• Le racolage, bientôt derrière les écrans?

    Le racolage, bientôt derrière les écrans?

    PROSTITUTION – Avec l’utilisation des outils numériques, le travail du sexe change considérablement. Rencontre avec l’association Fleur de Pavé, présente sur le terrain pour aider les travailleur·euse·s du sexe.

    6’000. C’est le nombre de travailleur·euse·s du sexe en Suisse, selon une estimation tirée d’une étude menée par l’Office fédéral de la police (Fedpol) en 2023. La plupart d’entre eux·elles sont issu·e·s de la migration et sont arrivé·e·s en Suisse en étant dans une situation des plus précaires. Pourtant qui dit précarité ne veut pas nécessairement dire fatalité. C’est le crédo de l’association lausannoise Fleur de Pavé. Si certains individus pratiquent cette activité par nécessité économique, d’autres ont décidé d’en faire un métier à part entière. C’est ainsi que la prostitution se déploie désormais sous différentes formes. «Il n’est plus possible de parler seulement de prostitution de rue», déclare Silvia Pongelli, directrice de Fleur de Pavé.

     «Il n’est plus possible de parler seulement de prostitution de rue»

    Silvia Pongelli, directrice de Fleur de pavé

    Une activité comme les autres

    L’association est née en 1996. Presque entièrement subventionnée par les pouvoirs publics, elle est composée d’un comité de six membres et d’une dizaine d’intervenantes sociales. L’équipe se relaie 5j/7j, pour garantir une présence au bureau sur le terrain ou encore au sein des salons. «La mission principale de Fleur de Pavé est d’accueillir, soutenir et accompagner toutes les personnes qui à un moment donné décident de pratiquer la prostitution.», commente la responsable. Il y a aussi tout un suivi de réduction des risques liés à cette activité tout comme de la prévention liée à la consommation de substances. Les services proposés par Fleur de Pavé sont nombreux. En partant des visites nocturnes avec un camping-car qui stationne dans le périmètre concerné jusqu’aux permanences de bureau (suivis administratifs entre autres) sur rendez-vous en passant par les visites de salons, l’équipe intervient sur tous les fronts. Fleur de Pavé est présente dans tout le canton de Vaud, bien que sa présence se concentre surtout à Lausanne, ville qui a légiféré sur la prostitution de rue en imposant un périmètre et des horaires bien définis. La particularité chez Fleur de Pavé c’est que «la prostitution est considérée comme une activité économique réglementée pour autant que la personne qui l’exerce soit âgée d’au moins 18 ans et qu’elle exerce de manière indépendante sans aucune forme de pression», explique Silvia Pongelli. Cela signifie que ces individus ont un statut d’indépendant et peuvent pratiquer ce métier pour autant qu’ils ont un permis de séjour valable. Concernant la fixation des tarifs, l’association n’en est pas en charge. Néanmoins, elle peut intervenir pour aider à une certaine prise de conscience. Certaines prostituées n’ont peu, voire pas du tout conscience du système suisse ou encore du coût de la vie comme l’explique la responsable. Pour celles qui démarrent l’activité, l’association donne une fourchette de prix et peut les conseiller. Il est expliqué aux prostituées que le client n’a pas à imposer un prix de lui-même c’est à elles-mêmes d’avoir ce droit et cette liberté de demander le tarif comme bon leur semble.

    Changement dans la pratique

    Fleur de Pavé défend aussi les droits des prostituées. L’association est donc chargée, en collaboration avec d’autres réseaux, de faciliter l’accès à des services juridiques, médicaux ou encore sociaux selon les besoins. La pratique s’est néanmoins bien transformée avec les années. À ses débuts dans l’association, vers 2010, Silvia Pongelli se souvient d’avoir vu près de 80 personnes dans la rue en moyenne chaque soir. La cause principale de cette évolution ne tient pas seulement à la pandémie de Covid-19 comme beaucoup pourraient le croire. Au contraire, la prostitution de rue reste toujours quelque chose de stigmatisée et de mal perçue et cela s’est accentué ces dix dernières années. Les travaux d’urbanisation lausannois au sein du quartier de Sévelin accentuent d’autant plus la visibilité publique de cette population qui se doit de cohabiter avec les nouveaux·elle·s habitant·e·s.

    La technologie s’invite dans les relations intimes

    Une nouvelle tendance se dessine aussi, celle du sex cam, autrement dit des relations sexuelles derrière un écran. En 2018, est née Callmetoplay.ch une plateforme d’annonces érotiques, d’information et de prévention grâce à une collaboration avec l’association Aspasie de Genève et l’association Fleur de pavé. La plateforme aide les personnes qui ne travaillent ni en rue ni dans des salons. Elle fournit des informations liées à la prévention et à la promotion de la santé. «La nouvelle réalité adapte nos pratiques et champs d ’ action, pour s’aligner aux besoins» détaille la directrice.

    «Il a fallu qu’on adapte nos pratiques et champs d’action»

    Silvia Pongelli, directrice de Fleur de pavé

    Et devrait-on se soucier de la place croissante que l’IA prend dans notre quotidien? Va-t-elle peut-être un jour aussi remplacer ce travail de service à la personne?

    Jessica Vicente

  • Dans le brouillard

    Dans le brouillard

    Photo : ©Killian Rigaux – Le nouveau centre de données utilisé par l’Unil et l’EPFL, inauguré en 2022, qui s’ajoute aux trois autres centres préexistants de l’Unil (1977, 2004 et 2013)

    Rédigé par : Killian Rigaux

    UNIL • Les méthodes de stockage et de traitement des données personnelles sont chamboulées par l’arrivée des services Cl, notamment Microsoft 365. Si cette architecture est aussi avantageuse en matière de cybersécurité, la perte du contrôle des données personnelles inquiète.

    Depuis l’apparition de la version Microsoft 365, désignée successeur de Microsoft Office 2019, le choix de l’utilisation de Word pour l’écriture d’un poème, d’Excel pour la gestion de sa comptabilité ou de Powerpoint pour la préparation d’une présentation a changé d’implications. L’Université de Lausanne et la Confédération se sont tournées vers Microsoft 365, après que la multinationale a annoncé qu’elle cesserait de prendre en charge les produits Office à l’horizon 2026.

