L’esprit paralympique

Rédigé par : Ylenia DALLA PALMA

SPORT • Bien loin d’être légitimé·e·s, il n’est pas rare que les athlètes paralympiques soient traité·e·s comme inférieur·e·s. Or, le sport paralympique est source d’immense inspiration : chacun·e a une histoire à raconter.

Le dimanche 5 septembre dernier se clôturaient les Jeux Paralympiques de Tokyo 2020, événement sportif international, à la fois universel et singulier. Or, le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) pointait un phénomène notable à propos de cette édition : en dehors des Jeux paralympiques, les personnes en situation de handicap ont une part de visibilité audiovisuelle et médiatique qui n’atteint pas les 1%. C’est un fait : la médiatisation des Jeux Paralympiques est bien inférieure à celle des Jeux Olympiques. Ont en effet été diffusées 3’600 heures des athlètes valides contre 100 heures seulement pour les athlètes invalides. Mais, finalement, qu’est-ce que l’esprit paralympique ?

Permettre la vie
Lorsque l’on parle de sport paralympique, il est nécessaire de se pencher sur le mouvement paralympique. Au sortir de la Première Guerre Mondiale, une dure réalité apparaît : des milliers de soldats, de toutes nations, gravement touchés à la moelle épinière. S’abat alors sur eux le regard de la société : ils ne servent plus à rien, ils ne peuvent plus être ni soldat, ni père de famille, ni rien. Ils sont perdus à jamais, ou du moins, c’est ce que nombre d’entre eux ont pensé, alors qu’ils étaient destinés à une mort certaine puisque les soins nécessaires aux blessés de la colonne vertébrale n’étaient pas encore assez recherchés

La médiatisation des Jeux Paralympiques est bien inférieure à celle des Jeux Olympiques

C’est alors qu’un neurochirurgien, Sir Ludwig Guttmann, a décidé que les choses devraient être autrement. Médecin extrêmement motivé et imaginatif, c’est au National Spinal Injuries Centre (Centre national des blessés de moelle spinale), près de Londres, qu’il est entré avec l’idée de changer le destin de ces soldats rescapés de la guerre. Il dit à ce propos : « Il fallait non seulement sauver la vie de ces hommes, femmes et enfants paraplégiques et tétraplégiques, mais encore il fallait leur redonner leur dignité et en faire des citoyens heureux et respectés ». En proposant un nouveau traitement consistant à retourner les patient·e·s chaque deux heures, afin d’éviter la formation de caillots sanguins, il leur permettait de survivre, ou plutôt, simplement de continuer à vivre.

Reprendre possession de son corps
L’un des points capitaux du traitement ingénieux de Sir Ludwig Guttmann, fut d’intégrer à sa routine le sport. En effet, c’est par le mouvement du corps, les sensations de la chair, la remise en marche de l’énergie de la charpente humaine que les personnes invalides ont pu, peu à peu, reprendre possession de leur corps. Ludwig Guttmann encouragea ses patient·e·s à pratiquer plusieurs disciplines qui leur demeuraient accessibles, tels le tir à l’arc, le billard, le basketball ou le tennis de table. Les résultats dépassèrent les espérances du neurochirurgien : les patient·e·s reprirent confiance en eux·elles mais aussi en leur corps. La plupart purent reprendre le travail et leur vie sociale. Face à ce succès médical, Ludwig Guttmann eut une idée : les premiers World Wheelchair and Amputee Games (Jeux mondiaux des athlètes amputés et en fauteuil), organisés en 1948, même si à cette époque-là Sir Guttmann ne songeait pas encore à les présenter au CIO en tant que compétitions officielles.

« Il fallait leur redonner leur dignité et en faire des citoyens heureux et respectés »

Ludwig Guttmann

Sortir de l’invisibilité
C’est à partir des années 1950 que le handisport se démocratise peu à peu. En 1960 s’opère alors une première révolution : les Jeux Paralympiques de Rome. Les athlètes invalides ne sont plus relégué·e·s à l’ombre des petites compétitions, ils·elles ont désormais leur propre concours international. Tou·te·s ces athlètes entrent dans le stade, chacun·e avec son histoire, son parcours, ses combats pour démontrer au grand public qui ils·elles sont. On dit que les Jeux Olympiques créent des héros·ïnes, mais que les Jeux Paralympiques attirent des héros·ïnes. Le français Jean-François Alaize a dit à ce propos : « On est tous des super-héros parce qu’on a tous vécu un drame tragique, quelque chose qui ne nous a pas permis de réussir. Mais c’est ça qui fait notre force ». Pour faire bouger les lignes et donner les mêmes droits et opportunités aux personnes handicapées qu’à l’ensemble de la population, le sport se présente donc comme un formidable vecteur qui peut faire changer le regard et soutenir l’inclusion réelle et durable des personnes handicapées.

« On est tous des super-héros parce qu’on a tous vécu un drame tragique. Mais c’est ça qui fait notre force »

Jean-François Alaize

Car, déjà à l’époque, cette inclusion était insuffisante, et c’est malheureusement encore le cas aujourd’hui. En effet, le handicap est toujours la première cause de discrimination pour accéder à l’emploi, comme le rappelle la Défenseure des droits, et le taux de chômage des personnes handicapées est deux fois plus élevé que pour l’ensemble des demandeur·euse·s d’emploi. Il s’agit alors de repousser les barrières de l’intolérance, toujours plus loin, toujours plus fort. L’esprit paralympique, c’est donc cela : des histoires hors-norme, émouvantes à toucher les tréfonds de l’âme et du coeur, mais aussi un parcours vers la tolérance.

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