• Coup de main pour la jeunesse

    Coup de main pour la jeunesse

    SOCIAL • Souvent omis de l’espace public, de nombreux enfants et adolescent·e·s sont remis aux mains de la Protection de la Jeunesse. A l’instar de Caritas, ces solutions de placements sont-ils vraiment toujours la solution de dernière chance pour ces jeunes ?

    Nous ne rencontrons pas tous les jours des individus qui vivent ou qui ont grandi en famille d’accueil. C’est pourtant la réalité de près de 1’530 enfants ou adolescent·e·s en 2019 placés dans le canton de Vaud, selon les statistiques. Rupture scolaire, des parents biologiques instables psychologiquement et/ou financièrement, autant de raisons qui nécessitent une assistance ponctuelle ou plus durable. L’organisation Caritas Placement est présente en Romandie ainsi qu’en Suisse allemande et elle proposer des prestations pour les services de Protection à la Jeunesse. Pour la région romande, elle ne s’occupe que des jeunes de 12-18 ans.

    « nous pouvons parler de pénurie de foyers en Suisse »

    Barbara kaiser

    Caritas propose quatre différents types de placements selon les besoins spécifiques propre à chacun·e : celui moyenne-longue durée qui va de six mois à plusieurs années, le placement de crise s’étend sur trois mois souvent pour cas de rupture scolaire, le placement relais sur les weekends et vacances scolaires et enfin le placement de prestations personnelles qui consiste en travaux d’intérêts généraux où le·la jeune doit travailler pendant plusieurs jours. L’association caritative oeuvre en collaboration de trente familles dont près des deux tiers sont des agriculteur·rice·s qui se sont porté·e·s volontaires pour accueillir des jeunes à leur domicile. Cette contribution profite grandement aux jeunes, puisque vivre auprès de paysan·ne·s leur permet de s’occuper du soin aux animaux, mais également de labourer et travailler les champs.

    Une offre qui ne suit pas la demande
    Pour pouvoir offrir son hospitalité, il est nécessaire de remplir bon nombre de critères spécifiques et procéder à de nombreuses étapes qui peuvent prendre jusqu’à six mois si le processus administratif se déroule correctement, selon Barbara Kaiser, directrice d’antenne pour Caritas Placements. Il faut dans un premier temps que le Tribunal des Mineurs ou l’instance de Protection de la Jeunesse fasse une demande auprès de Caritas pour solliciter une maisonnée disponible pour un·e jeune. En général, il faut compter près de deux à quatre semaines pour qu’une place se libère. Finalement, la famille d’accueil, après avoir rempli les critères de sélection, doit être approuvée par Caritas et l’autorité cantonale responsable qui a son propre règlement. Le ménage sera lié ensuite par un contrat de travail et recevra une rémunération. Or, « nous pouvons parler de pénurie de foyers en Suisse » en effet, il y a très peu de place pour accueillir tou·te·s les mineur·e·s qui le nécessitent, relate Barbara Kaiser.

    Il est donc indispensable de garder contact

    Le deuxième trimestre de cette année a connu une augmentation de 40% des demandes notamment pour les placements relais ; ce qui pourrait s’expliquer par une nécessité lors des vacances d’été.

    Un accompagnement éphémère
    Dans l’art.4 de la loi sur la Protection des Mineurs, il est stipulé que le·la mineur·e capable de discernement doit être informé·e de tout processus décisionnel et doit pouvoir se positionner en conséquence. En effet, comme mentionne Barbara Kaiser : « le but ultime lors de quelconque placement, c’est que l’enfant ou le·la jeune puisse revenir un jour dans son chez-soi, dès que sa situation se sera améliorée ». Il est donc indispensable de garder contact et des liens avec ses ascendant·e·s dans l’espoir d’un jour pouvoir les retrouver. Barbara Kaiser insiste: « le grand enjeu de chaque placement reste que chaque situation est différente et exige donc un accompagnement bien spécifique ».

    « […] chaque situation est différente et exige donc un accompagnement bien spécifique.« 

    Barbara Kaiser

    Cela peut arriver que le comportement de l’adolescent·e se dégrade et ainsi l’accord avec la famille d’accueil se trouve en péril. C’est alors à l’assistance sociale d’intervenir pour essayer de trouver un terrain d’entente. Pour des individus ne pouvant pas grandir dans un environnement stable et aimant, la solution de placement est la meilleure. La complexité réside dans le manque de ménages prêts à s’engager pour abriter dans leur domicile.

