromis et de la priorisation, je trouve. On veut faire de notre vie quelque chose de positif, mais on a du temps et des ressources limitées: quel est le domaine et quelle est l’action dans lesquels je peux m’engager avec le plus d’impact en adéquation avec ma vie personnelle ?
L’optique est donc de maximiser le bien qu’on peut faire ?
Alix
En quelque sorte oui. Même si poussée à l’extrême, cette maximisation peut être nocive. Le mouvement ne s’arrête donc pas à ce critère de maximisation et a à cœur d’être aussi dans la déontologie. Nous discutons et dépassons une approche strictement utilitariste. D’autres valeurs prévalent pour la plupart des membres du mouvement.
Tara
Je pense que les idées de EAsont assez communément partagées. Si on faisait un sondage, je crois que la majorité de la population repondérait être en faveur de la maximisation le bonheur des gens. Mais, en gardant constant des principes éthiques qu’on ne veut pas détériorer. C’est exactement l’idéologie de l’EA. La maximisation intervient seulement lorsqu’on a le choix entre deux actions qui ne causent aucun mal.
La plupart des conférences que vous organisez portent sur des enjeux globaux et les manières de les résoudre: est-ce que le but de EA Lausanne est de sensibiliser les étudiant·e·x·s à ces enjeux?
Alix
Oui. L’association s’adresse à des étudiant·x·e·s et je pense que lorsqu’on est étudiant·x·e, on est souvent en quête de sens, on a envie d’avoir un effet positif sur le monde, de le rendre meilleur. L’association essaie donc de proposer des méthodes, un cadre de pensée et des espaces de discussion pour nous aider, nous étudiant·x·e·s, à trouver une orientation académique qui ait du sens. Et en effet, une façon de trouver du sens, ça peut être de s’engager dans un enjeu global, car l’échelle des bienfaits produits est importante. On cherche d’ailleurs à rendre sensible les gens à l’échelle et à ne pas avoir d’élans altruistes uniquement instinctifs et émotionnels. Emotionnellement, on a de la peine à saisir la différence entre soigner dix milles et cent mille personnes. Pourtant, il y a une différence qui n’est pas forcément décisive, mais qu’il faut considérer.
Tara
En effet, le sous-entendu, c’est qu’un enjeu global touche davantage de monde, et qu’il y a donc potentiellement plus de biens à faire en s’engageant à sa résolution.
Quel est ce cadre de pensée que vous proposez aux étudiant·x·e·s ?
Alix
Un cadre qu’on utilise régulièrement est composé de trois critères pour évaluer l’importance d’un problème: échelle, tractabilité et significativité. L’échelle, c’est : Combien de personnes sont concernées par ce problème? On préfère attaquer un problème qui touche 10% de la population plutôt que 10’000 personnes. La tractabilité, c’est: est-ce que des solutions existent déjà pour ce problème ou est-ce qu’on est assez proche d’en avoir? C’est peut-être plus utile d’aller donner une heure ou 100 dollars à ces solutions-là. Et la significativité c’est: ton aide va-t-elle avoir de l’impact dans la résolution de ce problème? Si tu rejoins un domaine de recherche ou une œuvre caritative qui a déjà cent-mille personnes, ton impact marginal est plus petit qu’en devenant la cent-unième personne d’un autre projet.
Tara
Oui, le champ peut être déjà saturé. J’ajouterais aussi qu’il y a quand même une distinction entre les actions et le cadre de réflexion. L’échelle, par exemple, est un critère important. Mais après, c’est à chaque personne de choisir quelle importance elle lui donne, à un moment ou à un autre. Personnellement, j’ai déjà été aidé à la soupe populaire de nombreuses fois et, oui, ce n’est pas l’emploi de mon temps qui est le plus efficace, mais cela fait du sens pour moi pour d’autres raisons. Donc on peut très bien faire les deux choses. C’est uniquement un cadre de pensée. Ce n’est pas prescriptif.
Alix
Oui, l’idée n’est pas d’optimiser sa vie en entier! L’objectif c’est de se rendre compte de nos propres biais, comme notre non-sensibilité à l’échelle, afin que quand on ait envie de faire plus, on puisse le faire. Mais effectivement, ce serait déraisonnable de vouloir l’appliquer à toutes les actions et portions de notre vie, car ce n’est pas le genre de choses qui rend heureux. Et quand on est malheureux, on ne peut pas faire le bien. Il faut trouver cet équilibre aussi.
Tara
De ce point de vue-là, c’est réconfortant d’appartenir à une communauté. L’ambition d’être efficace et impactant peut être submergeante, mais en échangeant, on réalise qu’on est seulement humain·x·e et qu’à plusieurs on peut s’investir étape par étape. On apprend à accepter qu’on a un temps et une énergie limités à investir. Et on découvre en discutant comment donner le meilleur de nous-mêmes sans se sacrifier non plus.
La mission d’EA Lausanne, c’est donc davantage de sensibiliser les étudiant·x·e·s et de les orienter dans leur choix de carrière plutôt que d’organiser des œuvresde charité ?
Alix
Pour ce qui est d’EA Lausanne et EA Switzerland, oui. Ce sont des associations de community building. EA Switzerland est aussi une faîtière dont le but est de développer et soutenir la communauté EA suisse. Mais, il y a beaucoup d’organisations et d’entreprises dans le mouvement qui sont axées sur le travail direct: la recherche, l’implémentation de solutions existantes, le travail associatif et caritatif. Cela peut revenir à aller faire du lobbying ou aller travailler dans les gouvernements, par exemple. Nous, on est là pour transmettre à de nouvelles personnes cette envie d’aller effectuer ce travail direct. Mais c’est aussi valorisant car on contribue à démultiplier les forces du mouvement. Grâce à notre investissement, des personnes vont peut-être passer d’une carrière intéressante à une carrière cent fois plus impactante et utile socialement.
Tara
A EA Lausanne, nous sommes un groupe universitaire et comme la majorité de nos membres sont en fin de Bachelor ou en Master, des moments où on se pose des questions sur sa carrière, nos activités vont dans ce sens-là. Nous sommes une sorte de rampe de lancement pour se diriger vers une activité professionnelle utile. On souhaite aussi mettre en œuvre des projets caritatifs, mais c’est compliqué parce que les étudiant·e·x·s ont peu de temps à investir. On se concentre donc sur transmettre des idées et notre envie d’aider les autres.
Combien de membres compte EA Lausanne et comment en devient-on membre?
Tara
Tous les étudiant·x·e·s de l’EPFL et de l’Unil peuvent devenir membres. Des personnes extérieures peuvent aussi intégrer l’association, avec un seuil légal de 20%. La procédure pour devenir membre est simple: il suffit de remplir ce petit Form. Il n’y a pas de critères d’entrée. C’est uniquement pour faciliter la communication autour des événements et donner accès un groupe Telegram dans lequel les membres peuvent discuter. Mais en réalité, il n’y a pas besoin d’être membre pour venir aux événements et participer à la vie de l’association : il suffit de suivre nos annonces sur notre channel public Telegram et de venir quand vous en avez envie !
La moitié de vos conférences portent sur les défis de l’intelligence artificielle. Pourquoi investissez-vous ce sujet en particulier?
Tara
La première raison, c’est que la majeure partie des membres étudient à l’EPFL et l’IA y est un sujet qui a du succès parmi les personnes qui s’intéressent à l’informatique, l’éthique et/ou la morale. Ensuite, l’IA va bouleverser nos vies et il est important de réfléchir à comment l’utiliser et quelles règles lui imposer pour qu’elle fasse le bien et pas des dégâts. Par règles, j’entends de la législation et des solutions techniques pour que ces systèmes fassent exactement ce qu’on veut et ne puissent pas être utilisé pour par exemple planifier des attaques terroristes ou déstabiliser des systèmes politiques à l’aide de deep fakes, propagande ou du trucage d’élections.
Alix
On observe déjà ces dérives aujourd’hui. Des IA influencent une partie de la population sur les réseaux sociaux.
Tara
L’échelle du problème mérite qu’on s’y penche, je pense. Et c’est un problème négligé aussi. Avant la popularisation de ChatGPT, 300 personnes travaillaient sur la sécurité des systèmes d’IA et son versant éthique, alors que plusieurs milliers ou dizaines de milliers réfléchissaient à comment les diffuser, développer et augmenter leurs performances. Il y a un énorme déséquilibre. Et justement, il faut que des ingénieur·x·euse·s, mais aussi des sociologues, des juristes, des économistes ou encore des historien·ne·s réfléchissent à l’utilisation de l’IA et participent à sa réglementation. C’est pourquoi, on essaie de sensibiliser des étudiant·x·e·s de différentes facultés à cette problématique. On a besoin de toutes les compétences. Et on serait très heureux·e·s que des étudiant·x·e·s d’autres facultés intègrent l’association pour amener d’autres questionnements et diversifier les profils d’EA Lausanne.
Je tien quand même à mentionner que des groupes de membres s’intéressent principalement à d’autres questions, comme le développement de protéines alternative (i.e. sans exploitation animale), ou bien la biosécurité.
Vous proposez sur votre site des dons déductibles des impôts: est-ce que c’est parce que vous pensez que la charité est plus efficace que la fiscalité ?
Alix
C’est une très bonne question. La déduction des impôts est proposée par les États pour encourager les gens à donner. Mais en effet, la question se pose: est-ce qu’on soustrait de l’argent à l’aide publique en faisant des dons déductibles ? Non, on ne vole pas de l’argent aux professeurs, à l’administration publique ou à l’aide sociale. La quantité d’argent déduite des impôts est minime par rapport aux budgets des départements de l’Etat concernés. La recherche montre qu’une association caritative peut avoir un impact jusqu’à 1000 ou 10’000 fois plus important que la moyenne. Avec la même somme d’argent, on peut donc garantir 1000 années de plus pour des gens malades, ou sauver peut-être 1000 fois plus d’animaux de l’agriculture intensive. Donc, oui, ça peut être plus efficace de faire des dons plutôt que de de laisser l’État réfléchir à comment investir nos impôts.
Tara
Il faut se rendre compte que l’Etat a aussi ses critères d’investissement et qu’on ne partage pas forcément. En particulier, l’Etat suit (la grande majorité du temps) une logique nationale. De ce fait, il ignore plein de personnes qui auraient besoin d’aide dans d’autres pays, et qui en auraient peut-être même davantage besoin. Ce n’est donc déjà pas un choix neutre de donner à l’Etat plutôt qu’à des ONG internationales.
