• La Collective, prologue

    La Collective, prologue

    Photo : La Collective

    DIVERTISSEMENT • Au sein de la vie nocturne lausannoise, un groupe horizontal propose des soirées accessibles, inclusives et vibrantes dans un environnement aussi safe que possible. La Collective utilise l’art et la fête comme voie d’un activisme queer et anticapitaliste.

    Un entretien avec Argenta, de son prénom Seb, apporte un éclairage quant à la manière dont certaines entités sont actrices sur la scène lausannoise et ses environs. Argenta fait partie de La Collective qui, comme son nom le suggère, est un collectif d’ami·e·s ayant comme points communs un activisme queer et une passion pour la musique house. Cet ensemble de quatre DJs et d’une compositrice visuelle crée ou accompagne des soirées qui affichent des valeurs queers, féministes ou encore anticapitalistes. Le contexte de fête peut ainsi être vecteur de plaisir mais aussi de visibilité et de partage concernant plusieurs thématiques.

    Un souffle de diversité dans la ville

    À Lausanne, une grande partie de la vie nocturne est organisée par quelques grandes entités commerciales qui se répartissent les lieux, les programmations et le personnel. Le monopole amenant toujours un risque d’homogénéisation, la vie nocturne de la région a récemment perdu en diversité ainsi qu’en dynamisme. La Collective est quant à elle née hors des clubs et s’est développée au cœur d’une scène consciente des enjeux de diversité. Elle effectue notamment un travail de digging afin de découvrir et d’utiliser des musiques d’artistes mixtes. Cette action permet de rappeler la politisation de certains styles musicaux développés par des minorités racisées ou de genre. Ayant comme dénominateur commun musical la house, les membres de La Collective mobilisent différents styles et influences qu’il·elle·s font communiquer dans une esthétique unique, sensible et consciente.

    Un lien entre l’activisme et la musique

    Les objectifs de La Collective ne sont pas d’atteindre une grande renommée musicale ni de publier un manifeste politique. En revanche, il semble important pour ce groupe que le milieu artistique se diversifie davantage et tende vers des aménagements plus respectueux envers les personnes qui y participent. Ce changement nécessite une mobilisation à plusieurs niveaux organisationnels afin de rendre les espaces de partage sûrs et inclusifs. Par conséquent, Argenta propose quelques pistes de comportements adoptables en tant que public afin d’agir en ce sens. Il est important de se renseigner sur les personnes qui se produisent afin de favoriser les artistes possédant des valeurs en adéquation avec celles du public. Favoriser les circuits courts, les scènes locales et les artistes de diverses envergures permet d’éviter la reproduction de certains schémas dominants de la société. Il est important de se renseigner sur les comportements à adopter en soirée afin d’éviter ou de résoudre d’éventuelles situations problématiques.

    L’actualité et les productions de La Collective sont accessibles sur Soundcloud et Instagram. De plus, La Collective proposera prochainement un podcast musical diffusant des créations d’artistes minutieusement sélectionné·e·s.

    https://www.instagram.com/tu.aimes.lacollective/

    Dominique Chéret

  • EPFL VS Unil

    EPFL VS Unil

    Photo : ©Wikimedia Commons

    Rédigé par : Furaha Mujynya

    STÉRÉOTYPES • Entre haine et amour, la relation entre l’EPFL et l’Unil est tumultueuse et passionnelle. Le corps estudiantin a beau se lancer des stéréotypes au visage, tou·te·s semblent sociabiliser, indépendamment de leur appartenance à une faculté ou une université précise. Qu’en est-il de ces présupposés ? Sont-ils nés d’une réalité dure à accepter ?

    Après avoir interrogé une cinquantaine de jeunes étudiant·e·s sur l’existence et le partage de stéréotypes concernant l’EPFL et l’Unil – c’est une écrasante majorité (94,5%) qui confirme la présence de clichés bien ancrés dans la communauté universitaire. Ainsi, 68,5% des interrogé·e·s affirment avoir déjà entendu des stéréotypes à propos des deux institutions tandis que 18,5% à propos seulement de l’EPFL et 7,5% concernant uniquement l’Unil. Si les stéréotypes formés sur l’Unil et l’EPFL sont souvent créés en opposition les uns par rapport aux autres, ils confrontent souvent la Faculté des Lettres à l’entièreté de l’EPFL – à l’exception de la Faculté d’Architecture, souvent considérée comme le mouton noir de l’EPFL en termes de difficulté d’apprentissage. Car, oui, ce sont surtout des questions de différences de complexité de cursus qui viennent opposer nos chères hautes écoles, et par extension leurs corps estudiantins.

    Prof ou Pôle emploi
    Parce que l’EPFL a la réputation d’être difficile à réussir, ses étudiant·e·s sont stigmatisé·e·s comme des geeks ou des nerds, qui passent soi-disant tout leur temps à étudier, au dépend de leur vie sociale. À l’inverse, les étudiant·e·s de Lettres, qui s’intéressent plus aux sciences humaines, à la culture, et aux langues, sont considéré·e·s comme des personnes qui ne font rien, et qui possèdent comme seules possibilités d’avenir l’enseignement ou le chômage. Bien évidemment ces clichés, bien loin d’être propres à ces deux écoles spécifiques, découlent de présupposés qui trouvent leur origine dans les tréfonds de notre société.