    « Microsoft tient les organisations en situation de dépendance »

    « Ce n’est pas un changement habituel, étant donné que les nouveaux produits ne seront disponibles que sous forme de solution en nuage public », avertit le communiqué de l’administration fédérale du 15 février 2023. L’utilisation d’un Cloud, ou nuage public, signifie que les données d’un fichier informatique sont conservées et traitées avec des serveurs rassemblés dans des centres de données et non plus uniquement sur l’ordinateur utilisé. Dans son communiqué, l’administration fédérale précise que « les utilisateur·ice·s auront en outre l’interdiction de sauvegarder des données sensibles et documents confidentiels dans le nuage de Microsoft » et admet qu’elle « dépend aujourd’hui des produits Office de Microsoft ».

    Les données de l’Unil sur le campus
    La Confédération a par ailleurs prolongé jusqu’en 2024 la phase de test de Microsoft 365, dans le cadre du projet CEBA (Cloud Enabling Büroautomation). Elle dit être en recherche d’alternatives, un message encourageant pour le délégué à la protection des données de l’Université de Lausanne Mikhael Salamin. Il explique : « Microsoft tient les organisations en situation de dépendance. Pour en sortir, un investissement conséquent par une alliance d’État est nécessaire, en repensant les outils de bureautique autour de la collaboration et de la protection des données, en y incluant les contraintes écologiques ». L’Unil utilise aujourd’hui Microsoft 365, dont le déploiement a commencé peu avant la pandémie de COVID-19 et s’est poursuivi par la suite. Juridiquement, l’Unil est soumise à la loi du canton de Vaud sur la protection des données personnelles, qui pose des exigences pour la sous-traitance et le transfert de données à l’étranger. Pour l’utilisation de Microsoft 365, lorsque les étudiant·e·s de l’Unil utilisent OneDrive ou SharePoint, les données sont transférées sur les serveurs de Microsoft sis à Zurich. Seules les données qui ont une valeur historique ou qui doivent être conservées légalement, comme un diplôme, sont archivées ; elles sont conservées dans les centres de données du campus lausannois.

    Des lois bientôt à jour
    Alors que la Confédération déploie Microsoft 365, la situation juridique en Suisse reste ambiguë, la plupart des lois censées régir l’utilisation des données et leur sous-traitance étant toujours en cours d’élaboration. Au niveau fédéral, la révision totale de la loi sur la protection des données n’entrera en vigueur que le premier septembre 2023. L’État de Vaud travaille encore sur une nouvelle loi, l’actuelle datant de 2008. Ces révisions permettront à la législation suisse d’être conforme au Règlement général de l’Union européenne sur la protection des données (RGPD). Contrairement à d’autres pays européens, la Suisse n’a toujours pas établi de jurisprudence ou fait de déclaration politique forte en la matière.

    la situation juridique en Suisse reste ambiguë

    Le ministre français de la Formation a en effet récemment interdit l’utilisation de Microsoft 365 dans l’administration et les établissements de formation de son pays. Les données étant hébergées par des serveurs d’une entreprise américaine, elles sont aussi soumises au CLOUD Act. Cette loi extraterritoriale permet aux autorités américaines d’accéder à des données personnelles dans des cas spécifiques, sans respecter les normes européennes de protection des données.

  • Pour l’Amour du Grain

    Pour l’Amour du Grain

    Photo : ©Gabriel Delarageaz @delarageaz

    Rédigé par : Patrick Hirling

    PHOTOGRAPHIE • Tandis que la qualité des capteurs numériques ne cesse de s’améliorer et que même les smartphones rivalisent avec un appareil photo d’entrée de gamme, on assiste aujourd’hui à une renaissance de la photographie argentique, autant auprès de passionné·e·s qu’auprès du grand public.

    La révolution digitale a affranchi nombre de formes d’art de leur dépendance d’un support matériel. Autrefois, chaque photographie existait comme négatif sur une pellicule, donc comme objet matériel qui implique un coût et nécessite un certain nombre de traitements. À l’inverse, une photo digitale est presque instantanée, n’a pas de coût réel et ne prend pas de place physique. Si l’on ajoute à cela que les capteurs numériques sont en principe capable d’égaler leurs ancêtres analogiques en termes purement techniques, il est surprenant que, tout comme les disques refont surface en musique, la pellicule et son grain semblent séduire une génération habituée à l’instantané.

    Plus que de la simple nostalgie ?
    Le phénomène n’est pas complètement récent. Depuis les années 2010, l’esthétique du film connaît un retour à la mode considérable. Il suffit de penser aux premiers filtres Instagram comme Nashville et Hudson ou aux applications simulant des imperfections et du grain comme Retrica. Vient ensuite la renaissance des polaroids avec les produits Instax de Fujifilm, puis des appareils dits « jetables » qui portent en eux une vraie pellicule 35mm. En parallèle, dans des milieux artistiques et en particulier dans la photographie de mode, l’argentique a su garder encore longtemps une place importante, considérée par beaucoup comme ayant des qualités visuelles propres et un savoir-faire associé méritant d’être conservés.

    « L’argentique m’a permis de donner de la valeur à la photo que je vais prendre avant même de l’avoir prise »

    « J’ai découvert la photo argentique autour de 2015, quand elle était presque à son point le plus bas », nous dit Gabriel Delarageaz, photographe de formation. « Si j’ai le choix, je fais de l’argentique simplement parce que j’aime le rendu. J’aime les couleurs, la plage dynamique, la définition, et tout ça même sans faire beaucoup de retouches » dit-il, bien qu’admettant qu’« en ce moment, je suis plus sur le numérique, mais honnêtement c’est juste le coût. Si l’argentique était plus abordable, j’en ferais plus, c’est certain ».

    Le poids de l’image
    Outre les qualités esthétiques de l’argentique, c’est peut-être justement dans les limitations qu’elle impose que se trouve une partie de son intérêt aujourd’hui. « L’argentique m’a permis de développer un sens en photographie où je donne vraiment de la valeur à la photo que je vais prendre avant même de l’avoir prise, et donc je prends pas en photo n’importe quoi. » Habitude imposée par le coût donc, mais qui se préser ve même lorsqu’on retourne vers les outils d’aujourd’hui. « Des fois ça m’arrive, même en digital, de porter mon appareil à mon œil et me dire « ah c’est pas si intéressant que ça » et de ne pas prendre la photo, même si rien ne m’en empêche ». En plus du coût, le processus argentique se différencie du digital en imposant une étape supplémentaire entre la prise de vue et la création d’une image : le développement.

