• Candidat·e·s aux Fédérales

    Candidat·e·s aux Fédérales

    POLITIQUE • Benjamin Meuwly, Romane Benvenuti, Léa Pacozzi et Elouan Indermühle font partie des 1942 candidat·e·s romand·e·s à s’être lancé·e·s dans la course aux élections fédérales. Alors que les partis de jeunesse ne récoltent qu’un nombre limité de suffrages, L’auditoire s’est demandé quelles étaient les motivations de ces politicien·ne·s encore aux études.

    Dans un Parlement suisse où la moyenne d’âge est à 51 ans à la Chambre basse et 57 ans à la Chambre haute, il est légitime de se questionner sur la présence, dans le pays, de jeunes adultes engagé·e·s en politique. Pourtant, ils·elles sont motivé·e·s. Les quatre candidat·e·s au Conseil national définissent tous et toutes leur section — les Jeunes UDC, les Jeunes Vert·e·x·s, la Jeunesse socialiste et les Jeunes Libéraux-Radicaux — comme indépendante et proche idéologiquement du parti mère, mais… ils·elles osent aller plus loin. C’est un calcul politique, selon l’UDC Elouan Indermühle. En effet, comme les listes électorales des Jeunesses sont sous-apparentées, les voix sont reportées à la branche principale du parti. Les propositions plus clivées permettent ainsi de ratisser plus largement dans l’échiquier politique. Par exemple, la Jeunesse socialiste vaudoise défend la lutte contre le capitalisme — défini par Léa Paccozi comme «un système de surconsommation, de surproduction», avec l’enrichissement des plus riches — et la décroissance, plutôt que de «trouver des solutions alternatives pour continuer dans le même système», explique-t-elle.

    Un apprentissage politique

    Si les Suisses de 18 ans à 30 ans représentaient 18% de la population fin 2019, seules deux personnes de cette tranche d’âge sont présentes au Parlement. «C’est un peu impossible, d’être élu en tant que jeune», reconnaît Benjamin Meuwly. Cependant, il s’agit d’apporter de «la visibilité pour les idées qu’on porte, pour soi-même». Le Jeune PLR, tout comme Elouan Indermühle, mentionnent l’enjeu formateur de la campagne électorale.Dans un champ politique majoritairement âgé et masculin, prouver sa légitimité s’avère parfois difficile. Pour contrer les «barrières dans nos têtes», la socialiste Léa Pacozzi précise que l’opinion des jeunes adultes intéresse les plus âgé·e·s. «Voter pour les jeunes, ce n’est pas voter pour des gens qui ne sont pas capables», ajoute Benjamin Meuwly. Le libéral-radical rejette la corrélation entre le manque d’expérience et la compétence.

    Au sein de l’UDC, Elouan Indermühle indique qu’il est difficile d’«être convaincant·e·s» lorsque l’on est jeunes. Au contraire, chez les socialistes ou les écologistes, «on essaie de gommer un maximum l’âge» pour valoriser «la volonté et l’engagement, ce qui est très louable chez les partis de gauche», explique le Lausannois.

    Mobiliser la nouvelle génération d’électeur·rice·s

    La participation électorale des jeunes est une préoccupation pour les politicien·ne·s interrogé·e·s. «Ça me désespère un peu», souffle Romane Benvenuti. Pour contrer ce phénomène, la Verte a la volonté de mobiliser son entourage ou les passant·e·s afin «qu’un maximum de gens votent pour les enjeux» qu’elle considère importants.

    Portrait Etudiant·e·s

    Lea Pacozzi 23 ans

    En passe de terminer son Master en administration publique à l’Université de Lausanne et ancienne co-présidente de la Fédération des Associations d’étudiant·e·x·s (FAE), elle s’est battue durant la pandémie de Covid-19 pour les enjeux liés aux étudiant·e·s, avant d’intégrer l’Union des Etudiant·e·s Suisses (UNES). Son adhésion au PS en a résulté afin de continuer à défendre les valeurs sociales, notamment dans la commune d’Epalinges où elle a été élue conseillère communale.

    Romane Benvenuti 21 ans

    Fraichement diplômée d’un Bachelor en sciences sociales, Romane Benvenuti s’est également engagée en politique en automne 2020. Si les enjeux sociétaux ont toujours capté son intérêt, son penchant pour la politique a surtout fleuri après son adhésion aux Jeunes Vert·exs – un «parti de jeunes qui se bat pour son futur parce qu’il craint l’urgence climatique» – et son élection au conseil communal de Lausanne.

