• garden gourmet

    Texte obtenant le Prix spécial (Prix-se de risque), Prix de la Sorge 2022

    Écrit par : Alex Pérez

    CONCOURS • 35 membres de la communauté universitaire lausannoise ont participé au concours littéraire du Prix de la Sorge 2022 organisé par L’auditoire, sous l’unique condition de soumettre un texte de moins de 25’000 caractères espaces compris. Un jury composé de l’écrivaine et éditrice Abigaelle Lacombe, de la professeure de français moderne à l’Université de Lausanne Danielle Chaperon, du journaliste au journal Le Temps Sami Zaïbi, de la membre de la revue Archipel Elena Link et de la co-rédactrice en chef de L’auditoire Jessica Vicente, a récompensé quatre textes. Hors des trois premiers prix initialement prévus, le jury a décidé d’attribuer le prix Prix(-se) de risque à un quatrième texte. La cérémonie de remise des prix s’est déroulée jeudi 24 novembre au soir au foyer de la Grange de Dorigny, avec l’accompagnement musical du groupe Oxeon formé de la chanteuse Sylvie Klijn et de l’accordéoniste Léa Gasser.

    I

    c’est pas le moment d’écrire de la poésie
    tu mettrais quoi dedans avec tes idées
    brouillées
    tu dirais rien qui vaille la peine
    c’est quoi
    la peine tu
    mettrais
    les tripes et les viscères celles
    qu’on t’a prises qu’on a
    cuisinées servies dans des plats en argent et
    recouverts de poussière qu’on a
    fait revenir à la poêle puis au four
    étalées sur du pain ajouté du sel
    et on s’est dit
    que c’est bon
    je l’ai fait moi même

    il faut se taire pour mieux
    être il faut
    s’asseoir et
    oublier
    lentement
    sur les pavés sur le bitume l’image et
    quelques sons
    c’est la posture qui
    me
    reste
    c’est le souffle entre les os
    je marche encore
    un peu et
    JE ME SOUVIENS c’est dans le corps c’est
    la marque dans
    le corps qui reste et tout
    ce que tu ne fais pas à mon corps je
    m’en souviens aussi mais
    avec moins
    d’exactitude

    si je me remets à écrire je
    revendique la recette
    C’EST MOI QUI T’AI DIT COMMENT
    CUISINER MES TRIPES devine quoi j’ai
    recommencé déjà trois fois
    gloussements fond de gorge je
    rigole pas quand je dis qu’il me faudra te
    faire taire
    je met mes amplis très fort je recouds
    mon bide
    comme ma maman pour que je sorte
    les tissus qui accrochent j’y vais
    sans anesthésie TAIS TOI juste la nicotine
    et du fil de pêche
    avant de serrer je glisse
    quelques cailloux
    et quelques graines

    je cicatrise
    toujours
    mal
    petites gouttes en onomatopées
    à l’intérieur du crâne et
    à l’extérieur
    pour faire les mots il faut
    de plus petites structures
    tout y est mais rien vraiment
    ça coule par tous les orifices
    je passerai la serpillière
    j’imite les êtres humains
    quand ils parlent je
    deviens flaque et oscillations
    j’ai coupé un tout petit bout de ma chair
    CETTE FOIS C’EST MOI pour voir
    j’ai fait des traits pas parallèles
    on sait jamais
    si j’ose
    des dessins au fil de fer

    II

    tout petit et je vois pas
    je préfère me dire ça
    plutôt que de fermer les yeux
    je me souviens plus d’hier ou
    d’avant hier
    à cause du trou dans ma mémoire
    ou quelque chose qui la mange
    j’écrase entre mes paumes celles
    qui tournent
    et elles s’arrêtent
    si j’ai de la chance sinon
    je leur donne de l’inertie
    je les vois plus seulement le mouvement
    un peu d’air qui rappelle
    près du visage
    les mains battantes devant les yeux pour
    attraper
    je sais plus pourquoi on se tient droit
    ou comme on peut
    il faut peut-être plus
    bouger il faut
    peut-être
    plus
    penser à ce qui écrase
    le plexus et les autres choses
    prendre un peu d’élan
    un tout petit peu juste
    un pas
    et demi TU ME VOLES TOUT CE QUE TU VEUX
    TU ME VIOLES TOUT CE QUE TU VEUX c’est fini
    elle est morte et vous le
    savez et
    moi aussi
    je crois maintenant que tu m’as pris dans tes bras pour
    rien d’autre que me dire de me
    taire
    et je
    te prends par les épaules et je
    te dépose loin
    je parlerai plus fort que toi même si tu mets encore
    du scotch sur ma bouche
    je parlerai avec mes mains ou avec
    mon ordinateur
    je parlerai des langues
    que tu parles pas et je dirai tout ce que je veux et tu
    me prendra plus rien
    je brûlerais tes poèmes si je pensais pas
    quand même
    qu’il y en a quelques-uns à garder
    il y a des signes pour les sens c’est pas
    pour rien
    de l’œil à
    la bouche de
    l’eau à
    la commissure des lèvres
    j’ai peint les miennes en
    rouge
    pour le plaisir j’ai
    veillé
    toute la journée j’ai
    oublié de dormir
    et sur la peau une pellicule
    bleutée et sous
    les cils
    plus rien