    Une gratification différée
    Cette impossibilité devoir immédiatement le résultat oblige un apprentissage des aspects techniques de la photographie (gestion de la lumière, du cadre, du flou) qui est facile à négliger, surtout en tant qu’amateur·ice, lorsqu’on peut simplement essayer et refaire en numérique. Le développement consiste en deux étapes : d’abord, la pellicule est, dans l’obscurité totale, soumise à un traitement chimique qui fait apparaître en négatif les images que l’on a prises. Ensuite, ces négatifs sont soit scannés, soit reproduits sur du papier photographique. Cette reproduction, largement automatique et en partie numérique pour les pellicules couleur, est un procédé souvent entièrement manuel pour le noir et blanc et se passe en chambre noire, à la lumière rouge.

    L’esthétique du film connaît un retour à la mode considérable.

    Elle constitue pour nombre de photographes une grande partie du plaisir qu’il·elle·s ont à faire de l’argentique. Gabriel Delarageaz, qui a travaillé dans un laboratoire qui proposait ce genre de tirages à ses client·e·s, se souvient avec joie de cet aspect-là de son travail. « Même si on le faisait très rarement pour des clients, car c’était cher, les jours de congé je le faisais pour moi, j’en ai fait pleins, pas autant que j’aurais voulu ! »

    Photo : © Patrick Hirling

    Il est bon à savoir, pour les lecteur·ice·s intéressé·e·s par la photographie en noir et blanc, que développer ses photos soi-même est une pratique relativement accessible, du moins l’étape de développement des pellicules, et qu’il existe un grand nombre de ressources sur internet à ce sujet. De plus, le club photo de l’EPFL propose des formations et met à disposition de ses membres un laboratoire équipé. Pourquoi donc la photographie argentique séduit-elle toujours? D’un côté, elle permet de créer des images dont l’apparence a aujourd’hui acquis quelque chose d’intemporel et dont certaines qualités visuelles sont difficiles à imiter. D’un autre, la lenteur et le coût du processus qui mène de l’appui sur le déclencheur à la naissance d’une image lui confèrent une unicité et rendent compte de façon sensible que pouvoir capturer et préserver un instant, devenu presque une évidence, a bien encore quelque chose de miraculeux.

  • L’IA au service de l’éducation

    L’IA au service de l’éducation

    Photo : ©Christian Blanvillain

    Propos recueillis par : Karen Ruffieux

    ÉDUCATION • Christian Blanvillain, spécialiste dans le domaine de l’informatique et de l’enseignement, nous donne son avis sur l’arrivée des intelligences artificielles dans le milieu scolaire.

    Pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?

    J’ai 54 ans. J’ai programmé pendant plus de trente ans avant de commencer à enseigner l’informatique il y a dix ans. Depuis trois ans, je forme des enseignants à la didactique de l’informatique à la HEP Vaud. Je suis partisan d’une éducation qui remet le sens des savoirs et le goût d’apprendre au cœur des apprentissages. Je fais actuellement une thèse en didactique de l’informatique sur la question du développement de l’intelligence des élèves, pour les aider à apprendre à penser les algorithmes. J’aimerais créer une école du dimanche, plus proche de la nature et des besoins fondamentaux, centrée sur le développement personnel des enfants et sur la croissance de leur intelligence.

    Pour vous, qu’est-ce que l’intelligence artificielle ?

    C’est un sujet qui me passionne depuis que j’ai écrit mon premier programme à 11 ans pour jouer au morpion sur un ZX81 [un ordinateur] avec une extension de mémoire de 16 kilo-octets, c’est à dire 0,000016 giga-octets. Encore aujourd’hui, je réfléchis à concevoir un algorithme capable de faire penser la machine. J’ai trouvé dans les années 90 des idées intéressantes. J’ai publié une première partie de ces idées en 2011 dans mon mémoire de master à l’EPFL. J’ai souhaité devenir enseignant pour mieux comprendre les processus cognitifs mobilisés dans l’acte d’apprentissage chez un être humain, de manière à pouvoir éventuellement les transcrire en algorithme au sein d’une machine. Il me tarde d’être à la retraite pour pouvoir coder et expérimenter la suite de ces idées, en me basant sur les IA qui seront alors disponibles, si j’en suis toujours intellectuellement capable d’ici-là.

    Dans certaines universités, Chat GPT a été interdit, qu’en pensez-vous ?

    C’est une réaction normale, que j’ai pu constater dans mes cercles de connaissance, des enseignants informaticiens ou des formateurs d’enseignants informaticiens. Il y a une phase de déni, suivi par une phase de remise en question puis d’acceptation. J’ai moi-même suivi ce processus pendant quelques jours à l’été 2021, au vu des performances d’une autre IA capable de générer du code sur la base d’un énoncé textuel, lorsque je me suis demandé si avec un tel outil il était toujours utile d’enseigner la programmation à l’école. La réponse est oui, mais pas de la même manière, et c’est ça qui est important. S’il y a bien une chose que j’ai apprise en tant qu’informaticien, c’est qu’il est nécessaire de constamment se remettre en question pour pouvoir rester à la page. C’est un état d’esprit moins courant dans le monde de l’éducation, qui a plus d’inertie. Pour moi, l’intelligence artificielle comme outil pour apprendre fait déjà partie des acquis avec lesquels il est nécessaire de composer. Certains ont juste besoin de plus de temps que d’autres pour le comprendre et l’accepter. La bonne question qu’une institution doit se poser est : quels sont les savoirs que l’on souhaite développer pour préparer les élèves à affronter les défis du monde de demain ? Il y a beaucoup de belles choses à enseigner aux enfants pour lesquelles l’intelligence artificielle n’est pas encore performante. Abandonner des pratiques et l’enseignement de savoirs devenus subitement obsolètes ouvre la porte à l’enseignement de compétences plus intéressantes et plus humaines, en délivrant les élèves d’un travail qu’une machine sait maintenant faire.

    Actuellement, quels sont les bons usages de l’IA dans l’éducation ?