    «Voter pour des jeunes, ce n’est pas voter pour des incapables»

    Benjamin meuwly

    Les personnes les plus mobilisées ne seront pas impactées par «le réchauffement climatique ou toutes les crises politiques qu’on va subir», indique-t-elle en référence au taux de participation électorale élevé des retraité·e·s. Benjamin Meuwly, pour sa part, spécifie qu’il préfère encore «que les gens votent pour quelqu’un d’autre» que lui à la place de ne «rien faire du tout». Selon lui, «il faut oser exprimer son avis, ses idées». Voter permet également de se positionner face aux injustices, considère Elouan Indermühle. Si les jeunes ne souhaitent pas participer, ils·elles ne peuvent pas se plaindre «que la Suisse va dans une certaine direction», estime-t-il.

    En cas d’élection, car «rien n’est impossible en démocratie», sourit Benjamin Meuwly, chaque candidat·e souhaite porter ses idées et ses valeurs sous la Coupole fédérale. Pour l’étudiant en lettres, trois points du programme des JLR vaudois le touchent particulièrement. Il s’agit tout d’abord de réhabiliter le nucléaire pour la transition énergétique, afin de «se débarrasser des énergies fossiles». Il désire éviter que les couples mariés perçoivent plus d’impôts que les concubins, en instaurant l’imposition individuelle. Son troisième cheval de bataille est la légalisation du cannabis, pour permettre d’engendrer des revenus à l’État grâce aux taxes, mais aussi de protéger les consommateur·rice·s. La Jeunesse socialiste vaudoise se concentre sur quatre thématiques: l’immigration, l’écologie, le pouvoir d’achat et le féminisme. Les deux derniers points cités sont ceux où Léa Pacozzi se retrouve le plus.

    Portrait Etudiant·e·s

    Benjamin Meuwly 22 ans

    L’étudiant en lettres à l’Université de Lausanne a rejoint en septembre 2020 le PLR, «le parti de la liberté, de l’innovation celui qui n’a pas peur du futur», comme il l’a lui-même défini. Secrétaire général chez les jeunes libéraux-radicaux vaudois et chargé de projet dans le cadre de la campagne pour les fédérales du parti mère, il baigne dans la politique depuis son enfance.

    «Quand tu es une femme, il faut avoir une position de pouvoir pour qu’on te prenne au sérieux»

    lea pacozzi

    Amener ses idéaux à Berne

    En s’impliquant en politique, la conseillère communale d’Epalinges s’est rendue compte des différences genrées en termes d’images et de crédibilité. «Quand tu es une femme, il faut avoir une position de pouvoir pour qu’on te prenne au sérieux», déplore-t-elle. Elle veut se battre pour un système plus égalitaire, à travers une répartition plus juste des richesses entre les grandes fortunes et les plus démuni·e·s. Romane Benvenuti souhaite aussi une meilleure distribution des ressources à travers «une plus grande taxation des personnes ultra-riches en Suisse». Elle aimerait une revalorisation des bas salaires, des retraites et du travail féminin. En termes de lutte contre la crise climatique, la jeune sociologue préconise un changement des «dynamiques des grandes entreprises qui polluent le plus» et des placements financiers de la Confédération. En somme, la décroissance paraît être, pour la Verte, la seule solution afin de combattre ces problèmes structurels. La politique étrangère est l’intérêt principal d’Elouan Indermühle. Il souhaiterait par conséquent que la Suisse adhère aux BRICS, un consortium composé actuellement du Brésil, de la Russie, de l’Inde, de la Chine et de l’Afrique du Sud. Le but serait de prendre le contre-pied des mesures pro-occidentales et se tourner vers «les pays émergents qui ont le droit de revendiquer une recentralisation du pôle décisionnel de la planète». Cela permettrait à la Suisse de «revitaliser» sa position de nation neutre.

    Elouan Indermühler 26 ans


    Elouan indermühle siège aussi au Parlement de la Ville de Lausanne et figure sur la liste des Jeunes UDC. Le futur étudiant en Relations internationales à l’Université de Genève est rodé, puisqu’il s’agit de sa troisième participation aux élections fédérales. Membre du parti agrarien depuis 2009, il considère que son orientation politique résulte de son chemin de vie et défend la souveraineté de la Suisse.