    on m’a dit que je pouvais
    prendre le temps
    de respirer un peu d’emmagasiner la douceur
    les sentiments j’avais
    peut-être
    quinze ans la première fois et la
    deuxième et les suivantes je me
    souviens pas mais
    ma moelle épinière
    si ELLE SE SOUVIENT TELLEMENT
    QU’ELLE TREMBLE
    ENCORE et toi tu attends
    alors moi les
    émotions fortes tu vois je
    m’en passerais bien
    votre adrénaline je la découpe
    en lamelles je
    la lacère et je la jette
    par la fenêtre sur l’autoroute mais
    je vois avec les yeux
    nettoyés je regarde le sol et c’est
    un nouveau sol je lui dis
    je m’en fiche si tu pries ou pas
    du moment que quelque chose
    parfois
    te fait pleurer pour rien

    je me demande je sens
    il y a dans les viscères et la fatigue
    je vois
    plus rien j’éventre
    ouvrir encore la voix
    l’écho dans la caverne osseuse
    les obscénités je
    sais pas ce que ça veut dire je
    me pends je
    m’éprends de la couleur
    en tension
    obtenir la teinte
    exacte
    de mon
    absence
    je dormirai jusqu’à demain et
    le réveil c’est un larsen
    directement du trait
    aux sens
    à la texture
    de ma
    présence

    quand je DIS OUI À L’ANESTHÉSIE des sens
    c’est pour de faux
    je peux pas contenir
    tout
    les tripes qu’on a cuisinées les
    graines que j’ai plantées
    dans mon ventre j’y ai mis
    des choses que tu sauras jamais
    j’y ai mis
    de quoi
    recommencer
    j’y ai fait pousser
    toute ma tendresse
    je la cache
    pour les impies je la garde
    pour quelques temps
    au printemps j’irai cueillir
    les fleurs de mon œsophage
    je ferai deux bouquets un
    pour moi
    un pour elle

    III

    d’abord
    on se rend illisible on construit
    des maisons
    que personne peut habiter
    d’autre que soi
    je peux pas t’inviter tu dirais
    pourquoi tu as mis une marche là
    et la poutre et le carrelage il est
    trop froid
    alors que c’était la parfaite température

    ensuite
    ça s’accroche par
    vulnérabilité comme toujours et
    pour la lumière
    juste au dessus du crâne
    quand je pense
    et qu’autour des tables de cafés
    sur le sol
    dans mon lit
    tu parles avec des mots
    que personne comprends
    avec l’aisance des fourmis qui envahissent
    mon balcon
    depuis le début de l’été
    tu portes trois fois ton poids
    en bêtise attentive
    en douceur névrotique

    toi TU DIS N’IMPORTE QUOI et moi rien
    parce que si j’avais ouvert ma bouche
    fait vibrer les cordes
    vocales
    j’aurais tout vomi sur la table de jardin
    sur le béton
    j’aurais dit la vérité et
    j’ose pas
    à quelques détails près j’aurais eu le droit
    on a tracé la frontière de la morale
    invisible
    autour de ta personne
    comme je trace un arc
    autour de toi quand tu t’en vas
    et toi
    autour de moi
    quand je pleure devant toi
    si tu laisses faire je fais pas exprès
    sur la peau et dans les os
    je touche un peu
    le plus doucement possible
    dense
    fluide après un certain temps
    et par tendance je continue mais en surface
    au fond
    pareil

    cette fois c’est toi
    et moi j’attends je respire fort et
    lentement je
    joue le jeu je suis
    grand et je sais
    que pour un bandage on va dans le
    sens du cœur que pour
    mourir il faut
    vouloir que je suis pas
    si bête j’apprends à lire
    et j’apprends ce QUE TU SAIS PAS
    ENCORE alors je ferme
    tes yeux et pas
    les miens je touche avec
    la pointe et en dedans
    des trucs qui se préparent des
    envies de
    violence
    pour faire contraste

    je les trouve
    je leur crache au visage
    je leur écris des lettre
    des e-mails cinglants
    je leur explique la vie
    parce que je sais tout parce que
    j’ai toujours
    raison
    je casse leur boite aux lettres à
    main nue
    je leur fais manger leur langue
    et leur solitude
    je leur écris des poèmes
    des qu’iels voudront pas lire
    des qui les accusent
    qui les mettent en tort
    je leur fais manger mes mots

    je les fais fuir

    je te tiens les portes je te caresse les cheveux je te prends
    la main ou alors c’est toi trop fragile les os se cassent et
    s’effritent je répare à la loupe je recolle les morceaux à la
    colle forte sur le tapis et j’agence mon corps pour y mettre
    le tien et je roule tes cigarettes et je regarde le plafond et je
    regarde ta présence quand elle échappe je respire j’attends
    le lendemain pour pleurer et je
    t’écris
    des
    poèmes

    J’ÉCRIS PLUS POUR MOI J’EN
    AI RIEN À FOUTRE ou alors juste plus besoin
    et c’est un mensonge immense comme
    un immeuble
    sur mes portes sur
    toutes mes portes j’écris pour me souvenir
    de respirer et de bouger mes
    phalanges une par une de
    pas les laisser rouvrir
    suivre la césarienne suivre
    le cutter dans le tissus c’est
    moi qui le tiens
    si je lâche la pression il
    tombe
    entre les gouttes de brume je
    m’assied le carrelage et le
    liquide
    c’est moi
    plus besoin de chercher

    L’Avis du Jury
    Le choix du genre « lyrique » induit ou traduit une conscience suraiguë de la forme. Le jury a particulièrement apprécié des élans brisés par de brusques rejets, des métaphores filées qui désignent, par la bande, une écriture qui se fait points de couture. Un bon travail de découpe et un chapitrage décalé. Tout ce travail de précision produit une concentration extrême : on devine qu’il s’agit d’un combat contre une force adverse contre quoi le poème s’édifie, contre quoi il cherche à imposer sa mesure, son pas, sa respiration. On suit ce combat sans savoir exactement de quelle nature est ce phénomène.

