• Les mains derrière Balélec

    Les mains derrière Balélec

    Image : ©Balélec

    Propos recueillis par : Ylenia Dalla Palma

    INTERVIEW • Chaque année depuis maintenant exactement 40 ans, se tient l’un des plus gros festivals estudiantins d’Europe sur le campus même de l’EPFL : Balélec. Mais qui nous permet de remplir notre tête de souvenirs tous plus beaux les uns que les autres ? L’auditoire est allé à la rencontre de Andréa Montant, l’une des vice-président·e·s au comité du festival.

    Tout d’abord, comment as-tu eu envie de devenir bénévole pour Balélec ?

    Alors, je ne suis pas très représentative parce que je suis passée par la porte de comi-staff, qui est le bras droit d’un·e membre du comité qui n’arrive qu’au deuxième semestre. C’est une amie de mon grand-frère qui avait besoin de quelqu’un de jeune pour renouveler le comité, enthousiasmée à l’idée, j’ai dit oui. Mais pour te donner une idée du parcours un peu plus représentatif, généralement, on envoie une communication en expliquant ce qu’est Balélec, avec des aftermovies pour donner envie. Les personnes intéressées nous contactent et on leur fait passer des interviews. À l’issue de ce parcours, on décide qui fera partie de notre équipe.

    Souvent, les personnes qui souhaitent faire partie de l’organisation de Balélec le font car cela change du milieu estudiantin. C’est une organisation qui est assez pro, tout en ayant une belle ambiance de famille. On a notre local où tout le monde peut venir traîner. On a aussi une énorme communauté d’ancien·ne·s, c’est-à-dire que dès que quelqu’un a fait partie de Balélec une année, il·elle reste affilié·e à l’organisation. Ce sont des gens essentiel·le·s pour nous, puisque ça nous permet de fonctionner sur un mode de transmission de savoir-faire de génération en génération. Particulièrement, pour ce retour post-COVID, ils·elles sont important·e·s pour briefer les nouveaux·nouvelles du comité.

    D’ailleurs, avez-vous des attentes en tant que bénévoles pour ce retour en présentiel post-Covid ?

    En 2020, on s’était fait prendre de court car on avait été annulé·e·s juste avant le festival à cause du COVID, alors que tout était presque prêt. Donc, sur le moment on a décidé de faire une édition en ligne. Mais cette édition n’a pas eu beaucoup de succès puisque les festivalier·ère·s sont évidemment plus adeptes du réel que du virtuel.

    En 2021, on était dans le doute durant toute l’année, étant donné que les mesures COVID n’arrêtaient pas de changer. C’était un moment difficile pour l’équipe, notamment pour trouver de la motivation, sachant qu’on risquait d’être annulé·e·s à tout moment. Les ancien·ne·s ont là aussi été très important·e·s pour nous. Finalement, nous avons pu faire Balellipse. C’étaient des petits concerts répartis sur le campus, ce qui nous a permis de retrouver nos valeurs de base, notamment en promouvant des artistes locaux·les.

    Nous sommes donc très heureux·ses de pouvoir organiser cette édition en présentiel et de retrouver l’ambiance du festival.

    Pourrais-tu me parler un peu de l’organisation du comité ?

    Dans le comité, nous sommes 60 en tout. Il y a l’équipe administrative qui gère la stratégie du festival et qui est composée d’un président et cinq vice-président·e·s qui sont responsables de différents pôles. Il y a le pôle Finances qui gère toutes les questions de comptabilité et de sponsoring, le pôle Opération qui gère toutes les problématiques liées à la foule pendant la soirée (sécurité, flux, accréditations…), le pôle Logistique pour tout ce qui est montage d’infrastructures sur le site (éclairage, barrières, scènes,…) et le pôle Affaires Artistiques pour tout ce qui touche à l’identité visuelle ou musicale du festival. Enfin il y a deux postes transversaux qui gèrent les relations publiques et l’amélioration continue.

    J’ai lu que vous aviez une charte suite aux témoignages de faits sexistes sur le campus. Est-ce que le comité a prévu de mettre quelque chose en place lors du festival ?

    C’est une chose à laquelle on avait pensé́ depuis plusieurs années et dès 2020, on a créé un poste de responsable pour réfléchir à cette question. Lorsque les problématiques de sexisme et de harcèlement à l’EPFL ont commencé́ à être dénoncées, plusieurs associations du campus ont rédigé cette charte, que nous avons signée sans hésitation. En faisant des recherches, nous nous sommes rendu·e·s compte à notre plus grande surprise qu’il n’y avait pas grand-chose qui avait déjà été mis en place dans les autres festivals. C’était donc un vrai défi que de trouver des solutions. Ensuite, nous avons réfléchi à quelles mesures prendre concrètement dans le cadre de notre festival. Pour le moment, nous avons renforcé́ toutes nos communications et formations sur le sujet, que ce soit sur nos réseaux sociaux pour le public, au sein de nos staffs, pour les personnes qui tiennent les stands ou pour les membres du comité́. Il y a aussi des procédures sécuritaires précises impliquant des professionnel·le·s qui sont formé·e·s à agir dans ce genre de situation. Nous réfléchissons à d’autres projets qui seront implémentés pour les futures éditions également. Autrement, la problématique est présente dans tous les postes, on peut citer par exemple l’éclairage du site qui permet d’éviter toute zone sombre propices à des comportements malveillants.

    Par rapport aux artistes, comment les choisissez-vous ?

    En début d’année, on réfléchit à notre public cible, qui sont majoritairement les étudiant·e·s. On regarde les artistes qui tournent au moment du choix, les écoutes sur Spotify ou d’autres plateformes ou encore les articles de presse pour tenter d’esquisser les préférences du public. Concernant la recherche, ce sont les programmateur·ice·s qui sont le point de contact, un·e par scène. On essaie donc d’avoir des personnes qui s’y connaissent en différents styles musicaux pour plus de diversité. Pour cette année, cela me tenait à cœur d’avoir un maximum de groupes locaux, et d’artistes qui pouvaient ne pas venir en avion par souci de durabilité. On a aussi cherché à avoir de la parité au sein des artistes, mais cela a été difficile car les artistes féminines ont de plus gros cachets que leurs homologues hommes du même niveau. Nous avons finalement cette parité grâce à de plus petites artistes montantes dans lesquelles nous croyons !

    Comment fais-tu pour gérer ton temps entre tes études et Balélec ?

    À mes débuts en tant que comi-staff, cela ne me prenait pas tant de temps que ça, puisque mon rôle était d’alléger celui de ma référente de comité, surtout que j’étais encore en première à l’EPFL. En revanche, quand tu passes en comité tu es obligé·e d’organiser ton temps entre les cours et l’association. Ces temps-ci, à l’approche du festival, avec mon binôme on reçoit environ 200 mails par jour à l’approche du festival, et j’y passe donc environ 8h par jour. Mais c’est aussi parce que ça nous passionne énormément ! Ça prend le temps que tu lui donnes. Bien sûr c’est très variable selon les postes au comité.

    Que dirais-tu que cette expérience t’apporte sur le plan personnel ?

