Z’Graggen, prototype de la femme moderne

Rédigé par : Caique Cardoso

Née il y a maintenant plus de cent ans, l’autrice genevoise a surmonté des obstacles qui semblaient infranchissables pour une femme de son époque, ceci pour devenir une des figures suisses les plus emblématiques.

Avec une carrière qui dépasse sept décennies, Yvette Z’Graggen a laissé sa marque dans le paysage littéraire avec plus de vingt romans et récits à son nom, qui lui ont rapporté de multiples prix dans toute la Suisse. Mais Z’Graggen était aussi un exemple de vie : son enfance tourmentée par des problèmes familiaux, ainsi que des exigences parentales envers sa vie professionnelle, n’ont pas empêché qu’elle suive son parcours selon ses propres convictions.

Des œuvres remplies d’héroïnes
Même si Z’Graggen n’a pas été militante pour les droits de la femme, ses livres ont bel et bien été un exemple de leur libération. À une époque où Le guide de la ménagère était un des seuls écrits accessibles à beaucoup d’entre elles, Z’Graggen décrivait des personnages féminins tridimensionnels, avec des vies proches de la réalité, d’une modernité inédite. Pratiquement tous ses romans ont pour protagonistes des femmes de tous les âges, et de différentes classes sociales ; Michèle, dans L’Appel du rêve, veut vivre sa vie indépendamment de ses parents, pétris de préjugés, en partant loin d’eux. Cornelia, dans son livre éponyme, nous montre que l’amour est accessible pour une femme de plus de cinquante ans. Marie, dans Matthias Berg, ne craint pas de rechercher le passé tourmenté de sa famille. Des thèmes qui peuvent paraître plus légers aujourd’hui, mais qui ont inspiré des milliers de femmes à se battre pour leurs droits, dans une Suisse qui ne leur a donné le droit de vote qu’en 1971 et où l’égalité des sexes n’est toujours pas acquise.

Z’GRAGGEN, YVETTE 1982 © ERLING MANDELMANN

La mémoire comme outil littéraire
Deux autres aspects sont aussi récurrents dans les écrits de Z’Graggen : le souvenir et le questionnement. Fille d’un père avec des pensées antisémites, son rejet de ces idées se retrouve dans ses héroïnes, avec lesquelles elle partageait beaucoup de points communs. Elle a été l’une des premières à s’interroger sur la place de la Suisse pendant la Deuxième Guerre mondiale, qui, selon elle, aurait pu (et aurait dû) s’exprimer sur les horreurs de l’holocauste bien plus tôt. Z’Graggen a exprimé sa propre « culpabilité » en disant qu’avec le recul ces terribles événements étaient évidents, mais que les Suisses ont préféré ne pas intervenir et fermer les yeux sur la situation. Ainsi, quelqu’un comme Yvette Z’Graggen, qui n’a jamais craint de se poser des questions sur des sujets sensibles et qui a participé à l’émancipation de la femme durant sa carrière, sera inscrit dans la mémoire de la Suisse comme l’une de ses plus grandes artistes du XXe siècle.

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