    Jessica Vicente

  • Une jeunesse concernée

    Une jeunesse concernée

    Photo par Mat Napo

    FRAÎCHEUR • Des mobilisations au bénévolat en passant par l’implication dans des associations, les possibilités de s’engager dans la société sont nombreuses. Qu’est-ce qui caractérise ces différentes formes d’engagement ? Les chances d’accès aux postes à responsabilités au sein des associations sont-elles les mêmes pour tou·te·s ?

    Les mobilisations et grèves survenues au cours des dernières années peuvent donner le sentiment d’un éveil politique au sein de la jeunesse. Ces moyens d’expression remplaceraient-ils une participation politique des jeunes plus traditionnelle comme le vote ou les élections ? Pour Alexandre Dafflon, chercheur à l’Université de Lausanne, la réalité est plus complexe. Dans un premier temps, les jeunes votent moins que les autres générations. En effet, ils·elles sont moins intégré·e·s sur le marché du travail ou dans une vie de famille et ont donc moins le sentiment d’appartenir à la société, ce qui diminue leur intérêt pour la politique. Ce n’est cependant pas uniquement l’âge qui explique le nombre important de jeunes dans les mobilisations. Alexandre Dafflon explique dans un deuxième temps que cet engagement est lié à la disponibilité biographique des jeunes, qui ont davantage de temps et moins de contraintes matérielles à ce stade de leur parcours de vie. Une étude sur la participation politique des jeunes en Suisse révèle également qu’ils auraient tendance à s’engager dans des actions occasionnelles et brèves, moins en lien avec l’espace politique traditionnel. Le chercheur précise néanmoins que ces actions sont liées à un intérêt pour la politique et qu’il est probable que les jeunes se tournent ensuite vers des formes d’engagement plus institutionnelles comme le vote.

    Qui agit ?

    Ce n’est pas n’importe quelle jeunesse qui se mobilise. Alexandre Dafflon souligne que les individus qui participent aux manifestations sont également ceux qui votent. Ce sont des personnes qui possèdent souvent des hauts niveaux de diplôme, maîtrisent les codes de la politique et se sentent donc davantage capables d’exprimer leur opinion. « On se mobilise pour des choses qu’on comprend, qu’on peut discuter dans son entourage restreint », relève le chercheur. La socialisation des individus et leur environnement est également déterminant.

    61% de la population suisse était engagée dans une association en 2019

    Ainsi, l’univers politique dans lequel ils·elles grandissent et le rapport de leurs parents à la politique constitue un héritage familial qui influe sur leur participation politique.

    La Suisse, terrain fertile pour les associations

    Selon l’Office fédéral de la statistique, 61% de la population suisse était engagée dans une association en 2019. Ces dernières seraient-elles donc un cadre nouveau où la politique peut se faire différemment ? Le sociologue nuance cette hypothèse et relève que les associations sont avant tout caractérisées par l’évitement du politique. Les individus y développent cependant des visions du monde qui peuvent ensuite se traduire en positions politiques. Son enquête sur les sociétés de jeunesse campagnardes révèle qu’une écrasante majorité des individus entre 18 et 25 ans votent, alors que la politique n’est pas un sujet de conversation dans ces associations. « J’ai constaté que les jeunes développent un sens des responsabilités et du devoir civique. Faire partie des associations les amène à se sentir responsable du voisin, de la vie du village mais aussi de ses fondements culturels. Ils vont ensuite transposer ce sens des responsabilités au niveau national ». Ce ne serait donc pas l’appartenance à une collectivité qui influence la participation politique mais le milieu social dans lequel elle s’inscrit. Dans ce cas, le besoin des jeunes de paraître comme des « bon·ne·s citoyen·ne·s » en allant voter leur permet de se différencier d’autres groupes sociaux qui partagent les mêmes espaces. Enfin, Alexandre Dafflon souligne que même si les jeunes s’engagent dans des associations, cela ne signifie pas qu’ils·elles rejettent nécessairement la participation politique traditionnelle, ces deux dimensions étant étroitement liées.

