BIOLOGIE · La présence de moules invasives dans les lacs donne du fil à retordre à de nombreux chercheur·euse·s. De jeunes étudiant·e·s se sont lancé·e·s le défi de mettre au point un projet pour limiter leur prolifération.
Depuis une dizaine d’années, plusieurs lacs à travers le globe abritent l’espèce de moule quagga. Cette espèce de mollusque d’eau douce apprécie principalement les eaux stagnantes et avec peu de courant, elle envahit donc facilement les lacs et les rivières. Malgré de nombreuses recherches il reste très difficile de déchiffrer la cause de leur présence et aussi de s’en débarrasser.
Un écosystème menacé
« À l’origine, les moules quagga viennent dans les bateaux. Lorsque les pêcheurs rentrent de leur journée de travail, en vidant les ballasts, c’est les réservoirs qui permettent d’ajuster la flottaison des bateaux se trouvent plein de larves de moules. Parfois les pêcheurs ne se rendent même pas compte » déclare Jérémy Berger, étudiant en fin de bachelor de biologie à l’Unil. C’est de cette manière que les larves se développent et passent d’un port à un autre. Comme cela a été le cas de la moule originaire du bassin de Dniepr en Ukraine qui a été introduite malencontreusement dans de nombreux lacs en Europe et en Amérique du Nord. Cependant, le problème ne s’arrête pas là. Ces larves aiment particulièrement se loger dans les canalisations, environnement qui est propice pour leur reproduction. À terme, elles finissent par bloquer le flux de l’eau. « La difficulté se trouve aussi pour la chaîne alimentaire, car les quagga filtrent l’eau et se nourrissent de plancton et de bactéries, ce qui laisse moins de nourriture aux autres organismes présents dans l’écosystème. » explique Marta Marangoni, étudiante en master de biologie à l’Unil.
Afin de prévenir toute apparition de moules, il est essentiel de nettoyer les bateaux après chaque utilisation.
Une solution prometteuse ?
Marta Marangoni et Jérémy Berger font partie d’une équipe de 14 personnes en lice du Grand Jamboree, un grand concours international de biologie synthétique. Ce concours est organisé par l’IGEM, une fondation à but non-lucratif voué à l’avancement de la biologie synthétique « Le concept de ce concours est de modifier génétiquement des organismes pour répondre à des problématiques spécifiques » énonce Jérémy Berger.
Le projet encore en élaboration a débuté en mai 2022 et il se divise en deux phases. Dans un premier temps, il s’agira de reproduire la protéine Fit-D qui va tuer les moules. Ensuite, il faut produire des acides zostériques, qui est une molécule empêchant l’adhésion des quagga avec les surfaces. « Ces deux étapes sont imbriquées ensemble car les quagga relâchent de l’ammonium lorsqu’elles meurent. Ce produit est très odorant et assez toxique. Mais ce n’est pas la préoccupation majeure. Les vrais problèmes sont l’obstruction des canalisations. C’est pourquoi il est nécessaire de surveiller fréquemment l’état des canalisations. Avec cette deuxième étape, nous empêcheront la survie de l’espèce » souligne Marta Marangoni.
Près de 350 équipes du monde entier se disputeront en fin octobre 2022 la médaille du meilleur projet auprès d’un jury d’experts aux Portes de Versailles à Paris. Après de longs mois de dur labeur, espérons que cela portera ses fruits pour nos deux étudiant·e·s de l’Unil !
FESTIVAL • À l’occasion de la 15ème édition du Festival Fécule, L’auditoire s’est entretenu avec Jonas Guyot, organisateur du festival, et Céline Bignotti, l’une de ses stagiaires.
15ème édition, c’est un chiffre anniversaire. Qu’est-ce qui change cette année ? CB : Surtout le fait qu’on soit sur deux sites différents entre la Grange et le Vortex. Dans la programmation, il y a un spectacle belge, La grande marche, axé sur la question de l’engagement politique, et un spectacle français, Les êtres de papiers qui s’intéresse à la question de la liberté. Fécule accueille aussi des artistes suisses, comme le groupe alémanique Händel à Paris qui improvise de la musique dans un style baroque. À titre personnel, je gère un projet de court-métrage Piazzale d’Italia produit par le tessinois Enea Zucchetti. C’est un projet vraiment intéressant avec des inspirations riches dont Michelangelo Antonioni. À l’issu de la projection, il y aura une discussion (en italien) ouverte à tous·te·s.
Quelle est la programmation de cette 15ème édition ? JG : Il y aura du théâtre, de la danse, de la musique, une exposition sonore, une comédie musicale et des lectures. C’est un festival pluridisciplinaire qui était initialement dédié au théâtre. Au fil des éditions, il s’est ouvert à d’autres disciplines. Cette année, on compte 34 projets sur deux semaines avec plus de 300 étudiant·e·s impliqué·e·s. Le festival a aussi le sous-titre festival des cultures universitaires. Pour y participer, il faut donc être inscrit·e à l’université ou dans une haute école. La majeure partie des productions sont issues de l’Unil et de l’EPFL, mais aussi d’autres universités en Suisse romande comme celle de Neuchâtel avec une adaptation d’un texte antique. CB : Il y a aussi des soirées spéciales. Par exemple, on présente une soirée spéciale « cinéma » où on projette trois films différents. Il y a aussi une soirée « antique » et une autre soirée « improvisation ». Si on s’intéresse au théâtre, le festival propose cette année à la fois des textes classiques, avec J. Ford et O. Wild mais aussi F. Dürrenmatt, des textes antiques actualisés et des créations contemporaines sur la question de l’immigration de l’altérité, etc. On accueille aussi une forme un peu absurde inspirée des sitcoms actuelles avec Expo 22.
Deux salles deux ambiances, qu’est-ce qui va habiter le Vortex particulièrement ? JG : C’est une scène assez propice aux concerts, donc il y aura de la musique : du rock, de la musique barock et du swing avec le Big Band de Dorigny. Nous avons même une DJ qui va clôturer le festival. C’est l’édition la plus musicale depuis la création, aussi grâce au Vortex.
Quelles performances particulières dans cette édition ? JG : Dommage qu’elle soit une putain notamment. C’est un spectacle assez audacieux car il touche à l’inceste, une thématique qui pourrait être mal interprétée. C’est pourquoi, il y aura une discussion à la fin de la représentation afin que le public ait des clés de lecture et n’imagine pas que nous faisons l’apologie de l’inceste. Il nous semble important d’en discuter car le propos est un peu plus complexe. CB : On peut aussi évoquer les différents formats, notamment les spectacles qui seront joués à l’extérieur : un format improvisé dont le lieu reste caché pour le public et les improvisateur·ice·s (ICI) ; un dans le jardin de La Pel’ – c’est une forme d’escape room théâtralisé – et un spectacle itinérant avec 5 écrivain·e·s qui présente un portrait singulier de « Chloé », permettant à chacun·e d’ébaucher sa propre image du personnage.
Quelle est la philosophie du festival ? JG : Philosophie s’il y a, c’est un festival étudiant pour les étudiant·e·s avec un public assez éclectique : des ami·e·s, mais aussi les proches. C’est un lieu d’expérimentation où on sent une envie de tester des choses. Fécule, c’est un moyen pour beaucoup d’étudiant·e·s de poursuivre leurs études en confrontant théorie et pratique, en s’emparant d’un objet étudié en cours, adapté en objet de création. On met à disposition le plateau de la Grange dans un contexte bienveillant pour une expérience professionnalisante, car le festival permet de voir ce que de tels projets impliquent, tout en restant encadré·e. C’est aussi une diversité des langues, des parcours, etc.
Quelles attentes avez-vous après deux ans de « pause » ? JG : Elles sont énormes. Lors de la rencontre avec les artistes, on a vu l’envie qu’ils·elles ont de monter sur scène, de re-proposer des choses, de rencontrer un public. Une salle de concert ou de théâtre sont des lieux où tout est basé sur l’échange et je crois que ça nous a manqué. Il y a sûrement des gens qui ont oublié que ça leur avait manqué… On espère que le Fécule va le leur rappeler et qu’ils·elles vont se joindre à nous, en nombre.
