Lumière sur les inégalités

Rédigé par : Nina PEREZ

INFLUENCE • Les médias façonnent nos manières d’agir et de voir le monde. La représentation est en cela centrale pour offrir des modèles divers au public. Malheureusement, les médias, et particulièrement le cinéma et la télévision, exposent encore trop peu de modèles féminins riches et nuancés.

La question des modèles féminins à l’ écran intéresse de nombreux·ses penseur·euse·s et les recherches se multiplient pour illustrer le problème en chiffres. Une étude menée en 2014 par le Geena Davis Institute on gender and media, a mis en lumière de profonds dysfonctionnements dans la représentation de genre au sein de films à succès sortis entre 2010 et 2013. Le premier constat est que les femmes sont tout simplement moins présentes à l’écran que les hommes. En effet, seuls 31% des personnages sont des femmes. La manière dont elles sont représentées pose également problème. Physiquement d’abord, 38% des femmes sont très minces contre seulement 16% d’hommes, 25% portent des tenues sexualisées (vs 9%) et 28% sont partiellement ou totalement nues (vs 11%).

Seuls 31% des personnages à l’écran sont des femmes.

Le constat est le même dans les activités montrées. Seuls 22% des personnages qui exercent un emploi sont des femmes et les domaines choisis sont principalement les services, la vente ou l’administration. La proportion chute dans la science, la finance, la politique et les postes de pouvoir. Selon Mireille Berton, chercheuse en cinéma à l’UNIL, « les représentations des genres à la télévision et au cinéma indiquent que les femmes et les hommes suivent des caractéristiques les opposant au sein d’un modèle dichotomique simple : les femmes sont soumises, émotives, maternantes, etc., alors que les hommes sont dans la domination, la violence, l’ambition, la confiance… »

Le problème des personnages forts
Il est toutefois nécessaire de mettre en lien ces résultats avec un second constat. Même lorsqu’un personnage féminin s’éloigne de ces codes, il peut demeurer problématique. En effet, un personnage de sexe féminin à l’écran a tendance à être valorisé seulement quand il incarne des valeurs dites « masculines » comme la force ou l’ambition. Cette tendance tend à déprécier les caractéristiques associées traditionnellement à la « féminité » comme la douceur ou l’empathie. Une femme ne semble pouvoir être admirée que si elle adopte un comportement « viril ».

La représentation de femmes « fortes » ne suffit pas à faire développer un discours féministe.

Mireille berton

Par ailleurs, lorsqu’un personnage féminin est fort et intelligent, il arrive régulièrement qu’il devienne le simple bras droit d’un personnage masculin, phénomène nommé « syndrome Trinity ». Comme le synthétise Mireille Berton, « la représentation de femmes « fortes » ne suffit pas à faire développer un discours féministe. Il faut que cette puissance soit compatible avec d’autres caractéristiques qui lui permettent d’occuper une place active au sein du récit, à égalité avec d’autres personnages masculins ». Selon la chercheuse, l’idéal serait d’éviter de définir les personnages féminins à travers leur appartenance à un genre, à la manière de Kim Wexler dans la série Better Call Saul. En effet, le personnage pourrait tout aussi bien être incarné par un homme, et il n’y aurait presque rien à réécrire.

Pistes de solutions
Divers outils et projets existent pour lutter contre cette disparité. Dans un premier temps, le célèbre Test de Bechdel reste un bon moyen d’évaluer la représentation des femmes dans une œuvre malgré certaines limites. De plus, diverses études ont montré que la présence d’au moins une femme dans l’équipe de scénaristes augmentait le temps d’écran des personnages féminins. Par ailleurs, divers collectifs agissent concrètement comme le Geena Davis Institute ou le ministère de la Culture en France qui travaille aux côtés du collectif 50/50 et du Centre National de la Cinématographie à un plan d’action pour la parité dans le cinéma français. Le problème est donc davantage abordé et les modèles évoluent. Néanmoins, il est nécessaire de continuer à être critique envers les productions anciennes comme les nouvelles, afin de toujours questionner les modèles féminins proposés.

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