  • Le Scaphandrier

    Texte gagnant la 3ème place, Prix de la Sorge 2022

    Écrit par : Sacha Mandelbaum

    CONCOURS • 35 membres de la communauté universitaire lausannoise ont participé au concours littéraire du Prix de la Sorge 2022 organisé par L’auditoire, sous l’unique condition de soumettre un texte de moins de 25’000 caractères espaces compris. Un jury composé de l’écrivaine et éditrice Abigaelle Lacombe, de la professeure de français moderne à l’Université de Lausanne Danielle Chaperon, du journaliste au journal Le Temps Sami Zaïbi, de la membre de la revue Archipel Elena Link et de la co-rédactrice en chef de L’auditoire Jessica Vicente, a récompensé quatre textes. Hors des trois premiers prix initialement prévus, le jury a décidé d’attribuer le prix Prix(-se) de risque à un quatrième texte. La cérémonie de remise des prix s’est déroulée jeudi 24 novembre au soir au foyer de la Grange de Dorigny, avec l’accompagnement musical du groupe Oxeon formé de la chanteuse Sylvie Klijn et de l’accordéoniste Léa Gasser.

    Il flânait au lit depuis quatre jours, plongé dans un état de quasi-hibernation, tandis que le vent d’automne hurlait sous les toits et que, dans sa modeste chambre à coucher, la radio répétait inlassablement le dernier bilan journalier des victimes de la pandémie — vies happées par Yersinia pestis et réduites au rang de statistique —, allongé sur le flan droit, soutenant sa tête de la main et les paupières closes comme je ne sais quel Bouddha couché, il attendait pourtant quelque chose, peut-être rien moins que l’absolution de Dieu, pensant Il faudrait me lever, mais pour quoi faire ? tout en pensant Tu es un moins que rien, l’être le plus fainéant que la terre ait jamais porté, lorsqu’il ouvrit soudain les yeux, persuadé de l’imminence de sa propre mort, lui dont la mauvaise santé n’avait d’égale que l’hypocondrie (il mourrait d’une crise cardiaque sans que personne ne s’en aperçoive jusqu’à ce que les flics, ameutés par l’odeur de putréfaction, viennent forcer sa porte, épiés par la concierge de l’immeuble qu’il surnommait « la grosse barrique » depuis qu’il l’avait surprise en train de dissimuler des caisses à vin dans le local à vélos et par Miss George, sa voisine de palier, ancienne chanteuse de Gospel reconvertie dans la fabrication artisanale de bougies parfumées et qui, par conséquent, était experte en odeurs), puis il aspira une large bouffée d’oxygène et, par-dessus le vacarme de la radio, hurla de toutes ses forces que le destin est un salaud, que la peste n’aurait pas le temps de le tuer à cause du pacemaker défectueux qu’on lui avait posé deux ans auparavant, qu’il serait une fois de plus privé de sa part d’histoire et qu’il enviait les pustuleux peinards nourris gratuitement dans les dispensaires chauffés au gaz russe et équipés par la Chine, nouvelle première puissance mondiale depuis que les États-Unis s’étaient disloqués, qui abondaient un peu partout à travers la Suisse, son pays natal auquel pourtant il n’arrivait pas à s’identifier, la faute sans doute à l’oncle Judas dont l’accent vaudois l’avait traumatisé durant son enfance, Judas qui se vantait d’avoir une moyenne de quatre heures de sommeil par nuit, Judas, ô Judas, grand maître international du dodo, je t’implore de me donner la force de me lever, pensa-t-il à voix haute, car il avait foi en son oncle, une foi d’autant plus surprenante qu’il ne l’avait pas vu depuis une éternité, celui-ci étant sorti de sa vie — mais pourquoi au juste ? — après son divorce d’avec tante Marge, la sœur aînée de papa, femme aux multiples intérêts parmi lesquels on comptait l’araméen, la broderie, la cuisine, la dératisation, l’épistémologie, le football, la géographie, les hyènes, l’Italie, le jardinage, le Ku Klux Klan, la littérature, la maçonnerie, Napoléon, l’onanisme, la peinture, le Quidditch, la Régence, Star Wars, la technologie, le Uno, la varappe, le water-polo, le xylophone, le yoga & les zombies, toujours est-il qu’il parvint finalement à se tirer du lit puis, la tête encore embuée de sommeil, rampa vers la salle de bain pour aller prendre une douche froide, technique éprouvée s’il en est, de nombreuses études soulignant les bienfaits de l’eau froide tant sur la circulation sanguine que sur la santé mentale, c’est pourquoi il se déshabilla avec un sursaut d’énergie, mais il se souvint alors qu’il n’aurait bientôt plus de café et que, les médias ayant annoncé une probable pénurie, il devait s’en procurer au plus vite pour parer à cette éventualité — il se contenterait donc d’une toilette sans shampoing, sans savon, sans rien, En vérité, en vérité, je vous le dis, le café est le pain qui est descendu du ciel afin que je ne meurs pas, songea-t-il en actionnant le robinet complètement vers la gauche, geste prévisible au vu de son état et qui faillit lui coûter la bite, les couilles, tout, le jet bouillant ayant surgi du pommeau de douche avec la puissance d’un geyser, roussi mais néanmoins heureux de s’être enfin réveillé, car il n’était pas le genre d’individu qui voit le verre à moitié vide, Oh que non ! je ne pourrais pas me le permettre ! Comprenez : si je hurle comme un goret, c’est pour vérifier que mon cœur tient le coup, bien sûr, mais surtout pour me repaître de mes illusions, les seules qui vaillent, puisque ce sont elles qui me font vivre dans la solitude absolue à laquelle j’aspire, et par suite, il jugea plus sage de sortir muni du scaphandre que sa défunte mère lui avait fabriqué à partir d’une marmite en fonte et qui dressait une barrière infranchissable entre lui et le monde, étant acquis que les quidams ont une méfiance innée des originaux qu’ils s’efforcent ainsi d’éviter (il pouvait dormir sur ses deux oreilles, protégé des hommes et de leurs turpitudes par sa géniale armure, merci maman !), puis il chaussa ses palmes, endossa sa bouteille de plongée, contrôla que son détendeur fonctionnait de manière optimale