• Toujours en mouvement

    Toujours en mouvement

    ©Vincent Gianolli

    SPRINT • À 19 ans, en pleine dépression, Coralie Ambrosini franchit la ligne d’arrivée des championnats suisses. Les larmes montent: pour la première fois, elle se dit que la guérison est possible. Aujourd’hui, à 28 ans, la sprinteuse fribourgeoise termine un Master en psychologie et plaide pour un meilleur accompagnement des athlètes. Rencontre.

    Comment as-tu découvert le sprint et construit ton parcours sport-études?

    J’ai commencé l’athlétisme très jeune, le sprint était mon domaine de prédilection, là où j’étais la plus forte. J’ai couru pendant dix ans sur 100 et 200m tout en suivant mes études à distance en psychologie. Aujourd’hui, je termine un Master en psychologie du travail et de la santé et je travaille depuis une année en ressources humaines.

    Dans The Resilient Run, tu exposes les moments sombres de ta vie. Qu’est-ce qui t’a poussée à parler publiquement de santé mentale?

    J’ai souffert d’anorexie à 15 ans, puis d’une dépression profonde vers 18-19 ans, au moment où je me spécialisais dans le sprint. Après en avoir parlé dans la presse régionale, le réalisateur Titouan Bessire m’a proposé de co-construire un documentaire. En plus de mon histoire d’athlète, je voulais surtout raconter mon histoire en tant que personne. Nous avons alors mis deux ans à le réaliser et SwissOlympics a été d’accord de le financer entièrement.

    «La santé mentale est essentielle pour la performance»

    Coralie Ambrosini, athlète fribourgeoise

    Je voulais que le film soit centré sur la prévention et sur la façon d’améliorer les choses. Je ne voulais incriminer personne. D’ailleurs, quand il est sorti, il m’a fallu quelques jours pour digérer cette exposition, qui tombait au même moment de mon insertion dans le monde du travail.

    Ton rapport au corps a-t-il été compliqué?

    Oui, je faisais très attention à mon image. Lors des évènements, j’étais maquillée, coiffée, avec la bonne tenue. Dans l’athlétisme et surtout sur le 100m, il y a une sorte de jeu lié à l’apparence. Le 100m, c’est aussi un jeu d’acteur·ice: impressionner ses adversaires avant l’échauffement peut avoir une influence. C’est une discipline d’ego, très tournée vers le spectacle. Mais cette mise en scène va de pair avec des regards et des remarques qui s’invitent au bord de la piste.

    «Malgré les félicitations, ma confiance n’augmentait pas»

    Coralie Ambrosini, athlète fribourgeoise

    Avant l’ère MeToo, nos corps étaient constamment scrutés, parfois dès le plus jeune âge. À cela s’ajoutaient les injonctions du type «moins tu as de masse graisseuse, plus tu es performante» qui entretenaient une exigence permanente.

    Choisir le sprint au moment de l’apparition de tes troubles mentaux, était-ce une manière de compenser des fragilités?

    Oui, c’était à la fois une recherche de reconnaissance et un refuge. Mais c’est à double tranchant: malgré les félicitations et la visibilité, ma confiance n’augmentait pas, je devais viser toujours plus haut. L’entraînement était aussi un exutoire, mais la pression mentale restait forte. D’où l’importance de l’entourage: famille, ami·e·s, coach.

    La préparation mentale semble aujourd’hui incontournable dans le sport. Qu’en penses-tu?

    On ouvre la parole, on ouvre le débat. On a compris que la santé mentale est essentielle pour la performance… mais qu’il y a aussi tout un business. Je pense que l’important, c’est de s’entourer de personnes compétentes. Aujourd’hui, beaucoup de «coachs mentaux» se manifestent – j’ai moi-même reçu des propositions sur Instagram après mon documentaire -, mais je pense qu’il faut des professionnel·les formé·es.Quand on a une blessure, on va chez le·la médecin du sport ou chez le·la physio; ça devrait être pareil pour la santé mentale et l’alimentation.

    Quels conseils donnerais-tu aux étudiant·es, souvent sous pression?

    Ne pas hésiter à consulter un·e psychothérapeute. Essayer d’aménager son environnement dans la mesure du possible, prendre un semestre en plus si nécessaire, même si cela demande du temps et de l’argent. Et surtout, ne pas rester seul·e. Les groupes de parole peuvent être extrêmements utiles, surtout lorsqu’ils sont encadrés scientifiquement.

    Propos recueillis par Alexandra Bender

  • Exploit retentissant pour l’équipe Unil d’unihockey

    Exploit retentissant pour l’équipe Unil d’unihockey

    UNIHOCKEY · Mercredi 15 mai 2024, une équipe masculine d’unihockey a représenté l’Unil lors des Swiss Universities Championship à Schaffhouse. Déjouant les pronostics, les 11 membres de la délégation vaudoise ont remporté le tournoi, se jouant en format 5 contre 5. Retour sur cet exploit historique.

    Dans le monde académique, les tournois sportifs interuniversitaires se révèlent être d’une grande importance. D’un point de vue utilitaire, ils ne servent à rien, ne donnant aucun crédit, ni apportant une quelconque connaissance scientifique. Néanmoins, , ces compétitions peuvent apporter une certaine visibilité à l’établissement, ainsi qu’un sentiment positif de prestige à ses participant·e·s. C’est dans cette optique qu’  une équipe masculine d’unihockey de l’Unil a voyagé jusqu’à Schaffhouse pour participer aux Swiss Universities Championship (SUC). 

    Un effectif limité
    Les Vaudois ne partaient pas favoris du tournoi. Ce sport a toujours été le quasi-monopole des formations suisses allemandes. Cela s’est reflété dans l’historique des vainqueurs des SUC-Floorball grand terrain. L’Université de Berne, l’Université de Zurich ou l’EPFZ se partagent l’oligopole de meilleure haute école de Suisse dans ce domaine. Cette année, les équipes masculines étaient au nombre de sept: EPFZ 1, EPFZ 2, UniBe, UniLu (Lucerne), UniSg (Saint-Gall), UniGe (Genève) et Unil (Lausanne). Nous pouvons contaster que les hautes écoles suisses allemandes sont majoritaires.

    Les Vaudois ne partaient pas favoris du tournoi

    Composée de 10 joueurs et 1 gardien, l’équipe de l’Université de Lausanne avait pour objectif de finir à la 3ème place. L’effectif, issu des clubs d’Aigle (2ème ligue), de Gruyère (2ème ligue), de Lausanne (1ère ligue) et de Fribourg (LNB), a dépassé toutes les attentes en allant chercher le titre de meilleure haute école suisse en unihockey! Cet exploit du 15 mai 2024 est d’autant plus grand au vu des différentes péripéties qu’a vécu le groupe.