    Je pense que les enseignants continueront d’utiliser dans leurs cours des exercices que ChatGPT est capable de résoudre et de corriger et qu’ils enrichiront leurs cours en ajoutant de nouveaux exercices plus intéressants, pour lesquels il faut utiliser ChatGPT pour réaliser des tâches devenues plus complexes. Pour moi, un bon usage de l’IA dans l’éducation est un usage qui aide les élèves, les enseignants et l’école à atteindre les objectifs que l’on se donne, à savoir instruire tous les enfants et les préparer au monde de demain. Dans cette optique, quelles sont les bonnes pratiques scolaires pour l’éducation de nos enfants ? Quel rôle l’école doit-elle jouer pour leur développement personnel ? Une fois que l’on est d’accord sur ces questions fondamentales, l’IA est juste un outil qui vient rendre service lorsque l’on a besoin de lui. Donc il y a des moments où l’on doit apprendre à faire ce que fait l’outil et dans ces moments-là, il peut servir à aider les élèves à apprendre, à vérifier que ce qu’ils ont appris est juste. Puis il y a des moments où les élèves doivent apprendre à faire des choses avec l’outil. J’utilise délibérément le mot “outil”, car l’IA telle qu’on la connait aujourd’hui n’est rien d’autre qu’un outil numérique, comme une calculatrice mais en plus puissant. Il y a toujours de bons usages de ces outils dans l’éducation et des moments où au contraire, il ne faut pas les utiliser, car on considère qu’il est important de savoir faire sans eux. Par contre, ne jamais utiliser l’outil en classe et donc ne pas apprendre à s’en servir, ne pas connaître ses points forts, ses faiblesses et ses dangers me semble être totalement absurde. Du moment qu’un outil existe, il faut apprendre à le maîtriser, tout comme la science informatique qui aurait déjà dû être incluse dans les plans d’étude il y a fort longtemps. On voit qu’il faut du temps pour que les gens non-initiés comprennent l’importance de certaines technologies. Ce sera certainement pareil pour les intelligences artificielles.

    Mais pour revenir à votre question des bons usages de l’IA en général, c’est difficile à dire. Chaque enseignant devra prendre sur son temps de libre pour jouer avec ChatGPT, pour apprendre à s’en servir, comprendre ses extraordinaires possibilités et ses surprenantes limites, de manière à pouvoir répondre à votre question dans son domaine spécifique d’enseignement. Le premier bon usage qui me vient à l’esprit est d’inviter tous les élèves à questionner ChatGPT pour les aider à résoudre les différents projets et exercices sur lesquels ils travaillent, puis de partager avec le reste de la classe leurs découvertes et leurs apprentissages en termes d’interactions avec l’IA. Comment bien formuler sa demande pour obtenir ce que l’on cherche ? Comment trouver des sources fiables pour vérifier qu’une information est correcte ? Comment est-ce que l’IA va pouvoir les aider à construire leur réflexion ? Quelles sont les choses que l’IA fait bien et qu’il n’est plus nécessaire de faire à la main ? Comment cela va-t-il changer notre quotidien, nos vies, nos emplois ? Quels vont-être les impacts sociaux et économiques de l’arrivée de tels outils ?

    Dans mon domaine, ce que je trouve absolument génial est de pouvoir demander à l’IA d’écrire du code. C’est vraiment cool ! Il est important de savoir quoi demander pour générer les jeux de tests qui couvrent tous les cas auxquels on pense, par exemple. Mais cela ne veut pas dire que les élèves ne doivent plus apprendre à coder. Comme je le disais juste avant, il a un moment pour tout, et il serait absurde d’interdire un outil qui rend service. Pour moi, intégrer les IA (je dis les, car il a aussi CoPilot depuis 2021 qui est vraiment bien pour la génération de code, et AlphaCode qui va bientôt arriver), donc pour moi, intégrer les IA est fondamental pour l’enseignement de la science informatique et en particulier pour l’enseignement de la programmation. Cela va permettre aux élèves de développer des projets beaucoup plus motivants !

    Et dans l’avenir, voyez-vous un avantage à l’usage des IA pour les enseignant·e·s et les étudiant·e·s ?

    Je n’ai pas encore pu jouer assez avec ChatGPT pour pouvoir dire que je maîtrise ce qu’il est possible de faire avec, bien que je l’utilise presque tous les jours depuis décembre. J’ai pu constater que cette IA ne comprend rien du tout à ce qu’elle écrit (ce qui est parfois marrant), qu’elle n’est pas capable de réfléchir sur un problème donné et surtout qu’on doit lui demander de nous poser des questions si l’on souhaite qu’elle en formule, ce qui prouve qu’elle est encore très limitée pour le moment. Il y dix jours elle était encore nulle en calcul, je n’ai pas retesté ses capacités en mathématiques depuis la dernière mise à jour fin janvier. Toutes ces limitations vont certainement disparaître avec les années et avec l’arrivée d’autres intelligences artificielles. Mais malgré ces limites, je vois déjà beaucoup d’avantages dans le présent ! Alors dans l’avenir, lorsque ces limitations seront levées, les IA pourront certainement aider les élèves autant que ce que font les enseignants aujourd’hui. Les enseignants auront alors plus de temps en classe pour s’occuper des élèves ayant des problèmes que l’IA ne saura pas gérer. Je pense par exemple à l’identification des difficultés personnelles et cognitives d’un élève, pour lui donner des conseils et des stratégies de remédiation personnalisées. Et peut-être qu’un jour une IA spécialisée dans ce domaine pourra faire ça aussi. Les enseignants deviendront alors des guides spirituels, mentors d’un épanouissement de l’élève à la recherche de sa joie de vivre, de sa raison d’être, pour qu’il puisse évoluer dans une société qui je l’espère sera plus vertueuse et plus respectueuse de l’environnement que la société actuelle ?

    Finalement, est-ce que le métier d’enseignant·e va être modifié, voire remplacé ?

    Être modifié, oui, c’est sûr, c’est déjà le cas en informatique ! Comme tous les métiers, l’enseignement va changer, s’adapter, comme cela a déjà été fait avec l’arrivée du numérique en classe. J’espère que le métier d’enseignant va pouvoir se recentrer sur ce que je considère être essentiel, à savoir la didactisation des savoirs, l’aide aux stratégies cognitives, l’enrichissement instrumental des élèves en difficulté, le développement des forces et du pouvoir d’agir des élèves. Être remplacé, par contre, ça m’étonnerait beaucoup. Mais peut-être… qui sait ? En tout cas pas à court terme, c’est sûr, car la dimension affective a une place centrale dans l’apprentissage et je ne crois pas que je verrais de mon vivant une machine capable d’émotions et d’empathie.

    Avez-vous vu le film « Her » [un film de science-fiction] ? J’ai amené mes élèves le voir au cinéma lorsqu’il est sorti il y a dix ans. C’est peut-être ça notre futur ? L’IA devenant notre guide, notre confidente, en nous conseillant sur les savoirs à apprendre au moment où l’on en aura vraiment besoin. « L’école » prendra une autre forme et durera alors probablement toute notre vie sous la forme d’un apprentissage sur mesure, individualisé, adapté à nos forces, nos désirs, nos passions. 

