• Ginkgo

    Ce matin encore je te tenais dans mes bras.

    Toi qui étais si doux, toi qui faisais ma joie.

    Puis un véhicule passe, et tu n’es plus là.

    Je n’ai rien vu, j’aurais voulu empêcher ça.

    Certains peut-être ne comprendront pas,

    L’attachement que j’avais envers toi.

    Ils ne t’ont jamais eu sous leur toit.

    Tu étais comme un enfant pour moi.

    Je t’ai nourri, je t’ai élevé.

    Je t’ai laissé ta liberté.

    Tu avais ton lit et ton panier,

    Tes jouets et un collier.

    Je ne te verrai plus marcher.

    Ni courir et gambader.

    C’est si injuste et prématuré.

    Tu avais la moitié d’une année.

    Ta beauté plus grande que celle des rois,

    Tes petites dents mordillant mes doigts,

    Et tes miaulements par-ci par-là,

    Faisaient de moi comme un heureux papa.

    Tu me faisais rire en volant mes repas,

    En sautant sur la table et reniflant les plats.

    Un sacré numéro, avec tes patatras.

    Tu vas me manquer, mon gentil, mon petit chat.

  • Ode à mes seins

    Ode à mes seins

    A votre naissance,
    vous ne faisiez qu’acte de présence.
    Vous étiez là,
    tout plats.
    Personne ne vous regardait,
    ne vous jugeait laids
    ou vous sexualisait.

    Vous étiez libre d’être montrés
    par une belle journée d’été,
    ou camouflés
    sous un joli pull doré.

    Personne ne portait sur vous
    aucune exigence,
    votre existence n’était pas taboue
    mais ça c’était avant l’adolescence.

    Ce serait mentir,
    que de vous dire,
    que je n’ai pas souhaité de tout coeur
    que vous soyez aussi gros que ceux de ma soeur.
    A cette époque je voulais que vous ressembliez,
    à ceux que je voyais dans les publicités.

    J’ai vite compris que vous aviez quelque chose de mystique,
    qui de manière automatique,
    pouvait me procurer cette reconnaissance
    que je cherchais à outrance.

    Pourquoi, vous deux vulgaires bouts de gras,
    étiez plus adulés que de la pizza?
    A cet âge-là,
    Je ne le comprenais pas.

    Et quand vers mes douze ans
    vous êtes devenus captivants,
    aux yeux de tous ces vieux
    qui essayaient de ne paraître vicieux,
    quand ils vous observaient silencieux,
    Quand mes camarades de classe
    vous regardaient en susurrant « bonnasse »,
    Quand en me baladant
    j’entendais ces mots que je prenais pour glorifiants
    accompagnés d’un son strident de klaxon
    j’ai pris tous ces actes incessants
    pour quelque chose d’honorant.
    Sans évidemment bien comprendre
    à cet âge-là, cela m’aidait à prendre confiance.

    C’est aux alentours de mes douze ans, je pense,
    que j’ai conscientisé ce non-sens.
    J’ai compris qu’en étant objet de désir,
    je pouvais beaucoup plus de chose obtenir:
    l’attention
    de tout ces petits cons,
    qui jusqu’à là m’ignoraient
    et jamais ne m’écoutaient,
    l’envie
    de toutes ces filles
    qui ne vous avaient pas encore vue grandir.

    Je n’avais aucun pouvoir sur votre évolution
    et pourtant vous provoquiez une modification,
    dans mon morne quotidien de jeune fille
    essayant d’affronter la dure réalité de la vie.

    J’arborais des hauts qui vous laissaient entrevoir
    un peu des passants qui marchaient avec moi sur les trottoirs.
    Je vous compressais dans des soutien-gorge rembourrés,
    qui vous donnaient une forme galbée.
    Dans les magasines futiles
    qui me servaient de Bible,
    ils conseillaient de prendre une taille inférieure
    de soutif pour rendre votre apparence meilleure.

    Vous n’étiez plus qu’une partie de mon corps
    vous étiez LA partie qui valait de l’or.
    Celle que je pouvait un peu exhiber
    et qui attirait les regards intéressés.

    A cette époque je n’éprouvait aucune volonté
    d’avec qui que ce soit forniquer.
    Non, je faisais cela uniquement pour me valoriser
    au même titre que je passais du temps
    à lisser mes cheveux dorés,
    et à les secouer à l’air agréable du printemps.

    Vous étiez devenus sexuels
    sans même que je le comprenne.

