• Dans le brouillard

    Dans le brouillard

    Photo : ©Killian Rigaux – Le nouveau centre de données utilisé par l’Unil et l’EPFL, inauguré en 2022, qui s’ajoute aux trois autres centres préexistants de l’Unil (1977, 2004 et 2013)

    Rédigé par : Killian Rigaux

    UNIL • Les méthodes de stockage et de traitement des données personnelles sont chamboulées par l’arrivée des services Cl, notamment Microsoft 365. Si cette architecture est aussi avantageuse en matière de cybersécurité, la perte du contrôle des données personnelles inquiète.

    Depuis l’apparition de la version Microsoft 365, désignée successeur de Microsoft Office 2019, le choix de l’utilisation de Word pour l’écriture d’un poème, d’Excel pour la gestion de sa comptabilité ou de Powerpoint pour la préparation d’une présentation a changé d’implications. L’Université de Lausanne et la Confédération se sont tournées vers Microsoft 365, après que la multinationale a annoncé qu’elle cesserait de prendre en charge les produits Office à l’horizon 2026.

    « Microsoft tient les organisations en situation de dépendance »

    « Ce n’est pas un changement habituel, étant donné que les nouveaux produits ne seront disponibles que sous forme de solution en nuage public », avertit le communiqué de l’administration fédérale du 15 février 2023. L’utilisation d’un Cloud, ou nuage public, signifie que les données d’un fichier informatique sont conservées et traitées avec des serveurs rassemblés dans des centres de données et non plus uniquement sur l’ordinateur utilisé. Dans son communiqué, l’administration fédérale précise que « les utilisateur·ice·s auront en outre l’interdiction de sauvegarder des données sensibles et documents confidentiels dans le nuage de Microsoft » et admet qu’elle « dépend aujourd’hui des produits Office de Microsoft ».

    Les données de l’Unil sur le campus
    La Confédération a par ailleurs prolongé jusqu’en 2024 la phase de test de Microsoft 365, dans le cadre du projet CEBA (Cloud Enabling Büroautomation). Elle dit être en recherche d’alternatives, un message encourageant pour le délégué à la protection des données de l’Université de Lausanne Mikhael Salamin. Il explique : « Microsoft tient les organisations en situation de dépendance. Pour en sortir, un investissement conséquent par une alliance d’État est nécessaire, en repensant les outils de bureautique autour de la collaboration et de la protection des données, en y incluant les contraintes écologiques ». L’Unil utilise aujourd’hui Microsoft 365, dont le déploiement a commencé peu avant la pandémie de COVID-19 et s’est poursuivi par la suite. Juridiquement, l’Unil est soumise à la loi du canton de Vaud sur la protection des données personnelles, qui pose des exigences pour la sous-traitance et le transfert de données à l’étranger. Pour l’utilisation de Microsoft 365, lorsque les étudiant·e·s de l’Unil utilisent OneDrive ou SharePoint, les données sont transférées sur les serveurs de Microsoft sis à Zurich. Seules les données qui ont une valeur historique ou qui doivent être conservées légalement, comme un diplôme, sont archivées ; elles sont conservées dans les centres de données du campus lausannois.

    Des lois bientôt à jour
    Alors que la Confédération déploie Microsoft 365, la situation juridique en Suisse reste ambiguë, la plupart des lois censées régir l’utilisation des données et leur sous-traitance étant toujours en cours d’élaboration. Au niveau fédéral, la révision totale de la loi sur la protection des données n’entrera en vigueur que le premier septembre 2023. L’État de Vaud travaille encore sur une nouvelle loi, l’actuelle datant de 2008. Ces révisions permettront à la législation suisse d’être conforme au Règlement général de l’Union européenne sur la protection des données (RGPD). Contrairement à d’autres pays européens, la Suisse n’a toujours pas établi de jurisprudence ou fait de déclaration politique forte en la matière.

    la situation juridique en Suisse reste ambiguë

    Le ministre français de la Formation a en effet récemment interdit l’utilisation de Microsoft 365 dans l’administration et les établissements de formation de son pays. Les données étant hébergées par des serveurs d’une entreprise américaine, elles sont aussi soumises au CLOUD Act. Cette loi extraterritoriale permet aux autorités américaines d’accéder à des données personnelles dans des cas spécifiques, sans respecter les normes européennes de protection des données.

  • L’expérience de la chute libre

    L’expérience de la chute libre

    Rédigé par : Victor Tillmanns

    SPORT EXTRÊME • Le base-jump est un sport extrême où les pratiquant·e·s jouent avec les limites de la vie en sautant dans le vide muni d’un parachute à partir d’immeubles, d’antennes, de ponts ou de falaises. Pourquoi ces adeptes se confrontentils·elles à de tels risques ?

