Un nouveau caprice de jeunes ?

Illustration : Niko GOLDMANN

Rédigé par : Karen RUFFIEUX

SANTÉ • La chirurgie esthétique se popularise depuis quelques années. Mode, influence et économie, quels sont les rôles joués par ces facteurs auprès de notre jeunesse ? Du modelage corporel massif au tourisme médical, jusqu’où peut mener leur insatisfaction ?

De plus en plus jeunes, les adolescent·e·s ont recours à la chirurgie esthétique. Certain·e·s attendent impatiemment le jour de leurs dix-huit ans, voire même demandent l’autorisation à leurs parents dès seize ans pour ce genre d’opération. Auparavant, la chirurgie esthétique était présente surtout chez les personnes âgées ou souffrant d’une maladie qui nécessite une reconstruction. Quelles sont les raisons de ce changement ? L’influence des réseaux sociaux – et les propos des créateurs et créatrices de contenu qui en font la promotion – est souvent accusée de ce phénomène par les autres médias. Il est vrai qu’aujourd’hui, une grande majorité des jeunes sont au moins sur un réseau social et de ce fait, ils·elles sont tous les jours confronté·e·s à des images qui correspondent à leur idéal apparaissant ainsi comme réel.

Tout y est pour sembler le·la plus parfait·e possible

Lorsqu’une personne navigue sur Instagram, elle va y découvrir un bon nombre d’influenceurs et d’influenceuses. Chacun·e ayant un style différent. Ainsi, tout le monde peut y trouver un modèle de ce qu’iel voudrait être. Malheureusement, cette image est souvent fictive. Retouches, filtres, voire chirurgie, tout y est pour sembler le·la plus parfait·e possible. Cela peut créer des complexes vis-à-vis d’un idéal auquel ils·elles ne songeaient même pas. Prenons pour exemple Kim Kardashian qui a un corps si refait qu’il n’existe pas dans la nature. De plus, énormément d’applications permettent de retoucher ses photos, se lisser la peau, cacher ses imperfections et amincir la taille. Pour les moins doué·e·s, Snapchat et Instagram proposent des filtres préfabriqués qui changent entièrement la forme du visage. Bien que pratique, pour être toujours « présentable », il n’en est pas de même quand on se découvre dans un simple miroir, avec tous ses défauts. Pas facile de s’accepter dans ces conditions, surtout avec les influenceur·euse·s qui font la propagande des corps parfaits. La jeunesse est continuellement confrontée à cette problématique même si elle n’est pas active sur les réseaux. En soirée, à la bibliothèque, à tout moment, il est habituel de sortir son téléphone, de prendre une photo et de la partager. Il est donc commun de se retrouver sur le profil de ses ami·e·s, d’où l’importance d’être bien apprêté·e au quotidien. Comment se plaire, pour soi et à travers les autres, dans un monde où tout est retouché ? Lorsque cacher ses défauts derrière des accessoires ou du maquillage ne suffit plus, beaucoup succombent à la tentation de la chirurgie.

Origines et avancée
Qu’est-ce que la chirurgie esthétique si ce n’est qu’une simple amélioration du corps ? Depuis toujours, on transforme notre anatomie. On fait des régimes, on va chez le coiffeur et, même dans les années 2000, la mode était de se faire percer et tatouer.

Comment se plaire dans un monde où tout est retouché

Souvent jugées comme des rebelles, il n’y a que peu de personnes actuellement sans ces artifices devenus banals. Si le tatouage choquait auparavant, la chirurgie pourrait entrer dans les mœurs. Toucher à son corps n’est pourtant pas anodin. À la fin de la Première Guerre mondiale, celle-ci a été inévitable pour réparer la chair des grands blessés. Alors considérée comme une chirurgie lourde et longtemps risquée, elle connaît aujourd’hui une renommée de qualité : techniques plus raffinées, opérations plus sûres, possibilité de retour en arrière.

Phénomène et géographie économique
« On voit là que la chirurgie esthétique, parce qu’elle est de plus en plus accessible, s’inscrit dans une continuité de transformation des corps à des fins à la fois esthétiques, identitaires et relationnelles », déclare Francesco Panese, professeur de Sciences sociales à l’Université de Lausanne. Si depuis les années 2000 les interventions ont augmenté de 50%, c’est aussi dû à la diminution des coûts ainsi qu’à l’augmentation de l’offre et de la demande.

Elle est de plus en plus accessible

Le fameux lifting qui a fait des ravages chez certaines stars est maintenant remplacé par des ajouts de sa propre graisse ou des injections d’acide hyaluronique dont les effets s’estompent avec le temps jusqu’à disparaître. De plus, le rendu final de la peau est moins figé et semble plus naturel. Malgré cette apparente avancée, il ne faut pas négliger l’existence d’un risque de conséquence médicale suite à une opération qui aurait mal tourné, de désillusion face à sa nouvelle image ou encore le sentiment d’en vouloir toujours plus. Après s’être refait les lèvres, on pense à une rhinoplastie, et pourquoi pas à des implants mammaires. Plus on en fait, plus ça coûte. Il est donc intéressant pour les plus économes de se tourner vers des instituts moins chers et souvent situés à l’étranger. Il existe aujourd’hui un tourisme médical. Des agences se spécialisent dans ce domaine en proposant toutes sortes de destinations suivant la prestation recherchée. Ces vacances de l’esthétisme à bas prix contribuent à la montée en puissance du nombre d’opérations chez les jeunes.

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