    Le rôle des femmes dans les associations

    « On retrouve une division sexuée du travail associatif, les femmes font non seulement les tâches domestiques mais aussi tout ce qui relève du care et de la gestion des relations sociales », explique Alexandre Dafflon. De plus, elles sont également garantes de l’image publique de l’institution en contribuant à créer un groupe unitaire. Le chercheur prend l’exemple de son enquête dans les sociétés de jeunesses campagnardes, où les postes à responsabilités sont majoritairement occupés par les hommes. Les femmes ont peu de chances d’y accéder et celles qui y

    le besoin des jeunes de paraître comme des «bon·ne·s citoyen·ne·s» en allant voter leur permet de se différencier

    parviennent sont souvent intégrées dans des moments de tensions, où leurs compétences relationnelles sont sollicitées ou lorsque de nombreux postes à responsabilités sont vacants. De cette différenciation des tâches découlent des inégalités dans la valorisation des compétences acquises au sein de l’association, notamment dans le monde professionnel. De manière à première vue surprenante, les femmes de ce milieu associatif sont conscientes de faire des tâches différentes de celles des hommes mais n’ont pas le sentiment d’être discriminées, car elles maîtrisent des domaines indispensables pour l’association.

    Gaëlle Dubath

  • Entrevue avec Marion Curchod

    Entrevue avec Marion Curchod

    Crédit photo: Dan Sidler

    INTERVIEW · L’auditoire a rencontré Marion Curchod, l’autrice de l’ouvrage « Entre la nuit et le jour » publié en avril 2021, pour apprendre plus sur son expérience d’écriture.

    Pourquoi écris-tu ?

    Chez moi, le besoin d’écrire a évolué au fil des années. Je vais répondre différemment qu’avant la publication de mon recueil, car je me sens un peu plus légitime. Tout d’abord, j’aime écrire. Cela me permet de me confronter à des situations que je n’ai pas encore vécues, voire que je ne pourrais jamais vivre. Mes personnages m’offrent des occasions d’expérimenter des réactions et des émotions. Je ne suis pas forcément très expressive ni extravertie, surtout lorsqu’il s’agit de parler de mes sentiments. Je ne parle pas forcément de ce qui se joue en moi. L’écriture me permet donc de donner une forme à mes émotions. Cela dit, les sujets de mes nouvelles, ne sont pas biographiques. J’apprécie m’imaginer des scènes, y réfléchir et me demander « comment je réagirais face à telle ou telle situation ? ». Mon travail consiste surtout à me poser une question et à construire des parcours jalonnés d’épreuves puis à esquisser des solutions, trouver une manière de s’extraire de ces situations difficiles. Je crée un point de vue qui, je l’espère, aide les gens. Je voudrais transmettre un message positif et apporter de la lumière. Ce mot d’ordre devient de plus en plus important pour moi, au point qu’écrire est devenu une pratique régulière.

    Depuis quand écris-tu ?

    Toute petite déjà, dans l’enfance, je composais des petits poèmes. Plus tard à quatorze ans, j’ai effectué un stage au journal Le Messager. Cela m’a beaucoup plu, j’envisageais même après cela de devenir journaliste. Puis, au Gymnase, j’ai eu envie de construire un récit, ce que j’ai fait. J’avais alors montré mon texte à mon professeur de français qui a aimé ma petite création et m’a encouragée à continuer. Ensuite, préoccupée par d’autres choses, je me suis un peu éloignée de l’écriture pour la retrouver à l’Université. L’idée d’une nouvelle qui m’est venue dans le métro a servi de réveil à ma passion de l’écriture. En écrivant, j’ai affiné ma pratique et j’ai pris de plus en plus confiance. Maintenant, j’adore écrire.

    Couverture de l’ouvrage
    « Entre la nuit et le jour »

    Comment as-tu vécu la publication de ton recueil ? As-tu remarqué une différence depuis ?