et s’aspergea d’un peu d’eau bénite, désormais frais et dispos, ou presque, car il n’avait rien eu le temps de se mettre sous la dent et, l’heure du couvre-feu approchant à grands pas, il lui fallait redoubler d’efficacité, ce d’autant que de longues files d’attente étaient à prévoir dans les commerces de détail, sans parler du manque de personnel ni des risques d’émeutes, ni des pillards, ni… Oui, c’est décidé ! Je prends la kalachnikov avec moi ! On n’est jamais trop prudent, pensa-t-il dans un éclair, mais le vieux fusil automatique — héritage d’un lointain cousin armurier — était rangé sous son lit avec un mélange hétéroclite d’objets de récupération, c’est pourquoi il dut ôter tout son attirail pour pouvoir mettre la main dessus, les palmes et autres ceintures de lest n’étant d’aucune aide pour pratiquer la spéléologie, tant et si bien qu’il perdit de précieuses minutes dans sa course à l’arabica, pensant Je suis une insulte à l’horlogerie suisse, le saint patron des gens en retard. Mais je veux plaider ma cause jusqu’au bout : maman a mis une semaine de plus que prévu à me mettre au monde et je n’ai jamais pu rattraper ce contretemps. J’insiste : je suis né en retard, tout comme d’autres naissent aveugles, sourds-muets, que sais-je ? C’est aussi simple que ça ! Vous qui semblez avoir fait des études, doctoresses en toc, chercheurs « made in Bangladesh », penchez-vous sur la question, parlez-en aux grosses légumes ! Je vous promets mille vierges estampillées épilées et tout le toutim si vous réussissez à me mettre au point un remède, et que ça saute ! tout en verrouillant la porte de son appartement, la kalachnikov graissée chargée et la cervelle remplie d’air comprimé, il pouvait maintenant profiter d’une courte accalmie, car le prochain bus n’arriverait pas avant un quart d’heure et, cramponné à son arme tandis qu’il patientait seul sous l’abri bus, il contempla le couchant qui s’apprêtait à disparaître derrière l’horizon, transporté par la beauté de ce spectacle qui rompait avec l’atmosphère pesante de la ville infectée qu’entretenaient les roucoulements plaintifs des pigeons privés de leur ration habituelle d’ordures, conséquence de l’exode urbain, il était à deux doigts de s’assoupir à nouveau, rêvassant de rivières de café noir et de fontaines de ristretto, lorsque le bus passa sous son nez à toute allure — Et moi, qu’est-ce que je vais devenir ? se demanda-t-il avec incrédulité, effaré d’être exposé à un pareil affront, lui qui payait consciencieusement tous ses trajets (il était flagrant que le chauffeur avait fait exprès de ne pas s’arrêter, soit qu’il ait été ivre, soit qu’il l’ait pris pour un ivrogne ou les deux à la fois), mais il était trop tard et déjà les réverbères éclairaient le boulevard désert comme autant d’étoiles mélancoliques, tandis qu’un hérisson s’était aventuré sur la route et qu’il se leva pour aller le mettre en lieu sûr, s’exclamant Tu es mon frère ! Dis-moi : que ferais-tu à ma place ? ce à quoi le hérisson répondit, après l’avoir remercié de son aide, qu’il devait s’inspirer de lui en mettant à profit cette nuit pour faire des réserves avant le long et rude hiver où il pourrait dormir à sa guise et, En effet, pourquoi pas une petite balade ? Tout compte fait, le supermarché n’est qu’à quatre arrêts de bus d’ici, il se remémora l’époque bénie de son école de recrue où il subjuguait ses camarades par son aptitude à dormir pendant les marches forcées au clair de lune, sorte de somnambulisme volontaire qui lui avait été rendu possible par le harassement qui caractérise la vie du soldat — il était toutefois devenu antimilitariste depuis qu’il avait appris que l’armée américaine pratiquait la privation de sommeil sur les détenus du camp de Guantánamo, ne supportant pas l’idée que d’autres êtres humains soient privés d’un besoin qui est, tout bluff à part, aussi indispensable que boire ou manger —, puis il salua le hérisson et s’ébranla, regrettant seulement de n’avoir pas emporté de canne, car la ville surprenait par ses quelque 500 mètres de dénivelé et il aurait sans doute besoin de plusieurs pauses compte tenu de ses problèmes cardiaques et, en effet, il marqua sa première halte à peine après cinq minutes de marche, un banc public bien dodu comme on les aime lui ayant fait de l’œil (oui !) au croisement avec une rue adjacente, il ne sut pas ou ne voulut pas résister à la tentation et, accélérant de peur qu’un hypothétique badaud ne s’y couche avant lui, plongea sur sa proie avec une horrible expression de singe lubrique, tout en pensant Quelle joie de découvrir de nouveaux spots ! Pour un peu, j’échangerais ce joli-petit-banc-mignon contre mon canapé, cette grosse merde, qu’on dirait une chaise percée par endroits tellement qu’il est usé ! et il sombra rapidement dans un semi-coma, épuisé après tous les efforts qu’il avait consenti (c’est ainsi que s’écoula tout l’automne, puis la majeure partie de l’hiver, sans que personne ne le remarque, camouflé sous un épais manteau de feuilles mortes, il pouvait cependant tout sentir, tout entendre, comme ces vieux chênes auprès desquels on vient chercher du réconfort, et c’était toute la petite faune — chauves-souris, lézards, loirs gris et j’en passe — qui avait trouvé refuge contre lui, si bien que son long sommeil dura jusqu’à la montée de sève, un peu avant le redoux printanier, car il ne voulait pas éveiller ses hôtes), il avait perdu toute notion de l’espace au moment où il rouvrit enfin les yeux, mais il jura aussitôt de se mettre en quête de café dès qu’il en aurait la force — puis, le jour venu, il reprit son périple avec un nouvel optimisme car, sans totalement se l’avouer, il avait pris goût à cette vie de vagabond, se sermonnant pour ses caprices d’autrefois, et, n’eût été sa voix enrouée de sommeil, il aurait chanté à la gloire de Hermès, dieu du commerce et des voyages, Pensez-y, m’sieurs dames, j’ai pourtant un si bel organe ! Et