    Un parcours fait de hauts et de bas
    La journée a mal commencé pour les Lausannois avec une défaite 3-1 face à des Bernois très forts techniquement et tactiquement. Les universitaires de la cité des Zaehringen avaient dans leurs rangs plusieurs joueurs de LNA et de LNB, dont Yann Ruh, défenseur dominant de Köniz et sélectionné plusieurs fois en équipe de Suisse. Malgré la défaite, Basile Dayer, capitaine de l’équipe, et ses coéquipiers ont très vite remarqué qu’ils pouvaient rivaliser face aux meilleures formations du pays. De plus, certains joueurs avaient l’impression de ne pas encore dévoiler leur plein potentiel. «Ce n’était qu’un match d’échauffement», pouvait-on entendre dans les travées de la BBC arena. Le second match du jour n’était qu’une formalité contre la 2ème garniture de l’EPFZ.

    « Il y avait une bonne ambiance et pas de prise de tête, tout le monde tirait à la même corde. »

    Balthazar noël, joueur de l’équipe unil d’unihockey

    Gardant leurs meilleurs éléments dans la 1ère équipe, les Zurichois n’ont que timidement dérangé les pensionnaires de Dorigny. Confiante et maîtrisant son sujet, la formation lausannoise s’est imposée 3-1. Contre l’Université de Saint-Gall, lors de la troisième rencontre, les uniliens se sont fait peur pendant une bonne partie de la rencontre. Les Saint-Gallois étaient toujours proches d’inscrire le 1-2. Au cours des 5 dernières minutes, nos héros d’un jour ont allumé les gaz en inscrivant deux buts, dont un dans la cage vide (3-1). La quatrième partie a été l’œuvre d’un festival offensif contre l’Université de Genève. Les étudiants de la cité de Calvin, peu entraînés, , ont dû chercher la balle 11 fois au fond des filets (11-0). Chaque joueur de l’équipe a ainsi pu inscrire son 1er but dans le tournoi. Le gardien Mikko Comte a également eu la chance de se voir décorer d’un assist.  Malheureusement, celui qui fut l’un des artisans de la montée d’Aigle en 1ère ligue devait quitter ses coéquipiers pour des raisons personnelles après le derby du Léman. 

    Balthazar Noël,  héros inattendu
    La confiance lors de ces quatre premières rencontres est ainsi retombée. À 9 joueurs de champ, il était compliqué de réussir à tourner correctement, ne pouvant former 2 lignes complètes. Il fallait ajouter le fait qu’aucun des joueurs n’était véritablement un portier de renom. Pourtant, dans les rangs de cette team se trouve un homme providentiel: Balthazar Noël. Jouant habituellement en attaque, le Veveysan de 25 ans s’est essayé aux cages.

    L’étudiant de la HEPL a permis à son équipe de grapiller le point du match nul

    «Comme je me suis fait mal à la cheville après le second match, et que notre gardien partait avant la fin, je me suis motivé à aller aux buts», explique le principal intéressé. «J’avais déjà eu l’occasion de faire gardien pour le plaisir à 2-3 entraînements auparavant, et me suis donc proposé», ajoute-t-il. À peine a-t-il eu le temps de s’échauffer, que le joueur d’Aigle et de Jongny a été plongé dans le grand bain face à l’équipe fanion des ingénieurs de Zurich. Par ses nombreux arrêts face aux ogres de la Limmat, l’étudiant de la HEPL a permis à son équipe de grapiller le point du match nul (1-1). 

    «Gagnez avec +6 ! »
    Afin de se qualifier pour la finale, la sélection de l’Unil devait finir 2ème du tournoi. En gagnant le dernier match contre l’Université de Lucerne, elle finirait avec le même nombre de points que l’EPFZ 1. Tout s’est joué au niveau de la différence de buts. Les Zurichois étaient à +18 et les Vaudois à +13 avant ce match. Il fallait donc, pour les lausannois, gagner avec un minimum de 5 longueurs contre les Lucernois. «Lorsque j’ai demandé à l’organisateur ce qu’il se passerait si on gagnait de +5 ce match, il m’a répondu que nous devions penser à gagner avec 6 ! », explique le capitaine Basile Dayer. Le mot d’ordre était compris et les étudiants du chef-lieu vaudois ont gagné sur le score de 7-1.  «À la fin de la rencontre, lorsque j’ai demandé si on était qualifié à la même personne, il ne voulait pas tout de suite admettre notre qualification. Ils étaient en train de recalculer trois fois le goal-average! Comme si ce n’était pas possible pour des romands d’être devant les suisses allemands…», poursuit celui qui est également capitaine de l’équipe d’Aigle. Enfin, la finale opposera nos protégés aux ours bernois, qui les avaient battus lors du match d’ouverture.

    C’est la première fois qu’une institution académique romande ramène le fanion victorieux des Swiss Universities Championship 

    Sans leurs joueurs de LNA, partis entre-temps, les joueurs de la capitale helvétique se montreront moins tranchants. Ceux de la capitale olympique en ont profité avec un Balthazar Noël en feu. «Après le highlightcollectif de la victoire, vient mon highlight personnel: arrêter un penalty tricks à 1-0 lors de la finale», confie Noël, déterminé. Effectivement, l’Aiglon a réussi à bondir dans la canne du «technard» bernois tel un chat. Multipliant les arrêts décisifs, le gardien d’un jour a permis de sécuriser la victoire 3-2 de ses coéquipiers . Deux autres points à noter lors de cette finale, les performances des deux joueurs de Floorball Fribourg de l’équipe : Jessy Ducommun et Loïc Strasser. Le premier, évoluant avec la LNB, a enchaîné les tirs bloqués, se sacrifiant pour l’équipe. Le second, serial-buteur avec les M21, s’est offert un triplé contre un gardien majeur de LNB. C’est la première fois qu’une institution académique romande ramène le fanion victorieux des Swiss Universities Championship d’unihockey. «La journée a été un succès! Il y avait une bonne ambiance et pas de prise de tête, tout le monde tirait à la même corde. Ça a certainement participé à notre victoire en tant qu’équipe», conclut le joker de luxe. Dans un sport, où le Röstigraben est fortement marqué, l’exploit des membres de cette délégation de l’Unil restera retentissant. En attendant (peut-être) de soulever un trophée européen, voire mondial des compétitions interuniversitaires?

    Samuel Bovigny

    Pour plus d’informations sur le unihockey: https://www.lucfloorballepalinges.ch/club/unihockey#:~:text=L’histoire%20de%20ce%20sport,une%20balle%20l%C3%A9g%C3%A8re%20en%20plastique),

  • Tradition et défis éthiques

    Tradition et défis éthiques

    Illustration : Viktoria Tcheremissov

    CHIENS DE TRAINEAUX • Souvent au centre de l’attention, ils ne cessent de susciter tant l’admiration que des interrogations. Entre passion sportive, patrimoine nordique et préoccupations pour le bien-être animal: qu’en est-il vraiment de cette controverse?

