• Le Lausanne Shakespeare Festival est de retour !

    Le Lausanne Shakespeare Festival est de retour !

    Photos et rédaction : L’équipe du Lausanne Shakespeare Festival

    Nous avons le plaisir de vous annoncer que la programmation, ainsi que la réservation de billets pour la 6e édition du Lausanne Shakespeare Festival sont en ligne ! 

    Fondé en 2016 et désormais dans sa 6e édition, le Lausanne Shakespeare Festival est le seul événement théâtral en Suisse consacré entièrement à l’œuvre de William Shakespeare. Avec sa programmation originale et diversifiante, le LSF combine des pièces de théâtre avec des performances expérimentales, du théâtre immersif, de la musique, du cirque, du théâtre pour enfants, du cinéma, et des ateliers. Le festival travaille avec des artistes et collaborateur.rice.s professionnel.le.s suisses et internationaux.

    Cette année nous vous proposons de redécouvrir Shakespeare à travers deux médiums : le vendredi et samedi sur les planches et le dimanche au travers d’adaptations à l’écran. 

    Pour cette sixième édition, L’ÉTOFFE DE NOS RÊVES par la Cie Ellis Bell ouvrira le festival et sera suivi par une cérémonie d’ouverture au foyer du théâtre. Le samedi proposera diverses adaptations sur les planches, pour tous les âges : de MATEO ET GIULIA produit par le Théâtre Amstragram à Claude Inga-Barbey qui nous proposera sa pièce MANUELA en passant par SHAKESPEARE & MOI produit par Orpheus Productions. Après un apéro Shakespeare à 18h30, nous retrouverons Lionel Fournier et Sophie Deguérines pour une nouvelle interprétation de OPHÉLIE AU BORD DE L’EAU, qui avait vu le jour au LSF en 2019. 

    Le dimanche offrira une nouvelle perspective à l’œuvre de Shakespeare. La matinée sera dédiée aux enfants avec, entre autres, une projection du ROI LION (1994). Dans l’après-midi, vous pourrez (re)découvrir Roméo et Juliette dans WEST SIDE STORY (1961), ainsi que La Tempête dans FORBIDDEN PLANET (1956).

    Nous nous réjouissons de vous retrouver pour cette nouvelle édition dont le programme, nous l’espérons, vous plaira autant qu’à nous ! N’hésitez pas à consulter plus en détail le programme sur notre site (lausanneshakes.com) !

  • Esquisses de l’architecture future

    Esquisses de l’architecture future

    Rédigé par : Marine Fankhauser

    Photo : Lance Anderson

    URBANISME • Toutes les civilisations et époques ont leur style architectural particulier, mêlant souvent art et prouesses techniques de leur temps. Le paysage urbain est appelé à évoluer face à nos défis futurs, en particulier le changement climatique.

    L’humain est par nature un bâtisseur. De tous temps, il a construit des abris pour se protéger, des endroits de rassemblement et des lieux de culte. Dans l’Antiquité, Romains et Grecs construisirent amphithéâtres, aqueducs et temples. Les Égyptiens érigèrent les très célèbres pyramides qui attirent chaque année des millions de visiteur·euse·s et des tombeaux, qui furent plus tard pillés un nombre incalculable de fois. L’histoire retient ensuite la période de l’architecture paléochrétienne, soit autour des IIIe–Ve siècles ap. J.-C, avec la construction de basiliques et de catacombes. Au cours de la vaste période du Moyen-Âge, qui couvre plus d’un millénaire, on note notamment les architectures romanes et gothiques, fortement représentées par des cathédrales, forteresses et châteaux.

    La pyramide de Khéops aurait nécessité quelque 2 millions de blocs de calcaire

    La Renaissance voit se développer un renouveau de l’art antique, avec des constructions imitant les temples de l’époque gréco-romaine. Enfin, après un passage par l’architecture baroque (XVIIIe siècle) et classique (fin XVIIIe et début XIXe), nous arrivons à l’époque contemporaine, avec une multitude de courants et d’inspirations qu’il est impossible de rattacher à une seule origine.

    Les sept merveilles du monde
    Il est remarquable de constater qu’en dépit des avancées technologiques du monde moderne, certains monuments construits parfois deux mille ans auparavant continuent de fasciner et d’interroger. Ainsi, la pyramide de Khéops, construite aux alentours de 2’650 av. J.-C. et qui aurait nécessité quelque 2 millions de blocs de calcaire (chaque pierre pesant une tonne et demi), reste un mystère. Cette pyramide fait partie des sept merveilles du monde antique, une liste de monuments aux prouesses architecturales dont la pyramide est aujourd’hui le seul vestige. Parmi les sept édifices, on peut citer les jardins suspendus de Babylone ou le phare d’Alexandrie, dont il ne subsiste aucune trace à l’heure actuelle. Cependant, en 2007, une nouvelle liste qui répertorie sept nouvelles merveilles a vu le jour, parmi lesquelles figurent la Grande Muraille de Chine, le Machu Picchu au Pérou, le Colisée à Rome ou encore le Taj Mahal en Inde.

    Chefs-d’œuvre d’hier et de demain
    Le Taj Mahal est l’un des dix monuments les plus visités au monde. Il est commandé par l’empereur mongol Shâh Jahân en mémoire de son épouse Arjumand Bânu Begam, décédée en 1631 en donnant naissance à leur quatorzième enfant, et est achevé en 1648. La construction mêle des éléments ottomans, islamiques et indiens. Elle aura duré plus de quinze ans et aura nécessité plus de mille éléphants pour le transport des pierres. On y trouve nombre de matériaux nobles : de la turquoise et de la malachite du Tibet, du lapislazuli du Sri Lanka et de l’onyx de Perse, pour ne citer qu’eux. Le Taj Mahal est également agrémenté de jardins. En parallèle de cela, on peut admirer un chef-d’œuvre d’architecture du XXe siècle, très différent dans son genre : le bâtiment de l’opéra de Sydney. Imaginé par l’architecte danois Jorn Utzon, il a nécessité plus d’un million de tuiles en céramique, fabriquées en Suède. L’opéra est soutenu par 580 piliers de béton qui s’enfoncent en profondeur dans la mer, et dont le courant électrique est alimenté par 645 kilomètres de câbles. Encore un autre ouvrage qui défie tous les superlatifs : la Burj Khalifa, à Dubaï, qui est devenue en 2008 la tour la plus haute jamais construite par l’homme, culminant à 828 mètres. Cette tour a nécessité plus de 22 millions d’heures de travail cumulées, 39’000 tonnes de poutres en acier et plus de 330’000 m3 de béton armé. Elle possède en outre cinquante-sept ascenseurs.

    Défis à venir
    Si les prouesses modernes détonnent souvent en repoussant les limites de la faisabilité, une nouvelle tendance a déjà vu le jour et se développe de plus en plus : l’architecture éco-responsable, conçue pour créer de nouveaux quartiers écologiques et avec le moins d’impact pour l’environnement possible. En témoignent par exemple les « écoquartiers » Les Vergers à Meyrin, ou encore ceux à Gland, Neuchâtel et Nyon. Le concept ? Par une absence de voitures, la mise en place d’espaces végétalisés, une biodiversité encouragée et une participation citoyenne, ces quartiers où il fait bon vivre essaiment un peu partout dans les pays européens. Ils attirent de plus en plus d’individus en quête de changement face à des « cités de béton », logements construits il y a une quarantaine d’années.

    Une nouvelle tendance a déjà vu le jour : l’architecture éco-responsable

    Ce souci d’écologie se manifeste aussi par la préoccupation de freiner une urbanisation trop envahissante, d’intégrer des problématiques de durabilité, de valoriser les aspects locaux et de limiter les pertes énergétiques. En témoigne le projet « Jalons 13 » de développement durable édicté par le canton de Vaud en 2018, dans lequel figurent clairement les questions qui vont nous habiter dans les prochaines années, à savoir comment bâtir pour préserver les ressources et comment habiter demain ?

  • Entrevue avec Isaac Pante

    Entrevue avec Isaac Pante

    Photo : François Wavre | Lundi13

    Propos recueillis par Maxime Hoffmann

    Est-ce que vous vous considérez écrivain ?

