DIVERTISSEMENT • Au sein de la vie nocturne lausannoise, un groupe horizontal propose des soirées accessibles, inclusives et vibrantes dans un environnement aussi safe que possible. La Collective utilise l’art et la fête comme voie d’un activisme queer et anticapitaliste.
Un entretien avec Argenta, de son prénom Seb, apporte un éclairage quant à la manière dont certaines entités sont actrices sur la scène lausannoise et ses environs. Argenta fait partie de La Collective qui, comme son nom le suggère, est un collectif d’ami·e·s ayant comme points communs un activisme queer et une passion pour la musique house. Cet ensemble de quatre DJs et d’une compositrice visuelle crée ou accompagne des soirées qui affichent des valeurs queers, féministes ou encore anticapitalistes. Le contexte de fête peut ainsi être vecteur de plaisir mais aussi de visibilité et de partage concernant plusieurs thématiques.
Un souffle de diversité dans la ville
À Lausanne, une grande partie de la vie nocturne est organisée par quelques grandes entités commerciales qui se répartissent les lieux, les programmations et le personnel. Le monopole amenant toujours un risque d’homogénéisation, la vie nocturne de la région a récemment perdu en diversité ainsi qu’en dynamisme. La Collective est quant à elle née hors des clubs et s’est développée au cœur d’une scène consciente des enjeux de diversité. Elle effectue notamment un travail de digging afin de découvrir et d’utiliser des musiques d’artistes mixtes. Cette action permet de rappeler la politisation de certains styles musicaux développés par des minorités racisées ou de genre. Ayant comme dénominateur commun musical la house, les membres de La Collective mobilisent différents styles et influences qu’il·elle·s font communiquer dans une esthétique unique, sensible et consciente.
Un lien entre l’activisme et la musique
Les objectifs de La Collective ne sont pas d’atteindre une grande renommée musicale ni de publier un manifeste politique. En revanche, il semble important pour ce groupe que le milieu artistique se diversifie davantage et tende vers des aménagements plus respectueux envers les personnes qui y participent. Ce changement nécessite une mobilisation à plusieurs niveaux organisationnels afin de rendre les espaces de partage sûrs et inclusifs. Par conséquent, Argenta propose quelques pistes de comportements adoptables en tant que public afin d’agir en ce sens. Il est important de se renseigner sur les personnes qui se produisent afin de favoriser les artistes possédant des valeurs en adéquation avec celles du public. Favoriser les circuits courts, les scènes locales et les artistes de diverses envergures permet d’éviter la reproduction de certains schémas dominants de la société. Il est important de se renseigner sur les comportements à adopter en soirée afin d’éviter ou de résoudre d’éventuelles situations problématiques.
L’actualité et les productions de La Collective sont accessibles sur Soundcloud et Instagram. De plus, La Collective proposera prochainement un podcast musical diffusant des créations d’artistes minutieusement sélectionné·e·s.
FESTIVAL · Nombre d’entre vous se sont sans doute rendu·e·s, comme chaque année, au fameux Festival de Balélec sur le campus de l’EPFL. Plus grand évènement estudiantin d’Europe, Balélec est la célébration qui sait mettre tout le monde d’accord. Zoom sur cet événement estudiantin haut en couleurs.
Plus qu’un comité, une famille
Si nous pouvons chaque année au mois de mai nous déhancher sur des rythmes effrénés tout au long de la nuit, c’est grâce au comité de Balélec. Composé actuellement de 55 membres, il est divisé en plusieurs pôles : « Nous avons l’équipe administrative qui est responsable de la stratégie du festival et de la gestion des diverses équipes. Il y a ensuite le pôle Finances qui gère toutes les questions de comptabilité et de sponsoring, le pôle Opérations qui s’occupe de toutes les problématiques liées à la sécurité durant la soirée, le pôle Logistique pour tout ce qui est montage d’infrastructures sur le site, ainsi que le pôle Affaires Artistiques pour tout ce qui touche à l’identité visuelle ou musicale du festival », explique Lancelot Graulich, responsable presse du festival. Le comité fonctionne sur un modèle de transmission d’ancien·ne·s aux nouveaux·elle·s, le savoir-faire s’accumule donc au fil des années. Certain·e·s ancien·ne·s membres sont d’ailleurs toujours présent·e·s lors de la semaine de montage et de la soirée du festival. Une famille donc, qui ne cesse de s’agrandir depuis 40 ans.
« C’est important pour nous de mettre en avant la culture régionale »
Lancelot Graulich, Responsable presse de balélec
La semaine de montage, toute une aventure
Balélec étant le plus grand festival de musique estudiantin d’Europe, il demande passablement de préparation en amont. C’est ce que nous apprend Lancelot: «Nous commençons la semaine de montage le vendredi avant le festival, ce qui fait 7 jours de préparation. Nous avons énormément de bénévoles qui viennent nous aider en dehors de leurs heures de cours». En effet, tout le terrain doit être sécurisé, premièrement avec des barrières entourant le site, mais aussi avec divers matériaux d’aplanissement de terrain pour éviter toute chute, ainsi que des lumières pour éviter les endroits trop sombres. Par ailleurs, le festival contenait cette année quatre scènes: la Grande scène, Azimuts, RedOx, et la scène Squatt, qui doivent toutes être prêtes à temps pour le jour J, tout comme la décoration. L’équipe chargée de cette dernière effectue d’ailleurs tous les apparats du festival elle-même, en fonctionnant sur l’idée du recyclage et de la réutilisation d’année en année. En effet, le festival a pour ligne directrice de produire le moins de déchets possible, le site est donc agencé pour éviter une pollution abondante lors de la soirée. Le comité et les bénévoles vivent donc une semaine intense tou·te·s ensemble, où ils·elles mangent Balélec, dorment Balélec et respirent Balélec, avant le grand soir.
Le comité fonctionne sur un modèle de transmission d’ancien·ne·s aux nouveaux·elle·s
Une soirée mémorable
Le Festival Balélec a à nouveau battu des records cette année en annonçant sold out très rapidement après ses trois ventes. Le site a donc vu arriver 15’000 festivaliers et festivalières le soir du 12 mai. La soirée a démarré fort avec plusieurs groupes aux mélodies toutes plus entraînantes les unes que les autres. La scène Squatt a notamment accueilli le groupe de rock Don’t kill the cow, qui a vu son public sauter comme jamais. Lancelot explique la valeur quelque peu spéciale de cette scène : «Il s’agit de la plus ancienne scène de Balélec. Elle accueille principalement des artistes locaux et de jeunes talents, c’est important pour nous de mettre en avant la culture régionale». La Grande Scène a quant à elle, débuté avec le chanteur de rap Lujipeka qui a su mettre en joie nombre de festivaliers et festivalières reprenant ses refrains en cœur.