CAMPUS • Les moutons de l’Université de Lausanne (Unil) gambadent dans les espaces verts depuis plus de trente ans et sont devenus les mascottes du campus. Ils servent principalement de tondeuses écologiques. Ils sont un symbole de la biodiversité et la durabilité sur le campus. Mais quelles autres fonctions remplissent-ils ?
Introduits sur le campus dans les années 1990, à la suite d’un plan économique de l’État de Vaud, les moutons ont d’abord eu comme but de réduire les dépenses publiques. L’université avait alors choisi de ne pas renouveler les postes de jardinier·ère·s et de les remplacer par des moutons, une option moins chère que les machines . En échange, les berger·ère·s, devenus salarié·e·s de l’Unil, ont pris en charge l’entretien des vastes pelouses du campus et ont veillé à l’entretien du troupeau. La première fonction des moutons est donc bien de « tondre la pelouse ». Une fois accompli leur rôle de tondeuse, ils sont également destinés à la consommation. La laine, collectée elle aussi, a été employée de diverses manières, pour des projets d’étudiant·e·s, isoler des maisons ou confectionner des couettes. Malgré ces différents usages, il a parfois fallu la détruire tant elle était abondante.
Valoriser la laine des moutons Depuis peu, une entreprise suisse a décidé de valoriser la laine en l’utilisant pour fabriquer des chaussures. Baabuk est une entreprise spécialisée dans les baskets, les feutres et les chaussons en laine. Ses fondateur·rice·s, Galina et Dan Witting, respectivement ancien·enne·s étudiant·e·s de l’Unil et de l’EPFL, sont particulièrement attentif·ve·s aux enjeux environnementaux et sociétaux. Leurs chaussures sont fabriquées au Népal avec de la laine de Nouvelle-Zélande et conçues en Suisse. En constante recherche de matières premières, le couple s’est décidé à se fournir en laine universitaire pour fabriquer des chaussures. La laine est ensuite envoyée au Portugal, où elle est travaillée à la main sur des machines pour être transformée en chaussures, mises en vente depuis le début du mois.
La laine est envoyée au Portugal, où elle est travaillée à la main
Les moutons du campus sont polyvalents. Ils remplissent un rôle écologique dans la préservation des terrains du campus et évitent l’utilisation de machines polluantes, tant en bruit qu’en émissions de CO2. Une fois que l’animal a rempli son devoir, il peut être consommé pour sa viande et sa laine utilisée pour créer des vêtements. Le mouton est donc une ressource durable, qui peut être exploitée dans le respect de l’environnement.
La préservation de la biodiversité Une attention particulière est portée au campus de Dorigny, afin qu’il n’impacte pas négativement la nature dans laquelle il s’inscrit. Les espaces verts servent de lieu d’expérimentation pour l’agroécologie : entre autres démarches, pas de produit chimique, économie d’énergie par l’utilisation des moutons pour la tonte conservation de la biodiversité par la culture des haies vives aptes à accueillir oiseaux et petits animaux. Même les abeilles sont au cœur de la biodiversité universitaire. L’Unil abrite plus de septante-cinq ruches, entretenues pour assurer la pollinisation du campus, produire du miel et préserver la biodiversité. À l’avenir, le campus pourrait devenir un véritable vivier de permaculture, contribuant ainsi à la préservation de son patrimoine naturel, humain et social. Un élan écologique nécessaire, auquel sa mascotte laineuse fut l’une des premières à participer.
INTERVIEW · Olivier Voirol, maître d’enseignement et de recherche en SSP à l’Université de Lausanne, a participé à la grève de l’Université de Lausanne du mois d’avril 1997. 25 ans plus tard, il revient sur l’événement et les conditions d’études actuelles.
Voyez-vous comme un échec le fait que le mouvement de grève ne soit pas reparti à la rentrée?
Il est reparti, mais autrement, et moins fortement. Nous ne pouvions plus refaire le coup d’avril, une grève prolongée avec une mobilisation de tous les jours ! Cela demande beaucoup d’énergie ! Surtout, il y avait face à nous un pouvoir politique qui refusait d’entrer en discussion sur nos revendications. Sans interlocuteur politique, il fallait inventer de nouveaux moyens d’action.
Beaucoup de choses avaient été entreprises durant la grève, un moment formidable de débats et d’imagination politique ! Nous avions notamment pris des contacts avec d’autres universités, et des mobilisations à Zürich, Genève, Bâle, Neuchâtel, ont suivi. Durant la grève, d’ailleurs, plusieurs étudiant·e·s d’autres universités étaient venus voir, ahuris, ce qu’il se passait sur le campus de Dorigny. Ils·elles en ressortaient impressionné·e·s par l’ampleur du mouvement et électrisé·e·s par son enthousiasme, sa créativité et son humour, autant que par la qualité des débats politiques !
Le phénomène a donc débordé la scène locale pour se diffuser à l’échelon national et même international. Au plus fort de la grève, d’ailleurs, les messages de solidarité et de soutien affluaient de toutes parts !
Sur la question de l’échec ou non de notre mouvement, nous avons su bien plus tard qu’il avait tétanisé les autorités, en particulier universitaires. Et que certains projets qui étaient sur la table, comme la hausse drastique des taxes d’inscription, ont été enterrés. Des moyens supplémentaires ont été alloués à l’université dans les années qui suivirent.
Difficile de savoir au juste ce qui est le fait de la grève de 97 et plus généralement du mouvement étudiant. Et ce qui a joué dans les décisions politiques. C’est sûr, cependant, que nous avions réussi à constituer une sorte de « pouvoir étudiant » qui, même sans être convié à la table des négociations avec les autorités, était devenu un acteur incontournable. Sans doute assez casse-pieds pour les autorités et leur politique universitaire.
Même si les autorités ne nous écoutaient pas, elles ne pouvaient faire sans nous car nous avions désormais un pouvoir de nuisance, un pouvoir par la négative en quelque sorte, qui a marqué les autorités de l’époque. Et surtout qui a marqué tout une génération d’étudiant·e·s, sinon deux. La grève de 97 reste un événement biographique et collectif pour celles et ceux qui l’ont vécue ! La prise de contrôle effective des lieux a créé un fort rapport d’affinité entre le campus et les étudiant·e·s : c’était notre campus, notre lieu d’études, de recherche, d’activité politique et de vie !
Quelle était l’ampleur du mouvement sur le campus. Quelle proportion d’étudiant·e·s suivait le mouvement? Les professeurs étaient-ils·elles impliqué·e·s dans la grève?
Les assemblées générales quotidiennes rassemblaient, selon les jours, autour de 800 personnes amassées dans le grand auditoire de l’Anthropole (1031). Les actions symboliques réunissaient quotidiennement quelques centaines d’étudiants. Beaucoup plus pour les grosses manifs, et il en a eu plusieurs.
Côté enseignants, la grève n’a jamais pris, à de rares exceptions près. Le corps enseignant a été assez lâche, même si dans l’ensemble il était raccord avec les revendications étudiant·e·s. Les professeurs hostiles au mouvement étaient connu·e·s car on intervenait régulièrement dans les cours pour annoncer les manifestations, expliquer nos actions et nos revendications. Les profs rétifs ou les hostilités timides s’étaient déjà révélés ! Dans l’ensemble, le corps professoral nous a beaucoup déçus, mais nous n’attendions pas grand-chose non plus !
Comment se passaient les rapports avec l’université?
