• Pas de panique : le français va très bien!

    Pas de panique : le français va très bien!

    Illustration : Gallimard

    LANGUE · Des linguistes de toute la francophonie se sont réuni·e·s pour donner voix à leur profession et contester des idées reçues sur le français dans le tract des linguistes atterrées intitulé «le français va très bien, merci»

    Le discours des puristes de la langue française s’entend haut et fort dans les médias: le français serait en déclin ! À les entendre, les jeunes ne parlent plus correctement, les anglicismes ont infiltré la langue et des idéologies de la gauche tentent de s’imposer par le biais de l’écriture inclusive. Ce discours est prescriptif, il impose des règles de bon fonctionnement de la langue. Il implique qu’il y ait une bonne façon de parler et que toutes les dérives de cet idéal seraient regrettable. Ces plaidoyers sont souvent une «affaire émotionnelle» qui ne laisse pas la place aux linguistes, explique Corinne Rossari, Professeure de linguistique française à l’Université de Neuchâtel et une des autrices du tract. Le métier de linguiste est descriptif, il se charge de documenter les usages de la langue, de noter les évolutions sans jugements moraux. Le tract vise à remettre en question dix idées reçues et les enrichit par des propositions.

    Corinne Rossari, Professeure de linguistique française à l’Université de Neuchâtel

    Faute ou évolution ?

    «Est-ce que c’est français ?» est la question que l’on se pose quand certaines phrases sonnent étrangement ou quand nous sommes particulièrement fatigué·e·s. Mais ces «fautes», qui ne le sont pas vraiment, peuvent devenir une norme. Lors de l’interview pour cet article, la professeure Rossari constate que les modifications ont souvent lieu quand les usage·ère·s hésitent entre deux constructions, deux variante. Un exemple donné dans le tract est fromage, une inversion d’un phonème (une unité de son minimale) du mot du latin tardif formage. Ces changements sont naturels, la « langue de Molière » utilise des formulations qui aujourd’hui seraient considérées incorrectes telles que la place des pronoms qui à l’époque se plaçaient avant le verbe auxiliaire (je vous veux mettre d’accord).

    Alors ne faudrait-il pas être plus tolérant envers les élèves, si leurs erreurs initient potentiellement une évolution ? La réponse courte est non. Corinne Rossari précise que les fautes de langue peuvent être objectivement corrigées selon les règles actuelles de grammaire. Ces règles sont nécessaires pour une bonne compréhension entre locuteur·ice·s. Cependant, elle propose que les écoles introduisent des soutiens de correction, comme la calculatrice en mathématiques. Ce support devrait évidemment être utilisé jusqu’à «une certaine mesure».

    Il n’y a pas un seul Français

    Le français n’est pas homogène. Comme toute langue, le français a des dialectes, des accents, des mots utilisés uniquement dans certaines régions comme le très cher nonante suisse et belge, comparé au quatre-vingt-dix français. Aucune des deux variantes n’est plus correcte que l’autre, le tract précisant que «le standard unique est un mythe». Néanmoins, pas toutes les manières de parler ne sont valorisées de la même manière. Le français de Paris reste la référence. Cela ne veut pas dire qu’il existe un seul «bon» français. Un tel critère est aléatoire et biaisé, chaque parlé régional et accent est riche et légitime sur tant le plan culturel que social. 

    Anglicismes

    On entend dire que le français emprunte de plus en plus de mots de l’anglais, grâce à internet entre autres. Toutefois, cette tendance ne menace pas la langue. Les influences entre langues ont toujours existé. L’anglais, justement, a emprunté énormément de mots à l’origine française. Ces emprunts enrichissent les expressions et donnent plus de possibilités, explique Corinne Rossari. Ces mots sont souvent francisés, adaptées pour la logique de notre langue, comme «spoiler» devenu un verbe du premier groupe. Les mots anglais et français coexistent, ils n’ont pas les mêmes nuances. La professeure relève que les termes shopping et course «ne désignent pas les mêmes réalités», «On fait son shopping en ville, et les courses au supermarché».

    L’écriture inclusive

    En 2022, le Grand Conseil genevois a banni l’écriture inclusive dans les documents administratifs du canton. Pourquoi une réaction si excessive à ce nouveau maniement de la langue? Corinne Rossari élucide que les changements sont souvent mal pris car ils chamboulent les habitudes: «On y retrouve un sentiment de refus, l’idée d’abimer la langue».

    L’intention du langage inclusif est de réfléchir à qui s’adresse la langue et de tenter de s’adresser à tous les groupes de la société, dont les femmes et les minorités de genre. On a pu prouver que le masculin générique, lorsqu’il se réfère à des personnes et non des objets, est exclusif.  Par exemple, dans les annonces de postes destinés à toustes, les personnes non-masculines se sentent généralement moins concerné·e·s par la proposition. Il existe de nombreuses possibilités de se soucier de l’inclusivité comme des formulations épicènes du type «les membres du corps médical», les doublons ou même les néologismes tel que iel et celleux, pour des pronoms alternatifs neutres.

    «Le but est que vous soyez attentif à ce que vous écrivez, que tout le monde se sente concerné», résume la professeure. Le tract a comme objectif de sensibiliser le lecteur. Au final, l’usager·ère est libre de choisir ses expressions. Le métier de linguiste est d’étudier l’usage avec minutie!

    Elvire Akhundov

  • Solutions du mots croisé du chien méchant 277

    Solutions du mots croisé du chien méchant 277

    · Horizontal

    5) Phénomène météorologique qui constitue 90% du mois de novembre (indice : ça mouille) : Pluie

    9) les films qu’Ylenia préfère regarder pendant le mois (indice : Pottah) : Harry Potter

    10) Groupe qui chante le titre November rain (indice : imprononçable pour les francophones) : Guns and roses

    11) Cela t’empêche de choper en paix (indice : morve) : Rhume

    12) Ça bute des dindes (indice : merci les pères pèlerins) : Thanksgiving

    14) L’anniversaire du papa de Mérande (indice : 14 + 14) : Vingt-huit

    15) Frénésie capitaliste (indice : les HEC adorent) : Black Friday

    · Vertical

    1) Activité émotionnelle usuelle en novembre (indice : dans son lit de préférence) : Déprimer

    2) Etat des étudiant·e·s durant tout le mois avant les rendus de décembre (indice : flemme) : Procrastination

    3) La difficulté de ce mots croisé (indice si vous le réussissez pas, vous avez vraiment 2 neurones) : Nulle

    4) Défi qui n’a aucun intérêt (indices : couilles + mascu) : No Nut

    6) Nom du meilleur prix littéraire décerné durant le mois (indice : placement de produit) : Sorge

    7) La majorité du régime alimentaire de Méribé (indice : aliment orange) : Courge

    8) La semaine préférée des lettreux·euses et autres spécimens en SSP (indice : vacances) : Lecture

    13) Boisson réconfortante qui apparaît dans les bars (indice : brûlure de langue et sulfites garantis) : Vin chaud

  • Commerces en danger

    Commerces en danger

    Photo : Khyoria

    COMMERCES • Les arcades d’Anthropole abritent des petits commerces depuis l’inauguration du bâtiment en 1987. Zoom sur ses magasins qui contribuent à faire de l’Unil une véritable cité indépendante de Renens et Lausanne.