Alix
Oui, quand on regarde les chiffres, on peut aider beaucoup plus en envoyant de l’argent à l’étranger et notamment on peut sauver beaucoup plus de vie. Une des associations qui est souvent prise en exemple, c’est Against Malaria Foundation. En fait, acheter des énormes stocks de moustiquaires imprégnés d’anti-Moustiques ça ne coûte pas très cher, et ça sauve beaucoup de personnes de la malaria.
La faillite et les malversations de la plate-forme d’échange de cryptomonnaies FTX a jeté du discrédit sur l’Effective Altruism dans les médias. Le fondateur de la plate-forme, Sam Bankman-Fried était en effet une des figures économiques de proue du mouvement. Qu’en pensez-vous?
Alix
Cet événement a amené beaucoup de membres de la communauté EA à réfléchir à la façon dont nous en sommes arrivés là, à l’impact que cela aura sur notre travail à l’avenir et à la manière dont nous pouvons réduire le risque qu’une telle chose se reproduise. Ce que Sam Bankman-Fried et d’autres dirigeants de FTX ont fait en mentant ou en fraudant les clients ou en agissant de manière immorale et contraire à l’éthique, n’était certainement pas conforme aux principes de l’altruisme efficace. Une telle activité est incompatible avec nos valeurs et n’a pas sa place au sein de la communauté.
Tara
L’altruisme efficace est enraciné dans le désir d’aider les autres, ce qui requiert de l’intégrité. La communauté de l’altruisme efficace a majoritairement soutenu que nous devrions toujours agir dans un cadre moral solide d’honnêteté, de confiance et de collaboration. Nous regrettons l’affiliation étroite d’EA avec Sam Bankman-Fried et la dépendance à son égard en tant que donateur majeur. Nous éprouvons une profonde empathie pour toutes les personnes touchées par la fraude. La communauté EA est vaste et mondiale. La grande majorité des personnes pratiquant l’altruisme efficace n’avaient aucun lien avec FTX ou Sam Bankman-Fried.
Pour calculer l’efficacité d’une action, vous comparez donc les souffrances?
Alix
Oui, c’est une grosse question effectivement, quels critères utiliser pour comparer? Il y a beaucoup de désaccord. Est ce qu’on veut optimiser le volume des gens ou est ce qu’on veut optimiser la quantité de d’années vécues ? Quelle pondération on accorde aux inégalités ? Qu’est-ce qu’on veut optimiser ? Qu’est-ce qu’on considère comme un besoin ou comme une souffrance ? On débat beaucoup de ces questions.
Tara
Mais ce choix, si on ne le fait pas explicitement, on le fait implicitement. Amener le thème sur la table, c’est un peu dérangeant, mais c’est nécessaire parce que nos actions sont basées sur une pondération inconsciente des souffrances : une souffrance à l’étranger est considérée comme moins importante qu’une souffrance en Suisse par exemple. La non-action est une action finalement.
Est-ce qu’au final, ce que vous demandez aux gens c’est de donner plus avec le cerveau, et moins avec le cœur?
Alix
Non. On a besoin du cœur. C’est lui qui pousse à vouloir aider les autres, à trouver du sens à son engagement, à vouloir rendre ce monde meilleur. Ça vient vraiment du cœur. Mais oui, il faut aussi mobiliser le cerveau car on a beaucoup de biais cognitifs qui font qu’on va agir de façon précipitée et finalement pas forcément en adéquation avec nos valeurs. La motivation doit être émotionnelle, mais l’action doit être réfléchie.
Tara
Je n’aime pas opposer le cerveau et le cœur. C’est un système commun pour moi et les émotions nourrissent les réflexions autant que l’inverse.
Quelles événements organisez-vous prochainement?
Alix
On organise le mardi 7 mai une table ronde consacrée à la gestion des risques des pandémies (lien vers l’événement). Il y aura 3 intervenant·e·s. Le premier présentera les risques des pandémies et le besoin de biosécurité. Le deuxième nous donnera une perspective technique, alors que la troisième intervenante traitera des solutions politiques.
Tara
Quand il fera définitivement chaud, on organisera aussi un buffet canadien au bord du lac (plus d’infos). Ce sera l’occasion de discuter et de rencontrer du monde! Sinon, on organise aussi des hackatons et des soirées de réflexion sur des sujets variés. Comme mentionné précédemment, EA Lausanne a aussi deux commissions qui s’intéressent respectivement au développement de protéines alternatives (lien vers leur Instagram) et à la sécurité des systèmes d’IA (lien vers leur Telegram).
Et vous, qu’est-ce qui vous a amené à l’Effective Altruism?
Alix
Je me suis intéressé à l’EA alors que je faisais ma thèse de master en bio-ingénierie. J’avais l’impression de développer des techniques hyper innovantes, mais qui ne seront accessibles qu’au « premier monde ». C’était un peu une crise existentielle pour moi. En en parlant avec des gens, j’ai fini par découvrir le site de 80’000 hours, une fondation focalisée sur aider les gens à trouver une carrière qui ait du sens pour eux et qui leur donne plus d’impact. C’est sur leur site que j’ai découvert l’EA. Je me suis ensuite mise à fréquenter EA Lausanne. Je m’y suis plu et je me suis engagée comme à différents niveaux lorsque j’étais en doctorat à l’EPFL et puis maintenant je co-dirige l’association nationale.
Tara
Moi, c’était vers la fin de mon Bachelor. Je me demandais ce que j’allais faire ensuite. Je voulais choisir un Master qui ait du sens pour moi. Je cherchais des ressources pour répondre à mes questionnements moraux et philosophiques et je suis tombéx sur EA. C’était justement un espace pour discuter avec des gens de ces questions-là et aussi l’opportunité de m’impliquer. Je me suis impliquéx de plus en plus, et voilà maintenant je suis présidentex.
DEBAT : En 2020, l’Unil est revenu sur le doctorat honoris causa décerné à Mussolini 83 ans auparavant. La publication d’un rapport sur la question a proposé le financement de cinq programmes pour une politique mémorielle. Une décision qui ne fait pas l’unanimité. L’Auditoire revient sur le débat et se questionne sur l’avancée des programmes.
Il y a 120 ans, un jeune italien en exil suivait des cours à l’Unil. Son nom : Benito Mussolini. En effet, c’est au début du 20ème siècle qu’il étudie à la faculté des sciences sociales et politiques de l’Université de Lausanne. Quelques décennies plus tard, en 1937 dans un contexte de montée du totalitarisme en Europe, l’Unil lui décerne un doctorat honoris causa « pour avoir conçu et réalisé dans sa patrie une organisation sociale qui a enrichi la science sociologique et qui laissera dans l’histoire une trace profonde ». En 1987, pour le cinquantenaire de l’événement et face à une incompréhension et une opposition déjà persistante de la part du public, l’Unil publie un livre blanc sur la question. Cependant, celui-ci, ne répondant pas aux problèmes éthiques et historiques d’une telle démarche, est jugé globalement insatisfaisant.
Repenser la posture à adopter
Ce n’est qu’en 2020 que l’Unil décide de prendre une position institutionnelle sur la question. L’Université prend la décision de mandater le Centre interdisciplinaire en éthique (CIRE) et de constituer un groupe d’experts internes pour réfléchir à la posture qui doit être adoptée quant à cette distinction. A la lumière des événements passés, la question de son potentiel retrait est centrale. Toutefois, l’Université donne le ton en affirmant souhaiter gérer son passé de manière cohérente ; que tous puissent se saisir du problème, dans le présent ou dans le futur, afin qu’une telle erreur ne se reproduise plus. En février 2022, le Recteur Frédéric Herman s’oppose au retrait du doctorat honoris dans l’émission Forum de la RTS : « Le retirer, c’est l’enlever du débat démocratique. ». Le mois suivant, Ensemble à gauche Vaud réagit et dépose une motion au Grand conseil vaudois pour que le doctorat soit retiré. Celle-ci est jugée irrecevable : l’Etat de Vaud n’a pas de compétence pour obliger l’Unil à retirer le doctorat.
« Le retirer, c’est l’enlever du débat démocratique ».
Frédéric Herman, RECTEUR DE L’UNIL
En mai, le groupe de travail du CIRE publie un rapport. Pour des questions juridiques et éthiques, il y est conseillé de ne pas retirer le doctorat : « la réalité des faits (une université, dans une situation démocratique, a honoré un fasciste notoire) est indélébile ». Entre autres dans une volonté d’ouvrir la discussion et de ne pas s’enfermer dans une binarité du « pour » ou du « contre », le financement de cinq programmes autour du fascisme est proposé. Pour encourager la constitution d’un savoir sur ce pan de l’histoire, sont proposés la mise à disposition de matériel pédagogique, la création d’un prix d’excellence et le déblocage de fonds pour des travaux spécifiques à la question. Pour inciter à la discussion : la mise en place d’un atelier à destination des écoles et gymnases et l’organisation d’un colloque pluridisciplinaire sur les enjeux mémoriels du fascisme.
Des actions jugées insuffisantes
Suite à la publication du rapport, le Recteur s’est exprimé une nouvelle fois sur le maintien du titre honorifique sur le site de l’Unil. Il affirme : « Le mode d’action d’une université va au-delà du simple rappel de valeurs. Il repose plutôt sur la constitution de savoirs, le développement d’outils d’analyse et de déconstruction, de mise en relation des composantes qui constituent une situation. ». Toutefois, ce mode d’action ne fait pas l’unanimité. En juillet de la même année, la députée de Gauche, Elodie Lopez, dépose un postulat pour que l’État de Vaud se positionne contre le maintien du titre. Une demande votée et rejetée par le Grand conseil vaudois qui suit la politique de l’université. En mars 2023, une nouvelle pétition est déposée contre cette décision par un comité de militants. Sans succès. Mais comment comprendre cette divergence d’opinions ? Stéphanie Prezioso, professeure d’histoire à l’Unil et conseillère nationale publie en 2023 un article sur la question pour la revue Laboratoire italien. Elle revient notamment sur les lacunes du rapport. On y lit que les revendications pour le retrait ne se sont jamais appuyées sur un désir d’effacer le passé et que la politique mémorielle ne répondrait donc pas à tous les enjeux de la question. Celle-ci aurait dû être jointe d’une révocation du titre. Un acte aussi fort aurait alors, entre autres, contribué à soulager « la dette que nous avons envers les vaincus des luttes passées » : des victimes dont la mémoire ne serait pas suffisamment honorée par la politique de l’université.
