• Biodiversité des lacs mise à l’épreuve

    Biodiversité des lacs mise à l’épreuve

    Photo & rédaction par : Jessica Vicente

    BIOLOGIE · La présence de moules invasives dans les lacs donne du fil à retordre à de nombreux chercheur·euse·s. De jeunes étudiant·e·s se sont lancé·e·s le défi de mettre au point un projet pour limiter leur prolifération.

    Depuis une dizaine d’années, plusieurs lacs à travers le globe abritent l’espèce de moule quagga. Cette espèce de mollusque d’eau douce apprécie principalement les eaux stagnantes et avec peu de courant, elle envahit donc facilement les lacs et les rivières. Malgré de nombreuses recherches il reste très difficile de déchiffrer la cause de leur présence et aussi de s’en débarrasser.

    Un écosystème menacé

    « À l’origine, les moules quagga viennent dans les bateaux. Lorsque les pêcheurs rentrent de leur journée de travail, en vidant les ballasts, c’est les réservoirs qui permettent d’ajuster la flottaison des bateaux se trouvent plein de larves de moules. Parfois les pêcheurs ne se rendent même pas compte » déclare Jérémy Berger, étudiant en fin de bachelor de biologie à l’Unil. C’est de cette manière que les larves se développent et passent d’un port à un autre. Comme cela a été le cas de la moule originaire du bassin de Dniepr en Ukraine qui a été introduite malencontreusement dans de nombreux lacs en Europe et en Amérique du Nord. Cependant, le problème ne s’arrête pas là. Ces larves aiment particulièrement se loger dans les canalisations, environnement qui est propice pour leur reproduction. À terme, elles finissent par bloquer le flux de l’eau. « La difficulté se trouve aussi pour la chaîne alimentaire, car les quagga filtrent l’eau et se nourrissent de plancton et de bactéries, ce qui laisse moins de nourriture aux autres organismes présents dans l’écosystème. » explique Marta Marangoni, étudiante en master de biologie à l’Unil.

    Afin de prévenir toute apparition de moules, il est essentiel de nettoyer les bateaux après chaque utilisation.

    Une solution prometteuse ?

    Marta Marangoni et Jérémy Berger font partie d’une équipe de 14 personnes en lice du Grand Jamboree, un grand concours international de biologie synthétique. Ce concours est organisé par l’IGEM, une fondation à but non-lucratif voué à l’avancement de la biologie synthétique « Le concept de ce concours est de modifier génétiquement des organismes pour répondre à des problématiques spécifiques » énonce Jérémy Berger.

    Le projet encore en élaboration a débuté en mai 2022 et il se divise en deux phases.  Dans un premier temps, il s’agira de reproduire la protéine Fit-D qui va tuer les moules. Ensuite, il faut produire des acides zostériques, qui est une molécule empêchant l’adhésion des quagga avec les surfaces. « Ces deux étapes sont imbriquées ensemble car les quagga relâchent de l’ammonium lorsqu’elles meurent. Ce produit est très odorant et assez toxique. Mais ce n’est pas la préoccupation majeure. Les vrais problèmes sont l’obstruction des canalisations. C’est pourquoi il est nécessaire de surveiller fréquemment l’état des canalisations. Avec cette deuxième étape, nous empêcheront la survie de l’espèce » souligne Marta Marangoni.

    Près de 350 équipes du monde entier se disputeront en fin octobre 2022 la médaille du meilleur projet auprès d’un jury d’experts aux Portes de Versailles à Paris. Après de longs mois de dur labeur, espérons que cela portera ses fruits pour nos deux étudiant·e·s de l’Unil !

  • Nos cultures pourtant si proches

    Nos cultures pourtant si proches

    Photo par : Myriam Détraz

    ANECDOTES · Des participant·e·s au cours TANDEM avec Myriam Détraz

    Ressentis météo et conséquences…

    L’une des premières choses que j’ai constatée à Lausanne c’est le peu de vent qu’il y a. Je viens d’Écosse, où j’habite en haut d’une colline au bord de la mer, alors il y a du vent presque tous les jours. Cela m’a beaucoup surprise de voir qu’ici quand il pleut, tout le monde utilise un parapluie plutôt qu’un imperméable. Un parapluie ne sert à rien en Écosse – il serait retourné ou cassé en quelques minutes. J’étais encore plus étonnée de rencontrer des gens de Belgique qui m’ont dit qu’ils trouvaient qu’il y avait beaucoup de vent à Lausanne par rapport à chez eux !

    Annie, Ecosse

    Le mystérieux sac poubelle

    Il a fallu quelques semaines à ma famille pour comprendre le système de recyclage et de collecte des déchets en Suisse. Après environ 3 jours de vie ici, c’était enfin le jour des poubelles. J’ai fermé le sac, je me suis dirigée vers la zone des ordures, je l’ai jeté et je suis retournée profiter de ma journée. Quelques heures plus tard, j’ai entendu frapper à ma porte. J’ai ouvert la porte et il y avait un homme tenant un sac poubelle qui m’était plutôt familier. Il m’a dit : « Bonjour, je voulais vous informer que vous avez oublié d’ajouter une étiquette sur votre sac poubelle ». Embarrassée, j’ai répondu « Je suis désolée, je ne pense pas que ce soit mon sac ». Il m’a dit « Vous êtes sûre ? J’ai ouvert le sac et j’ai trouvé cette lettre qui avait votre adresse ». Comme c’était gênant.

