Une jeunesse concernée

Photo par Mat Napo

FRAÎCHEUR • Des mobilisations au bénévolat en passant par l’implication dans des associations, les possibilités de s’engager dans la société sont nombreuses. Qu’est-ce qui caractérise ces différentes formes d’engagement ? Les chances d’accès aux postes à responsabilités au sein des associations sont-elles les mêmes pour tou·te·s ?

Les mobilisations et grèves survenues au cours des dernières années peuvent donner le sentiment d’un éveil politique au sein de la jeunesse. Ces moyens d’expression remplaceraient-ils une participation politique des jeunes plus traditionnelle comme le vote ou les élections ? Pour Alexandre Dafflon, chercheur à l’Université de Lausanne, la réalité est plus complexe. Dans un premier temps, les jeunes votent moins que les autres générations. En effet, ils·elles sont moins intégré·e·s sur le marché du travail ou dans une vie de famille et ont donc moins le sentiment d’appartenir à la société, ce qui diminue leur intérêt pour la politique. Ce n’est cependant pas uniquement l’âge qui explique le nombre important de jeunes dans les mobilisations. Alexandre Dafflon explique dans un deuxième temps que cet engagement est lié à la disponibilité biographique des jeunes, qui ont davantage de temps et moins de contraintes matérielles à ce stade de leur parcours de vie. Une étude sur la participation politique des jeunes en Suisse révèle également qu’ils auraient tendance à s’engager dans des actions occasionnelles et brèves, moins en lien avec l’espace politique traditionnel. Le chercheur précise néanmoins que ces actions sont liées à un intérêt pour la politique et qu’il est probable que les jeunes se tournent ensuite vers des formes d’engagement plus institutionnelles comme le vote.

Qui agit ?

Ce n’est pas n’importe quelle jeunesse qui se mobilise. Alexandre Dafflon souligne que les individus qui participent aux manifestations sont également ceux qui votent. Ce sont des personnes qui possèdent souvent des hauts niveaux de diplôme, maîtrisent les codes de la politique et se sentent donc davantage capables d’exprimer leur opinion. « On se mobilise pour des choses qu’on comprend, qu’on peut discuter dans son entourage restreint », relève le chercheur. La socialisation des individus et leur environnement est également déterminant.

61% de la population suisse était engagée dans une association en 2019

Ainsi, l’univers politique dans lequel ils·elles grandissent et le rapport de leurs parents à la politique constitue un héritage familial qui influe sur leur participation politique.

La Suisse, terrain fertile pour les associations

Selon l’Office fédéral de la statistique, 61% de la population suisse était engagée dans une association en 2019. Ces dernières seraient-elles donc un cadre nouveau où la politique peut se faire différemment ? Le sociologue nuance cette hypothèse et relève que les associations sont avant tout caractérisées par l’évitement du politique. Les individus y développent cependant des visions du monde qui peuvent ensuite se traduire en positions politiques. Son enquête sur les sociétés de jeunesse campagnardes révèle qu’une écrasante majorité des individus entre 18 et 25 ans votent, alors que la politique n’est pas un sujet de conversation dans ces associations. « J’ai constaté que les jeunes développent un sens des responsabilités et du devoir civique. Faire partie des associations les amène à se sentir responsable du voisin, de la vie du village mais aussi de ses fondements culturels. Ils vont ensuite transposer ce sens des responsabilités au niveau national ». Ce ne serait donc pas l’appartenance à une collectivité qui influence la participation politique mais le milieu social dans lequel elle s’inscrit. Dans ce cas, le besoin des jeunes de paraître comme des « bon·ne·s citoyen·ne·s » en allant voter leur permet de se différencier d’autres groupes sociaux qui partagent les mêmes espaces. Enfin, Alexandre Dafflon souligne que même si les jeunes s’engagent dans des associations, cela ne signifie pas qu’ils·elles rejettent nécessairement la participation politique traditionnelle, ces deux dimensions étant étroitement liées.

Le rôle des femmes dans les associations

« On retrouve une division sexuée du travail associatif, les femmes font non seulement les tâches domestiques mais aussi tout ce qui relève du care et de la gestion des relations sociales », explique Alexandre Dafflon. De plus, elles sont également garantes de l’image publique de l’institution en contribuant à créer un groupe unitaire. Le chercheur prend l’exemple de son enquête dans les sociétés de jeunesses campagnardes, où les postes à responsabilités sont majoritairement occupés par les hommes. Les femmes ont peu de chances d’y accéder et celles qui y

le besoin des jeunes de paraître comme des «bon·ne·s citoyen·ne·s» en allant voter leur permet de se différencier

parviennent sont souvent intégrées dans des moments de tensions, où leurs compétences relationnelles sont sollicitées ou lorsque de nombreux postes à responsabilités sont vacants. De cette différenciation des tâches découlent des inégalités dans la valorisation des compétences acquises au sein de l’association, notamment dans le monde professionnel. De manière à première vue surprenante, les femmes de ce milieu associatif sont conscientes de faire des tâches différentes de celles des hommes mais n’ont pas le sentiment d’être discriminées, car elles maîtrisent des domaines indispensables pour l’association.

Gaëlle Dubath

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