    Personnellement, je suis arrivée à Balélec intimidée par la taille de l’association. En faire partie m’a aidée à prendre confiance en moi. Tu as beaucoup plus de responsabilités et donc tu es obligé·e d’oser y aller. Par exemple, à l’époque, je gérais les loges, donc c’était important que j’aie assez confiance en moi. Puis, en devenant vice-présidente, se sont ajoutés les enjeux stratégiques et plus de la gestion humaine, ce qui m’a énormément fait grandir. Je me suis prise une sacrée claque mais ça permet d’apprendre à gérer les émotions et le travail. Ce qui est sûr, c’est que cela apporte beaucoup de bonheur et de belles amitiés. Je remercie Balélec pour cet aspect-là.

    Finalement, quel est ton plus beau souvenir de Balélec ?

    C’est une question difficile, haha ! Le premier, c’est quand j’étais responsable des loges. On avait aussi accès aux backstages, et avec mon amie on a pu regarder le concert de Meute depuis tous les angles. C’était un petit moment de pause dans la soirée très rafraîchissant. Je me suis vraiment rendu compte de l’ampleur du festival à ce moment-là et j’en étais fière. Le deuxième, c’était Balellipse. Étant donné que c’était un moment assez dur pour le comité et qu’on était en pleines montagnes russes émotionnelles, pouvoir concrétiser un projet comme Balellipse était une bouffée d’air frais et d’espoir dans cette ambiance COVID. C’était super fort pour moi de voir à nouveau les gens motivé·e·s. Ensuite, le moment que j’adore lors de Balélec, c’est la fin de la semaine de montage. On est tous·te·s fatigué·e·s, on dit n’importe quoi mais on est ensemble, heureux·ses de ce qu’on a réalisé. C’est ce que j’ai le plus hâte de retrouver.

    Plus d’infos : https://balelec.ch/fr/

    Le comité vous conseille de venir en avance (1h d’attente environ)

  • Le Virus du Jazz

    Le Virus du Jazz

    MUSIQUE · L’auditoire a été convié à la conférence de presse du festival «Jazz onze +» qui se tiendra à Lausanne du 8 au 12 septembre 2021. En voici la narration en quelques lignes, l’occasion pour vous d’en découvrir davantage et de vous laisser séduire par ce voyage sonore qui annonce une programmation virtuose.

    Quelques notes jazzy pour nous accueillir. Quelques sons liquides, d’autres plus piquants, des vocalises tout juste soufflées. Sur scène, Louis Matute gratte les cordes. L’audience ne bouge, ne respire qu’au moment où l’écho finit de retenir et, là, les applaudissements éclatent. Cette expérience fut celle proposée pour ouvrir la conférence de presse donnée par les organisateurs du festival Jazz onze +, le 24 août dernier. Après une année 2020 difficile qui avait débouché sur l’annulation de la 33èmeédition, le festival revient en force, avec comme leitmotiv : «malgré tout». Malgré les perturbations connues de tou·te·s, malgré les obstacles et le silence pesant sur le monde de la culture et «malgré tout, nous sommes là!» confie Gabriel Décoppet, le président de l’association Onze +. La culture animera à nouveau les rues, la musique résonnera pour faire écho à une petite renaissance. Le jazz, plus viral que jamais, se répandra du 8 au 12 septembre prochain de l’espacejazz à la salle paderewski, en passant par auditorium de l’EJMA et ailleurs. Les températures encore clémentes permettront également des concerts à l’extérieur, gratuits qui plus est. La programmation est prometteuse : du jazz électrique, du jazz pop, classique ou avant-gardiste, jazz multiculturel ou sous les couleurs du panafricanisme, il y en aura pour tous les goûts et de tous les horizons. L’on nous annonce également une exclusivité inconnue du programme : un DJ set avec Alma Negra qui clôturera l’évènement le dimanche. De plus, une médiation culturelle sera également assurée par plusieurs évènements publics, pour lesquels la seule restriction sera la présentation d’un certificat Covid. Après ces annonces alléchantes, il n’y a plus qu’un pas pour vivre cette aventure de ces propres oreilles. Rendez-vous sur www.jazzonzeplus.ch et que le jazz vous accompagne !

    Valentine Girardier

  • Cold Bath à Unilive: Interview avec le chanteur Alex Merlin

    Cold Bath à Unilive: Interview avec le chanteur Alex Merlin

    En feuilletant les pages du numéro 250, vous pouviez découvrir le groupe genevois Cold Bath. À la veille du festival Unilive où il sera présent, L’auditoire vous invite à plonger dans l’intimité de son chanteur, Alex Merlin. Rencontre.

    Comment t’es-tu lancé dans la musique ? Qu’est-ce qui t’en a donné envie ?

    Je suis tombé amoureux de la musique quand j’avais 7 ans, après le divorce de mes parents. Mon beau-père est alors arrivé avec des centaines de disques de rock. Je me souviens encore de la première fois qu’il a mis un CD : c’était une compil de morceaux de rockabilly. Quand j’ai entendu cet album, il s’est vraiment passé un truc. J’ai découvert par la suite qu’il y avait d’autres disques cool et je n’ai plus arrêté d’en écouter. Vers mes 14 ans, mon beau-père m’a proposé qu’on prenne des cours de guitare ensemble mais après 6 mois je lui mettais une telle pâtée qu’il a laissé tomber (rires). Il y avait aussi la possibilité de faire des ateliers facultatifs dans mon école, dont un atelier rock. J’aimais tellement ça que j’ai décidé de monter mon propre groupe avec des potes et on utilisait les salles de musique un midi par semaine. On faisait des reprises des Sex Pistols et des Pixies, et on a même pu donner un concert durant lequel j’étais hyper coincé. Mais à un moment donné j’ai eu un élan de rébellion et j’ai fait un doigt d’honneur au public, ce qui a scandalisé ma prof de musique et ma grand-mère. Ensuite, j’ai fini le cycle et je suis sorti avec la copine de mon guitariste. Mais au bout de trois mois, elle est retournée avec lui et ça a démonté le groupe (rires).

    Comment as-tu monté Cold Bath ?

    Dans ce premier groupe qui est devenu un peu sérieux avec qui on a vraiment commencé à faire des concerts, il y avait déjà le guitariste actuel de Cold Bath, Jérémy. Une fois, quand on avait 16 ans, on a donné un concert auquel il n’y avait vraiment personne. J’ai marché sur mes câbles donc je n’avais plus de son et Jérémy s’est trop énervé. On s’est pris la tête et on a arrêté le groupe (rires). Après ça j’ai monté un groupe avec d’autres musiciens que je ne connaissais pas mais que j’ai contacté après les avoir vu jouer à gauche à droite et Jérémy nous a rejoint plus tard, lorsqu’on a changé de guitariste. C’est donc comme ça qu’est né le projet. Mais à l’époque, il avait un autre nom : The Old Bones. Seulement il y avait déjà d’autres groupes qui avaient le même nom que nous en Allemagne et on voulait quelque chose d’unique. On a donc finalement choisi Cold Bath car il y avait déjà un de nos premiers morceaux qui s’appelait comme ça et on aimait bien l’idée que ça sonne comme une douche froide. Du coup, on a officiellement changé de nom quand on a sorti le premier single « Mama I wanna live in the woods » pour bien démarrer.

    Comment définirais-tu la musique du groupe ?