    Vous connaissez sûrement la librairie Basta si vous faites partie de la moitié des universitaires qui lit ses livres de cours. Vous savez tout d’Itopie, le magasin qui lui fait face, si vous appartenez au centième des étudiant·e·s qui ont lu notre avant-dernier numéro. Mais que pouvez-vous dire des trois boutiques quelques pas plus loin dans le même couloir?

    Petits commerces en danger

    L’épicerie Epicentre, la Papeterie Ennas et le salon de coiffure Katia Créa’Tif forment l’autre noeud commercial de l’Anthropole. La semaine, ces commerces de proximité offrent leurs services à la communauté isolée de Dorigny. Pourtant, leur existence est en danger. Epicentre, établi depuis 10 ans à l’Unil, a ainsi fermé ses portes il y a quelques jours. La papeterie Ennas et le salon Katia Créatif ont eux vu leur chiffre d’affaires diminuer ces dernières années. «Le Covid-19 nous a fait très mal», témoigne Valeria Mangani, gérante de l’établissement, «non seulement, nous avons dû fermer pendant un an, mais en plus, le matériel pédagogique s’est digitalisé: les étudiant·e·s travaillent davantage sur leur ordinateur et moins sur papier».

    Préfère-t-on donner 50 centimes au duopole de l’agroalimentaire ou 70 à un petit commerce?

    Hormis le Covid-19, la Papeterie Ennas a aussi dû faire face à de nouveaux concurrents au sein même d’Anthropole: «avec la création de la Reprographie, nous avons perdu 35% de chiffre d’affaires. Avant, le corps professoral et les étudiant·e·s se tournaient vers nous pour relier leurs polycopiés, aujourd’hui, ils sont redirigés vers ce service de l’université». Même si la clientèle revient progressivement selon Mme Mangani, il ne lui est plus aussi facile de rentrer dans ses frais qu’auparavant. Que perdrions-nous si ce commerce venait à disparaître?

    Proximité et flexibilité

    «On propose ce qu’on nous demande»: voilà la philosophie de Mme Mangani, née Ennas. «Nous sommes une papeterie, notre expertise porte donc sur le papier et le matériel d’écriture. Mais nous sommes aussi un commerce de proximité, dans un campus éloigné de la ville. A ce titre, nous devons être à l’écoute des besoins de la communauté universitaire». Le stock de la papeterie a ainsi intégré au fil des ans des prises, des chargeurs et même… des cigarettes. D’abord rétive à cette demande des corps professoral et estudiantin, Mme Mangani a décidé de proposer ce produit pour contenter la demande. Et ce même si ce commerce ne lui rapporte presque rien: «les marges sont si faibles que si vous payez avec la carte bancaire, on perd 10 centimes sur le paquet!». Pour son plus grand plaisir, on lui demande aussi des papiers et des stylos particuliers, qu’elle commande et reçoit dans les 24 heures. Et pour des prix raisonnables à ses dires: «je vends tous mes produits au prix recommandé par le fournisseur et je conseille toujours à mes client·e·s l’option la plus rentable. Mais attention, cela ne correspond pas toujours à celle la moins chère! Si vous écrivez à la plume par exemple, acheter un papier coûteux mais de bonne qualité est avantageux: il absorbe moins d’encre et vous consommez moins de cartouches pour le même nombre de mots. Or, l’encre coûte trois fois plus chère que le papier!». Seules la Migros et la Coop vendent moins cher à la pièce, grâce aux économies d’échelle que leur permet l’étendue de leur clientèle. Les récentes révélations de la RTS sur les marges de ces deux entreprises interrogent toutefois: à l’achat d’un stylo, préfère-t-on donner 50 centimes au duopole de l’agroalimentaire ou 70 à un commerce qui nous dépanne juste avant un examen?

    Hadrien Burnand

  • La Collective, prologue

    La Collective, prologue

    Photo : La Collective

    DIVERTISSEMENT • Au sein de la vie nocturne lausannoise, un groupe horizontal propose des soirées accessibles, inclusives et vibrantes dans un environnement aussi safe que possible. La Collective utilise l’art et la fête comme voie d’un activisme queer et anticapitaliste.

    Un entretien avec Argenta, de son prénom Seb, apporte un éclairage quant à la manière dont certaines entités sont actrices sur la scène lausannoise et ses environs. Argenta fait partie de La Collective qui, comme son nom le suggère, est un collectif d’ami·e·s ayant comme points communs un activisme queer et une passion pour la musique house. Cet ensemble de quatre DJs et d’une compositrice visuelle crée ou accompagne des soirées qui affichent des valeurs queers, féministes ou encore anticapitalistes. Le contexte de fête peut ainsi être vecteur de plaisir mais aussi de visibilité et de partage concernant plusieurs thématiques.

    Un souffle de diversité dans la ville

    À Lausanne, une grande partie de la vie nocturne est organisée par quelques grandes entités commerciales qui se répartissent les lieux, les programmations et le personnel. Le monopole amenant toujours un risque d’homogénéisation, la vie nocturne de la région a récemment perdu en diversité ainsi qu’en dynamisme. La Collective est quant à elle née hors des clubs et s’est développée au cœur d’une scène consciente des enjeux de diversité. Elle effectue notamment un travail de digging afin de découvrir et d’utiliser des musiques d’artistes mixtes. Cette action permet de rappeler la politisation de certains styles musicaux développés par des minorités racisées ou de genre. Ayant comme dénominateur commun musical la house, les membres de La Collective mobilisent différents styles et influences qu’il·elle·s font communiquer dans une esthétique unique, sensible et consciente.