    Vous savez, j’ai la chance d’être un heureux grand-père depuis un an et demi. C’est pour elle [ma petite fille] que je souhaite créer cette école du dimanche. Malgré mon appétence pour les nouvelles technologies, je ne me sens pas du tout prêt psychologiquement à déléguer à une machine la tâche d’éduquer ma petite-fille. Et même si c’était possible, je n’en ai nullement envie !

  • Le couple face au monde numérique

    Le couple face au monde numérique

    Rédigé par : Lucie Ostorero

    COMMUNICATION • Aujourd’hui, il est possible d’avoir accès à Internet depuis n’importe quel endroit, à tout moment : nous vivons dans une société hyperconnectée. Ce phénomène impacte considérablement le quotidien et les relations sociales de chacun·e.  Quels sont les effets de cette connexion constante sur les relations amoureuses ? 

    Selon une étude menée en 2020 par la Haute école de Zurich, les jeunes passent en moyenne 5 heures par jour sur leur téléphone. En Suisse, le taux d’utilisation d’Internet a augmenté de manière considérable : en 1997, seulement 7% des personnes âgées de 14 ans et plus disaient utiliser Internet plusieurs fois par semaine. En 2020, selon les données de l’Office fédéral de la statistique (OFS) ce taux est monté à 89%. Ces chiffres montrent bien le phénomène d’hyperconnectivité, provenant de la multiplication et la généralisation d’accès aux technologies de l’information et de la communication (TIC). Ces outils font partie intégrante de notre quotidien, chacun·e ayant accès à Internet et à autrui dans sa poche. L’hyperconnexion ou hyperconnectivité transforme inévitablement la manière dont les individus communiquent et plus généralement les relations sociales.

    Des tensions dans le couple ?

    L’arrivée des TIC dans la sphère privée a transformé les échanges entre individus ; en effet, l’accès au monde « extérieur » est facilité par ces outils technologiques. Sophie Demonceaux, maître de conférence à l’université de Bourgogne, souligne que ce phénomène a pour conséquence de renforcer d’individualisation dans la société mais également dans le couple. Selon elle, il y a une « augmentation de l’autonomie des partenaires sur le plan communicationnel ». La communication au sein du couple diminue et celle-ci est remplacée par les activités sur Internet.

    Etant chronophages, les activités numériques sont souvent la source de conflits dans les couples

    Selon certains chercheurs en sciences sociales tels que François de Singly et Erving Goffman, les activités communes semblent être indispensables pour le bon fonctionnement de la relation amoureuses, cependant ces moments privilégiés à deux sont mis à mal par les usages que certaines personnes font des TIC. Par exemple, lorsque le téléphone vibre durant un échange verbal du couple, ils coupent court à la discussion – la notification prend le dessus sur la conversation. Etant chronophages, les activités numériques sont souvent la source de conflits dans les couples. Des phénomènes comme la cyberfouille – consistant à regarder le téléphone de son·sa partenaire sans son accord -sont les résultats de cette hyperconnectivité : il y a une méfiance de l’autre, car il est impossible de savoir exactement ce qu’il·elle fait sur son appareil.

    De nouvelles formes de communication

    Malgré le discours pessimiste de certain chercheur·euse·s quant aux effets de l’hyperconnectivité sur la communication dans le couple, les TIC apportent également des nouvelles manières d’être ensemble. Les spécialistes montrent que :  «[…] l’individu construit son identité tant dans ses relations familiales que dans ses relations à l’extérieur du foyer.» Les TIC peuvent, de ce fait, être un bon moyen de cultiver cet épanouissement personnel. En plus d’accentuer le bien-être de chacun·e au niveau individuel, ces types d’activités peuvent également être partagées entre les partenaires et il existe alors la possibilité de créer des nouveaux liens avec l’autre. Les technologies d’information et de communication permettent également au couple de maintenir un lien rapide et efficace lorsqu’il est séparé.

    les TIC apportent également des nouvelles manières d’être ensemble

    A travers les messages, les appels téléphoniques et autres moyens de communication, la paire garde une certaine continuité dans leurs échanges. Cependant, il ne faut pas oublier que cette connexion constante peut parfois donner l’impression de ne plus avoir de sujets de discussion lorsque le couple est réuni physiquement.

  • Me, Myself, You and I

    Me, Myself, You and I

    TECHNOLOGIES • GAFA, quatre lettres qui retentissent à travers le monde comme le symbole du millénaire nouveau aux centaines d’amis à portée d’un clic et aux discussions à toute heure. Alors qu’une rencontre peut avoir lieu depuis le confort de son salon, les réseaux sociaux semblent avoir propulsé le rapport à l’autre dans une nouvelle dimension. Est-ce véritablement celle du réel et intense relationnel ?

    Ultime recours à la solitude d’un instant, parades aux œillades de l’avanie: les nouvelles technologies ainsi que leurs dérives se sont imposées comme rouage essentiel à la passionnante complexité de notre comportement en société. Distant souvenir pour certain·e·s, amère dystopie pour d’autres, l’absence de ces dernières fut, néanmoins, bien réelle pour de nombreuses générations où pouvoir constamment être en contact avec le monde extérieur était relégué au rang des frivolités de la pensée. Aujourd’hui, alors que nous entrons dans une nouvelle décennie, la question de leurs impacts sur nos relations se pose. Nombreux·ses penseur·euse·s, écrivain·e·s et artistes se sont prononcé·e·s sur l’omniprésence de la technologie; France Gall évoque un monde où «les gens parlent trop», un monde dénudé de mystère avec «de moins en moins de rêves». Albert Einstein affirme que cette dernière a «dépassé notre humanité». L’écrivain et voyageur Sylvain Tesson déplore une mutation digitale qui «n’entretient pas le charme, la beauté, le mystère, l’intensité et la profondeur de la vie». Baroud d’honneur d’une élite surannée ou véritable prise de conscience?