Nous voulions entrer en négociation avec le Conseil d’Etat, là où les décisions nous concernant se prenaient. L’Université n’était notre interlocuteur principal. Bien sûr, nous discutions avec le rectorat et d’autres instances, qui n’étaient pas ravis de tout ce chahut sur le campus. Ils s’en seraient bien passés. Même s’il était clair que nous nous battions – en « bons élèves »… – pour nos conditions d’étude, pour la recherche, l’enseignement, la critique, donc tout ce que l’université est censé défendre. Manifestement, nous lui donnions du fil à retordre, notamment à propos des bâtiments – les services techniques étaient assez angoissés.
Je ne saurais dire si de vraies options répressives ont été envisagées. De notre côté, que la police débarque pour nous déloger était de l’ordre du possible. Cela ne s’est pas passé, mais la police nous surveillait. Durant la grève, nos sorties impromptues en ville causaient de vraies perturbation, l’ordre public s’en trouvait affecté. Mais une intervention policière brutale aurait à coup sûr créé une explosion, ça n’aurait pas été une option très avisée.
Si vous étiez étudiant aujourd’hui, qu’est-ce qui vous amènerait à faire grève, en 2022 ?
Une protestation étudiante aujourd’hui pourrait avoir de multiples motifs très légitimes: les conditions d’études ne sont pas idéales, les études sont devenues une course aux « crédits », l’accès reste inégalitaire, le monde étudiant a été très affecté par la pandémie, les espaces qui rendent possibles une université démocratique, participative et engagée dans les grands enjeux politiques du présent se restreignent, etc. Tout un système de surveillance s’est mis en place au sein des universités, qui ressemblent de plus en plus à des grands magasins. Comme si les étudiant·e·s étaient eux·elles-mêmes une menace, ou des client·e·s à surveiller ! La création d’une sécurité interne s’est imposée, après bien des protestations. Et l’on s’y est fait, aux agents de sécurité un peu partout ! Surtout à l’heure de la pandémie. A l’époque, tout cela aurait été inimaginable, et aurait scandalisé le monde étudiant.
L’essoufflement des espaces de sociabilité étudiante où ces derniers se saisissent politiquement de leurs conditions d’études a de quoi inquiéter. La CAP a presque disparu et a vu ses activités réduites. Le campus s’est appauvri en termes d’espaces de discussion et de critiques sur les enjeux politiques actuels. Dans l’ensemble, le vécu étudiant en est affecté, de même que la capacité de s’engager. Cela affaibli la capacité des étudiant·e·s à s’organiser et à « politiser » leurs problèmes. La pression aux notes et aux crédits est constante. Avant, on ne s’inquiétait guère des examens avant le mois de mai, on se souciait uniquement des séminaires. Le reste du temps était plus relâché et rendait possible plein d’activités politiques, culturelles et autres sur le campus.
Vous êtes maintenant maître d’enseignement à l’Unil, la grève a-t-elle influencé votre parcours?
J’étais très investi dans les questions politiques parce que ne me sentais concerné par le devenir de l’université, et par les questions de société. La dégradation des conditions d’études me touchait, je m’identifiais à l’activité de recherche, de réflexion critique censée être promue par l’université. J’avais de fortes attentes envers l’université, sans doute en raison de mon parcours – je suis passé par le préalable. A seize ans, j’étais apprenti dans l’industrie des machines. Lecteur assidu, je me suis formé en autodidacte à la philosophie et à la sociologie. En études, j’idéalisais l’université comme lieu de connaissance, de réflexion, de savoir universel, mais aussi d’engagement et de critique raisonnée. J’avais de fortes attentes, qui furent souvent déçues. Mais je les ai encore aujourd’hui. Et chaque mesure qui affecte la liberté de pratique et d’accès et la recherche, à l’enseignement, et à la critique, me révolte autant qu’hier.
Avoir ces attentes élevées m’a par la suite motivé dans mes recherches ultérieures, jusqu’au doctorat. Je suis parti en Allemagne pour travailler sur la théorie critique de l’Ecole de Francfort, la face intellectuelle et scientifique de mon engagement pratique.
L’« esprit » de la grève de 1997 reste vivant en moi, même 25 ans plus tard. Et je suis loin d’être le seul : cette grève a été un révélateur pour ma génération, un détonateur, un moment politique intense, d’autonomie et d’imagination, d’action et d’intelligence collectives, mais aussi de débats disputés et de lutte raisonnée.
RECIT · En avril 1997 éclate une grève de trois semaines sur le campus de l’Unil, Un des acteurs de l’époque, Olivier Voirol, aujourd’hui maître d’enseignement et de recherche en SSP, retrace les causes, moments forts et conséquences du soulèvement qu’il a vécus en tant que membre du comité de grève.
Le climat d’avant-grève
Depuis le début des années 1990, les étudiant·e·s percevaient une dégradation de leurs conditions d’étude. Il y avait beaucoup d’activités sur le campus, quelques manifestations avaient eu lieu autour de 1993, lorsque j’ai moi-même commencé mes études, notamment des tentatives de connexions entre étudiant·e·s et apprenti·e·s. Les principales questions qui étaient discutées concernaient le programme de restriction budgétaire annoncé par l’Etat de Vaud et qui touchait près de 10% du budget de l’université.
La première mesure marquante était la hausse des « bons de repas », passés en l’espace d’un an de 4.50.- à 6.50, si je me souviens bien. Il était clair pour nous que nos conditions d’études commençaient à se dégrader et que ce n’était que le début. La suite s’annonçait mal, avec toutes les mesures annoncées par le Conseil d’Etat. Il y avait des problèmes de sureffectif dans les cours et séminaires, et un taux d’encadrement qui baissait d’année en année, particulièrement en SSP (Sciences Sociales et Politiques) et en Lettres, avec des effectifs en croissance, mais aussi dans d’autres facultés. Tout cela était très perceptible pour nous, on en voyait les conséquences immédiates, à la cantine et dans nos études ! Les annonces du Conseil d’état indiquaient qu’on était au tout début, et que ça allait s’empirer dans les années à venir.
Au début, peu d’étudiant·e·s étaient sensibles à ces questions. Mais la prise de conscience ne s’est pas fait tarder. Il y avait comme une évidence pratique. Fin 1993, se sont déroulés des « Etats généraux de la formation », une journée entière de réflexion sur le devenir de la formation universitaire et les réformes annoncées – qu’on n’appelait pas encore « néolibérales », mais qui en avaient tous les traits. C’était clair que tout ça allait nous tomber dessus.
Source: archives de 1997 de L’auditoire
Une série d’actions ont alors été tentées pour inverser la tendance, notamment au niveau du taux d’encadrement: des pétitions au niveau politique en suivant les canaux classiques, du côté de la FAE (Fédération des Associations d’Etudiant·e·s), de l’AESSP (Association des étudiant·e·s en sciences sociales politiques) ou d’autres. Plusieurs manifestations ont eu lieu, encore petites par rapport à ce qui a suivi, mais qui regroupaient quand même 500 à 600 étudiant·e·s. C’était une réaction à la pression induite par le fait que nous allions au-devant d’une logique de coupes budgétaires dans le service public et donc aussi le secteur de la formation. Tout cela se cristallisait autour du plan « Orchidée II » décidé par l’Etat de Vaud, dont l’objectif était de réaliser d’importantes économies dans le secteur public.
Le contexte social et politique
La grève est née de ce sentiment, qui était partagé par beaucoup d’étudiant·e·s, même si nous n’étions qu’une poignée au départ. Un comité de liaison contre Orchidée à l’Université (CLOU) s’était mis sur pieds, en lien avec les syndicats et les mobilisations du service public. Les réunions hebdomadaires, durant la pause de midi, regroupaient une trentaine de personnes. Il y avait plusieurs groupes, plusieurs tendances et manières de voir les choses. Ça discutait beaucoup et nous n’étions pas forcément d’accord. Mais pour nous tous, le programme « Orchidée » incarnait tout ce que nous ne voulions pas, l’esprit de ce qu’on a appelé plus tard le « néolibéralisme » : les coupes dans le service public au nom des « caisses vides » et de « l’esprit d’entreprise », arguments que nous avions appris à torpiller.