    On est quatre musiciens qui écoutons énormément de musique. En termes de style, on peut donc très bien écrire un morceau pop, comme un morceau hyper hard. C’est ça qui nous plaît : nous challenger et explorer. Mais ça peut aussi nous porter préjudice parce que le public ne sait parfois pas à quel groupe ou à quel style il a affaire. Dans le fond, on est au XXIe siècle et on a déjà toute la musique enregistrée de la terre, donc c’est absurde de ne se revendiquer que d’un style. Quand je veux faire simple, je dis qu’on fait de la « pop destroy putassière ». On a aussi un vrai désir dans Cold Bath, au-delà du style de musique et du son, de proposer des performances scéniques avec des invités, des choses surprenantes et une vraie énergie corporelle.

    Comment s’est déroulée la réalisation de votre dernier album Something Left ?

    On a beaucoup plus composé ensemble sur cet album. En général, soit j’arrive avec une idée et tout le monde travaille autour, soit on se retrouve au local et on commence à improviser ensemble pour ensuite travailler l’arrangement. La seule chose qui m’appartient à 100%, ce sont les paroles. Les autres ne s’interposent pas du tout dans ce qui concerne le texte et ils sont toujours assez satisfaits. Ils le découvrent d’ailleurs souvent en studio (rires). Je crée donc le message que je souhaite véhiculer, et eux sont là pour le soutenir.

    Entre votre premier album, Nomad, et celui-ci, qu’est-ce qui a changé ?

    La moitié des membres du groupe a changé, donc c’est déjà une sacrée transformation. En dehors de ça, je pense cet album est une vraie continuité du premier. On a essayé de prendre plus de risques. Nomad, au niveau des textes, partageait surtout des rêveries et des utopies d’adolescents hippies qui rêvaient de grands espaces et de mondes différents. Something Left est plus résigné et a plus les pieds sur terre. Le temps a passé, on a grandi, on doit gagner notre croûte, et on est aussi passés par des moments difficiles. Cet album parle justement beaucoup du fait de vivre avec la tristesse et de l’importance de la considérer comme une étape à travers laquelle tous les êtres humains passent ; il faut savoir l’accepter et l’embrasser. Il y a énormément de choses à tirer de ces périodes de tristesse et, même si on n’arrive pas à en voir la fin sur moment, ça va toujours nous apporter quelque chose. Loin des idéologies plus bouddhistes de bonheur absolu qu’il y avait dans le premier album, dans le deuxième je véhicule plus l’idée que dans la vie il y a des hauts, et il y a des bas, tout est bien et il faut savoir l’accueillir. D’où le titre de l’album : Something Left. Ça montre qu’il y a quelque chose qui est parti et, pour ma part, c’était ma bonne humeur. Je n’arrivais pas à retrouver cet état constamment joyeux qui me caractérisait. Il y a une ambiguïté en anglais avec cette expression: ça signifie que quelque chose est parti, mais ça veut aussi dire qu’il y a quelque chose qui reste: there is something left. J’avais en effet l’impression d’avoir perdu quelque chose, mais j’avais aussi cette nouvelle tristesse, que j’avais à expérimenter et à vivre. C’est aussi cette idée-là que montre la couverture de l’album : l’immeuble est un peu abîmé, c’est le vestige que quelque chose, mais ça tient toujours droit.

    Est-ce que tu t’adresses à un public qui grandit avec toi ? Parce que tu abordes des thèmes semblent en effet très liés à ta génération.

    Comme le public d’Harry Potter ? (rires) Bien sûr, je m’adresse surtout à un public de mon âge car j’écris sur des choses que je vis et que je découvre, tandis que des personnes plus expérimentées sont déjà passées par là. Donc c’est clair que pour ce qui est des thèmes abordés, c’est très axé jeune adulte en crise existentielle. Mais du fait que j’écrive en anglais, les gens ne sont pas trop rattachés au texte et on a un public très large en termes d’âge. Il y a notamment une jeune fille qui doit avoir environ 11 ans et sa mère qui sont super fans de nous. Elles témoignent de la largesse du public qu’on touche.

    Est-ce que tu écris justement en anglais parce que ça te permet en toucher un plus large public ?

    Non, au contraire ; je pense malheureusement que l’anglais enlève du caractère au propos. La majeure partie de la musique populaire est en anglais, du fait de la mondialisation et de tout cette espèce de néo-colonialisme américain qui ont fait que c’est devenu LA langue que tout le monde doit parler. Mais si je chante en anglais, c’est surtout par mimétisme de ce que j’ai écouté comme le rock n’roll, qui est essentiellement une culture anglo-saxonne et américaine. Mais dans cet album il y a deux phrases en français ! C’est une transition que je suis en train de faire car j’ai vraiment envie de chanter dans cette langue, mais je suis beaucoup plus pudique qu’en anglais. Je pense quand même que maintenant je me suis pleinement dirigé vers le français, mais ça prend du temps avant que ça sorte. Il y a une vague de nouvelles choses qui se préparent et j’aimerais d’ailleurs bien que le prochain album de Cold Bath soit en tout cas à moitié en français.

    © Léo Lacan

    Votre dernier single « Everything Everything » véhicule, tant au niveau du clip que des paroles, un message fort quant à la construction identitaire. Peux-tu nous en parler un peu plus en détail ?

    Entre mes 20 et 23 ans, même si ça paraît peu de temps, le monde a énormément changé, notamment en ce qui concerne la place de la femme, mais aussi celle de l’homme. Devant ces changements motivés par le féminisme et les communauté LGBTQ+, je me suis retrouvé face à moi-même à me poser plein de questions : « Qu’est-ce que je suis ? Pourquoi ai-je telle ou telle attitude ? Pourquoi suis-je comme ça et qui me l’a inculqué ? » Je me suis rendu compte que c’est en fait un immense système oppressant et injuste dans lequel j’étais à la fois énormément privilégié, mais aussi coincé. J’ai pas mal lu sur ce sujet, notamment King Kong Théorie de Virginie Despentes, qui est un témoignage extrêmement fort. Il y a un passage qui m’a frappé, lorsqu’elle demande quand les hommes vont finir par se rebeller contre eux-mêmes et ce qui est imposé. Je me suis pris cette réalité en face et j’ai commencé à cultiver ma féminité parce que je trouve cela nécessaire. Il y a certaines valeurs vraiment importantes qu’on associe aux femmes, comme la bienveillance, l’empathie, ou la sensibilité, et qu’on ne pousse pas du tout à développer chez les garçons. Du coup, je me suis retrouvé à mettre du vernis à ongles, des paillettes et à être plus maniéré. C’était une évolution évidente et maintenant je me sens mieux dans quelque chose qui me correspond bien plus : pas juste être un garçon qui répond à des codes. Suite à cela, je me suis retrouvé face à des insultes en soirée ou dans la rue, et à des catégorisations hyper rapides sur ma sexualité. Tout ça pour finalement en arriver à la déconstruction totale de ce besoin d’être dans des cases. La binarité de genre, ça n’existe pas : il y a plein de gens qui ne sont ni l’un ni l’autre et qui méritent leur place dans la société mais qu’on ne peut pas définir. C’est très personnel, mais je transmets tous mes parcours de vie dans la musique à un moment donné. C’est donc pour cela que dans le clip de « Everything Everything », je suis travesti et que je parle de ces choses-là et des insultes que j’ai reçues pour des bêtises.

    Comment perçois-tu la scène musicale en Suisse ? As-tu l’impression qu’elle est favorable à l’essor de jeunes musiciens comme vous ?