Le festival propose également des spectacles en plein air en collaboration avec d’autres associations et professionnel·le·s
Plus tard dans la soirée s’est produit sur cette même scène le célèbre rappeur français Gazo, pour qui s’est rassemblé une foule de fans immense. Les amateur·ice·s de techno ont pu quant à eux·elles aller profiter de la scène RedOx avec SHERELLE, jeune talent qui a fait danser de nombreux festivalier·ère·s sous le Rolex. Par ailleurs, le festival propose des spectacles en plein air en collaboration avec d’autres associations et professionnel·le·s. Nous avons pu voir notamment un groupe de danse enflammer le parquet devant le Rolex en début de soirée. Lancelot ajoute à ce propos : «C’est important pour nous de partager ce moment avec les autres associations de l’EPFL. Notre but est réellement de se rassembler ce soir-là pour participer tou·te·s ensemble à cette belle ambiance de Balélec». Le festival s’est également associé ce soir-là au média Tataki qui offrait la possibilité aux festivalier·ère·s d’acheter des tee-shirts inédits imprimés sur le moment. Finalement, la soirée a été un réel succès. Le public était, comme chaque année, ravi de cette ambiance festive qui vient marquer le semestre de printemps. Un festival, donc, qui ancre les mémoires de ses rythmes, de ses rencontres, et de sa joie de vivre.
FESTIVAL • Le 27 avril se tenait sur le campus de l’Unil le fameux festival estudiantin Unilive. Sur les parkings de la Chamberonne et l’esplanade d’Internef, les étudiant·e·s se sont réuni·e·s dans une ambiance conviviale pour partager un moment musical en ce début de printemps. Zoom sur cette 10ème édition du festival.
Unilive, festival né en 2013, a fêté cette année sa dixième édition en grande pompe! Le jeudi 27 avril, ce sont environ 10’000 étudiant·e·s des campus Unil et EPFL qui se sont retrouvé·e·s afin de partager un moment festif, entre bières et musique entraînante. En collaboration avec la FAE, le festival Unilive a offert à son public une soirée tournée vers des valeurs égalitaires, écologiques et de partage. De nombreuses associations de l’Unil étaient présentes afin de promouvoir ces intérêts importants pour la communauté estudiantine.
« C’est une ambiance unique, où le lien se fait très facilement »
Nous avons pu apercevoir notamment Fréquence Banane qui a fait se déhancher les festivalier·ère·s en début de soirée. Unilive a également invité des organisations lausannoises telles que Tataki qui a pu suivre l’événement. De quoi en ravir plus d’un·e en ce début de printemps.
Le comité en quelques mots Mais si le festival peut se dérouler chaque année dans une agréable ambiance printanière, c’est sans aucun doute grâce à son comité. Composé de 27 membres, il est l’organe qui, séparé en plusieurs pôles, organise l’entier de la soirée. David Raccaud, président de l’association, confie en souriant : « Mes tâches consistent, globalement, à tenir la barque. Je dois assurer tout ce qui est administratif, notamment les suivis des séances de comité, le lien avec l’université, mais aussi avec les autorités locales ». Margaux Eisenhart, vice-présidente et responsable communication, confie quant à elle : « C’est une expérience incroyable, sur le plan personnel cela t’apprend à gérer beaucoup de choses ». Hugo Blaser, adjoint logistique présent au comité depuis six ans, explique : « C’est trop cool comme ambiance ! Il faut certes apprendre à gérer son temps, mais les semaines de montage sont toujours des moments très forts. Je me réjouis de cette dixième édition ».
Unilive et son équipe de staff au top Le comité du festival est par ailleurs soutenu par toute une équipe de staff très motivée. Également répartie en plusieurs pôles, et elle permet, durant toute la soirée, d’avoir des bières fraîches et une sécurité garantie. Tanguy, l’un des membres de l’équipe, explique : « J’ai staffé au stand consignes à l’entrée, pour prendre les gourdes et autres objets interdits dans le festival. C’est une super expérience, j’ai pu rencontrer beaucoup de nouvelles personnes très sympathiques ! ». Staffer pour Unilive, c’est donc pouvoir être au cœur même de la vie estudiantine et, tout comme pour le comité, le lien aux autres reste primordial.
Un public en feu ! Mais au cœur de ce festival se retrouve surtout un public toujours aussi enthousiasmé d’une année à l’autre ! Certain·e·s des festivalier·ère·s sont arrivé·e·s dès le début de l’événement, à 16h30. Marine, une festivalière, confie au début de la soirée : « Il y a une très bonne ambiance qui s’installe petit à petit. Je pense qu’on est parti·e·s pour une soirée très sympa ». Au détour de la scène tech, Killian, un autre festivalier, ajoute : « Je suis arrivé à 16h45 avec mes amis et nous avons attendu le début du concert de Sandokaï avec une bière. Pour le moment, c’est le meilleur groupe que j’ai vu, c’était très sympa ! ».
« Les semaines de montage sont toujours des moments très forts »
Mais finalement, ce qui semble être à l’essence même du festival, c’est sa capacité à rassembler les étudiant·e·s et à créer du lien entre eux·elles. Noé confie entre deux concerts : « J’aime beaucoup pouvoir retrouver les autres étudiant·e·s dans la soirée, souvent tu croises toutes les personnes que tu connais. C’est une ambiance unique selon moi, où le lien se fait très facilement avec les autres festivalier·ère·s ». Une expérience, donc, qui a su gagner tous les cœurs avec son rythme effréné des nuits printanières.
MUSIQUE • À Lausanne, la musique est partout – que ce soit à la Haute école de musique, l’École de jazz et musique actuelle, au conservatoire ou lors d’événements organisés par la ville et d’autres organismes – et elle produit un grand nombre de jeunes artistes locaux·les. C’est avec Louise Knobil et Badnaiy que l’envers de la scène lausannoise est expliqué.