    Maria Fernanda, Brésil

    La lessive, une tâche tellement complexe en Suisse

    En Suisse, la lessive est une activité vraiment importante et réglementée : 1) obtenez un portefeuille spécifique pour mettre toute votre monnaie pour payer les machines à laver, 2) allez à la banque et obtenez de la monnaie, 3) attendez le jour assigné pour faire la lessive, 3) assignez 20 minutes pour parler aux personnes dans la buanderie collective. Ne jamais : 1) laver les vêtements après 21h, 2) laisser la lessive à la dernière minute et essayer de trouver de la monnaie après 19h ou le week-end. J’ai décidé que faire la lessive doit être une chose sacrée et culturellement importante ici.

    Philippa, Grande-Bretagne

    Comment trouver des toilettes en ville de Lausanne ?

    Un jour, j’étais au centre-ville toute seule pour faire des courses. Ça faisait 4-5 jours que j’étais arrivée à Lausanne, et c’est la première fois que j’habite à l’étranger (je viens du Japon). J’ai eu soudainement besoin d’aller aux toilettes. Au japon, il y a toujours des toilettes dans une station de métro. Alors, je suis allée à la station du Flon. Mais je n’ai rien trouvé ! Ensuite, j’ai essayé quelques magasins. Là encore, il n’y en avait pas. Ça commençait à être urgent, et j’ai appelé mon Buddy. Elle m’a gentiment suggéré d’en emprunter dans un restaurant. J’hésitais à le faire parce que je ne le fais jamais au japon. Et j’ai trouvé une bonne idée ! J’étais sûre qu’il y en avait… à la gare ! Avec la dernière once de force, je me suis dirigée vers la gare. Et puis, ce que j’ai vu à la gare… Une machine pour payer ! C’était très choquant qu’il faille payer pour aller aux toilettes… En Europe, trouver des toilettes, c’est un exploit !

    Noemie, Japon

    Les passages piétons

    Lorsque je suis arrivée à Lausanne, la première chose que j’ai faite a été d’aller à la Migros pour faire quelques courses. J’ai marché jusqu’à la Migros et quand je suis arrivée au passage piéton, j’ai attendu que la voiture passe pour pouvoir traverser. Cependant, la voiture s’est arrêtée juste avant la ligne zébrée et je me souviens que j’étais vraiment interloquée car, d’où je viens, la voiture n’attend pas les gens, c’est plutôt le contraire. Après deux minutes d’attente, j’ai demandé ce qu’elle attendait et elle m’a dit de traverser la ligne parce qu’elle s’était arrêtée pour me laisser traverser. J’étais choquée car dans d’autres pays, il est plus courant que ce soit la personne qui attende que la voiture ait passé.

    Mahta, Iran

    De la validation des tickets de métro

    La première fois que j’ai pris le métro à Lausanne, j’avais acheté mon billet et je suis entré dans le métro en cherchant un endroit pour le valider. En Espagne, les transports publiques ont toujours des barrières pour entrer ou au moins un endroit pour valider le billet. J’ai parcouru tout l’intérieur du métro à la recherche de cet endroit et, après quelques minutes, j’ai demandé à une femme et elle m’a dit qu’en Suisse on ne faisait pas ça. Je me suis senti vraiment bête.

    Arturo, Espagne

    Entre le français à l’école et celui de la vie courante, quel fossé !

    J’ai étudié le français à l’école. Mes connaissances sont suffisantes pour faire du shopping. Lors de mes premiers jours à Lausanne, alors que je voulais acheter quelque chose dans une chocolaterie, la dame à la caisse m’a dit plusieurs fois « cinq francs septante ». J’étais très troublée car je ne connaissais pas septante. Je n’arrêtais pas de demander : pouvez-vous répéter cela ? et elle a dit « cinq francs septante » à nouveau. « Septante » ne sonne pas très différemment de « siebzig » en allemand. Mais je ne m’y attendais pas et je n’ai donc rien compris.

    Julia, Allemagne

    Acheter du fromage et payer dans une boîte, un rapport de confiance !

    Un jour après le déjeuner, les amis de mon oncle m’ont dit d’aller acheter du Gruyère dans un endroit spécial.

    Quand nous sommes arrivés à cet endroit, j’ai réalisé que ce n’était pas un magasin et qu’il n’y avait pas de monde. Alors je leur ai demandé : « Et où allons-nous acheter le fromage ? », et ils me disent : « tu vois ce réfrigérateur ? c’est là qu’on l’achète. » et ils ont ri.

    Je n’ai rien compris jusqu’à ce que j’ouvre le réfrigérateur et que je me rende compte qu’il y avait juste un pot pour laisser l’argent pour ce que vous achetiez. Là, j’ai réalisé à quel point on peut faire confiance aux gens en Suisse.