    L’Université de Lausanne possède le label de gauchiste libéral

    Il existe des dictons qui prétendent que « ceux·elles qui savent faire, font ; ceux·elles qui ne savent pas faire, enseignent ». Ce sont justement ces maximes qui laissent suggérer un ordre hiérarchique entre les métiers éducationnels et ceux d’ingénierie, médecine ou autres. En partageant ces idées préconçues sur les voies professionnelles qui découlent d’une éducation supérieure en Sciences Sociales ou en Lettres mais aussi sur leur valeur hiérarchique ou utile dans la société humaine, les étudiant·e·s ne font donc que répéter et reproduire des stéréotypes déjà bien ancrés dans le monde professionnel – une tendance dont a pris conscience l’EPFL qui précise de manière explicite, sur la page de son site internet, les différences entre l’EPFL et l’université : « [qu’il] n’y a pas de formation qui soit meilleure qu’une autre. Les évaluations et les choix doivent être faits selon les priorités et les ambitions de chaque individu ».

    Gauchistes vs misogynes
    En dehors des présuppositions effectuées sur les difficultés éducationnelles auxquelles font face les étudiant·e·s de l’EPFL et l’Unil, ce sont surtout les stéréotypes concernant le genre et les positions politiques du corps estudiantin qui posent problèmes. L’EPFL, qui possède effectivement une majorité d’étudiants hommes, est souvent considérée comme un phare à attitudes misogynes. S’il existe bien une réalité troublante concernant les comportements inappropriés envers les femmes, ou toute autre minorité, celle-ci est cependant loin d’être propre au campus epflien, comme le démontrent les pages Instagram de @payetonunil @payetontournage, et @payetonimpro. Au contraire, ce n’est pas parce que l’Université de Lausanne possède le label de gauchiste libéral que ses étudiant·e·s ne subissent pas pour autant des violences verbales ou physiques.

    « Ceux·elles qui savent faire, font ; ceux·elles qui ne savent pas faire, enseignent »

    Donc, au lieu de se cacher derrière des étiquettes, il est plus intéressant de se rencontrer sans a priori et juger, au cas par cas, si l’on est face à quelqu’un de confiance, aux idéaux et morales semblables aux nôtres ou pas – ce que font déjà la plupart des personnes, conscientes finalement que ces stéréotypes ne sont rien d’autre que ça ; des vieux clichés sans réel fondement.

  • La scène aux femmes

    La scène aux femmes

    Photo: ©Alicia Gaudin @alisights

    Rédigé par : Furaha Mujynya

    MUSIQUE • À Lausanne, la musique est partout – que ce soit à la Haute école de musique, l’École de jazz et musique actuelle, au conservatoire ou lors d’événements organisés par la ville et d’autres organismes – et elle produit un grand nombre de jeunes artistes locaux·les. C’est avec Louise Knobil et Badnaiy que l’envers de la scène lausannoise est expliqué.

    Des jeunes artistes solos ou en groupe ; il y en a énormément sur la scène romande suisse. Il·elle·s ont su se rendre visibles en performant lors d’événements locaux, comme des festivals universitaires, la fête de la musique ou encore dans des petites salles lausannoises (la cave du Bleu Lézard, le Chorus, au Bourg ou à la Galicienne). Cependant ce grand nombre d’artistes peut également rendre une popularité concrète plus dure à atteindre. Louise Knobil, qui s’est lancée dans le monde de la musique il y a six ans, et Badnaiy, qui en fait professionnellement depuis fin 2018, exposent les difficultés et plaisirs d’une carrière musicale à Lausanne. Toutes deux ont pu jouer en groupe et en solo, en Suisse et à l’étranger, bien qu’elles se situent dans des genres musicaux différents – jazz et pop pour Louise, rap et hip-hop pour Badnaiy.

    « Complètement invisibilisée, ou perçue comme un prodige »

    – Louise Knobil

    Louise explique que pour gagner en visibilité il devient de plus en plus nécessaire de soigner son image sur les réseaux sociaux et de produire un réel travail d’autopromotion afin d’attirer les programmateur·trice·s de salles. Parce que, malgré l’existence de festivals organisés spécifiquement pour de jeunes artistes et l’accès à des studios d’enregistrement, ce que félicite Badnaiy, les offres de résidence en studio sont soit peu publicisées ou s’adressent souvent à des artistes amateur·trice·s, précise Louise. Ce sont donc finalement les salles de concert autogérées qui viennent prendre le relais, affirme Louise – à l’instar de Neuchâtel ou Fribourg qui ont une offre officielle plus variée pour les jeunes artistes professionnel·le·s.

    © Anoush Abrar @anoushabrar

    Univers musical genré ?
    Si les deux artistes affirment qu’il peut exister une certaine appréhension quant aux compétences des femmes dans le monde de la musique, elles précisent cependant que ça dépend du rôle qu’elles ont, de l’instrument qu’elles jouent ou encore du genre dans lequel elles se trouvent. Bien loin d’être une méfiance entre artistes hommes et femmes, la misogynie que Louise et Badnaiy ont pu ressentir semble plutôt venir des corps de métiers qui entourent le monde musical (médias, écoles, équipes techniques et événementielles) ou des institutions qui forment les futures générations. Louise déclare que, pour elle, ce sont dans « les musiques institutionnalisées, à savoir le jazz et la musique classique » que les femmes sont souvent moins bien accueillies. Elle souligne que c’est dû à une transmission d’homme à homme, ce qui se déploie par la prépondérance d’enseignants « hommes cisgenres entre 40 et 65 ans » dans les hautes écoles de musique. Badnaiy parle également d’un sexisme latent envers les femmes dans certains genres musicaux, mais cette fois-ci de la part du public. Certaines attentes sont construites à partir d’idées préconçues sur le rôle et les qualités des femmes « mais dans certains genres musicaux, elles viennent parfois casser ces codes-là, et remettre en question beaucoup de codes sociaux, et c’est clair que ça en dérange plus d’un ».