    Un lien entre l’activisme et la musique

    Les objectifs de La Collective ne sont pas d’atteindre une grande renommée musicale ni de publier un manifeste politique. En revanche, il semble important pour ce groupe que le milieu artistique se diversifie davantage et tende vers des aménagements plus respectueux envers les personnes qui y participent. Ce changement nécessite une mobilisation à plusieurs niveaux organisationnels afin de rendre les espaces de partage sûrs et inclusifs. Par conséquent, Argenta propose quelques pistes de comportements adoptables en tant que public afin d’agir en ce sens. Il est important de se renseigner sur les personnes qui se produisent afin de favoriser les artistes possédant des valeurs en adéquation avec celles du public. Favoriser les circuits courts, les scènes locales et les artistes de diverses envergures permet d’éviter la reproduction de certains schémas dominants de la société. Il est important de se renseigner sur les comportements à adopter en soirée afin d’éviter ou de résoudre d’éventuelles situations problématiques.

    L’actualité et les productions de La Collective sont accessibles sur Soundcloud et Instagram. De plus, La Collective proposera prochainement un podcast musical diffusant des créations d’artistes minutieusement sélectionné·e·s.

    https://www.instagram.com/tu.aimes.lacollective/

    Dominique Chéret

  • À la recherche du toit perdu

    À la recherche du toit perdu

    Photo : Yasmine Zamparo

    LOGEMENT • Comment se loger quand on est étudiant·e? Vous étiez encore nombreux·ses à chercher une réponse à cette question à la rentrée. Car crise du logement oblige, les chambres se font rares. Pourtant les différentes associations et fondations du campus rivalisent d’ingéniosité pour trouver de nouveaux lits.

    En juin, l’Unil et l’EPFL lançaient une campagne afin de trouver 600 chambres supplémentaires pour la rentrée universitaire. Leurs efforts ont payé et cela leur a permis de trouver de nombreux lits. Mais malgré cela, les logements manquent toujours pour accueillir les étudiants·e·s qui sont chaque année plus nombreux·ses. Les différentes associations et fondations qui travaillent avec les deux campus ne manquent pas d’idées pour trouver de nouveaux lits. La FMEL (Fondation Maisons pour Étudiants), qui gère notamment les logements du Vortex, est l’une des plus grosses structures d’accueil d’étudiant·e·s en Suisse. Elle a actuellement une capacité d’accueil de plus de 4000 lits, mais cela ne suffit pas à répondre à la demande. Le prochain projet de la fondation à 75 millions de francs: la construction de 776 lits sur le Campus santé, prévu pour 2026 à Chavannes-près-Renens et qui accueillera notamment la HESAV (Haute École de Santé Vaud). «Mais la fondation reste constamment à l’affût de chambres à proposer à ses étudiant·e·s», assure son directeur Yves Ferrari.

    Pire que la file d’attente du Paléo

    Pour trouver une chambre auprès de la FMEL «c’est comme pour Paléo, premièr·e arrivé·e, premièr·e servi·e» explique Yves Ferrari. La plateforme de la fondation met en ligne chaque deux semaines de nouvelles chambres à disposition. Pour environ 7 à 10 chambres, ce sont environ 1500 connexions. La patience est donc de mise, mais une fois le Saint-Graal obtenu, et à condition d’avoir les finances permettant de payer le loyer mensuel d’environ CHF 710.-, vous êtes entre de bonnes mains. Car être logé·e par la FMEL, c’est bénéficier de conditions idéales: des délais de résiliation de deux mois, pas de garant·e demandé·e et tout est inclus dans le loyer: wifi, assurances et électricité notamment. Les conditions sont très similaires auprès de la FSLE (Fondation Solidarité Logement pour les Étudiant‑e‑s). Ce sont des chambres «clés en main» avec des loyers variant de 590 francs à environ 800 francs. Son directeur, Eran Shoshani, estime que la situation du logement à Lausanne est dramatique. Sa fondation refuse un·e étudiant·e sur dix. La période estivale est la plus critique, car il reçoit de nombreux appels de parents désoeuvré·e·s. L’EPFL et l’ECAL (École Cantonale d’Art) ont signé un partenariat avec la FSLE afin de garantir un certain nombre de chambres pour leurs étudiant·e·s. À ce jour, l’Unil n’a toujours pas signé de partenariat de ce genre.

    Les coopératives à la rescousse?

    Eran Shoshani explique que les coopératives sont désormais des partenaires de choix. Leur concept étant d’avoir de la mixité dans leurs immeubles et de favoriser des logements à de meilleurs prix, elles se montrent favorables à l’accueil d’étudiant·e·s.

    Les logements étudiants manquent

    Le futur écoquartier lausannois des Plaines-du-Loup accueillera d’ici 2034 des logements étudiant·e·s. Les régies privées, quant à elles, se montrent moins accueillantes et flexibles. Le directeur de la FSLE déplore qu’elles continuent de percevoir les étudiant·e·s comme des fêtard·e·s invétéré·e·s. Sans citer lesquelles, il regrette aussi que certaines communes refusent purement et simplement d’accueillir des résidences d’étudiant·e·s à cause du manque à gagner fiscal.

    Envisager la coloc’ avec un sénior

    Genève, une solution originale a été trouvée pour pallier cette pénurie de logements étudiants. Le programme 1h/m2 crée des tandems entre des étudiant·e·s et des seniors. Les personnes âgées offrent une chambre contre une participation de 100 à 150 francs pour les charges et entre 3 et 5 heures de coups de main par semaine. Cette année, 60 étudiant·e·s ont été logé·e·s, mais une dizaine d’entre eux·elles restent sur liste d’attente. Sabine Estier Thévenoz, chargée de projet chez 1h/m2, se félicite de cette formule: «cela crée de la solidarité entre les générations et permet à la fois de trouver des logements étudiants et de lutter, voire prévenir l’isolement social».

    Farah l’a testé pour vous

    Farah, étudiante à l’Unige en faculté de droit, a pu expérimenter la colocation avec une retraitée de 65 ans. Grâce à une annonce affichée à l’Uni Mail, elle a emménagé avec Jeannine*. Du fait de leur nature sociale, les deux femmes ont rapidement trouvé leur rythme. Cette expérience a sensibilisé Farah à la solitude des séniors: «je me suis rendue compte à quel point les personnes âgées pouvaient se sentir seules une fois que leurs enfants ne vivent plus avec eux·elles, ça lui faisait vraiment du bien d’avoir une jeune avec elle». Aujourd’hui, Farah vit en colocation avec sa meilleure amie. Mais elle garde contact avec Jeannine*, avec qui elle a développé une relation qu’elle qualifie d’exceptionnelle et rare. Pour trouver un logement, il faut donc prendre son mal en patience et l’anticipation est de mise. Un conseil d’Eran Shoshani de la FSLE: anticiper son inscription, et ne pas hésiter à postuler dès avril si possible.