    «une plus grande taxation des personnes ultra-riches en Suisse»

    Romane benvenuti

    En termes de politique intérieure, le jeune UDC postulerait pour une libéralisation du marché du suicide assisté afin que les personnes qui souhaitent mettre fin à leurs jours puissent le faire «en toute dignité». Il s’agirait de créer une «structure avec un accompagnement psychologique et légal». Ce pari sur l’avenir permettrait d’éviter un choc pour les proches et de briser le tabou du suicide en rendant la population «plus apte à parler du mal-être».

    Des inquiétudes et des espoirs

    Pour Romane Benvenuti, le manque de mesures pour réduire les émissions de gaz à effet de serre et la peur de la migration occasionnée par les «conditions climatiques que l’on a nous-mêmes causées», se traduisant par un vote pour la droite ou l’extrême droite, la paralysent. La Verte souligne toutefois une «prise de considération d’un environnement plus adapté au changement climatique» dans les villes. La socialiste Léa Pacozzi estime qu’avec sa politique climatique, la Suisse va un peu droit dans le mur. Elle espère par conséquent la mise en place d’un filet social solide pour éviter que les plus démuni·e·s paient pour toute la population. Elle se félicite tout de même que son parti soit «suivi par la population sur plusieurs thématiques» notamment à travers la lutte pour les droits sociaux et le pouvoir d’achat.

    Les voix des listes électorales des Jeunesses sont reportées à la branche principale du parti

    Également inquiet pour le climat, le libéral radical Benjamin Meuwly se bat contre la décroissance, qu’il considère comme «notre tombeau plutôt que notre renouveau». Il souhaite aussi une meilleure pérennisation du système social suisse. Il évoque d’ailleurs sa crainte, définie comme secondaire, du wokisme, «un problème moral qui prend de plus en plus de place dans le champ politique». Il se montre cependant optimiste pour l’avenir grâce aux «jeunes qui s’engagent dans tous les partis» avec la volonté de «régler les problèmes». Elouan Indermühle, de son côté, évoque «la dictature du politiquement correct et l’individualisme, avec l’impression qu’aujourd’hui, dans la tendance sociale des gens, on essaie de diviser les individus au lieu de les rassembler». Il redoute que cela débouche sur un conflit sociétal. L’UDC rappelle cependant les résultats du sondage mandaté par la SSR, qui définit les shabitant·e·s comme majoritairement heureux·ses. Ce «bonheur d’être Suisse signifie que la population est capable de réflexions, qu’elle est consciente de ses privilèges et qu’elle souhaite les chérir», conclut-il.

    Propos recueillis par Mérande Gutfreund

  • Jeunesse chancelante

    Jeunesse chancelante

    Photo : ©Yasmine Zamparo

    Rédigé par : Ylenia Dalla Palma

    ÉCONOMIE • Après une période COVID compliquée, c’est la guerre qui nous tombe dessus, apportant son lot d’inflations et de coûts économiques. Être jeune de nos jours semble plus complexe que ce qu’on nous avait promis. Comment la jeunesse est touchée par l’inflation ?

    Le 17 Février dernier, le Conseil Fédéral levait les mesures COVID. Hourra ! C’est la fin de deux longues et pénibles années de restrictions. Mais la joie fût de courte durée : le 24 Février commençait la guerre en Ukraine. S’en suivirent alors de nombreuses décisions politiques : gel des avoirs russes, restrictions à l’entrée sur le territoire de l’UE et annulation des divers sommets UE-Russie. Ainsi, cette intervention militaire russe et les sanctions prises à son encontre ont obligé les diverses nations de l’Europe à réorganiser leurs approvisionnements, notamment en pétrole, gaz, huile et blé. Ceci, accompagné de la faiblesse de l’euro et de la relance budgétaire massive, provoqua alors une hausse de l’inflation en flèche. Ainsi, en Suisse, durant le premier semestre 2022, la hausse des prix est de 1.4% sur une année, selon Comparis, plateforme suisse de comparaison. Entre l’augmentation du prix des denrées alimentaires, la hausse du coût de l’électricité, du chauffage mais aussi des assurances maladies pour 2023, comment font les jeunes suisse·esse·s pour s’en sortir au quotidien ?

    Les jeunes, une population impactée
    Selon un sondage effectué par L’auditoire sur Instagram auquel ont répondu 60 personnes âgé·e·s de 15 à 30 ans, 75% d’entre eux·elles se sentiraient touché·e·s par l’inflation qui se met en place depuis 2021, contre 25% qui ne repèrent pas de changements drastiques dans leurs quotidiens. La Fédération des Associations des Etudiant·e·x·s (FAE) tente d’ailleurs de prendre des mesures pour limiter la casse. Elle a premièrement augmenté son fond d’aide pour les étudiant·e·s de 5’000 francs et va ouvrir la discussion avec les cafétérias pour faire redescendre les prix des plats qui ont récemment augmenté. Par ailleurs, d’autres associations agissent, telles que SUD qui organise régulièrement des « bouffes populaires » pour les plus précaires.