    Huskys sibériens, Malamutes d’Alaska, groenlandais ou encore samoyèdes: tous partagent avec l’humain les paysages polaires du Nord. Il y a plus de 5’000 ans en arrière, la pratique des chiens de traîneaux, aussi appelée mushing, s’est répandue dans l’Arctique. C’est en apprivoisant les loups que les autochtones ont élaboré un moyen de se déplacer, élargissant ainsi leurs territoires de chasse et de pêche.

    Décès et dopage dans le mushing

    C’est en 1908 que la course All Alaska Sweepstakes, située à l’ouest de l’Alaska à Nome, contribue à populariser le mushing en tant que pratique sportive. Aujourd’hui, l’Iditarod, l’une des courses de chiens de traîneaux les plus célèbres en Alaska, s’étend sur plus de 1 600 kilomètres. Elle suscite cependant la controverse. En effet, l’association People for the Ethical Treatment of Animals (PETA), une des plus grandes organisations pour la défense des droits des animaux, rapporte plus de 150 décès de chiens depuis ses débuts en 1973.

    Cette pratique divise l’opinion publique

    Certain·e·s partisan·e·s de la course sont également accusé·e·s de recourir au dopage des chiens: c’est notamment le cas de Dallas Seavey, célèbre musher, qui a toutefois nié les faits et dénoncé un acte de sabotage à son encontre.

    Lien de complicité ?

    De nos jours, cette pratique fait alors l’objet d’un débat animé qui divise l’opinion publique. D’un côté, les partisan·e·s du mushing la considèrent comme un sport basé sur une relation de confiance entre l’humain et le chien. De l’autre, elle est dénoncée pour cause de maltraitance animale, ce dernier étant poussé à affronter des conditions extrêmes. De fait, les longues distances parcourues sur plusieurs jours dans des compétitions intenses soulèvent des inquiétudes quant au bien-être de ces compagnons à quatre pattes. Autre source de préoccupations, notamment en Laponie: le tourisme de masse. En effet, CNN, célèbre chaîne d’information américaine en continu de renommée mondiale, dénonce que des organisateur·ice·s de promenade illégales mettent en danger la santé et la sécurité des chiens afin de tirer profit de leur exploitation.

    Le respect de l’animal

    L’équilibre entre la préservation de cette tradition et le respect du bien-être animal reste un sujet de débat. Selon le Dr Stéphane Tardif, vétérinaire et rédacteur pour Wamiz, site web dédié aux animaux de compagnie, il est crucial de surveiller attentivement l’utilisation des chiens de traîneaux. En effet, c’est en tenant compte de la quantité de travail qu’ils effectuent ainsi que de leurs conditions de vie en dehors des séances d’exercice, que nous pouvons garantir l’épanouissement des chiens dans cette activité. En fin de compte, derrière cette image que nous nous faisons des chiens de traîneaux se trouve une question complexe mêlant passion, tradition et éthique.

    Veronica Tcheremissov

  • Attention, gare aux plats!

    Attention, gare aux plats!

    PLONGEON • Entre l’appréhension et l’attrait d’une chute plus longue qui offre davantage de sensations et de temps pour effectuer des figures, plongeuses et plongeurs de haut vol repoussent toujours les limites du possible.

    C’est depuis une plateforme surplombant l’eau de plus de vingt mètres que les adeptes de plongeon de haut vol s’élancent pour effectuer vrilles et autres rotations variées. À cette hauteur, plus de deux fois celles des plateformes olympiques, tout doit être maitrisé pour éviter la moindre erreur.

    Une pratique qui ne date pas d’hier

    Que ce soit depuis des falaises, des arbres ou encore des plongeoirs aménagés, les possibilités de sauts sont multiples et ne s’arrêtent pas aux plateformes du circuit de compétition. D’ailleurs, le plongeon de haut vol est une pratique soi-disant originaire de Hawaii et remontant à la fin du 18ème siècle. Après s’être propagé à travers le monde, le plongeon de haut vol a longtemps été rattaché au monde du spectacle, mais c’est la marque de boisson énergisante donnant des ailes qui va en faire une discipline à proprement parler. Après avoir organisé une première compétition sans classement en Suisse en 1997, c’est à partir de 2009 que la marque va mettre en place les premières compétitions internationales masculines. Cependant, il faut attendre 2013 pour voir la première étape du circuit de compétition ouverte aux femmes. La Fédération internationale de natation a ensuite lancé les premiers championnats du monde en 2015.

    Voltiger avec le risque

    En compétition, c’est depuis une hauteur de vingt et un mètres pour les femmes et de vingt-sept mètres pour les hommes que les athlètes s’élancent. L’entrée dans l’eau se fait exclusivement par les pieds. L’impact avec la surface de l’eau est trop important pour se risquer à rentrer tête la première, encore plus si plusieurs sauts doivent être exécutés.

    Tout doit être maitrisé pour éviter la moindre erreur

    Le temps de chute depuis une hauteur de vingt-sept mètres est d’environ trois secondes et l’arrivée dans l’eau se fait en moyenne à quelque 85km/h. En plus de cela, les nombreuses figures ajoutent de la complexité et des risques. Une maîtrise parfaite est donc nécessaire.

    Rémy Pralat

  • Comment oses-tu, femme ?

    Comment oses-tu, femme ?

    Photo : ©Bob Fisher

    Rédigé par : Karen Ruffieux

    COMBAT • Sport de lutte japonais, le sumo est strictement interdit aux personnes de sexe féminin. Considérées comme impures, elles ne peuvent monter sur le ring. Pourtant, le sumo féminin se développe en parallèle. Quelles sont les origines de ce sport et d’où vient une telle incohérence ?

    En avril 2018 à Maizuru, une municipalité dans la préfecture de Kyoto au Japon, le maire de la ville s’est effondré en plein discours à la suite d’un AVC. Plusieurs femmes, dont une médecin, se précipitaient alors pour lui faire un massage cardiaque. Malheureusement, cela avait lieu sur le dohyo ; la plateforme recouverte de sable sur laquelle luttent les sumos. Bien que leur geste aurait pu sembler héroïque, le message qui commençait à être diffusé par les hauts-parleurs de la salle était celui de quitter immédiatement les lieux. Non pas que quelqu’un d’autre était plus habilité à sauver le maire, mais bien parce qu’elles étaient des femmes.