Des jeunes artistes solos ou en groupe ; il y en a énormément sur la scène romande suisse. Il·elle·s ont su se rendre visibles en performant lors d’événements locaux, comme des festivals universitaires, la fête de la musique ou encore dans des petites salles lausannoises (la cave du Bleu Lézard, le Chorus, au Bourg ou à la Galicienne). Cependant ce grand nombre d’artistes peut également rendre une popularité concrète plus dure à atteindre. Louise Knobil, qui s’est lancée dans le monde de la musique il y a six ans, et Badnaiy, qui en fait professionnellement depuis fin 2018, exposent les difficultés et plaisirs d’une carrière musicale à Lausanne. Toutes deux ont pu jouer en groupe et en solo, en Suisse et à l’étranger, bien qu’elles se situent dans des genres musicaux différents – jazz et pop pour Louise, rap et hip-hop pour Badnaiy.
« Complètement invisibilisée, ou perçue comme un prodige »
– Louise Knobil
Louise explique que pour gagner en visibilité il devient de plus en plus nécessaire de soigner son image sur les réseaux sociaux et de produire un réel travail d’autopromotion afin d’attirer les programmateur·trice·s de salles. Parce que, malgré l’existence de festivals organisés spécifiquement pour de jeunes artistes et l’accès à des studios d’enregistrement, ce que félicite Badnaiy, les offres de résidence en studio sont soit peu publicisées ou s’adressent souvent à des artistes amateur·trice·s, précise Louise. Ce sont donc finalement les salles de concert autogérées qui viennent prendre le relais, affirme Louise – à l’instar de Neuchâtel ou Fribourg qui ont une offre officielle plus variée pour les jeunes artistes professionnel·le·s.
Univers musical genré ? Si les deux artistes affirment qu’il peut exister une certaine appréhension quant aux compétences des femmes dans le monde de la musique, elles précisent cependant que ça dépend du rôle qu’elles ont, de l’instrument qu’elles jouent ou encore du genre dans lequel elles se trouvent. Bien loin d’être une méfiance entre artistes hommes et femmes, la misogynie que Louise et Badnaiy ont pu ressentir semble plutôt venir des corps de métiers qui entourent le monde musical (médias, écoles, équipes techniques et événementielles) ou des institutions qui forment les futures générations. Louise déclare que, pour elle, ce sont dans « les musiques institutionnalisées, à savoir le jazz et la musique classique » que les femmes sont souvent moins bien accueillies. Elle souligne que c’est dû à une transmission d’homme à homme, ce qui se déploie par la prépondérance d’enseignants « hommes cisgenres entre 40 et 65 ans » dans les hautes écoles de musique. Badnaiy parle également d’un sexisme latent envers les femmes dans certains genres musicaux, mais cette fois-ci de la part du public. Certaines attentes sont construites à partir d’idées préconçues sur le rôle et les qualités des femmes « mais dans certains genres musicaux, elles viennent parfois casser ces codes-là, et remettre en question beaucoup de codes sociaux, et c’est clair que ça en dérange plus d’un ».
Entre appréhensions et attentes Cependant, si le monde institutionnel ou le public fait parfois preuve d’une certaine réticence ou sexisme envers les femmes, c’est surtout de la part des équipes techniques que les deux jeunes artistes ont ressenti des différences de traitement. Que ce soient des ingénieurs sons, techniciens, organisateurs ou programmateurs, nombreux font preuve d’une certaine crainte envers les capacités des artistes femmes, ce qui les force à devoir faire leurs preuves « avant d’être prise[s] au sérieux ». Il existe également l’effet inverse, affirme Louise, où les femmes subissent une « surexposition », car elles sortent plus facilement du lot, ce qui engendre plus d’attentes quant à leur performance, qui est transformée en un « acte politique en soi ». Louise déclare : « J’ai souvent l’impression d’être soit complètement invisibilisée, soit perçue comme un prodige, mais rarement comme une musicienne avec ses qualités et ses défauts – ce que je suis ».
Un avenir prometteur En revanche s’il existe des attentes disproportionnées ou une certaine méfiance à l’encontre des femmes, ceci est loin d’être propre au monde musical. Badnaiy tient à souligner « que malheureusement comme dans tout corps de métier, et dans la société en général ; la réalité est que c’est plus dur d’être une femme, tout court ». Elle déplore donc la tendance de : « pointer du doigt la misogynie dans le rap comme s’il n’existait pas ailleurs […] surtout lorsqu’on voit comment les femmes sont traitées dans les industries plus corporate ».
« C’est clair que ça en dérange plus d’un »
– Badnaiy
Malgré les difficultés que notre société peut poser pour toute femme, les deux artistes continuent à conquérir le monde de la musique à coup de concerts, albums et nouveaux projets. Après la sortie de son single « Universe » en février, Louise organise notamment le vernissage de son nouvel EP « Or not Knobil » le 17 mars au jazz club Chorus, à Lausanne. Tandis que Badnaiy prépare la sortie de son nouvel album pour cet été.
MUSIQUE · L’auditoire a été convié à la conférence de presse du festival «Jazz onze +» qui se tiendra à Lausanne du 8 au 12 septembre 2021. En voici la narration en quelques lignes, l’occasion pour vous d’en découvrir davantage et de vous laisser séduire par ce voyage sonore qui annonce une programmation virtuose.
Quelques notes jazzy pour nous accueillir. Quelques sons liquides, d’autres plus piquants, des vocalises tout juste soufflées. Sur scène, Louis Matute gratte les cordes. L’audience ne bouge, ne respire qu’au moment où l’écho finit de retenir et, là, les applaudissements éclatent. Cette expérience fut celle proposée pour ouvrir la conférence de presse donnée par les organisateurs du festival Jazz onze +, le 24 août dernier. Après une année 2020 difficile qui avait débouché sur l’annulation de la 33èmeédition, le festival revient en force, avec comme leitmotiv : «malgré tout». Malgré les perturbations connues de tou·te·s, malgré les obstacles et le silence pesant sur le monde de la culture et «malgré tout, nous sommes là!» confie Gabriel Décoppet, le président de l’association Onze +. La culture animera à nouveau les rues, la musique résonnera pour faire écho à une petite renaissance. Le jazz, plus viral que jamais, se répandra du 8 au 12 septembre prochain de l’espacejazz à la salle paderewski, en passant par auditorium de l’EJMA et ailleurs. Les températures encore clémentes permettront également des concerts à l’extérieur, gratuits qui plus est. La programmation est prometteuse : du jazz électrique, du jazz pop, classique ou avant-gardiste, jazz multiculturel ou sous les couleurs du panafricanisme, il y en aura pour tous les goûts et de tous les horizons. L’on nous annonce également une exclusivité inconnue du programme : un DJ set avec Alma Negra qui clôturera l’évènement le dimanche. De plus, une médiation culturelle sera également assurée par plusieurs évènements publics, pour lesquels la seule restriction sera la présentation d’un certificat Covid. Après ces annonces alléchantes, il n’y a plus qu’un pas pour vivre cette aventure de ces propres oreilles. Rendez-vous sur www.jazzonzeplus.ch et que le jazz vous accompagne !