    « Manger à Lausanne va devenir compliqué. »

    – Un·x·e étudiant·x·e de
    l’Unil

    Quant aux bourses, aucune augmentation n’est prévue du côté des autorités. Le SASME a remarqué une hausse des demandes cet été mais elles proviendraient majoritairement de jeunes ukrainien·ne·s réfugié·e·s. Malgré cela, l’étau semble se resserrer autour de la jeunesse. « J’ai remarqué la hausse des prix cet été, au Giga Tacos : l’entreprise a augmenté de 1 CHF tous ses plats, ce qui fait quand même 12.5% d’augmentation. Manger à Lausanne va devenir compliqué. », s’est exclamé·x·e un·x·e étudiant·x·e de l’Unil. Une augmentation qui pourrait paraitre minime pour certain·e·s mais qui peut vite devenir dramatique pour des jeunes ne pouvant pas compter sur un apport financier de la part de leur famille. En effet, dans le même sondage effectué par L’auditoire, 26% des votant·e·s semblent très inquiet·ète·s de la situation, et ce à juste titre : quid de la sécurité de l’emploi et du logement ? Certaines étudiantes se sont même dit prêtes à renoncer à aller chez le gynécologue pour éviter des frais supplémentaires.

    Comment devenir adulte alors même que l’avenir n’est pas sûr ?

    Un futur instable
    Il s’avère alors compliqué de croire à un « retour à la normale » pour les jeunes suisse·sse·s. Après une période de pandémie difficile, la jeunesse se retrouve une fois de plus livrée à elle-même. Faire des études, c’est bien, tout en travaillant à côté, c’est mieux, nous dit-on. Effectuer son apprentissage, et prendre son envol, c’est le but, renchérit-on. Comment cela pourrait-il être possible dans un monde où le coût de la vie change drastiquement de manière rapide dans le temps ? Comment devenir adulte alors même que l’avenir n’est pas sûr ? L’inflation touche, certes, tout le monde, mais pas de la même manière. La jeunesse a besoin d’aides ciblées et efficaces, ce qui n’est actuellement pas le cas. Il serait donc nécessaire d’apporter des soutiens aux divers groupes de la populations en prenant en compte leurs situations dans toute leur particularité, pour un « monde d’après » où l’on puisse devenir adulte de manière sereine.

  • Un nouveau caprice de jeunes ?

    Un nouveau caprice de jeunes ?

    Illustration : Niko GOLDMANN

    Rédigé par : Karen RUFFIEUX

    SANTÉ • La chirurgie esthétique se popularise depuis quelques années. Mode, influence et économie, quels sont les rôles joués par ces facteurs auprès de notre jeunesse ? Du modelage corporel massif au tourisme médical, jusqu’où peut mener leur insatisfaction ?

    De plus en plus jeunes, les adolescent·e·s ont recours à la chirurgie esthétique. Certain·e·s attendent impatiemment le jour de leurs dix-huit ans, voire même demandent l’autorisation à leurs parents dès seize ans pour ce genre d’opération. Auparavant, la chirurgie esthétique était présente surtout chez les personnes âgées ou souffrant d’une maladie qui nécessite une reconstruction. Quelles sont les raisons de ce changement ? L’influence des réseaux sociaux – et les propos des créateurs et créatrices de contenu qui en font la promotion – est souvent accusée de ce phénomène par les autres médias. Il est vrai qu’aujourd’hui, une grande majorité des jeunes sont au moins sur un réseau social et de ce fait, ils·elles sont tous les jours confronté·e·s à des images qui correspondent à leur idéal apparaissant ainsi comme réel.