    Oui, depuis la fin de l’année 2005. Au départ, c’était tout sauf une bonne nouvelle. « Écrivain » est un statut encombrant, aux avantages trop rapides et trop durables (notamment en termes de prestige) et qui peut complètement gâcher l’écriture. Dans un texte à paraître dans Le Persil, je développe mon rapport conflictuel à la figure de l’auteur. Il faut comprendre qu’être écrivain n’a jamais été un rêve d’enfant : c’est une étiquette qui m’a été collée par surprise. J’écrivais, oui. Gamin, je remplissais des carnets de pensées, ado (en 2001) j’ai gagné un prix pour un supplément de jeu de rôle écrit dans le cadre d’un concours. Pourtant, à aucun moment je ne me suis pensé auteur. La parution de Passé par les armes (2005), mon tout premier livre, ne m’a pas davantage donné le sentiment d’être un écrivain : j’étais juste un témoin qui se servait de sa douleur pour développer un remède. J’étais revenu abîmé de mon école de recrues et comme je sentais qu’une partie de moi était restée prisonnière de cette caserne, j’ai donné forme à ce sentiment de la meilleure manière que je connaissais : en mettant hors de moi ce qui me mettait hors de moi par l’écriture. Aller vers un éditeur était juste une manière de délivrer mon médicament à un maximum de personnes, pas du tout une manière d’entériner un quelconque statut. Et cela marchait. Aux dédicaces, des hommes me disaient que le livre les avait aidés, qu’il les avait guéris d’une blessure vieille de dix ou trente ans. Et puis il y avait les femmes : elles avaient entendu parler du livre, voulaient comprendre ce que vivaient leurs enfants, venaient l’acheter pour le faire lire à leur mari. Bref, j’étais en mission humanitaire et je corrigeais toute personne qui me disait « écrivain ». À l’époque, l’excellent article d’Alain Zysset dans Le Temps prenait la même focale en se concentrant sur la description minutieuse des processus d’aliénation. Reste que, petit à petit, dans le cortège d’articles, des journalistes se sont mis à recenser le livre sous un angle littéraire en lui trouvant « du style ». Pour moi, c’était absolument inattendu. Au moment d’écrire Passé par les armes, j’étais un monomaniaque de la philosophie. Jusque-là, à part peut-être La Peste de Camus, les romans m’avaient profondément ennuyé. J’ai donc cru à un malentendu et ai continué à toquer aux portes pour faire connaître mon médicament. Au vu du nombre de femmes qui venaient aux dédicaces, j’ai contacté le magazine Femina. Maxime Pegatoquet (ndlr : un des journalistes de l’époque), m’a dit qu’un texte sur l’armée était tout à fait inadapté à leur public. Inutile donc de leur envoyer un exemplaire en service de presse, par contre, il attirait mon attention sur le concours de nouvelles de leur magazine, en collaboration avec Cartier. J’avais jusqu’à l’été pour soumettre quelque chose. Qui sait, cela pourrait m’intéresser. J’étais déçu et n’ai pas tout de suite considéré à participer, d’autant que j’avais déjà une nouvelle en lice dans un autre concours. Un ami m’avait signalé un concours de nouvelles policières du côté de l’Edition Zoé et je m’étais prêté au jeu, sans grandes attentes. Ensuite, tout s’est enchaîné : au salon du livre de Genève, j’ai dû quitter mon stand de dédicaces pour rejoindre le stand Zoé et voir ma nouvelle primée et éditée dans le recueil Petits meurtres en Suisse. De retour du salon, je me suis dit que j’allais peut-être tenter ma chance du côté de Femina. C’était surtout le défi qui m’attirait : autant faire plusieurs pages sur le thème « Petits meurtres en Suisse » m’avait semblé impossible, autant traiter le thème « La Femme et le temps » en si peu de caractères me semblait délirant. Écrire Madame Moriand (dans La femme et le temps, Editions G d’Encre, 2015) a été un exercice extrêmement formateur qui m’a amené à compresser mon travail et à affiner mon style. À la fin de l’année je recevais le Grand Prix Femina Cartier dans la salle comble du Théâtre de l’heure bleue, avec à la clef une forte somme d’argent et une lecture de mon texte par une comédienne. En voyant que le train avait sifflé trois fois (un livre et deux nouvelles primées en l’espace de huit mois) Femina a voulu que j’apparaisse dans leur numéro spécial « Les douze hommes de l’année » – c’était une autre époque ! – pour représenter la littérature suisse. Je me retrouvais à côté de Stéphane Lambiel, Monsieur sport de l’année. C’est dans ce délire complet que j’ai commencé à me considérer écrivain, mais à quel prix !

    Justement, quel a été le prix dont vous parlez ? Comment avez-vous vécu ce changement de statut ?

    Un splendide syndrome de l’imposteur. Comment pouvais-je expliquer mon succès, sinon par un malentendu ? J’avais 24 ans, la tête constamment dans les « œuvres immortelles ». Je ne lisais jamais les journaux, je ne savais pas que les quotidiens cherchent le coup et que les douze hommes de l’année serviraient surtout à allumer des barbecues. Tout ce que je savais, c’est qu’on m’avait gratifié d’une énorme confiance que je ne me sentais pas mériter. Après tout, au moment de recevoir ces prix, je n’aimais pas la littérature. Vraiment calé en philosophie, je mesurais d’autant mieux mon ignorance dans le domaine littéraire et le constat était sans appel : j’étais un ignorant. Du coup, l’amour de ce lectorat s’est transformé en dette. On me disait écrivain ? À moi de me montrer à la hauteur de ce titre. C’est là que j’ai commencé à me mettre des poutres dans les roues. J’ai abandonné la lecture plaisir au profit de lectures studieuses, comme on ferait ses devoirs en vue d’un examen. C’était évidemment la pire chose à faire, un vrai chemin de croix que j’ai suivi pendant au moins cinq ans. J’ai découvert plusieurs monuments de la littérature francophone, le plus souvent avec ennui. Le roman m’ennuyait toujours autant que lorsque je le subissais sur les bancs de l’école.

    Le point d’inflexion est venu d’une rencontre : Pierre Monnard (le réalisateur) avait repéré Petits meurtres en Suisse et voulait en tirer un long métrage. Il est pour beaucoup dans ma libération. À chaque fois que nous nous retrouvions pour travailler sur notre scénario, Pierre m’offrait un classique de la littérature américaine. Disgrace a été mon premier choc. D’un point de vue littéraire, pour moi, c’était comme allumer ma radio et d’entendre Bob Dylan pour la première fois. Disgrace avait une simplicité que je n’avais rencontrée dans aucune de mes lectures francophones. Dans les librairies, j’ai écumé d’autres rayons et suis vite arrivé à Hemingway, à Cormac McCarthy, etc. Ces textes et ces styles m’ont donné un nord, mais j’étais encore bien loin d’être tiré d’affaire.

    Comment avez-vous dépassé ce syndrome ?

    Par un détour du côté des « mauvais genres ». Après avoir écrit un mauvais recueil de nouvelles (jamais présenté à aucun éditeur parce que beaucoup trop « singe savant »), je me suis dit : « Arrête d’en faire une montagne. Tu écris des scénarios de jeu de rôle toutes les deux semaines. Prends un pseudo et écris un polar. » C’était un artifice, une manière de retrouver ma légèreté et de me libérer du label « écrivain ». Une fois terminé, le jeu s’était transformé en un livre dont j’étais fier et sur lequel je voulais apposer mon nom. Je connais tes œuvres est paru en 2012. Les critiques ont été excellentes. Cette fois encore, des personnes qui faisaient autorité dans le domaine ont salué mon bagage culturel et des références dont j’ignorais tout. Non, je n’avais pas lu Manchette et oui, j’entendais vraiment le terme de hard-boiled pour la première fois, seulement cette fois, je ne me suis pas senti illégitime pour autant. D’une manière ou d’une autre, j’avais appris ces codes. J’avais des heures de jeu de rôle au compteur, tous les épisodes de Columbo en tête, cela valait bien Simenon. Et surtout, j’acceptais de ne pas savoir précisément d’où venaient ces ressources. L’école insiste tant sur les apprentissages qui requièrent notre effort, qu’on en vient trop souvent à oublier que la plupart de nos apprentissages sont inconscients et que l’essentiel de nos actes et de nos œuvres ne nous appartient pas. Le fait de ne pas personnaliser le travail (ce qui va contre l’industrie éditoriale et médiatique) permet de recevoir la reconnaissance d’autrui avec beaucoup plus de justesse. En définitive, que dit-on lorsqu’on me délivre un prix ? Qu’on a apprécié ce que j’ai fait, qu’on souhaiterait que je continue. Rien de plus. Avoir la maturité d’en rester là n’est pas facile, surtout quand un journal vous propulse « homme de l’année » à 24 ans.

    Pourtant, une fois « débloqué », vous vous êtes tout de même éloigné du monde littéraire.

    L’expérience avec G d’Encre (ndlr : l’éditeur de Je connais tes oeuvres) a été décevante à plus d’un titre. Cela paraît fou, mais pour qui a un certain niveau d’exigence, l’écriture est souvent moins douloureuse que la publication. Après avoir cassé mon contrat et fait retirer Je connais tes oeuvres de la vente, je n’avais plus envie de me frotter à ce monde commercial. Après tout, je pouvais bien continuer à écrire et mettre mes textes dans une malle. C’est Marius Popescu, écrivain, chauffeur de bus et éditeur du Persil, qui m’a remis dans la course. Après une belle soirée où je lui ai parlé de mon parcours, il m’a dit « Écoute Isaac. Moi, j’aimerais bien publier un de tes textes dans le Persil ». J’ai accepté. Quand il a reçu ma nouvelle, il m’a juré qu’il ne fallait pas laisser mon travail dans un tiroir. Il m’a poussé à candidater au Prix FEMS, alors qu’il avait lui-même déposé un dossier. « Mais Marius, ça n’a pas de sens ! Dans le cas totalement improbable où je gagne, que deviendra notre amitié ? » Il m’a dit tranquillement : « Si je gagne, tu es content pour moi. Si tu gagnes, je suis content pour toi. Voilà !». Une bonté pareille est extrêmement rare dans cette « course de rats » qu’est trop souvent le monde littéraire. On connaît l’histoire : j’ai fini par obtenir le Prix FEMS 2019 et Dieu merci, cette fois, j’étais assez mûr pour encaisser le choc.

    Aujourd’hui, être écrivain, pour moi, est une partie de mon identité qui se cristallise lors d’événements littéraires ou culturels. Mais je reste Stirnerien (ndlr : Max Stirner, penseur de l’anarchisme individualiste, sur lequel Isaac Pante a fait son mémoire de philosophie) : « écrivain » est un titre que je dois posséder, jamais l’inverse. Au fond de moi, je sais que ce n’est qu’un mot. Je n’ai pas oublié la littérature à l’estomac (ndlr : Julien Gracq) et je partage cette conviction selon laquelle on est mineur le temps d’épuiser un gisement. Pour moi, être écrivain, c’est être à « sa table ». C’est parce que j’y suis en ce moment que je tolère l’étiquette.