INTERVIEW · L’auditoire a rencontré Sébastien Wenk, chanteur et guitariste du groupe Époque Bleue, créé au sein du collectif La Machinerie et qui vient de sortir son premier diptyque le 30 octobre passé.
Pourrais-tu te présenter et décrire ton parcours musical ?
Sébastien Wenk, je fais le chant et la guitare dans le groupe Époque Bleue. J’ai commencé à jouer du piano à 11 ans, mais je n’en ai fait que quelques mois. En fait, ma professeure enseignait essentiellement du classique et à l’époque ça ne m’attirait pas. Parallèlement, je faisais des cours de solfège que j’ai poursuivi jusqu’à leurs termes. Ensuite, j’ai commencé la guitare à 13 ans avec un professeur, avant de continuer à pratiquer seul. Et puis j’ai acheté une basse quelques années plus tard. Finalement, je me suis mis à composer vers mes 18-19 ans. Mes premières ébauches, je les faisais sur GarageBand. Pour ce qui est du chant, j’ai commencé par moi-même et j’ai quand même pris une année de cours à l’école Ton sur Ton, à la Chaux-de-Fonds.
Qu’en est-il des autres membres du groupe?
Il y a Arnaud Paolini qui fait la guitare, une deuxième voix et aussi beaucoup de prod’. Il a fait un bachelor en musiques actuelles à la HEMU et a également un autre projet musical qui s’appelle Chemical Fame. Puis, Maic Antoine qui fait la basse et avec qui j’ai joué dans un précédent groupe, Nocturn. En fait, Époque Bleue est un peu l’évolution de ce projet qu’on avait ensemble. Il a aussi étudié à la HEMU et s’investit dans plusieurs projets, comme Chuckles, Etienne Machine et Chemical Fame. Ensuite, Mathieu Nuzzo qui est aux claviers et aux synthétiseurs. Il est également passé par la HEMU. À la batterie, on retrouve Thibault Besuchet, qui est aussi à la HEMU. En fait, c’est là qu’ils se sont tous connus et qu’ils ont décidé de créer le collectif La Machinerie. Pour ma part, je les ai rejoints parce que je connaissais bien Maic et que le contact avec les autres s’est trop bien passé. Finalement, Alexis Sudan, qui travaille au A.K.A Studio au Flon, est l’ingénieur son et participe à la co-production du projet en nous donnant des idées ou des suggestions.
Est-ce que tu pourrais dire quelques mots sur le collectif La Machinerie?
C’est un collectif artistique lausannois, principalement musical, qui a été fondé il y a à peu près un an. Différents projets y sont rattachés tels que Etienne Machine, Chemical Fame ou encore Chuckles. Le collectif crée une sorte de cohésion et de force. Il permet de nous réunir souvent et d’élargir nos ambitions. À l’avenir, il pourrait agir comme un label, afin de produire les enregistrements sous notre nom, ainsi que mêler plusieurs arts en incluant des personnes qui feraient notamment des visuels.
Comment est-ce que vous définiriez votre style musical et quelles sont vos principales influences?
Je dirais que c’est une espèce d’indie pop francophone. Parfois, ça peut être un peu psyché dans les changements d’accords ou dans les tonalités. Mais je pense que c’est une musique assez accessible, « facile d’écoute ». Il y a aussi des influences dream pop, du style beach house, avec une rythmique assez répétitive, « c’est tout droit », un peu comme « une autoroute de rêve ». Le projet a principalement été influencé par des groupes et des artistes tels que Men I Trust, Mac Demarco, Beach Fossils ou encore Muddy Munk – actuellement actif sur la scène pop francophone suisse.
Pourquoi l’idée du diptyque (une sortie à deux volets)? Et est-ce qu’il y a un thème ou des émotions récurrentes dans vos chansons?
Au départ, j’étais venu vers Maic, Arnaud et Alexis avec des compos que j’avais faites dans ma chambre; certaines maquettes un peu toutes nues, d’autres déjà pas mal terminées. On devait sortir un EP avec 5-6 titres, qui étaient la base du projet. Mais ce n’était pas cohérent de les réunir toutes ensemble; ce ne sont pas des musiques qui ont été écrites avec une histoire commune. C’est pour donner du sens derrière ces titres qu’on a alors décidé de les diviser. De ce fait, j’ai pu assembler les titres, deux par deux, en fonction des émotions et d’une ambiance générale qu’ils semblaient partager entre eux. En tout, il y aura trois diptyques. Le premier, sorti fin octobre, s’appelle «La Pièce» et traite en quelque sorte de rêves dans un espace renfermé. Le deuxième sera peut-être un peu plus triste et profond, sans pour autant que ce soit une centrale de films déprimants (rires). Et le dernier, qui sera un peu plus joyeux et coloré, sortira l’été prochain.
Pourquoi Époque Bleue?
C’est Maic qui a proposé ce nom. Au début, ça ne me parlait pas plus que ça, sans pour autant que je n’aime pas l’idée. Puis, avec le temps et les différentes compos, ça m’a trop parlé. Les musiques sont assez nostalgiques et c’est une couleur qui s’y prête bien. Finalement, ça a été validé et je trouve ça original, sans pour autant que ce soit trop décalé.
Sur quelles plateformes pouvons-nous vous écouter?
Sur toutes les plateformes pour écouter de la musique: Spotify, Tidal, Apple Music, etc.
Est-ce que la crise du coronavirus a été un frein au niveau du projet?
Le coronavirus a un peu décalé tout le processus de production, car durant le confinement on ne pouvait même plus être trois au studio. On ne pouvait donc ni répéter, ni composer ensemble. Mais est-ce que ça a été un frein? Je pense que non. Ça nous a permis de prendre le temps de réfléchir sur la cohérence des titres et de travailler sur les visuels. Je dirais que ça nous a effectivement un peu repoussé mais c’était à notre avantage.
Comment perçois-tu la scène musicale en Suisse romande? Est-ce que c’est difficile pour de jeunes musicien·ne·s de se lancer et de concrétiser un projet dans le monde musical actuel?