    Un mariage moderne

    Le XXIe siècle incarne l’ère où caprices créateurs, travail et névroses l’ont emporté sur d’innombrables heures passées reclus dans son garage ou sa chambre de jeune étudiant à Harvard. En effet, dévouement et sueur sont à l’origine de quelques inventions qui bousculèrent nos manières de rentrer en contact avec les autres. Facebook, Twitter, Instagram, WhatsApp, ou encore l’iPhone sont devenus en peu temps des outils (presque) incontournables pour construire et faire vivre nos rencontres, nos amitiés, nos passions. L’opportunité inouïe de partages, d’expressions et de socialisations est indéniable. Jadis impitoyable Némésis d’un rapport entre deux personnes, la distance n’est désormais plus cet infranchissable rempart à la vigueur dans une relation. Cependant, cette considérable digitalisation de nos contacts se poursuit parfois jusqu’au mépris des émotions, jusqu’au mépris de l’ineffable ressenti d’un instant partagé. L’immense avancée technologique est-elle suffisante pour répondre à notre irréfragable besoin de chaleur humaine? Alors qu’elle nous amène à filmer un concert plutôt que de le vivre, à commander plutôt que de se déplacer, à s’écrire plutôt que de se voir, nous ne pouvons nier que la technologie nous retire une partie de la riche texture des rapports humains. Pour Sylvain Tesson: «Ces phénomènes déclarent la guerre au mystère, à l’imprévu, à ce qui fait la substance de la vie.»

    Omniprésence des smartphones: photographie prise au Guggenheim Museum par Thibaud Darré à New York.

    Esclave ou acolyte?

    L’intime lien que l’Homme a forgé avec le numérique semble évoluer dans les eaux troubles du progrès où l’harmonieux peut vite se retrouver submergé par le diktat du superficiel. En effet, l’efflorescence des nombreux réseaux sociaux a plongé notre génération dans la constante mise en scène où l’on cherche à défier la morosité du quotidien. De cette mise en scène découle une certaine forme d’hypocrisie, la réalité se perd au profit de ce que l’on cherche à montrer à nos centaines d’amis. On est à l’affût du moindre like, du moindre commentaire dans l’espoir d’être approuvé·e par le grand œil esthète de l’ultra médiatisé. On se complaît dans la construction de notre identité numérique, jusqu’à croire que nos followers ne pourront se passer d’un cliché de notre plat de tagliatelles. La beauté des réseaux sociaux réside peut-être dans cette ambiguïté: un repli sur soi pour mieux plaire aux autres. Est-ce le résultat d’un asservissement au superflu? Pas forcément car nul ne peut nier que l’on cherche à plaire aux gens qu’on aime. Toutefois, les réseaux sociaux ont apporté une profonde pluralité à ce désir, nous menant parfois à perdre de vue l’essentiel.

    L’émotion à l’ère du digital

    Lancée sur les rails du technicisme, notre société se retrouve en constante mutation où l’immuable d’aujourd’hui devient l’éphémère de demain. Propre de l’Homme, ce dernier s’adapte, évolue mais plus que jamais il est crucial de préserver ce qui le rend Homme: l’émotion. Émotions qui se retrouvent quelquefois remplacées par cette nouvelle légèreté que nous apportent les technologies au quotidien. Il ne s’agit pas de se hisser sur la tour d’ivoire du technophobe et refuser l’inévitable mais de préserver un rapport à l’autre qui ne perd pas son sens, son souffle. Il s’agit de regarder en face plutôt que de bondir sur la première notification. Il s’agit de savoir quand l’intensité de l’instant présent l’emporte sur la soif d’alimenter son profil. Il s’agit de protéger le naturel et tempérer le superflu. Il s’agit de comprendre qu’un regard vaut mille mots. •

    Lancelot Bédat

    Réflexions: Les Relations au XXIe siècle

    De Benjamin Soulié, étudiant en 2ème à HEC Lausanne

    1. Qu’est-ce qui pour toi insuffle à une relation son intensité ? sa véracité ?
      C’est une question difficile car c’est terriblement subjectif. Chaque relation a son côté unique, cette intensité, cette véracité dont il est question l’est donc aussi. Selon moi c’est plus un désir puissant, une sorte d’envie intarissable de découvrir l’autre. Cette intensité émane du fait qu’on n’est jamais totalement rassasié, on en veut toujours plus. Personne ne peut prétendre connaître une personne comme le fond de sa poche et cela rend justement la relation d’autant plus forte : une part de mystère, d’inconnu.
    2. Comment décrirais-tu l’impact des réseaux sociaux sur tes relations avec les autres ?
      A nouveau c’est une question qui appelle à la nuance, j’ai beaucoup plus tendance à parler à ma grand-mère depuis qu’elle s’est mise sur les réseaux sociaux, par exemple. Au même titre que j’ai déjà été témoin de couples qui ne pouvaient pas passer une journée sans savoir si l’autre avait bien dormi, ou ce qu’il avait mangé. Dans le sens où on avait l’impression que tout ce temps passé derrière un écran menait à une perte de la profondeur dans nos rapports. A ce stade-là, je pense effectivement que c’est malsain. Donc il faut différencier le type de relation, car pour chacune d’entre elles il y a des aspects positifs et négatifs. Comme dans beaucoup de domaines, il faut savoir faire la part des choses ; avoir un contact régulier permet d’avoir une stabilité mais par contre cela peut enlever cet aspect authentique.
    3. Sommes-nous plus « connectés » que jamais ?
      Oui et je ne peux m’empêcher de penser notamment à des spirales infernales comme Instagram qui à travers les likes crée une sorte d’addiction qui rend certains utilisateurs totalement dépendants. La « insta fame » , tant désirée et convoitée par la plupart des jeunes, qui consistent à publier et partager me fait effectivement penser qu’on est plus connecté que jamais.
    4. Le Journaliste du New York Times Thomas Friedman dit que nous passons « 51% de notre temps en ligne ». Qu’est-ce que t’évoque ce chiffre ?
      C’est tout sauf étonnant, je suis personnellement amené à prendre souvent les transports en commun et quand je vois des gens qui passent leur trajet sans lever les yeux, cela fait réfléchir sur l’état des gens qui composent notre société. Cette dépendance amène avec elle un cruel manque de curiosité chez les plus jeunes. Selon moi ce sont ces « after 2000 » qui sont les plus préoccupants. Ce qui est d’autant plus inquiétant, c’est qu’on normalise totalement le fait qu’un enfant puisse passer un après-midi derrière l’écran. Il s’agit donc de la responsabilité des parents d’agir en posant des limites pour le bien de leurs enfants et celui de la société.
    5. L’écrivain Sylvain Tesson dit des nouvelles technologies qu’ « elles n’entretiennent pas la beauté des relations humaines ». Qu’en penses-tu ?
      La facilité liée à la communication banalise les rapports d’échanges entre humains. Il y a 50 ans encore , n’y avait-il rien de plus beau qu’un jeune homme qui essayait de conquérir le coeur d’une femme sans passer par une story insta? Ou encore je ne me rappelle plus de la dernière fois que je n’ai pas ressenti la moindre envie de partager sur mes réseaux un moment vécu. Cette obsession de partage sur les réseaux peut nous amener à vivre moins intensément et plus dans la représentation. Ce que dit Sylvain Tesson est pour moi l’euphémisme d’une pesante réalité.