    Un jour ma prof de sport,
    m’a reproché le port,
    d’un petit décolleté,
    qui empêchait les garçons de se concentrer.
    forcée de porter un t-shirt XXL
    pour arrêter de provoquer chez ces garçons des envies charnelles,
    C’est la première fois que ça m’est arrivé
    de me faire slutshamer.

    Et ça ne s’est jamais arrêté:
    Constamment jugée,
    parce que soi-disant trop dénudée
    vous m’étiez volés
    vous n’étiez plus ma propriété

    vous n’étiez plus naturels
    vous étiez sexuels.

    « On voit ces bretelles
    ça se voit qu’elle veut du sexe, elle !»
    « C’est pas en étant vulgaire
    que tu vas lui plaire! »
    « Tu devrais te respecter
    sinon faudra pas t’étonner de te faire violer! »
    Phrases qui resteront gravées
    dans mes pensées,
    qui seront difficile à éradiquer
    malgré leur stupidité.

    Nous vivons donc une relation ambivalente
    qui ne fut à vivre pas évidente.
    Dans mon quotidien je n’osais vous regarder
    juste après ma douche je me précipitais pour vous cacher
    de toute façon vous ne faisiez pas
    la même taille et ça a eu le don de me complexer. Vous arboriez même des traces dégueulasses
    de votre développement,
    marque rouge que je ne pouvais regarder dans la glace
    sans me dévaloriser affreusement.

    Quel fut mon étonnement,
    quand vers mes 20 ans,
    pour la première fois
    j’ai arboré des soutien-gorge plats.
    Et je n’eus plus cette constante impression
    que vous n’étiez qu’objets d’attraction.
    Que je vous ai replacés à cette juste place la même que ma face.

    la même que ma face.
    Vous n’étiez plus une partie différente,
    vous étiez comme les autres juste présente.

    Je peux désormais vous regarder,
    vous sexualiser,
    quand j’en ai envie
    tout comme les autres parties
    de cette chair qui entoure mes os
    et qui forme ma peau.
    Vous n’êtes pas sexuellement supérieurs
    ou inférieurs aux autres parties de mon corps.

    Je ne peux m’empêcher,
    de repenser
    à cette fois ou vous avez provoqué,
    une engueulade enflammée
    avec mon ancien copain,
    qui marqua de notre relation la fin.
    Ils vous reprochait de vous être montrés
    sur un plage dénudés,
    et argumentait que le plaisir de vous admirer
    lui était strictement réservé.
    Il voulut de vous faire sa propriété. Dans quel monde vit-on pour qu’il ait assimilé
    qu’il avait le droit de décider
    que vous n’aviez pas le droit de bronzer?

    Je ne veux pas l’incriminer
    car il ne fait malheureusement pas part d’une minorité.
    De nos corps beaucoup pensent pouvoir diriger
    ce qui est autorisé d’effectuer.
    Et si d’un élan de liberté
    nous allons contre leur volonté;
    nous serons stigmatisée
    de dépravée. hystérique nonne ou frustrée.

    A mes vingt et un ans
    J’ai fait un truc étonnant
    avec une amie d’enfance.
    Pour me marrer je me suis amusée
    dans du plâtre à vous mouler.
    Et vous êtes désormais affichés
    à mon mur comme une fierté.

    A mes vingt-deux ans pour la première fois
    je vous ai utilisés, ma foi,
    pour essayer de déconstruire,
    ce que la société continue à instruire.

    J’ai écrit sur vous, un message essentiel;
    JE NE SUIS PAS SEXUELLE.

    C’était si plaisant de sentir les rayons du Soleil
    réchauffer pour la première fois, mon torse fier.
    Torse, qui pour une fois n’était pas instrumentalisé
    dans un but grossier de sexualité
    mais bien pour un message fort, délivrer.

    Cette étrange journée
    où j’ai osé vous montrer,
    elle fut bien compliquée. Compliqué
    de vous dévoiler après tant d’années.
    Peur du jugement
    que lors de ce 14 juin les gens
    allait porter sur vous, porter sur cette action.

    Mais c’est accompagnée
    d’une multitude de femmes fortes
    que j’ai osé de la sorte
    regagner du pouvoir,
    sur cette partie de mon corps que la société croyait m’avoir
    subtilisée à coup de normes insensées.

    Et même si malheureusement
    vous continuez à vivre la majeur partie de votre temps
    sous mille couches cachés,
    car le regard des autres, lui n’a pas changé,

    dans mon esprit vous êtes maintenant différents.
    Et ça c’est le plus important.

    Vous avez un parcours complexe
    parfois utilisé dans une partie de sexe.
    Une fois grâce à vous j’ai eu un orgasme,
    vous m’avez fait ressentir d’intenses spasmes.