    Alessia, Pérou

    Les surprises linguistiques du français à l’anglais 

    J’ai remarqué que lorsque les gens de Suisse romande parlent en anglais, ils ont des expressions spécifiques qu’ils utilisent tout le temps, comme des tics verbaux, et généralement ils ne sont pas souvent utilisés en anglais. Par exemple, il est vraiment amusant et bizarre pour moi que les gens utilisent tout le temps l’expression « for sure » en anglais. Il est souvent répété comme « for sure, for sure ». Les gens l’écrivent même dans des courriels. En tant que personne britannique, je n’ai aucune idée d’où cela vient ou si la phrase est une traduction directe de quelque chose en français.

    Philippa, Grande-Bretagne

    Une histoire de dentifrice

    Je suis allé au supermarché pour acheter un dentifrice. Comme j’étais en retard, je devais me débrouiller rapidement. J’en ai cherché partout, mais je n’ai rien trouvé, pas même un employé pour m’aider. Je n’ai vu qu’un produit qui ressemblait à un dentifrice, mais qui portait la marque « Candida ». J’ai pensé : « Non, ça ne peut pas marcher. » En portugais, « Candida » c’est le nom de la levure qui cause la candidose, une mycose qui affecte en particulier les organes génitaux féminins. Pensez-vous : se brosser les dents avec une pommade pour traiter une infection. Comment est-ce possible qu’un supermarché ne vende pas de dentifrice ? Intrigué, j’ai continué ma recherche (et j’ai raté mon rendez-vous). Après de nombreux va-et-vient dans les couloirs, j’ai décidé de vérifier ce produit et voilà : c’était bien un dentifrice. Enfin, j’en avais trouvé. Mais, juste au cas où, j’ai acheté une option qui avait un autre nom.

    Olliver, Brésil

    Surprise de l’hospitalité suisse

    Une fois que j’étais à la maison, travaillant à domicile, j’ai entendu frapper à la porte. J’ai été surprise parce que personne ne frappe à ma porte. Je pensais que si c’était un ami, il ou elle aurait appelé avant de venir. J’ai quand même décidé d’ouvrir la porte. Devant la porte se trouvait une fille avec une boîte de chocolat à la main. Elle s’est présentée en disant qu’elle est ma nouvelle voisine et que si j’ai besoin de quelque chose, de ne pas hésiter à frapper à sa porte. J’étais nouvelle en Suisse et mon français n’était pas très bon. J’ai seulement dit merci et j’ai fermé la porte. Quand la porte a été fermée, je me suis dit à moi-même, « tu n’as pas dit ni ton nom ! » Je me suis sentie tellement embarrassée et je ne me suis jamais excusée !

    Angeliki, Grèce

    Quand manger au restaurant ?

    J’ai fait un Erasmus en Suisse et un des premiers jours où j’étais là, nous avons décidé, avec des amis, d’aller manger dans un restaurant. On s’est retrouvés à 14h00 au restaurant et quand nous sommes entrés et que nous sommes allés commander, ils nous ont dit que la cuisine était déjà fermée. En Espagne manger à 14 heures est tôt ! Habituellement, nous mangeons à 15 heures mais nous dînons aussi plus tard que les Suisses. On ne pouvait pas manger et on a dû aller au supermarché pour acheter un sandwich. Depuis ce jour, on a vu que nous devions nous habituer à ce nouvel horaire.

    Aina, Catalogne

    Masqués oui, mais dans la diversité !

    Quand je suis arrivée en Suisse j’ai été frappée par le fait que tout le monde ici porte des masques presque identiques. Oui, d’accord, il y a peut-être quelques masques bleus et quelques noirs, en de rares occasions un blanc, mais au-delà de cela, il y a vraiment peu de variété. Voir un masque unique est une chose rare ! Lorsque je suis partie d’Écosse, presque tout le monde portait des masques réutilisables de toutes les couleurs et motifs – avec des images, avec du texte, rayé, tartan, pailleté, tout ce qu’on peut imaginer. Quand je prenais le train ou que j’allais au cours à l’université, il était toujours intéressant de voir tous ces masques différents. Ici, ils sont tous les mêmes et c’est beaucoup moins intéressant.

    Annie, Ecosse

    Désespoir oscillo-battant

    Je cuisinais dans l’appartement où je me suis installé au début de mon séjour à Lausanne. Comme je n’ai pas l’habitude d’utiliser une plaque à induction (qui n’est pas très commun au Brésil), j’ai brulé la nourriture, ce qui a produit beaucoup de fumée. Je me sentais trop nerveux. Alors, j’ai décidé d’ouvrir la fenêtre. Elle était un peu dure et je l’ai forcée. Ensuite, par ma surprise, la partie supérieure s’est ouverte. J’étais désespéré : « Mon Dieu, non, non, je viens d’arriver et j’ai déjà endommagé le bâtiment. Quelle malchance ! » Voici le dilemme : je fais comme si de rien n’était ou je reconnais mon erreur. Le surmoi a parlé plus fort que le ça. Alors, j’ai appelé la propriétaire pour lui expliquer la situation. J’étais très gêné. « Je suis désolé, mais j’ai abîmé la fenêtre. » Elle s’est contentée de rire. Après, j’ai constaté que cette ouverture était normale. Je peux dire que le fait se résume à ceci : un désespoir oscillo-battant.