    Non, le·la base-jumper·euse n’est pas complètement fou·lle. Contrairement à ce que certain·e·s pourraient croire. Certes, il·elle prend des risques plus que considérables en sautant dans le vide avec comme seule sécurité son parachute. Mais ces adeptes sont expert·e·s du saut dans le vide. Il·elle·s ont effectué plusieurs centaines de sauts en parachute avant de s’élancer en base-jump. Mais pour quelles raisons cherchent-il·elle·s à flirter avec la mort ?

    Une maîtrise parfaite
    L’expérience du risque. Sauter dans le vide, c’est se confronter au danger en savourant l’instant présent, s’aventurer dans une situation où rien d’autre que l’expérience ne compte. C’est accepter le défi de la peur, la surmonter pour atteindre le sentiment d’adrénaline qui provoque au basejumper·euse une excitation indescriptible. C’est également la maîtrise de la situation qui les attire. La moindre erreur étant fatale, le·la base-jumper·euse se doit d’être concentré·e à chaque instant du saut, de dompter la crainte et le doute en misant sur ses compétences, son expérience et sur la maîtrise de son corps dans le vide. Parfaire, saut après saut, son habileté à voler dans l’air.

    Flirter avec la légalité
    Le danger est clair : à cette vitesse, le moindre écart est fatal. On estime une trentaine de décès annuels dûs à la pratique de ce sport. Le principal danger étant de se heurter à l’objet duquel on s’élance. En Suisse, la pratique du base-jump n’est pas réellement règlementée. Le·la sportif·ve est libre de ses actes, tant qu’il·elle ne met pas en péril la vie d’un·e autre, et n’empiète pas sur le terrain d’autrui.

    Le danger est clair : à cette vitesse, le moindre écart est fatal

    La discipline ne nécessite d’ailleurs pas de licence. Les avis divergent à Lauterbrunnen, station phare du base-jump en Suisse. La pratique de cette discipline ne passe en tout cas pas inaperçue dans la région de l’Oberland bernois. Une sensibilisation aux dangers du basejump ainsi qu’à la nécessité d’une maîtrise de l’expérience en chute libre semble nécessaire quant à la pratique de ce sport. La Suisse étant un pays où les politiques libérales prédominent et où la tendance est plutôt à la responsabilité individuelle, la question de la règlementation du base-jump est alors d’ordre politique.

  • Lunaire, le droit de l’espace

    Lunaire, le droit de l’espace

    Rédigé par : Marine Fankhauser

    JURIDICITÉ • Si l’espace extra-atmosphérique suscite aujourd’hui les convoitises de pays et également d’entreprises privées, la réglementation légale de ce territoire aux limites indéterminées reste encore très floue.

    Le 20 juillet 1969, deux hommes marchent sur la Lune, déclenchant un enthousiasme planétaire. C’est le début de la conquête spatiale. Très rapidement, une loi internationale est adoptée : il s’agit du Traité de l’espace de 1967, qui réglemente les activités extra-atmosphériques. Les buts énoncés en préambule sont clairs : il faut favoriser la coopération internationale, consolider les relations amicales entre les États et mettre en avant l’exploration et la recherche pacifiques.

    Ce traité ne pose aucune définition précise de l’espace

    Cependant, plus de 50 ans se sont écoulés depuis et ce Traité reste la seule réglementation majeure dans le domaine avec plus de 110 pays signataires – la Suisse y a pour sa part adhéré en 1969. Ce texte ne pose cependant aucune définition précise de ce qu’est véritablement l’espace et de quelles sont ses frontières.

    Une zone floue
    L’objet de débat repose sur la définition de l’altitude fixant le début de l’espace, soit la fin de l’atmosphère. Certains pays tels que l’Australie et le Danemark ont fixé la limite arbitraire de 100 km au-dessus du niveau de la mer. En 2018 cependant, des recherches menées par l’astrophysicien américain Jonathan McDowell montrent qu’il faudrait plutôt tabler sur 80km… Il y a là une véritable zone grise, et aucun État ne semble pressé de fixer sa limite. L’enjeu est de taille : en deçà de l’espace extra-atmosphérique se situe l’espace aérien où chaque droit national s’applique. Au-delà, dans l’espace, aucune réglementation étatique n’est valable. Il n’y a donc par exemple aucune responsabilité des pays en cas de collision de plusieurs satellites. Également, aucune autorisation n’est nécessaire pour entrer dans l’espace, au contraire de l’espace aérien d’un pays. Quelques chartes et codes de bonne conduite pour des groupes aérospatiaux privés ont vu le jour, notamment la charte de la Space Safety Coalition en 2019. Elle regroupe actuellement 34 signataires, dont Airbus et Virgin Orbits (une des sociétés du milliardaire Richard Branson).

    Il suffirait d’une seule entité récalcitrante pour réduire les effets de ces chartes à néant

    Le problème est qu’il suffirait d’une seule entité récalcitrante pour réduire les effets de ces chartes à néant… En Suisse, il n’y a aucune réglementation juridique en la matière. Le droit de l’espace reste donc très vague.