qu’on ne vienne pas me dire que je me crois meilleur que je ne le suis réellement ! Si je peux vous bouleverser, c’est plus par un concours de circonstances que par une véritable vocation d’artiste, je le sais bien ! J’ai ce que d’aucuns appellent l’oreille absolue, il finit néanmoins par se rendre à l’évidence : ses jambes ne voulaient plus le soutenir, mais il en éprouvait un étrange soulagement, pensant qu’il pourrait désormais avancer à son propre rythme, Je n’aurai qu’à ramper de bancs publics en bancs publics et, peut-être qu’avec un brin de chance, je tomberai finalement sur une chaise roulante ou même sur un chariot de cul-de-jatte, peu m’importe tant que ça roule. Et quand la nuit viendra, je ferai un bon feu et m’endormirai dans ses effluves aux vertus apaisantes. V’là-t-i’ pas un beau triomphe ? la paix et la bauge gratuites ! Expliquez-moi comment je n’y ai pas pensé plus tôt ! — il errait depuis longtemps, passé maître dans l’art de la reptation, lorsqu’il arriva devant la clôture qui marquait le périmètre de la piscine municipale et qu’une profonde nostalgie le gagna peu à peu, car il pouvait entrevoir à travers le grillage les chaises longues entassées les unes sur les autres comme des sardines et cela fit ressurgir en lui le souvenir de sa jeunesse, surtout les interminables siestes pendant les après-midis à la plage, et il se demanda pourquoi il n’irait pas piquer un somme, là, maintenant, il n’avait qu’à se glisser sous la barrière, puis il attendrait quelques instants caché dans les bosquets, et hop ! le tour serait joué, il n’aurait plus qu’à se traîner jusqu’aux transats, Alors je me laisserai bercer par le clapotis de l’eau, un peu à la façon des pédalos, insubmersibles par nature, c’est bien connu. Grand-père nous le répétait souvent : « J’veux pas de yacht ni de voilier, ni de paquebot, ni de porte avions nucléaire, j’fais pas assez confiance ! Ce que j’veux, c’est un pédalo ! Et tant que je l’aurai pas, vous continuerez d’aller naviguer sans moi ! » C’était le grand visionnaire de la famille, notre prophète bien-aimé, paix à son âme, amen et cetera, il se mit donc à creuser la terre pour se frayer un passage sous la clôture, s’aidant de sa kalachnikov comme d’une pioche, il allait creusant la terre dure de ses gestes lents et répétés, opiniâtre malgré la chaleur écrasante qui s’accumulait sous son scaphandre, et Trotski aurait peut-être ri de ce spectacle, lui qui s’était échappé à deux reprises de Sibérie par des procédés au moins aussi hasardeux, oh ! le grand farceur, mais la comparaison entre eux s’arrête là, Trotski ayant réussi ses évasions tandis que lui s’apprêtait à être pris la main dans le sac, car on l’avait repéré et, patiente et silencieuse, la meute (formée de trois maîtres-nageurs) l’avait déjà encerclé lorsqu’il réalisa enfin qu’il était en danger — il tenta bien de tirer en l’air pour effrayer ses agresseurs, mais son arme s’était enrayée, gorgée de terre et rongée par la rouille produite par les intempéries, c’est pourquoi, après l’avoir désarmé, les fumiers le couvrirent d’abord de tombereaux d’insultes : « Cafard ! », « Grosse larve ! », « Salaud de pauvre ! », « Vous le voyez bien, il préfère creuser plutôt que de travailler pour payer son entrée ! », « En plus, il cache son visage ! Vous pensez que c’est pour éviter de faire peur aux baigneurs ? », « C’est fini la peste ! Fini l’époque où les insectes comme toi pouvaient dormir la journée entière en toute impunité ! », « Et vous sentez combien il pue ? », « Beurk ! », « Va te laver, sale ordure ! » —, puis ils le rouèrent de coups et, sans l’ombre d’un doute, il ne dut son salut qu’à la solide marmite en fonte de feu sa maman, répétant à tue-tête : Siouplaît ! Siouplaît ! Siouplaît ! jusqu’à ce que les trois hommes, repus de sang, choisissent de se débarrasser de lui dans le bassin de la piscine qu’ils devaient justement vidanger ce jour-là, et alors qu’ils venaient de l’y jeter, ils lui hurlèrent qu’il avait eu ce qu’il méritait, qu’il pouvait s’estimer heureux d’être encore vivant et qu’ils se feraient une joie de le détruire pour de bon s’il osait de nouveau s’aventurer par ici, mais il avait déjà disparu, aspiré dans les canalisations (il traversa ainsi les égouts de la ville de part et d’autre, emporté par le courant impétueux qui dévalait la pente, il allait dégringolant parmi les étrons et les déchets plastiques — minuscule échantillon du « septième continent » qui s’étend des côtes du Japon à celles de l’Amérique du Nord —, mais il n’éprouvait qu’une peur diffuse, car il avait la certitude d’être seulement en train de faire un mauvais rêve), quelle ne fut pas sa surprise lorsque, à sa sortie de la station d’épuration, il atterrit dans le lac, pensant C’est comme un gigantesque tube digestif et Me voici hors de la turbine à chocolat, cependant qu’un monde inconnu, celui des fonds lacustres, se découvrait à ses yeux dans toute sa splendeur, avec ses prairies d’algues, sa clarté d’émeraude, son relief majestueux et ses bancs de poissons suspendus au firmament, il n’était qu’à quelques dizaines de mètres du rivage et, pourtant, comme un astronaute qui évolue sans attache dans le vide spatial, il avait l’impression de s’être affranchi de la notion du fini, flottant en apesanteur au-dessus du fond de roches qui s’étendait jusque dans les profondeurs, calme et serein, car il n’éprouvait plus aucune lassitude, lui dont la vie n’avait été qu’une lutte vaine pour garder les yeux ouverts, il pouvait maintenant s’étendre de tout son long sur un matelas de fraîcheur et de légèreté, Pour le plaisir, voyez vous, simplement pour le plaisir. Parce qu’il n’y a rien de plus agréable dans le vie que de roupiller, voilà tout, et il se laissa ainsi dériver vers le large, les paupières closes et les deux mains posées négligemment sur le ventre, il allait dérivant sous la surface sans même l’effleurer, pareil à un plongeur en apnée nageant à