    Tout y est pour sembler le·la plus parfait·e possible

    Lorsqu’une personne navigue sur Instagram, elle va y découvrir un bon nombre d’influenceurs et d’influenceuses. Chacun·e ayant un style différent. Ainsi, tout le monde peut y trouver un modèle de ce qu’iel voudrait être. Malheureusement, cette image est souvent fictive. Retouches, filtres, voire chirurgie, tout y est pour sembler le·la plus parfait·e possible. Cela peut créer des complexes vis-à-vis d’un idéal auquel ils·elles ne songeaient même pas. Prenons pour exemple Kim Kardashian qui a un corps si refait qu’il n’existe pas dans la nature. De plus, énormément d’applications permettent de retoucher ses photos, se lisser la peau, cacher ses imperfections et amincir la taille. Pour les moins doué·e·s, Snapchat et Instagram proposent des filtres préfabriqués qui changent entièrement la forme du visage. Bien que pratique, pour être toujours « présentable », il n’en est pas de même quand on se découvre dans un simple miroir, avec tous ses défauts. Pas facile de s’accepter dans ces conditions, surtout avec les influenceur·euse·s qui font la propagande des corps parfaits. La jeunesse est continuellement confrontée à cette problématique même si elle n’est pas active sur les réseaux. En soirée, à la bibliothèque, à tout moment, il est habituel de sortir son téléphone, de prendre une photo et de la partager. Il est donc commun de se retrouver sur le profil de ses ami·e·s, d’où l’importance d’être bien apprêté·e au quotidien. Comment se plaire, pour soi et à travers les autres, dans un monde où tout est retouché ? Lorsque cacher ses défauts derrière des accessoires ou du maquillage ne suffit plus, beaucoup succombent à la tentation de la chirurgie.

    Origines et avancée
    Qu’est-ce que la chirurgie esthétique si ce n’est qu’une simple amélioration du corps ? Depuis toujours, on transforme notre anatomie. On fait des régimes, on va chez le coiffeur et, même dans les années 2000, la mode était de se faire percer et tatouer.

    Comment se plaire dans un monde où tout est retouché

    Souvent jugées comme des rebelles, il n’y a que peu de personnes actuellement sans ces artifices devenus banals. Si le tatouage choquait auparavant, la chirurgie pourrait entrer dans les mœurs. Toucher à son corps n’est pourtant pas anodin. À la fin de la Première Guerre mondiale, celle-ci a été inévitable pour réparer la chair des grands blessés. Alors considérée comme une chirurgie lourde et longtemps risquée, elle connaît aujourd’hui une renommée de qualité : techniques plus raffinées, opérations plus sûres, possibilité de retour en arrière.

    Phénomène et géographie économique
    « On voit là que la chirurgie esthétique, parce qu’elle est de plus en plus accessible, s’inscrit dans une continuité de transformation des corps à des fins à la fois esthétiques, identitaires et relationnelles », déclare Francesco Panese, professeur de Sciences sociales à l’Université de Lausanne. Si depuis les années 2000 les interventions ont augmenté de 50%, c’est aussi dû à la diminution des coûts ainsi qu’à l’augmentation de l’offre et de la demande.

    Elle est de plus en plus accessible

    Le fameux lifting qui a fait des ravages chez certaines stars est maintenant remplacé par des ajouts de sa propre graisse ou des injections d’acide hyaluronique dont les effets s’estompent avec le temps jusqu’à disparaître. De plus, le rendu final de la peau est moins figé et semble plus naturel. Malgré cette apparente avancée, il ne faut pas négliger l’existence d’un risque de conséquence médicale suite à une opération qui aurait mal tourné, de désillusion face à sa nouvelle image ou encore le sentiment d’en vouloir toujours plus. Après s’être refait les lèvres, on pense à une rhinoplastie, et pourquoi pas à des implants mammaires. Plus on en fait, plus ça coûte. Il est donc intéressant pour les plus économes de se tourner vers des instituts moins chers et souvent situés à l’étranger. Il existe aujourd’hui un tourisme médical. Des agences se spécialisent dans ce domaine en proposant toutes sortes de destinations suivant la prestation recherchée. Ces vacances de l’esthétisme à bas prix contribuent à la montée en puissance du nombre d’opérations chez les jeunes.

  • Une jeunesse concernée

    Une jeunesse concernée

    Photo par Mat Napo

    FRAÎCHEUR • Des mobilisations au bénévolat en passant par l’implication dans des associations, les possibilités de s’engager dans la société sont nombreuses. Qu’est-ce qui caractérise ces différentes formes d’engagement ? Les chances d’accès aux postes à responsabilités au sein des associations sont-elles les mêmes pour tou·te·s ?