    De Louise de Gottrau, étudiante en 2ème année de droit à Genève

    1. Qu’est-ce qui pour toi insuffle à une relation son intensité ? sa véracité ?
      Ce qui apporte à une relation son intensité, qu’elle soit amoureuse ou amicale, c’est la facilité d’entente avec l’autre. Les deux personnes discutent et rigolent ensemble car elles ont des points communs qui relèvent, par exemple, d’une éducation similaire, d’une même fréquentation d’amis et surtout d’une sensibilité comparable au monde qui les entoure. Elles se lient ainsi facilement et deviennent complices. Ainsi, elles affrontent les obstacles de la vie, ce qui renforce leur relation et la rend intense et vraie.
    2. Comment décrirais-tu l’impact des réseaux sociaux sur tes relations avec les autres ?
      Ils déforment quelque peu la réalité. Sur les réseaux sociaux, comme Instagram par exemple, nous avons l’impression d’être connectés socialement avec toutes les autres personnes qui utilisent l’application. Nous avons le sentiment de connaître les utilisateurs, alors même que nous ne les avons jamais rencontrés. Néanmoins, lorsque nous les rencontrons dans la vie, nous les ignorons et nous nous rendons compte que nous ne les connaissons pas. Les réseaux sociaux créent un fossé entre les personnes quand elles se rencontrent car il leur manque une présentation formelle (et réelle), ce qui les amène à s’ignorer et à éteindre toute potentielle relation.
    3. Sommes-nous plus « connectés » que jamais ?
      Au contraire. En utilisant les réseaux sociaux par exemple, nous créons un nouveau monde, qui nous fait oublier le monde « externe », en monopolisant notre temps et notre énergie. L’utilisation des réseaux est simple, alors que la réalité ne l’est pas. Sociabiliser, dire à quelqu’un qu’on l’aime bien, tout ça est bien plus compliqué à travers des gestes, paroles et démonstrations l’un en face de l’autre, qu’à travers un écran de téléphone. Ainsi, on choisit la facilité de vivre sur les réseaux. Les vrais contacts se perdent en conséquence.
    4. Le Journaliste du New York Times Thomas Friedman dit que nous passons « 51% de notre temps en ligne ». Qu’est-ce que t’évoque ce chiffre ?
      Un cauchemar virtuel qui dérobe notre vie.
    5. L’écrivain Sylvain Tesson dit des nouvelles technologies qu’ « elles n’entretiennent pas la beauté des relations humaines ». Qu’en penses-tu ?
      C’est vrai. Préférez-vous échanger des messages pendant un mois avec des amis ou passer une bonne soirée pendant seulement quelques heures, certes, mais remplie de rires et de bonnes discussions ?

    De Sébastien Brunschwig, étudiant en 1ère année de sciences politiques à Genève 

    1. Qu’est-ce qui pour toi insuffle à une relation son intensité ? sa véracité ?
      L’intercompréhension, dans son acception la plus profonde. Car si l’on peut se comprendre mutuellement, cela veut dire non seulement qu’il existe un échange honnête et réciproque, qu’on ouvre une part de soi à l’autre, mais aussi et surtout qu’il existe un lien unique qui est fait tout à la fois des particularités que chacun•e comprend de l’autre, donnant ainsi à la relation ses couleurs spécifiques. Il existe évidemment plusieurs degrés d’intercompréhension.
    2. Comment décrirais-tu l’impact des réseaux sociaux sur tes relations avec les autres ?
      Les réseaux sociaux numériques ont un double impact paradoxal. D’un côté, ils ouvrent la voie à une interaction constante et étendue (nos amis peuvent aujourd’hui nous tenir informés des moindres aspects de leur vie, ce qu’ils mangent, les événements auxquels ils assistent…). De plus, ils permettent dans certaines circonstances de renforcer, entretenir ou créer des liens qu’il serait compliqué de maintenir autrement. Mais personnellement, je fais peu usage de ces diverses fonctionnalités si ce n’est parfois pour partager mon travail. De l’autre côté, par la permanence et la facilité de l’interaction qu’ils permettent, ils réduisent l’importance de la relation physique, amenant ainsi une forme de superficialité dans le contact entre les gens. Sachant que je suis toujours à deux mouvements de pouce de contacter tel ami, j’aurais tendance à négliger l’importance d’assister à tel repas entre vieux copains.
    3. Sommes-nous plus « connectés » que jamais ?
      Je tempérerais. On observe en effet une concentration de plus en plus importante d’objets connectés dans notre quotidien, ainsi qu’une augmentation de la présence des réseaux sociaux virtuels dans tous les domaines de notre existence (sites de rencontre, professionnels…). Et, plus pratiquement, il est aujourd’hui quasiment impossible de se passer d’une certaine connexion s’il l’on ne veut pas se couper de la société. Mais j’observe concurremment une forme de prise de distance dans mon entourage vis-à-vis des réseaux sociaux virtuels (Facebook ou snapchat, par exemple), on essaie justement de diminuer son temps « connecté».
    4. Le Journaliste du New York Times Thomas Friedman dit que nous passons « 51% de notre temps en ligne ». Qu’est-ce que t’évoque ce chiffre ?
      Il faudrait je pense préciser ce qu’il entend par « en ligne »: si c’est le temps passé sur des réseaux sociaux, ou simplement sur le Web. Il serait d’ailleurs intéressant de mettre en perspective cette donnée en la détaillant : par exemple, combien de temps passons nous en ligne pour faire des choses qui nous prenaient plus de temps à faire physiquement auparavant (par exemple, la recherche de documents académiques ou l’emprunt de films). Le temps passé « en ligne » ne doit pas être diabolisé, même si « un retour au physique » me semble souhaitable dans de nombreux domaines.
    5. L’écrivain Sylvain Tesson dit des nouvelles technologies qu’ « elles n’entretiennent pas la beauté des relations humaines ». Qu’en penses-tu ?
      En rapport avec ma première réponse, je dirais que les nouvelles technologies gênent ou réduisent les chances qu’à l’intercompréhension de se faire en instaurant certaines barrières. L’interaction virtuelle, bien qu’elle n’exclut pas toute profondeur (il s’agit de ne pas tomber non plus dans des stéréotypes simplistes sur la superficialité de relations virtuelles: une conversation WA pouvant parfois être aussi développée qu’une correspondance), enlève pourtant une grande partie de la texture de l’interaction: ce qui passe dans le regard, le souffle, les gestes et l’atmosphère inexplicablement parfaite ou délétère de tel moment. Je crois aussi que toutes ces nouvelles technologies nous laissent la sensibilité saturée par trop d’informations, ce qui nous empêche de ressentir l’instant, ou alors de manière distraite, au second degré.