Source: archives de 1997 de L’auditoire
Un campus actif
Le mouvement sur le campus était donc connecté à ce qu’il se passait en dehors de l’université et surtout dans la fonction publique. Mais pas seulement. Le campus était très animé au milieu des années 1990. Plusieurs groupes organisaient régulièrement des débats ou conférences, qui étaient très suivis. Il y avait un collectif féministe, les Bad girls go everywhere, qui portait la question genre et critiquait le sexisme à l’université. Le Groupe regards critiques portait quant à lui un discours critique sur la question sociale et la politique universitaire. Dans le sillage de la grève apparurent d’autres groupes, comme les Insurgées ou encore des groupes de solidarité avec l’Amérique latine. Des journaux ou revues sont nés dès 1995, comme Flagrant délit. A l’Anthropole, il y avait surtout la CAP (Cafétéria Autogérée Provisoire), qui organisait quotidiennement des repas avec des associations. C’était un lieu central de rencontres, de discussions et de débats politiques. La CAP a joué un rôle absolument décisif dans tout le mouvement étudiant ainsi que dans la logistique de la grève.
Un nouvel horizon politique
Et puis, il y avait tout le contexte de l’époque. Nous sortions à peine de la séquence « chute du Mur » (de Berlin), de la guerre froide, tout cela semblait signifier une ère de paix retrouvée, en étant présentée par certains idéologues conservateurs comme la « fin de l’histoire ». Or, au même moment, se déployait à droite une attaque sans précédent contre l’Etat social et les appels au détricotage du service public étaient légion.
Fin 1995, les grandes mobilisations du secteur public en France furent un catalyseur. Le sociologue Pierre Bourdieu sortait en prononçant un discours devant les cheminots en grève de la Gare de Lyon. Il y parlait de « rupture de civilisation » incarnée par le « néolibéralisme » et appelait à combattre ce dernier. C’était très stimulant et donnait du sens à nos impressions. Mais Bourdieu était loin d’être le seul à s’exprimer de la sorte. Cela mettait des mots sur ce que nous percevions assez vaguement comme une vraie régression. Et puis émergeaient aussi, çà et là, de nouveaux mouvements sociaux et politiques, portant des formes politiques inédites, comme par exemple le zapatisme au Mexique dès 1994, l’Action mondiale des peuples à Genève, Reclaim the streets, plus tard Attac, etc.
Source: archives de 1997 de L’auditoire
On avait l’impression assez étrange d’entrer, d’un côté, dans une nouvelle ère, cette prétendue « fin de l’histoire », alors que, de l’autre, le capitalisme continuait à engendrer ses inégalités et ses injustices. L’énorme programme de restructurations et de détricotage de l’état social et du service public, articulé à un nouvel imaginaire politique émergeant produisait comme un clash dont l’expression ne pouvait être que de nouvelles révoltes sociales et de nouveaux conflits politiques.
Les éléments déclencheurs
A ce moment, toutefois, l’idée d’une grève sur le campus paraissait assez saugrenue. Les grands mouvements ne sont devenus une habitude que plus tard. Cependant, autour de 1995, tout avait déjà été tenté pour faire valoir la cause étudiante, notamment du côté de la FAE où une certaine impatience se faisait sentir. Au sein du mouvement, certain·e·s voulaient passer à des modes d’action plus décidés. D’autres préféraient continuer sur les mêmes modalités (faire des rapports, signer des pétitions, interpeller les autorités, etc.), mais leurs arguments ne portaient plus.
En novembre 1995, la grande manifestation du service public a joué un rôle décisif. Il y a eu une grosse mobilisation sur le campus, les bâtiments étaient recouverts de banderoles aux slogans percutants et drôles. Le matin, une action coup de poing des étudiant·e·s avait bloqué la ligne de métro (M1) à l’aide de barricades, tout était perturbé. Nous sommes beaucoup intervenu·e·s dans les cours pour parler des revendications et inciter les étudiant·e·s à rejoindre la manifestation.
Source: archives de 1997 de L’auditoire
Cela a très bien pris en Lettres et en SSP, un peu moins dans les autres facultés, et à l’Internef où parfois les feuilles volaient dans les auditoires occupés. Une manif de plusieurs centaines de personnes a ainsi serpenté le campus d’un bâtiment à l’autre, en s’allongeant sans cesse. On s’est ensuite rendus au bas de l’Anthropole (qui s’appelait « BFSH II » à l’époque, le « B2 » disions-nous) et c’était bourré de monde. Une assemblée s’est tenue dans un 1031 bondé avant de monter en ville pour participer à la grande manif de la fonction publique, qui rassemble plus de 15’000 personnes. Un vrai succès. Ce fut un moment galvaniseur. La mobilisation avait pris sur le campus, pour durer, et un mouvement se développait dans tout le canton.
Un sleep-in à Anthropole…
Un autre événement important ayant préparé la grève est le sleep-in en janvier 1996, une occupation de l’Anthropole pendant trois jours, en y dormant, pour marquer notre opposition aux politiques en cours. Ce qui nous a permis de prendre nos marques dans le bâtiment et d’apprendre à organiser toute une logistique qui allait se révéler décisive par la suite. Durant ces trois jours de résistance, de discussions intenses, de « contre-séminaires », mais aussi de fête, nous discutions de l’université qu’on ne voulait pas et de celle que nous voulions !
Source: archives de 1997 de L’auditoire
Tout cela nous a mis en confiance et montré que nous étions capables d’habiter le bâtiment en le gérant par nous-mêmes. D’y vivre et pas seulement d’y étudier. On a vu que la CAP (Cafétéria Autogérée Provisoire) permettait d’assurer des repas pour beaucoup de monde et d’être une sorte de plaque-tournante d’activités multiples. Sur le moment, nous n’en étions pas pleinement conscients, mais ça a été décisif pour préparer la grève. On se rendait compte de tout ce qu’on pouvait faire collectivement et nous étions devenus maîtres dans l’appropriation des bâtiments du campus, qui étaient vraiment devenus les nôtres.
Pour une « autre université »
Un des points centraux de nos revendications était le retrait de la LUL, la nouvelle loi sur l’université, qui faisait reculer nos droits et signait l’entrée de l’université dans une gestion « néolibérale ». Nous étions opposé·e·s à une gestion axée sur un contrat de prestations entre l’Unil et l’Etat de Vaud, nous demandions l’arrêt immédiat des plans d’austérité visant l’Unil et le secteur public, et parapublic. Nous demandions à ce que le gouvernement s’engage à créer de nouveaux postes pour revenir au taux d’encadrement antérieur aux mesures d’économie – dont, on l’a dit, les effets sur nos conditions d’études étaient perceptibles. Nous demandions en outre le développement du pluralisme des savoirs, ce qui passait notamment à nos yeux par la création de chaires d’enseignement d’économie alternative et d’études féministes. En bref, nous ne nous opposions pas seulement au programme d’économies, nous questionnions aussi l’université dans son fonctionnement, ses contenus, avec une forte attente et exigence de ce qu’elle pourrait – et devrait – être à nos yeux ! Une « autre université » était possible !
Source: archives de 1997 de L’auditoire
L’entrée en grève
Les gens ont fini par être de plus en plus remontés, et prêts à passer à des modes d’actions plus radicaux. La question de la grève était donc posée, mais elle apparaissait comme le dernier recours. Nous discutions de plusieurs variantes pour débloquer la situation et faire avancer le mouvement. On voyait peu de perspectives et la fonction publique bougeait beaucoup, ça parlait de plus en plus de grève.