Photographies de Benito Mussolini prises par la police de Berne le 19 juin 1903 après l’avoir appréhendé pour incitation à la grève. Archives du canton de Berne.
Des programmes, mais encore ?
Où en sont les plans deux après la remise du rapport du CIRE? «Ils sont sur le point de se concrétiser», nous apprend Nadja Eggert, directrice du CIRE. Une exposition devrait se tenir cette année pour «que cet épisode soit diffusé et raconté» hors des murs de l‘Université, pour permettre une appropriation plus globale de la question, notamment auprès des plus jeunes générations. En effet, elle ajoute : « On tenait à ce que les acteurs plus jeunes puissent aussi s’approprier cette question-là pour éventuellement dans 20 ans ou dans 10 ans, que cette jeune génération décide peut-être alors de retirer le prix. » Un colloque aura lieu à l’Unil et au Palais de Rumine du 7 au 9 novembre 2024 dans l’optique de «poser l’état des lieux de la recherche actuelle et d’identifier les pistes à creuser». Enfin, la directrice du CIRE parle d’une future collaboration avec le Festival Histoire et Cité, un événement romand annuel, qui remplacerait l’idée présentée préalablement d’octroyer un prix d’excellence pour des recherches sur le fascisme: «On s’est rendu compte que la pertinence du prix, son contour, n’était pas clair et cette collaboration avec le Festival semblait beaucoup plus adéquate pour assurer une pérennité. L’idée c’est d’avoir une activité, chaque année, qui puisse, non pas se remémorer le prix évidemment, mais se remémorer que l’Unil a fauté.»
« L’idée c’est d’avoir une activité, chaque année, qui puisse, non pas se remémorer le prix évidemment, mais se remémorer que l’Unil a fauté. »
Nadja Eggert, directrice du CIRE
Interrogée sur l’opposition quant au maintien du titre, Nadja Eggert insiste sur le besoin de prendre en compte la spécificité du cas suisse, qui doit être comprise et assumée. Si d’autres pays, sous occupation au moment des faits – notamment sous régime hitlérien – qui ont octroyé des dhc regrettables sous la contrainte n’ont pas tardé à organiser leur retrait, « dans notre cas, la situation n’est pas la même ». « Ce qu’on a pu voir en ayant recours à des experts c’est qu’il n’y a pas eu de ‘carte forcée’. Cette décision a été prise du plein gré de l’Université dans un contexte politique et philosophique fasciste. « Pour nous il est important d’insister sur cette nuance, de ne pas risquer de la balayer par un retrait, d’où l’idée de faire un colloque ». Une affaire qui, loin d’être clause, reste à suivre de très près.
ECHANGE • Les étudiant·e·s du cours TANDEM «pratique de l’oral en tandems interculturels» de l’École de français langue étrangère, sous la supervision de Mme Myriam Détraz, ont préparé pour L’auditoire des anecdotes sur leur expérience et découverte de la culture suisse.
Ponctualité helvétique
Nous étions en route pour le cours et là, je semblais un peu stressé (d’après ce que ma collègue, qui vient d’Italie, m’a raconté), car nous n’avions pas encore pris place 10 minutes avant le début. Ma collègue a un peu souri, car elle m’a dit qu’en Italie, on arrive 15 minutes après le début du cours et que c’est normal chez eux. Ici, en Suisse, on arrive «trop à l’heure», c’est-à-dire environ 5-10 minutes avant le début, selon la devise: «Ponctuel comme une horloge suisse», selon ma collègue.
(Elena, Suisse)
Comme dans les magazines
Je ne sais pas si c’est parce que je suis arrivée en Suisse à la fin d’été, alors qu’il y avait encore beaucoup de soleil, mais la première chose que j’ai remarquée dans le train de l’aéroport a été «wow… tous les gens sont vraiment beaux…». Moi, je ne me considère pas comme moche, mais bien sûr je ressemble à quelqu’un qui a passé les vingt dernières années dans un pays avec un indice UV qui n’atteint que 3 ou 4 même pendant l’été. Tout le monde en Suisse me semblait avoir une certaine allure de jeunesse et de santé qui me manquait. C’était comme regarder les gens dans un catalogue de vêtements; des gens normaux, du quotidien, mais sans doute plus attractifs que la moyenne. Pourrait-il y avoir quelque chose d’autre, de plus que l’exposition au soleil? Et c’est là que j’ai pensé que peut-être c’était la magie d’un régime composé de charcuterie et de chocolat. De toute façon, il n’y avait qu’une seule manière de savoir: vivre comme les locaux. Jusqu’à maintenant je n’ai pas noté de différence dans mon apparence, mais mes poches sont évidemment plus vides.
(Elyse, Ecosse)
Les étudiant·e·s de l’Unil, poli·e·s ou timoré·e·s?
Les Néerlandais·es sont direct·e·s et bruyant·e·s. En général, nous savons cela de nous-mêmes, mais ce n’est qu’à l’étranger que nous y sommes confronté·e·s. Il en va de même dans les salles de cours. Avec un sourire enjoué, le professeur commence son cours en posant quelques questions sur la matière. Qu’avez-vous pensé de cet article? Et… la salle est restée complètement silencieuse. La question a été répétée: tout le monde avait-il compris? Pas de réponse. Après une troisième fois, quelques étudiant·e·s hochent la tête et marmonnent. C’est avec une grande stupéfaction que j’ai assisté à tout cela. Aux Pays-Bas, vous auriez dû faire de votre mieux pour ajouter quelque chose. Est-ce de la politesse? Est-ce de la timidité?
(Bouke, Pays-Bas)
Le dimanche un jour tranquille
Un dimanche après mon arrivée, j’ai voulu faire ma lessive, mais je n’ai pas réalisé qu’il n’est pas normal en Suisse de faire du bruit excessif un dimanche. Étant donné que la machine à laver fera un bruit qui pourrait déranger les voisin·e·s de l’appartement, je pensais que j’avais réussi à ne pas déranger mes voisin·e·s en ne faisant pas ma lessive le samedi soir (après 22h). Alors, le dimanche matin, je me suis réveillée tôt et j’ai pris ma lessive à laver. Lorsque ma colocataire m’a vue, elle m’a demandé: «Où vas-tu avec tous ces vêtements? Tu voyages quelque part et tu ne me l’as pas dit?» Je lui ai répondu «non, je vais faire la lessive» et elle m’a dit que je ne pouvais pas faire ça parce que le dimanche nous ne faisons pas de bruit. Je suppose que les dimanches sont des jours très calmes en Suisse, alors nous avons regardé des films et mangé des pizzas et des glaces, et j’ai fait ma lessive le lendemain.
(Ekua, Ghana)
Baignade, plage et féminisme
En été, j’ai vu plusieurs femmes qui nageaient dans le lac sans un haut de bikini, qui sont donc à demi nues. Ça m’a vraiment choquée parce que ce n’est pas la norme chez moi. Je ne pourrais pas faire ça, mais chacun son choix! Je me sentais un peu mal à l’aise parce que je ne voulais pas que les femmes pensent que je les regardais et je ne voulais pas non plus sembler irrespectueuse. Je pense que c’est une excellente chose du point de vue culturel, car cela me rappelle le féminisme. Pourquoi devrait-il être normal pour les hommes de nager torse nu, mais pas pour les femmes?
(Poppy, Angleterre)
Pourquoi devrait-il être normal pour les hommes de nager torse nu, mais pas pour les femmes?
Poppy
Service spécial
Quand je suis arrivé en suisse, la première chose que j’ai trouvée bizarre, c’est l’horaire des restaurants. Une fois, je voulais manger dans un restaurant à 20 heures 45, une heure dite normale pour manger à Gibraltar. Ils m’ont laissé manger sans problème et le repas était cher mais délicieux. Cependant, pendant mon repas ils avaient un air un peu bizarre et mécontent mais je n’ai pas trop fait attention à ça, sauf que j’étais la seule personne dans le restaurant donc c’était comme un endroit spécial juste pour moi. Cependant à la fin quand j’ai demandé l’addition, ils m’ont dit que j’étais la seule personne car la cuisine fermait à 21:00 heures. Je me suis senti gêné et mal pour eux car ils ont travaillé une heure supplémentaire de sorte que je puisse manger mon hamburger. C’était drôle mais gênant à la fois.
(Niran, Gibraltar)
Recevoir en Suisse
En Suisse, tout doit toujours être exact et parfait quand on reçoit des invité·e·s. Quand nous recevons des invité·e·s, mes parents font toujours en sorte que tout soit rangé et propre. Très important, en été, la pelouse doit être tondue! Mon père fait aussi secrètement un concours avec notre voisin pour savoir quelle pelouse est la plus belle. En Suisse, l’hospitalité est souvent associée à la précision, à l’ordre et à la perfection. Donc aussi un peu chez mes parents.
(Aïna, Suisse)
Prendre le temps de se détendre
Chaque fois quand je me promène sur le campus, il y a toujours beaucoup de gens qui sont en train de «faire le vide», c’est-à-dire qu’ils ne pensent plus à rien, et se relaxent. Ils ne font rien, ils sont juste allongés au soleil pour se reposer. C’est une grande surprise pour moi que le rythme de la vie en Suisse soit plus lent que d’où je viens. Les gens ne sont pas stressés et c’est aussi la raison pour laquelle ils ont du temps pour faire ce qu’ils veulent.
(Ted, Taïwan)
Petites confusions
Au début, je disais «Madame Nicole» ou «Madame Christina». Cela provoquait une réaction de rire et de surprise. Puis on m’a expliqué que lorsqu’on appelle une femme «Madame», il faut ajouter non pas le prénom, mais le nom. Un autre exemple est que j’ai du mal à me souvenir des déterminants. Et pour avoir l’air plus compétente, quand je demande quelque chose, je dis toujours non pas un/une, mais plusieurs. C’est pour ça que j’achète non pas une glace, mais deux. Je demande de me servir non pas une assiette, mais deux.