    De Niccolo Serra, étudiant en 2ème à HEC Lausanne

    1. Qu’est-ce qui pour toi insuffle à une relation son intensité ? sa véracité ?
      Un partage des valeurs, une vision du monde en commun, un sens de l’humour similaire, des passions similaires et par-dessus tout des expériences de vie partagées qui permettent de bâtir une relation forte et saine.
    2. Comment décrirais-tu l’impact des réseaux sociaux sur tes relations avec les autres ?
      Dans mon cas l’impact des réseaux sociaux est minime sur mes relations avec les autres. Je vois les réseaux sociaux comme des plateformes de divertissement que j’utilise principalement pour passer le temps ou me détendre ( ce qui est souvent le but initial mais qui peut parfois être une source de stress/angoisse). Je n’utilise pas les réseaux sociaux comme pilier, mais uniquement comme un canal de partage avec des proches.
    3. Sommes-nous plus « connectés » que jamais ?
      Nous sommes plus connectés que jamais sur les réseaux mais paradoxalement il est de plus en plus difficile de s’identifier aux gens autour de nous. Personnellement, il ne m’est jamais arrivé de faire des rencontres en ligne, ou d’admirer une personne à travers son monde virtuel donc je ne trouve absolument pas que c’est un moyen de se « connecter aux autres ». A mon avis c’est plutôt une plateforme pour entretenir une relation (pour une courte durée) et partager des éléments qu’on y trouve pour informer ou divertir nos proches; sans pour autant lancer une discussion, une interaction plus propice au débat.
    4. Le Journaliste du New York Times Thomas Friedman dit que nous passons « 51% de notre temps en ligne ». Qu’est-ce que t’évoque ce chiffre ?
      Qu’on passe trop de temps en ligne … ça souligne une dépendance (inquiétante) au monde virtuel, qui prend peu à peu le dessus sur la réalité. On donne continuellement plus d’importance aux réseaux sociaux car ils sont devenus partie intégrante de notre image, voire de notre personnalité. Ils dictent davantage d’aspects de nos vies en influençant nos comportements, nos idéaux, nous procurant des émotions (positives comme négatives), sont une source de stress, de partage, bref à priori un substitut aux relations traditionnelles. Peut-être qu’un jour notre profil sur les réseaux sociaux deviendra notre nouvelle identité.
    5. L’écrivain Sylvain Tesson dit des nouvelles technologies qu’ « elles n’entretiennent pas la beauté des relations humaines ». Qu’en penses-tu ?
      Totalement d’accord, les relations qui dépendent majoritairement des réseaux sociaux pour survivre sont superficielles, vides et sont souvent lancées dans une démarche égoïste. Je trouve une certaine vanité aux relations virtuelles, qui cherchent majoritairement à flatter notre égo ou nous sentir aimé à travers un écran. Ces relations « de masse » manquent cruellement d’originalité et de profondeur dans le seul but d’amasser des discussions, likes ou de de se faire passer pour ce que l’on n’est pas. Contrairement aux relations traditionnelles, les relations « online » ne nécessitent que peu d’investissement, ne nécessitent pas de séduction entre individus et sont très variables et non fiables.

    De Sarah Moser, étudiante en 2ème de droit à Fribourg

    1. Qu’est-ce qui pour toi insuffle à une relation son intensité ? sa véracité ?
      Selon moi une relation est intense lorsque les partenaires du couple ressentent de fortes émotions (jalousie, joie, tristesse, …) et pour ressentir cela, le contact et surtout la communication entre partenaires sont, selon moi, indispensables. La véracité, la franchise est fondamentale dans un couple mais je ne pense pas que ça soit un facteur de création d’intensité.
    2. Comment décrirais-tu l’impact des réseaux sociaux sur tes relations avec les autres ?
      Les réseaux sociaux facilitent la création et l’entretien des relations avec les autres. C’est un moyen de garder contact et de communiquer facilement. Par conséquent, en ce qui me concerne les réseaux sociaux ont d’une part un impact bénéfique sur mes relations avec mes ami·e·s lointains ou connaissances, mais d’autre part, cela peut avoir tendance à bloquer ou freiner mes relations avec mes amis proches (on passe moins de temps ensemble, on cherche moins à se voir physiquement).
    3. Sommes-nous plus « connectés » que jamais ?
      Oui, je pense que nous sommes une génération très connectée. Il y a plusieurs exemples qui illustrent cela : souvent notre premier réflexe après avoir rencontré quelqu’un est de trouver les réseaux sociaux de cette personne, aussi on se contente de parler via les réseaux sans plus chercher à voir la personne (physiquement) et finalement si on regarde le nombre d’heures passées sur notre téléphone et plus particulièrement sur les réseaux, il est (pour la plupart) très élevé.
    4. Le Journaliste du New York Times Thomas Friedman dit que nous passons « 51% de notre temps en ligne ». Qu’est-ce que t’évoque ce chiffre ?
      Ce chiffre devrait me choquer, mais cela ne m’étonne pourtant pas.
    5. L’écrivain Sylvain Tesson dit des nouvelles technologies qu’ « elles n’entretiennent pas la beauté des relations humaines ». Qu’en penses-tu ?
      Je pense qu’il a raison. Comme je l’ai mentionné à la question 2, les réseaux sociaux facilitent la création et l’entretien des relations, mais qu’en surface. Il est vrai, lorsqu’il s’agit de faire des activités, de passer du temps, de discuter de vive voix avec la personne, les nouvelles technologies peuvent avoir tendance à paralyser cela.