    Je la perçois comme étant incroyablement fertile et indépendante du fait du manque de structures et d’institutions qui la soutiennent. Du coup, les artistes en Suisse n’ont pas d’autres choix que de faire les choses par eux-mêmes et comme ils le veulent. Dans d’autres pays, un artiste sera chapeauté par un producteur et une maison de disques pour le pousser, mais nous n’avons pas ce type de structure ici. Les artistes sont donc pleinement indépendants, ce qui laisse place à une scène hyper foisonnante, libre, et très créative. Je trouve cela incroyable et la plupart des artistes qui m’inspirent sont suisses.

    Quels seraient tes conseils pour des jeunes qui souhaiteraient se lancer dans la musique ?

    Il faut écouter beaucoup, beaucoup de musique, et de tout. J’invite vraiment les jeunes musiciens et toutes les personnes motivées à s’ouvrir l’esprit et à écouter de la musique de tous styles parce ce que chaque style est une culture en soi avec un historique et c’est fascinant. Je pense que plus quelqu’un aiguise sa curiosité au fil de son voyage musical, plus ce dernier sera riche. Il faut sortir de sa zone de confort : aller jouer avec des jazzmen, se frotter à l’univers hip hop, se frotter au rock, au métal, etc. Il y a dans toutes ces cultures des choses fascinantes à découvrir qui vont nourrir l’imagination, l’inspiration et la vie.

    Le 2 mai prochain, nous pourrons vous retrouver sur la scène du festival Unilive. Tu y es déjà venu il y a quelques années. En quoi est-ce particulier de jouer dans un festival universitaire ?

    Je me réjouis de jouer car les festivals universitaires, c’est toujours super et il y a toujours beaucoup de monde. On y est très bien accueillis. J’ai déjà eu l’occasion de passer par Unilive avec un de mes groupes et je me souviens qu’il pleuvait mais le public était quand même très enthousiaste et on avait foutu un beau bordel. C’est toujours un plaisir d’être invité et d’y participer. Qui plus est, la foule est attentive et énergique.

    Quels seront les projets de Cold Bath après cet évènement ?

    Suite à la sortie de l’album, on a pas mal de dates de concert prévues et on va jouer un maximum. J’ai pour projet d’emmener le groupe faire une résidence dans un lieu reculé. J’aimerais bien trouver une maison cet été en montagne ou quelque part assez loin pour qu’on puisse y passer quelques jours et composer le troisième album. On aimerait proposer un tournant assez considérable à l’esthétique du groupe en termes de musique : ajouter beaucoup de français, se surprendre, aller plus loin et prendre des risques.

    Si tu visualises le groupe dans cinq ans, où aimerais-tu qu’il soit ?

    J’aimerais que chacun des musiciens qui le composent soit là où il avait envie d’être et d’arriver : accomplis et en phase avec les chemins de vie qu’ils auront choisi. Peut-être toujours avec le groupe, peut-être au sein d’autres formations. Mais si Cold Bath venait à continuer, j’espère que le projet ira le plus loin possible et qu’on aura continué à se renouveler en termes de performances live, et de musique, et de textes afin de développer et d’offrir un propos artistique encore plus évolué, plus mature et plus important que celui qu’on propose actuellement.

    Y a-t-il une question que tu aurais toujours voulu qu’on te pose en interview et à laquelle tu n’as jamais pu répondre ?

    Je crois que j’aimerais bien que les interviews soient peut-être plus politiques et qu’elles me mettent un peu plus en danger. J’aimerais qu’au fil des années et de mes changements personnels, je puisse voir l’évolution en fonction de ces avis un peu plus tranchés. Je pense qu’à travers la musique et mon art je véhicule quand même des idées et j’aimerais qu’on me demande mon avis sur l’état actuel des choses comme pour la question du climat. Je souhaiterais inviter la jeunesse à suivre le grand élan de marches qu’il y a un vendredi par mois pour soutenir ces questions. J’aimerais l’inciter aussi à se rendre compte que la marche est très belle et que c’est beau d’être soudés comme ça, mais que le changement, c’est plus qu’une nécessité ; c’est une urgence. J’invite donc la jeunesse et les gens, tout le monde, à réfléchir sur des vraies façons efficaces de se faire entendre, de se révolter contre les injustices sociales et la situation climatique actuelle.

  • Fécule à fleur de peau

    Fécule à fleur de peau

    À l’occasion de cette douzième édition du Festival Fécule, L’auditoire s’est immiscé dans les coulisses du spectacle de Danse à fleur de pot, à découvrir le 3 mai à la Grange de Dorigny.

    © Nathalie Habersaat

    Représenter le travail de la terre à travers la danse contemporaine, voici le pari que réalisent les danseuses de Catherine Egger dans le spectacle Danse à fleur de pot. Créé à l’origine pour le Musée de l’Ariana dans le cadre de l’exposition « Potières d’Afrique – Voyage au cœur d’une tradition contemporaine », cette pièce chorégraphique se déplace à la Grange de Dorigny pour une unique représentation dans le cadre du Festival Fécule.

    Possédant toutes une expérience différente de la danse, les six participantes – Eva, Nathalie, Léa, Alica, Laure et Sarah – se glissent, le temps d’un instant, dans la peau de potières africaines. Cette tradition ancestrale du travail de la terre se transmettant de mère en fille est encore une activité essentielle dans de nombreux pays du continent. Un ouvrage demandant un travail considérable, car ces femmes demeurent responsables de toute la conception du vase, allant de la récolte de la terre nécessaire jusqu’à la vente, en passant par le façonnage et le décor de ce dernier.

    © Nathalie Habersaat

    Mouvements d’argile

    Partir de rien pour composer peu à peu : telle est l’idée que Catherine Egger a souhaité transmettre à travers sa chorégraphie. À l’image de la céramique qui se construit via différentes étapes, les danseuses s’approprient progressivement l’espace et élaborent leurs gestes en douceur : « Il y a de nombreux liens entre le travail de la terre, le travail du corps, la matière, et l’énergie du mouvement », explique la chorégraphe. Les jeunes femmes débutent donc en silence, à la recherche de leur énergie. Puis, leurs mouvements s’intensifient au gré de la musique. L’un des éléments essentiels de la représentation se situe dans la marche, que chacune effectue parmi des photographies réalisées par le céramiste Camille Virot dans des villages d’Afrique de l’Ouest.

    Mais le spectacle cache encore bien des surprises. En effet, le tableau se révèle différent à chaque représentation. Car si nous assistons bel et bien à une chorégraphie mise en scène, différents moments laissent place à une improvisation complète des danseuses. « Pour certaines parties, Catherine ne nous a pas donné de marche à suivre, indique Alica. Elle nous a simplement guidé en nous conseillant de nous imaginer dans de l’argile que l’on devrait malaxer avec nos mouvements. C’est pour cela que nos gestes sont tout petits au début. Mais au fur et à mesure l’argile se chauffe, et nous avons donc plus de place pour danser ». Chaque danseuse apporte ainsi la touche de sa propre interprétation à l’ensemble de la chorégraphie. Une composition qui se forme ainsi en grande partie directement face aux yeux du public : « Comme les potières construisent un vase, nous, on construit la danse » explique les membres de la troupe.

    Danse à fleur de pot représente une plongée artistique dans la vie de ces artisanes africaines à qui le spectacle rend hommage. Accompagnées à la guitare et au chant par le musicien Ecart, les danseuses recréent ainsi les différentes étapes du quotidien des potières et évoluent dans un univers qui s’amuse à mêler l’art à l’utile, le contemporain à l’ancestral.