(Anastasiia, Ukraine)
Un dépôt pour un linge…
Je suis allée à Zermatt un week-end en octobre, et j’ai séjourné dans une auberge de jeunesse, mais après être arrivée je me suis rendu compte que j’avais oublié mon linge. Heureusement, l’auberge avait des linges disponibles, mais pour les utiliser, il faut déposer trois francs et puis après le retour on récupère l’argent. Pas de problème, j’avais de toute façon l’intention de le rendre aux employées et de récupérer mes trois francs. Mais après avoir fini ma douche, j’ai regardé le linge et j’ai pensé «…c’est de la bonne qualité». Si je ne le redonne pas à l’auberge, je perds trois francs, et ils gagnent trois francs. C’est presque comme si je l’avais acheté, non? Personne ne peut dire que je l’ai vraiment volé. Finalement, je ne l’ai pas gardé, mais je me suis demandé s’il ne vaudrait pas mieux ne pas avoir un échange d’argent dans cette situation.
(Elyse, Ecosse)
Où acheter de l’alcool en Suisse?
Ce qui m’a vraiment surpris en arrivant en Suisse, c’est l’absence d’alcool dans les magasins. Comment pouvait-il être si difficile d’acheter une bière? Sans parler des alcools plus forts! Je pense que c’est l’une des différences culturelles les plus visibles. Je viens de Pologne, et dans mon pays, vous pouvez probablement trouver au moins quelques magasins dans une rue qui vendent de l’alcool. On en trouve dans les supermarchés, dans les épiceries locales, dans les magasins de spiritueux et même chez les petits marchands de journaux. Il n’y a pas non plus de distinction entre l’alcool fort et l’alcool léger. Si un magasin vend de la bière, il vendra aussi du whisky, de la vodka ou du vin. Par exemple, à côté de ma maison à Poznan, une ville polonaise d’environ 500’000 habitants, je peux acheter de l’alcool de toutes sortes dans environ 7 magasins qui se trouvent tous à 5 minutes à pied de ma maison. C’est quelque chose de normal, on peut acheter un snack, un café, un Pepsi, des chips mais aussi de l’alcool. Lorsque je suis arrivé en Suisse et que je suis allé à la Migros, j’ai été surpris de ne trouver de l’alcool nulle part. En marchant dans la rue, je n’ai vu que du vin, mais aucun autre alcool. C’était vraiment étrange.
(Kacper, Pologne)
Contrôle aléatoire: plus rapide et efficace
La situation où j’ai eu un choc culturel, c’est que dans le métro, il n’y a personne pour scanner les billets ou le swiss travel pass, ce qui était bizarre pour moi. La première fois que j’ai utilisé les transports publics à Lausanne, je suis monté à l’avant du bus et j’ai montré mon abonnement suisse au conducteur; et il m’a regardé avec un air un peu confus de quelqu’un qui ne comprend pas pourquoi je montrais mon travel pass. Par la suite, quand j’ai utilisé les transports publics, j’ai appris que tout le monde monte dans le bus ou le métro et que l’État fait confiance aux personnes pour payer et c’est la manière de voyager la plus efficace. Par ailleurs, il y a une machine pour scanner le pass dans le métro et dans le bus, et vous n’avez pas besoin de montrer le pass au conducteur comme en Angleterre. Donc quand je suis monté à l’avant du bus, en effet, j’ai ralenti le conducteur, le service et tout le monde attendait à cause de moi.
(Niran, Gibraltar)
Confusion gênante
Le gros problème pour moi, c’est que les mots français se ressemblent quand on les prononce. C’est très difficile de comprendre un discours. Un jour, je me préparais pour une randonnée et mon voisin m’a donné quelque chose et m’a dit : «C’est un sac à dos». Mais à la place j’ai entendu : «c’est un cadeau». J’ai alors rougi. En fait, ce n’était pas un cadeau. Je me sentais stupide. Ça arrive.
(Anastasiia, Ukraine)
Abstinence forcée
Je voulais faire une soirée vin avec une amie. Nous sommes donc allées à 19h20 chez Denner pour acheter du vin. Le problème, c’est que nous ne savions pas que l’on ne pouvait plus acheter d’alcool ici à partir de 19 heures. Donc nous n’avions pas de vin pour notre soirée vin.
(Nicola, Allemagne)
L’heure de manger
Avant d’arriver en Suisse, je ne savais pas que les Suisse·sse·s étaient très attentif·ve·s à l’heure du dîner (à midi). Quelque temps après mon arrivée, j’ai donc prévu d’aller à la banque. J’avais un cours le matin et pensais arriver à la banque quelques minutes après midi. Pensant que je serais à l’heure, que toutes mes affaires seraient rangées et que je pourrais rentrer chez moi, je me suis rendue à la banque. Mais en arrivant, j’ai découvert qu’elle était fermée pour le déjeuner et qu’elle n’ouvrirait pas avant 14 heures. Imaginez ma surprise, car au Ghana, d’où je viens, il n’y a pas d’heure fixe pour le repas de midi et dans un environnement de travail, les gens prennent leur pause déjeuner à des heures différentes, de sorte qu’il n’y a jamais vraiment de fermeture juste pour manger à midi. Alors, après avoir découvert cela, j’ai appelé mon ami qui habite près de la banque et nous sommes également sortis pour manger.
(Ekua, Ghana)
Les trains, les montres et les vaches
La Suisse est le pays des trains et des montres. Si vous combinez les deux, vous obtenez les CFF, l’entreprise qui veille à ce que tous les Suisse·sse·s puissent respecter la ponctualité lorsqu’ils traversent le paysage montagneux. La Suisse, les montagnes, les trains et les montres. Alors, que nous manque-t-il encore…? Le chocolat au lait, provenant des vaches qui paissent sur ces magnifiques montagnes. Alors que les SBB s’efforcent d’être ponctuels, les vaches semblent l’être moins. Après un voyage en train avec les trains allemands, j’ai aspiré à la ponctualité des Suisses. Mais hélas… une approche du train avec une vache. Qui l’aurait cru en Suisse, pays si bien réglementé?
(Bouke, Pays-Bas).
Être poli·e·s, même si c’est dans la rue
À Taiwan, les gens traversent la route quand il n’y a pas de voitures, et les conducteur·ices·s quand il n’y a pas de piétons, même si les feux sont rouges. Donc il y a beaucoup d’accidents de la route tous les jours. Mais les gens en Suisse sont polis et suivent toujours les règles de la circulation, et ça me rend confiant chaque fois que je marche dans la rue.
(Ted, Taïwan)
Faire des réserves
Nous, les Suisse·sse·s, avons toujours du chocolat en masse à la maison, voire même une armoire entière remplie de chocolat. Chez moi, je dois veiller à ce que le seul chocolat ne fonde pas. Je pense qu’il y a des Suisse·sse·s qui aiment manger beaucoup et souvent du chocolat, et d’autres qui apprécient une consommation de chocolat modérée.
(Elena, Suisse)
Conduire à droite, une hérésie!
Je viens d’Angleterre alors on conduit à gauche (mais en réalité c’est le côté correct 😉 ). Cela a été un peu difficile de m’adapter ici en Suisse car ils·elles conduisent sur le côté droit. Le weekend dernier, j’étais en train de traverser la rue, et j’ai juste regardé à gauche, quand une voiture m’a presque percutée. Il y avait d’autres piétons qui ont trouvé cela drôle. C’était assez embarrassant. Je vais faire plus attention à l’avenir… C’était une question de vie ou de mort!
(Poppy, Angleterre)
Marijuana
J’ai l’impression que beaucoup de jeunes gens à Lausanne fument de la marijuana. Quand je me promène au bord du lac, il y a beaucoup de gens qui fument. Je m’attendais à ce que la Suisse soit très stricte avec l’interdiction de la marijuana et j’ai été surpris.
(Leopold, Allemagne)
Un petit déjeuner un peu cher…
Lors de mon tout premier matin à Lausanne, je suis allée à la boulangerie pour acheter un petit déjeuner pour la route. J’ai pris un sandwich avec de la salade…. Alors que je cherchais mon porte-monnaie, la vendeuse a mis mon petit pain dans un sac. Sur la route de l’arrêt de bus, j’ai mangé une part de ce petit pain, mais j’ai soudain remarqué qu’il était fourré au thon. Je ne comprends pas en quoi c’est typiquement suisse. Malheureusement, je déteste le goût du thon. Donc j´ai dépensé CHF 9.- pour un petit-déjeuner que je n’ai pas aimé….
(Nicola, Allemagne)
Dans mon pays, la Pologne, il n’y a pas de pause au milieu de la journée
Kacper
La sacro-sainte pause de midi
L’une des choses les plus étranges que j’ai remarquée en Suisse est l’interruption du travail au milieu de la journée. J’ai trouvé cela tellement bizarre! Ce que je veux dire, c’est que c’est quelque chose de complètement différent de ce à quoi je suis habitué. Dans mon pays, la Pologne, il n’y a pas de pause au milieu de la journée. Je suis allé au bureau de l’agence de location et il était fermé à 13 heures parce qu’il y avait une pause. J’étais tellement en colère, comment peut-on ne pas acheter quelque chose ou ne pas voir quelque chose dans un magasin ou un bureau au milieu de la journée? En Pologne, si les gens bénéficient d’une pause de deux heures au milieu de la journée, ils ne retourneront probablement pas au travail après la pause. En Pologne, la plupart des gens préfèrent travailler en une seule fois, par exemple commencer à 6 heures du matin et travailler jusqu’à 14 heures, ou faire des heures supplémentaires et travailler jusqu’à 16 heures. Mais il est toujours possible de rentrer chez soi après. Je trouve étrange qu’en Suisse, les gens préfèrent avoir une pause plus longue et rentrer chez eux plus tard.
(Kacper, Pologne)
Faire du patin
Avec mes origines néerlandaises, je suis bien sûr une patineuse. Il n’y a rien de mieux que de faire des tours de piste sur la glace en hiver avec une brise fraîche autour de moi lorsque le soleil se lève. Lorsque j’ai parlé de ce hobby en Suisse, j’ai été accueillie avec beaucoup d’enthousiasme. «Bien sûr que nous faisons du patin à glace!» Il y a même une patinoire ici à Lausanne, vous devriez y aller un jour. Je me suis donc rendue avec plaisir à la Vaudoise, munie de mes longs patins à clapet. Il s’avère que patiner aux Pays-Bas n’est pas la même chose que patiner en Suisse. C’est un sport complètement différent!
(Bouke, Pays-Bas)
Au pays des clichés
Le cliché sur la nature en Suisse est complètement vrai. Quand on traverse le pays avec le train, on peut voir des vaches partout, les montagnes et des drapeaux suisses. Je pensais que la Suisse était jolie, mais pas comme ça.