Début avril 1997, le vendredi 9 plus exactement, une AG s’est tenue dans un 1129 presque-plein. La question est très discutée, et disputée. Si bien que nous décidons de voter. Il a fallu compter les voix par deux fois tellement c’était serré ! Et tout à coups c’était clair : une majorité était pour la grève ! On s’est alors regardé les uns les autres : « On l’a vraiment fait? On a voté la grève? Ouais, c’est ça ! Et maintenant, qu’est-ce qu’on fait? ». On l’avait votée pour lundi matin, on était vendredi. Sur le moment, nous étions un peu dépassés par notre propre décision collective ! Mais nous nous vite organisés et ce fut un boulot intense tout le week-end. C’était comme une étincelle, les gens se sont réveillés d’un coup. Le lundi matin, il y avait des piquets de grève aux principales entrées du campus. L’Anthropole était quasi bloquée. On a rédigé et sorti des tracts présentant nos revendications et c’est là que le mouvement a pris tout à coup une tout autre ampleur.
Source: archives de 1997 de L’auditoire
A ce moment, l’Anthropole et le bâtiment des sciences étaient recouverts en permanence de grandes banderoles sprayées de slogans percutants, drôles, parfois très travaillés. On a constitué différents sous-groupes, dont un « groupe action », un comité de grève composé de cinq à sept personnes, dont je faisais partie. Il préparait les assemblées générales quotidiennes, aidait à structurer les discussions, synthétisait des options ou des scénarios, assurait le suivi des problématiques.
Le comité d’action a inventé des formes d’action très originales et qui ont très vite permis de rendre visible le mouvement en ville, où l’on sortait en manif quotidiennement. La journée, il y avait des discussions un peu partout sur le campus, sur des thèmes comme « une uni non sexiste », l’accès à la formation, « une autre uni », la destruction du service public, l’économie alternative, l’enseignement critique, etc. La discussion était permanente, c’était un peu un « séminaire autogéré » sans fin. L’après-midi se tenait l’assemblée générale suivie d’une manif ou d’« actions symboliques » au centre-ville. Le matin, nous étions très tôt déjà sur les piquets aux différents postes sur le campus, pour empêcher les étudiant·e·s d’aller en cours et les convaincre à participer au mouvement.
Au début, c’était compliqué, certains étudiant·e·s passaient à travers les barrières. D’autres n’étaient pas d’accord et voulaient se rendre dans les amphis sans se soucier des questions posées par la grève. Parfois ça chauffait au peu. Il fallait convaincre, argumenter et s’organiser. On a fait un monstre boulot d’information. Il y avait aussi la nécessité d’organiser la logistique: permettre aux gens de se nourrir et de dormir sur place pour assurer l’occupation du lieu. C’étaient des journées qui commençaient à 6h du matin et se terminaient tard dans la nuit, souvent autour d’une bière à la CAP. Au comité de grève, nous nous voyions parfois vers 6h le matin, en particulier lorsqu’il fallait organiser le contact avec les médias, pour préparer nos interventions en public. Pour ma part, durant ces trois semaines, j’ai dormi max. 3 heures par nuit, et j’ai terminé cette période de grève complètement exténué !
Source: archives de 1997 de L’auditoire
Pour beaucoup, la grève fut un immense moment de discussion, de débats, mais aussi de conflits et de disputes politiques entre différentes propositions et modes d’action. Mais ce fut aussi un immense moment d’échanges, de créativité et d’imagination politiques. Ce fut aussi un moment « poétique », peuplé d’ateliers-slogans, de confections de banderoles, d’inventions de chants, de slogans, mais aussi de musique, de concerts, de réappropriation des bâtiments et de toute sorte de choses par cet « esprit de grève ». Certains soir, la fête dura la nuit entière à l’Anthropole. A coup sûr, certain·e·s personnes ont vécu la grève autant comme un moment politique que comme une sorte d’explosion festive jour et nuit.
Chaque jour, on décidait si on reconduisait la grève ou non, par un vote en AG. Ce n’était pas toujours très clair, sans cesse rediscuté, quotidiennement. Les enjeux étaient importants : il fallait parvenir à faire avancer nos revendications, gérer les étudiant·e·s soucieux·euses de reprendre les cours et inquiet·ète·s pour les examens. Bref, c’était une démocratie à l’état brut, rejouée au jour le jour, avec son côté explosif et très créatif, mais aussi ses tensions et ses prises de décisions disputées. Et puis, quelques étudiant·e·s politisés à droite, en HEC et Droit, avaient constitué un comité antigrève qui intervenait assez régulièrement en AG ou ailleurs pour saper le mouvement en exigeant l’arrêt immédiat de la grève. Ça ne nous facilitait pas la tâche.
Source: archives de 1997 de L’auditoire
Notre objectif était d’entrer en négociation avec le Conseil d’Etat sur la base de notre plateforme de revendications : l’abandon de la LUL, le retour à un taux d’encadrement d’avant les coupes budgétaires, l’abandon de la logique « néolibérale », etc. C’était aussi la défende de l’idée d’une université ouverte d’accès, critique dans ses contenus, participative dans son fonctionnement, et pleinement démocratique. Nous demandions également la création d’une chaire d’études genre et une chaire d’économie alternative, représentant un point de vue critique en économie. Il faut dire qu’en HEC à l’époque, certains profs très médiatisés appuyaient fortement les mesures d’économie – alors qu’ils étaient eux-mêmes financés par le service public ! Il n’y avait aucune place pour un autre discours en sciences économiques. Nous attendions mieux de l’institution que nous défendions.
En trois semaines de grève, nous avons tout fait pour obtenir des négociations avec le Conseil d’Etat. Très vite, cependant, ce dernier a temporisé. La première semaine, on n’a eu aucune réponse, pas de tentative d’écoute, les autorités ont fait mine de ne rien voir ni entendre. Mais dès la deuxième semaine de grève, le mouvement s’est radicalisé. Toutes les salles ont été condamnées, chaises et tables sorties et entassées en barricades. Bref, l’uni était désormais bloquée, en tous cas dans l’Anthropole et le bâtiment des sciences. Ce n’était plus possible de dispenser et suivre des cours. Les portes étaient condamnées par un système ingénieux, même les techniciens n’y accédaient plus.
Et puis, dès ce moment, les médias qui avaient jusque-là boudé le mouvement ont commencé à s’y intéresser. Il y avait tout à coup des journalistes partout dans le bâtiment. Ce n’était pas évident à gérer, mais cette « visibilité » nouvelle décuplait notre énergie et notre volonté d’obtenir ce que nous exigions.
Source: archives de 1997 de L’auditoire
La phase des « négoscussions »
A moment donné, nous avons fait une manifestation en ville qui a abouti devant le bâtiment du département de l’enseignement, à deux pas du Château. Tout le monde criait: « Négociations! Négociations! ». Soudain, une personne sortit du bâtiment et tout le monde s’y engouffra. En quelques minutes, il y avait des étudiant·e·s partout dans le bâtiment. Deux conseillers d’état s’y trouvaient encore et ont tenté de s’enfuir par une porte arrière. Ils furent vite rattrapés et encerclés. C’est ainsi que Jean-Jacques Schwaab, le Conseiller d’Etat responsable du département de l’éducation, entouré de plus de deux-cents manifestants criant « négociations ! », s’est engagé à venir sur le campus pour discuter d’un calendrier de négociations.
Source: archives de 1997 de L’auditoire
Lorsqu’il arrive sur le campus, le grand auditoire 1031 est bondé. Il y a des gens jusque tout en haut dans la cafétéria. C’était clair : nous voulions entrer en négociation, il n’était pas question de « discutailler » avec un conseiller sans mandat politique du gouvernement. Nous ne voulions pas de « négoscussions » comme nous disions. Il fallait donc s’assurer que ce conseiller d’Etat avait bel et bien un mandat et qu’il n’était pas là seulement pour nous « écouter ».
Face à un bon millier d’étudiant·e·s, ce dernier commença à dire qu’il avait connaissance de nos revendications et qu’il entendait nos protestations. Vincent Bourquin, du comité de grève et de la FAE, lance alors : «Etes-vous prêt à entrer en négociations, avez-vous mandat du Conseil d’Etat? ». Il ne répond pas, on insiste. «Monsieur Schwaab, répondez, êtes-vous prêt à négocier avec le mouvement, oui ou non?». Après un silence hésitant, un « non » timide sort de sa bouche.