    Comment gérez-vous la différence entre la littérature, très créative, et l’écriture scientifique, dont les modèles sont stricts ?

    Je ne la gère pas. Mon statut académique me permet de publier extrêmement peu et j’investis l’essentiel de mes efforts de recherche dans l’organisation de colloques et d’événements scientifiques. Dès mon assistanat, j’ai étouffé dans la pratique de l’écriture scientifique qui ressemble beaucoup à l’ouverture d’une voie en escalade. Après l’ivresse des premiers mouvements, il faut freiner son élan pour assurer chacune de ses prises et planter des pythons. J’admire sincèrement cette capacité à documenter le chemin accompli, en particulier parce que ce genre de tâche a tendance à m’ennuyer profondément. De manière générale, j’ai besoin de quelque chose de beaucoup plus vivant et dynamique. Mais je suis conscient de juger un peu strictement le travail académique. Mon regard documente avant tout ma limite en la matière : je sais que si j’arrivais davantage à dissocier la phase créative de la phase de « sécurisation », je pourrais trouver autant de plaisir à rédiger un article scientifique que j’en ai à écrire une nouvelle. Reste que le temps me manque et que, lorsque j’en ai enfin un peu, je préfère écrire un texte littéraire. Mais il ne faut jamais dire jamais. En ce moment, à l’université, je travaille beaucoup sur les Livres dont vous êtes le héros et l’envie de publier à ce sujet me prend souvent, aussi parce que je contribuerais, par de la littérature scientifique, à légitimer ces objets dans le monde académique.

    Vous aimez le freestyle, mais est-ce que cela veut dire que vous écrivez d’une traite ? Autrement dit, que vous commencez à écrire sans objectif précis, puis que vous vous laissez emporter ou, à l’inverse, que vous êtes plus programmatique et que vous élaborez longuement les charpentes de votre texte ?

    J’ai le sentiment que, plus le temps passe, moins je planifie. Dans tous les cas, même à mes débuts, je n’ai jamais écrit un texte à partir d’une réflexion purement conceptuelle du type « je veux rendre compte de l’aliénation en contexte militaire ». À la source de chacun de mes récits, il y a une histoire entendue, une photographie, des événements affectifs. Passé par les armes a débuté par une collection de souvenirs disparates. La structure a émergé de cette planche contact. De manière générale, je peux dire que pour m’accrocher à un texte, il me faut atteindre une scène qui me touche profondément.

    Pour les nouvelles, j’ai longtemps commencé par faire tourner le récit dans ma tête, jusqu’à voir surgir une image ou une scène qui me fasse pleurer. En somme, ce sont les larmes (bien réelles) qui valident mon projet. Certaines thématiques qui me tiennent à cœur me sont restées en tête durant des années, simplement faute de l’image ou du « twist » à même de joindre les différentes parties de mon propos et de délivrer mon message avec la force recherchée. Cette image (le plus souvent la scène finale dans laquelle un changement de perspective a lieu et où l’humain est valorisé) est LA source de confiance qui m’amène à m’asseoir et à écrire le texte, le plus souvent d’une traite. Tout se passe donc comme s’il me fallait impérativement savoir dans quel lac se jettera ma rivière avant de me mettre à dévaler la montagne.

    Aujourd’hui, je peux aussi commencer une nouvelle sans savoir où je vais. Dans ce cas, la lecture me sert de bois d’allumage. Je commence par lire un des textes qui me touche le plus jusqu’à ressentir un décrochement. S’il fallait donner une image, ce serait celle d’un avion qui décolle. L’accélération sur le tarmac, c’est la lecture et, dès que j’ai assez de vitesse, je me mets à écrire.

    Dans les récits créés de cette manière, je me préoccupe surtout du ton. Il prime sur l’histoire, en tout cas dans un premier temps. J’utilise d’ailleurs cette même technique lorsque j’approche de la fin d’un roman. Dans ces derniers mètres, j’ai tendance à m’interdire toute autre lecture que le roman lui-même et me sers des pages déjà écrites comme d’un bois d’allumage pour créer des liens dans ce seul terreau. Cette claustration dans un seul livre est aussi pénible que nécessaire : c’est elle qui me permet de rester « dans le jus » du texte et d’atteindre l’organicité que je cherche.

    Deux manières d’écrire donc. Reste que, tôt ou tard, pour conserver mon intérêt et ne pas passer à autre chose, ces textes libres vont devoir mobiliser une image forte et transformatrice qui justifie le temps que je leur consacre.

    Vous avez déjà commencé à répondre, mais pourquoi écrire alors qu’il y a une sorte de préjugé d’inutilité qui hante les écrivain·e·s, surtout dans le champ de la littérature ? Si vous écrivez, c’est donc pour changer quelque chose, dans l’idée qu’il y a une éthique propre à la littérature ?

    Toutes nos œuvres (et nos vies) sont condamnées à la disparition. À l’échelle des planètes, rien ne sert à rien. J’aime cette pensée de Roustang selon laquelle ​​ »le sens de cette vie c’est de voir s’effondrer les uns après les autres tous les sens qu’on avait cru trouver. » Pourquoi la littérature devrait-elle être condamnée à l’utilité ? Bien comprise, cette absence de finalité est salutaire.

    Aujourd’hui, il m’arrive d’écrire par jeu, un peu comme je pourrais dessiner, sans objectif ni finalité. Comme dit précédemment, je me retrouve alors avec des fragments, des sortes de petites clairières dans lesquelles j’ai plaisir à revenir et qui ont les limites de la photographie : elles disent ce qui a été, ce qui a déjà été perdu finira par l’être complètement.

    On pourrait penser que cette inutilité autorise à écrire et à publier n’importe quoi. Pour moi, c’est tout le contraire : face à l’infinité de choses qui peuvent être écrites, lues et consommées, une fois abandonnées les exigences narcissiques, qu’est-ce qui fait que le travail littéraire en vaut la peine ? À chacun de donner sa réponse. En tous les cas, pour moi, sortir un livre pour revitaliser mon statut d’écrivain, c’est non. Je n’oublie pas qu’il y a des arbres coupés derrière chaque mauvais livre.

    Je n’écris que si j’en ai envie et je ne publie que si cela mérite d’être partagé, c’est-à-dire, si je pense que cet acte de communication pourra enrichir la vie d’un autre être humain en lui permettant, au travers d’une expérience émotionnelle, de valoriser la tendresse, le courage et la beauté, bref, de transmettre les choses qui sauvent.

  • Z’Graggen, prototype de la femme moderne

    Z’Graggen, prototype de la femme moderne

    Rédigé par : Caique Cardoso

    Née il y a maintenant plus de cent ans, l’autrice genevoise a surmonté des obstacles qui semblaient infranchissables pour une femme de son époque, ceci pour devenir une des figures suisses les plus emblématiques.

    Avec une carrière qui dépasse sept décennies, Yvette Z’Graggen a laissé sa marque dans le paysage littéraire avec plus de vingt romans et récits à son nom, qui lui ont rapporté de multiples prix dans toute la Suisse. Mais Z’Graggen était aussi un exemple de vie : son enfance tourmentée par des problèmes familiaux, ainsi que des exigences parentales envers sa vie professionnelle, n’ont pas empêché qu’elle suive son parcours selon ses propres convictions.

    Des œuvres remplies d’héroïnes
    Même si Z’Graggen n’a pas été militante pour les droits de la femme, ses livres ont bel et bien été un exemple de leur libération. À une époque où Le guide de la ménagère était un des seuls écrits accessibles à beaucoup d’entre elles, Z’Graggen décrivait des personnages féminins tridimensionnels, avec des vies proches de la réalité, d’une modernité inédite. Pratiquement tous ses romans ont pour protagonistes des femmes de tous les âges, et de différentes classes sociales ; Michèle, dans L’Appel du rêve, veut vivre sa vie indépendamment de ses parents, pétris de préjugés, en partant loin d’eux. Cornelia, dans son livre éponyme, nous montre que l’amour est accessible pour une femme de plus de cinquante ans. Marie, dans Matthias Berg, ne craint pas de rechercher le passé tourmenté de sa famille. Des thèmes qui peuvent paraître plus légers aujourd’hui, mais qui ont inspiré des milliers de femmes à se battre pour leurs droits, dans une Suisse qui ne leur a donné le droit de vote qu’en 1971 et où l’égalité des sexes n’est toujours pas acquise.

    Z’GRAGGEN, YVETTE 1982 © ERLING MANDELMANN

    La mémoire comme outil littéraire
    Deux autres aspects sont aussi récurrents dans les écrits de Z’Graggen : le souvenir et le questionnement. Fille d’un père avec des pensées antisémites, son rejet de ces idées se retrouve dans ses héroïnes, avec lesquelles elle partageait beaucoup de points communs. Elle a été l’une des premières à s’interroger sur la place de la Suisse pendant la Deuxième Guerre mondiale, qui, selon elle, aurait pu (et aurait dû) s’exprimer sur les horreurs de l’holocauste bien plus tôt. Z’Graggen a exprimé sa propre « culpabilité » en disant qu’avec le recul ces terribles événements étaient évidents, mais que les Suisses ont préféré ne pas intervenir et fermer les yeux sur la situation. Ainsi, quelqu’un comme Yvette Z’Graggen, qui n’a jamais craint de se poser des questions sur des sujets sensibles et qui a participé à l’émancipation de la femme durant sa carrière, sera inscrit dans la mémoire de la Suisse comme l’une de ses plus grandes artistes du XXe siècle.