(Leopold, Allemagne)
Raclette virale…
Le premier août, nous faisons toujours de la raclette à la maison. J’aurais préféré quelque chose de différent, par exemple un barbecue avec une salade à cette période de l’année. Mais non, nous mangeons toujours de la raclette ce jour-là. La Suisse est connue pour son goût pour le fromage, dont la raclette. Et en plus le 1er août! Cela ne pourrait pas être plus traditionnel.
SCIENCE-FICTION • V pour Vendetta, Farenheit 451, Ghost in the Shell… La science-fiction, depuis ses débuts, n’a eu de cesse d’interroger: quel sera le monde de demain?
Désastres environnementaux et pandémies incontrôlables; censure et totalitarismes montants; surveillance de masse et peur de l’Autre; technologies dérivantes et libéralisme effréné; citoyenneté asphyxiée et libertés enlevées… Aux siècles précédents comme aujourd’hui, la science-fiction s’est toujours érigée en miroir des dérives sociétales et de nos peurs les plus rampantes. Trop souvent déconsidérée, la science-fiction ne s’adresse pourtant pas qu’aux amateur·ice·s du genre. Entre dystopies et utopies, ces mondes imaginaires nous conduisent à cette question, terrifiante, bouleversante: et si ce futur était déjà en marche?
Si ce monde vous déplaît
Ce sont ces questionnements qu’aborde Si ce monde vous déplaît, un podcast créé par la Maison d’Ailleurs, le musée de la science-fiction, de l’utopie et des voyages extraordinaires situé à Yverdon-les-Bains, en partenariat avec l’Unil. De Fahrenheit 451 à V pour Vendetta, en passant par Ghost in the Shell, Soleil Vert et d’autres classiques de la science-fiction, le podcast aborde en dix épisodes des sujets aussi vastes que le genre lui-même.
«Et moi, dans mon monde à moi?»
Marc Atallah
Chaque épisode analyse une oeuvre majeure et invite un·e chercheur·euse de l’Unil à les questionner. Le but? Décrypter les visions plurielles que nous offrent ces oeuvres, grâce auxquelles nous pouvons méditer sur notre présent et les directions possibles que peuvent prendre nos sociétés. «Une des fonctions de la fiction, et ça marche particulièrement bien pour la science-fiction, c’est d’être capable de nous décentrer. Comme je vis une autre vie, je peux inspecter autrement ma propre vie», nous dit Marc Atallah, directeur de la Maison d’Ailleurs et hôte principal du podcast. Que ce soit au travers de Montag, V, ou encore le major Kusanagi, l’on se pose à la place des protagonistes et l’on s’interroge: et si j’étais à leur place? Et si leur monde est en fait le mien? «La science-fiction a vite tendance à inverser les choses», expose Marc Atallah. Dans Fahrenheit 451 de Ray Bradbury, par exemple, on appelle pompiers ceux qui brûlent les livres. Dans cette société, les pompiers protègent la population de la dissidence, de la liberté. «Le·la lecteur·ice qui sort de Fahrenheit 451 doit se rendre compte que ces pompiers protègent la société de la prise de conscience que le bonheur promis est factice. Et logiquement l’étape d’après c’est de se demander: et moi, dans mon monde à moi?»
Consommer, divertir, bousculer
De telles oeuvres nous rappellent, de temps en temps, de prêter attention à notre consommation personnelle de contenu médiatique: «Dans ce que je consomme, est-ce qu’il y a la place pour la dissidence, pour la révolte, pour la critique, pour la faculté de jugement?» interroge Marc Atallah dans Si ce monde vous déplaît. Les meilleures oeuvres de science-fiction bousculent, interrogent, bouleversent, dérangent, chamboulent. Et comme le rappelle le professeur Faber dans Fahrenheit 451, «Les livres sont faits pour nous rappeler quels ânes, quels imbéciles nous sommes. Ils sont comme la garde prétorienne de César murmurant dans le vacarme des défilés triomphants: Souviens-toi, César, que tu es mortel».
LOGEMENT • Comment se loger quand on est étudiant·e? Vous étiez encore nombreux·ses à chercher une réponse à cette question à la rentrée. Car crise du logement oblige, les chambres se font rares. Pourtant les différentes associations et fondations du campus rivalisent d’ingéniosité pour trouver de nouveaux lits.
En juin, l’Unil et l’EPFL lançaient une campagne afin de trouver 600 chambres supplémentaires pour la rentrée universitaire. Leurs efforts ont payé et cela leur a permis de trouver de nombreux lits. Mais malgré cela, les logements manquent toujours pour accueillir les étudiants·e·s qui sont chaque année plus nombreux·ses. Les différentes associations et fondations qui travaillent avec les deux campus ne manquent pas d’idées pour trouver de nouveaux lits. La FMEL (Fondation Maisons pour Étudiants), qui gère notamment les logements du Vortex, est l’une des plus grosses structures d’accueil d’étudiant·e·s en Suisse. Elle a actuellement une capacité d’accueil de plus de 4000 lits, mais cela ne suffit pas à répondre à la demande. Le prochain projet de la fondation à 75 millions de francs: la construction de 776 lits sur le Campus santé, prévu pour 2026 à Chavannes-près-Renens et qui accueillera notamment la HESAV (Haute École de Santé Vaud). «Mais la fondation reste constamment à l’affût de chambres à proposer à ses étudiant·e·s», assure son directeur Yves Ferrari.
Pire que la file d’attente du Paléo
Pour trouver une chambre auprès de la FMEL «c’est comme pour Paléo, premièr·e arrivé·e, premièr·e servi·e» explique Yves Ferrari. La plateforme de la fondation met en ligne chaque deux semaines de nouvelles chambres à disposition. Pour environ 7 à 10 chambres, ce sont environ 1500 connexions. La patience est donc de mise, mais une fois le Saint-Graal obtenu, et à condition d’avoir les finances permettant de payer le loyer mensuel d’environ CHF 710.-, vous êtes entre de bonnes mains. Car être logé·e par la FMEL, c’est bénéficier de conditions idéales: des délais de résiliation de deux mois, pas de garant·e demandé·e et tout est inclus dans le loyer: wifi, assurances et électricité notamment. Les conditions sont très similaires auprès de la FSLE (Fondation Solidarité Logement pour les Étudiant‑e‑s). Ce sont des chambres «clés en main» avec des loyers variant de 590 francs à environ 800 francs. Son directeur, Eran Shoshani, estime que la situation du logement à Lausanne est dramatique. Sa fondation refuse un·e étudiant·e sur dix. La période estivale est la plus critique, car il reçoit de nombreux appels de parents désoeuvré·e·s. L’EPFL et l’ECAL (École Cantonale d’Art) ont signé un partenariat avec la FSLE afin de garantir un certain nombre de chambres pour leurs étudiant·e·s. À ce jour, l’Unil n’a toujours pas signé de partenariat de ce genre.
Les coopératives à la rescousse?
Eran Shoshani explique que les coopératives sont désormais des partenaires de choix. Leur concept étant d’avoir de la mixité dans leurs immeubles et de favoriser des logements à de meilleurs prix, elles se montrent favorables à l’accueil d’étudiant·e·s.
Les logements étudiants manquent
Le futur écoquartier lausannois des Plaines-du-Loup accueillera d’ici 2034 des logements étudiant·e·s. Les régies privées, quant à elles, se montrent moins accueillantes et flexibles. Le directeur de la FSLE déplore qu’elles continuent de percevoir les étudiant·e·s comme des fêtard·e·s invétéré·e·s. Sans citer lesquelles, il regrette aussi que certaines communes refusent purement et simplement d’accueillir des résidences d’étudiant·e·s à cause du manque à gagner fiscal.
Envisager la coloc’ avec un sénior
Genève, une solution originale a été trouvée pour pallier cette pénurie de logements étudiants. Le programme 1h/m2 crée des tandems entre des étudiant·e·s et des seniors. Les personnes âgées offrent une chambre contre une participation de 100 à 150 francs pour les charges et entre 3 et 5 heures de coups de main par semaine. Cette année, 60 étudiant·e·s ont été logé·e·s, mais une dizaine d’entre eux·elles restent sur liste d’attente. Sabine Estier Thévenoz, chargée de projet chez 1h/m2, se félicite de cette formule: «cela crée de la solidarité entre les générations et permet à la fois de trouver des logements étudiants et de lutter, voire prévenir l’isolement social».
Farah l’a testé pour vous
Farah, étudiante à l’Unige en faculté de droit, a pu expérimenter la colocation avec une retraitée de 65 ans. Grâce à une annonce affichée à l’Uni Mail, elle a emménagé avec Jeannine*. Du fait de leur nature sociale, les deux femmes ont rapidement trouvé leur rythme. Cette expérience a sensibilisé Farah à la solitude des séniors: «je me suis rendue compte à quel point les personnes âgées pouvaient se sentir seules une fois que leurs enfants ne vivent plus avec eux·elles, ça lui faisait vraiment du bien d’avoir une jeune avec elle». Aujourd’hui, Farah vit en colocation avec sa meilleure amie. Mais elle garde contact avec Jeannine*, avec qui elle a développé une relation qu’elle qualifie d’exceptionnelle et rare. Pour trouver un logement, il faut donc prendre son mal en patience et l’anticipation est de mise. Un conseil d’Eran Shoshani de la FSLE: anticiper son inscription, et ne pas hésiter à postuler dès avril si possible.
FESTIVAL • Le 27 avril se tenait sur le campus de l’Unil le fameux festival estudiantin Unilive. Sur les parkings de la Chamberonne et l’esplanade d’Internef, les étudiant·e·s se sont réuni·e·s dans une ambiance conviviale pour partager un moment musical en ce début de printemps. Zoom sur cette 10ème édition du festival.
Unilive, festival né en 2013, a fêté cette année sa dixième édition en grande pompe! Le jeudi 27 avril, ce sont environ 10’000 étudiant·e·s des campus Unil et EPFL qui se sont retrouvé·e·s afin de partager un moment festif, entre bières et musique entraînante. En collaboration avec la FAE, le festival Unilive a offert à son public une soirée tournée vers des valeurs égalitaires, écologiques et de partage. De nombreuses associations de l’Unil étaient présentes afin de promouvoir ces intérêts importants pour la communauté estudiantine.
« C’est une ambiance unique, où le lien se fait très facilement »
Nous avons pu apercevoir notamment Fréquence Banane qui a fait se déhancher les festivalier·ère·s en début de soirée. Unilive a également invité des organisations lausannoises telles que Tataki qui a pu suivre l’événement. De quoi en ravir plus d’un·e en ce début de printemps.