    *nom d’emprunt

    Carlotta Maccarini

  • Les gardes de l’Unil

    Les gardes de l’Unil

    DANGER • Si vous n’étiez pas déjà assez stressé·e·s pour ce retour aux cours, L’auditoire, non-content de jouer les troubles-rentrée, se propose de vous lister les risques auxquels vous êtes sujet·te·s en tant qu’étudiant·e·s sur le campus mais aussi comment y remédier.

    «Pourquoi il y a une caserne de pompier sur le campus?» C’est la question que se pose Francisco, étudiant en bachelor de sciences sociales un jeudi après les cours alors qu’il regarde un camion rouge quelques mètres derrière Zelig, son bar du campus favori. Il y a en effet une brigade sur le campus. Le SDIS-EPFL est constitué d’une équipe de neuf pompier·ère·s permanent·e·s et de trente volontaires. À la question du pourquoi, leur compte Instagram pompiers_epfl donne comme explication que les campus de l’Unil et l’EPFL réunis représentent la plus grande concentration de personnes du canton de Vaud en journée. Un flux qui a donc son importance et qui nécessite une réponse de proximité. Mais alors de quoi faut-il être sauvé·e? Alors que les étudiant·e·s s’interrogent sur les plus grands problèmes du monde, les soldat·e·s du feu résolvent les plus pressants des deux campus. Sur la base des informations du même compte Instagram, la rédaction de L’auditoire a réalisé, pour vous, un décompte d’interventions listées par la brigade. Depuis les premiers posts de 2023, les sapeur·euse·s-pompier·ère·s ont effectué un total de 477 interventions toutes catégories confondues. Parmi ces dernières, il y aurait eu, par exemple, quatre feux à éteindre et 147 secours à personnes. Si vous êtes bloqué·e·s dans un ascenseur, là aussi, ce sont eux·elles, qui s’occupent de vous lorsque vous appuyez sur la cloche. C’est précisément arrivé 21 fois depuis le début de cette année. Dans leurs réseaux, on peut aussi voir qu’il·elle·s interviennent dans les laboratoires aux divers produits chimiques dangereux ou encore qu’il·elle·s ont déjà sauvé une famille de canards.

    Les sapeur·euse·s-pompier·ère·s ont effectué un total de 477 interventions

    On a également noté que pendant Balélec ceux·elles-ci sont particulièrement demandé·e·s, totalisant 30 interventions pendant la semaine de l’édition de cette année. Nos lecteur·ice·s sont dès lors prévenu·e·s. Dans le besoin il est possible de les contacter en composant le 115 à partir d’un téléphone fixe ou le 021 693 30 00 depuis un téléphone portable. Enfin, si vous ressentez une perte de sens face à vos nombreux séminaires, travaux pratiques ou cours ex-cathedra, n’hésitez pas à les rejoindre. Le SDISS recrute des volontaires et les forme aux interventions usuelles même si, actuellement, leur effectif est au complet.

    Thérapies et accompagnement

    Autrement, il faut aussi rappeler que les 18-25 ans sont une population à risque quant à la santé mentale et comme le campus voit cette tranche d’âge tout particulièrement, l’Unil prévoit là-aussi des solutions de proximité. L’unité ambulatoire d’accueil et d’intervention en lien avec le CHUV est présente à Unicentre au bureau 227 pour accueillir les étudiant·e·s en cas de difficultés. Que ce soit pour une baisse de motivation, de l’anxiété ou des difficultés relationnelles ou autres, l’unité propose des interventions de quatre entretiens suivis d’un bilan, le tout dans la confidentialité.

    Les 18-25 ans sont une population à risque quant à la santé mentale

    Il est possible de prendre contact directement sur leur site

    https://www.unil.ch/accueilsante/fr/home.html.

    Assistance médicale

    Il se peut aussi que dans un campus aussi agité des étudiant·e·s se blessent, trébuchent dans les escaliers ou mangent de la nourriture avariée dans les cafétérias, une fois n’est pas coutume. Dans ce genre de cas de figure, il y a l’accueil santé. Infirmier·ère·s et docteur·esse·s accueillent les étudiant·e·s gratuitement à l’Anthropôle 1056. À ce propos, si vous êtes victime ou témoin d’un accident, vous pouvez appeler le 115 depuis un fixe comme pour les pompiers ou le 021 692 20 00 depuis un mobile. En plus d’être secouru·e, il est possible de leur poser des questions sur la santé sexuelle, la gestion du stress ou encore les réflexes à adopter pendant les moments festifs. Et si ce n’était pas suffisant, il est à noter que l’unité propose aussi des journées de sensibilisation pendant lesquels les soignant·e·s proposent, par exemple, des massages aux étudiant·e·s !

    Clément Porchet

  • Attention, gare aux plats!

    Attention, gare aux plats!

    PLONGEON • Entre l’appréhension et l’attrait d’une chute plus longue qui offre davantage de sensations et de temps pour effectuer des figures, plongeuses et plongeurs de haut vol repoussent toujours les limites du possible.

    C’est depuis une plateforme surplombant l’eau de plus de vingt mètres que les adeptes de plongeon de haut vol s’élancent pour effectuer vrilles et autres rotations variées. À cette hauteur, plus de deux fois celles des plateformes olympiques, tout doit être maitrisé pour éviter la moindre erreur.

    Une pratique qui ne date pas d’hier

    Que ce soit depuis des falaises, des arbres ou encore des plongeoirs aménagés, les possibilités de sauts sont multiples et ne s’arrêtent pas aux plateformes du circuit de compétition. D’ailleurs, le plongeon de haut vol est une pratique soi-disant originaire de Hawaii et remontant à la fin du 18ème siècle. Après s’être propagé à travers le monde, le plongeon de haut vol a longtemps été rattaché au monde du spectacle, mais c’est la marque de boisson énergisante donnant des ailes qui va en faire une discipline à proprement parler. Après avoir organisé une première compétition sans classement en Suisse en 1997, c’est à partir de 2009 que la marque va mettre en place les premières compétitions internationales masculines. Cependant, il faut attendre 2013 pour voir la première étape du circuit de compétition ouverte aux femmes. La Fédération internationale de natation a ensuite lancé les premiers championnats du monde en 2015.

    Voltiger avec le risque

    En compétition, c’est depuis une hauteur de vingt et un mètres pour les femmes et de vingt-sept mètres pour les hommes que les athlètes s’élancent. L’entrée dans l’eau se fait exclusivement par les pieds. L’impact avec la surface de l’eau est trop important pour se risquer à rentrer tête la première, encore plus si plusieurs sauts doivent être exécutés.