    Olliver, Brésil

    Petit problème de prononciation

    Je suis allée à la poste pour payer mon loyer. Je n’avais pas assez d’argent, alors j’ai demandé ou je pouvais trouver un “ATM” en anglais. L’employé de la poste parlait très bien l’anglais, mais il ne comprenait pas du tout ! On a pris beaucoup de temps pour trouver ce que je voulais dire. Finalement, j’ai expliqué avec une phrase et il m’a compris. Ce qui m’a surprise c’est que les abréviations sont très différentes en français et en anglais. Au japon, on parle beaucoup de l’“IOC”, mais ici c’est le CIO. Je pense qu’il me faudra beaucoup de temps pour apprendre ces choses.

    Noemie, Japon

    Les jeunes conducteurs

    Après nous être finalement installés dans notre maison en Suisse, ma famille et moi avons décidé de faire une promenade pour explorer la ville dans laquelle nous avions emménagé. C’était une belle journée avec un ciel bleu, les routes étaient plutôt vides, peu de voitures circulaient… Jusqu’à ce qu’un énorme tracteur apparaisse, roulant sur la route principale de la ville. Pour quelqu’un qui a vécu à Singapour auparavant, voir un tracteur circuler sur la même route que les voitures était choquant. Non seulement cela, mais une fois qu’il s’est approché de nous, nous avons vu que c’était un enfant d’une dizaine d’années qui le conduisait avec sa petite sœur assise à côté de lui. Je me demande qui a la priorité dans cette situation.

    Maria Fernanda, Brésil

    Les trains et leurs pièges…

    Au début, quand je suis arrivée ici, je n’étais pas familière avec le système des trains, et encore moins avec les plans des trains. Ils étaient vraiment déroutants. Durant ma première semaine à Lausanne, je voulais découvrir le chemin pour aller à l’Université. Donc, j’ai pris un train l’après-midi et le plan était de monter dans un train et après quelques arrêts de descendre et de monter dans un autre train. Du coup, j’ai pris le premier train et je suis descendue. Cependant, après je me suis perdue dans la gare principale de Lausanne. J’ai demandé à quelqu’un quel train je devais prendre et elle m’a indiqué le numéro de train.  J’ai paniqué parce que le deuxième train était déjà parti depuis quelques minutes. Finalement, je l’ai trouvé et j’ai couru dans le train. Je me suis calmée pendant quelques minutes et j’ai profité de la vue, puis je me suis rendu compte que le train que j’avais pris partais en direction d’une autre VILLE. A la fin de la journée, je ne suis pas arrivée à l’université car il était tard et j’ai passé tout l’après-midi à essayer de rentrer à la maison.

    Mahta, Iran

    Le genre des prénoms…

    L’histoire suivante concerne ma première rencontre avec mon partenaire tandem. Je l’ai rencontré grâce à la plateforme tandem à l’Unil et nous avons décidé de nous rencontrer à Ouchy. Il s’appelle Laurent et il est suisse. Je n’avais jamais rencontré quelqu’un qui s’appelle Laurent avant. Je suis arrivée à Ouchy mais je n’ai trouvé personne. Il y avait un gars qui me regardait et j’ai pensé que c’était étrange. Soudain, il vient et me demande si je suis Angeliki ? J’ai pensé comment il connaît mon nom et je l’ai regardé sans réagir. Puis j’ai réalisé que c’est mon partenaire tandem. Laurent est un prénom masculin !!!

                                                                                                                                 Angeliki, Grèce

    Les horaires des repas…

    On parle beaucoup des différences des horaires de manger que nous, les Espagnols, avons par rapport au reste des pays européens, la Suisse inclue. Et c’est tout à fait vrai, en Espagne on prend le déjeuner et le souper dans des horaires souvent difficiles à comprendre pour les autres gens. Souvent mes colocataires suisses rigolent de moi à propos de ça. Un jour, c’était 18 heures et je revenais d’un cours et je n’avais pas pris mon déjeuner. Donc je commence à cuisiner et une de mes colocs arrive pour cuisiner son souper. Elle me regarde et me dit avec un sourire : « c’est ton dîner ? » en pensant que c’était impossible. Et je réponds : « oui ». A partir de ce moment, elle ne demande plus si ce que je mange c’est mon dîner ou mon souper.

    Arturo, Espagne

    Mais oui, à Saint-Gall on paie avec des francs suisses… même si on parle allemand

    Il y a quelques semaines, je suis allée à Saint-Gall avec des amis, et Saint-Gall est dans la partie allemande de la Suisse où tout le monde parle allemand.

    Alors une fois là-bas, nous avons décidé d’aller marcher à la montagne, mais avant cela, nous sommes allés au magasin pour acheter des choses. Or, quand je suis arrivée à la caisse pour payer, j’ai dit à mon ami : « Je n’ai pas d’euros. Comment est-ce que je vais payer si je n’ai que des francs suisses ? » Et c’est là que tout le monde m’a regardé et que je n’ai rien compris.

    La caissière m’a regardée et m’a dit : « Mais, donne-moi ce billet », et j’ai répondu: « Non, parce que ce n’est pas des euros » et j’étais très embarrassée. Elle m’a redemandé mon billet pour payer, et sans comprendre, je le lui ai donné.