    Entre appréhensions et attentes
    Cependant, si le monde institutionnel ou le public fait parfois preuve d’une certaine réticence ou sexisme envers les femmes, c’est surtout de la part des équipes techniques que les deux jeunes artistes ont ressenti des différences de traitement. Que ce soient des ingénieurs sons, techniciens, organisateurs ou programmateurs, nombreux font preuve d’une certaine crainte envers les capacités des artistes femmes, ce qui les force à devoir faire leurs preuves « avant d’être prise[s] au sérieux ». Il existe également l’effet inverse, affirme Louise, où les femmes subissent une « surexposition », car elles sortent plus facilement du lot, ce qui engendre plus d’attentes quant à leur performance, qui est transformée en un « acte politique en soi ». Louise déclare : « J’ai souvent l’impression d’être soit complètement invisibilisée, soit perçue comme un prodige, mais rarement comme une musicienne avec ses qualités et ses défauts – ce que je suis ».

    Un avenir prometteur
    En revanche s’il existe des attentes disproportionnées ou une certaine méfiance à l’encontre des femmes, ceci est loin d’être propre au monde musical. Badnaiy tient à souligner « que malheureusement comme dans tout corps de métier, et dans la société en général ; la réalité est que c’est plus dur d’être une femme, tout court ». Elle déplore donc la tendance de : « pointer du doigt la misogynie dans le rap comme s’il n’existait pas ailleurs […] surtout lorsqu’on voit comment les femmes sont traitées dans les industries plus corporate ».

    « C’est clair que ça en dérange plus d’un »

    – Badnaiy

    Malgré les difficultés que notre société peut poser pour toute femme, les deux artistes continuent à conquérir le monde de la musique à coup de concerts, albums et nouveaux projets. Après la sortie de son single « Universe » en février, Louise organise notamment le vernissage de son nouvel EP « Or not Knobil » le 17 mars au jazz club Chorus, à Lausanne. Tandis que Badnaiy prépare la sortie de son nouvel album pour cet été.

  • Immersion dans la magie

    Immersion dans la magie

    Photo : ©Edson Junior

    Rédigé par : Jeanne Möschler

    MENTALISME • La magie n’est pas réservée aux romans fantastiques ou aux films à effets spéciaux. Il existe à Lausanne des magicien·ne·s, dont des mentalistes, peu nombreux·ses, mais il·elle·s sont passionné·e·s. L’auditoire s’en est allé les rencontrer afin d’en savoir plus sur ces pratiques peu communes.

    Pour nous, moldus facilement fourvoyé·e·s, la différence entre les types de magie est plutôt obscure, alors qu’il existe pléthore de manières de pratiquer cet art. Le close-up, c’est le un à un avec des objets du quotidien (pièce de monnaie, briquets, etc.), à exécuter très proche du public. La magie de scène, c’est également de la manipulation d’objets, mais devant plus de monde. Le mentalisme est aussi l’une des disciplines de la magie. Zack, enseignant et mentaliste, le définit comme « tout ce qui a trait à des pouvoirs cognitifs et à donner l’impression que l’on peut extraire des informations de la tête des gens ». C’est une pratique qui connaît un succès florissant depuis une dizaine d’années, note Yannick, étudiant et magicien engagé dans des restaurants pour faire du close-up.

    Des tours appris aux conseils à transmettre
    D’où est venu leur intérêt pour la magie ? Zack, passionné par les maths et la mémoire, a constaté que ses élèves avaient quantité de matière à apprendre par cœur, mais qu’on ne leur apprenait jamais à apprendre. Il a donc commencé à s’intéresser à des moyens mnémotechniques, puis au domaine même du mentalisme, qui touche à la psychologie. Yannick, c’est avec quelques tours de cartes appris sur YouTube, de nombreuses représentations devant ses proches et de la curiosité qu’il est devenu magicien.

    L’honnêteté et les intentions de la personne sont primordiales avant de transmettre des conseils

    Nos deux passionnés insistent sur le rôle fondamental qu’ont joué leurs mentors : « il habite dans le sud de la France, il donnait un stage de mentalisme où j’étais le seul inscrit. J’ai passé une semaine chez lui à faire des master class de 15 heures et à développer plein de trucs. Si je bloque sur la préparation d’un tour, je peux l’appeler et il est toujours là pour moi », confie Zack. Yannick a rencontré le sien chez Jouets Davidson. « J’allais toutes les semaines acheter des objets en rapport avec la magie, alors on a sympathisé. C’est un mec hyper généreux qui m’a transmis une bonne partie de son savoir, car il a vu que j’étais honnête et que j’allais en faire quelque chose de bien. »

    On veut faire de la magie plus accessible et narrative

    C’est un point qui compte aussi pour Zack, mentor de magicien·ne·s d’une génération plus jeune : l’honnêteté et les intentions de la personne sont primordiales avant de transmettre des conseils. Les clubs de magie sont également un moyen de partager sa passion pour cette pratique et les avis les concernant sont multiples.