    J’ai le même plaisir qu’avant. Je rêvais d’être publiée depuis un moment, sans nécessairement y croire. Il y a une joie à imaginer offrir une vision, un point de vue à un·e lecteur·trice et cela est devenu réalité. Dans le choix des mots et des manières de tourner les phrases, on donne un peu de nous. Or ce don de soi à travers l’écriture est à la fois beau et stressant, car en te lisant certaines personnes vont te découvrir sous un autre jour. J’avais déjà montré certains textes à des parents ou amis proches. Ils percevaient toujours tel ou tel détail de ma personne qu’ils lisaient entre les lignes. Ma parenté un peu plus éloignée a quant à elle été étonnée : « Ah ! mais tu écris, tu ne nous l’avais pas dit », s’étonnaient-ils. Quoi qu’il en soit, j’ai reçu des retours positifs sur mon recueil, j’en suis très heureuse. Les compliments ou les remarques sont souvent très touchants. J’accepte également les critiques et les conseils. Les lecteurs ont parfaitement le droit de ne pas être séduits. J’essaie de ne pas trop y penser, surtout lorsque j’écris. Le plus important, c’est que le texte me plaise. J’écris pour moi et le reste viendra peut-être. Je souhaite me préserver de la peur de plaire ou non, peur qui peut d’ailleurs bloquer l’écriture.

    Où trouves-tu tes idées ? As-tu des sujets, des images et phrases qui t’inspirent ?

    Quand j’écris, je n’ai pas nécessairement un sujet. C’est souvent une question ou une impression qui motive mon écriture. Par exemple, un soir en rentrant de l’UNIL en métro, fatiguée au point que l’énergie me manquait pour lire et même pour sortir mon téléphone, j’ai pris le temps de regarder autour de moi. Il y avait d’autres personnes comme moi, épuisées par la journée. On partageait un moment commun et nous allions sortir du métro, oublier cet instant. J’ai alors eu envie d’écrire une histoire qui parlait d’un instant partagé par des inconnus dans un métro. Je me suis imaginée la vie de chacun des passagers et j’ai écrit une nouvelle qui développe des détails sur leur vie et leur trajet commun. Ils ne savent rien sur les personnes qui les entourent, mais, à l’inverse, le lecteur est omniscient. Le métro m’avait fourni une situation de base à partir de laquelle tout a découlé. Généralement, le début s’impose à moi et je crée un récit à partir d’une scène première ou d’une phrase. Ensuite, les mots s’enchaînent comme une mélodie. Je ne structure pas de plan préalable. Il m’est arrivé de réfléchir à l’enchaînement des actions avant de rédiger, notamment dans À jamais avec toi, mais le monde se crée pendant que j’écris.

    Comment te sens-tu quand tu écris ?

    Écrire est pour moi facile. J’aime beaucoup cela. C’est comme si les mots utilisaient mon bras pour passer et se coucher sur la feuille. Je me sens bien. Je ne perçois pas de barrière qui m’entraverait. D’après moi, il ne faut pas trop se bloquer. Je visualise beaucoup les choses – où sont mes personnages, ce qu’ils font, à qui ils parlent, etc. et dès que mes idées sont assez claires, j’écris.

    Lorsque tu écris, est-ce que tu cherches un style particulier ?

    J’ai deux manières d’écrire, deux styles. Pour mes études et mon travail à l’Institut Benjamin Constant, j’utilise un style académique. J’essaie d’être structurée, de ne pas laisser les sentiments transparaître à travers mes mots et de penser avant tout à la personne qui me lira. À l’inverse, lorsque j’écris pour moi, j’accepte d’être portée par les émotions. Mon écriture se crée comme elle vient. Bien sûr, je retravaille mon texte, mais j’accorde beaucoup d’importance à la spontanéité. C’est ma façon de composer une prose fluide et naturelle. Quand je me relis, je sens directement si un mot détonne, comme une note qui sonne faux.

    Comment écris-tu ? À la main ou à l’ordinateur ?

    Pour mon recueil, j’ai écrit sur ordinateur. Depuis, je suis revenue aux petits carnets A5 avec un stylo bic très léger. Le contact avec le papier renforce le plaisir d’écrire. J’ai ainsi toujours de quoi écrire sur moi et je peux profiter d’une minute ou d’une idée, aussi fugaces soient-elles. Il n’y a jamais de « bon moment » pour écrire. Cette liberté me permet de saisir l’instant quand il vient. En parallèle, j’entretiens une pratique régulière, j’essaie d’écrire tous les jours. J’ai d’ailleurs une passion pour la papeterie. J’ai rempli six carnets qui contiennent un roman presque achevé ­­– il me reste à le relire et à le peaufiner.

  • COVID-19: et après?

    COVID-19: et après?