    Après, quand je suis sortie du magasin, j’en ai parlé à mes amis : « Je ne comprends pas comment elle a accepté les francs suisses, si on est en Allemagne ». Ils m’ont tous regardé et ont ri, puis j’ai réalisé que j’étais toujours en Suisse et qu’ils parlaient juste une autre langue.

    Alessia, Pérou

    L’art de traverser la route…

    En Allemagne, les gens traversent simplement la route quand il n’y a pas de voitures qui arrivent, même si c’est rouge. Les gens s’arrêtent quand il y a des enfants. J’ai voulu franchir un feu rouge ici et mes amis, avec qui je voyageais, m’ont indignement retenue. Ici, les gens suivent vraiment toutes les règles de très près.

    Julia, Allemagne

  • Arkhaï : le nouveau volume

    Arkhaï : le nouveau volume

    Rédigé par : Valentine GIRARDIER

    COLLECTIF · L’association Arkhaï, éditrice de la revue, puis de volumes du même nom, a récemment publié son dernier ouvrage. Mélangeant les horizons comme les disciplines, l’ouvrage se veut collaboratif et unificateur. Somme toute, une diversité de regards philosophiques, artistiques et réflexifs qui invite à penser.

    L’association Arkhaï est un projet qui a vu le jour à l’Université de Lausanne en 1992. Elle est née d’une volonté d’unir les disciplines, il s’agissait de réunir tant des physicien·ne·s, des historien·ne·s, des mathématicien·nes que des poète·sse·s, des philosophes ou des artistes, au sein d’une œuvre collective, d’abord sous la forme d’une revue, puis, aujourd’hui, sous le même nom (Arkhaï), de véritables livres, mis en série, mais autonomes. Aujourd’hui, tout en poursuivant cette entreprise, elle a pour but de promouvoir la culture sur le campus. Elle va aussi au-delà des murs universitaires pour toucher l’univers romand plus largement au travers de diverses activités et ateliers, notamment en partenariat avec une école lausannoise, autour des questions sur la technologie. La revue Arkhaï fait particulièrement parler d’elle, car elle vient de publier son nouveau volume paru cet automne 2021. Cet ouvrage thématique regroupe des textes, des illustrations, des photographies et des réflexions philosophiques. Il est le fruit d’une collaboration étroite du nouveau comité directeur et éditorial avec des artistes venu·e·s des bancs de l’Unil, du canton de Vaud ou de France. Toujours dans l’idée d’offrir un contenu transdisciplinaire, le volume 2021 interroge les relations et les tensions entre le texte et l’image, sous l’angle d’« interface », notion très actuelle à l’ère du numérique.

    Texte-image-interface

    Le volume 2021 se présente avant tout comme introspectif et réflexif, interrogeant la place de l’image et du texte au travers de l’objet : le livre. L’esthétique graphique de l’ouvrage a, de ce fait, été travaillée pour capter le regard, interpeler la pensée, autant dans les illustrations qui parcourent le contenu que sur la couverture. Lorsque l’on se risque à ouvrir ledit livre, l’on découvre une composition en cinq parties ; graphes, cadres, planches, programmes et formes. Chacune d’elles permet de penser l’interface… Graphiquement, l’interface est paradoxale, à la fois répétition du sens et de la forme, mais sensible à l’irrégularité et à la mobilité du réel. L’interface, prise comme cadre, peut être pensée comme circonscription, comme limite ­– limitant quoi ? Que trouve-t-on en dehors ? Sur les planches, l’interface devient neutre, elle se donne comme surface, comme espace d’illustrations visuelles animées ou non, elle est un support à l’action. Encapsulée dans la notion de « programme », l’interface se double. Elle donne à voir ce qui n’est pas encore, mais elle est aussi un ensemble clos, un langage défini, programmé. Finalement, l’interface peut se faire forme. Au sens où elle devient canevas et contenant, mais aussi indissociable de son contenu – voire modelée par lui – c’est ainsi que l’interface se décline comme médium. Ceci n’est qu’un aperçu du profond voyage philosophique, à la jonction du texte et de l’image, que suggère le travail d’Arkhaï 2021. Pour en découvrir davantage, jetez-y vous-mêmes un œil curieux et suivez l’actualité de L’Auditoire. Rendez-vous sur https://www.arkhai.com/vol2021.php pour toute information complémentaire sur l’association et ses activités, ainsi qu’à Basta pour acquérir Arkhaï 2021. Texte – Image – Interface, au prix de 25 CHF.

  • 100 ans et tous ses étudiants

    ANNIVERSAIRE · L’Union des étudiant·e·s suisses célèbre un siècle de combat pour la cause des étudiant·e·s des hautes écoles suisses. Retour sur les moments marquants de son histoire.

    Entre instauration des cours en ligne, examens déplacés en plein été ou échanges universitaires supprimés, les étudiant·e·s peinent à faire entendre leur voix dans le flot de décisions prises par les universités et le Conseil fédéral. L’Union des étudiant·e·s suisses (UNES) a fort à faire pour sauvegarder les intérêts des étudiant·e·s. Elle a ainsi publié une liste de revendications sur certains points clés (https://www.vss-unes.ch/wp-content/uploads/2020/04/2020-04-06_f_Statement_SR20200402.pdf). Une action parmi pléthore d’autres : cela fera bientôt un siècle que l’association milite pour l’égalité des chances, la promotion de la participation des étudiant·e·s aux décisions universitaires, la promotion de la durabilité dans les hautes écoles et l’intégration de l’espace européen de l’enseignement supérieur, en représentant aussi politiquement les étudiant·e·s au niveau national.