    Danse à fleur de pot, Grange de Dorigny, le 3 mai à 21h30

  • Le Festival Fécule a la patate

    Le Festival Fécule a la patate

    Ce printemps, la Grange de Dorigny s’éveille. Du 29 avril au 11 mai, le Festival Fécule va faire profiter le campus de dizaines de spectacles et de performances hautes en couleurs.

    Le Festival Fécule revient pour sa douzième édition, prêt à nous faire profiter des créations artistiques des étudiant·e·s. Théâtre, danse et musique sont au programme, pour finir en beauté avec un grand bal animé par les Big Bands de l’Unil et de l’EPFL, qui nous feront danser le samedi 11 mai sur du jazz et du swing dans l’Amphimax 350 ! Pour présenter cet évènement culturel vibrant, L’auditoire a rencontré Jonas Guyot, coordinateur du Festival Fécule, qui nous explique ce que l’édition 2019 réserve comme surprises.

    Qu’est-ce que l’édition 2019 va amener de plus ?
    Cette année, le Festival sort de la Grange. En plus des nombreux spectacles joués dans cette dernière, d’autres performances sont prévues dans de nouveaux endroits, notamment à l’Anthropole à côté de l’Auditoire 1031, avec la pièce M pour Médée, jouée par une troupe venue de Strasbourg.

    Quelles sont tes performances coup de cœur ?
    En tant que coordinateur, je me réjouis évidemment de toutes les performances, sélectionnées avec soin. Mais je me réjouis particulièrement du spectacle Loghorée ou le petit Rembert Improvisé, un spectacle d’improvisation avec un petit twist : les comédiens devront improviser des monologues sur les thèmes donnés par le public. Le spectacle Cœur de Plastique me tient aussi à cœur. C’est une lecture théâtralisée mise en scène par 5 étudiants et étudiantes de l’Institut littéraire de Bienne, qui ont imaginé une dystopie sur la question environnementale. Des gens se sont établis sur un continent de plastique à la dérive, lorsque tout d’un coup, celui-ci s’arrête, provoquant la surprise des passagers. Cela permet d’aborder de nombreux questionnements. L’héritière, la Bâtarde et la Défunte sera également très intéressant : c’est une histoire de famille dans le Londres du 19ème siècle, mettant en scène une revenante.

    Et pour les performances autres que le théâtre ?
    La HEMU (Haute Ecole de Musique de Lausanne) présentera French Kiss, un concert aux influences musicales diverses. Il y aura également un ciné-concert, où 4 extraits de films seront présentés et des musiciens du campus viendront jouer la bande-son, ainsi qu’un film réalisé par une étudiante en médecine. De plus, des spectacles seront présentés en plusieurs langues, comme l’italien, l’anglais ou l’espagnol, mais toujours surtitrés en français.

    Un petit mot sur l’ambiance générale ?
    Pour moi, c’est un moment fort du campus. Je peux comparer ça à la place du village qui s’anime. C’est très convivial. De plus, pour du théâtre amateur, tous les spectacles sont de très bonne qualité et cela permet aux étudiants de s’essayer à la scène.

    Infos pratiques
    Entrée : 5.-, gratuite pour certains spectacles
    Abonnement : 15.- pour 2 semaines

    Le programme complet est disponible sur le site de l’Unil, à l’adresse suivante :
    http://wp.unil.ch/grangededorigny/evenement/festival-fecule-le-programme-complet-2-2/

  • Interview avec Isabelle Gattiker, directrice générale du FIFDH

    Interview avec Isabelle Gattiker, directrice générale du FIFDH

    Il y a quelques jours se clôturait la dix-septième édition du Festival du film et forum international sur les droits humains, qui a lieu chaque année en plein cœur de Genève. L’espace de quelques heures, L’auditoire s’est immersé dans l’ambiance de cet événement à portée internationale en assistant à certains films et débats, ayant même la chance d’interviewer la directrice générale du FIFDH: Isabelle Gattiker.

    Vous êtes directrice générale du FIFDH, qu’est-ce qui vous anime ou vous passionne le plus dans votre activité?

    Ce qui m’anime et ce qui me passionne, c’est de pouvoir mettre en lumière des violations qui sont peu connues; de pouvoir également inviter à Genève des activistes sur le terrain – qui ont besoin du Conseil des droits humains, de visibilité et de soutien dans leur travail, afin d’être protégés. Puis, ce qui m’anime aussi, c’est de voir tellement de jeunes dans ce festival, qui ont envie de s’engager et que les choses changent.

    Le FIFDH a une portée internationale, quels sont les enjeux sociaux et culturels du festival à cette échelle? Quel impact concret?

    Tous les débats, transmis en direct, sont énormément suivis sur le terrain. Donc les spectateurs et les spectatrices peuvent poser des questions en utilisant un hashtag ou via Facebook. L’impact concret découle aussi du fait que beaucoup de causes sont soutenues via les activistes. Par exemple, cette année, des spectateurs ont soutenu l’hôpital de Sinjar en Irak, cause portée par Nadia Murad. Par ailleurs, cela permet de faire répercuter des campagnes d’ONG comme celles d’Amnesty International, et donc de protéger les activistes sur le terrain. On se rend compte que le festival est de plus en plus suivi sur le terrain, à la fois par les activistes et par les cinéastes. Et puis, ils viennent de plus en plus vers nous, ce qui facilite le travail.

    En tant qu’étudiant·e, comment pourrait-on agir en faveur de la cause des droits humains à notre échelle?

    Tout d’abord, il est important d’être sensibilisé·e et informé·e; de faire attention à ce qu’on partage sur les réseaux sociaux, toujours vérifier ses sources. De soutenir les activistes, écrire des lettres et des pétitions, ou encore adhérer à des associations. De notre côté, au festival, nous défendons également l’engagement, même au niveau des quartiers ou d’associations actives très locales; ce qui est extrêmement important, car c’est aussi à ce niveau-là qu’on peut faire changer les choses beaucoup plus globalement. Par ailleurs, on peut s’engager en politique, au niveau associatif et puis bien sûr voter – quand on peut le faire, c’est important.

    Dans le dernier rapport du festival (2018), il est écrit que «le FIFDH participe au renforcement d’une “culture des droits humains” et œuvre pour favoriser des liens multilatéraux entre société civile, ONG, et acteurs gouvernementaux». De quelle manière œuvrez-vous concrètement?

    Nous mettons en avant les films et nous sommes partenaires de nombreux événements. Il y a, par exemple, des jeunes ou des étudiants qui repassent nos films pendant l’année, on s’associe à cela. On a aussi lancé une tournée internationale qui a traversé quarante-cinq pays cette année, des pays qui ont peu ou pas accès à des films autour des droits humains et à des débats autour des droits humains. On a ouvert cette tournée à Islamabad au Pakistan, on l’a clôturée au Caire. On est passé à Ankara, au Zimbabwe, au Guatemala ou encore au Soudan. Dans tous ces pays, c’était vraiment étonnant et beau de voir qu’il y avait énormément de monde qui posait des questions extrêmement libres dans ces débats. On se rend compte que même si parfois les médias mettent en avant un grand nombre de problèmes, de désastres qui sont réels, il y a aussi beaucoup de gens, partout à travers la planète, qui demandent tout simplement justice et qui croient aux droits humains – parce que finalement, si on revient au fondamentaux, la déclaration universelle des droits humains concerne tout le monde et on ne peut que y adhérer en réalité.