    Tout a une origine
    Le kegare dans le shintoïsme, religion antérieure au bouddhisme, désigne la souillure. Il est le fait d’outrepasser un acte interdit qui renvoie au sacré, pouvant ainsi entrainer des châtiments. Les causes de kegare sont : tout contact avec la mort, la maladie, le sang, et les excréments. De cette manière, sont jugées impures les personnes dont un proche est mort lors du mois précédent, les gens dont la santé est sujette à une altération – y compris pour les grossesses – mais aussi les personnes ayant des menstruations. Concernant les origines du sumo, celles-ci remontent à plus de 2000 ans et conservent de nombreux rituels religieux shinto. La source la plus ancienne retrouvée à propos de ce sport fut en l’an 712 dans le kojiki, recueil de mythes concernant l’origine des îles japonaises. Ce premier rouleau racontait la lutte entre deux dieux et comment le vainqueur obtint la possession des îles, puis fonda la famille impériale dont l’empereur actuel serait le descendant. Le dohyo est ainsi, encore aujourd’hui, considéré comme un lieu sacré. Celui-ci est d’ailleurs construit avant chaque tournois. Le sable sur lequel lutteront les sumos doit être vierge de toute marque. Lorsque le combat est terminé, celui-ci est désinstallé. Il arrive parfois que les spectateur·ice·s puissent rentrer chez eux·elles en emportant une petite partie du dohyo.

    Un sport pour tous les sexes
    C’est après l’incident de Maizuru que les choses ont commencé à changer. Le maire s’en est finalement sorti, des excuses ont été prononcées publiquement à ces femmes et en 2019 un nouveau tournoi sumo féminin a vu le jour. C’est d’ailleurs Senna Kajiwara, une petite fille de 12 ans qui a remporté la première place de sa catégorie. Malgré l’incompréhension de ses proches à vouloir pratiquer ce sport, elle affirme avoir la chance de pouvoir faire ce qu’elle veut et encourage ainsi les autres à faire de même. Elle n’est pas la seule à mener ce combat. Kon Hiyori, femme sumo et plusieurs fois championne, est devenue une figure importante du féminisme au Japon grâce à ses revendications. Toutefois, elles ne sont autorisées à concourir qu’en amatrices car en ce qui concerne les professionnels, seules les personnes de sexe masculin, d’un certain poids et d’origine japonaise sont autorisés. Le chemin est encore long pour se faire accepter, mais rien n’est figé et les femmes sont plus que déterminées à obtenir ce qu’elles veulent.

  • L’expérience de la chute libre

    L’expérience de la chute libre

    Rédigé par : Victor Tillmanns

    SPORT EXTRÊME • Le base-jump est un sport extrême où les pratiquant·e·s jouent avec les limites de la vie en sautant dans le vide muni d’un parachute à partir d’immeubles, d’antennes, de ponts ou de falaises. Pourquoi ces adeptes se confrontentils·elles à de tels risques ?

    Non, le·la base-jumper·euse n’est pas complètement fou·lle. Contrairement à ce que certain·e·s pourraient croire. Certes, il·elle prend des risques plus que considérables en sautant dans le vide avec comme seule sécurité son parachute. Mais ces adeptes sont expert·e·s du saut dans le vide. Il·elle·s ont effectué plusieurs centaines de sauts en parachute avant de s’élancer en base-jump. Mais pour quelles raisons cherchent-il·elle·s à flirter avec la mort ?

    Une maîtrise parfaite
    L’expérience du risque. Sauter dans le vide, c’est se confronter au danger en savourant l’instant présent, s’aventurer dans une situation où rien d’autre que l’expérience ne compte. C’est accepter le défi de la peur, la surmonter pour atteindre le sentiment d’adrénaline qui provoque au basejumper·euse une excitation indescriptible. C’est également la maîtrise de la situation qui les attire. La moindre erreur étant fatale, le·la base-jumper·euse se doit d’être concentré·e à chaque instant du saut, de dompter la crainte et le doute en misant sur ses compétences, son expérience et sur la maîtrise de son corps dans le vide. Parfaire, saut après saut, son habileté à voler dans l’air.

    Flirter avec la légalité
    Le danger est clair : à cette vitesse, le moindre écart est fatal. On estime une trentaine de décès annuels dûs à la pratique de ce sport. Le principal danger étant de se heurter à l’objet duquel on s’élance. En Suisse, la pratique du base-jump n’est pas réellement règlementée. Le·la sportif·ve est libre de ses actes, tant qu’il·elle ne met pas en péril la vie d’un·e autre, et n’empiète pas sur le terrain d’autrui.

    Le danger est clair : à cette vitesse, le moindre écart est fatal

    La discipline ne nécessite d’ailleurs pas de licence. Les avis divergent à Lauterbrunnen, station phare du base-jump en Suisse. La pratique de cette discipline ne passe en tout cas pas inaperçue dans la région de l’Oberland bernois. Une sensibilisation aux dangers du basejump ainsi qu’à la nécessité d’une maîtrise de l’expérience en chute libre semble nécessaire quant à la pratique de ce sport. La Suisse étant un pays où les politiques libérales prédominent et où la tendance est plutôt à la responsabilité individuelle, la question de la règlementation du base-jump est alors d’ordre politique.

  • Vélocité, ça fait suer !

    Vélocité, ça fait suer !

    Photos : ©Mathieu Gex

    Rédigé par : Jeanne Möschler

    RENCONTRE • Reconnaissables à leur habit moulant rouge, leur casque bien vissé sur la tête et leur gros sac à dos, les coursier·ère·s sillonnent Lausanne et les alentours. De tels trajets à vélo, ça doit quand même demander un sacré effort, non ? Écoutons ce que les cyclistes ont à nous dire !

    Vélocité fait partie du service de livraison le plus rapide de Suisse. Les coursier·ère·s se déplacent essentiellement à vélo et utilisent ponctuellement le train, pour quelques livraisons éloignées.

    Un effort à la fois physique… mais aussi mental !
    Avant de commencer ce job, quel était leur niveau de condition physique et est-ce qu’il·elle·s redoutaient l’effort à fournir ? « Oui et non. Je savais que j’étais prête, mais j’appréhendais car ce n’est pas le même type d’effort que le cyclisme sur les cols et routes de campagnes… », témoigne Estelle, coursière depuis un an et demi. « Au début, c’est dur, dans les trois jours de formation, tu fais un énorme tour où tu prends tous les chemins habituels que les coursier·ère·s prennent, à la fin j’étais hyper fatiguée. À l’époque, je n’avais jamais fait autant de vélo en une journée… Les premières semaines, je faisais 1h30 de sieste après le shift », raconte Giovanni. Pour Arianne, cela s’est passé ainsi : « J’étais en bonne condition physique, je faisais pas mal de sport et j’avais une bonne endurance… mais en tant que meuf, on se met de la pression et on se sent moins légitime à postuler dans des jobs avec de l’activité physique. Donc oui, j’appréhendais pas mal l’effort à fournir, mais Lausanne c’est le pinacle de la ville pour faire du vélo, et finalement c’est moins physique que ce à quoi je m’attendais : pas de Ouchy-Epalinges trois fois par jour, car le but du job, c’est aussi d’optimiser les trajets que tu fais ».