J’ai l’impression que c’est toujours un peu difficile. Pour ma part, je n’ai pas vraiment un avis professionnel; les autres membres du groupe en savent davantage, notamment parce qu’ils ont des cours sur le sujet. Je trouve que la Suisse est un pays très « sport »; les aspects artistiques et culturels ne sont pas mis sur le devant de la scène. Avoir un réseau, ça aide, et La Machinerie nous permet justement de créer des contacts. Il y a aussi un côté administratif; il ne faut pas avoir peur de faire des mails pour contacter des radios, par exemple. Certaines répondent assez volontiers et rapidement. Alors, je dirais que c’est dur mais qu’il ne faut pas se décourager. Il faut y croire.
Quelles sont les dates/informations à retenir?
On aura un premier concert à la Case à Chocs à Neuchâtel le 22 janvier, si ce n’est pas annulé d’ici là – on espère. En fait, ce sera le premier concert du projet. Le premier diptyque est sorti fin octobre. Le deuxième sortira en début d’année prochaine, courant janvier-février-mars. Et le dernier, au début de l’été 2021.
Le monde de la musique amateur regorge de projets originaux et inédits. La Micro-Harmonie, ensemble d’excellence composé de jeunes musiciens de la région de la Côte, en est un. Rencontre avec Stéphane Pecorini, l’homme à l’origine du projet et le directeur de l’ensemble.
Pouvez-vous expliquer en quelques mots le projet Micro-Harmonie pour nos lecteurs qui ne sont pas forcément musiciens?
Il s’agit d’un ensemble d’excellence, composé d’instrumentistes à vent et percussion, qui regroupe cette année une cinquantaine de musiciens, tous investis et passionnés et qui ont envie, en peu de temps, de monter un programme relativement difficile.
Comment est né le projet?
Lors d’un camp de la Société cantonale des musiques vaudoises (SCMV) auquel je participais, j’ai été épaté par le talent des jeunes musiciens vaudois. Et il faut savoir qu’en Suisse romande, les ensembles d’excellence sont peu nombreux. J’ai donc eu envie d’en créer un, afin de réunir tous ces talents! J’en ai ensuite parlé à Nicolas Mognetti, Robin Bartholini et Gabriel Pernet, trois jeunes étudiants musiciens. Ils m’ont aidé à concrétiser le projet.
Un ensemble d’excellence, qu’est-ce que cela signifie exactement?
Dans le monde amateur des instruments à vent, il y a différentes catégories pour les concours, qui vont de la quatrième division pour la plus basse, à l’excellence qui est la plus haute. En catégorie excellence, les compositeurs n’ont pas de limites, ils font ce qu’ils veulent. Cela n’implique pas nécessairement que les morceaux seront compliqués techniquement, simplement que leur créateur n’est pas restreint.
Le but est de se retrouver une fois par année, le temps d’une semaine, pour faire de la musique à fond. Le délai est certes court, mais il permet de créer des liens entre les musiciens. En musique, les après répétitions sont aussi importantes que les répétitions elles-mêmes (rires)! En parallèle, la commission musicale et moi-même choisissons chaque année un programme, centré autour d’une thématique. Et depuis l’année dernière, nous avons la chance d’avoir un comité qui se charge de tout ce qui est administratif.
D’où la Micro-Harmonie tire son nom?
À l’origine, il s’agissait de ne pas se mettre la pression sur le nombre de musiciens. La Micro-Harmonie était presque conçue comme un orchestre de chambre, avec un seul musicien par voix. La première année, nous étions une trentaine sur scène, la seconde quarante et cette année, nous serons quarante-huit. Cependant, nous sommes encore une «micro» harmonie d’excellence, car nous avons toujours un seul musicien par voix. En réalité, nous avons rapidement remarqué que même avec une personne par voix, nous dépasserions les trente musiciens. Et nous restons bien loin des effectifs des autres excellences, qui comptent en moyenne septante à huitante musiciens!
La Micro-Harmonie est donc une harmonie dite «à projet». En Suisse, il y a de plus en plus d’ensembles de ce type. Comment expliquez-vous cela? Cela signe-t-il la fin des sociétés «traditionnelles», comme les Fanfares, Brass Bands, etc., qui pratiquent la musique toute l’année?
C’est effectivement dans l’air du temps. Les personnes qui s’inscrivent pour ce type de projets ont en général une vie bien remplie, avec déjà une ou deux Fanfares à leur actif. Ce qu’ils recherchent, c’est un projet court et efficace, dans lequel ils peuvent s’investir de manière ponctuelle. Pour autant, je ne pense pas que les sociétés «traditionnelles» seront amenées à disparaître. À mon avis, les deux modèles perdureront.
Est-il difficile pour vous de recruter des musiciens pour chaque édition?
Cela dépend du registre, on trouve moins facilement des bassonistes que des clarinettistes, par exemple. Mais c’est aussi dû à la manière dont ces instruments sont représentés de façon générale. Malgré cela, en soi, le recrutement s’est toujours fait assez facilement. J’ai laissé le soin aux jeunes qui ont fondé la Micro-Harmonie avec moi de chercher des personnes intéressées parmi leurs amis. Ils ont un plus grand réseau que moi (rires)! Et j’aime bien que les gens se connaissent un petit peu avant de jouer ensemble.
Le programme est compliqué à exécuter et il n’y a pas beaucoup de répétitions prévues. Les musiciens qui participent sont-ils donc tous professionnels, ou y a-t-il également des amateurs?
Il n’y a qu’un seul musicien professionnel, au tuba. Pour le reste, la moitié de nos musiciens sont des étudiants en musique, donc en passe de devenir des professionnels. L’autre moitié, ce sont des amateurs particulièrement doués, et qui aiment le challenge!
Comment choisissez-vous vos pièces?
C’est la commission musicale qui s’en charge. Nous nous réunissons, nous proposons et écoutons des pièces. Le reste se fait de manière totalement démocratique (rires)! Nous essayons d’orienter le programme autour d’un thème. Cette année, nous interpréterons des morceaux d’Oliver Waespi, Franco Cesarini et Jean Balissat, qui sont tous trois des compositeurs suisses. Les deux premiers nous sont tout à fait contemporains, le troisième est malheureusement décédé. Mais il est reconnu pour avoir écrit la musique de la Fête des Vignerons de 1977!
S’agit-il justement d’un clin d’œil à la Fête des Vignerons?
À la base, non. Mes collègues de la commission musicale ont tous adoré ce morceau et étaient emballés à l’idée de le jouer. C’est seulement par la suite que nous nous sommes rendu compte que nous étions l’année de la Fête. Disons que ça tombe plutôt bien!
La Micro-Harmonie en est aujourd’hui à sa troisième édition. Comment voyez-vous son avenir? Le but est-il de ne conserver qu’un seul projet par an?