    Tout doit être maitrisé pour éviter la moindre erreur

    Le temps de chute depuis une hauteur de vingt-sept mètres est d’environ trois secondes et l’arrivée dans l’eau se fait en moyenne à quelque 85km/h. En plus de cela, les nombreuses figures ajoutent de la complexité et des risques. Une maîtrise parfaite est donc nécessaire.

    Rémy Pralat

  • C’est moi qu’on enterre là?

    C’est moi qu’on enterre là?

    TAPHOPHOBIE • Bien que se réveiller après avoir été déclaré·e mort·e semble être très peu probable, cela arrive plus souvent que ce que l’on croit. Mais comment est-ce possible? Est-ce une erreur de diagnostic ou une résurrection aux raisons mystérieuses?

    La peur de mourir est un sentiment plutôt normal, mais avez-vous déjà entendu parler de la peur de ne pas être mort·e? Et au moment de l’enterrement, se réveiller dans son cercueil et se rendre compte qu’on est sur le point de se faire enterrer vivant·e…

    Est-ce que l’on se réveille vraiment?

    Parfois, il est possible que le·la défunt·e semble revenir à lui. Le·la voir respirer, bouger, voire même ouvrir les yeux depuis son cercueil est une situation possible. Toutefois, ces gestes sont rarement dus à un réel retour à la vie. Bien que peu de mouvements soient enregistrés après la mort, l’injection de médicaments avant le décès est à l’origine de ces dernières contractions musculaires. Cependant, il est bien plus souvent arrivé que des personnes reviennent vraiment à la vie à la morgue ou le jour de leur enterrement. Parfois, la raison de cette résurrection reste mystérieuse et inexpliquée, mais pour la plupart des cas, la science a trouvé une explication à ce phénomène.

    L’erreur médicale

    En 2014, plusieurs cas de personnes âgées sauvées de justesse après avoir passé plusieurs heures dans leur cercueil ont été enregistrés. Dans la majorité des cas, cela est dû à une réelle erreur de jugement de la part du médecin légiste, comme lorsqu’un septuagénaire a assisté malgré lui à ses funérailles car, trop malade, son activité cérébrale était quasiment nulle. Par chance, un employé s’est rendu compte de ses faibles mouvements et une ambulance a pu le prendre en charge suffisamment rapidement. Dans une autre situation, cela était dû au fait que le pacemaker du sénior s’était éteint. Pourtant, celui-ci a pu se faire entendre en donnant des coups de pied depuis sa boîte mortuaire. Heureusement, lui aussi a pu être secouru à temps et vivre quelques années de plus. Évidemment, il n’existe aucun chiffre sur le nombre de personnes décédées par étouffement au fond de leur tombe dans le cimetière, mais cela doit être assez rare.

    Les mort·e·s-vivant·e·s

    Il existe encore un autre scénario possible. Celui-ci survient principalement lorsque la mort a été causée par une intoxication médicamenteuse ou par une noyade en eau glacée, voire par tout type d’hypothermie. Lors de ces évènements, les cellules du corps consomment moins d’énergie et d’oxygène, entrant ainsi dans une sorte d’hibernation. Le médecin peut alors déclarer cette personne comme étant décédée, alors que, miraculeusement, son sang va se remettre à circuler une fois le corps réchauffé. L’individu se remet à vivre… mais cela n’est que de courte durée, car malheureusement le coeur, lui, n’est pas fait pour tenir aussi longtemps sans battre. Si le corps est resté plus de quinze ou vingt minutes dans cet état végétatif, même après la résurrection, le coeur va s’arrêter pour ainsi mourir successivement une deuxième fois. Soyez donc bien prudent·e·s pour la saison de ski qui va bientôt arriver. Il serait malheureux de faussement mourir sous une avalanche…

    Karen Ruffieux

  • Candidat·e·s aux Fédérales

    Candidat·e·s aux Fédérales

    POLITIQUE • Benjamin Meuwly, Romane Benvenuti, Léa Pacozzi et Elouan Indermühle font partie des 1942 candidat·e·s romand·e·s à s’être lancé·e·s dans la course aux élections fédérales. Alors que les partis de jeunesse ne récoltent qu’un nombre limité de suffrages, L’auditoire s’est demandé quelles étaient les motivations de ces politicien·ne·s encore aux études.

    Dans un Parlement suisse où la moyenne d’âge est à 51 ans à la Chambre basse et 57 ans à la Chambre haute, il est légitime de se questionner sur la présence, dans le pays, de jeunes adultes engagé·e·s en politique. Pourtant, ils·elles sont motivé·e·s. Les quatre candidat·e·s au Conseil national définissent tous et toutes leur section — les Jeunes UDC, les Jeunes Vert·e·x·s, la Jeunesse socialiste et les Jeunes Libéraux-Radicaux — comme indépendante et proche idéologiquement du parti mère, mais… ils·elles osent aller plus loin. C’est un calcul politique, selon l’UDC Elouan Indermühle. En effet, comme les listes électorales des Jeunesses sont sous-apparentées, les voix sont reportées à la branche principale du parti. Les propositions plus clivées permettent ainsi de ratisser plus largement dans l’échiquier politique. Par exemple, la Jeunesse socialiste vaudoise défend la lutte contre le capitalisme — défini par Léa Paccozi comme «un système de surconsommation, de surproduction», avec l’enrichissement des plus riches — et la décroissance, plutôt que de «trouver des solutions alternatives pour continuer dans le même système», explique-t-elle.

    Un apprentissage politique

    Si les Suisses de 18 ans à 30 ans représentaient 18% de la population fin 2019, seules deux personnes de cette tranche d’âge sont présentes au Parlement. «C’est un peu impossible, d’être élu en tant que jeune», reconnaît Benjamin Meuwly. Cependant, il s’agit d’apporter de «la visibilité pour les idées qu’on porte, pour soi-même». Le Jeune PLR, tout comme Elouan Indermühle, mentionnent l’enjeu formateur de la campagne électorale.Dans un champ politique majoritairement âgé et masculin, prouver sa légitimité s’avère parfois difficile. Pour contrer les «barrières dans nos têtes», la socialiste Léa Pacozzi précise que l’opinion des jeunes adultes intéresse les plus âgé·e·s. «Voter pour les jeunes, ce n’est pas voter pour des gens qui ne sont pas capables», ajoute Benjamin Meuwly. Le libéral-radical rejette la corrélation entre le manque d’expérience et la compétence.

    Au sein de l’UDC, Elouan Indermühle indique qu’il est difficile d’«être convaincant·e·s» lorsque l’on est jeunes. Au contraire, chez les socialistes ou les écologistes, «on essaie de gommer un maximum l’âge» pour valoriser «la volonté et l’engagement, ce qui est très louable chez les partis de gauche», explique le Lausannois.

