• Le sens social de la danse

    Le sens social de la danse

    Rédigé par : IRIS CAPPAI

    DANSE • Un divertissement, un rite, un moyen de s’émanciper… la danse peut revêtir une abondance de sens dans notre société. Nous verrons comment sa fonction sociale évolue au fil du temps et en quoi elle est créatrice de liens sociaux.

    Un·e danseur·euse étoile interprétant le rôle principal d’un ballet, les invité·e·s d’un mariage célébrant une danse traditionnelle ou encore l’ami·e toujours prêt·e à s’amuser en boîte de nuit… tou·te·s pratiquent la même activité : danser. Toutefois, le sens que nous accordons à la danse peut dépendre du contexte, du style de danse et de son histoire ou encore de l’expérience de chacun·e. En effet, pour certains il peut s’agir d’un travail ou d’un moyen de se divertir, pour d’autres, d’un art, d’une manière de s’émanciper et de s’exprimer. En somme, il existe « des » danses avec des pratiques, des fonctions et des formes diverses que l’on peut regrouper sous le terme générique de « la danse ». La danse au singulier se réfère à une pratique sociale et artistique qui est, selon Mariem Guellouz, chercheuse affiliée au Centre d’Anthropologie Culturelle à l’Université Paris Descartes, « fortement liée aux structures socioculturelles et aux liens entre les individus d’une même société ». Ainsi, la danse, et plus particulièrement son sens et sa fonction sociale, évoluent à l’image de la société.

    La danse, miroir de la société ?
    Les archéologues ont retrouvé des peintures rupestres attestant l’existence de danses primitives déjà à la période du paléolithique. A ce stade, il s’agissait avant tout d’un acte cérémonial et rituel adressé à une entité supérieure visant, par exemple, à célébrer la chasse. Selon l’ethnomusicologue Curt Sachs, c’est dans le cadre des premières cités-États antiques, lorsque les individus ont commencé à se penser en société, que la danse est considérée comme un art, une invention proprement culturelle.

    Son sens et sa fonction sociale, évoluent à l’image de la société

    Ainsi, la danse revêt un sens social avec des codes évoluant en même temps que les sociétés qui la pratiquent. A titre d’exemple, la danse au Moyen-Âge se soumet à une morale stricte limitant le moindre contact physique, tandis qu’elle commence à s’érotiser avec l’apparition des premières danses de couple au XVIe siècle. Selon le sociologue et danseur Christophe Apprill, l’individualisme s’étant imposé dans notre société, la danse est, aujourd’hui, davantage libérale. Cette transition est marquée, selon lui, par l’apparition du twist : plus besoin d’inviter son·sa partenaire, « on s’engage seul dans cette danse, dont le régime physique intense est radicalement opposé à celui des danses de couple fermées ».

    Danser seul mais avec les autres
    Ce n’est pas parce que la danse est devenue plus individualiste aujourd’hui qu’elle ne se pense pas avec les autres. Par exemple, une danse comme le HipHop, bien qu’elle se danse seule, se pratique presque toujours au milieu d’autres danseur·euse·s et est composée de nombreux moments de cohésion. Ainsi, comme le soulignait Jacqueline Robinson, danseuse et chorégraphe française, « par l’expression personnelle, la danse permet de se diriger à la rencontre de l’autre pour communiquer ses sentiments, partager ses émotions ».

  • Fécule à fleur de peau

    Fécule à fleur de peau

    À l’occasion de cette douzième édition du Festival Fécule, L’auditoire s’est immiscé dans les coulisses du spectacle de Danse à fleur de pot, à découvrir le 3 mai à la Grange de Dorigny.

    © Nathalie Habersaat

    Représenter le travail de la terre à travers la danse contemporaine, voici le pari que réalisent les danseuses de Catherine Egger dans le spectacle Danse à fleur de pot. Créé à l’origine pour le Musée de l’Ariana dans le cadre de l’exposition « Potières d’Afrique – Voyage au cœur d’une tradition contemporaine », cette pièce chorégraphique se déplace à la Grange de Dorigny pour une unique représentation dans le cadre du Festival Fécule.

    Possédant toutes une expérience différente de la danse, les six participantes – Eva, Nathalie, Léa, Alica, Laure et Sarah – se glissent, le temps d’un instant, dans la peau de potières africaines. Cette tradition ancestrale du travail de la terre se transmettant de mère en fille est encore une activité essentielle dans de nombreux pays du continent. Un ouvrage demandant un travail considérable, car ces femmes demeurent responsables de toute la conception du vase, allant de la récolte de la terre nécessaire jusqu’à la vente, en passant par le façonnage et le décor de ce dernier.

    © Nathalie Habersaat

    Mouvements d’argile

    Partir de rien pour composer peu à peu : telle est l’idée que Catherine Egger a souhaité transmettre à travers sa chorégraphie. À l’image de la céramique qui se construit via différentes étapes, les danseuses s’approprient progressivement l’espace et élaborent leurs gestes en douceur : « Il y a de nombreux liens entre le travail de la terre, le travail du corps, la matière, et l’énergie du mouvement », explique la chorégraphe. Les jeunes femmes débutent donc en silence, à la recherche de leur énergie. Puis, leurs mouvements s’intensifient au gré de la musique. L’un des éléments essentiels de la représentation se situe dans la marche, que chacune effectue parmi des photographies réalisées par le céramiste Camille Virot dans des villages d’Afrique de l’Ouest.

    Mais le spectacle cache encore bien des surprises. En effet, le tableau se révèle différent à chaque représentation. Car si nous assistons bel et bien à une chorégraphie mise en scène, différents moments laissent place à une improvisation complète des danseuses. « Pour certaines parties, Catherine ne nous a pas donné de marche à suivre, indique Alica. Elle nous a simplement guidé en nous conseillant de nous imaginer dans de l’argile que l’on devrait malaxer avec nos mouvements. C’est pour cela que nos gestes sont tout petits au début. Mais au fur et à mesure l’argile se chauffe, et nous avons donc plus de place pour danser ». Chaque danseuse apporte ainsi la touche de sa propre interprétation à l’ensemble de la chorégraphie. Une composition qui se forme ainsi en grande partie directement face aux yeux du public : « Comme les potières construisent un vase, nous, on construit la danse » explique les membres de la troupe.

    Danse à fleur de pot représente une plongée artistique dans la vie de ces artisanes africaines à qui le spectacle rend hommage. Accompagnées à la guitare et au chant par le musicien Ecart, les danseuses recréent ainsi les différentes étapes du quotidien des potières et évoluent dans un univers qui s’amuse à mêler l’art à l’utile, le contemporain à l’ancestral.

    Danse à fleur de pot, Grange de Dorigny, le 3 mai à 21h30