    « C’est super pour la santé mentale ! Entre bouger au grand air et avoir des collègues et patrons géniaux »

    – Estelle, coursière de Vélocité

    Les distances et dénivelés sont tout de même conséquents, entre 30 et 60 km pour un shift simple (environ 4h) et entre 500m et 1’200m de dénivelé. Cependant, ce job, c’est aussi un sport de la tête ! Il faut savoir s’organiser et connaître ses limites afin de faire du bon boulot, comme le fait remarquer Giovanni : « Pour être le plus efficace, les gestes pratiques (cadenasser ton vélo, sortir ton carnet, savoir où sont les adresses) ça doit pas être quelque chose qui te fait perdre du temps », et les personnes du bureau qui organisent le trajets doivent pouvoir être en contact permanent avec les coursier·ère·s, afin de les prévenir d’éventuels changements de dernière minute – une livraison qui s’annule, un paquet en plus à chercher – et ça demande de l’adaptation !

    Ça fait du bien au corps et à la tête
    Est-ce qu’une telle dose de sport a provoqué des améliorations sur la santé ? « Il peut y avoir des soucis annexes, liés au fait de porter une charge sur le dos pendant l’effort ou des blessures provoquées par un vélo mal réglé et aussi une fatigue, une forme d’usure si l’on gère mal son effort et ses plannings, mais en apprenant à se connaître et à respecter ses besoins/limites, on peut éviter ça », raconte Estelle, avant d’ajouter : « C’est super pour la santé mentale ! Entre bouger au grand air et avoir des collègues et patrons géniaux ou être enfermée seule dans un huis clos, les yeux sur un écran, y a pas photo… ». Giovanni ajoute : « J’ai un rythme de vie bien plus sain. Avant de faire Vélocité, j’avais des chutes de pression, mais maintenant que je fais tellement de sport, je mange plus et ça va mieux. Je dors toujours au moins 7h ou plus, et je mange toujours un petit déj’ pour ne jamais rouler le ventre vide ! »

    Rouler et s’entraider avec le sourire
    Ce qui ressort également du discours des coursier·ère·s interrogé·e·s, c’est l’ambiance d’entraide qui lie les personnes chez Vélocité. Giovanni décrit avec le sourire : « C’est une communauté mondiale, donc il y a peu de gens qui finissent le shift et rentrent direct à la maison. On est tous et toutes plus ou moins potes. Si un jour t’es vraiment pas bien et que tu te sens pas de rouler, tu peux trouver facilement quelqu’un qui propose de te remplacer, et comme y a des gens qui ont des gosses parfois malades, ou des étudiant·e·s qui veulent plus d’heures, ça finit par arranger tout le monde ».

    Photos : ©Mathieu Gex

    Vélocité essaye également « de recruter d’autres profils et encourage les candidatures féminines », fait remarquer Arianne. « De base c’est un milieu assez masculin. Il y a trois ans encore, il n’y avait que des mecs. Mais les choses changent gentiment, maintenant on est environ un petit tiers de meufs et c’est vraiment cool… et le fait de voir des filles rouler dans la rue, ça en motive d’autres à postuler ! En tout cas, l’ambiance du job aide hyper beaucoup, c’est un climat trop sympa que je n’ai jamais revu ailleurs », conclut-elle. Estelle rappelle que quand elle est arrivée, elles n’étaient que « trois femmes pour environ 20 mecs », contre « environ 10 femmes pour 20 mecs maintenant ». Et selon elle, cette évolution doit se faire en « donnant confiance aux femmes et en les valorisant, à l’inverse de la discrimination positive » que les femmes subissent aussi au travail et qui « a un effet dégradant ». Elle ajoute, déterminée qu’« il est grand temps que les femmes se sentent légitimes dans des jobs comme ça ! »

  • Utopie ou enfer du sport

    Utopie ou enfer du sport

    Photo : ©AFP – Leemage. Le 1er août 1936, à Berlin, le porteur du flambeau olympique arrive au Lustgarten pour allumer le feu de l’autel

    Rédigé par : Laura Mascher

    DYSTOPIE • Le régime nazi a utilisé le sport pour briller lors des Jeux olympiques de 1936. Pour Hitler, c’est l’idéal de la race aryenne qui doit être glorifiée par tou·te·s à cette occasion. Mais dans l’ombre, la dictature emploie également le sport à des fins toutes autres, comme nous l’enseigne durement l’ouvrage de George Perec.

    Une harmonie et un ordre parfaits où un seul chef donne la direction, le rythme, le ton. Des athlètes beaux, grands, forts, blancs, alignés, lèvent le bras d’une même impulsion pour saluer leur grand architecte. Quelle fierté pour la Nation allemande et pour son Guide quand entre dans l’arène de Berlin leur armée d’athlètes olympiques ! En 1936, les sportifs allemands, immaculés, dominent le stade. C’est un excellent moyen de propagande pour le régime nazi, à l’interne et aussi envers la communauté internationale. Par l’intermédiaire de ces corps en santé, forts, plus forts que les autres, Hitler affirme sa puissance et la supériorité de la race aryenne. L’esthétique proposée par les régimes fascistes en a impressionné plus d’un. Pourquoi utiliser l’univers du sport ?

    Le sport est censé être une voie d’évasion dans lequel l’on va pour se sentir mieux.

    La réponse paraît évidente : le sport répond à un idéal de forme physique et un moyen de bien-être psychique. Mais au fond, le sport c’est quoi ? Une activité de mise en mouvement du corps, sous forme de jeu la plupart du temps, souvent ponctuelle et avec un objectif, mais improductive. Elle procure un bien être physique réel et un bien-être psychique et subjectif; une reconnaissance des possibilités qu’offre le corps, une impression de liberté. Il y a des bienfaits physiques indéniables du sport, mais l’aspect mental est moins évident à saisir et plus fragile.

    La comparaison de Perec
    Cette fragilité, l’écrivain George Perec l’exploite dans son autobiographie fictionnelle W ou le souvenir d’enfance. Dans son ouvrage, il raconte en parallèle l’histoire de sa propre vie et le destin d’un enfant nommé Gaspard Winkler. Ce dernier est porté disparu lors d’un naufrage au milieu de l’océan, là où rien ne semble exister. Mais il y a pourtant bien une île, habitée, l’île de W. Le narrateur décrit ensuite ce lieu et les pratiques de ses habitants. La vie à W est rythmée par ses rencontres sportives, dont on apprend les règles au fur et à mesure de l’ouvrage. D’abord amusé par la monotonie de cette société où rien d’autre n’a lieu que le sport, le·a lecteur·rice sera de plus en plus choqué·e par les contraintes inhumaines et l’injustice imposées aux athlètes. Peu à peu, on comprend que le lieu et la souffrance décrits sont en réalité une image d’un camp de concentration. Mais dans quel but utiliser l’image du sport justement pour décrire l’horreur des camps nazis ? Le sport est censé être une voie d’évasion, un autre monde avec d’autres règles, dans lequel on va pour se sentir mieux, un sentiment, certes subjectif, de liberté. Perec pervertit donc cet idéal en transgressant les caractères essentiels du sport, dans une critique subtile du régime nazi. Il opère cette comparaison par trois perversions successives.