    ÉCONOMIE · Durement touchée par la pandémie actuelle, l’économie mondiale retient son souffle. L’heure est maintenant aux mesures d’aide de la part des gouvernements, afin d’éviter une crise économique encore pire que sanitaire.

    «Pandémie d’une ampleur sans précédent», «crise sanitaire mondiale» ou encore «crise du siècle»: nombreux sont les superlatifs pour qualifier ce que nous vivons actuellement. Un chiffre pourrait résumer l’ensemble de la situation: depuis début avril, plus de trois milliards de personnes sont ou ont été touchées par des mesures de confinement à des degrés plus ou moins stricts. Notre quotidien s’en retrouve bouleversé, et ce n’est pas sans conséquence pour l’économie mondiale, qui tourne au ralenti depuis maintenant plusieurs mois. Pour ralentir l’épidémie, le nombre d’interactions sociales doit être divisé par quatre selon un consensus de scientifiques, alors plus question de multiplier les sorties hebdomadaires. Restaurants, bars, compagnies aériennes et de transport, commerces en tous genres et le tourisme ont aussitôt été les premiers à essuyer les pertes et parfois à déposer le bilan. Même avant que des assouplissements des mesures aient été décrétés en Suisse – ils l’ont été par le Conseil fédéral, qui a la maîtrise effective de cette crise, comme le prévoit la Loi fédérale sur les épidémies, entrée en vigueur en 2016 -, le pays, similairement à ses voisins européens et comme le monde entier, a plongé inévitablement dans une crise économique. Il s’agit maintenant de réduire au minimum les effets des mesures d’urgence.

    Une ampleur mondiale

    La crise économique qui nous guette est inévitable parce que depuis voilà plusieurs semaines, des secteurs entiers sont mis à l’arrêt. Chaque pays se distingue grâce à des infrastructures différentes pour répondre à des situations tendues et encaisser des chocs plus ou moins rudes, mais l’enjeu majeur pour tous est désormais de «limiter la casse» le plus possible, de manière à ce que la crise ne soit ni trop sévère ni trop longue. Cette crise ne ressemble à aucune autre de notre Histoire récente : la crise dite des subprimes de 2008 a été causée par l’effondrement d’une bulle immobilière et, maintenant presque un siècle auparavant, le krach boursier de 1929 était dû à l’implosion d’une bulle spéculative. Il faut dire que depuis la grippe espagnole, qui a frappé le monde entre 1918 et 1920, de l’eau a coulé sous les ponts et le monde n’a plus affronté de pandémie de cette ampleur, jusqu’à aujourd’hui.  Dès lors, il est difficile d’estimer l’ampleur de la crise attendue. Un exemple: en mars dernier, le SECO (Secrétariat d’État à l’Économie) prévoyait comme première estimation un recul du PIB de 1.3%. Désormais, depuis mi-avril, le SECO s’attend bien plutôt à ce que le PIB se contracte de 7 à 10%. «Les récessions sont déclenchées habituellement par une contraction de la demande globale», explique Claudio Sfreddo, de HEC Lausanne. «Dans de tels cas, il suffirait de stimuler la demande pour que l’économie reparte. En revanche, la récession que nous vivons maintenant touche les deux côtés de l’économie : la demande et l’offre».

    La Suisse au ralenti

    La Suisse est partiellement à l’arrêt depuis les premières mesures ordonnées par le Conseil fédéral à la mi-mars. En effet, les écoles, les restaurants et tous les commerces non indispensables ont dû fermer du jour au lendemain. De nombreux secteurs se retrouvent donc avec des diminutions brutales du taux d’activité, parfois de plus de 50%. L’une des priorités du gouvernement est désormais clairement affichée: il faut aider les PME (petites ou moyennes entreprises) et les indépendants, notamment, à faire face. Pour cela, la Confédération a alloué un montant de plus de 60 milliards d’aide. «Les mesures à prendre sont celles qui permettent aux entreprises de survivre malgré la baisse de l’activité, de façon à ce qu’elles puissent reprendre leur l’activité une fois que la demande redémarrera», souligne Claudio Sfreddo. «Les mesures d’aide aux entreprises décidées par la Confédération vont donc dans la bonne direction», conclut-il. Cependant, les indépendants et les PME ne sont pas les seuls à être en peine. Le secteur aérien affiche des pertes spectaculaires, d’autant que de nombreuses compagnies dites «low-cost» tablent sur des taux de remplissage proches de la saturation pour réaliser leur bénéfice. Les start-ups se retrouvent également fragilisées et en péril. Le gouvernement est cependant forcé de procéder par tâtonnements. Il ne faut pas non plus négliger la situation sanitaire au profit de la situation économique: un autre écueil qu’il faudra éviter est un retour de flammes et une deuxième vague de l’épidémie, dans les semaines qui suivront les mesures d’allégement du confinement.