l’horizontale sous une fine couche de glace (il faut préciser à ce stade que ses bouteilles d’oxygène étaient vides, ce qui ne devrait pas plaire aux esprits cartésiens puisque, indubitablement, il n’était ni mort ni en train d’asphyxier), et, au fil des jours, son scaphandre se recouvrit d’algues et de coquillages, si bien qu’il avait viré au vert jade mâtiné de turquoise et de pistache lorsqu’il approcha de l’autre rive, du côté français, mais il n’avait cure d’où il se trouvait, car il dormait de son meilleur sommeil — cependant une étrange rumeur commençait à poindre des deux côtés du lac, différentes personnes affirmant avoir observé « une chose » dans l’eau qui, à défaut de savoir nager, semblait dériver à faible profondeur, et, à mesure que la curiosité générale grandissait sur le sujet, de toujours plus nombreux témoignages se mirent à paraître dans la presse romande et la presse française, untel disant avoir eu la peur de sa vie en apercevant « un brochet de la taille d’un homme adulte » depuis son canot pneumatique, unetelle prétendant avoir communiqué avec « la mystérieuse créature » qui n’était autre, selon elle, qu’un « Golem annonciateur de l’Apocalypse », mais pour tout dire, personne ne s’attendait à ce qu’une photographie vienne bientôt étayer la folle rumeur — ce fut alors le branle-bas de combat, on émit un arrêté préfectoral interdisant la navigation de plaisance dans un rayon de cinq milles nautiques autour de la zone où il avait été observé pour la dernière fois, puis on disposa, au large d’Évian-les-Bains, un immense filet à mailles fines (normalement conçu pour combattre les marées noires) qui avait été envoyé à grands frais pour l’occasion depuis le département du Finistère, car l’affaire avait pris une tournure politique et, par conséquent, les autorités haut-savoyardes et suisses, « dans un même esprit de coopération », estimaient que tous les moyens nécessaires devaient être mobilisés pour le capturer, mais comme c’est souvent le cas, les événements ne se déroulèrent pas de façon attendue car, emporté par les courants qui descendent vers Genève, il avait dérivé plus vite qu’à l’accoutumée et se trouvait au large du village d’Yvoire, environ 20 kilomètres plus à l’ouest, c’est pourquoi l’énorme dispositif qui avait été mis en place se révéla un cinglant échec, qu’on tenta d’abord de justifier par les nombreux départs en vacances au sein de la police de la navigation, avant de se rabattre sur une autre explication cousue de fil blanc : « le monstre du Léman » n’avait tout simplement jamais existé, fruit de l’imagination des usagers du lac qui, terrassés par la canicule qui sévissait depuis bientôt un mois partout en Europe, avaient eu des hallucinations visuelles dont le caractère similaire s’expliquait en outre par une forme de psychose collective (quant à la soi-disant photographie de « la bête » qui avait été publiée dans les médias, il s’agissait en fait de celle d’un silure, poisson pouvant atteindre les deux mètres d’envergure et dont les effectifs, peu sensibles au changement climatique du fait de sa grande plasticité alimentaire et de sa large tolérance thermique, prospéraient dans le lac), il poursuivit donc sa dérive, s’engouffrant quelques jours plus tard dans le Rhône, ce qui n’aurait pas été pour lui déplaire en d’autres circonstances, car il appréciait le charme des berges vallonnés et verdoyantes de Genève, de l’Ain et de la Savoie — puis il arriva à Lyon, où il aurait aimé déguster un tablier de sapeur accompagné de son petit verre de vin blanc dans un bouchon du quartier de Fourvière — ensuite, ce fut Valence, qui n’est qu’à une seule journée de navigation de la mer et où il faillit être percuté par une péniche pendant qu’il traversait le port fluvial —puis, au bout de deux semaines supplémentaires, il parvint en Avignon, où il aurait voulu piquer une tête depuis le pont Saint-Bénézet, dont il croyait à tort qu’il s’était partiellement effondré suite aux bombardements de la Seconde Guerre mondiale — et, enfin, il rejoignit Arles, ultime ville située sur le Rhône et dont il aurait aimé voir l’amphithéâtre romain, mais il dormait toujours d’un sommeil aussi imperturbable, emporté par les eaux du fleuve comme un canard en plastique, si bien que lorsqu’il atteignit le delta de Camargue, à l’embouchure du Rhône dans la Méditerranée, il s’était mis à ronfler, mais alors qu’il était sur le point de gagner la mer, via le bras le plus important du delta, il commença soudain à couler à pic, car son scaphandre était désormais hors d’état, semblable à la coque d’une épave antédiluvienne, et ce qui devait arriver finalement arriva… il se réveilla en sursaut, aveuglé par l’importante voie d’eau qui s’infiltrait à travers la jointure du hublot que sa mère avait soudé à la marmite, pensant À peine j’ouvre les yeux que ce sont déjà les emmerdes ! tout en pensant Boudiou de boudiou, va falloir souquer ferme c’te fois-ci ! et il tenta de battre des pieds comme on le lui avait appris lors des cours de natation auxquels il avait participé durant son enfance, il tenta de se raccrocher à un tronc d’arbre dont il avait deviné la silhouette décharnée qui passait au-dessus de lui, il tenta de se délester d’une partie de son équipement de plongée, mais rien n’y faisait, une force irrésistible le tirait vers le bas, et c’était toute sa vie qu’il voyait à présent défiler, les bons et les mauvais souvenirs réunis, pêle-mêle, en mille cercles concentriques pareils à ceux qui rident la surface du Grand-Rhône sous laquelle dorment les noyés d’un sommeil sans rêves, et il pensa Je suis en train de mourir, frappé d’une intense douleur dans la poitrine, au flanc gauche, avant de clore ses paupières devenues bleuâtres sous l’effet de l’hypoxie, comme en signe d’acquiescement, tout en pensant Je suis peut-être déjà mort, lorsqu’un je-ne-sais-quoi le remonta à la surface — puis, encore à moitié sonné, il entendit :