    500 briques pour soutenir les logements

    L’UNES fête ainsi son existence séculaire le vendredi 19 juin 2020. Sur les cent ans d’histoire de l’association, Laura Bütikofer, la responsable des événements décentralisés, retient une date symbolique : « Le 1er juillet 2019, lors de l’Assemblée des délégué·e·s de Berne, l’Association des Organisations Estudiantines des Hautes Ecoles Pédagogiques Suisse rejoint l’UNES. Ainsi, les trois types de hautes écoles y sont représentés. » L’unification des voix de toutes les sortes d’institutions suisses survient après une longue lutte pour l’égalité des chances des étudiant·e·s, notamment par le biais de revendications. Ainsi, l’UNES lance en 1972 la première d’une série de trois initiatives afin d’harmoniser les montants accordés par les différents cantons, variant fortement. En 1987, l’association dépose une pétition visant à maintenir les abonnements ferroviaires à prix réduit pour les étudiant·e·s âgé·e·s de plus de 25 ans. Trois ans plus tard, en 1990, une semaine d’action a pour thème la demande de plus de logements abordables ; elle est conclue par l’envoi provocateur d’une pétition accompagnée de 500 briques au chef du département fédéral des affaires intérieures. Depuis 2015, l’UNES soutient les étudiant·e·s réfugié·e·s voulant être admis dans les études tertiaires. Active en Suisse, elle noue aussi des relations avec des associations estudiantines étrangères, notamment dans le cadre des échanges universitaires, un sujet devenu sensible.

    Soutien du programme Erasmus+

    En effet, les échanges, mis à mal par la votation du 9 février 2014 sur l’immigration de masse, constituent l’une des revendications présentes de l’association : le retour de la Suisse dans le programme Erasmus+. Actuellement, la Suisse renégocie son statut, mais Laura Bütikofer s’inquiète : « L’UE devra présenter dans les mois à venir un programme de mobilité européen à la Suisse, qui pourra entamer les négociations d’adhésion pour éviter d’avoir le statut de pays tiers. Ce dernier serait catastrophique car la solution suisse offre nettement moins de possibilités ». L’UNES a lancé une pétition pour inciter la Confédération à reprendre les négociations et ainsi éviter de conserver le modèle actuel, la solution suisse, proposant une offre nettement réduite par rapport à Erasmus+ ( https://act.campax.org/efforts/erasmus ).

    Un siècle après la création de l’UNES, Laura Bütikofer affirme que l’association a toujours des raisons bien réelles d’exister, notamment en « rassemblant et coordonnant les diversités linguistique, culturelle et structurelle des hautes écoles pour les amener au niveau national. » De sa naissance du temps de la grippe espagnole au coronavirus, l’UNES est ainsi aujourd’hui plus que jamais nécessaire pour défendre les intérêts des étudiant·e·s.

    Killian Rigaux

  • Photographie

    Photographie
    Océane Lepre, photo tirée d’un projet sur les agressions sexuelles.

  • Errance sylvestre

    Errance sylvestre
    Embrasse les siècles, polaire Esprit.
    l’épopée reste gravée dans mes évasions
    Imrahil Eärendur Shagrat
    Voici l’Utopie de ceux qui s’attardent.
     
     
    nos âmes épargnent les vies aux seigneurs vétustes
    héros sénéchaux ostrogoths 
    « Vie antérieure au temps fractionné. »
    la voie est close pour tes païens
     
     
    Marach Zimrathôn Umbardacil, rassasiez vos palpitations 
    l’Utopie de ceux qui demeurent 
    est à vous, mon Amour
    fulgurantes évocations tant de rêves organiques
     
     
    peupliers de Fangorn et Druàdan rassemblez
    les serments    des étourdissements
    Mousse bruisse et froisse nos charmes ancestraux
    demain l’énigme percera l’immortalité et les eaux de la Résurgence
    - que puis-je contre l’hardiesse de la communauté ?
     
     
    Tata Amon Hen, Amon Hen Haleth Hàma
    brumeux Idéal de porphyre – laissez-moi…
    Vous seul le pouvez, Eminence
    soulevez vos sveltes encensoirs  conservons l’espèce
     
     
    Il existe, le chemin du sacrifice.
    l’effritement de lignées sous hypnose
    magiciens des ruines, languir, elfes d’Orient
    dites seulement une parole
     
    une parole
     
    et je serai embrasé
     
     
    Pimpernel Ecthelion I Carcharoth, rentitissez, feuillages 
    les Havres gémissent
     
    à l’horizon le rêve du silence
    aventure d’ambroisie où le délice contamine
     
     
    Une nouvelle aube perce votre épave, Excellence.
    comme moi, la conscience du Temps linceul déshérité vous a ranci
    puisse le vaisseau cicatriser le bijou 
    Onirisme des gloires 
     
     
    Rhudaur Pinnath Nivrim, imaginez
    Imaginez.
     
    tel précipice
     
                l’amour immémorial
    au service de votre clémence
     
    - j’éprouve vos Arcanes et vos naufrages
    les Temples des hommes trépassés
    mes marécages me bouleversent
    Elégie  oh  l’accalmie de belligérance
    carcasses valeurs et pantelances
    Prenez ma main, Monseigneur.
    Je possède vos tendres vertiges
     
    Pelargir Sorontil: la chimère
    Sylve des rois, bois des élégants 
    émousse le songe de ceux qui restent.