  • Re- nous- er

    Re- nous- er

    Re –

            Nous

                       –  Er

    L’auditoire aime la poésie. Et vous ? Peut-être y trouvez-vous un plaisir, un réconfort, une source de courage ou une échappatoire ? 

    Il est temps d’en écrire !

    Notre journal a décidé de vous offrir la possibilité de vous exprimer : Écrivez un poème, on en fera un recueil ! 

    Le projet est simple : publier un recueil de poèmes dont vous êtes les auteur·rice·s.

    En voici les règles :

    I. Qui – Il concerne toutes les personnes qui sentent en elle une voix. Voix qui attend de s’écrire. Que vous soyez un·e étudiant·e, enseignant·e, collaborateur·rice ou externe à l’Université, vous pouvez participer !

    II. Thème – Il n’y a pas de thème donné. Seul le titre du recueil vous aiguille : Re-nous-er. Vous êtes libre de composer selon ce qu’il vous évoque. Le texte doit être inédit.

    III. Forme – Vous avez toute liberté quant à la forme : vers métriques, vers libres, proses, calligrammes, jeux graphiques à partir de mots ou de lettres etc. Soyez créatif·ve·s ! 

    Par esprit d’égalité, chaque participant·e a droit à une page. Cela ouvre votre pratique à d’innombrables jeux graphiques. Nous ne comptons donc pas les caractères. Pour néanmoins cadrer votre poème et faciliter l’édition, nous vous demandons d’utiliser une police 18 avec une marge 2,5 de chaque côté sur votre traitement de texte.

    IV. Langue – Bien que chaque langue ait ses beautés, nous nous limitons au français afin de préserver une cohésion du recueil et faciliter la lecture. 

    V. Sélection – Un comité de lecture lira vos textes avec attention. Il sélectionnera les poèmes dont la qualité justifie une publication. Si l’intention paraît sérieuse mais que la qualité n’est pas suffisante, vous pourrez retravailler votre contribution à partir des éventuels commentaires du comité. 

    VI. Participation – Les personnes intéressées sont invitées à nous transmettre une contribution par courriel à auditoire@gmail.com en format Word ET en PDF, avec pour objet : « Re-nous-er, Participation ». Dans votre courriel, merci également d’indiquer votre statut universitaire (ex : étudiant·e en Lettres, assistant·e en Biologie ou externe). Veillez à rendre vos textes anonymes (même si vous utilisez un pseudonyme).

    VII. Quand – Nous acceptons vos contributions jusqu’au vendredi 15 mai 2022

    Ce projet n’est pas un concours standard. Il n’est pas question de gagner ou de perdre, mais bien de participer à un ouvrage signé de plusieurs mains. La sélection ne sert qu’à garantir une qualité minimale au recueil. Ce dernier donne une voix à des sentiments, à des impressions, à des voix. Prenez votre plume au sérieux. Offrez-lui le temps nécessaire pour qu’elle puisse créer.

  • La double révolution du pantalon

    La double révolution du pantalon

    Rédigé par : Iris CAPPAI

    EMANCIPATION • Porté au travail comme sur les podiums, autant par les femmes que par les hommes, le pantalon est une pièce incontournable de notre garde-robe. Pourtant, cela n’a pas toujours été ainsi. Retraçons son histoire fascinante.

    Le vêtement est un objet socialement, culturellement et historiquement construit qui manifeste à la fois une appartenance sociale et des normes de genre. L’historienne Christine Bard, dans son ouvrage Une histoire politique du pantalon, montre que le pantalon n’a pas toujours été symbole de pouvoir et de masculinité. En effet, il a longtemps été associé à la condition des dominé·e·s : c’était « le vêtement du vaincu, du Barbare, du pauvre, du paysan… ». Ce n’est qu’à la fin du 18e siècle que la conception du pantalon évolue. En effet, à l’aube de la Révolution, c’est la culotte, un vêtement habillant les hommes jusqu’aux genoux, porté avec des bas de soie et des talons, qui symbolise la virilité. C’est d’ailleurs de là que remonte l’expression « porter la culotte », souligne l’historienne Christine Bard. Le pantalon lui, est l’habit des hommes de la classe populaire. Portés par une idéologie égalitaire, les révolutionnaires, que l’on nomme les « sans-culottes », vont alors revendiquer l’uniformisation des codes vestimentaires : plus question de s’habiller conformément à sa classe sociale dans une société qui se veut égalitaire.

    Les femmes, grandes perdantes de la Révolution
    Ainsi, le pantalon devient un vêtement politique et citoyen. Petit hic, les femmes restent exclues de la vie politique. Le pantalon ne leur est donc pas destiné et devient le symbole du pouvoir masculin. A ce titre, est promulguée en 1800, une ordonnance de la Préfecture de la police de Paris interdisant aux femmes le port des habits du sexe opposé.

    Le vêtement manifeste une appartenance sociale et des normes de genre

    Comme l’explique Christine Bard, cette interdiction est proclamée au moment où l’on décide de renforcer le pouvoir des hommes en attribuant, par exemple, le statut de mineures à celles qui se marient. « Actives pendant la Révolution, parfois armées et travesties, les femmes doivent rentrer dans leurs rangs. Leur rappeler qu’elles doivent porter des vêtements de leur sexe est une manière de le leur signifier », déclare l’historienne. Toutefois, il est permis de déroger à cette règle pour des raisons médicales ou pour monter à cheval par exemple, en demandant une « permission de travestissement » à la police. En Suisse aussi, le port du pantalon est interdit à la gent féminine. Des exceptions sont tolérées en montagne, en raison du climat hivernal nécessitant le port d’un habillement plus chaud et fermé. A propos, la volonté des femmes de pouvoir porter le pantalon, avant d’être idéologique, est aussi pratique. En effet, certaines se travestissent pour voyager en sécurité ou gagner de plus hauts salaires.

    Braver les interdits
    Les femmes qui osent transgresser les règles risquent non seulement d’être arrêtées, mais également d’être exposées à la désapprobation de la société et de l’Église. Or, bon nombre de figures féminines du 19e siècle ont l’audace d’y déroger. L’une d’entre elles, et sans doute la plus connue, est l’écrivaine George Sand. S’habiller de la sorte lui permet de circuler librement. Elle peut alors pénétrer dans le monde des hommes et nourrir sa réflexion politique et son inspiration littéraire. Elle côtoie ainsi les théâtres, les bibliothèques et les procès publics et accède à des discours qui ne lui étaient destinés. De la sorte, elle ouvre la voie à bon nombre de femmes après elle. La démocratisation du pantalon auprès des femmes correspond donc à une période d’émancipation progressive. Les deux guerres mondiales et l’essor des revendications féministes avec l’obtention du droit de vote et de l’autorisation de travailler vont contribuer à la popularisation de ce vêtement.

    Le pantalon, c’est chic
    La mode aussi va jouer un rôle important dans l’histoire du pantalon. Après la deuxième guerre mondiale, la figure de la femme active en pantalon va être balayée par une nouvelle tendance : le « New Look », signé Christian Dior. Son but est de faire regagner la femme en féminité. « Je dessinais des femmes-fleurs, épaules douces, bustes épanouis, tailles fines… » déclarait le couturier. Ainsi, il participe à véhiculer à nouveau l’image d’une femme fragile.

    Les guerres et les revendications féministes contribuent à sa popularisation

    Cependant, le pantalon ne va pas se laisser abattre et fait son grand retour dans les années 60, années de l’essor du prêt-à-porter dans la mode. C’est notamment grâce au couturier Yves Saint Laurent que la production de pantalons va dépasser celle des robes et des jupes. En 1966, il crée le scandale en sortant un smoking féminin, habit représentant jusqu’alors le summum de l’élégance masculine. Selon lui, « en portant le pantalon, une femme peut développer son maximum de féminité ». L’historien Denis Bruna explique que c’est à partir de ces années-là que le pantalon va cesser d’éveiller les soupçons et les regards inquisiteurs. Finalement, il devient féminin, symbole de liberté et d’égalité des sexes. Pour l’anecdote, l’ordonnance de 1800 ne fut abrogée qu’en janvier 2013. Bien que cela n’empêchait les femmes de porter le pantalon, l’historien souligne qu’« on a parfois oublié qu’elles avaient un repris de justice dans leur placard ».

  • Nos cultures pourtant si proches

    Nos cultures pourtant si proches

    Photo par : Myriam Détraz

    ANECDOTES · Des participant·e·s au cours TANDEM avec Myriam Détraz

    Ressentis météo et conséquences…

    L’une des premières choses que j’ai constatée à Lausanne c’est le peu de vent qu’il y a. Je viens d’Écosse, où j’habite en haut d’une colline au bord de la mer, alors il y a du vent presque tous les jours. Cela m’a beaucoup surprise de voir qu’ici quand il pleut, tout le monde utilise un parapluie plutôt qu’un imperméable. Un parapluie ne sert à rien en Écosse – il serait retourné ou cassé en quelques minutes. J’étais encore plus étonnée de rencontrer des gens de Belgique qui m’ont dit qu’ils trouvaient qu’il y avait beaucoup de vent à Lausanne par rapport à chez eux !