Oui, car ce qui fait la force de la «Micro», c’est justement ce côté ponctuel. Cela évite la lassitude. Bien sûr, le projet peut évoluer, il peut par exemple changer de date, avoir un autre but. J’ai d’ailleurs des idées pour l’année prochaine…que je ne révélerai pas ici bien sûr (rires)!
Assistez aux concerts de la Micro-Harmonie le 26 avril à 20h00 au Théâtre de Marens à Nyon, et le 28 avril à 17h00 au Forum de Savigny!
Chaque mois, L’auditoire vous propose de découvrir des artistes et des projets culturels innovants de la région romande. Ce mois-ci, nous partons à la rencontre des six trublions du groupe instrumental L’éclair: Cobra, Colonel, Jahlino, Jutar, Lilor et Luciano. L’interview complète.
Comment définiriez-vous L’éclair?
Colonel: Je pense que c’est une entité qu’on crée qui est immatérielle, une chose qui nécessite l’engagement de chacun des membres. Cobra: Comme n’importe quel groupe en fait. Rires. Col: C’est une entité qu’on s’amuse à créer à travers la musique, entre le gag et le sérieux. Et je pense que c’est pour ça que c’est compliqué à définir, on ne sait pas réellement où on se dirige vu que ça évolue constamment.
Mais il y a quand même un but derrière? Faire danser les gens?
Cob: Les faire danser en pleurant. Tu as souvent un aspect harmonique qui ramène à la nostalgie, mais toujours avec un rythme groove. Tu écoutes ça, tu penses à ta rupture récente et tu as une petite larme qui te vient, mais en même temps tu te surprends à bouger la tête. L’éclair c’est cette espèce d’entre-deux doux-amer.
Et si vous deviez choisir trois mots qui vous définissent?
Col: Cons de merde, ça fait trois mots. Rires. Cob: Ou comme alternative: naïfs, crétins, mais honnêtes.
Comment est né le groupe?
Col: C’est né d’une envie qu’on avait Jutar et moi de jouer ensemble et on ne savait pas vraiment comment le faire. Du coup, on a profité de partir à Londres, le prétexte étant un voyage linguistique, mais on séchait les cours la plupart du temps. On est restés ensemble neuf semaines. C’était à peu près la première fois qu’on se posait les deux pour faire de la musique. On a créé quelques chansons qu’on ne joue plus du tout, mais c’est de là que c’est parti.
D’où vient le nom du groupe?
Col: On avait trouvé un coffee shop près de chez moi. On passait souvent du temps là-bas et on discutait un peu de tout et de n’importe quoi. Un soir, Jutar s’est retrouvé stone sur le canapé et puis il a vu la forme d’un éclair. Col: Ensuite, on y a bien réfléchi deux semaines, jusqu’au moment où cela est devenu assez cohérent d’appeler ce groupe L’éclair. Parce que c’est un nom qui se prête à pas mal de mystères, on ne sait pas trop à quoi s’attendre.
On retrouve de tout dans vos morceaux: de la polyrythmie africaine au krautrock, en passant par le funk et les bandes sons des films érotiques italiens des années 70. Est-ce qu’il y a des influences qui vous ont plus marqué?
Col: Can! Rires. Mais, je pense que chacun d’entre nous a été touché individuellement par plein de choses. Cob: On a une base rythmique qui va aller chercher essentiellement vers des musiques africaines ou latines. Par contre, mélodiquement, on est un peu plus Européens, quelque chose qui peut se rapprocher de la sensiblerie italienne des années 1970.
Ce qui est très fort, c’est le fait que vous assimilez toutes ces influences pour en faire quelque chose qui vous appartient. Vous ne vous contentez pas de répéter des codes…
Cob: En tout cas on essaie. En prenant un élément par-ci par-là, on arrive finalement à un mélange plus ou moins digéré. C’est sûr que les influences sont multiples et assumées, mais en les assimilant toutes ensembles, on crée quelque chose de nouveau. Col: C’est aussi une volonté de sortir du rock psychédélique. D’amener la musique psychédélique vers ailleurs. Parce qu’on reste psychédéliques, dans notre manière de faire et dans notre esprit. On est dans un format rock qui ne veut plus faire du rock. On a voulu tenter quelque chose d’autre en ramassant tout ce qu’on aimait à côté de la musique rock tout en s’inspirant de l’énergie qu’il peut y avoir dedans.
Comment définiriez-vous votre style actuel?
Cob: Exo groove post-internet. Exo qui vient de exotica, un style des années 50 introduit par Martin Denny. De la musique faite par des occidentaux, mais qui est censée rappeler des régions exotiques. En réalité, on est plus sur de nouvelles orchestrations de thèmes occidentaux qui incluent des éléments «exotiques», telles qu’un sitar. On est exotica dans la mesure où on va aller puiser, par exemple, des influences africaines, en utilisant juste la projection qu’on s’en fait. On joue en fait une projection de ce qu’on pense être le son d’un endroit. Col: D’où la naïveté. Cob: Ensuite groove et post-internet qui ne veut pas dire «ce qui vient après internet», mais plutôt «tout ce qui est compris avec l’apparition d’internet». Grâce à internet, de par Spotify, YouTube, etc. on a eu accès à tous les tréfonds de la musique et les trucs les plus obscurs qui soient et, au fil des années, ça a pris presque plus d’importance que les grands noms. Notre musique a été fortement influencée par le fait qu’on ait ça à disposition.
Votre dernier album, Polymood, se démarque de votre premier, Cruise Control. On retrouve les influences et le groove, mais on sent une dynamique plus posée, plus pro. Y avait-il une réelle volonté ou ça s’est fait naturellement?
Cob: Polymood c’est notre première vraie session studio. À la base, Cruise Control était seulement censé regrouper des démos pour pouvoir obtenir des concerts. On l’a enregistré dans le local d’un pote, un peu à la va-vite. Du coup, le son de l’album est grandement influencé par le mix qu’on a dû faire pour cacher certaines erreurs techniques de l’enregistrement. Mais c’est pour ça qu’on l’aime et on ne regrette rien là-dedans. Le deuxième disque, lui, a été enregistré dans un vrai studio. On était plus conscients de ce qu’on allait faire, plus préparés. Lilor: Avec Polymood, on a vraiment essayé de faire la meilleure prise possible du premier coup. Cob: Et c’est le cas, puisqu’on n’a pas utilisé une seule fois un ordi dans la session. Lil: Tout en analogique. Col: Ce deuxième album représente finalement assez bien ce vers quoi viserait L’éclair de manière optimale. On a commencé par des morceaux extrêmement posés, avec Jutar. Puis, c’est devenu groovy, funky, parce qu’on s’est dit que ce serait marrant de faire danser les gens. Polymood, c’est vraiment une palette de tout ce qu’on écoute. Notre univers qui va vers le calme, le très triste, le happy et le débile comme dans Lagos.