    Les mobilisations et grèves survenues au cours des dernières années peuvent donner le sentiment d’un éveil politique au sein de la jeunesse. Ces moyens d’expression remplaceraient-ils une participation politique des jeunes plus traditionnelle comme le vote ou les élections ? Pour Alexandre Dafflon, chercheur à l’Université de Lausanne, la réalité est plus complexe. Dans un premier temps, les jeunes votent moins que les autres générations. En effet, ils·elles sont moins intégré·e·s sur le marché du travail ou dans une vie de famille et ont donc moins le sentiment d’appartenir à la société, ce qui diminue leur intérêt pour la politique. Ce n’est cependant pas uniquement l’âge qui explique le nombre important de jeunes dans les mobilisations. Alexandre Dafflon explique dans un deuxième temps que cet engagement est lié à la disponibilité biographique des jeunes, qui ont davantage de temps et moins de contraintes matérielles à ce stade de leur parcours de vie. Une étude sur la participation politique des jeunes en Suisse révèle également qu’ils auraient tendance à s’engager dans des actions occasionnelles et brèves, moins en lien avec l’espace politique traditionnel. Le chercheur précise néanmoins que ces actions sont liées à un intérêt pour la politique et qu’il est probable que les jeunes se tournent ensuite vers des formes d’engagement plus institutionnelles comme le vote.

    Qui agit ?

    Ce n’est pas n’importe quelle jeunesse qui se mobilise. Alexandre Dafflon souligne que les individus qui participent aux manifestations sont également ceux qui votent. Ce sont des personnes qui possèdent souvent des hauts niveaux de diplôme, maîtrisent les codes de la politique et se sentent donc davantage capables d’exprimer leur opinion. « On se mobilise pour des choses qu’on comprend, qu’on peut discuter dans son entourage restreint », relève le chercheur. La socialisation des individus et leur environnement est également déterminant.

    61% de la population suisse était engagée dans une association en 2019

    Ainsi, l’univers politique dans lequel ils·elles grandissent et le rapport de leurs parents à la politique constitue un héritage familial qui influe sur leur participation politique.

    La Suisse, terrain fertile pour les associations

    Selon l’Office fédéral de la statistique, 61% de la population suisse était engagée dans une association en 2019. Ces dernières seraient-elles donc un cadre nouveau où la politique peut se faire différemment ? Le sociologue nuance cette hypothèse et relève que les associations sont avant tout caractérisées par l’évitement du politique. Les individus y développent cependant des visions du monde qui peuvent ensuite se traduire en positions politiques. Son enquête sur les sociétés de jeunesse campagnardes révèle qu’une écrasante majorité des individus entre 18 et 25 ans votent, alors que la politique n’est pas un sujet de conversation dans ces associations. « J’ai constaté que les jeunes développent un sens des responsabilités et du devoir civique. Faire partie des associations les amène à se sentir responsable du voisin, de la vie du village mais aussi de ses fondements culturels. Ils vont ensuite transposer ce sens des responsabilités au niveau national ». Ce ne serait donc pas l’appartenance à une collectivité qui influence la participation politique mais le milieu social dans lequel elle s’inscrit. Dans ce cas, le besoin des jeunes de paraître comme des « bon·ne·s citoyen·ne·s » en allant voter leur permet de se différencier d’autres groupes sociaux qui partagent les mêmes espaces. Enfin, Alexandre Dafflon souligne que même si les jeunes s’engagent dans des associations, cela ne signifie pas qu’ils·elles rejettent nécessairement la participation politique traditionnelle, ces deux dimensions étant étroitement liées.

    Le rôle des femmes dans les associations

    « On retrouve une division sexuée du travail associatif, les femmes font non seulement les tâches domestiques mais aussi tout ce qui relève du care et de la gestion des relations sociales », explique Alexandre Dafflon. De plus, elles sont également garantes de l’image publique de l’institution en contribuant à créer un groupe unitaire. Le chercheur prend l’exemple de son enquête dans les sociétés de jeunesses campagnardes, où les postes à responsabilités sont majoritairement occupés par les hommes. Les femmes ont peu de chances d’y accéder et celles qui y

    le besoin des jeunes de paraître comme des «bon·ne·s citoyen·ne·s» en allant voter leur permet de se différencier

    parviennent sont souvent intégrées dans des moments de tensions, où leurs compétences relationnelles sont sollicitées ou lorsque de nombreux postes à responsabilités sont vacants. De cette différenciation des tâches découlent des inégalités dans la valorisation des compétences acquises au sein de l’association, notamment dans le monde professionnel. De manière à première vue surprenante, les femmes de ce milieu associatif sont conscientes de faire des tâches différentes de celles des hommes mais n’ont pas le sentiment d’être discriminées, car elles maîtrisent des domaines indispensables pour l’association.

    Gaëlle Dubath