    Dans le cadre du festival, y a-t-il des projets qui ne se limitent pas qu’à ces dix jours et se concrétisent durant toute l’année?

    En ce qui concerne les actions concrètes, on travaille beaucoup avec les foyers de personnes migrantes à Genève, avec les jeunes de La Clairière et de l’hôpital de jour (l’hôpital psychiatrique pour les jeunes au HUG). Ce qui renforce le fait qu’on se rende compte de plus en plus que des populations qui avaient elles aussi finalement à Genève peu accès à des événements de ce type, sont réellement intéressées. Cette année, on a aussi mis en place des billets suspendus: c’est-à-dire qu’il y a des fondations qui ont financé des billets pour des gens soit extrêmement vulnérables, qui vivent dans une grande précarité, des personnes sans abri par exemple, ou des migrants en attente de renvoi, qui sont des migrants à l’aide d’urgence, soit des personnes qui sont à l’assistance publique; ceux-là aussi ont eu des événements dédiés et ont participé aux grands débats du festival. On a également beaucoup travaillé sur les jeunes; on a doublé les nombre d’élèves qui assistent aux projections cette année. Cela participe au fait qu’on se préoccupe de l’avenir et c’est assez étonnant de recroiser après ces jeunes devenus plus grands, qui nous racontent très souvent que leur engagement est né au FIFDH, parce qu’ils sont venus avec un enseignant ou une enseignante. Par exemple, «La Carologie», blogueuse, rappelle très souvent que tout ce qu’elle raconte est issu du fait qu’elle est venue il y a cinq ou six ans à un débat autour de l’Arménie avec sa prof, et c’est de là qu’est né son engagement.

    Par ailleurs, vous avez aussi un programme pédagogique…

    Oui, dans le cadre duquel on passe des films et des débats pour les jeunes. On a des jurys des jeunes, un jury documentaire et un jury fiction. Donc ils/elles voient des films avec les jurys internationaux. On a aussi un programme d’accompagnement pour les jeunes migrants qui peuvent être bénévoles. C’est important pour le festival, on est 250 bénévoles, souvent des jeunes et des étudiants mais pas seulement, qui ont vraiment tous les âges, cela leur permet de suivre le festival. Par ailleurs, on a un programme de parrainage où il y a des jeunes migrants qui sont bénévoles et qui sont parrainés ou marrainés par un autre bénévole, qui les suit pendant le festival et cela leur permet aussi de s’intégrer, pas uniquement au festival mais également par la rencontre d’autres jeunes.

    Est-ce que la forte portée médiatique du festival a-t-elle permis d’amener telle ou telle problématique (encore trop peu connue ou abordée) sur le devant de la scène internationale, qui a ensuite pu être prise en charge par différents acteurs, gouvernementaux ou non-gouvernementaux?

    Il y a deux ans, le docteur Mukwege était venu au festival et au Conseil des droits humains et a fait un appel contre le viol des enfants en RDC. Il a reçu le Prix Nobel de la Paix l’année passée. Ce n’est pas uniquement à cause du festival, mais il y avait eu une répercussion médiatique gigantesque autour de cette intervention; donc, clairement, elle a participé au fait qu’il obtienne un Prix Nobel de la Paix. L’année dernière, on avait fait un appel qui a été répercuté partout contre l’impunité au Mexique, où le comédien Gael García Bernal était venu avec une journaliste et un homme victime de torture; là aussi, il avait lancé un appel au Conseil des droits humains. C’est généralement cette portée de la société civile au Conseil des droits humains qui est importante pour qu’il y ait une vrai répercussion internationale. Cette année, on l’a fait avec l’acteur Forest Whitaker, venu avec une jeune militante du Sud Soudan, Magdalena Nandege, qui a fait un appel pour la paix au Sud Soudan, pays assez méconnu, complètement hors des projecteurs internationaux. Là aussi, il y a eu une couverture internationale. Mais je pense aussi à la soirée consacrée au Congo, avec Fred Bauma et le mouvement Lucha. On a également interviewé une militante sur le terrain par Skype, qui n’a pas pu voyager. Très clairement, on ne met pas uniquement en lumière des tragédies mais aussi des mouvements positifs, menés par des jeunes. Un autre exemple, cette année, est l’artiste Ai Weiwei, star internationale de l’art contemporain et du cinéma, venu parler des personnes séropositives en Chine, un désastre absolu: dans la fin des années 90 dans la région du Henan, 300’000 personnes ont été infectées par des transfusions et touchées par le SIDA, ce que nie le gouvernement chinois. Là aussi on va voir ce que ça donne, on ne peut pas encore parler des répercussions médiatiques mais j’aurais du mal à croire qu’Ai Weiwei venant à Genève pour parler du scandale des personnes séropositives en Chine et du manque de soutien de l’État chinois ne soit pas répercuté.

    Est-ce que le FIFDH est une structure plutôt unique sur la scène internationale ou existe-t-il d´autres structures analogues? Si oui, y a-t-il des collaborations, des synergies ou bien des concurrences?

    ©Getty Images

    Le FIFDH est cofondateur d’un réseau qui s’appelle le Human Rights Film Network, qui rassemble quarante-cinq festivals de films et de débats sur les droits humains à travers le monde. Les plus importants étant: le FIFDH à Genève, le Movies that Matter Festival à La Haye, le Human Rights Watch Film Festival à Londres et à New York, et le festival One World à Prague. Les festivals de Londres, Prague et La Haye se déroulent en même temps que le FIFDH. On se voit très souvent, on se parle beaucoup, on s’échange la liste des films à l’avance et on échange aussi les intervenants. Donc plusieurs intervenants de cette année sont allés à Prague ou à Londres juste avant de venir chez nous, ou vice versa. Ce qui nous permet aussi de partager les frais des billets d’avion et la visibilité, donc au contraire, on se soutient les uns les autres. C’est ça qui est bien dans les festivals de droits humains, on n’a pas cette pression des Premières Internationales où d’exclusivité – de toute façon, c’est quelque chose qu’on refuse ou qu’on évite au maximum. Nous ne sommes absolument pas dans cette logique; au contraire, plus on s’entraide, plus on est fort.

    Est-ce que les nouvelles thématiques ou urgences, telles que les changements climatiques, les migrations, les mutations technologiques, les droits des femmes et des enfants, donnent-elles de nouvelles orientations au FIFDH?

    Cette année, un débat qui a été particulièrement marquant a été celui qui concernait les humains du futur; la mutation des bébés, et notamment des bébés chinois. Ce débat était particulièrement pertinent puisqu’il met en avant une cause dont on a beaucoup parlé avec ces fameux jumeaux chinois dont l’ADN a été modifié, mais en le mettant dans une perspective plus vaste; c’est-à-dire qu’on est en train de construire des nouveaux humains, mais aussi une humanité à deux vitesses: il y aura ceux qui auront les moyens et l’envie – mais surtout les moyens – de modifier leur embryon, et d’autres qui ne l’auront pas. Mais ça, c’est quelque chose qui est assez symptomatique de l’ensemble du festival: si on ne réagit pas maintenant, on sera dans une humanité à deux vitesses, voire à trois ou quatre ou cinq vitesses, et pas dans une seule humanité vivante. Donc c’est là qu’on est face à un signal d’alerte vraiment important et on essaye de lancer un mouvement pour faire face à cela. On est dans un moment clé de l’histoire. Ce qui est symptomatique de ce festival, c’est qu’au lieu d’aborder les thématiques – les migrations, le féminisme, les violences sexuelles ou les masculinités – de manière séparée, on les mélange, donc on les superpose les unes aux autres et on croise les combats. Je crois que c’est quelque chose d’extrêmement contemporain, de juste aussi. On peut aborder le climat sous l’angle de l’immigration par exemple, on peut aborder les masculinités ou le féminisme face au populisme aussi… C’était le cas du débat d’un soir où trois femmes ont abordé la question; ça porte aussi un éclairage qui est passionnant et je pense, assez inédit.