    ©Milad Fakuian

    Certain·e·s en sont très critiques, comme Zack qui les voit comme des lieux « masculins, rétrogrades et conservateurs ». Il est vrai que dans le club de magie de Lausanne, ils sont soixante hommes pour deux femmes. Yannick voit les clubs de magie comme le reflet du fait que cette pratique est une branche très masculine, plutôt que d’en être la cause. Jessi nuance également le côté conservateur : « les nouveaux tours sont toujours bienvenus et il y a bien une certaine appréhension des vieux face à la technologie, mais ça, c’est comme partout. »

    De lapin à magicien
    Quand on pense à la magie, on imagine bien vite un lapin jaillissant d’un chapeau tapoté par une grande baguette magique alors que la réalité est tout autre. Les magicien·ne·s cherchent continuellement à se renouveler. « Les grandes illusions ne sont plus très populaires chez les jeunes. On veut vraiment se détacher de l’image du magicien avec son assistante, et plutôt faire de la magie plus accessible et narrative et de faire vivre des émotions au public », assume Jessi, étudiant·e à l’Unil et magicien·ne. Afin de trouver de l’inspiration et se renouveler, Yannick raconte qu’il pioche ses idées dans les livres, sur internet, dans ses expériences de vie, puis utilise ce matériel pour créer des tours. Pour l’hypnose et le mentalisme, Zack utilise le même procédé : « Il faut être bienveillant et original. On a assez entendu le discours classique du mentaliste selon lequel on n’utiliserait que 10 pour cent des capacités de notre cerveau… mais que lui en utilise 20 ! C’est très centré sur le moi du mentaliste et il adopte une posture supérieure. Pour me diversifier, je choisis une thématique (libre arbitre, déterminisme, mémoire) ou une émotion que j’ai envie de faire vivre aux gens – et ensuite je regarde avec quelle technique c’est réalisable.

    « Il faut être transmetteur, mais pas autocentré et pas chiant »

    En ce moment, je travaille sur un spectacle avec la mémoire comme fil rouge, et l’idée c’est vraiment de transmettre quelque chose au public qu’il peut emmener chez lui, des moyens mnémotechniques, des émotions… » La posture de l’artiste est alors importante. « Il faut être transmetteur, mais pas autocentré et pas chiant », estime Zack. Jessi aime quant à lui·elle varier les postures : « on cherche à émerveiller plus qu’à impressionner. Dans beaucoup de tours, on se met au niveau du public et on fait semblant de découvrir en même temps que lui. Et parfois, on a une position de présentateur mais tout en gardant l’échange avec le public ». Et cela afin de sortir de la division magicien·ne/scène, public/salle et de nous faire vivre, sous nos yeux ébahis, des moments extraordinaires… et magiques !

  • Vélocité, ça fait suer !

    Vélocité, ça fait suer !

    Photos : ©Mathieu Gex

    Rédigé par : Jeanne Möschler

    RENCONTRE • Reconnaissables à leur habit moulant rouge, leur casque bien vissé sur la tête et leur gros sac à dos, les coursier·ère·s sillonnent Lausanne et les alentours. De tels trajets à vélo, ça doit quand même demander un sacré effort, non ? Écoutons ce que les cyclistes ont à nous dire !

    Vélocité fait partie du service de livraison le plus rapide de Suisse. Les coursier·ère·s se déplacent essentiellement à vélo et utilisent ponctuellement le train, pour quelques livraisons éloignées.

    Un effort à la fois physique… mais aussi mental !
    Avant de commencer ce job, quel était leur niveau de condition physique et est-ce qu’il·elle·s redoutaient l’effort à fournir ? « Oui et non. Je savais que j’étais prête, mais j’appréhendais car ce n’est pas le même type d’effort que le cyclisme sur les cols et routes de campagnes… », témoigne Estelle, coursière depuis un an et demi. « Au début, c’est dur, dans les trois jours de formation, tu fais un énorme tour où tu prends tous les chemins habituels que les coursier·ère·s prennent, à la fin j’étais hyper fatiguée. À l’époque, je n’avais jamais fait autant de vélo en une journée… Les premières semaines, je faisais 1h30 de sieste après le shift », raconte Giovanni. Pour Arianne, cela s’est passé ainsi : « J’étais en bonne condition physique, je faisais pas mal de sport et j’avais une bonne endurance… mais en tant que meuf, on se met de la pression et on se sent moins légitime à postuler dans des jobs avec de l’activité physique. Donc oui, j’appréhendais pas mal l’effort à fournir, mais Lausanne c’est le pinacle de la ville pour faire du vélo, et finalement c’est moins physique que ce à quoi je m’attendais : pas de Ouchy-Epalinges trois fois par jour, car le but du job, c’est aussi d’optimiser les trajets que tu fais ».

    « C’est super pour la santé mentale ! Entre bouger au grand air et avoir des collègues et patrons géniaux »

    – Estelle, coursière de Vélocité

    Les distances et dénivelés sont tout de même conséquents, entre 30 et 60 km pour un shift simple (environ 4h) et entre 500m et 1’200m de dénivelé. Cependant, ce job, c’est aussi un sport de la tête ! Il faut savoir s’organiser et connaître ses limites afin de faire du bon boulot, comme le fait remarquer Giovanni : « Pour être le plus efficace, les gestes pratiques (cadenasser ton vélo, sortir ton carnet, savoir où sont les adresses) ça doit pas être quelque chose qui te fait perdre du temps », et les personnes du bureau qui organisent le trajets doivent pouvoir être en contact permanent avec les coursier·ère·s, afin de les prévenir d’éventuels changements de dernière minute – une livraison qui s’annule, un paquet en plus à chercher – et ça demande de l’adaptation !