    Marine Fankhauser

  • Journée nationale contre le harcèlement sexuel et sexiste aux études

    Journée nationale contre le harcèlement sexuel et sexiste aux études

    Quelques affiches éparses sur le campus de l’UNIL, peu de communication médiatique sur le sujet… Pourtant, depuis quelques années, la journée nationale contre le harcèlement sexuel et sexiste aux études est organisée le 23 mars. Zoom.

    Le monde entier s’agite beaucoup en ce moment sur les sujets du harcèlement sexuel et sexiste, avec les mouvements #MeToo, #BalanceTonPorc, et leurs dérivés. Aux yeux de la loi, le harcèlement sexuel désigne tout comportement à connotation sexuelle ou sexiste, imposé à une personne et portant atteinte à sa dignité. L’intention de l’assaillant·e n’importe donc pas, seul le ressenti de la personne harcelée compte. La notion d’ »imposer » implique en effet le non-consentement de la personne qui subit le geste. Malheureusement, le manque d’information sur le harcèlement sexuel et sa prévention dans notre société est bien réel. Une campagne de financement participatif a toutefois été lancée, afin de créer l’application « EyesUp », qui aura pour but de faciliter et d’anonymiser la démarche de signalement de harcèlement sexuel. Au cours des 12 derniers mois, 72% de Lausannoises ont vécu au moins une fois du harcèlement, et le plus affligeant reste le fait que ces comportements ne font que très rarement l’objet de dénonciations. En Suisse, il existe une loi sur l’égalité (la Leg) qui protège les personnes victimes de harcèlement sexuel ou sexiste sur leur lieu de travail. Les apprenti·e·s, les stagiaires et les doctorant·e·s sont heureusement en partie protégé·e·s par ladite loi. Toutefois, les étudiant·e·s ne sont pas concerné·e·s, leurs études n’étant pas considérées comme un travail puisque sans rémunération. Les établissements scolaires peuvent mettre en place des directives et des aides de leur côté, ce qui est notamment le cas de l’Unil, mais ce n’est ni une obligation ni un appui légal en cas de recours en justice. D’où la décision de l’AFU (Association Féministe de l’UNIL) et du syndicat SUD étudiant·e·s et précaires d’instaurer cette journée du 23 mars, pour demander aux pouvoirs politiques de modifier la Leg afin qu’elle prenne en compte les personnes aux études.

    A l’UNIL ? Jamais de la vie !

    Il est possible de répliquer qu’effectivement, ce sont des choses qui arrivent, mais certainement pas à l’Unil ou à l’EPFL ! Ce serait un constat bien optimiste, comme le prouvent les très nombreux témoignages réunis et publiés régulièrement sur la page Facebook « Spotted Discriminations at UNIL/EPFL ». Si certaines choses peuvent au premier abord paraître anodines ou inoffensives dans ces témoignages, il est nécessaire de prendre en compte que c’est le ressenti personnel qui est impliqué, non pas celui de la personne qui a directement reçu la remarque ou subi l’agression. Nier le vécu des personnes qui ont osé sortir du silence, c’est nier le vécu potentiel d’ami·e·s, de membres de la famille, de collègues ou de camarades.

    Comment lutter ?

    Outre essayer de reconnaître et de stopper les comportements de harcèlement au niveau personnel, que cela soit le sien ou ceux d’autres personnes, il ne faut pas hésiter à faire des remarques aux professeurs qui tiennent des propos sexistes. Témoigner, relayer des témoignages, en parler autour de soi est toujours bénéfique. Il est également possible de soutenir activement la campagne de lutte sur le site formation-sans-harcèlement.ch, par de l’affichage ou du partage sur les réseaux sociaux. L’AFU a élaboré des brochures de près de 50 pages sur le sujet, rédigées par les membres de cette association, le collectif d’étudiant·e·s en lutte contre les violences sexistes (CELVS), le syndicat des étudiant·e·s de l’Université de Genève (CUAE) et le syndicat SUD étudiant·e·s et précaires.