    Mobiliser la nouvelle génération d’électeur·rice·s

    La participation électorale des jeunes est une préoccupation pour les politicien·ne·s interrogé·e·s. «Ça me désespère un peu», souffle Romane Benvenuti. Pour contrer ce phénomène, la Verte a la volonté de mobiliser son entourage ou les passant·e·s afin «qu’un maximum de gens votent pour les enjeux» qu’elle considère importants.

    Portrait Etudiant·e·s

    Lea Pacozzi 23 ans

    En passe de terminer son Master en administration publique à l’Université de Lausanne et ancienne co-présidente de la Fédération des Associations d’étudiant·e·x·s (FAE), elle s’est battue durant la pandémie de Covid-19 pour les enjeux liés aux étudiant·e·s, avant d’intégrer l’Union des Etudiant·e·s Suisses (UNES). Son adhésion au PS en a résulté afin de continuer à défendre les valeurs sociales, notamment dans la commune d’Epalinges où elle a été élue conseillère communale.

    Romane Benvenuti 21 ans

    Fraichement diplômée d’un Bachelor en sciences sociales, Romane Benvenuti s’est également engagée en politique en automne 2020. Si les enjeux sociétaux ont toujours capté son intérêt, son penchant pour la politique a surtout fleuri après son adhésion aux Jeunes Vert·exs – un «parti de jeunes qui se bat pour son futur parce qu’il craint l’urgence climatique» – et son élection au conseil communal de Lausanne.

    «Voter pour des jeunes, ce n’est pas voter pour des incapables»

    Benjamin meuwly

    Les personnes les plus mobilisées ne seront pas impactées par «le réchauffement climatique ou toutes les crises politiques qu’on va subir», indique-t-elle en référence au taux de participation électorale élevé des retraité·e·s. Benjamin Meuwly, pour sa part, spécifie qu’il préfère encore «que les gens votent pour quelqu’un d’autre» que lui à la place de ne «rien faire du tout». Selon lui, «il faut oser exprimer son avis, ses idées». Voter permet également de se positionner face aux injustices, considère Elouan Indermühle. Si les jeunes ne souhaitent pas participer, ils·elles ne peuvent pas se plaindre «que la Suisse va dans une certaine direction», estime-t-il.

    En cas d’élection, car «rien n’est impossible en démocratie», sourit Benjamin Meuwly, chaque candidat·e souhaite porter ses idées et ses valeurs sous la Coupole fédérale. Pour l’étudiant en lettres, trois points du programme des JLR vaudois le touchent particulièrement. Il s’agit tout d’abord de réhabiliter le nucléaire pour la transition énergétique, afin de «se débarrasser des énergies fossiles». Il désire éviter que les couples mariés perçoivent plus d’impôts que les concubins, en instaurant l’imposition individuelle. Son troisième cheval de bataille est la légalisation du cannabis, pour permettre d’engendrer des revenus à l’État grâce aux taxes, mais aussi de protéger les consommateur·rice·s. La Jeunesse socialiste vaudoise se concentre sur quatre thématiques: l’immigration, l’écologie, le pouvoir d’achat et le féminisme. Les deux derniers points cités sont ceux où Léa Pacozzi se retrouve le plus.

    Portrait Etudiant·e·s

    Benjamin Meuwly 22 ans

    L’étudiant en lettres à l’Université de Lausanne a rejoint en septembre 2020 le PLR, «le parti de la liberté, de l’innovation celui qui n’a pas peur du futur», comme il l’a lui-même défini. Secrétaire général chez les jeunes libéraux-radicaux vaudois et chargé de projet dans le cadre de la campagne pour les fédérales du parti mère, il baigne dans la politique depuis son enfance.

    «Quand tu es une femme, il faut avoir une position de pouvoir pour qu’on te prenne au sérieux»

    lea pacozzi

    Amener ses idéaux à Berne

    En s’impliquant en politique, la conseillère communale d’Epalinges s’est rendue compte des différences genrées en termes d’images et de crédibilité. «Quand tu es une femme, il faut avoir une position de pouvoir pour qu’on te prenne au sérieux», déplore-t-elle. Elle veut se battre pour un système plus égalitaire, à travers une répartition plus juste des richesses entre les grandes fortunes et les plus démuni·e·s. Romane Benvenuti souhaite aussi une meilleure distribution des ressources à travers «une plus grande taxation des personnes ultra-riches en Suisse». Elle aimerait une revalorisation des bas salaires, des retraites et du travail féminin. En termes de lutte contre la crise climatique, la jeune sociologue préconise un changement des «dynamiques des grandes entreprises qui polluent le plus» et des placements financiers de la Confédération. En somme, la décroissance paraît être, pour la Verte, la seule solution afin de combattre ces problèmes structurels. La politique étrangère est l’intérêt principal d’Elouan Indermühle. Il souhaiterait par conséquent que la Suisse adhère aux BRICS, un consortium composé actuellement du Brésil, de la Russie, de l’Inde, de la Chine et de l’Afrique du Sud. Le but serait de prendre le contre-pied des mesures pro-occidentales et se tourner vers «les pays émergents qui ont le droit de revendiquer une recentralisation du pôle décisionnel de la planète». Cela permettrait à la Suisse de «revitaliser» sa position de nation neutre.

    Elouan Indermühler 26 ans


    Elouan indermühle siège aussi au Parlement de la Ville de Lausanne et figure sur la liste des Jeunes UDC. Le futur étudiant en Relations internationales à l’Université de Genève est rodé, puisqu’il s’agit de sa troisième participation aux élections fédérales. Membre du parti agrarien depuis 2009, il considère que son orientation politique résulte de son chemin de vie et défend la souveraineté de la Suisse.

    «une plus grande taxation des personnes ultra-riches en Suisse»

    Romane benvenuti

    En termes de politique intérieure, le jeune UDC postulerait pour une libéralisation du marché du suicide assisté afin que les personnes qui souhaitent mettre fin à leurs jours puissent le faire «en toute dignité». Il s’agirait de créer une «structure avec un accompagnement psychologique et légal». Ce pari sur l’avenir permettrait d’éviter un choc pour les proches et de briser le tabou du suicide en rendant la population «plus apte à parler du mal-être».