Êtes-vous satisfait des retours?
Cob: C’est ça aussi l’aspect naïf du groupe. On s’attendait à plein de choses et à rien de précis en même temps. Tu fais l’album et tu le laisses vivre sa vie. Col: Après, nos amis nous répètent assez souvent que cet album fait partie de leur vie et je trouve ça assez touchant que des gens proches commencent vraiment à aimer notre musique et à la mettre d’égal à égal avec ce qu’ils peuvent écouter à côté. C’est plus «ah c’est un pote qui fait de la musique», c’est vraiment «eux, c’est nos potes qui sont musiciens, on écoute leurs album comme on écouterait le nouveau Kendrick.» Col: Ça nous a fait plaisir. Et puis le fait qu’on ait pu distribuer l’album de manière correcte, qu’il ait pu toucher des gens dans le monde entier…
Vous avez eu la chance de jouer au Paléo cet été avec L’orage. Quel souvenir vous en gardez?
Cob: Franchement, on s’est trop marré. Après, c’est le gros festival avec tous les désagréments qui vont avec. Au final, on a passé l’essentiel de la soirée dans les loges ou les spots derrières parce qu’il y avait trop de monde. Col: On a aussi fait Welcome to The Village en Hollande, invités par Jacco Gardner. Et je pense qu’on est tous d’accord pour dire que ce genre de gros festivals ce n’est pas la solution. Ça semble assez idyllique du point de vue d’un spectateur parce que c’est quand même un des plus gros loisirs de l’été que d’aller en festival, mais pour un artiste c’est très étouffant. Ça correspond à énormément de groupe mais je ne sais pas si on se retrouve là-dedans. Cob: Mais, il faut le faire. On est plutôt dans une politique inclusive, on n’a pas envie d’être un groupe d’érudit ou de niche, c’est plutôt «tous welcome». Mais ce n’est pas dans un festival qu’on a le meilleur son, c’est rarement les meilleurs concerts. Il y a moins cette énergie qui existe dans un club, où il y a vraiment quelque chose de particulier qui se passe. Souvent, le moment est plus spatial, moins générique. Li: Il y a quand même cet aspect où plus on joue dans de gros espace, plus la musique a tendance à s’effacer derrière d’autres artifices, comme la présence scénique, le lightshow. Cette impression que plus un concert est immense, moins on écoutes vraiment les morceaux. Alors que quand t’es dans un club où tout est fermé, où le son te rebondit à la gueule et que tu ne vois rien, t’es là et t’as vraiment juste la musique. Nous, on capitalise beaucoup plus sur la musique. Col: Ouais, nous on ne capitalise pas trop sur notre apparence. Rires
Avez-vous des projets après Polymood?
Cob: Je crois qu’on a déjà enregistré le troisième en fait. Col: Sans faire exprès. Rires. Cob: On avait une session dans une maison sur le Salève, louée par notre ingé son, G’Z. On devait y passer 4 jours et, à cause d’un double booking de Lilor et Jutar qui devaient jouer avec les Rebels of Tijuana, la session est tombée de 4 à 2 jours. À la base, on voulait juste enregistrer 2 ou 3 morceaux. Et puis finalement on a pu enregistrer beaucoup de matière, mais qu’on n’a pas encore réécoutée.
Si ça donne quelque chose, vous pensez le sortir quand?
Col: Très vite, entre 6 et 9 mois. Mais on n’a pas encore fait énormément de concerts pour Polymood. Donc, dès l’année prochaine, on va partir défendre Polymood sur la route. Il y aura plein de concerts en 2019. Du coup, il va rester d’actualité et en même temps, on aimerait proposer du média, du contenu en plus.
Où est-ce qu’on pourra vous écouter durant les prochains mois?
Parmi ses invités, le JazzOnze+ Festival comptait Ghost-Note, un groupe qui, s’il n’est que peu connu du plus clair de la masse, s’affaire depuis quelques années à dépoussiérer le jazz en lui infusant un nouveau souffle. Décapant d’énergie et de maitrise instrumentale, l’enthousiasme scénique de Ghost-Note est contagieux. Décidé à comprendre ce phénomène, L’auditoire est parti à leur rencontre.
Casino de Montbenon, vendredi 9 novembre, 17h. Perfectionnistes, les membres de Ghost-Note se refusent à terminer leur soundcheck dans les temps. Du salon, on les entend partir en quête de ce «toujours mieux» qui fait leur réputation virtuose. Les percussions s’affolent, les cordes claquent, les claviers rebondissent en écho et, en toile de fond, Sput exclame son insatisfaction; autant de préludes sonores à une soirée réussie. Une fois les réglages terminés, c’est presque essoufflés que viennent enfin me voir Robert Searight, alias Sput et Nate Werth, les deux fondateurs du groupe. Se présentant comme deux amis de toujours, ils me parlent en premier lieu de leur «complicité, d’abord humaine, qui vient ensuite se déverser dans leur énergie musicale. Sans elle, le groupe ne serait rien.» Le projet Ghost-Note est la réponse à leur besoin frénétique de créer, oui, mais surtout à celui de «s’amuser entre potes, de laisser libre cours à leurs pulsions musicales». Très libertaire, ce discours donne à première vue au binôme une allure adolescente, à l’excitation innocente et empressée de monter sur scène pour faire la fête avec le public. Une impression qui s’évapore rapidement lorsque les deux commencent à faire du name-droping: Prince, Kendrick Lamar, Herbie Hancock, Toto, Snoop Dogg, Marcus Miller, Justin Timberlake… La liste des musiciens légendaires avec qui les membres de Ghost-Note ont collaboré est vertigineuse. Eloquente de leur talent, cette liste de prestigieuses fréquentations pourrait les autoriser à un peu moins de modestie. Et pourtant, les deux acolytes gardent un sourire ouvert et amical de bout en bout de l’entretien. À la question de savoir ce qu’ils pensent du revival de funk que connaît notre ère depuis quelques années, ils disent s’en réjouir et être fiers de pouvoir y contribuer: «A travers notre musique, nous voulons diffuser un message de paix et d’universalité. Si le funk continue à se démocratiser, cette mission aura bien des chances d’aboutir.»