    Annie, Ecosse

    Le mystérieux sac poubelle

    Il a fallu quelques semaines à ma famille pour comprendre le système de recyclage et de collecte des déchets en Suisse. Après environ 3 jours de vie ici, c’était enfin le jour des poubelles. J’ai fermé le sac, je me suis dirigée vers la zone des ordures, je l’ai jeté et je suis retournée profiter de ma journée. Quelques heures plus tard, j’ai entendu frapper à ma porte. J’ai ouvert la porte et il y avait un homme tenant un sac poubelle qui m’était plutôt familier. Il m’a dit : « Bonjour, je voulais vous informer que vous avez oublié d’ajouter une étiquette sur votre sac poubelle ». Embarrassée, j’ai répondu « Je suis désolée, je ne pense pas que ce soit mon sac ». Il m’a dit « Vous êtes sûre ? J’ai ouvert le sac et j’ai trouvé cette lettre qui avait votre adresse ». Comme c’était gênant.

    Maria Fernanda, Brésil

    La lessive, une tâche tellement complexe en Suisse

    En Suisse, la lessive est une activité vraiment importante et réglementée : 1) obtenez un portefeuille spécifique pour mettre toute votre monnaie pour payer les machines à laver, 2) allez à la banque et obtenez de la monnaie, 3) attendez le jour assigné pour faire la lessive, 3) assignez 20 minutes pour parler aux personnes dans la buanderie collective. Ne jamais : 1) laver les vêtements après 21h, 2) laisser la lessive à la dernière minute et essayer de trouver de la monnaie après 19h ou le week-end. J’ai décidé que faire la lessive doit être une chose sacrée et culturellement importante ici.

    Philippa, Grande-Bretagne

    Comment trouver des toilettes en ville de Lausanne ?

    Un jour, j’étais au centre-ville toute seule pour faire des courses. Ça faisait 4-5 jours que j’étais arrivée à Lausanne, et c’est la première fois que j’habite à l’étranger (je viens du Japon). J’ai eu soudainement besoin d’aller aux toilettes. Au japon, il y a toujours des toilettes dans une station de métro. Alors, je suis allée à la station du Flon. Mais je n’ai rien trouvé ! Ensuite, j’ai essayé quelques magasins. Là encore, il n’y en avait pas. Ça commençait à être urgent, et j’ai appelé mon Buddy. Elle m’a gentiment suggéré d’en emprunter dans un restaurant. J’hésitais à le faire parce que je ne le fais jamais au japon. Et j’ai trouvé une bonne idée ! J’étais sûre qu’il y en avait… à la gare ! Avec la dernière once de force, je me suis dirigée vers la gare. Et puis, ce que j’ai vu à la gare… Une machine pour payer ! C’était très choquant qu’il faille payer pour aller aux toilettes… En Europe, trouver des toilettes, c’est un exploit !

    Noemie, Japon

    Les passages piétons

    Lorsque je suis arrivée à Lausanne, la première chose que j’ai faite a été d’aller à la Migros pour faire quelques courses. J’ai marché jusqu’à la Migros et quand je suis arrivée au passage piéton, j’ai attendu que la voiture passe pour pouvoir traverser. Cependant, la voiture s’est arrêtée juste avant la ligne zébrée et je me souviens que j’étais vraiment interloquée car, d’où je viens, la voiture n’attend pas les gens, c’est plutôt le contraire. Après deux minutes d’attente, j’ai demandé ce qu’elle attendait et elle m’a dit de traverser la ligne parce qu’elle s’était arrêtée pour me laisser traverser. J’étais choquée car dans d’autres pays, il est plus courant que ce soit la personne qui attende que la voiture ait passé.

    Mahta, Iran

    De la validation des tickets de métro

    La première fois que j’ai pris le métro à Lausanne, j’avais acheté mon billet et je suis entré dans le métro en cherchant un endroit pour le valider. En Espagne, les transports publiques ont toujours des barrières pour entrer ou au moins un endroit pour valider le billet. J’ai parcouru tout l’intérieur du métro à la recherche de cet endroit et, après quelques minutes, j’ai demandé à une femme et elle m’a dit qu’en Suisse on ne faisait pas ça. Je me suis senti vraiment bête.

    Arturo, Espagne

    Entre le français à l’école et celui de la vie courante, quel fossé !

    J’ai étudié le français à l’école. Mes connaissances sont suffisantes pour faire du shopping. Lors de mes premiers jours à Lausanne, alors que je voulais acheter quelque chose dans une chocolaterie, la dame à la caisse m’a dit plusieurs fois « cinq francs septante ». J’étais très troublée car je ne connaissais pas septante. Je n’arrêtais pas de demander : pouvez-vous répéter cela ? et elle a dit « cinq francs septante » à nouveau. « Septante » ne sonne pas très différemment de « siebzig » en allemand. Mais je ne m’y attendais pas et je n’ai donc rien compris.

    Julia, Allemagne

    Acheter du fromage et payer dans une boîte, un rapport de confiance !

    Un jour après le déjeuner, les amis de mon oncle m’ont dit d’aller acheter du Gruyère dans un endroit spécial.

    Quand nous sommes arrivés à cet endroit, j’ai réalisé que ce n’était pas un magasin et qu’il n’y avait pas de monde. Alors je leur ai demandé : « Et où allons-nous acheter le fromage ? », et ils me disent : « tu vois ce réfrigérateur ? c’est là qu’on l’achète. » et ils ont ri.

    Je n’ai rien compris jusqu’à ce que j’ouvre le réfrigérateur et que je me rende compte qu’il y avait juste un pot pour laisser l’argent pour ce que vous achetiez. Là, j’ai réalisé à quel point on peut faire confiance aux gens en Suisse.

    Alessia, Pérou

    Les surprises linguistiques du français à l’anglais 

    J’ai remarqué que lorsque les gens de Suisse romande parlent en anglais, ils ont des expressions spécifiques qu’ils utilisent tout le temps, comme des tics verbaux, et généralement ils ne sont pas souvent utilisés en anglais. Par exemple, il est vraiment amusant et bizarre pour moi que les gens utilisent tout le temps l’expression « for sure » en anglais. Il est souvent répété comme « for sure, for sure ». Les gens l’écrivent même dans des courriels. En tant que personne britannique, je n’ai aucune idée d’où cela vient ou si la phrase est une traduction directe de quelque chose en français.

    Philippa, Grande-Bretagne

    Une histoire de dentifrice

    Je suis allé au supermarché pour acheter un dentifrice. Comme j’étais en retard, je devais me débrouiller rapidement. J’en ai cherché partout, mais je n’ai rien trouvé, pas même un employé pour m’aider. Je n’ai vu qu’un produit qui ressemblait à un dentifrice, mais qui portait la marque « Candida ». J’ai pensé : « Non, ça ne peut pas marcher. » En portugais, « Candida » c’est le nom de la levure qui cause la candidose, une mycose qui affecte en particulier les organes génitaux féminins. Pensez-vous : se brosser les dents avec une pommade pour traiter une infection. Comment est-ce possible qu’un supermarché ne vende pas de dentifrice ? Intrigué, j’ai continué ma recherche (et j’ai raté mon rendez-vous). Après de nombreux va-et-vient dans les couloirs, j’ai décidé de vérifier ce produit et voilà : c’était bien un dentifrice. Enfin, j’en avais trouvé. Mais, juste au cas où, j’ai acheté une option qui avait un autre nom.

    Olliver, Brésil

    Surprise de l’hospitalité suisse

    Une fois que j’étais à la maison, travaillant à domicile, j’ai entendu frapper à la porte. J’ai été surprise parce que personne ne frappe à ma porte. Je pensais que si c’était un ami, il ou elle aurait appelé avant de venir. J’ai quand même décidé d’ouvrir la porte. Devant la porte se trouvait une fille avec une boîte de chocolat à la main. Elle s’est présentée en disant qu’elle est ma nouvelle voisine et que si j’ai besoin de quelque chose, de ne pas hésiter à frapper à sa porte. J’étais nouvelle en Suisse et mon français n’était pas très bon. J’ai seulement dit merci et j’ai fermé la porte. Quand la porte a été fermée, je me suis dit à moi-même, « tu n’as pas dit ni ton nom ! » Je me suis sentie tellement embarrassée et je ne me suis jamais excusée !

    Angeliki, Grèce

    Quand manger au restaurant ?

    J’ai fait un Erasmus en Suisse et un des premiers jours où j’étais là, nous avons décidé, avec des amis, d’aller manger dans un restaurant. On s’est retrouvés à 14h00 au restaurant et quand nous sommes entrés et que nous sommes allés commander, ils nous ont dit que la cuisine était déjà fermée. En Espagne manger à 14 heures est tôt ! Habituellement, nous mangeons à 15 heures mais nous dînons aussi plus tard que les Suisses. On ne pouvait pas manger et on a dû aller au supermarché pour acheter un sandwich. Depuis ce jour, on a vu que nous devions nous habituer à ce nouvel horaire.

    Aina, Catalogne

    Masqués oui, mais dans la diversité !

    Quand je suis arrivée en Suisse j’ai été frappée par le fait que tout le monde ici porte des masques presque identiques. Oui, d’accord, il y a peut-être quelques masques bleus et quelques noirs, en de rares occasions un blanc, mais au-delà de cela, il y a vraiment peu de variété. Voir un masque unique est une chose rare ! Lorsque je suis partie d’Écosse, presque tout le monde portait des masques réutilisables de toutes les couleurs et motifs – avec des images, avec du texte, rayé, tartan, pailleté, tout ce qu’on peut imaginer. Quand je prenais le train ou que j’allais au cours à l’université, il était toujours intéressant de voir tous ces masques différents. Ici, ils sont tous les mêmes et c’est beaucoup moins intéressant.