    Des inquiétudes et des espoirs

    Pour Romane Benvenuti, le manque de mesures pour réduire les émissions de gaz à effet de serre et la peur de la migration occasionnée par les «conditions climatiques que l’on a nous-mêmes causées», se traduisant par un vote pour la droite ou l’extrême droite, la paralysent. La Verte souligne toutefois une «prise de considération d’un environnement plus adapté au changement climatique» dans les villes. La socialiste Léa Pacozzi estime qu’avec sa politique climatique, la Suisse va un peu droit dans le mur. Elle espère par conséquent la mise en place d’un filet social solide pour éviter que les plus démuni·e·s paient pour toute la population. Elle se félicite tout de même que son parti soit «suivi par la population sur plusieurs thématiques» notamment à travers la lutte pour les droits sociaux et le pouvoir d’achat.

    Les voix des listes électorales des Jeunesses sont reportées à la branche principale du parti

    Également inquiet pour le climat, le libéral radical Benjamin Meuwly se bat contre la décroissance, qu’il considère comme «notre tombeau plutôt que notre renouveau». Il souhaite aussi une meilleure pérennisation du système social suisse. Il évoque d’ailleurs sa crainte, définie comme secondaire, du wokisme, «un problème moral qui prend de plus en plus de place dans le champ politique». Il se montre cependant optimiste pour l’avenir grâce aux «jeunes qui s’engagent dans tous les partis» avec la volonté de «régler les problèmes». Elouan Indermühle, de son côté, évoque «la dictature du politiquement correct et l’individualisme, avec l’impression qu’aujourd’hui, dans la tendance sociale des gens, on essaie de diviser les individus au lieu de les rassembler». Il redoute que cela débouche sur un conflit sociétal. L’UDC rappelle cependant les résultats du sondage mandaté par la SSR, qui définit les shabitant·e·s comme majoritairement heureux·ses. Ce «bonheur d’être Suisse signifie que la population est capable de réflexions, qu’elle est consciente de ses privilèges et qu’elle souhaite les chérir», conclut-il.

    Propos recueillis par Mérande Gutfreund

  • Un problème pas ludique

    Un problème pas ludique

    Photo : ©Pixabay

    SANTE • Le moustique est l’animal qui cause le plus de morts chaque année chez l’être humain (en moyenne 600’000 décès). Il est vecteur de nombreux fléaux nommés dengue, zika, chikungunya ou malaria, au point que l’éradication planifiée de certaines espèces est envisagée.

    Si le moustique peut agacer, voire gâcher certaines soirées d’été sous nos latitudes, le problème est d’une autre ampleur dans l’hémisphère sud, en particulier en Afrique subsaharienne. En effet, près de 50% des cas de paludisme, autre nom de la malaria, sont concentrés entre quatre pays seulement: le Nigéria (27%), la République démocratique du Congo (12%), l’Ouganda (5%) et le Mozambique (4%). En Europe, la maladie a presque complètement disparu depuis le 19ème siècle, principalement en raison de l’assèchement des zones humides et marécageuses. Si la lutte contre le paludisme a connu quelques progrès ces vingt dernières années, ils sont considérés insuffisants par les spécialistes. Manque de fonds, conflits armés et crise sanitaire ne sont que quelques ingrédients de cet échec qui pèse avant tout sur les enfants de moins de cinq ans et les femmes enceintes.

    Pourquoi les moustiques piquent

    Tous les moustiques ne piquent pas. C’est le cas par exemple des espèces de grande taille qu’on nomme cousins. Par ailleurs, pour les autres, ce sont les femelles uniquement qui piquent les humain·e·s, car elles ont besoin de certaines protéines, présentes dans le sang, pour faire maturer leurs oeufs. Les mâles se contentent pour leur part de nectar de fleurs. Lorsqu’elles piquent, les femelles injectent de la salive anticoagulante afin de fluidifier la prise de sang. Les boutons et démangeaisons qui en résultent chez l’humain sont une réaction allergique. Les moustiques peuvent donc être contaminés lors du prélèvement de sang, et infecter un humain lorsqu’ils injectent leur salive, ce qui explique leur potentiel redoutable de dissémination des maladies.

    Tous les moustiques ne piquent pas

    En eaux stagnantes

    La lutte contre les moustiques existe depuis longtemps. Alors qu’on se pensait au seuil d’une grande révolution chimique dans les années 1950, avec la généralisation des pesticides et larvicides en tous genres, il s’avéra que les larves développaient rapidement des résistances et qu’il était toujours nécessaire de développer de nouveaux produits. Les mesures d’aménagement du permettent, elles, de limiter la propagation de certaines espèces. Depuis les années 2000, dans la ligne des avancées faites en génomique, certain·e·s chercheur·euse·s défendent l’idée de modifier génétiquement certaines espèces de moustiques, en les rendant stériles. Cette idée d’extermination planifiée fait débat entre ceux·celles qui prétendent diminuer marginalement la diversité du génome des moustiques et ceux·celles qui mettent en avant notre incompréhension de l’importance globale du moustique dans la chaîne alimentaire.

    Jacques Soutter

  • Ça a géchan, les héroïnes

    Ça a géchan, les héroïnes

    Photo : ©Ella Don

    ICÔNES • Qu’elles soient dans les jeux vidéo ou les bandes dessinées, les héroïnes sont omniprésentes… et les stéréotypes qui leur sont associés aussi. Une jeune association lausannoise tente de renverser la vapeur: Femigeeks, qui lutte pour mettre en avant des contenus safe.

    Quand on ouvre un manga, on est rapidement frappé·e par le style propre à chaque mangaka, mais également par certains stéréotypes qui se répètent au fil des pages… En effet, au fur et à mesure des scènes d’action, on remarque un certain nombre de redondances sur les personnages féminins: les femmes ont une poitrine exubérante et des proportions très loin de la réalité anatomique.

    «Il faut que les femmes puissent avoir un espace à elles»

    Natalia Aravena – co-fondatrice de Femigeeks

    Quand elles ne sont pas occupées à soigner un protagoniste masculin, elles sont bien souvent réduites à leur sexualité, alors même qu’elles ne sont parfois âgées que d’une quinzaine d’années…

    L’heure du changement

    Une toute jeune association a vu le jour en 2021 sur la scène lausannoise, au nom révélateur des idéaux qu’elle prône: Femigeeks. Comment ce projet a-t-il vu le jour? «Je suis gameuse depuis très longtemps. L’idée de l’asso est venue quand je cherchais des jeux sympas auxquels je pouvais jouer. Je voulais jouer une perso féminine et le problème est que je n’en trouvais pas, ou alors je tombais sur des choses qui ne me correspondaient pas», confie Natalia Aravena, co-fondatrice de Femigeeks. «Il faut que les femmes puissent avoir un espace à elles». L’association compte actuellement une petite poignée de personnes qui se complètent en fonction de leurs passions, de la BD aux jeux vidéo, en passant par les mangas. Leur but? «Créer une plateforme où des femmes peuvent piocher dans les oeuvres qui ont été passées au crible par les membres de Femigeeks. Ce sont des contenus safe, on met des trigger warnings s’il y a des soucis tels que de la violence par exemple». Cette association est pionnière dans son domaine en Suisse.