    Aline Scherer

  • L’IMAGINATION

    L’IMAGINATION
    Par petits ruisseaux tu coules
    Dans les interstices de mes envies tu fuis
    Assoiffée tu t’échappes, sans effort
    Par sauts de mante, sans même que l’on n’ait cherché à te lancer
    Lorsque j’essaie de te brider
    Lance-pierre 
    Tu me nargues
    Tu t’en fiches
    Tu ris 
    Tu construis mes intrigues, sans dépendre ni de mes demandes ni de ma fatigue
    Sans limite sauf celle de mes convoitises
    L’ultime 
    Sans fin
    Sans fond
    Inlassable répétition 
    Comme au théâtre je peux m’asseoir
    Observer tes images
    Tourner des centaines de pages, toujours les mêmes phrases
    Sans toi je ne sais pas
    Je n’ai jamais cherché à te fuir
    Je te laisse, gambader 
    Machine en route
    Parfaitement autonome
    Parfois tu m’épuises
    Tu m’écrases avec tes vouloir
    Tu me pousses à viser toujours mieux, haut 
    Plus
    Fort
    Autre 
    Tu me frustres
    Indocile 
    Je te jette et te réclame de te taire
    Tu me comprends
    Alors tu fais semblant
    T’évanouis
    Pour un temps
    Mais tu reviens, par le même chemin
    Tu es mon chien, ou je suis le tien
    Puis 
    Tu finis par me faire sourire
    Et par me dire
    Pourquoi sans l’imagination ?
     
    Mais moi avec toi 
    C’est ta belle guerre sans le hasard

    Julianne Piergiovanni

  • Au-delà des mots

    Au-delà des mots

    Assis devant moi, ton verre, la table, notre distance comme rempart, j’essaie de t’atteindre. Un coup de téléphone hier m’a appris que ça n’allait pas fort. Fort de mon statut d’amis, te voir et t’écouter, mon programme. 2h plus tard, pas un mot, je suis à des lieues de te rejoindre. Tentative de te faire accoucher, questions frontales « comment ça va? », « qu’est-ce qui ne va pas? », et c’est ton verre que tu prends. « Hier ça n’allait pas fort, tu veux en parler » et c’est tes doigts qui s’agitent. « J’aimerais t’aider », rien n’y fait, toujours pas un mot. 

    Alors j’observe s’écrire devant moi une partition qu’il me faut décoder. 

    Tes yeux qui se baissent, ton doigté nerveux accéléré, ce léger frémissement du coin de ta bouche, la sueur coule alors dans MON cou, et si je faisais fausse route ? Je réalise qu’il ne manque plus que la lampe pointée sur toi. Plus de doute, je sais qui je suis, en cet instant précis fourvoyé jusqu’au bout, je me vois mener avec stupeur un interrogatoire acéré. Qu’est-ce qui m’a pris ? Forte de mes motivations empathiques doucereuses, voilà que j’ai coiffé le képi. 

    Soudain, je sors de ma rêverie, la cloche au-dessus de la porte vient de sonner et le courant d’air glacé qui s’est glissé entre mes pieds me confirme que nous ne sommes plus seuls dans ce café. Habillée de noir, l’impromptue, une femme, s’assoit à côté de moi. A peine rétabli du choc de sa soudaine proximité, je l’entends me dire : « Je te rencontre enfin », « après tout ce temps », « mon nom est détresse », « je connais ton ami », « regarde je vais te montrer qui je suis ». Puis elle me touche le bras. Comme en réponse à ces quelques mots, mes sens se mettent à s’affoler. Je vois trouble, mon pouls s’accélère, une noirceur m’envahit. Je rouvre les yeux et je ne suis plus dans ce café, tout ce qui m’entoure n’est que désolation, pas d’arbuste, la terre est grise, à l’horizon je ne fais plus la différence entre elle et le ciel assombri, les éléments semblent se noyer entre eux. Soudain, je réalise que le sol glisse, m’entraînant avec lui. J’ai peur. Alors s’amorce ma descente, dans une tentative vaine de m’en sortir, je cherche quoi que ce soit, une touffe, un caillou, une racine, à laquelle m’accrocher, mais rien, seule la chute comme possibilité. Le trou se creuse, ma terreur augmente. Je veux crier mais aucun son ne sort de ma bouche, c’est comme si la terre y était entrée, tout ce que je sais c’est que je vais étouffer. 