    Annie, Ecosse

    Désespoir oscillo-battant

    Je cuisinais dans l’appartement où je me suis installé au début de mon séjour à Lausanne. Comme je n’ai pas l’habitude d’utiliser une plaque à induction (qui n’est pas très commun au Brésil), j’ai brulé la nourriture, ce qui a produit beaucoup de fumée. Je me sentais trop nerveux. Alors, j’ai décidé d’ouvrir la fenêtre. Elle était un peu dure et je l’ai forcée. Ensuite, par ma surprise, la partie supérieure s’est ouverte. J’étais désespéré : « Mon Dieu, non, non, je viens d’arriver et j’ai déjà endommagé le bâtiment. Quelle malchance ! » Voici le dilemme : je fais comme si de rien n’était ou je reconnais mon erreur. Le surmoi a parlé plus fort que le ça. Alors, j’ai appelé la propriétaire pour lui expliquer la situation. J’étais très gêné. « Je suis désolé, mais j’ai abîmé la fenêtre. » Elle s’est contentée de rire. Après, j’ai constaté que cette ouverture était normale. Je peux dire que le fait se résume à ceci : un désespoir oscillo-battant.

    Olliver, Brésil

    Petit problème de prononciation

    Je suis allée à la poste pour payer mon loyer. Je n’avais pas assez d’argent, alors j’ai demandé ou je pouvais trouver un “ATM” en anglais. L’employé de la poste parlait très bien l’anglais, mais il ne comprenait pas du tout ! On a pris beaucoup de temps pour trouver ce que je voulais dire. Finalement, j’ai expliqué avec une phrase et il m’a compris. Ce qui m’a surprise c’est que les abréviations sont très différentes en français et en anglais. Au japon, on parle beaucoup de l’“IOC”, mais ici c’est le CIO. Je pense qu’il me faudra beaucoup de temps pour apprendre ces choses.

    Noemie, Japon

    Les jeunes conducteurs

    Après nous être finalement installés dans notre maison en Suisse, ma famille et moi avons décidé de faire une promenade pour explorer la ville dans laquelle nous avions emménagé. C’était une belle journée avec un ciel bleu, les routes étaient plutôt vides, peu de voitures circulaient… Jusqu’à ce qu’un énorme tracteur apparaisse, roulant sur la route principale de la ville. Pour quelqu’un qui a vécu à Singapour auparavant, voir un tracteur circuler sur la même route que les voitures était choquant. Non seulement cela, mais une fois qu’il s’est approché de nous, nous avons vu que c’était un enfant d’une dizaine d’années qui le conduisait avec sa petite sœur assise à côté de lui. Je me demande qui a la priorité dans cette situation.

    Maria Fernanda, Brésil

    Les trains et leurs pièges…

    Au début, quand je suis arrivée ici, je n’étais pas familière avec le système des trains, et encore moins avec les plans des trains. Ils étaient vraiment déroutants. Durant ma première semaine à Lausanne, je voulais découvrir le chemin pour aller à l’Université. Donc, j’ai pris un train l’après-midi et le plan était de monter dans un train et après quelques arrêts de descendre et de monter dans un autre train. Du coup, j’ai pris le premier train et je suis descendue. Cependant, après je me suis perdue dans la gare principale de Lausanne. J’ai demandé à quelqu’un quel train je devais prendre et elle m’a indiqué le numéro de train.  J’ai paniqué parce que le deuxième train était déjà parti depuis quelques minutes. Finalement, je l’ai trouvé et j’ai couru dans le train. Je me suis calmée pendant quelques minutes et j’ai profité de la vue, puis je me suis rendu compte que le train que j’avais pris partais en direction d’une autre VILLE. A la fin de la journée, je ne suis pas arrivée à l’université car il était tard et j’ai passé tout l’après-midi à essayer de rentrer à la maison.

    Mahta, Iran

    Le genre des prénoms…

    L’histoire suivante concerne ma première rencontre avec mon partenaire tandem. Je l’ai rencontré grâce à la plateforme tandem à l’Unil et nous avons décidé de nous rencontrer à Ouchy. Il s’appelle Laurent et il est suisse. Je n’avais jamais rencontré quelqu’un qui s’appelle Laurent avant. Je suis arrivée à Ouchy mais je n’ai trouvé personne. Il y avait un gars qui me regardait et j’ai pensé que c’était étrange. Soudain, il vient et me demande si je suis Angeliki ? J’ai pensé comment il connaît mon nom et je l’ai regardé sans réagir. Puis j’ai réalisé que c’est mon partenaire tandem. Laurent est un prénom masculin !!!

                                                                                                                                 Angeliki, Grèce

    Les horaires des repas…

    On parle beaucoup des différences des horaires de manger que nous, les Espagnols, avons par rapport au reste des pays européens, la Suisse inclue. Et c’est tout à fait vrai, en Espagne on prend le déjeuner et le souper dans des horaires souvent difficiles à comprendre pour les autres gens. Souvent mes colocataires suisses rigolent de moi à propos de ça. Un jour, c’était 18 heures et je revenais d’un cours et je n’avais pas pris mon déjeuner. Donc je commence à cuisiner et une de mes colocs arrive pour cuisiner son souper. Elle me regarde et me dit avec un sourire : « c’est ton dîner ? » en pensant que c’était impossible. Et je réponds : « oui ». A partir de ce moment, elle ne demande plus si ce que je mange c’est mon dîner ou mon souper.

    Arturo, Espagne

    Mais oui, à Saint-Gall on paie avec des francs suisses… même si on parle allemand

    Il y a quelques semaines, je suis allée à Saint-Gall avec des amis, et Saint-Gall est dans la partie allemande de la Suisse où tout le monde parle allemand.

    Alors une fois là-bas, nous avons décidé d’aller marcher à la montagne, mais avant cela, nous sommes allés au magasin pour acheter des choses. Or, quand je suis arrivée à la caisse pour payer, j’ai dit à mon ami : « Je n’ai pas d’euros. Comment est-ce que je vais payer si je n’ai que des francs suisses ? » Et c’est là que tout le monde m’a regardé et que je n’ai rien compris.

    La caissière m’a regardée et m’a dit : « Mais, donne-moi ce billet », et j’ai répondu: « Non, parce que ce n’est pas des euros » et j’étais très embarrassée. Elle m’a redemandé mon billet pour payer, et sans comprendre, je le lui ai donné.

    Après, quand je suis sortie du magasin, j’en ai parlé à mes amis : « Je ne comprends pas comment elle a accepté les francs suisses, si on est en Allemagne ». Ils m’ont tous regardé et ont ri, puis j’ai réalisé que j’étais toujours en Suisse et qu’ils parlaient juste une autre langue.

    Alessia, Pérou

    L’art de traverser la route…

    En Allemagne, les gens traversent simplement la route quand il n’y a pas de voitures qui arrivent, même si c’est rouge. Les gens s’arrêtent quand il y a des enfants. J’ai voulu franchir un feu rouge ici et mes amis, avec qui je voyageais, m’ont indignement retenue. Ici, les gens suivent vraiment toutes les règles de très près.

    Julia, Allemagne

  • #DoNotTouchMyClothes

    #DoNotTouchMyClothes

    Rédigé par : Murielle GUENETTE

    HABILLEMENT • Des femmes afghanes publient des photos sur les réseaux sociaux vêtues de robes traditionnelles colorées, en opposition avec le tchadri prôné par les talibans. Comment interpréter ce geste ? Les vêtements véhiculent-ils des messages non verbaux ?

    Bien que l’utilisation de vêtements soit quotidienne, les habits sont en réalité aussi multiples que les identités sociales : ils sont des marqueurs sociaux fondamentaux et on ne peut plus visibles, puisque c’est l’un des premiers détails que l’on voit lorsqu’on rencontre quelqu’un. En effet, la manière dont nous nous habillons dépend de nombreux facteurs : notre origine socio-économique, culturelle, géographique, mais aussi notre âge, religion, profession, ou encore l’identité de genre à laquelle nous nous identifions. L’habit fait donc bien le moine d’un point de vue sociologique. Nous portons des vêtements différents si nous sommes riches ou pauvres, une femme ou un homme, à 5 ou 65 ans ou si nous vivons au fin fond du canton de Glaris ou dans un quartier chic de Rio. D’ailleurs, pas même besoin d’aller aussi loin. En faisant un bref tour à l’Internef, puis à Géopolis, vous vous rendrez vite compte que les étudiant·e·s de la Faculté des Hautes études commerciales (HEC) ne s’habillent pas comme ceux en Géosciences et environnement (une « étude » on ne peut plus sérieuse affirme d’ailleurs que ces derniers portent significativement plus de « Birkenstock » que les étudiant·e·s de la faculté de droit…). Les vêtements que nous portons relèvent donc de la norme sociale, dans le sens où ils sont l’expression d’une identité sociale propre. Les contextes sociaux dictent eux aussi nos choix en matière de mode.

    Les habits sont des marqueurs sociaux fondamentaux

    Par exemple, si vous vivez en Occident, les normes sociales vous empêchent d’aller habillé·e en rouge à un enterrement, ou en robe blanche à un mariage, à moins que vous ne soyez la mariée.