Le comité en quelques mots Mais si le festival peut se dérouler chaque année dans une agréable ambiance printanière, c’est sans aucun doute grâce à son comité. Composé de 27 membres, il est l’organe qui, séparé en plusieurs pôles, organise l’entier de la soirée. David Raccaud, président de l’association, confie en souriant : « Mes tâches consistent, globalement, à tenir la barque. Je dois assurer tout ce qui est administratif, notamment les suivis des séances de comité, le lien avec l’université, mais aussi avec les autorités locales ». Margaux Eisenhart, vice-présidente et responsable communication, confie quant à elle : « C’est une expérience incroyable, sur le plan personnel cela t’apprend à gérer beaucoup de choses ». Hugo Blaser, adjoint logistique présent au comité depuis six ans, explique : « C’est trop cool comme ambiance ! Il faut certes apprendre à gérer son temps, mais les semaines de montage sont toujours des moments très forts. Je me réjouis de cette dixième édition ».
Unilive et son équipe de staff au top Le comité du festival est par ailleurs soutenu par toute une équipe de staff très motivée. Également répartie en plusieurs pôles, et elle permet, durant toute la soirée, d’avoir des bières fraîches et une sécurité garantie. Tanguy, l’un des membres de l’équipe, explique : « J’ai staffé au stand consignes à l’entrée, pour prendre les gourdes et autres objets interdits dans le festival. C’est une super expérience, j’ai pu rencontrer beaucoup de nouvelles personnes très sympathiques ! ». Staffer pour Unilive, c’est donc pouvoir être au cœur même de la vie estudiantine et, tout comme pour le comité, le lien aux autres reste primordial.
Un public en feu ! Mais au cœur de ce festival se retrouve surtout un public toujours aussi enthousiasmé d’une année à l’autre ! Certain·e·s des festivalier·ère·s sont arrivé·e·s dès le début de l’événement, à 16h30. Marine, une festivalière, confie au début de la soirée : « Il y a une très bonne ambiance qui s’installe petit à petit. Je pense qu’on est parti·e·s pour une soirée très sympa ». Au détour de la scène tech, Killian, un autre festivalier, ajoute : « Je suis arrivé à 16h45 avec mes amis et nous avons attendu le début du concert de Sandokaï avec une bière. Pour le moment, c’est le meilleur groupe que j’ai vu, c’était très sympa ! ».
« Les semaines de montage sont toujours des moments très forts »
Mais finalement, ce qui semble être à l’essence même du festival, c’est sa capacité à rassembler les étudiant·e·s et à créer du lien entre eux·elles. Noé confie entre deux concerts : « J’aime beaucoup pouvoir retrouver les autres étudiant·e·s dans la soirée, souvent tu croises toutes les personnes que tu connais. C’est une ambiance unique selon moi, où le lien se fait très facilement avec les autres festivalier·ère·s ». Une expérience, donc, qui a su gagner tous les cœurs avec son rythme effréné des nuits printanières.
UNIL • Les méthodes de stockage et de traitement des données personnelles sont chamboulées par l’arrivée des services Cl, notamment Microsoft 365. Si cette architecture est aussi avantageuse en matière de cybersécurité, la perte du contrôle des données personnelles inquiète.
Depuis l’apparition de la version Microsoft 365, désignée successeur de Microsoft Office 2019, le choix de l’utilisation de Word pour l’écriture d’un poème, d’Excel pour la gestion de sa comptabilité ou de Powerpoint pour la préparation d’une présentation a changé d’implications. L’Université de Lausanne et la Confédération se sont tournées vers Microsoft 365, après que la multinationale a annoncé qu’elle cesserait de prendre en charge les produits Office à l’horizon 2026.
« Microsoft tient les organisations en situation de dépendance »
« Ce n’est pas un changement habituel, étant donné que les nouveaux produits ne seront disponibles que sous forme de solution en nuage public », avertit le communiqué de l’administration fédérale du 15 février 2023. L’utilisation d’un Cloud, ou nuage public, signifie que les données d’un fichier informatique sont conservées et traitées avec des serveurs rassemblés dans des centres de données et non plus uniquement sur l’ordinateur utilisé. Dans son communiqué, l’administration fédérale précise que « les utilisateur·ice·s auront en outre l’interdiction de sauvegarder des données sensibles et documents confidentiels dans le nuage de Microsoft » et admet qu’elle « dépend aujourd’hui des produits Office de Microsoft ».
Les données de l’Unil sur le campus La Confédération a par ailleurs prolongé jusqu’en 2024 la phase de test de Microsoft 365, dans le cadre du projet CEBA (Cloud Enabling Büroautomation). Elle dit être en recherche d’alternatives, un message encourageant pour le délégué à la protection des données de l’Université de Lausanne Mikhael Salamin. Il explique : « Microsoft tient les organisations en situation de dépendance. Pour en sortir, un investissement conséquent par une alliance d’État est nécessaire, en repensant les outils de bureautique autour de la collaboration et de la protection des données, en y incluant les contraintes écologiques ». L’Unil utilise aujourd’hui Microsoft 365, dont le déploiement a commencé peu avant la pandémie de COVID-19 et s’est poursuivi par la suite. Juridiquement, l’Unil est soumise à la loi du canton de Vaud sur la protection des données personnelles, qui pose des exigences pour la sous-traitance et le transfert de données à l’étranger. Pour l’utilisation de Microsoft 365, lorsque les étudiant·e·s de l’Unil utilisent OneDrive ou SharePoint, les données sont transférées sur les serveurs de Microsoft sis à Zurich. Seules les données qui ont une valeur historique ou qui doivent être conservées légalement, comme un diplôme, sont archivées ; elles sont conservées dans les centres de données du campus lausannois.
Des lois bientôt à jour Alors que la Confédération déploie Microsoft 365, la situation juridique en Suisse reste ambiguë, la plupart des lois censées régir l’utilisation des données et leur sous-traitance étant toujours en cours d’élaboration. Au niveau fédéral, la révision totale de la loi sur la protection des données n’entrera en vigueur que le premier septembre 2023. L’État de Vaud travaille encore sur une nouvelle loi, l’actuelle datant de 2008. Ces révisions permettront à la législation suisse d’être conforme au Règlement général de l’Union européenne sur la protection des données (RGPD). Contrairement à d’autres pays européens, la Suisse n’a toujours pas établi de jurisprudence ou fait de déclaration politique forte en la matière.
la situation juridique en Suisse reste ambiguë
Le ministre français de la Formation a en effet récemment interdit l’utilisation de Microsoft 365 dans l’administration et les établissements de formation de son pays. Les données étant hébergées par des serveurs d’une entreprise américaine, elles sont aussi soumises au CLOUD Act. Cette loi extraterritoriale permet aux autorités américaines d’accéder à des données personnelles dans des cas spécifiques, sans respecter les normes européennes de protection des données.
THÉÂTRE • Rencontre avec Talma et la troupe Zara pour parler de leurs performances qui auront lieu le 5 mai à la Grange de Dorigny dans le cadre du Festival Fécule. (interview 2/2)
De quoi parle « Ici jouera Zarathoustra » ?
Ça parle de deux choses : à la fois du Ainsi parlait Zarathoustra (1883) de Friedrich Nietzsche, ça, on ne s’en cache pas, avec le titre, et puis ça parle aussi du théâtre de mouvement. Puisque le théâtre de mouvement, c’est le moyen d’expression qu’on a choisi pour parler de notre impulse [point de départ] théorique, c’est vraiment un input – ça veut dire que c’est de là qu’on est parti. Et puis, ce faisant, puisqu’on essaie de dire quelque chose du Ainsi parlait Zarathoustra de Nietzsche, avec le théâtre de mouvement, on est aussi mené à dire quelque chose de notre démarche – du théâtre de mouvement en lui-même. Donc je crois qu’on parle aussi du théâtre de mouvement. Comme c’est un moyen assez peu connu, il y a aussi une dimension méta-théâtrale dans la pièce. Ce n’est pas qu’une immersion dans le Ainsi parlait Zarathoustra de Nietzsche. Il y a aussi des méta-commentaires sur ce que c’est que de travailler avec le théâtre de mouvement.
Donc le théâtre de mouvements en quoi ça consiste ?
Alors, c’est un concept qui reste quelque peu vague. Il faut tout d’abord préciser pourquoi. Vague, parce que c’est voulu, parce que c’est un courant théâtral qui est né plus ou moins au milieu du 20e siècle – dans les années 50 – et il est né en réaction à ce qu’on peut appeler le ‘théâtre classique’ ou le ‘théâtre littéraire’ ou le ‘théâtre de verbe’. Il est donc un mouvement d’abord contestataire qui vise à s’opposer à quelque chose qu’il y avait dans le théâtre classique. Et le concept est vague pour deux raisons ; parce qu’il veut à la fois rester large pour pouvoir englober différentes formes, et à la fois rester ouvert pour pouvoir inclure de nouvelles formes qui apparaissent. Donc il peut y avoir une frontière un peu souple et donc la définition du théâtre de mouvement en soi est toujours problématique puisqu’on veut être à la fois précis à la fois ouvert.
C’est un courant théâtral qui est né plus ou moins au milieu du 20e siècle et il est né en réaction à ce qu’on peut appeler le ‘théâtre classique’
Peut-être qu’un bon début pour définir le théâtre de mouvement, c’est justement de déterminer en quoi est-ce qu’il teste ce qu’il y avait avant. Et je crois qu’il y a deux choses très importantes que le théâtre de mouvements conteste : c’est quelque chose de l’ordre de la hiérarchie sociale qui définissait le théâtre classique – puisqu’en fait, dans le théâtre classique, ça va avec une pyramide sociale où tout en haut il y a l’auteur·e qui écrit un texte (par exemple, Molière, Shakespeare, etc…) en dessous de lui, il va y avoir le·la metteur·se en scène, qui lui arrive avec une interprétation du texte, une vue sur le texte, une perspective sur le texte. Par exemple, un·e metteur·se en scène qui va décider de mettre en scène Hamlet de Shakespeare, mais en mettant l’accent sur tel ou tel personnage, comme ci ou comme ça, et tout en bas de la pyramide il y a les acteur·trice·s qui, dans le théâtre classique, sont souvent réduit·e·s à de simples exécutant·e·s d’une part de la volonté du metteur·se en scène et du texte écrit par l’auteur·e. En plus, dans cette répartition des rôles dans le théâtre classique, l’écrivain·e fait souvent partie de la noblesse parce que pour pouvoir écrire, il faut quand même faire partie d’une couche élevée de la société, parce qu’il faut avoir du temps et n’avoir pas besoin de beaucoup d’argent pour être écrivain·e. Ensuite, le·la metteur·se en scène fait souvent partie de la bourgeoisie, et les acteur·trice·s, font partie des tiers-états. Et il·elle·s n’ont aucune liberté ou en tout cas il·elle·s doivent exécuter la volonté d’autres qu’eux·elles. Donc le théâtre de mouvement, avant tout, s’oppose à cette idée que les acteur·trice·s devraient être de pures interprètes. Donc on passe de l’idée d’un·e acteur·trice-interprète à l’acteur·trice-créateur·trice. On veut donner un pouvoir de décision à l’acteur·trice dans le processus de création.