    Comment se déroule l’organisation du festival? Comment choisissez-vous les différentes thématiques et problématiques à aborder? Par ailleurs, il semble que cette année vous ayez décidé d´axer particulièrement sur la Suisse…

    Chaque année, on parle de la Suisse, mais c’est vrai que lors de cette édition c’était particulièrement fort, puisqu’il y avait à la fois un débat autour des valeurs suisses, des valeurs helvétiques, et de comment est-ce que la Suisse compte se positionner comme capitale ou pays de droits humains. Qu’est-ce que cela signifie par rapport aux décisions récentes concernant le pacte migratoire ou l’Arabie Saoudite, les ventes d’armes… On voit une dichotomie qui a toujours été le cas, cependant je crois qu’en 2019 on ne peut plus dire quelque chose (affirmer des valeurs) et ne pas le faire. Et on ne peut plus se dire «nous en Suisse, d’autant que les droits humains y sont respectés, finalement les autres ça n’a pas tellement d’importance». Donc ça c’était le débat. Il y a eu un débat aussi autour de l’opération Papyrus à Genève – la légalisation des personnes sans papier – et on a donné un visage à des personnes invisibles en Suisse qu’on croise tous les jours, qui n’ont presque pas de noms, en tout cas pas de statut. C’était une soirée extrêmement forte où plusieurs personnes sans papier en cours de légalisation ont pris la parole pour la première fois en public. Par rapport aux thématiques du festival, on essaye de maintenir un équilibre entre des thématiques qui sont peu ou pas traitées – comme la paix au Sud Soudan ou au Congo (la RDC) – et des thématiques qui sont extrêmement commentées dans l’actualité mais avec très peu de distance – comme justement le transhumanisme ou les bébés du futur; et c’est ça qui fait la force du festival. On essaye aussi, évidemment, de mettre sur le panel à la fois des personnalités très connues et des personnalités qui le sont beaucoup moins, par exemple des femmes: la moitié des panélistes sont des femmes, des jeunes femmes aussi à qui on a envie de donner un visage et pas avoir sempiternellement les mêmes intervenants au forum. C’est quelque chose de très important. On travaille avec de nombreux partenaires, dont des ONG avec qui on partage aussi les campagnes qui leur semblent importantes, qu’elles pensent devoir mettre en avant. C’est important qu’on puisse répercuter les campagnes des ONG. Et puis certains débats sont amenés par des films; parfois on cherche un film qui colle à une thématique et parfois un film est tellement extraordinaire qu’il va forcément amener un débat. Donc c’est un équilibre entre beaucoup de facteurs, comme pour la sélection des films d’ailleurs. Et c’est cet équilibre de programmation que je trouve intéressant, car il amène des grandes lignes de force après pour le public. Un intérêt de publics extrêmement croisés, divers. La force du festival est de réussir à toucher bien au-delà du cercle des convaincus, de celles et ceux qui connaissent déjà très bien la cause des droits humains; c’est très important qu’ils viennent, mais ça attire aussi des cinéphiles et beaucoup de gens dont c’est vraiment le rendez-vous annuel, où tout d’un coup, ils prennent le goût de la planète.

    Ça peut être une prise de conscience en fait…

    Oui, si on revient à la première question sur ce qui m’anime, c’est de mélanger les publics et réussir à toucher des gens qui n’avaient pas conscience d’être concernés par les droits humains et de ce que cela implique. En fait, ça concerne chacune et chacun d’entre nous.

    Êtes-vous optimiste ou plutôt pessimiste par rapport à l’évolution du respect des droits humains?

    En ce moment, on est dans un monde en crise profonde. On ne va pas se le cacher, la situation est pire qu’il y a dix ans. Mais je continue à penser, à espérer en tout cas que c’est un soubresaut, une très mauvaise passe. En voyant une telle foule et un tel enthousiasme pour ce festival, je garde l’espoir qu’on est en train de changer l’époque, de changer d’ère. C’est aussi l’espoir qui est amené par tous ces jeunes, qui se mobilisent notamment pour le climat. On se rend compte que lorsqu’il y a une démarche sincère, de vrais mots, une vraie mobilisation suit. Et on est peut-être aussi en train de changer d’ère vis-à-vis de la vie politique. Nous n’avons plus envie d’entendre ces mêmes mots, ces mêmes promesses jamais tenues, ces mêmes excuses du type «je ne peux pas parce que les circonstances économiques…»; maintenant il faut des actes profonds et à partir de là, je pense que oui, il y a de l’espoir. Je n’ai pas envie d’être bêtement positive, mais de rester optimiste, c’est important.

  • Ghost-Note, la déferlante funk qui vient redorer le blason du jazz

    Ghost-Note, la déferlante funk qui vient redorer le blason du jazz

    © Meinl Cymbals

    Parmi ses invités, le JazzOnze+ Festival comptait Ghost-Note, un groupe qui, s’il n’est que peu connu du plus clair de la masse, s’affaire depuis quelques années à dépoussiérer le jazz en lui infusant un nouveau souffle. Décapant d’énergie et de maitrise instrumentale, l’enthousiasme scénique de Ghost-Note est contagieux. Décidé à comprendre ce phénomène, L’auditoire est parti à leur rencontre.

    Casino de Montbenon, vendredi 9 novembre, 17h. Perfectionnistes, les membres de Ghost-Note se refusent à terminer leur soundcheck dans les temps. Du salon, on les entend partir en quête de ce «toujours mieux» qui fait leur réputation virtuose. Les percussions s’affolent, les cordes claquent, les claviers rebondissent en écho et, en toile de fond, Sput exclame son insatisfaction; autant de préludes sonores à une soirée réussie. Une fois les réglages terminés, c’est presque essoufflés que viennent enfin me voir Robert Searight, alias Sput et Nate Werth, les deux fondateurs du groupe. Se présentant comme deux amis de toujours, ils me parlent en premier lieu de leur «complicité, d’abord humaine, qui vient ensuite se déverser dans leur énergie musicale. Sans elle, le groupe ne serait rien.» Le projet Ghost-Note est la réponse à leur besoin frénétique de créer, oui, mais surtout à celui de «s’amuser entre potes, de laisser libre cours à leurs pulsions musicales». Très libertaire, ce discours donne à première vue au binôme une allure adolescente, à l’excitation innocente et empressée de monter sur scène pour faire la fête avec le public. Une impression qui s’évapore rapidement lorsque les deux commencent à faire du name-droping: Prince, Kendrick Lamar, Herbie Hancock, Toto, Snoop Dogg, Marcus Miller, Justin Timberlake… La liste des musiciens légendaires avec qui les membres de Ghost-Note ont collaboré est vertigineuse. Eloquente de leur talent, cette liste de prestigieuses fréquentations pourrait les autoriser à un peu moins de modestie. Et pourtant, les deux acolytes gardent un sourire ouvert et amical de bout en bout de l’entretien. À la question de savoir ce qu’ils pensent du revival de funk que connaît notre ère depuis quelques années, ils disent s’en réjouir et être fiers de pouvoir y contribuer: «A travers notre musique, nous voulons diffuser un message de paix et d’universalité. Si le funk continue à se démocratiser, cette mission aura bien des chances d’aboutir.»