    Les vêtements sont politiques
    En plus de leur importance identitaire, les habits sont aussi des vecteurs d’expression politique et culturelle. C’est justement le cas des photos de femmes afghanes en robes traditionnelles et colorées qui fusent sur Twitter. Nous pouvons identifier ces démarches comme une affirmation culturelle, un refus de soumission, une résistance identitaire. S’habiller avec ces vêtements, dans ce contexte précis, c’est un geste politique pour ces femmes. Mais cette communication va bien au-delà des frontières afghanes. Rosemarie Beck, professeure à l’Institut d’Études Africaines de l’Université de Leipzig, a effectué de nombreuses recherches sur un tissu nommé « kanga », arboré par des femmes dans des sociétés d’Afrique de l’Est. Selon elle, ces pagnes, sur lesquels sont inscrits des proverbes souvent d’origine religieuse, permettent aux femmes de communiquer à la société ou à des personnes spécifiques des messages qu’elles ne peuvent exprimer de manière verbale, car ceux-ci ne sont pas acceptables socialement. Ces communications concernent en général des relations hiérarchiques, comme entre une femme et son mari, et déplorent des problèmes relationnels divers, par exemple la jalousie.

  • Lumière sur les inégalités

    Lumière sur les inégalités

    Rédigé par : Nina PEREZ

    INFLUENCE • Les médias façonnent nos manières d’agir et de voir le monde. La représentation est en cela centrale pour offrir des modèles divers au public. Malheureusement, les médias, et particulièrement le cinéma et la télévision, exposent encore trop peu de modèles féminins riches et nuancés.

    La question des modèles féminins à l’ écran intéresse de nombreux·ses penseur·euse·s et les recherches se multiplient pour illustrer le problème en chiffres. Une étude menée en 2014 par le Geena Davis Institute on gender and media, a mis en lumière de profonds dysfonctionnements dans la représentation de genre au sein de films à succès sortis entre 2010 et 2013. Le premier constat est que les femmes sont tout simplement moins présentes à l’écran que les hommes. En effet, seuls 31% des personnages sont des femmes. La manière dont elles sont représentées pose également problème. Physiquement d’abord, 38% des femmes sont très minces contre seulement 16% d’hommes, 25% portent des tenues sexualisées (vs 9%) et 28% sont partiellement ou totalement nues (vs 11%).

    Seuls 31% des personnages à l’écran sont des femmes.

    Le constat est le même dans les activités montrées. Seuls 22% des personnages qui exercent un emploi sont des femmes et les domaines choisis sont principalement les services, la vente ou l’administration. La proportion chute dans la science, la finance, la politique et les postes de pouvoir. Selon Mireille Berton, chercheuse en cinéma à l’UNIL, « les représentations des genres à la télévision et au cinéma indiquent que les femmes et les hommes suivent des caractéristiques les opposant au sein d’un modèle dichotomique simple : les femmes sont soumises, émotives, maternantes, etc., alors que les hommes sont dans la domination, la violence, l’ambition, la confiance… »

    Le problème des personnages forts
    Il est toutefois nécessaire de mettre en lien ces résultats avec un second constat. Même lorsqu’un personnage féminin s’éloigne de ces codes, il peut demeurer problématique. En effet, un personnage de sexe féminin à l’écran a tendance à être valorisé seulement quand il incarne des valeurs dites « masculines » comme la force ou l’ambition. Cette tendance tend à déprécier les caractéristiques associées traditionnellement à la « féminité » comme la douceur ou l’empathie. Une femme ne semble pouvoir être admirée que si elle adopte un comportement « viril ».

    « La représentation de femmes « fortes » ne suffit pas à faire développer un discours féministe.« 

    Mireille berton

    Par ailleurs, lorsqu’un personnage féminin est fort et intelligent, il arrive régulièrement qu’il devienne le simple bras droit d’un personnage masculin, phénomène nommé « syndrome Trinity ». Comme le synthétise Mireille Berton, « la représentation de femmes « fortes » ne suffit pas à faire développer un discours féministe. Il faut que cette puissance soit compatible avec d’autres caractéristiques qui lui permettent d’occuper une place active au sein du récit, à égalité avec d’autres personnages masculins ». Selon la chercheuse, l’idéal serait d’éviter de définir les personnages féminins à travers leur appartenance à un genre, à la manière de Kim Wexler dans la série Better Call Saul. En effet, le personnage pourrait tout aussi bien être incarné par un homme, et il n’y aurait presque rien à réécrire.

    Pistes de solutions
    Divers outils et projets existent pour lutter contre cette disparité. Dans un premier temps, le célèbre Test de Bechdel reste un bon moyen d’évaluer la représentation des femmes dans une œuvre malgré certaines limites. De plus, diverses études ont montré que la présence d’au moins une femme dans l’équipe de scénaristes augmentait le temps d’écran des personnages féminins. Par ailleurs, divers collectifs agissent concrètement comme le Geena Davis Institute ou le ministère de la Culture en France qui travaille aux côtés du collectif 50/50 et du Centre National de la Cinématographie à un plan d’action pour la parité dans le cinéma français. Le problème est donc davantage abordé et les modèles évoluent. Néanmoins, il est nécessaire de continuer à être critique envers les productions anciennes comme les nouvelles, afin de toujours questionner les modèles féminins proposés.

  • Arkhaï : le nouveau volume

    Arkhaï : le nouveau volume

    Rédigé par : Valentine GIRARDIER

    COLLECTIF · L’association Arkhaï, éditrice de la revue, puis de volumes du même nom, a récemment publié son dernier ouvrage. Mélangeant les horizons comme les disciplines, l’ouvrage se veut collaboratif et unificateur. Somme toute, une diversité de regards philosophiques, artistiques et réflexifs qui invite à penser.

    L’association Arkhaï est un projet qui a vu le jour à l’Université de Lausanne en 1992. Elle est née d’une volonté d’unir les disciplines, il s’agissait de réunir tant des physicien·ne·s, des historien·ne·s, des mathématicien·nes que des poète·sse·s, des philosophes ou des artistes, au sein d’une œuvre collective, d’abord sous la forme d’une revue, puis, aujourd’hui, sous le même nom (Arkhaï), de véritables livres, mis en série, mais autonomes. Aujourd’hui, tout en poursuivant cette entreprise, elle a pour but de promouvoir la culture sur le campus. Elle va aussi au-delà des murs universitaires pour toucher l’univers romand plus largement au travers de diverses activités et ateliers, notamment en partenariat avec une école lausannoise, autour des questions sur la technologie. La revue Arkhaï fait particulièrement parler d’elle, car elle vient de publier son nouveau volume paru cet automne 2021. Cet ouvrage thématique regroupe des textes, des illustrations, des photographies et des réflexions philosophiques. Il est le fruit d’une collaboration étroite du nouveau comité directeur et éditorial avec des artistes venu·e·s des bancs de l’Unil, du canton de Vaud ou de France. Toujours dans l’idée d’offrir un contenu transdisciplinaire, le volume 2021 interroge les relations et les tensions entre le texte et l’image, sous l’angle d’« interface », notion très actuelle à l’ère du numérique.

    Texte-image-interface

    Le volume 2021 se présente avant tout comme introspectif et réflexif, interrogeant la place de l’image et du texte au travers de l’objet : le livre. L’esthétique graphique de l’ouvrage a, de ce fait, été travaillée pour capter le regard, interpeler la pensée, autant dans les illustrations qui parcourent le contenu que sur la couverture. Lorsque l’on se risque à ouvrir ledit livre, l’on découvre une composition en cinq parties ; graphes, cadres, planches, programmes et formes. Chacune d’elles permet de penser l’interface… Graphiquement, l’interface est paradoxale, à la fois répétition du sens et de la forme, mais sensible à l’irrégularité et à la mobilité du réel. L’interface, prise comme cadre, peut être pensée comme circonscription, comme limite ­– limitant quoi ? Que trouve-t-on en dehors ? Sur les planches, l’interface devient neutre, elle se donne comme surface, comme espace d’illustrations visuelles animées ou non, elle est un support à l’action. Encapsulée dans la notion de « programme », l’interface se double. Elle donne à voir ce qui n’est pas encore, mais elle est aussi un ensemble clos, un langage défini, programmé. Finalement, l’interface peut se faire forme. Au sens où elle devient canevas et contenant, mais aussi indissociable de son contenu – voire modelée par lui – c’est ainsi que l’interface se décline comme médium. Ceci n’est qu’un aperçu du profond voyage philosophique, à la jonction du texte et de l’image, que suggère le travail d’Arkhaï 2021. Pour en découvrir davantage, jetez-y vous-mêmes un œil curieux et suivez l’actualité de L’Auditoire. Rendez-vous sur https://www.arkhai.com/vol2021.php pour toute information complémentaire sur l’association et ses activités, ainsi qu’à Basta pour acquérir Arkhaï 2021. Texte – Image – Interface, au prix de 25 CHF.

  • Le sens social de la danse

    Le sens social de la danse

    Rédigé par : IRIS CAPPAI

    DANSE • Un divertissement, un rite, un moyen de s’émanciper… la danse peut revêtir une abondance de sens dans notre société. Nous verrons comment sa fonction sociale évolue au fil du temps et en quoi elle est créatrice de liens sociaux.

    Un·e danseur·euse étoile interprétant le rôle principal d’un ballet, les invité·e·s d’un mariage célébrant une danse traditionnelle ou encore l’ami·e toujours prêt·e à s’amuser en boîte de nuit… tou·te·s pratiquent la même activité : danser. Toutefois, le sens que nous accordons à la danse peut dépendre du contexte, du style de danse et de son histoire ou encore de l’expérience de chacun·e. En effet, pour certains il peut s’agir d’un travail ou d’un moyen de se divertir, pour d’autres, d’un art, d’une manière de s’émanciper et de s’exprimer. En somme, il existe « des » danses avec des pratiques, des fonctions et des formes diverses que l’on peut regrouper sous le terme générique de « la danse ». La danse au singulier se réfère à une pratique sociale et artistique qui est, selon Mariem Guellouz, chercheuse affiliée au Centre d’Anthropologie Culturelle à l’Université Paris Descartes, « fortement liée aux structures socioculturelles et aux liens entre les individus d’une même société ». Ainsi, la danse, et plus particulièrement son sens et sa fonction sociale, évoluent à l’image de la société.