Dans le théâtre classique, l’écrivain·e fait souvent partie de la noblesse parce que pour pouvoir écrire, il faut faire partie d’une couche élevée de la société
Le deuxième aspect contestataire, c’est que le théâtre de mouvement s’oppose à ce qu’on appelle le primat ou la primauté du texte. Ça veut dire qu’on n’est pas anti-texte. Il y a beaucoup de gens qui pensent que le théâtre de mouvement c’est sans texte, ce n’est pas ça. Ce avec quoi on n’est pas d’accord c’est l’idée que le texte doit être ce à partir de quoi on part pour créer et doit être l’instance d’autorité de la création – il y a un lien avec cette hiérarchie. Pourquoi l’auteur·e, c’est celui dont on doit respecter la volonté ? Pourquoi ça ne serait pas les acteur·trice·s qui peuvent proposer quelque chose ? Donc on passe là d’une dramaturgie du texte (où c’est le texte qui dirige la création, qui nous en donne la structure) à une dramaturgie du corps, où on va créer principalement à travers l’improvisation et le matériel premier qu’on va utiliser ce n’est plus le texte, c’est le corps des acteur·trice·s, leurs mouvements. Et c’est à partir de là qu’on va extraire quelque chose. Ça n’empêche pas d’utiliser un texte, mais le texte viendra après. Je donne un exemple très concret parce que parfois ça sonne un peu abstrait : imaginons que j’aimerais faire l’exercice avec un texte préexistant. Je prends un texte de Beckett ou un texte de Molière, et je dis, a priori, c’est ce texte qui m’intéresse, mais d’abord je vais recruter mes comédien·ne·s, je vais leur faire faire des improvisations, rentrer sur le plateau, créer une relation entre eux·elles. Et je ne saurais ce que je peux faire du texte que lorsque j’aurais d’abord vu mes comédien·ne·s bouger et voir quel type de relations il·elle·s arrivent à créer. Parce que si je prends trois comédien·ne·s ou trois autres, je ne peux pas du tout faire la même chose. Donc mon matériel de base c’est eux, ce qu’eux peuvent faire, leur manière de bouger, leur manière de créer des relations qui va me permettre peut-être de montrer quelque chose dans le texte. Mais je ne pars pas avec le texte et je ne le plaque pas sur les comédien·ne·s. Après ces deux principes de la contestation sociale et puis de la primauté du texte, ils sont accompagnés de toute une série d’éléments qui sont, par exemple, que dans le théâtre de mouvement. L’entraînement de l’acteur est hyper important, parce que comme on n’écrit pas à partir de phrases, de mots, on écrit à partir du mouvement des comédien·ne·s. Donc c’est assez simple à comprendre. Si le comédien·ne peut marcher sur les mains, faire un flic flac, faire un salto – alors, c’est du vocabulaire de plus avec lequel on peut exprimer. Il y a aussi le fait que, étant donné que les acteur·trice·s ne vont pas sur scène pour dire un texte. Il y a beaucoup d’importance sur le groupe, sur les liens entre les acteur·trice·s sur la scène. C’est grâce à la relation entre acteur·trice·s qu’il·elle·s vont présenter quelque chose là. Alors que, par exemple, même dans un Hamlet, si chaque acteur·trice arrive, en ayant juste son texte en tête, il·elle·s peuvent quand même rendre quelque chose du texte. Il n’y a pas nécessairement besoin d’être dans une relation absolue à l’autre ou une relation au public. Parce que, comme le théâtre de mouvement essaie d’être plus dans la présence que dans la représentation, il y a quelque chose de vivant chaque soir. Donc on essaie d’être très à l’écoute des spectateur·trice·s et on va jouer autrement en fonction d’eux·elles. On essaie de représenter quelque chose de vivant qui continue à s’improviser sur le moment. Ça ne veut pas dire qu’on est dans l’improvisation théâtrale. Il y a très peu d’impro. On fixe quand même les chorégraphies, on fixe les danses, on fixe les mouvements. Mais il y a quelque chose de l’ordre de la sensibilité de l’acteur·trice qui doit être beaucoup plus tournée vers le·la spectateur·ice parce qu’il·elle n’a pas sa ligne de texte et donc il·elle doit réagir à ce qu’on lui donne.
On passe de l’idée d’un·e acteur·trice-interprète à l’acteur·trice-créateur·trice.
C’est un concept vague. Pourquoi ? Parce qu’aujourd’hui, par exemple avec le nouveau cirque il y a Pina Bausch, qui est connue pour avoir créé le Tanz Theater, donc c’est utiliser la danse pour raconter quelque chose, c’est plus juste de la danse pour la technique de la danse, pour la virtuosité du geste. Pareil, le nouveau cirque, c’est une tendance actuelle au cirque. Normalement, on voit un numéro après l’autre, qui sont détachés entre eux et le nouveau cirque, c’est une volonté de lier les numéros entre eux, au service d’une histoire. Donc dans plein de pratiques corporelles, que ce soit le cirque, la danse, même le masque, le mime, on va vers du théâtre [de la narration], ça veut dire raconter des histoires. Donc c’est vrai que le Physical Theater, il englobe du Tanz Theater, le nouveau cirque, dans cette volonté d’utiliser quelque chose de l’ordre de l’expression corporelle pour raconter des histoires, c’est pour ça que c’est très difficile parfois de faire la différence entre le nouveau cirque ou le Physical Theater. Donc ça mélange beaucoup de formes et le Physical Theater emploie comme moyens d’expression : le rythme, la danse, le mime, le masque, l’acrobatie… Et toutes ces disciplines – dans lesquelles l’acteur·trice va pouvoir s’entraîner et qu’on va ensuite essayer de ne pas réaliser juste pour leurs techniques ou pour quelque chose comme de l’ordre du cirque, du spectaculaire – on va plutôt les mettre au service de l’expression, pour raconter quelque chose. On ne les montre pas juste pour elles-mêmes. Voilà, c’est ça l’objectif.
Et donc comment est-ce qu’il est né le projet ?
Alors je pense qu’il y a deux étapes, la première, c’est qu’il est né entre Michael Groneberg et moi, puisqu’on se connaît depuis très longtemps, on a travaillé ensemble. Moi, j’étais son assistante à l’Unil et puis Michael Groneberg, il a exploré le potentiel de transposition théâtrale de Platon pendant des années. Et puis on a beaucoup fait du théâtre ensemble et on discutait, on se disait, mais quel autre philosophe dans l’histoire de la philosophie pourrait se prêter à une recherche théâtrale ? Puis tous les deux, on était d’accord avec le fait que Nietzsche se prête vraiment bien – en raison du fait que Nietzsche a une écriture très poétique, il utilise énormément les images, les métaphores, le rythme, aussi, la théâtralisation, dans ces textes. Il y a des voix qui se répondent. Donc ça se prête vraiment bien. Les livres de Nietzsche ce ne sont que des images. Il peint des tableaux, quelquefois très abstraits mais pour dire quelque chose du contenu. Et donc je lui ai dit mais c’est génial, donc il faudrait qu’on réunisse un groupe d’étudiant·e·s en philosophie et qu’on essaie de bosser sur Nietzsche pour en faire une pièce. Parce que moi, c’est mon dada de réunir des étudiant·e·s en philo et puis d’essayer de faire de la philosophie à travers le théâtre. Et il m’a dit « Ok, c’est parti ».
Qui participe à ce projet de théâtre de mouvement ?
Donc Michael Groneberg a proposé cet atelier au programme, à partir de septembre 2022. On a eu la première séance autour du 19 septembre, et puis c’était proposé dans le programme en philosophie, à l’Unil. Une dizaine d’étudiant·e·s, en philo principalement, sont venu·e·s. Il y a aussi un étudiant de l’EPFL et un qui est en archéologie et histoire de l’art à l’Unil. Et à partir de là, on leur a présenté le projet. L’idée, c’est à la fois de parallèlement lire Nietzsche, d’essayer de découvrir ce texte ensemble, d’en discuter, et à côté de ça, de faire du théâtre de mouvement. Aucun d’eux·elles ne connaissait le théâtre de mouvement. La plupart n’a jamais fait de théâtre, il y en a quelques-un·e·s qui ont en fait, mais jamais du théâtre de mouvement. Et donc, on a commencé en septembre, on se voyait tous les jeudis soirs, maintenant on se voit un peu plus régulièrement, on se voit souvent les week-ends, on fait des répétitions assez intenses. Mais, depuis septembre, on s’est vu en tout cas tous les jeudis soir et moi je structurais de sorte à avoir 45 min–1h de lecture, où on lisait Nietzsche comme une italienne dans le théâtre (quand on fait une italienne, c’est que chacun dit son texte), mais là on ouvrait Nietzsche et puis on lisait ça comme une italienne où chacun·e pouvait se sentir libre de lire une phrase, de s’arrêter, de reprendre la lecture de quelqu’un d’autre. Ce qui est super, c’est que Michael Groneberg parle allemand, donc il lit le texte en allemand. J’ai aussi, je crois, quatre italophones qui lisent le texte en italien. Puis j’ai autorisé assez tôt qu’il puisse y avoir un entrelacement de voix et de langues, donc on lisait le texte en français, italien, allemand… Et puis on parcourait le texte et après on pouvait en discuter. Parallèlement à ça, on faisait du théâtre de mouvement. Ça veut dire que je les ai initiés au théâtre de mouvement : on a commencé à faire de l’improvisation, des exercices d’écoute, des odes sur le plateau, des exercices d’attention des un·e·s et des autres, etc…. C’est le début du théâtre de mouvement; c’est apprendre beaucoup sur la présence des autres. Par exemple, vous sortez tou·te·s, vous rentrez les un·e·s après les autres sur le plateau et quand vous rentrez sur le plateau, vous observez l’espace, vous trouvez l’endroit où vous avez envie d’être, où vous vous sentez bien. Et vous observez les autres entrer chaque fois que quelqu’un rentre. Vous essayez de sentir où est-ce que ça vous donne envie d’aller si la personne se place là.