À la suite de ces sages paroles, l’heure est au passage à l’acte. Dans une salle gonflée à bloc, l’ambiance est comparable à celle du M2 juste avant un départ à Lausanne-Gare, tôt dans la matinée: tout le monde se cramponne à ce qu’il peut, car tout le monde sait que l’onde de choc ne va pas faire dans la dentelle. Chose promise, chose due. Sput à peine installé derrière sa batterie, il ne s’embête pas à enduire le public de lubrifiant. Sans aucune intro, le ton est immédiatement donné. Le battement cardiaque est en route, les musiciens s’alignent à son impulsion et ne ménagent pas leurs efforts. Une générosité qui ne s’arrêtera pas après le premier morceau, comme la logique humaine et physique le voudrait. Deux heures durant, Ghost-Note tape, souffle, gratte, fait danser toute l’assemblée, sans décélérer une seule fois. Une performance presque inquiétante d’intensité, malheureusement personne n’a le temps de se soucier de sa santé; tout le monde est trop occupé à se nourrir de la musique. Sur la fin du concert, dans un rare moment de calme et de confidence, Sput engage un hommage à James Brown, son «guide spirituel». Sans tomber dans une nostalgie niaiseuse, les airs reprennent quelques-unes des plus belles séquences du grand maître en distribuant juste ce qu’il faut d’émotion au public. Pas de sentiments gratuits, juste un moment de recueil simple, de contemplation légère et juste. Arrive la fin du concert. Les dernières notes sont toujours repoussées, le public n’accepte pas de voir partir ses héros d’un soir. Par deux fois, Ghost-Note s’en va, puis est contraint de revenir pour une dernière ballade, un dernier clin d’œil. Encore toute secouée, l’assemblée se retire avec le sentiment d’avoir assisté à une prestation unique. Ghost-Note le confessait quelques heures auparavant, jamais deux concerts ne sont pareils: «Nous portons une grande importance au jam, les bases sont à chaque fois rudimentairement les mêmes pour chaque morceau, mais chaque musicien se laisse une marge d’interprétation considérable. Au fond, on sait comment ça commence, mais on ne sait jamais comment ça va finir et c’est ce qui fait sûrement l’intérêt de notre musique.» Dans cette même idée de spontanéité, relevons encore que rien n’est préenregistré, rien n’est préparé à l’avance. Le son est créé de bout en bout, ce qui de nos jours est une expérience de moins en moins fréquente. En somme, la soirée prend réellement fin sur le chemin du retour. L’esprit encore embué de mélodies débridées, on prend conscience avec soulagement que le jazz n’est pas mort. Certains artistes s’affairant depuis plusieurs années à le revivifier, on peut dire en toute honnêteté qu’il est aujourd’hui bien-portant. Ghost-Note, un magnifique pied de nez à tous ceux qui ont encore l’impertinence de parler de musique d’ascenseur.
Le Paléo s’est achevé hier sous une pluie de confettis et de ballons gonflables lors du concert d’Indochine. Pour cette dernière chronique, L’auditoire a réalisé un petit récapitulatif de son expérience lors de cette édition 2018.
Vous l’avez sans doute remarqué, mais à L’auditoire, on aime
établir des listes. Cela nous a donc paru être la meilleure manière de
clore cette série de chroniques sur le Paléo Festival:
On a fait trente-huit fois le tour des stands avant de se décider où manger. Et ce tous les soirs.
On a eu envie de suivre Kaleo en tournée (parce qu’ils sont beaux, certes, mais surtout parce que leur concert était in-croy-able !).
Jusqu’au 17 juillet 2018, on pensait que Personal Jesus était une chanson originale de Marilyn Manson. Oups.
On a attendu 1h30 avant de pouvoir hurler « Reach out and touch faith » à pleins poumons avec Dave Gahan (non ça c’est pas vrai vu qu’avant le concert on ne savait pas que c’était de lui).
On a programmé d’aller voir Imam Baildi à quatre reprises, et on a toujours loupé l’heure du rendez-vous.
On a cherché Vianney, et il était là.
On a appris avec surprise que le chanteur de The Killers n’avait que 37 ans alors qu’on pensait qu’il en avait 50 mais qu’il faisait juste jeune – pardonne-nous Brandon.
On a été un chouïa mal à l’aise quand ce même Brandon a confondu Nyon avec Genève (il faisait quand même moins de bourdes quand il avait une moustache).
On a eu un rire nerveux en constatant que ça faisait près de deux heures qu’on était bloqué dans le parking 3.
On a prié pour que la Loi de Murphy ne s’abatte pas sur nous après le concert d’Angèle.
On a été choqué de voir arriver Little Simz sans prisme vert au-dessus de sa tête.
On n’a pas trop compris quand Nekfeu a demandé s’il y avait des « meufs qui sont des bonhommes ce soir ? ».
On a dansé la dabkeh avec ferveur au son de 47SOUL.
On a hésité pendant six jours à goûter le gaspacho aux insectes, mais la lâcheté nous en a empêché. Alors on regrette et on hésite à aller en chercher dans le jardin pour en faire une soupe ce soir.
On a passé à peu près autant de temps à faire la file pour les toilettes que Neymar en a passé à se rouler par terre depuis le début de sa carrière.
On a espéré jusqu’au bout que Stromae vienne par surprise au concert d’Orelsan. Mais il n’est pas venu. Alors on a dansé pour oublier tous les problèmes.
On a finalement eu les bases avec Orelsan (enfin ça, c’est lui qui l’a dit. Mais nous on a un doute).
On a découvert que le guitariste de Lenny Kravitz est en fait Alain Souchon.
On a eu envie de faire un câlin à Roméo Elvis quand il a déclaré adorer Shaqiri.
On a compris enfin compris que les artistes qui portent des lunettes de soleil cherchent en réalité à cacher leurs yeux. On vous laisse deviner pourquoi (n’est-ce pas Lenny ?).
On a voulu manger des queues de castor, mais il n’y en avait plus. Alors on a déprimé et on a regardé les prix des billets d’avion pour Montréal.
On a eu envie de commencer la danse contemporaine en contemplant Loïc Nottet.
On a un peu paniqué quand on s’est aperçu que des morceaux de feux d’artifice nous tombaient dessus.
On a eu des envies de meurtre envers l’homme qui a hurlé « ON EST CHAMPIONS DU MONDE » pendant J’ai demandé à la lune.
On a collectionné les confettis du concert d’Indochine.
On a adoré passer cette semaine incroyable sur la plaine de l’Asse et on se réjouit d’y retourner l’année prochaine.