    Opération perversion du sport
    Une première règle essentielle est que le sport n’est pas rémunérateur, il est pratiqué par conviction. Il est déconnecté des autres intérêts quotidiens. À W, la seule autorité connue étant celle des arbitres, la barrière entre le monde du sport et les autres univers de la vie des athlètes n’existe plus. Hitler utilisait ses sportifs pour faire sa publicité, les sportifs allemands servaient donc ses objectifs. Les gagnants n’étaient alors plus que des instruments de la gloire des nazis. Les sportifs de Hitler servaient son idéologie. Dans l’ombre, les prisonnier·ère·s des camps travaillaient pour bâtir son empire.

    Les sportifs de Hitler servaient son idéologie.

    Une autre règle est que le sport doit être pratiqué ponctuellement, afin également de nous sortir de notre quotidien. A W, le sport est au centre de toutes les préoccupations, il n’est plus une option, mais le seul horizon possible de la vie des habitants. Dans cette optique, ce n’est plus une échappatoire, c’est le quotidien monotone. Dans les camps, comme à W, les détenu·e·s n’avaient pas d’autre horizon de vie que de faire les activités physiques qu’on leur ordonnait. C’est la seconde perversion. Alors où est l’échappatoire ? Dans les pensées, dans l’irréel ? La dernière transgression est la pire. Le sport est une activité dont on ne connaît pas l’issue, mais elle est réglée. Si les règles sont injustes, changeantes au gré de l’humeur de quelques-uns, l’incertitude occupe toutes les pensées. C’est ce que pratiquent les juges de W, tout comme les gardes des camps. Cela achève d’occuper entièrement les pensées des prisonniers, ne leur laissant plus aucune marge, aucun espoir, aucune pensée libératrice, en les détruisant de l’intérieur.

    Plongée dans l’horreur
    La comparaison de Perec nous plonge sans nous en rendre compte au cœur de l’horreur. Ce faisant, il montre l’autre versant du régime de Hitler. Le sport est pour les prisonnier·ère·s comme pour les athlètes de W, le seul univers possible. Il·elle·s n’ont plus rien à quoi se raccrocher. Il·elle·s n’ont que « l’espoir indicible et la peur insensée », sont affaibli·e·s et terrorisé·e·s. Ainsi, ceux qui prônaient la bonne santé et une nation forte grâce au sport l’ont utilisé pour conduire d’autres au désespoir et à la mort, transformant le loisir en supplice.

  • Coqs en stock

    Coqs en stock

    Illustration : ©MAH Musée d’art et d’histoire, Ville de Genève. Ancien fonds

    Rédigé par : Killian Rigaux

    COMBAT • Les duels de coqs, faisant partie intégrante de la culture Sud-Est asiatique et de certains départements français, sont remis en cause dans ces derniers. Tour d’horizon de l’histoire d’une pratique millénaire.

    Plus de 46’000 (17.09.2022) internautes Français·es souhaitent que leur emblème national ne soit plus l’objet de combats dans des gallodromes, d’après une pétition lancée par la militante Gabrielle Paillot. Les duels de coqs sont déjà interdits dans la plupart des départements mais demeurent dans le Nord, le Pas-de-Calais, la Martinique et la Guadeloupe, où ils sont considérés comme traditionnels. Ils sont ainsi autorisés, au même titre que les corridas ailleurs en France. Lors des combats, deux coqs s’affrontent devant leurs propriétaires et l’arbitre dans une arène bordée de parieur·euse·s.

    Une pratique royale
    Si le coq provient d’Asie du Sud-Est, où il a été domestiqué aux alentours de 6000 av. J-C., les traces des premiers combats documentés apparaissent dans le monde grec, au milieu du VIIe siècle av J.-C., d’après le magazine L’Histoire. La revue mensuelle rapporte que les propriétaires de coqs de l’époque les nourrissaient alors d’ail pour stimuler leur agressivité. Les confrontations rassemblaient aussi les parieur·euse·s, qui misaient sur le sort des créatures dont la vie est estimée à quatre ou cinq combats. Les combats ne sont pas restés cantonnés au pourtour méditerranéen et ont notamment gagné l’Angleterre. Une gravure de William Hogarth effectuée durant la guerre de sept ans, Le combat de coqs, décrit une confrontation dans l’arène royale du parc londonien de St James.

    Des combats remis en cause
    Les duels de coqs sont aujourd’hui loin de leur stature royale passée. L’association de défense des droits des animaux Stéphane Lamart dénonce une pratique « douloureuse pour les coqs à la fois dans sa phase de préparation et dans le déroulement des combats ». L’association déplore la préparation des coqs antillais, qui sont notamment en partie plumés et enduits de rhum. Les conditions de vie des gallinacés, isolés de leurs congénères, sont aussi dénoncé·e·s. Pour leur partisan·e·s, la pratique n’est nullement barbare, les coqs ayant une tendance naturelle à se battre lorsqu’ils aperçoivent d’autres mâles. Lors des combats, les coqs sont par ailleurs équipés d’ergots en corne ou en métal – souvent acérés, comme l’illustre un fait divers rapporté le 27 octobre 2020 par Le Matin : un policier philippin a été tué lors de l’interruption d’un combat illégal, un ergot lui ayant sectionné l’artère fémorale. Bien que moins mortel, le combat de reines avait aussi été remis en cause au mois de mai 2022 par la branche suisse de l’association PETA (People for the Ethical Treatment of Animals). L’initiative française s’inscrit ainsi dans la lutte actuelle de protection des animaux, opposant à nouveau le bien-être animal aux coutumes.

  • Le ski alpin, un made in Stöckli ?

    Le ski alpin, un made in Stöckli ?

    Rédigé par : Benoît Mendez

    SKI • Dans l’imaginaire collectif, la Suisse est souvent considérée comme la nation du ski alpin. Pour distinguer le mythique de l’historique, il faut remonter aux origines de l’édification de la Suisse comme reine de la glisse.

    Les plus anciennes paires de ski sont vieilles de 5000 ans, mais on ne peut pas faire remonter la passion de ce sport alpin aux fabuleux Lacustres, décrits comme nos ancêtres originels jusqu’au XXe siècle. Les premier·ère·s adeptes du schuss n’étaient pas non plus les Helvètes, comme Guillaume Tell n’était pas le premier adhérent de la Fédération Suisse de Ski. N’en déplaise à notre sentiment patriotique, ce n’est qu’au XIXe siècle que la pratique sportive du ski est importée de la Scandinavie à la Suisse. Les moniteur·ice·s étaient alors norvégien·ienne·s. Dans les années 1870, les stations de sports d’hiver telles que Gstaad ou Davos étaient très fréquentées par de nombreux·euses touristes britanniques, c’est donc naturellement que le ski, discipline en plein essor, est devenu un incontournable des sports d’hiver.