    Victime de harcèlement : que faire ?

    Endurer du harcèlement n’est pas normal et personne ne devrait vivre seul·e avec cela. Il est possible de prendre contact avec le bureau de médiation de l’UNIL (contact.mediation@unil.ch), le bureau de l’égalité (egalite@unil.ch), ou de venir témoigner anonymement sur la page Facebook « Spotted Discriminations at UNIL/EPFL ». Dans tous les cas, il est important de ne pas rester seul·e et d’en parler avec une ou des personne(s) de confiance. Le harcèlement sexuel et sexiste aux études est encore une triste réalité, il est donc impératif de se battre pour que les choses changent et que la loi protège également les étudiant·e·s.

  • Changeons le système, pas le climat

    Changeons le système, pas le climat

    Vendredi, des milliers d’étudiants se sont mobilisés dans toute la Suisse pour manifester. La cause de leur préoccupation ? C’est bien simple, l’avenir de notre planète. Gymnases, universités, hautes écoles ; tous étaient au rendez-vous pour tirer la sonnette d’alarme. En ville de Lausanne, c’est au Petit Chêne que la manifestation débute. Des jeunes, des très jeunes, des moins jeunes également. Même Jacques Dubochet est de la partie. Le temps est au beau fixe, l’ambiance aussi. Toutefois, les étudiants ne sont pas là pour plaisanter ; le rassemblement n’a rien d’un coup de gueule passager. Les discours sont clamés d’un ton ferme, pancartes et banderoles brandies avec détermination : « Si le climat était une banque, il serait déjà sauvé », « Il n’y a pas de planète B », « Moins de biens, plus de liens ». Le flot d’étudiants déferle dans les rues, débordant d’enthousiasme. Des slogans divers et variés retentissent tout au long du cortège. « Et un, et deux, et trois degrés, c’est un crime contre l’humanité ! », « On est plus chauds, plus chauds, plus chauds que le climat ». La foule triomphante débarque finalement sur la Place de la Riponne, où les derniers discours sont prononcés dans une atmosphère chaleureuse.

    À Genève, c’est à l’entrée du parc des Bastions que se donne rendez-vous la foule de jeunes manifestants. Selon les estimations de la Tribune de Genève, ce sont quelque 5’000 adolescents qui se mettent en route Place de Neuve, descendent la rue de la Corraterie pour traverser le pont de la Machine, avant de longer le quai du Mont-Blanc. En passant devant l’Hôtel des Bergues et le Kempinski, on entend résonner de retentissants « anti, anti, anticapitalistes ! », tandis qu’une jeune fille exhibe fièrement sa pancarte ornée d’une célèbre citation de Gandhi « Le monde contient bien assez pour les besoins de chacun, mais pas assez pour la cupidité de tous. » Aux balcons des grands hôtels, quelques hommes d’affaires curieux observent le cortège, des sourires complaisants aux lèvres. La foule avance dans la bonne humeur, au rythme des différentes enceintes qui répandent house, techno, drum and bass ou encore rap dans la ville. Bien que porteurs d’un message alarmiste, les jeunes gens souhaitent garder une vision optimiste de l’avenir. Finalement, les manifestants terminent leur marche devant la Place des Nations. Leur message est clair : la lutte pour la sauvegarde de nos écosystèmes revêt d’une importance mondiale et sa réussite ne pourra voir le jour sans une prise de conscience et une volonté d’action internationale.

    Des revendications concrètes

    L’ampleur du mouvement parle de lui-même : l’heure du changement a sonné. Les revendications, loin d’être anodines, ne sont toutefois pas un simple délire utopique d’écolo-bobo-gauchiste illuminé. Les étudiants exigent que les autorités mettent en place des mesures concrètes, notamment afin d’atteindre un bilan carbone neutre en Suisse d’ici à 2030. L’état d’urgence climatique doit être déclaré au niveau national et le gouvernement se doit de reconnaître la catastrophe climatique comme une crise à surmonter. Si ces requêtes ne peuvent être mises en œuvre dans notre système actuel, il sera donc nécessaire de changer ce dernier. Quoi qu’il en soit, nous serons contraints d’étancher notre intarissable soif de croissance.