Source: archives de 1997 de L’auditoire
A ce moment, tout le monde se lève et quitte la salle. Laissant le conseiller d’Etat seul sur sa chaise, bouche-bée, littéralement ahuri. Les gens sont ensuite partis en manif, 1’500 personnes en colère, remontant à pied depuis le campus jusqu’au centre-ville, où tout est resté bloqué toute la soirée. C’était un moment très fort. Mais nous savions aussi que ça serait très compliqué désormais. Que le gouvernement refusait toute entrée en matière et que nous n’avions pas d’interlocuteur pour fixer un cadre politique de négociations.
Que faire dans une telle situation ? Renoncer ou radicaliser le mouvement, c’était l’alternative. Il n’y avait pas d’autre d’issue politique, on en cherchait une comme « faire une pause » et repartir, mais ce n’était pas très crédible. Et puis, radicaliser, le mouvement ? Nous avions déjà atteint degré assez élevé pour le canton de Vaud. Et nous commencions à nous épuiser, les examens approchaient et l’inquiétude étudiante était de plus en plus difficile à gérer.
La seule solution qu’on a trouvée a été de faire une pause et repartir plus fort à la rentrée. Mais nous avions atteint une sorte de paroxysme durant ces trois semaines, et nous n’avons jamais réussi à recréer une telle dynamique, une telle intensité par la suite. Mais nous avions déjà fait quelque chose d’incroyable.
INTERVIEW · Alors que Matteo Salvadore est actuellement étudiant en Lettres, il est aussi, dans son temps libre, un jeune talent d’écriture. Récemment gagnant du troisième Prix de la Sorge 2021, c’est à l’occasion de la publication de son premier roman intitulé Larmes de renard que L’auditoire est allé à sa rencontre. Qui est cet étudiant-écrivain ?
Quelle est la trame de ton roman ?
C’est un polar qui se déroule entre Vevey et Aigle. Il se passe un meurtre violent et les policiers retrouvent sur la maison de la porte un renard cloué. Il y a donc une enquête de police qui se déroule à Vevey.
Comment tu as eu l’idée de l’élaborer ? Comment est-ce que cela a commencé?
J’aime bien écrire de la fiction et je me suis dit qu’un jour, ce serait bien que j’essaie d’écrire un gros projet, plutôt que des petites nouvelles. En effet, avant j’écrivais plutôt des petits textes et je me suis ensuite lancé dans ce polar.
Pourquoi le choix d’un polar ?
Le polar est ce que j’aime lire, donc c’est aussi ce que j’aime écrire. C’est sans doute comme la musique, où tu joues le style de musique que tu préfères écouter.
Comment s’est passée la rédaction ?
J’ai commencé par faire un plan de la trame avec l’intention de le suivre, mais je n’ai réussi à respecter que les trois premiers points. J’ai donc changé d’approche et y suis allé au feeling. C’est un peu comme pour les travaux académiques où le fil rouge change durant la rédaction. Pour moi, faire un plan ne m’a pas vraiment été utile, j’avais tous mes personnages en tête. Cela étant dit, je pense que la rédaction dépend de la personnalité de l’écrivain·e.
J’ai mis longtemps à avoir le déclic par rapport à un certain événement de mon roman, mais à partir de là, cela m’a pris environ deux mois et demi pour l’écrire, durant l’hiver 2020-2021. Parfois, il faut trouver la motivation, vu qu’à l’uni, surtout en Lettres, on lit et écrit déjà énormément. On n’est donc pas forcément motivé·es à le faire dans notre temps libre. Une fois trouvée, c’est génial.
Est-ce que tu as eu des inspirations particulières ?
Je pense que j’ai été très inspiré par les polars que j’ai lus. Pour l’ambiance de la brigade avec la cheffe policière, je pense avoir été imprégné par les romans de Fred Vargas. Disons que ma trame ne ressemble pas aux siennes, mais les dynamiques se rapprochent.
Comment s’est passée la prise de contact avec ta maison d’édition ?
J’ai simplement envoyé un mail aux éditions locales Plaisir de lire. Cela a pris un peu de temps pour avoir une réponse, entre la lecture, les avis et les relectures. J’ai essayé avec d’autres maisons d’édition mais certaines m’ont refusé car je n’étais pas, selon eux·elles, dans leur lignée éditoriale. Plaisir de lire ont été les premiers à me répondre, j’ai donc décidé de travailler avec eux·elles. Je pense que ce qui a joué pour ma candidature, se sont surtout mon jeune âge et le fait que ma trame se déroule dans la région. J’ai ensuite pu suivre tout le processus d’édition. C’est quelque chose qui te fait mûrir par la même occasion, c’est ça qui est génial. Il y a eu une impression d’environ 800 exemplaires du roman et il va être vendu à Payot et Basta. Par ailleurs, cette maison d’édition cherche des nouveaux·elle·s jeunes écrivain·e·s, si certain·e·s sont intéréssé·e·s. Ils·elles sont très avenant·e·s, il suffit de leur envoyer un mail et ensuite ils·elles viennent en aide aux écrivain·e·s durant tout le processus d’édition et de publication. Je sais que certain·e·s ont honte de montrer ce qu’ils·elles ont écrit, mais il faut savoir se lancer.
Pourquoi as-tu choisi Basta pour ta dédicace ?
La maison d’édition m’a conseillé d’organiser quelque chose pour la sortie du livre. Je me suis dit que cela pourrait être sympa de faire une séance de dédicaces à Basta, étant donné que j’étudie ici, à l’Anthropole. Cela aura donc lieu le 7 avril de 14h à 16h. J’espère vraiment qu’il y aura du monde, ce serait génial.
As-tu des projets futurs dans l’écriture ?
J’aimerais bien publier la suite de mon roman. Je suis déjà en train de l’écrire, donc j’aimerais bien, si possible, que l’aventure puisse continuer. En faire un métier sérieux ce serait incroyable mais cela risque d’être difficile. Cela étant, il y a plusieurs moyens de devenir professionnel·le, par exemple en publiant plusieurs écrits dans différents styles, mais c’est clair que cela reste difficile.
ANECDOTES · Des participant·e·s au cours TANDEM avec Myriam Détraz
Ressentis météo et conséquences…
L’une des premières choses que j’ai constatée à Lausanne c’est le peu de vent qu’il y a. Je viens d’Écosse, où j’habite en haut d’une colline au bord de la mer, alors il y a du vent presque tous les jours. Cela m’a beaucoup surprise de voir qu’ici quand il pleut, tout le monde utilise un parapluie plutôt qu’un imperméable. Un parapluie ne sert à rien en Écosse – il serait retourné ou cassé en quelques minutes. J’étais encore plus étonnée de rencontrer des gens de Belgique qui m’ont dit qu’ils trouvaient qu’il y avait beaucoup de vent à Lausanne par rapport à chez eux !
Annie, Ecosse
Le mystérieux sac poubelle
Il a fallu quelques semaines à ma famille pour comprendre le système de recyclage et de collecte des déchets en Suisse. Après environ 3 jours de vie ici, c’était enfin le jour des poubelles. J’ai fermé le sac, je me suis dirigée vers la zone des ordures, je l’ai jeté et je suis retournée profiter de ma journée. Quelques heures plus tard, j’ai entendu frapper à ma porte. J’ai ouvert la porte et il y avait un homme tenant un sac poubelle qui m’était plutôt familier. Il m’a dit : « Bonjour, je voulais vous informer que vous avez oublié d’ajouter une étiquette sur votre sac poubelle ». Embarrassée, j’ai répondu « Je suis désolée, je ne pense pas que ce soit mon sac ». Il m’a dit « Vous êtes sûre ? J’ai ouvert le sac et j’ai trouvé cette lettre qui avait votre adresse ». Comme c’était gênant.