    Du plaisir familial…
    Avant la Première et la Seconde Guerre mondiale, le ski demeurait un plaisir réservé aux familles fortunées. Malgré un tourisme qui battait de l’aile dans les années de guerre, un engouement politique et économique autour du ski est né, notamment par rapport à son accessibilité. Au milieu du XXe siècle, le ski était devenu un classique du cursus scolaire et les familiaux séjours au ski se sont popularisés. Dès la période d’après-guerre, ce sport faisait l’objet d’une importante propagande, tant des milieux politiques que de l’industrie du tourisme.

    … à l’industrialisation du ski
    Puis, dans les années 1970, les athlètes suisses ont remporté bon nombre de compétitions internationales. L’épisode des Jeux olympiques de 1972 à Sapporo a ouvert un âge d’or. À cette époque de grands succès, les associations firmes-skieurs battaient leur plein. Ovomaltine, Crédit Suisse, Milka… de nombreuses marques ont créé un maillage entre sport et économie. Par la suite, cette période a été remplacée par l’âge de la concurrence. Nouvelles pratiques, rivalité avec le football et le tennis, baisse du nombre de médailles décrochées… Divers facteurs expliquent une baisse de l’engouement populaire pour la descente alpine. Le ski est désormais banalisé, même s’il reste l’une des cinq activités physiques favorites des Suisse·esse·s, selon le rapport Sport Suisse 2020. En étant 35% dans ce pays à pratiquer la glisse régulièrement, notre nostalgique imaginaire national devrait revoir où en sont les pioupious et leur piquer du bâton…

  • Le droit du sport face aux médias

    Le droit du sport face aux médias

    Rédigé par : Heidi Leclerc

    GÉOPOLITIQUE • Le sport est une pratique physique et sociale qui se consomme avec frénésie. Or, la dimension politique est souvent l’invitée d’honneur lors de compétitions internationales. Comment le cas Valieva aux JO de Pékin 2022 illustre-t-il cette tension entre sport et politique internationale ?

    Qui n’a pas entendu parler de Kamila Valieva ? La prodigieuse patineuse a perdu la 1re place au classement des Jeux olympiques en raison d’un violent scandale de suspicions de dopage, en dépit duquel elle est pourtant devenue une légende médiatique, atteignant le million d’abonnés sur Instagram, avec plus de 700’000 « followers » en moins de 10 jours, sans poster aucune publication ni « story » depuis janvier. La brutale campagne contre Valieva illustre de quel arsenal juridique les instances internationales du sport disposent pour protéger leurs athlètes contre ces pressions politico-médiatiques portant atteinte à leurs aptitudes et leurs talents.

    Le sport est un terrain d’affrontements et ne véhicule pas forcément un idéal historique de paix

    Ménage entre frontières et médias
    Les relations entre États forment un équilibre complexe oscillant entre pouvoirs et contre pouvoirs, dont les fluctuations ont des effets sur tout ce qui se pratique entre nations rivales, en particulier sur la compétition sportive internationale. La presse a longtemps constitué un contre-pouvoir face aux États, mais avec le développement des nouvelles technologies de l’information et des télécommunications, les super-pouvoirs de la presse, des médias et des réseaux sociaux peuvent constituer une menace. En particulier, dans le contexte de tensions et de désinformation entre les États-Unis, la Russie, l’Europe et l’Ukraine, le seul rempart pour protéger les athlètes reste l’application du droit par le juge.

    Aux origines de la trêve
    Le sport, vecteur de lien social, ne fait l’objet de politiques sociales que depuis les années 1920 et seulement dans de rares pays. L’Organisation des Nations Unies (ONU) et le Comité international olympique (CIO), dans le cadre d’un échange de bons procédés, présentent les JO comme une tradition grecque visant à faire baisser les armes le temps des Jeux entre cités et peuples grecs, qui autrement seraient en état de guerre perpétuel. En réalité, le message de la trêve olympique (ekecheiria) ne correspond pas à un appel du légendaire oracle de Delphes à interrompre le cycle des conflits tous les 4 ans, mais seulement à un sauf-conduit pour les pèlerins (athlètes et spectateur·ice·s).

    La nouvelle presse peut aujourd’hui constituer une menace

    Valieva face à la presse
    Aux JO de Pékin 2022, la jeune patineuse russe Kamila Valieva se trouve au centre d’une violente controverse. Les exigences esthétiques du patinage artistique sont telles que ce sport n’a rien de commun avec un sport de combat. Le contraste entre la grâce de la patineuse et l’indécence de la presse qui l’assaille est d’autant plus saisissant. Suite aux révélations le 7 février faites par la presse au sujet d’un échantillon de test antidopage effectué avant le début des JO, la presse et l’opinion publique internationales s’emparent d’une polémique au cœur de laquelle la petite prodige de 15 ans est plongée. Alors que la norme de traitement est de 20 jours dès réception de l’échantillon, les résultats du test ont été révélés hors délais. Le laboratoire suédois justifie la communication tardive en raison d’une quarantaine Covid-19 des laborantin·e·s. Tous les autres tests de la favorite pour la médaille d’or sont bons, mais les réactions sont barbares : un vent de révolte souffle parmi ses adversaires, les concurrentes envisagent même le boycott de la compétition. L’analyse a identifié de la TMZ, une substance illicite. Or, pour prouver le dopage, il faut au moins deux analyses avec des résultats concordants afin de tirer une conclusion « au-delà de tout doute raisonnable », selon le standard juridique applicable. Donc en présence d’un seul mauvais échantillon au lieu de deux, le degré de preuve est insuffisant.

    Le seul rempart pour protéger les athlètes reste l’application du droit par le juge

    Quid du droit du sport ?
    Les athlètes sont protégé·e·s par le droit du sport qui, combiné avec les plus hauts standards internationaux relatifs aux droits humains, sont un rempart solide contre les attaques. Le Tribunal arbitral du sport (TAS) a réussi dans un délai record à concilier lutte antidopage et droits fondamentaux. Suite aux révélations, l’Agence russe antidopage (ARA) a, conformément au droit du sport, suspendu la participation de Valieva. Puis, selon les règles de procédures applicables au recours de la patineuse contre la suspension, l’ARA a levé la suspension. Les instances internationales de patinage et antidopage ont recouru devant le TAS contre la décision de l’ARA. Valieva ayant moins de 16 ans, est une personne protégée au sens du Code mondial antidopage. Les concepts de faute non significative et négligence sont applicables, entraînant au mieux une réprimande sans suspension.