    Mais la plupart du temps
    vous n’êtes pas importants.
    Vous n’êtes que deux vulgaires tas de graisse
    et je suis heureuse d’être enfin à l’aise,
    de vous considérer comme ce que vous êtes
    et pas comme cette idée réductrice que l’humanité a en tête.

    Le chemin sera long pour que toutes les personnes porteuses de seins puissent avec eux entretenir un rapport sain.
    Et comme pour beaucoup d’autres réalités insensées
    j’espère que sur ce point notre société va évoluer.

  • Errance sylvestre

    Errance sylvestre
    Embrasse les siècles, polaire Esprit.
    l’épopée reste gravée dans mes évasions
    Imrahil Eärendur Shagrat
    Voici l’Utopie de ceux qui s’attardent.
     
     
    nos âmes épargnent les vies aux seigneurs vétustes
    héros sénéchaux ostrogoths 
    « Vie antérieure au temps fractionné. »
    la voie est close pour tes païens
     
     
    Marach Zimrathôn Umbardacil, rassasiez vos palpitations 
    l’Utopie de ceux qui demeurent 
    est à vous, mon Amour
    fulgurantes évocations tant de rêves organiques
     
     
    peupliers de Fangorn et Druàdan rassemblez
    les serments    des étourdissements
    Mousse bruisse et froisse nos charmes ancestraux
    demain l’énigme percera l’immortalité et les eaux de la Résurgence
    - que puis-je contre l’hardiesse de la communauté ?
     
     
    Tata Amon Hen, Amon Hen Haleth Hàma
    brumeux Idéal de porphyre – laissez-moi…
    Vous seul le pouvez, Eminence
    soulevez vos sveltes encensoirs  conservons l’espèce
     
     
    Il existe, le chemin du sacrifice.
    l’effritement de lignées sous hypnose
    magiciens des ruines, languir, elfes d’Orient
    dites seulement une parole
     
    une parole
     
    et je serai embrasé
     
     
    Pimpernel Ecthelion I Carcharoth, rentitissez, feuillages 
    les Havres gémissent
     
    à l’horizon le rêve du silence
    aventure d’ambroisie où le délice contamine
     
     
    Une nouvelle aube perce votre épave, Excellence.
    comme moi, la conscience du Temps linceul déshérité vous a ranci
    puisse le vaisseau cicatriser le bijou 
    Onirisme des gloires 
     
     
    Rhudaur Pinnath Nivrim, imaginez
    Imaginez.
     
    tel précipice
     
                l’amour immémorial
    au service de votre clémence
     
    - j’éprouve vos Arcanes et vos naufrages
    les Temples des hommes trépassés
    mes marécages me bouleversent
    Elégie  oh  l’accalmie de belligérance
    carcasses valeurs et pantelances
    Prenez ma main, Monseigneur.
    Je possède vos tendres vertiges
     
    Pelargir Sorontil: la chimère
    Sylve des rois, bois des élégants 
    émousse le songe de ceux qui restent.

    Aline Scherer

  • L’IMAGINATION

    L’IMAGINATION
    Par petits ruisseaux tu coules
    Dans les interstices de mes envies tu fuis
    Assoiffée tu t’échappes, sans effort
    Par sauts de mante, sans même que l’on n’ait cherché à te lancer
    Lorsque j’essaie de te brider
    Lance-pierre 
    Tu me nargues
    Tu t’en fiches
    Tu ris 
    Tu construis mes intrigues, sans dépendre ni de mes demandes ni de ma fatigue
    Sans limite sauf celle de mes convoitises
    L’ultime 
    Sans fin
    Sans fond
    Inlassable répétition 
    Comme au théâtre je peux m’asseoir
    Observer tes images
    Tourner des centaines de pages, toujours les mêmes phrases
    Sans toi je ne sais pas
    Je n’ai jamais cherché à te fuir
    Je te laisse, gambader 
    Machine en route
    Parfaitement autonome
    Parfois tu m’épuises
    Tu m’écrases avec tes vouloir
    Tu me pousses à viser toujours mieux, haut 
    Plus
    Fort
    Autre 
    Tu me frustres
    Indocile 
    Je te jette et te réclame de te taire
    Tu me comprends
    Alors tu fais semblant
    T’évanouis
    Pour un temps
    Mais tu reviens, par le même chemin
    Tu es mon chien, ou je suis le tien
    Puis 
    Tu finis par me faire sourire
    Et par me dire
    Pourquoi sans l’imagination ?
     
    Mais moi avec toi 
    C’est ta belle guerre sans le hasard

    Julianne Piergiovanni