    La danse, miroir de la société ?
    Les archéologues ont retrouvé des peintures rupestres attestant l’existence de danses primitives déjà à la période du paléolithique. A ce stade, il s’agissait avant tout d’un acte cérémonial et rituel adressé à une entité supérieure visant, par exemple, à célébrer la chasse. Selon l’ethnomusicologue Curt Sachs, c’est dans le cadre des premières cités-États antiques, lorsque les individus ont commencé à se penser en société, que la danse est considérée comme un art, une invention proprement culturelle.

    Son sens et sa fonction sociale, évoluent à l’image de la société

    Ainsi, la danse revêt un sens social avec des codes évoluant en même temps que les sociétés qui la pratiquent. A titre d’exemple, la danse au Moyen-Âge se soumet à une morale stricte limitant le moindre contact physique, tandis qu’elle commence à s’érotiser avec l’apparition des premières danses de couple au XVIe siècle. Selon le sociologue et danseur Christophe Apprill, l’individualisme s’étant imposé dans notre société, la danse est, aujourd’hui, davantage libérale. Cette transition est marquée, selon lui, par l’apparition du twist : plus besoin d’inviter son·sa partenaire, « on s’engage seul dans cette danse, dont le régime physique intense est radicalement opposé à celui des danses de couple fermées ».

    Danser seul mais avec les autres
    Ce n’est pas parce que la danse est devenue plus individualiste aujourd’hui qu’elle ne se pense pas avec les autres. Par exemple, une danse comme le HipHop, bien qu’elle se danse seule, se pratique presque toujours au milieu d’autres danseur·euse·s et est composée de nombreux moments de cohésion. Ainsi, comme le soulignait Jacqueline Robinson, danseuse et chorégraphe française, « par l’expression personnelle, la danse permet de se diriger à la rencontre de l’autre pour communiquer ses sentiments, partager ses émotions ».

  • À la rencontre de… Sébastien Wenk, du groupe Époque Bleue

    À la rencontre de… Sébastien Wenk, du groupe Époque Bleue

    INTERVIEW · L’auditoire a rencontré Sébastien Wenk, chanteur et guitariste du groupe Époque Bleue, créé au sein du collectif La Machinerie et qui vient de sortir son premier diptyque le 30 octobre passé.

    Pourrais-tu te présenter et décrire ton parcours musical ?

    Sébastien Wenk, je fais le chant et la guitare dans le groupe Époque Bleue. J’ai commencé à jouer du piano à 11 ans, mais je n’en ai fait que quelques mois. En fait, ma professeure enseignait essentiellement du classique et à l’époque ça ne m’attirait pas. Parallèlement, je faisais des cours de solfège que j’ai poursuivi jusqu’à leurs termes. Ensuite, j’ai commencé la guitare à 13 ans avec un professeur, avant de continuer à pratiquer seul. Et puis j’ai acheté une basse quelques années plus tard. Finalement, je me suis mis à composer vers mes 18-19 ans. Mes premières ébauches, je les faisais sur GarageBand. Pour ce qui est du chant, j’ai commencé par moi-même et j’ai quand même pris une année de cours à l’école Ton sur Ton, à la Chaux-de-Fonds.

    Qu’en est-il des autres membres du groupe?

    Il y a Arnaud Paolini qui fait la guitare, une deuxième voix et aussi beaucoup de prod’. Il a fait un bachelor en musiques actuelles à la HEMU et a également un autre projet musical qui s’appelle Chemical Fame. Puis, Maic Antoine qui fait la basse et avec qui j’ai joué dans un précédent groupe, Nocturn. En fait, Époque Bleue est un peu l’évolution de ce projet qu’on avait ensemble. Il a aussi étudié à la HEMU et s’investit dans plusieurs projets, comme Chuckles, Etienne Machine et Chemical Fame. Ensuite, Mathieu Nuzzo qui est aux claviers et aux synthétiseurs. Il est également passé par la HEMU. À la batterie, on retrouve Thibault Besuchet, qui est aussi à la HEMU. En fait, c’est là qu’ils se sont tous connus et qu’ils ont décidé de créer le collectif La Machinerie. Pour ma part, je les ai rejoints parce que je connaissais bien Maic et que le contact avec les autres s’est trop bien passé. Finalement, Alexis Sudan, qui travaille au A.K.A Studio au Flon, est l’ingénieur son et participe à la co-production du projet en nous donnant des idées ou des suggestions.

    Est-ce que tu pourrais dire quelques mots sur le collectif La Machinerie?

    C’est un collectif artistique lausannois, principalement musical, qui a été fondé il y a à peu près un an. Différents projets y sont rattachés tels que Etienne Machine, Chemical Fame ou encore Chuckles. Le collectif crée une sorte de cohésion et de force. Il permet de nous réunir souvent et d’élargir nos ambitions. À l’avenir, il pourrait agir comme un label, afin de produire les enregistrements sous notre nom, ainsi que mêler plusieurs arts en incluant des personnes qui feraient notamment des visuels.

    Comment est-ce que vous définiriez votre style musical et quelles sont vos principales influences?

    Je dirais que c’est une espèce d’indie pop francophone. Parfois, ça peut être un peu psyché dans les changements d’accords ou dans les tonalités. Mais je pense que c’est une musique assez accessible, « facile d’écoute ». Il y a aussi des influences dream pop, du style beach house, avec une rythmique assez répétitive, « c’est tout droit », un peu comme « une autoroute de rêve ». Le projet a principalement été influencé par des groupes et des artistes tels que Men I Trust, Mac Demarco, Beach Fossils ou encore Muddy Munk – actuellement actif sur la scène pop francophone suisse.

    Pourquoi l’idée du diptyque (une sortie à deux volets)? Et est-ce qu’il y a un thème ou des émotions récurrentes dans vos chansons?

    Au départ, j’étais venu vers Maic, Arnaud et Alexis avec des compos que j’avais faites dans ma chambre; certaines maquettes un peu toutes nues, d’autres déjà pas mal terminées. On devait sortir un EP avec 5-6 titres, qui étaient la base du projet. Mais ce n’était pas cohérent de les réunir toutes ensemble; ce ne sont pas des musiques qui ont été écrites avec une histoire commune. C’est pour donner du sens derrière ces titres qu’on a alors décidé de les diviser. De ce fait, j’ai pu assembler les titres, deux par deux, en fonction des émotions et d’une ambiance générale qu’ils semblaient partager entre eux. En tout, il y aura trois diptyques. Le premier, sorti fin octobre, s’appelle «La Pièce» et traite en quelque sorte de rêves dans un espace renfermé. Le deuxième sera peut-être un peu plus triste et profond, sans pour autant que ce soit une centrale de films déprimants (rires). Et le dernier, qui sera un peu plus joyeux et coloré, sortira l’été prochain.

    Pourquoi Époque Bleue?

    C’est Maic qui a proposé ce nom. Au début, ça ne me parlait pas plus que ça, sans pour autant que je n’aime pas l’idée. Puis, avec le temps et les différentes compos, ça m’a trop parlé. Les musiques sont assez nostalgiques et c’est une couleur qui s’y prête bien. Finalement, ça a été validé et je trouve ça original, sans pour autant que ce soit trop décalé.

    Sur quelles plateformes pouvons-nous vous écouter?

    Sur toutes les plateformes pour écouter de la musique: Spotify, Tidal, Apple Music, etc.

    Est-ce que la crise du coronavirus a été un frein au niveau du projet?

    Le coronavirus a un peu décalé tout le processus de production, car durant le confinement on ne pouvait même plus être trois au studio. On ne pouvait donc ni répéter, ni composer ensemble. Mais est-ce que ça a été un frein? Je pense que non. Ça nous a permis de prendre le temps de réfléchir sur la cohérence des titres et de travailler sur les visuels. Je dirais que ça nous a effectivement un peu repoussé mais c’était à notre avantage.

    Comment perçois-tu la scène musicale en Suisse romande? Est-ce que c’est difficile pour de jeunes musicien·ne·s de se lancer et de concrétiser un projet dans le monde musical actuel?

    J’ai l’impression que c’est toujours un peu difficile. Pour ma part, je n’ai pas vraiment un avis professionnel; les autres membres du groupe en savent davantage, notamment parce qu’ils ont des cours sur le sujet. Je trouve que la Suisse est un pays très « sport »; les aspects artistiques et culturels ne sont pas mis sur le devant de la scène. Avoir un réseau, ça aide, et La Machinerie nous permet justement de créer des contacts. Il y a aussi un côté administratif; il ne faut pas avoir peur de faire des mails pour contacter des radios, par exemple. Certaines répondent assez volontiers et rapidement. Alors, je dirais que c’est dur mais qu’il ne faut pas se décourager. Il faut y croire.

    Quelles sont les dates/informations à retenir?

    On aura un premier concert à la Case à Chocs à Neuchâtel le 22 janvier, si ce n’est pas annulé d’ici là – on espère. En fait, ce sera le premier concert du projet. Le premier diptyque est sorti fin octobre. Le deuxième sortira en début d’année prochaine, courant janvier-février-mars. Et le dernier, au début de l’été 2021.

    Propos recueillis par Mathilde de Aragao

    © Rosalie Evard

    Instagram: @epoque_bleue @machinerie_inc