    — R’garde Pierrot, j’crois bien que c’est la prise du siècle !
    — C’est-y pas seulement en Camargue qu’on trouve du si beau poisson !
    — Pour une prise, c’en est une !
    — La chance était avec nous !
    — On devrait essayer de le mettre dans la bouillabaisse !
    — Apportez-moi à boire ! Y faut fêter ça !
    — Et toi, prends-moi en photo avec le poisson avant qu’on accoste !
    — HA ! HA ! HA ! HA !
    mais il n’en avait pas entièrement fini de ses aventures, car les autorités de sécurité des aliments le déclarèrent impropre à la consommation humaine, demandant par ailleurs une évaluation scientifique afin de déterminer son origine et, plus globalement, les raisons de sa présence non loin de la réserve naturelle nationale de Camargue, et, sans que personne ne relie sa découverte à « l’affaire du Léman », il fut finalement catalogué comme le premier spécimen jamais observé d’une nouvelle espèce animale se trouvant à mi-chemin entre la classe des mammifères et celle des actinoptérygiens, avec la particularité saisissante d’appartenir au groupe des invertébrés (fait unique dans les annales des sciences naturelles, qui venait remettre en question le paradigme de la classification classique, en vigueur depuis près de trois siècles), il semblait toutefois mal supporter la vie en captivité, passant ses journées entières dans un état de profonde somnolence malgré le bassin qui avait été spécialement aménagé pour lui, c’est pourquoi, après de nombreuses tergiversations, il fut décidé de le relâcher à l’endroit même où il avait été capturé — alors, sans aucun doute, il aurait pu débuter une nouvelle dérive, partir à la conquête des mers et des océans, voire des pays producteurs de café, mais il avait eu le temps de mûrir quelques réflexions, pensant Je ne veux plus devoir faire semblant d’être réveillé, et lorsqu’il arriva à l’extrême pointe sud du delta, là où les eaux du Rhône se mêlent à celles de la Méditerranée, il aperçut un îlot paisible avec une petite plage de sable blanc et une cabane de pêcheur abandonnée, et, après l’avoir rallié à la nage, il pensa Ici je pourrais vivre à mon aise, ébloui par les premiers feux du jour.