    Alors je suis projeté à nouveau dans le café. Je me retrouve assis sur ma chaise, le temps semblant ne pas s’être écoulé. Je lève les yeux, mon ami est là, elle, n’est plus là, rien ne semble avoir bougé. Tout-à-coup, la cloche de la porte sonne, comme un fouet qui me ramène tout-à-fait. M’attendant à la revoir, je suis surpris quand je ne vois qu’une équipe d’écoliers s’engouffrer dans le café. 

    J’ai besoin de comprendre, qu’est-il arrivé après que détresse m’ait touché le bras ? 

    Me voyant désemparé, mon ami prononce alors ses premiers mots : « Qu’est-ce qui ne va pas? » et c’est mon verre que je prends. « Ça n’a pas l’air d’aller fort » et c’est mes doigts qui s’agitent. Je ne sais comment en parler, raconter ne fait pas sens, je refuse de devenir une conteuse macabre et de revivre en paroles ce qui vient d’arriver. Mon corps convulse, mes yeux se baissent, ma bouche frémit. Comment mettre des mots s’ils ne sont pas ? Comment mettre des mots s’ils ne sont pas ? Comment mettre des mots s’ils ne sont pas ? Cette question se martèle en moi. Comment mettre des mots s’ils ne sont pas ? Je lève les yeux et les re-baisse aussitôt, éblouis par une lampe frontale, mon ami porte un képi. Je comprends alors finalement, la détresse ne se communique pas, elle se vit.

    Nathalie Schmid

  • Lutte

    Lutte

    Que peut-on espérer contrôler, lorsque notre champ d’action direct se limite à une périphérie dont le rayon est égal à la seule longueur de notre bras ? Que peut-on espérer accomplir, quand notre maladresse n’a d’égale que notre timidité ? Ajoutons à cela la stupidité et la connerie humaine… On a là un fameux cocktail ! L’argent, la gloire, le status social, la popularité ? On a meilleur temps de s’en foutre.

    Mais qu’en est-il de cet examen redouté depuis des mois ? Et ce nouveau job tant convoité ? Trouver la tranquillité, garantir sa sécurité, partir à l’aventure… Établir une relation de respect et de confiance avec cet homme ou cette femme ayant su faire chavirer notre cœur… Construire une amitié sincère… Peu importe ce que nous visons à obtenir ; comment peut-on parvenir à accomplir une seule de ces choses, si nous ne pouvons totalement contrôler notre propre vie ? 

    Comment peut-on espérer un avenir lumineux lorsqu’autour de nous, beaucoup ne paraissent pas satisfaits ? Des génies de puissante renommé mondiale tels qu’Einstein ou Mozart ont tous subi des échecs dans des situations où ils étaient dépassés. Comment peut-on espérer pouvoir parvenir à quelque chose ? La vie est remplie de tant d’obstacles… De même nous serions en train de nous battre avec une hydre aux multiples têtes : dès que nous en coupons une, deux autres réapparaissent à sa place. L’évidence de l’impossibilité grandit quant au fait de s’imaginer une vie sans aucune contrainte, où tout irait de soi. Où les problèmes se résoudraient forcément, et où les compagnes et compagnons se comprendraient aisément. 

    Évidemment, même si une telle vie pourrait sembler ennuyeuse en prime abord, n’est-elle pas également attractive ? Pour les personnes préférant éviter les problèmes d’ordinaire, quel paradis cela serait ! Alors que lutter constamment pour ce que nous désirons nous apporte peut-être plus de souffrances et de complications que si nous renoncions à nos désirs, à nos tentations, à nos rêves… Après tout, savoir lorsqu’une cause est perdue est une force. Jadis, elle permit à de nombreux soldats de conserver la vie, lorsque leurs généraux étaient assez avisés pour voir que la bataille était échouée d’avance, et qu’ils surent choisir la retraite plutôt que le suicide.

    Pourquoi lutter ? Pourquoi ne pas choisir la retraite ? Ne serait-ce pas la voie la plus facile ? Bien sûr que oui ! Cependant, il faut parfois se battre, même pour les plus dociles et les plus pacifiques d’entre nous. Car, pour rester dans notre exemple des guerres rapportées par les historiens, s’engager dans un combat difficile est certes risqué, mais il peut s’avérer déterminant pour une plus grande bataille. L’être humain n’est pas fait pour renoncer à ses rêves les plus chers. Car ce faisant, il en souffre. C’est tout simplement dans notre nature. Aussi, le renoncement devrait se faire uniquement si la souffrance endurée devenait inférieure à celle provoquée et subie en continuant, voire en réussissant.

    La solution serait de cibler distinctement nos objectifs. De cette façon, nous pouvons lâcher prise sur ceux qui ne sont pas si importants au final. En revanche, si nous faisons face à ce qui nous tient le plus à cœur, ou que nous possédons de plus cher, il est de notre devoir de nous battre pour le défendre. À la fois pour nous-mêmes, mais aussi pour donner l’exemple. 

    Si un jour, on me posait la question : « comment fait-on ? », je dirais qu’il faut fournir l’effort, persévérer, faire preuve de ténacité et de détermination. Et si à cela on relançait : «Oui, mais comment y parvient-on ? », je répondrais qu’on ne peut qu’essayer. Il faut se jeter à corps perdu. Et pour ça, il faut se lancer.

    Alessandro Cuozzo Vilá