    © Sébastien Brunschwig

    L’engagement de la jeunesse

    Bien que l’on puisse exprimer le regret que peu d’universitaires se soient mêlés à la manifestation, cette mobilisation importante des 14-21 ans reste néanmoins porteuse d’espoir. Que 22’000 adolescents, généralement décriés pour leur individualisme et leur abstentionnisme devant les urnes, soient sortis défiler pour défendre leurs convictions, démontre deux points essentiels : la jeunesse est maintenant prête à s’engager pour faire évoluer la société, mais elle ne se reconnaît malheureusement pas dans les politiques actuelles.

    Le caractère apartisan et horizontal du mouvement est aussi à mettre en évidence. Pour les jeunes, l’urgence climatique à laquelle est aujourd’hui confrontée l’espèce humaine transcende les clivages politiques habituels : la question écologique est l’affaire de chacun.

    Une classe politique partagée

    Reste encore à poser la question de la cohérence du mouvement. En effet, de nombreuses personnalités politiques ont pointé du doigt l’écart qui existe entre les revendications des étudiants et leur mode de consommation. Parmi eux, Benoît Genecand, conseiller national PLR, qui, dans une opinion-courrier de la Tribune de Genève du 16 janvier, invite les jeunes Suisses à observer plus de cohésion entre leur souci écologique de principe et leur insouciance en pratique. Il utilise, pour appuyer ses propos, une statistique de l’Office fédérale de l’environnement révélant que les 18-24 ans seraient la frange de la population suisse qui, en moyenne, effectue les plus longues distances annuelles pour le loisir (près de de 19’000 kilomètres). Le conseiller évoque aussi la sous-information des jeunes en ce qui concerne le dossier climatique au niveau fédéral, ainsi que leur non-engagement politique.

    L’auditoire a interrogé Léo Brockmann, déléguée à la communication pour la marche de Genève et élève en troisième année au Collège Emilie-Gourd : « On avait anticipé toutes ces critiques. Premièrement, Benoît Genecand parle des jeunes en évoquant la catégorie des 18-24 ans; or, la classe d’âge qui a participé à la manifestation se situe entre 14 et 20 ans. Plus de précisions seraient donc souhaitables. Ensuite, et j’en arrive au point le plus important, il s’agit de se demander pour quelles raisons les jeunes consomment ainsi. Ce que nous constatons, c’est que la jeunesse suisse s’est adaptée à l’environnement dans lequel elle a grandi. Notre mode de vie et nos habitudes de consommation ne sont finalement que les produits du formatage de notre société. Il est trop simple de nous mettre maintenant face à des responsabilités qui incombent en réalité aux politiques éducatives et de sensibilisation mises en place par les générations passées. » Elle termine : « La jeunesse et la population suisse en général sont prêtes à changer leurs habitudes, seulement il faut qu’un cadre légal les accompagne et les incite à adopter les petits comportements qui feront au final une grande différence. Il est essentiel, si l’on veut que les changements nécessaires soient atteints, que s’établisse une synergie entre les politiques et la conscience écologique qui est en train de naître chez les jeunes générations. »

    L’heure du changement

    L’ampleur du mouvement est bien la preuve que la jeunesse se rend compte de l’urgence de la situation. Nous sommes en train de foncer dans le mur, et continuons à appuyer allègrement sur l’accélérateur. Cette génération, certes critiquée pour son esprit de contradiction entre requêtes irréalistes et mode de vie tout aussi démesuré, est le produit d’un système qui l’a éduquée depuis sa plus tendre enfance à la surconsommation. Le changement ne sera facile pour personne, mais chacun est tenu de prendre conscience de l’état d’urgence et de transformer ses habitudes à son échelle : se déplacer en transports publics ou à vélo, réduire drastiquement sa consommation de viande, se retenir de faire un aller-retour à Londres sur le week-end… Les jeunes ont manifesté leur désir d’évoluer en ce sens. Aux autorités maintenant de sensibiliser la population, et surtout de prendre les mesures nécessaires qui ne dépendent pas de nous. La date de la prochaine manifestation est agendée au 2 février. Reste à voir ce qui ressortira concrètement de cette mobilisation.

    © Irène Dutoit