    © Meinl Cymbals

    À la suite de ces sages paroles, l’heure est au passage à l’acte. Dans une salle gonflée à bloc, l’ambiance est comparable à celle du M2 juste avant un départ à Lausanne-Gare, tôt dans la matinée: tout le monde se cramponne à ce qu’il peut, car tout le monde sait que l’onde de choc ne va pas faire dans la dentelle. Chose promise, chose due. Sput à peine installé derrière sa batterie, il ne s’embête pas à enduire le public de lubrifiant. Sans aucune intro, le ton est immédiatement donné. Le battement cardiaque est en route, les musiciens s’alignent à son impulsion et ne ménagent pas leurs efforts. Une générosité qui ne s’arrêtera pas après le premier morceau, comme la logique humaine et physique le voudrait. Deux heures durant, Ghost-Note tape, souffle, gratte, fait danser toute l’assemblée, sans décélérer une seule fois. Une performance presque inquiétante d’intensité, malheureusement personne n’a le temps de se soucier de sa santé; tout le monde est trop occupé à se nourrir de la musique. Sur la fin du concert, dans un rare moment de calme et de confidence, Sput engage un hommage à James Brown, son «guide spirituel». Sans tomber dans une nostalgie niaiseuse, les airs reprennent quelques-unes des plus belles séquences du grand maître en distribuant juste ce qu’il faut d’émotion au public. Pas de sentiments gratuits, juste un moment de recueil simple, de contemplation légère et juste. Arrive la fin du concert. Les dernières notes sont toujours repoussées, le public n’accepte pas de voir partir ses héros d’un soir. Par deux fois, Ghost-Note s’en va, puis est contraint de revenir pour une dernière ballade, un dernier clin d’œil. Encore toute secouée, l’assemblée se retire avec le sentiment d’avoir assisté à une prestation unique. Ghost-Note le confessait quelques heures auparavant, jamais deux concerts ne sont pareils: «Nous portons une grande importance au jam, les bases sont à chaque fois rudimentairement les mêmes pour chaque morceau, mais chaque musicien se laisse une marge d’interprétation considérable. Au fond, on sait comment ça commence, mais on ne sait jamais comment ça va finir et c’est ce qui fait sûrement l’intérêt de notre musique.» Dans cette même idée de spontanéité, relevons encore que rien n’est préenregistré, rien n’est préparé à l’avance. Le son est créé de bout en bout, ce qui de nos jours est une expérience de moins en moins fréquente. En somme, la soirée prend réellement fin sur le chemin du retour. L’esprit encore embué de mélodies débridées, on prend conscience avec soulagement que le jazz n’est pas mort. Certains artistes s’affairant depuis plusieurs années à le revivifier, on peut dire en toute honnêteté qu’il est aujourd’hui bien-portant. Ghost-Note, un magnifique pied de nez à tous ceux qui ont encore l’impertinence de parler de musique d’ascenseur.

  • C’était bien, c’était chouette, on y retournera

    C’était bien, c’était chouette, on y retournera

    Le Paléo s’est achevé hier sous une pluie de confettis et de ballons gonflables lors du concert d’Indochine. Pour cette dernière chronique, L’auditoire a réalisé un petit récapitulatif de son expérience lors de cette édition 2018.

    © Suzanne Badan
    Angèle © Suzanne Badan
    © Suzanne Badan
    © Suzanne Badan

    Vous l’avez sans doute remarqué, mais à L’auditoire, on aime établir des listes. Cela nous a donc paru être la meilleure manière de clore cette série de chroniques sur le Paléo Festival:

    • On a fait trente-huit fois le tour des stands avant de se décider où manger. Et ce tous les soirs.
    • On a eu envie de suivre Kaleo en tournée (parce qu’ils sont beaux, certes, mais surtout parce que leur concert était in-croy-able !).
    • Jusqu’au 17 juillet 2018, on pensait que Personal Jesus était une chanson originale de Marilyn Manson. Oups.
    • On a attendu 1h30 avant de pouvoir hurler « Reach out and touch faith » à pleins poumons avec Dave Gahan (non ça c’est pas vrai vu qu’avant le concert on ne savait pas que c’était de lui).
    • On a programmé d’aller voir Imam Baildi à quatre reprises, et on a toujours loupé l’heure du rendez-vous.
    • On a cherché Vianney, et il était là.
    • On a appris avec surprise que le chanteur de The Killers n’avait que 37 ans alors qu’on pensait qu’il en avait 50 mais qu’il faisait juste jeune – pardonne-nous Brandon.
    • On a été un chouïa mal à l’aise quand ce même Brandon a confondu Nyon avec Genève (il faisait quand même moins de bourdes quand il avait une moustache).
    • On a eu un rire nerveux en constatant que ça faisait près de deux heures qu’on était bloqué dans le parking 3.
    • On a prié pour que la Loi de Murphy ne s’abatte pas sur nous après le concert d’Angèle.
    • On a été choqué de voir arriver Little Simz sans prisme vert au-dessus de sa tête.
    • On n’a pas trop compris quand Nekfeu a demandé s’il y avait des « meufs qui sont des bonhommes ce soir ? ».
    • On a dansé la dabkeh avec ferveur au son de 47SOUL.
    • On a hésité pendant six jours à goûter le gaspacho aux insectes, mais la lâcheté nous en a empêché. Alors on regrette et on hésite à aller en chercher dans le jardin pour en faire une soupe ce soir.
    • On a passé à peu près autant de temps à faire la file pour les toilettes que Neymar en a passé à se rouler par terre depuis le début de sa carrière.
    • On a espéré jusqu’au bout que Stromae vienne par surprise au concert d’Orelsan. Mais il n’est pas venu. Alors on a dansé pour oublier tous les problèmes.
    • On a finalement eu les bases avec Orelsan (enfin ça, c’est lui qui l’a dit. Mais nous on a un doute).
    • On a découvert que le guitariste de Lenny Kravitz est en fait Alain Souchon.
    • On a eu envie de faire un câlin à Roméo Elvis quand il a déclaré adorer Shaqiri.
    • On a compris enfin compris que les artistes qui portent des lunettes de soleil cherchent en réalité à cacher leurs yeux. On vous laisse deviner pourquoi (n’est-ce pas Lenny ?).
    • On a voulu manger des queues de castor, mais il n’y en avait plus. Alors on a déprimé et on a regardé les prix des billets d’avion pour Montréal.
    • On a eu envie de commencer la danse contemporaine en contemplant Loïc Nottet.
    • On a un peu paniqué quand on s’est aperçu que des morceaux de feux d’artifice nous tombaient dessus.
    • On a eu des envies de meurtre envers l’homme qui a hurlé « ON EST CHAMPIONS DU MONDE » pendant J’ai demandé à la lune.
    • On a collectionné les confettis du concert d’Indochine.
    • On a adoré passer cette semaine incroyable sur la plaine de l’Asse et on se réjouit d’y retourner l’année prochaine.

    Merci d’exister Paléo ♥