Maria Fernanda, Brésil
La lessive, une tâche tellement complexe en Suisse
En Suisse, la lessive est une activité vraiment importante et réglementée : 1) obtenez un portefeuille spécifique pour mettre toute votre monnaie pour payer les machines à laver, 2) allez à la banque et obtenez de la monnaie, 3) attendez le jour assigné pour faire la lessive, 3) assignez 20 minutes pour parler aux personnes dans la buanderie collective. Ne jamais : 1) laver les vêtements après 21h, 2) laisser la lessive à la dernière minute et essayer de trouver de la monnaie après 19h ou le week-end. J’ai décidé que faire la lessive doit être une chose sacrée et culturellement importante ici.
Philippa, Grande-Bretagne
Comment trouver des toilettes en ville de Lausanne ?
Un jour, j’étais au centre-ville toute seule pour faire des courses. Ça faisait 4-5 jours que j’étais arrivée à Lausanne, et c’est la première fois que j’habite à l’étranger (je viens du Japon). J’ai eu soudainement besoin d’aller aux toilettes. Au japon, il y a toujours des toilettes dans une station de métro. Alors, je suis allée à la station du Flon. Mais je n’ai rien trouvé ! Ensuite, j’ai essayé quelques magasins. Là encore, il n’y en avait pas. Ça commençait à être urgent, et j’ai appelé mon Buddy. Elle m’a gentiment suggéré d’en emprunter dans un restaurant. J’hésitais à le faire parce que je ne le fais jamais au japon. Et j’ai trouvé une bonne idée ! J’étais sûre qu’il y en avait… à la gare ! Avec la dernière once de force, je me suis dirigée vers la gare. Et puis, ce que j’ai vu à la gare… Une machine pour payer ! C’était très choquant qu’il faille payer pour aller aux toilettes… En Europe, trouver des toilettes, c’est un exploit !
Noemie, Japon
Les passages piétons
Lorsque je suis arrivée à Lausanne, la première chose que j’ai faite a été d’aller à la Migros pour faire quelques courses. J’ai marché jusqu’à la Migros et quand je suis arrivée au passage piéton, j’ai attendu que la voiture passe pour pouvoir traverser. Cependant, la voiture s’est arrêtée juste avant la ligne zébrée et je me souviens que j’étais vraiment interloquée car, d’où je viens, la voiture n’attend pas les gens, c’est plutôt le contraire. Après deux minutes d’attente, j’ai demandé ce qu’elle attendait et elle m’a dit de traverser la ligne parce qu’elle s’était arrêtée pour me laisser traverser. J’étais choquée car dans d’autres pays, il est plus courant que ce soit la personne qui attende que la voiture ait passé.
Mahta, Iran
De la validation des tickets de métro
La première fois que j’ai pris le métro à Lausanne, j’avais acheté mon billet et je suis entré dans le métro en cherchant un endroit pour le valider. En Espagne, les transports publiques ont toujours des barrières pour entrer ou au moins un endroit pour valider le billet. J’ai parcouru tout l’intérieur du métro à la recherche de cet endroit et, après quelques minutes, j’ai demandé à une femme et elle m’a dit qu’en Suisse on ne faisait pas ça. Je me suis senti vraiment bête.
Arturo, Espagne
Entre le français à l’école et celui de la vie courante, quel fossé !
J’ai étudié le français à l’école. Mes connaissances sont suffisantes pour faire du shopping. Lors de mes premiers jours à Lausanne, alors que je voulais acheter quelque chose dans une chocolaterie, la dame à la caisse m’a dit plusieurs fois « cinq francs septante ». J’étais très troublée car je ne connaissais pas septante. Je n’arrêtais pas de demander : pouvez-vous répéter cela ? et elle a dit « cinq francs septante » à nouveau. « Septante » ne sonne pas très différemment de « siebzig » en allemand. Mais je ne m’y attendais pas et je n’ai donc rien compris.
Julia, Allemagne
Acheter du fromage et payer dans une boîte, un rapport de confiance !
Un jour après le déjeuner, les amis de mon oncle m’ont dit d’aller acheter du Gruyère dans un endroit spécial.
Quand nous sommes arrivés à cet endroit, j’ai réalisé que ce n’était pas un magasin et qu’il n’y avait pas de monde. Alors je leur ai demandé : « Et où allons-nous acheter le fromage ? », et ils me disent : « tu vois ce réfrigérateur ? c’est là qu’on l’achète. » et ils ont ri.
Je n’ai rien compris jusqu’à ce que j’ouvre le réfrigérateur et que je me rende compte qu’il y avait juste un pot pour laisser l’argent pour ce que vous achetiez. Là, j’ai réalisé à quel point on peut faire confiance aux gens en Suisse.
Alessia, Pérou
Les surprises linguistiques du français à l’anglais
J’ai remarqué que lorsque les gens de Suisse romande parlent en anglais, ils ont des expressions spécifiques qu’ils utilisent tout le temps, comme des tics verbaux, et généralement ils ne sont pas souvent utilisés en anglais. Par exemple, il est vraiment amusant et bizarre pour moi que les gens utilisent tout le temps l’expression « for sure » en anglais. Il est souvent répété comme « for sure, for sure ». Les gens l’écrivent même dans des courriels. En tant que personne britannique, je n’ai aucune idée d’où cela vient ou si la phrase est une traduction directe de quelque chose en français.
Philippa, Grande-Bretagne
Une histoire de dentifrice
Je suis allé au supermarché pour acheter un dentifrice. Comme j’étais en retard, je devais me débrouiller rapidement. J’en ai cherché partout, mais je n’ai rien trouvé, pas même un employé pour m’aider. Je n’ai vu qu’un produit qui ressemblait à un dentifrice, mais qui portait la marque « Candida ». J’ai pensé : « Non, ça ne peut pas marcher. » En portugais, « Candida » c’est le nom de la levure qui cause la candidose, une mycose qui affecte en particulier les organes génitaux féminins. Pensez-vous : se brosser les dents avec une pommade pour traiter une infection. Comment est-ce possible qu’un supermarché ne vende pas de dentifrice ? Intrigué, j’ai continué ma recherche (et j’ai raté mon rendez-vous). Après de nombreux va-et-vient dans les couloirs, j’ai décidé de vérifier ce produit et voilà : c’était bien un dentifrice. Enfin, j’en avais trouvé. Mais, juste au cas où, j’ai acheté une option qui avait un autre nom.
Olliver, Brésil
Surprise de l’hospitalité suisse
Une fois que j’étais à la maison, travaillant à domicile, j’ai entendu frapper à la porte. J’ai été surprise parce que personne ne frappe à ma porte. Je pensais que si c’était un ami, il ou elle aurait appelé avant de venir. J’ai quand même décidé d’ouvrir la porte. Devant la porte se trouvait une fille avec une boîte de chocolat à la main. Elle s’est présentée en disant qu’elle est ma nouvelle voisine et que si j’ai besoin de quelque chose, de ne pas hésiter à frapper à sa porte. J’étais nouvelle en Suisse et mon français n’était pas très bon. J’ai seulement dit merci et j’ai fermé la porte. Quand la porte a été fermée, je me suis dit à moi-même, « tu n’as pas dit ni ton nom ! » Je me suis sentie tellement embarrassée et je ne me suis jamais excusée !
Angeliki, Grèce
Quand manger au restaurant ?
J’ai fait un Erasmus en Suisse et un des premiers jours où j’étais là, nous avons décidé, avec des amis, d’aller manger dans un restaurant. On s’est retrouvés à 14h00 au restaurant et quand nous sommes entrés et que nous sommes allés commander, ils nous ont dit que la cuisine était déjà fermée. En Espagne manger à 14 heures est tôt ! Habituellement, nous mangeons à 15 heures mais nous dînons aussi plus tard que les Suisses. On ne pouvait pas manger et on a dû aller au supermarché pour acheter un sandwich. Depuis ce jour, on a vu que nous devions nous habituer à ce nouvel horaire.