    Une passion qui a son revers

    En discutant un peu avec Natalia, on se rend vite compte que la communauté gamer n’est pas toujours safe. «Il y a plusieurs filles de l’asso qui refusent de mettre leur micro en multijoueur. Moi, je le fais», sourit Natalia. «Mais j’ai souvent eu des remarques. Certaines communautés sont réputées pour être toxiques – CS, LoL, etc. Mais j’ai un fort caractère, je ne laisse pas passer les remarques. Et je m’en sors plutôt bien dans la communauté dans laquelle je joue». Mais alors, comment faire pour améliorer cet espace?

    Des jeux déjà biaisés

    «Dans beaucoup de jeux, ce sont des personnages masculins qui sont les protagonistes, qui ont un physique spécifique, très musclé. Les femmes sont des amoureuses, l’objectif du jeu à atteindre, et sont très sexualisées, alors que ce n’est pas nécessaire pour l’histoire – par exemple dans le jeu Bayonetta. Mais avec le temps, il y a de plus en plus de jeux où tu peux créer toi-même ton personnage, comme Skyrim, Elden Ring», analyse Natalia. L’évolution serait-elle amorcée? «On y va gentiment. Mais ce n’est pas encore ça. Les personnages féminins ont des capacités de soin, on a peu de guerrières.» Nous évoquons ensuite des pistes d’amélioration. «C’est un problème structurel. Les boîtes qui conçoivent les jeux veulent engranger un bénéfice, et regardent donc ce qui fonctionne. Mais avec le Covid, on a remarqué que de plus en plus de femmes jouaient, et on commence à adapter les jeux – je pense à Assassin’s Creed, par exemple. Si on regarde les statistiques, je crois qu’il y a une fourchette de 30 à 40% des joueurs qui sont en réalité des joueuses», décrypte Natalia.

    «Les femmes sont des amoureuses, l’objectif du jeu, et sont très sexualisées»

    Natalia Aravena – co-fondatrice de Femigeeks

    Et quid des personnes non-binaires, trans, ou plus généralement de la communauté LGBTQ+? Il y a des petits changements dans ce milieu. «Un jeu appelé Celeste est sorti récemment, qui métaphorise la transition. Et comme on peut de plus en plus modeler ses personnages, on peut avoir des relations avec des personnes de même sexe. Cela se démocratise petit à petit, même s’il y a toujours une petite frange de joueurs qui trouvent cela inadmissible». La route est longue, mais le mouvement est amorcé.

    Pour plus d’infos:

    https://www.instagram.com/femigeeks/

    https://femigeeks.com/

    Marine Fankhauser

  • Zoom sur la palme d’or 2023 : La spectatrice en chute libre…

    Zoom sur la palme d’or 2023 : La spectatrice en chute libre…

    Après un registre comique bien maîtrisé avec Victoria (2019), la réalisatrice Justine Triet revient avec Anatomie d’une chute qui décroche la palme d’or 2023. Elle devient la troisième réalisatrice à remporter le fameux Graal après Julie Ducournau pour Titane (2021) et Jane Campion pour La leçon de piano (1993).

    Justine Triet s’impose cette fois-ci dans un thriller judiciaire. Le film va suivre le procès d’une femme, Sandra, accusée du meurtre de son mari après que celui-ci ait été retrouvé par leur fils de 11 ans, ensanglanté et étalé dans la neige, devant le chalet familial. Une enquête s’ouvre pour déterminer la cause de cette chute. Suicide ? Meurtre ? C’est presque en huit-clos que nous allons suivre le procès aux assises de Sandra seule suspecte possible… Faute de preuve formelle, le contenu du procès va graviter autour de la reconstitution tantôt objective de la scène du crime par des experts, tantôt de manière subjective en disséquant la faillite du couple.

    La réalisatrice revient avec ses thèmes et actrices fétiches avec l’hypnotisante Sandra Hüller dans le rôle homonyme de la suspecte. Ce long-métrage a vocation de « mettre en récit » selon différents points de vue les péripéties qui ont traversé le couple et qui aurait pu motiver la femme à commettre le crime. Justine Triet mêle également justice et littérature avec la profession des protagonistes, tous deux écrivain·e·s, mais aussi avec les références littéraires utilisées lors du procès, l’avocat général citant directement un passage d’un des livres de Sandra pour l’incriminer. Comme dans le reste de sa filmographie, Justine Triet consacre une place centrale à la parole. Les personnages qu’elle choisit dans ses films ont souvent l’art de manier les mots : ils sont écrivain·e·s, avocat·e·s ou psychanalystes. Ce long-métrage se concentre ainsi sur la manière dont Sandra raconte sa relation avec son mari. Il s’agit de montrer les différentes subjectivités des personnages qui tentent de mettre en mots les tensions latentes existantes au sein du couple qui conduiront au drame. Tout cela est illustré au milieu du film par une scène de disputes viscéral et d’un réalisme brutal.

    Ce long-métrage a vocation de « mettre en récit » selon différents points de vue les péripéties qui ont traversé le couple et qui aurait pu motiver la femme à commettre le crime.

    Si le film opère un retournement intéressant sur les enjeux de pouvoir et la manière dont des frustrations peuvent se cristalliser dans l’histoire d’un couple, la réalisatrice propose, à travers des plans proches et dépouillés de tout artifices, un film brut très intimiste. Il s’étire néanmoins longuement (2h30 de durée) et peut risquer de plomber l’ambiance pesante qu’il arrive pourtant à installer en début de séance.

    Je ressors ainsi de la salle avec un sentiment perplexe. J’ai été touché par les thèmes du film et leur profondeur ainsi que par le jeu des personnages. J’ai également aimé la manière dont la réalisatrice façonne la personnalité des protagonistes. Cependant, je trouve qu’il manque un petit quelque chose au film pour en faire un grand film. Personnellement, je trouve très difficile d’être réellement transporté au niveau artistique lorsque l’on a affaire à un film qui s’apparente au documentaire hyperréaliste.

    Les relations de pouvoirs dépeintes à travers le drame ne laissent néanmoins personne indifférent·e et promettent de longues discussions après le visionnage. Je vous conseille donc d’aller le voir accompagné pour réveiller le film avec une discussion post-séance.

    Et vous, qu’avez-vous pensé du film ? Vos avis nous intéressent !

    N’hésitez pas à nous faire parvenir vos ressentis à auditoire@gmail.com.

    Alexandra Bender