    L’Avis du Jury
    Très beau texte orignal, entre rêve et réalité… Le narrateur part de son appartement et finit son périple en méditerranée… À la fin il se transforme en mi-homme mi-poisson… Jusqu’au bout, on se demande si le narrateur va se réveiller et sortir de ce rêve ou de ce cauchemar… Nous avons aimé l’idée, le style, l’ambiance, les différentes scènes et ses dialogues, le voyage. Riche en images, en images poétiques aussi.

  • Biodiversité des lacs mise à l’épreuve

    Biodiversité des lacs mise à l’épreuve

    Photo & rédaction par : Jessica Vicente

    BIOLOGIE · La présence de moules invasives dans les lacs donne du fil à retordre à de nombreux chercheur·euse·s. De jeunes étudiant·e·s se sont lancé·e·s le défi de mettre au point un projet pour limiter leur prolifération.

    Depuis une dizaine d’années, plusieurs lacs à travers le globe abritent l’espèce de moule quagga. Cette espèce de mollusque d’eau douce apprécie principalement les eaux stagnantes et avec peu de courant, elle envahit donc facilement les lacs et les rivières. Malgré de nombreuses recherches il reste très difficile de déchiffrer la cause de leur présence et aussi de s’en débarrasser.

    Un écosystème menacé

    « À l’origine, les moules quagga viennent dans les bateaux. Lorsque les pêcheurs rentrent de leur journée de travail, en vidant les ballasts, c’est les réservoirs qui permettent d’ajuster la flottaison des bateaux se trouvent plein de larves de moules. Parfois les pêcheurs ne se rendent même pas compte » déclare Jérémy Berger, étudiant en fin de bachelor de biologie à l’Unil. C’est de cette manière que les larves se développent et passent d’un port à un autre. Comme cela a été le cas de la moule originaire du bassin de Dniepr en Ukraine qui a été introduite malencontreusement dans de nombreux lacs en Europe et en Amérique du Nord. Cependant, le problème ne s’arrête pas là. Ces larves aiment particulièrement se loger dans les canalisations, environnement qui est propice pour leur reproduction. À terme, elles finissent par bloquer le flux de l’eau. « La difficulté se trouve aussi pour la chaîne alimentaire, car les quagga filtrent l’eau et se nourrissent de plancton et de bactéries, ce qui laisse moins de nourriture aux autres organismes présents dans l’écosystème. » explique Marta Marangoni, étudiante en master de biologie à l’Unil.

    Afin de prévenir toute apparition de moules, il est essentiel de nettoyer les bateaux après chaque utilisation.

    Une solution prometteuse ?

    Marta Marangoni et Jérémy Berger font partie d’une équipe de 14 personnes en lice du Grand Jamboree, un grand concours international de biologie synthétique. Ce concours est organisé par l’IGEM, une fondation à but non-lucratif voué à l’avancement de la biologie synthétique « Le concept de ce concours est de modifier génétiquement des organismes pour répondre à des problématiques spécifiques » énonce Jérémy Berger.

    Le projet encore en élaboration a débuté en mai 2022 et il se divise en deux phases.  Dans un premier temps, il s’agira de reproduire la protéine Fit-D qui va tuer les moules. Ensuite, il faut produire des acides zostériques, qui est une molécule empêchant l’adhésion des quagga avec les surfaces. « Ces deux étapes sont imbriquées ensemble car les quagga relâchent de l’ammonium lorsqu’elles meurent. Ce produit est très odorant et assez toxique. Mais ce n’est pas la préoccupation majeure. Les vrais problèmes sont l’obstruction des canalisations. C’est pourquoi il est nécessaire de surveiller fréquemment l’état des canalisations. Avec cette deuxième étape, nous empêcheront la survie de l’espèce » souligne Marta Marangoni.

    Près de 350 équipes du monde entier se disputeront en fin octobre 2022 la médaille du meilleur projet auprès d’un jury d’experts aux Portes de Versailles à Paris. Après de longs mois de dur labeur, espérons que cela portera ses fruits pour nos deux étudiant·e·s de l’Unil !

  • Prix de la Sorge 2019: Conditions de participation

    Prix de la Sorge 2019: Conditions de participation

    Retrouvez ici toutes les conditions de participation au Prix littéraire de la Sorge, édition 2019.

    Comme l’an dernier, le concours s’ouvre à l’entier de la communauté universitaire! Pour participer, il suffit donc d’être étudiant·e, assistant·e, professeur·e, alumni ou membre du personnel administratif et technique, à l’Université ou à l’École polytechnique fédérale de Lausanne.
    Le ou la lauréat·e du Prix de la Sorge d’une année ne peut pas participer au concours l’an suivant.

    Un seul texte peut être envoyé. Celui-ci doit être rédigé en français (ou des dérivés compréhensibles pour des francophones : argot, voire néofrançais). Le thème ainsi que le genre du texte sont libres.

    La longueur maximale du texte est de 25’000 caractères (espaces compris). Le texte ne doit pas avoir déjà été primé ou publié. De même, un texte ayant déjà participé à ce concours ne peut être envoyé une nouvelle fois.

    Prix et jury

    Le Prix de la Sorge est réparti entre trois lauréat·e·s. Le jury se donne le droit de constituer des prix spéciaux. Il peut également décider d’augmenter ou diminuer la dotation des prix.

    L’ultime délai pour l’envoi d’un texte est fixé au 29 septembre 2019, le cachet de la poste faisant foi.

    Le jury ne connaîtra en aucun cas l’auteur ou l’autrice du texte jusqu’à la remise des prix. Un·e membre du comité de L’auditoires’occupera de réceptionner les textes, de les remettre aux juré·e·s et d’entrer en contact avec les participant·e·s au concours. Nous vous prions donc de ne pas mettre votre nom sur les exemplaires destinés aux juré·e·s.

    Envoi

    Les participant·e·s sont prié·e·s d’envoyer leur texte en 4 exemplaires papiers (un exemplaire pour chaque membre du jury) ainsi qu’un exemplaire PDF par mail.

    Pour que nous puissions vous contacter, veuillez s’il vous plaît joindre à votre envoi une enveloppe fermée dans laquelle vous indiquerez les points suivants : Nom, prénom, date de naissance, adresse, téléphone, adresse de courrier électronique, faculté, école, section(s), numéro d’immatriculation.

    Avec cette mention au bas :

    «Je confirme que les données ci-dessus sont exactes, que [titre du texte], envoyé pour le Prix de la Sorge, n’a pas déjà été publié ou primé et qu’il a été composé par mes soins. J’autorise les organisateurs du concours à publier mon nom, mon texte ou des extraits de leur choix et, dans le cas où je serai primé, à communiquer aux médias mon nom, mon texte et mes coordonnées.» Suivie de la date et de votre signature.

    Adresse de l’envoi papier :
    L’auditoire Prix de la Sorge
    Bureau 1190, Bâtiment Anthropole
    UNIL – Quartier Chamberonne
    1015 Lausanne

    Adresse de l’envoi PDF :
    auditoire@gmail.com