Aina, Catalogne
Masqués oui, mais dans la diversité !
Quand je suis arrivée en Suisse j’ai été frappée par le fait que tout le monde ici porte des masques presque identiques. Oui, d’accord, il y a peut-être quelques masques bleus et quelques noirs, en de rares occasions un blanc, mais au-delà de cela, il y a vraiment peu de variété. Voir un masque unique est une chose rare ! Lorsque je suis partie d’Écosse, presque tout le monde portait des masques réutilisables de toutes les couleurs et motifs – avec des images, avec du texte, rayé, tartan, pailleté, tout ce qu’on peut imaginer. Quand je prenais le train ou que j’allais au cours à l’université, il était toujours intéressant de voir tous ces masques différents. Ici, ils sont tous les mêmes et c’est beaucoup moins intéressant.
Annie, Ecosse
Désespoir oscillo-battant
Je cuisinais dans l’appartement où je me suis installé au début de mon séjour à Lausanne. Comme je n’ai pas l’habitude d’utiliser une plaque à induction (qui n’est pas très commun au Brésil), j’ai brulé la nourriture, ce qui a produit beaucoup de fumée. Je me sentais trop nerveux. Alors, j’ai décidé d’ouvrir la fenêtre. Elle était un peu dure et je l’ai forcée. Ensuite, par ma surprise, la partie supérieure s’est ouverte. J’étais désespéré : « Mon Dieu, non, non, je viens d’arriver et j’ai déjà endommagé le bâtiment. Quelle malchance ! » Voici le dilemme : je fais comme si de rien n’était ou je reconnais mon erreur. Le surmoi a parlé plus fort que le ça. Alors, j’ai appelé la propriétaire pour lui expliquer la situation. J’étais très gêné. « Je suis désolé, mais j’ai abîmé la fenêtre. » Elle s’est contentée de rire. Après, j’ai constaté que cette ouverture était normale. Je peux dire que le fait se résume à ceci : un désespoir oscillo-battant.
Olliver, Brésil
Petit problème de prononciation
Je suis allée à la poste pour payer mon loyer. Je n’avais pas assez d’argent, alors j’ai demandé ou je pouvais trouver un “ATM” en anglais. L’employé de la poste parlait très bien l’anglais, mais il ne comprenait pas du tout ! On a pris beaucoup de temps pour trouver ce que je voulais dire. Finalement, j’ai expliqué avec une phrase et il m’a compris. Ce qui m’a surprise c’est que les abréviations sont très différentes en français et en anglais. Au japon, on parle beaucoup de l’“IOC”, mais ici c’est le CIO. Je pense qu’il me faudra beaucoup de temps pour apprendre ces choses.
Noemie, Japon
Les jeunes conducteurs
Après nous être finalement installés dans notre maison en Suisse, ma famille et moi avons décidé de faire une promenade pour explorer la ville dans laquelle nous avions emménagé. C’était une belle journée avec un ciel bleu, les routes étaient plutôt vides, peu de voitures circulaient… Jusqu’à ce qu’un énorme tracteur apparaisse, roulant sur la route principale de la ville. Pour quelqu’un qui a vécu à Singapour auparavant, voir un tracteur circuler sur la même route que les voitures était choquant. Non seulement cela, mais une fois qu’il s’est approché de nous, nous avons vu que c’était un enfant d’une dizaine d’années qui le conduisait avec sa petite sœur assise à côté de lui. Je me demande qui a la priorité dans cette situation.
Maria Fernanda, Brésil
Les trains et leurs pièges…
Au début, quand je suis arrivée ici, je n’étais pas familière avec le système des trains, et encore moins avec les plans des trains. Ils étaient vraiment déroutants. Durant ma première semaine à Lausanne, je voulais découvrir le chemin pour aller à l’Université. Donc, j’ai pris un train l’après-midi et le plan était de monter dans un train et après quelques arrêts de descendre et de monter dans un autre train. Du coup, j’ai pris le premier train et je suis descendue. Cependant, après je me suis perdue dans la gare principale de Lausanne. J’ai demandé à quelqu’un quel train je devais prendre et elle m’a indiqué le numéro de train. J’ai paniqué parce que le deuxième train était déjà parti depuis quelques minutes. Finalement, je l’ai trouvé et j’ai couru dans le train. Je me suis calmée pendant quelques minutes et j’ai profité de la vue, puis je me suis rendu compte que le train que j’avais pris partais en direction d’une autre VILLE. A la fin de la journée, je ne suis pas arrivée à l’université car il était tard et j’ai passé tout l’après-midi à essayer de rentrer à la maison.
Mahta, Iran
Le genre des prénoms…
L’histoire suivante concerne ma première rencontre avec mon partenaire tandem. Je l’ai rencontré grâce à la plateforme tandem à l’Unil et nous avons décidé de nous rencontrer à Ouchy. Il s’appelle Laurent et il est suisse. Je n’avais jamais rencontré quelqu’un qui s’appelle Laurent avant. Je suis arrivée à Ouchy mais je n’ai trouvé personne. Il y avait un gars qui me regardait et j’ai pensé que c’était étrange. Soudain, il vient et me demande si je suis Angeliki ? J’ai pensé comment il connaît mon nom et je l’ai regardé sans réagir. Puis j’ai réalisé que c’est mon partenaire tandem. Laurent est un prénom masculin !!!
Angeliki, Grèce
Les horaires des repas…
On parle beaucoup des différences des horaires de manger que nous, les Espagnols, avons par rapport au reste des pays européens, la Suisse inclue. Et c’est tout à fait vrai, en Espagne on prend le déjeuner et le souper dans des horaires souvent difficiles à comprendre pour les autres gens. Souvent mes colocataires suisses rigolent de moi à propos de ça. Un jour, c’était 18 heures et je revenais d’un cours et je n’avais pas pris mon déjeuner. Donc je commence à cuisiner et une de mes colocs arrive pour cuisiner son souper. Elle me regarde et me dit avec un sourire : « c’est ton dîner ? » en pensant que c’était impossible. Et je réponds : « oui ». A partir de ce moment, elle ne demande plus si ce que je mange c’est mon dîner ou mon souper.
Arturo, Espagne
Mais oui, à Saint-Gall on paie avec des francs suisses… même si on parle allemand
Il y a quelques semaines, je suis allée à Saint-Gall avec des amis, et Saint-Gall est dans la partie allemande de la Suisse où tout le monde parle allemand.
Alors une fois là-bas, nous avons décidé d’aller marcher à la montagne, mais avant cela, nous sommes allés au magasin pour acheter des choses. Or, quand je suis arrivée à la caisse pour payer, j’ai dit à mon ami : « Je n’ai pas d’euros. Comment est-ce que je vais payer si je n’ai que des francs suisses ? » Et c’est là que tout le monde m’a regardé et que je n’ai rien compris.
La caissière m’a regardée et m’a dit : « Mais, donne-moi ce billet », et j’ai répondu: « Non, parce que ce n’est pas des euros » et j’étais très embarrassée. Elle m’a redemandé mon billet pour payer, et sans comprendre, je le lui ai donné.
Après, quand je suis sortie du magasin, j’en ai parlé à mes amis : « Je ne comprends pas comment elle a accepté les francs suisses, si on est en Allemagne ». Ils m’ont tous regardé et ont ri, puis j’ai réalisé que j’étais toujours en Suisse et qu’ils parlaient juste une autre langue.
Alessia, Pérou
L’art de traverser la route…
En Allemagne, les gens traversent simplement la route quand il n’y a pas de voitures qui arrivent, même si c’est rouge. Les gens s’arrêtent quand il y a des enfants. J’ai voulu franchir un feu rouge ici et mes amis, avec qui je voyageais, m’ont indignement retenue. Ici, les gens suivent vraiment toutes les règles de très près.