    La réhabilitation au prix de la pression mentale
    Après avoir interrogé la jeune femme durant 6h, avec une pause de seulement 20 minutes, et pour éviter de lui causer un préjudice irréparable au cas où elle serait innocentée après les JO, le TAS a décidé le 14 février qu’elle pourrait continuer la compétition. Mais dans quelles conditions physiques et psychologiques? Elle a donc présenté son programme court le 15 février, lui valant la première place au classement. Mais, au programme long le 17 février, ses nerfs lâchent et elle s’effondre, terminant 4e. La situation cauchemardesque dans laquelle Valieva s’est retrouvée a pour fondement un doute sans preuve suffisante, qui subsistera jusqu’après les JO, tant que l’affaire ne sera pas jugée au fond. S’il s’avère impossible scientifiquement de prouver la présence de TMZ, les instances sportives auront échoué et le préjudice irréparable aura alors été causé. À l’inverse, si les analyses prouvent la présence de la substance, sa 4e position arrange tout le monde.

    Sport et tensions politiques
    Le sport est un terrain d’affrontements et ne véhicule pas forcément un idéal historique de paix : les liens entre sport et tensions politico-médiatiques sont une réalité. Néanmoins, on peut espérer que toute instrumentalisation d’un·e athlète en machine de guerre par la presse cache une opportunité de défendre ses performances comme outil de dialogue et de réconciliation, de faire prévaloir le sport comme théâtre de l’expression des valeurs de l’humanité.

  • L’esprit paralympique

    L’esprit paralympique

    Rédigé par : Ylenia DALLA PALMA

    SPORT • Bien loin d’être légitimé·e·s, il n’est pas rare que les athlètes paralympiques soient traité·e·s comme inférieur·e·s. Or, le sport paralympique est source d’immense inspiration : chacun·e a une histoire à raconter.

    Le dimanche 5 septembre dernier se clôturaient les Jeux Paralympiques de Tokyo 2020, événement sportif international, à la fois universel et singulier. Or, le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) pointait un phénomène notable à propos de cette édition : en dehors des Jeux paralympiques, les personnes en situation de handicap ont une part de visibilité audiovisuelle et médiatique qui n’atteint pas les 1%. C’est un fait : la médiatisation des Jeux Paralympiques est bien inférieure à celle des Jeux Olympiques. Ont en effet été diffusées 3’600 heures des athlètes valides contre 100 heures seulement pour les athlètes invalides. Mais, finalement, qu’est-ce que l’esprit paralympique ?

    Permettre la vie
    Lorsque l’on parle de sport paralympique, il est nécessaire de se pencher sur le mouvement paralympique. Au sortir de la Première Guerre Mondiale, une dure réalité apparaît : des milliers de soldats, de toutes nations, gravement touchés à la moelle épinière. S’abat alors sur eux le regard de la société : ils ne servent plus à rien, ils ne peuvent plus être ni soldat, ni père de famille, ni rien. Ils sont perdus à jamais, ou du moins, c’est ce que nombre d’entre eux ont pensé, alors qu’ils étaient destinés à une mort certaine puisque les soins nécessaires aux blessés de la colonne vertébrale n’étaient pas encore assez recherchés

    La médiatisation des Jeux Paralympiques est bien inférieure à celle des Jeux Olympiques

    C’est alors qu’un neurochirurgien, Sir Ludwig Guttmann, a décidé que les choses devraient être autrement. Médecin extrêmement motivé et imaginatif, c’est au National Spinal Injuries Centre (Centre national des blessés de moelle spinale), près de Londres, qu’il est entré avec l’idée de changer le destin de ces soldats rescapés de la guerre. Il dit à ce propos : « Il fallait non seulement sauver la vie de ces hommes, femmes et enfants paraplégiques et tétraplégiques, mais encore il fallait leur redonner leur dignité et en faire des citoyens heureux et respectés ». En proposant un nouveau traitement consistant à retourner les patient·e·s chaque deux heures, afin d’éviter la formation de caillots sanguins, il leur permettait de survivre, ou plutôt, simplement de continuer à vivre.

    Reprendre possession de son corps
    L’un des points capitaux du traitement ingénieux de Sir Ludwig Guttmann, fut d’intégrer à sa routine le sport. En effet, c’est par le mouvement du corps, les sensations de la chair, la remise en marche de l’énergie de la charpente humaine que les personnes invalides ont pu, peu à peu, reprendre possession de leur corps. Ludwig Guttmann encouragea ses patient·e·s à pratiquer plusieurs disciplines qui leur demeuraient accessibles, tels le tir à l’arc, le billard, le basketball ou le tennis de table. Les résultats dépassèrent les espérances du neurochirurgien : les patient·e·s reprirent confiance en eux·elles mais aussi en leur corps. La plupart purent reprendre le travail et leur vie sociale. Face à ce succès médical, Ludwig Guttmann eut une idée : les premiers World Wheelchair and Amputee Games (Jeux mondiaux des athlètes amputés et en fauteuil), organisés en 1948, même si à cette époque-là Sir Guttmann ne songeait pas encore à les présenter au CIO en tant que compétitions officielles.

    « Il fallait leur redonner leur dignité et en faire des citoyens heureux et respectés »

    Ludwig Guttmann

    Sortir de l’invisibilité
    C’est à partir des années 1950 que le handisport se démocratise peu à peu. En 1960 s’opère alors une première révolution : les Jeux Paralympiques de Rome. Les athlètes invalides ne sont plus relégué·e·s à l’ombre des petites compétitions, ils·elles ont désormais leur propre concours international. Tou·te·s ces athlètes entrent dans le stade, chacun·e avec son histoire, son parcours, ses combats pour démontrer au grand public qui ils·elles sont. On dit que les Jeux Olympiques créent des héros·ïnes, mais que les Jeux Paralympiques attirent des héros·ïnes. Le français Jean-François Alaize a dit à ce propos : « On est tous des super-héros parce qu’on a tous vécu un drame tragique, quelque chose qui ne nous a pas permis de réussir. Mais c’est ça qui fait notre force ». Pour faire bouger les lignes et donner les mêmes droits et opportunités aux personnes handicapées qu’à l’ensemble de la population, le sport se présente donc comme un formidable vecteur qui peut faire changer le regard et soutenir l’inclusion réelle et durable des personnes handicapées.

    « On est tous des super-héros parce qu’on a tous vécu un drame tragique. Mais c’est ça qui fait notre force »

    Jean-François Alaize

    Car, déjà à l’époque, cette inclusion était insuffisante, et c’est malheureusement encore le cas aujourd’hui. En effet, le handicap est toujours la première cause de discrimination pour accéder à l’emploi, comme le rappelle la Défenseure des droits, et le taux de chômage des personnes handicapées est deux fois plus élevé que pour l’ensemble des demandeur·euse·s d’emploi. Il s’agit alors de repousser les barrières de l’intolérance, toujours plus loin, toujours plus fort. L’esprit paralympique, c’est donc cela : des histoires hors-norme, émouvantes à toucher les tréfonds de l’âme et du coeur, mais aussi un parcours vers la tolérance.