C’est le début du théâtre de mouvement; c’est apprendre beaucoup sur la présence des autres.
Comment est-ce que ça vous fait réagir ? Une sorte de travail sur la présence en scène, l’écoute des autres corps, l’observation quand l’autre ne fait rien. Qu’est-ce qu’elle m’envoie, est-ce qu’elle m’envoie de la tristesse, de la joie ? Et est-ce qu’elle m’invite à venir vers elle ou est-ce qu’elle est plutôt en train de me donner envie de m’éloigner ? Donc, durant les trois heures où on se voyait, je pense il y avait une heure où on parlait et les deux autres heures c’était en silence. Puis maintenant tout le travail théâtral qu’on fait, c’est en silence. Voilà, c’est comme ça qu’on a travaillé. Et puis, petit à petit, j’ai pris des éléments de nos discussions sur le texte et puis je les ai injectés dans les improvisations. Par exemple, je leur faisais tirer des petits papiers sur lesquels j’avais marqué des concepts de Nietzsche – dieu mort ou par exemple le chameau comme étape de l’évolution de l’esprit, ou le lion comme étape de l’évolution de l’esprit, ou le drame de l’impossibilité du don, parce que ce sont des trucs récurrents dans le texte. Avant de tirer, il·elle·s devaient choisir dans la liste qu’on avait constituée de moyens d’expressions du théâtre de mouvement (donc il y a un peu de tout, il y a les pauses, les silences, la lumière, la danse, le mouvement, la place dans l’espace. On a dressé une liste de 40 terme/moyens d’expression). Il·elle·s devaient choisir un moyen d’expression, ensuite tirer un petit papier et il·elle·s avaient dix minutes pour proposer quelque chose. Quand on se retrouve parfois avec le « chameau comme stade d’évolution de l’esprit et du rapport au savoir » et comme moyen d’expression « le silence »… Ce n’est pas facile. Ou on a « Dieu est mort et le regard », mais ça a donné des choses extraordinaires et c’est qu’à partir des improvisations, que je suis arrivée, avec l’envie d’explorer ce texte, à en dire quelque chose avec le théâtre de mouvement. Mais j’avais volontairement fait table rase de mes attentes et, en réalité, j’ai eu raison de le faire parce qu’il·elle·s m’ont donné tellement de choses dans les impros que moi j’ai juste eu à prendre les choses, puis à tisser une dramaturgie. Mais tout ce qu’on va voir sur scène, c’est eux qui l’ont proposé dans des improvisations. C’est ça le théâtre de mouvement. Je me suis dit, voilà le texte, voilà les moyens d’expression. On verra où on va.
C’était prévu depuis le début que ça soit présenté à Festival Fécule ?
Alors c’est vrai que dans le projet initial, le fait d’ouvrir cet atelier en septembre, on misait beaucoup sur le Fécule, en se disant, on va créer un spectacle pour le présenter au Fécule mais bon on s’est toujours dit qu’il y avait une possibilité qu’on ne soit pas pris. D’ailleurs moi j’ai cherché d’autres dates – comme on ne pouvait pas être sûr·e·s qu’on serait pris – et il se trouve que ce spectacle va continuer à Renens. J’ai trouvé des dates dans un petit théâtre à Renens qui s’appelle le Théâtre Silo du Lac et la filière de philosophie du gymnase de Renens va emmener tous les étudiant·e·s de troisième année de maturité, troisième année d’école de commerce et troisième année d’école de culture générale voir notre spectacle. Donc mes comédien·ne·s vont jouer une fois au Fécule et six fois au Théâtre Silo du Lac, parce qu’on a 407 étudiants qui viennent voir le spectacle. Et les deux dernières représentations au Théâtre du Silo (donc le 24 et 25 mai) sont publiques. Donc quatre fois que pour les élèves du gymnase, la cinquième fois, c’est moitié élèves du gymnase, moitié ouvert au public. Et puis la sixième représentation au Théâtre du Silo, c’est uniquement public.
Il y a combien de participant·e·s sur scène ?
Alors, ils sont neufs comédien·ne·s sur la scène. À côté de ça, il y a moi qui suis la metteur en scène et il y a un technicien, Jeele Johanssen. Il n’est pas que technicien, il est aussi un œil extérieur. Parce que c’est important que quelqu’un vienne voir, parce que même si je reste à l’extérieur, moi je suis tellement dans le projet que je n’ai pas forcément la distance requise. Jeele Johanssen, qui sera notre technicien, vient aussi donner des cours parce que, lui, il est comédien de théâtre de mouvement. Il vient donner des ateliers de rythme et puis accompagner les comédien·ne·s sur certains points où moi je me sens moins à l’aise. Je ne suis pas une acrobate. Et lui, il vient apporter quelques inputs. Et voilà donc, en tout, on est onze.
Et est-ce que c’est un type de projet qui va revenir sous forme de cours ?
Moi, c’était mon rêve de le faire, puis ça serait mon rêve de le continuer. J’ai toujours rêvé de faire cette expérience, et elle me confirme qu’il y a quelque chose d’extraordinaire là-dedans – à la fois pour faire découvrir le théâtre de mouvement à des jeunes qui n’ont, d’une part, jamais fait de théâtre, mais, en plus, qui ne connaissent pas le théâtre de mouvement. C’est vrai que c’est assez particulier, on se réunit à 18h le jeudi, on est tous fatigués, mais en fait on a réussi à créer un espace de sécurité, de non-jugement. On met de la musique à fond et on bouge et on arrive à créer un rapport les un·e·s avec les autres qu’on a jamais dans la vie quotidienne. Ce truc d’écoute des autres, d’observation, c’est vrai que c’est une sensibilité qui nous permet de découvrir une part de nous et des autres qu’on n’a pas vraiment l’occasion de découvrir dans la vie autrement. Cette découverte du théâtre, cette découverte d’un temps pour être, pour exister, et en plus cette exploration de la philosophie à travers d’autres manières que juste à travers le texte, qui peut être parfois un peu écrasant – La philosophie, ça peut être vraiment lourd. Cette pression où il faut comprendre, il faut étudier, il faut lire, il faut parler, il faut savoir expliquer, puis parfois réussir à dire : « c’est assez normal de ne pas comprendre ». Parce que ça je trouve assez intéressant d’essayer de déplacer l’importance du « comprendre » au « ressentir ». Il n’y a pas tous les auteurs de philosophie qui se prêtent à ça, mais je souhaite pouvoir vraiment le refaire, pouvoir vivre d’autres expériences comme ça.
Comment était l’expérience ?
Mais là de travailler avec une équipe de comédien·ne·s « amateur·trice·s », « nouveaux·elles » – autrement dit, des gens qui ne gagnent pas leur vie avec le théâtre, c’est hyper précieux. D’une part, dans le rapport à la philo, parce que ça évite de partir trop dans la complexité parce que vous imaginez bien que le but ce n’est pas de dire tout ce qu’on peut dire sur Zarathoustra. Le but, c’est d’essayer d’en extraire, de presser Zarathoustra, pour essayer d’en extraire l’essence. Et travailler avec des amateurs dans le théâtre, ces jeunes-là, il·elle·s sont admirables. C’est à eux qu’il faudrait donner un autre nom. Moi metteur en scène me va mais il faudrait les appeler plus que juste « acteur », il faudrait les appeler « acteur-créateur ». Parce que ces jeunes-là, d’une certaine manière, il·elle·s n’ont rien à gagner. Il·elle·s n’ont pas besoin d’être là mais il·elle·s donnent un temps et une énergie considérables. Et il·elle·s sont là par pure envie, d’être là ensemble, de partager quelque chose, de découvrir et ça rend la qualité du groupe tellement précieuse. Et ça, moi, je ne l’ai jamais trouvé avec des professionnel·le·s qui, même s’il·elle·s aiment leur métier – comme il·elle·s sont rémunéré·e·s, il y a un rapport différent. Tandis que là, il·elle·s vivent cette expérience comme si c’était la dernière, et, ça, ça fait que moi j’ai une chance inestimable de bosser avec une équipe à la fois d’amateur·trice·s, en tout cas de passionné·e·s de philosophie et de passionné·e·s de théâtre. Du coup je me réjouis pour eux·elles d’avoir les feedbacks du public, de voir ce que ça donne parce que forcément ce ne sont pas des pros, pas des danseur·euse·s, donc le mouvement il sera peut-être un peu plus brut mais il y aura cet effet d’ensemble et ces liens qu’il·elle·s ont créés entre eux et cette envie de porter quelque chose au public.
Il·elle·s vivent cette expérience comme si c’était la dernière, et ça fait que moi j’ai une chance inestimable de bosser avec une équipe à la fois d’amateur·trice·s, en tout cas de passionné·e·s de philosophie et de passionné·e·s de théâtre.
Il y en a un qui m’a dit « Non, moi, je suis sûr que ça ne sera pas bien ». Et je lui ai demandé « Mais alors comment ça se fait que tu fais encore partie de ce projet ? Alors que t’es sûr que ça ne sera pas bien ? » Et il a répondu « Ah moi ça m’est égal le résultat, moi je suis là pour chaque moment qu’on vit. Je ne suis pas là pour le résultat. » Et je pense que ça c’est une très belle parole qui résume beaucoup ce qu’on vit dans le collectif. C’est qu’on n’est pas là pour présenter un truc qui cartonne. On est là parce qu’on a envie de partager ces moments ensemble et ça, pour moi, c’est le summum du théâtre. Vive le théâtre pour tout ce qui vient avant la représentation – pas qu’elle ne soit pas importante, mais quand même on a souvent tendance à oublier l’importance de l’expérience. Les enfants quand il·elle·s font du théâtre, il·elle·s veulent tout de suite faire un spectacle. Alors, qu’en fait, dans le théâtre, ce qui est aussi génial, c’est tout ce qui vient avant, c’est l’expérience humaine, le travail, la répétition, la réunion et ça c’est beau.