    Ça fait du bien au corps et à la tête
    Est-ce qu’une telle dose de sport a provoqué des améliorations sur la santé ? « Il peut y avoir des soucis annexes, liés au fait de porter une charge sur le dos pendant l’effort ou des blessures provoquées par un vélo mal réglé et aussi une fatigue, une forme d’usure si l’on gère mal son effort et ses plannings, mais en apprenant à se connaître et à respecter ses besoins/limites, on peut éviter ça », raconte Estelle, avant d’ajouter : « C’est super pour la santé mentale ! Entre bouger au grand air et avoir des collègues et patrons géniaux ou être enfermée seule dans un huis clos, les yeux sur un écran, y a pas photo… ». Giovanni ajoute : « J’ai un rythme de vie bien plus sain. Avant de faire Vélocité, j’avais des chutes de pression, mais maintenant que je fais tellement de sport, je mange plus et ça va mieux. Je dors toujours au moins 7h ou plus, et je mange toujours un petit déj’ pour ne jamais rouler le ventre vide ! »

    Rouler et s’entraider avec le sourire
    Ce qui ressort également du discours des coursier·ère·s interrogé·e·s, c’est l’ambiance d’entraide qui lie les personnes chez Vélocité. Giovanni décrit avec le sourire : « C’est une communauté mondiale, donc il y a peu de gens qui finissent le shift et rentrent direct à la maison. On est tous et toutes plus ou moins potes. Si un jour t’es vraiment pas bien et que tu te sens pas de rouler, tu peux trouver facilement quelqu’un qui propose de te remplacer, et comme y a des gens qui ont des gosses parfois malades, ou des étudiant·e·s qui veulent plus d’heures, ça finit par arranger tout le monde ».

    Photos : ©Mathieu Gex

    Vélocité essaye également « de recruter d’autres profils et encourage les candidatures féminines », fait remarquer Arianne. « De base c’est un milieu assez masculin. Il y a trois ans encore, il n’y avait que des mecs. Mais les choses changent gentiment, maintenant on est environ un petit tiers de meufs et c’est vraiment cool… et le fait de voir des filles rouler dans la rue, ça en motive d’autres à postuler ! En tout cas, l’ambiance du job aide hyper beaucoup, c’est un climat trop sympa que je n’ai jamais revu ailleurs », conclut-elle. Estelle rappelle que quand elle est arrivée, elles n’étaient que « trois femmes pour environ 20 mecs », contre « environ 10 femmes pour 20 mecs maintenant ». Et selon elle, cette évolution doit se faire en « donnant confiance aux femmes et en les valorisant, à l’inverse de la discrimination positive » que les femmes subissent aussi au travail et qui « a un effet dégradant ». Elle ajoute, déterminée qu’« il est grand temps que les femmes se sentent légitimes dans des jobs comme ça ! »

  • À Lausanne on respire le cinéma

    À Lausanne on respire le cinéma

    Photo : ©Alicia Mendy, extrait de « Entre Mer et Ciel »

    Rédigé par : Furaha Mujynya

    FILM • À la découverte du monde cinématographique lausannois avec l’aide de plusieurs jeunes cinéastes lausannois·es. Quelles sont ces opportunités qu’il a à offrir aux étudiant·e·s en cinéma et aux réalisateur·trice·s amateur·trice·s et seront-elles suffisantes pour faire de notre chère ville la prochaine Hollywood ?

    Il existe de nombreuses formations en Suisse qui permettent de découvrir les métiers du cinéma – que ce soit à l’ECAL, à la HEAD ou encore à l’Unil. Ces formations produisent des cinéastes qui se lancent dans la création de court-métrage. Afin de mieux comprendre les opportunités et difficultés que peuvent rencontrer de jeunes producteur·trice·s en Suisse, quatre lausannois·es; Alicia Mendy, Ilù Seydoux, Samuel Damiani et David Gonseth partagent leurs expériences dans la réalisation de film.

    Un environnement propice
    La culture cinématographique à Lausanne – comme dans l’ensemble du canton de Vaud – est fortement développée et possède un grand nombre d’institutions qui permettent la projection de films, l’organisation de rétrospectives ou encore de festivals de films. La cinémathèque suisse à Lausanne projette un grand panorama de films suisses et d’origine étrangère à travers des hommages, rétrospectives et des cycles de films organisés autour d’un courant ou genre cinématographique.

    « Le matin je sais que je vais faire ça et c’est vraiment ce qui me passionne »

    – Samuel Damiani

    Il existe également le cinéma Bellevaux, Oblò, Zinéma ou encore le City-Club de Pully qui proposent tous un programme qui s’éloigne des habituels films commerciaux que l’on peut trouver au Box-Office. Grâce à ces salles plus intimistes, il est possible de découvrir des productions locales, des documentaires, courts-métrages, animations et films indépendants, dont l’accès n’est pas toujours évident. Encouragés par de motivations politiques, sociales et esthétiques, ces cinémas tiennent à permettre au public lausannois d’enrichir ses horizons, par la projection de courts-métrages et documentaires locaux ou encore par l’organisation de ciné-concerts. Mais s’il existe un grand nombre de lieux où visionner des films suisses, il reste à déterminer si ces opportunités s’étendent aux projets amateurs.

    Les débuts filmiques
    Samuel et David ont produit leur premier court-métrage, à travers le collectif Masvida, avant même d’avoir commencé une formation dans le cinéma. Pourtant, ceci ne les a pas empêchés de remporter un prix pour leur film « Sers-moi un Rêve » au festival Aventiclap en 2021. Le court-métrage plonge son public dans un monde noir aux lueurs d’exaucer de souhaits, où deux jeunes en quête de fortune perdent le contrôle de leur business illégal. Depuis, ils ont produit plus d’une dizaine de projets. Ayant expérimenté la réalisation de courts-métrages en autodidacte ainsi qu’en école, ils soulignent les avantages que peut apporter une formation en cinéma – non seulement pour se rassurer sur son avenir professionnel, mais également pour se sentir légitime face à ses parents et les spécialistes du milieu.

    ©Masvida, extrait tiré de « Sur la Croix »

    Samuel, actuellement en master de cinéma à l’Unil, dit : « L’avantage c’est que tu baignes tout le temps là-dedans […] quand je me lève le matin je sais que je vais faire ça et c’est vraiment ce qui me passionne ». De plus David, Ilù et Alicia, qui suivent des formations à l’ECAL et à la HEAD, notent l’importance d’avoir accès à du matériel de qualité ou encore de pouvoir rencontrer des professionnel·le·s, offrant diverses perspectives sur les aspects techniques du cinéma. Ilù applaudit aussi la mise en contact avec des élèves d’écoles de théâtre, qui facilitent la rencontre avec de potentiel·le·s acteur·trice·s.

    L’avenir en Suisse
    Tou·te·s affirment que la scène cinématographique suisse possède un grand budget et que sa petite taille est avantageuse lorsqu’il est question de se faire des contacts dans le milieu. De plus, la plupart des festivals de cinéma possèdent une section étudiante qui permet de présenter ses projets (e.g. Locarno, NIFFF) – bien que les contraintes au niveau du format ou encore l’absence d’un tampon institutionnel pour les autodidactes peuvent rendre leur accès difficile, remarque Masvida. Alicia note aussi que s’il ne manque pas d’opportunités où inscrire ses projets : « ça touche toujours les mêmes publics – des vieux bourgeois ». Contrairement à la majorité qui se voit rester en suisse ou en tout cas en Europe, le discours politique qu’Alicia souhaite défendre la pousse « vers le Sénégal et la Guinée-Bissau, d’où vient [son] papa ». Ses productions s’éloignent du genre thriller et humour noir de Masvida pour entrer dans un monde fantastique, influencé par des photographes ouest-africains. Elle produit une image tantôt féérique et tantôt menaçante, jouant avec les tons de chaque plan pour projeter l’audience dans un monde lointain.

    « Ça touche toujours les mêmes publics – des vieux bourgeois »

    – Alicia Mendy

    Pourtant Alicia rejoint Ilù dans son intérêt du documentaire et du cinéma réel. « Le Plafond » par Ilù, dénonce les dangers de la folie créative, mêlant une critique sur les conditions de la vie d’artiste à un univers fictif intemporel. Tandis que le nouveau film d’Alicia, « Entre Mer et Ciel », produit en Guinée Bissau et au Sénégal, présente le parcours d’un concierge qui quitte son pays. Entre exil forcé et rêves brisés, le film associe images ésotériques à un discours ancré dans la réalité. « Sur la Croix » – le projet bientôt disponible de Masvida – s’inscrit, quant à lui, dans un monde noir et sinistre, exposant un amour malsain et empli de manipulation. Si les productions lausannoises sont nombreuses et variées, les plateformes où elles peuvent être exposées ne font qu’augmenter ; il ne reste donc plus qu’à les découvrir.

  • Une marque de renouveau à Beaulieu

    Une marque de renouveau à Beaulieu

    Rédaction & photo : Jessica Vicente

    CULTURE · Après trois années de travaux, le théâtre du Palais de Beaulieu fait peau neuve. Petit coup d’éclairage sur ce projet d’envergure pour la municipalité lausannoise. 

    C’est en 1954 qu’a été inauguré la première fois le Théâtre de Beaulieu dans la capitale vaudoise. Il a vu défiler pas moins de 65 saisons remplies de programmations en tout genre : comédies musicales, concerts, pièces d’opéra, ou encore le prestigieux concours international de ballet Le Prix de Lausanne. Avec ses 1’844 places assises, il était déjà considéré comme étant le plus grand théâtre de Suisse. Cependant, avec les infrastructures vieillissantes, il a fallu penser à des aménagements pour répondre à une demande croissante pour la culture.

    Plus de proximité

    « Le but a été de conserver l’identité du théâtre en rénovant entièrement l’ancien lustre présent depuis toujours » explique Florence Favrod, directrice du théâtre de Beaulieu SA. Ce qui était primordial d’améliorer c’est l’acoustique ainsi que l’éclairage. « La scène était autrefois en pente, ce qui rendait difficile la mise en place des décors par les metteurs en scène » ajoute Florence Favrod. La scène a donc été rabaissée de 20 centimètres et remise à plat afin de permettre aussi aux artistes de se sentir plus proches du public. La petite particularité de la salle qui la rend aussi attrayante ? « Un faux plafond en bois composé d’ondulations qui donnent un effet de relief pour les artistes qui se trouvent sur scène » déclare Serge Fehlmann, architecte du bureau Fehlmann Architectes SA.

    Une ville qui se développe

    La rénovation du Théâtre de Beaulieu fait partie d’un vaste programme d’aménagements de la Ville de Lausanne. Le budget alloué par la ville pour le théâtre se chiffre à 43 millions.  C’est à terme, tout le quartier de Beaulieu qui sera transformé. Un nouveau restaurant italien Quintino a été construit ainsi que l’arrivée du siège du Tribunal arbitral du Sport, en parallèle à la rénovation du Théâtre. Les Halles sportives qui abritaient autrefois le célèbre Comptoir Suisse seront mis à disposition pour des activités sportives en tout genre (basketball, boulodrome, escalade de bloc, sports à roulettes,…). L’objectif est d’élargir encore l’offre sportive pour la population lausannoise. Les Halles Nord vont quant à elles, être au bénéfice de l’économie circulaire. La société coopérative Démarche active dans le domaine de la réinsertion professionnelle et sa structure Textura dans la collecte de textiles dans le canton de Vaud seront des acteurs majeurs de ce projet. Les activités dans les halles nord seront donc sociales et économiques avec comme objectif de créer un laboratoire de solutions innovantes. Près de 50 personnes viendront travailler quotidiennement dans ces nouvelles start-ups et autres entreprises.

    La culture avant tout

    Selon Grégoire Junod, syndic de la ville de Lausanne, ce théâtre trouvera vite sa place dans la capitale vaudoise. Les aménagements et constructions témoignent de l’effervescence d’une ville de culture comme l’est Lausanne. Mais cela montre également l’envie de valoriser le patrimoine culturel et historique présent avant nous. L’offre de programmation se veut quant à elle toute aussi riche et variée afin de toucher le plus de couches de la population.                   

  • Changeons le système, pas le climat

    Changeons le système, pas le climat

    Vendredi, des milliers d’étudiants se sont mobilisés dans toute la Suisse pour manifester. La cause de leur préoccupation ? C’est bien simple, l’avenir de notre planète. Gymnases, universités, hautes écoles ; tous étaient au rendez-vous pour tirer la sonnette d’alarme. En ville de Lausanne, c’est au Petit Chêne que la manifestation débute. Des jeunes, des très jeunes, des moins jeunes également. Même Jacques Dubochet est de la partie. Le temps est au beau fixe, l’ambiance aussi. Toutefois, les étudiants ne sont pas là pour plaisanter ; le rassemblement n’a rien d’un coup de gueule passager. Les discours sont clamés d’un ton ferme, pancartes et banderoles brandies avec détermination : « Si le climat était une banque, il serait déjà sauvé », « Il n’y a pas de planète B », « Moins de biens, plus de liens ». Le flot d’étudiants déferle dans les rues, débordant d’enthousiasme. Des slogans divers et variés retentissent tout au long du cortège. « Et un, et deux, et trois degrés, c’est un crime contre l’humanité ! », « On est plus chauds, plus chauds, plus chauds que le climat ». La foule triomphante débarque finalement sur la Place de la Riponne, où les derniers discours sont prononcés dans une atmosphère chaleureuse.

    À Genève, c’est à l’entrée du parc des Bastions que se donne rendez-vous la foule de jeunes manifestants. Selon les estimations de la Tribune de Genève, ce sont quelque 5’000 adolescents qui se mettent en route Place de Neuve, descendent la rue de la Corraterie pour traverser le pont de la Machine, avant de longer le quai du Mont-Blanc. En passant devant l’Hôtel des Bergues et le Kempinski, on entend résonner de retentissants « anti, anti, anticapitalistes ! », tandis qu’une jeune fille exhibe fièrement sa pancarte ornée d’une célèbre citation de Gandhi « Le monde contient bien assez pour les besoins de chacun, mais pas assez pour la cupidité de tous. » Aux balcons des grands hôtels, quelques hommes d’affaires curieux observent le cortège, des sourires complaisants aux lèvres. La foule avance dans la bonne humeur, au rythme des différentes enceintes qui répandent house, techno, drum and bass ou encore rap dans la ville. Bien que porteurs d’un message alarmiste, les jeunes gens souhaitent garder une vision optimiste de l’avenir. Finalement, les manifestants terminent leur marche devant la Place des Nations. Leur message est clair : la lutte pour la sauvegarde de nos écosystèmes revêt d’une importance mondiale et sa réussite ne pourra voir le jour sans une prise de conscience et une volonté d’action internationale.

    Des revendications concrètes

    L’ampleur du mouvement parle de lui-même : l’heure du changement a sonné. Les revendications, loin d’être anodines, ne sont toutefois pas un simple délire utopique d’écolo-bobo-gauchiste illuminé. Les étudiants exigent que les autorités mettent en place des mesures concrètes, notamment afin d’atteindre un bilan carbone neutre en Suisse d’ici à 2030. L’état d’urgence climatique doit être déclaré au niveau national et le gouvernement se doit de reconnaître la catastrophe climatique comme une crise à surmonter. Si ces requêtes ne peuvent être mises en œuvre dans notre système actuel, il sera donc nécessaire de changer ce dernier. Quoi qu’il en soit, nous serons contraints d’étancher notre intarissable soif de croissance.

    © Sébastien Brunschwig

    L’engagement de la jeunesse

    Bien que l’on puisse exprimer le regret que peu d’universitaires se soient mêlés à la manifestation, cette mobilisation importante des 14-21 ans reste néanmoins porteuse d’espoir. Que 22’000 adolescents, généralement décriés pour leur individualisme et leur abstentionnisme devant les urnes, soient sortis défiler pour défendre leurs convictions, démontre deux points essentiels : la jeunesse est maintenant prête à s’engager pour faire évoluer la société, mais elle ne se reconnaît malheureusement pas dans les politiques actuelles.

    Le caractère apartisan et horizontal du mouvement est aussi à mettre en évidence. Pour les jeunes, l’urgence climatique à laquelle est aujourd’hui confrontée l’espèce humaine transcende les clivages politiques habituels : la question écologique est l’affaire de chacun.

    Une classe politique partagée

    Reste encore à poser la question de la cohérence du mouvement. En effet, de nombreuses personnalités politiques ont pointé du doigt l’écart qui existe entre les revendications des étudiants et leur mode de consommation. Parmi eux, Benoît Genecand, conseiller national PLR, qui, dans une opinion-courrier de la Tribune de Genève du 16 janvier, invite les jeunes Suisses à observer plus de cohésion entre leur souci écologique de principe et leur insouciance en pratique. Il utilise, pour appuyer ses propos, une statistique de l’Office fédérale de l’environnement révélant que les 18-24 ans seraient la frange de la population suisse qui, en moyenne, effectue les plus longues distances annuelles pour le loisir (près de de 19’000 kilomètres). Le conseiller évoque aussi la sous-information des jeunes en ce qui concerne le dossier climatique au niveau fédéral, ainsi que leur non-engagement politique.

    L’auditoire a interrogé Léo Brockmann, déléguée à la communication pour la marche de Genève et élève en troisième année au Collège Emilie-Gourd : « On avait anticipé toutes ces critiques. Premièrement, Benoît Genecand parle des jeunes en évoquant la catégorie des 18-24 ans; or, la classe d’âge qui a participé à la manifestation se situe entre 14 et 20 ans. Plus de précisions seraient donc souhaitables. Ensuite, et j’en arrive au point le plus important, il s’agit de se demander pour quelles raisons les jeunes consomment ainsi. Ce que nous constatons, c’est que la jeunesse suisse s’est adaptée à l’environnement dans lequel elle a grandi. Notre mode de vie et nos habitudes de consommation ne sont finalement que les produits du formatage de notre société. Il est trop simple de nous mettre maintenant face à des responsabilités qui incombent en réalité aux politiques éducatives et de sensibilisation mises en place par les générations passées. » Elle termine : « La jeunesse et la population suisse en général sont prêtes à changer leurs habitudes, seulement il faut qu’un cadre légal les accompagne et les incite à adopter les petits comportements qui feront au final une grande différence. Il est essentiel, si l’on veut que les changements nécessaires soient atteints, que s’établisse une synergie entre les politiques et la conscience écologique qui est en train de naître chez les jeunes générations. »

    L’heure du changement

    L’ampleur du mouvement est bien la preuve que la jeunesse se rend compte de l’urgence de la situation. Nous sommes en train de foncer dans le mur, et continuons à appuyer allègrement sur l’accélérateur. Cette génération, certes critiquée pour son esprit de contradiction entre requêtes irréalistes et mode de vie tout aussi démesuré, est le produit d’un système qui l’a éduquée depuis sa plus tendre enfance à la surconsommation. Le changement ne sera facile pour personne, mais chacun est tenu de prendre conscience de l’état d’urgence et de transformer ses habitudes à son échelle : se déplacer en transports publics ou à vélo, réduire drastiquement sa consommation de viande, se retenir de faire un aller-retour à Londres sur le week-end… Les jeunes ont manifesté leur désir d’évoluer en ce sens. Aux autorités maintenant de sensibiliser la population, et surtout de prendre les mesures nécessaires qui ne dépendent pas de nous. La date de la prochaine manifestation est agendée au 2 février. Reste à voir ce qui ressortira concrètement de cette mobilisation.

    © Irène Dutoit
  • Une vitrine pour la créativité romande

    Une vitrine pour la créativité romande

    La treizième édition du Grand Prix Romand de la Création aura lieu jeudi 9 novembre. L’occasion de récompenser les meilleures créations en communication.

    Chaque année, le concours du GRAND met en lumière de nombreux travaux en communication et propose une cérémonie de remise de prix rassemblant les esprits créatifs de Suisse romande. Chaque domaine de la communication y est représenté au sein de quatorze groupes différents, dont, notamment, des catégories photographie et illustration, affichage culturel, publicité événementielle ou encore web et mobile. 

    Grand Prix Romand de la Création

    C’est l’Association du Grand Prix Romand de la Création qui se cache derrière cet événement. Une association constituée de bénévoles actifs dans le domaine de la communication. «Le rôle de l’association, c’est avant tout de promouvoir la créativité en Suisse romande. Il faut savoir qu’on est une petite association composée de bénévoles passionnés et qu’on n’a pas beaucoup de moyens. Heureusement, nos partenaires nous apportent énormément», explique Loris Scaglia, coordinateur du GRAND. La soirée accueille cinquante agences de la région et de nombreux acteurs du milieu. Selon Loris Scaglia, «c’est l’occasion de donner une visibilité aux agences qui ont su innover au cours de l’année, qui ont su proposer des choses intéressantes. De plus, il y a aussi un côté social: les gens vont pouvoir se rencontrer, networker et finalement créer une nouvelle énergie entre les agences de communication». Afin de pimenter la cérémonie, le GRAND revisite cette année le thème du cinéma pour adulte. «On a choisi un thème délicat à traiter, on est constamment sur le fil. Le but n’est pas du tout de faire uniquement le focus sur ce thème mais bien de mettre en avant les projets au sein de ce dernier. C’était le défi de cette année et je pense qu’on va bien rire», précise Loris Scaglia. Pour départager ce beau monde, un jury a été constitué. C’est le zürichois Remy Fabrikant qui présidera ces experts. Le directeur général de JWT/FABRIKANT comptabilise déjà 39 ans de carrières, 300 prix et a travaillé, entre autres, avec Bayer, Heineken, Microsoft et Nestlé.

    Si vous êtes curieux de savoir qui seront les GRANDs gagnants de la cérémonie, rendez-vous le 9 novembre au cinéma Pathé Flon.