• Quand Hollywood rencontre Paris et l’apocalypse

    Quand Hollywood rencontre Paris et l’apocalypse

    SÉRIE: Qui a dit qu’on ne pouvait pas voyager en temps d’apocalypse? Daryl Dixon, célèbre personnage de la série culte The Walking Dead, s’offre un spin off en traversant l’Atlantique. Mais que se passe t’il lorsque la survie croise la culture française?

    The Walking Dead: Daryl Dixon est une nouvelle série qui est apparue sur nos écrans en septembre 2023. La série est un spin off de l’univers The Walking Dead, célèbre série d’horreur qui s’est achevé en novembre 2022, après 12 années de diffusion. Série déjà culte depuis plusieurs années, nous y suivons le parcours de survie de nombreux·ses personnages, dont Daryl Dixon, à travers une Amérique apocalyptique où un virus sévit et transforme les humains en créatures monstrueuses et dangereuses que l’on nomme «rôdeurs». Les fans, toujours plus désireux de cet univers vaste et complexe que la série abrite, ont attendu avec impatience, cette série dérivée portant sur l’un des personnages préféré du public : Daryl Dixon. Personnage important, il a su conquérir le cœur des spectateurs et ce malgré son aspect brut et relativement asocial. Ainsi, avec cette nouvelle série dérivée, on s’engage un peu plus dans cet univers apocalyptique, sans maquer d’envisager les choses autrement par ce choix de la production d’emmener le héros, presque ridiculement et caricaturalement américain, en France.

    France et culture

    Au commencement, nous découvrons Daryl Dixon, échoué malgré lui sur les côtes françaises. Perdu dans un pays dont il ne connait réellement que le nom, le héros survit et tente de rentrer chez lui à tout prix. Mais la France est grande et la survie s’est accommodée des coutumes. Ainsi, par son aventure, nous découvrons que cabarets et spectacles burlesques survivent aux côtés des plus grands tableaux de Paris, dans les catacombes de la capitale. Le chemin est long, les rencontres fortuites et la langue ne sont pas un problème. Nos frenchies sont bien connu·e·s pour leur accent, mais les expatrié·e·s américain·e·s font également partie de l’horizon quotidien des grandes villes. Ces dernières survivent et tout le paysage culturel de la France semble y apparaitre. On vit avec espoir dans le pays où l’apocalypse a commencé. Mais elles survivent autant qu’elles rappellent l’Histoire. La culture de l’art et de la fête est une chose évidement importante en France, mais la culture française ne se résume pas à cela. Outils de tous temps, gens de tous lieux, tout cela cohabite dans une histoire unique qui se raconte en divers langues et divers horizons. Si le rayonnement de la France semble dépasser le temps et même une apocalypse de «rôdeurs» et de «variants», tels qu’on les découvre en France; le goût de l’histoire semble rester une constante chez le peuple français.

    France et Histoire

    La série ne cesse de remuer l’Histoire: ce n’est ni la première apocalypse que connait la France, ni sa première occupation. Un Américain qui débarque sur les côtes françaises, ne peut que tristement rappeler la Seconde Guerre Mondiale ainsi que le débarquement en Normandie, de milliers de soldats américains volontaires. Plusieurs fois, la série semble rappeler cette envie partagée de lutter pour la liberté. Plus que cette simple envie, les personnages eux·elle-mêmes invoquent la fraternité des deux États, durant cette époque dépassée. Si l’apocalypse, dans la série, débute en août 2010, Daryl Dixon n’apparait en France qu’au moins 12 ans, si ce n’est 15 ans après le début du drame. Ainsi, le goût des Françai·e·s pour l’Histoire ne leur échappe décidément jamais, et ce même en temps d’apocalypse. Mais plus que des frenchies, on y découvre également le ressenti d’un américain dont la famille a subi le deuil de cette fraternité.

    Entre tourments, luttes et rencontres bouleversantes, cette première saison de The Walking Dead : Daryl Dixon, nous offre une fin touchante qui ne nous en donne décidément jamais assez de nos joies françaises dans le monde du cinéma.

    Mikii

  • Particularités helvétiques

    Particularités helvétiques

    ECHANGE • Les étudiant·e·s du cours TANDEM «pratique de l’oral en tandems interculturels» de l’École de français langue étrangère, sous la supervision de Mme Myriam Détraz, ont préparé pour L’auditoire des anecdotes sur leur expérience et découverte de la culture suisse.

    Ponctualité helvétique

    Nous étions en route pour le cours et là, je semblais un peu stressé (d’après ce que ma collègue, qui vient d’Italie, m’a raconté), car nous n’avions pas encore pris place 10 minutes avant le début. Ma collègue a un peu souri, car elle m’a dit qu’en Italie, on arrive 15 minutes après le début du cours et que c’est normal chez eux. Ici, en Suisse, on arrive «trop à l’heure», c’est-à-dire environ 5-10 minutes avant le début, selon la devise: «Ponctuel comme une horloge suisse», selon ma collègue.

    (Elena, Suisse)

    Comme dans les magazines

    Je ne sais pas si c’est parce que je suis arrivée en Suisse à la fin d’été, alors qu’il y avait encore beaucoup de soleil, mais la première chose que j’ai remarquée dans le train de l’aéroport a été «wow… tous les gens sont vraiment beaux…». Moi, je ne me considère pas comme moche, mais bien sûr je ressemble à quelqu’un qui a passé les vingt dernières années dans un pays avec un indice UV qui n’atteint que 3 ou 4 même pendant l’été. Tout le monde en Suisse me semblait avoir une certaine allure de jeunesse et de santé qui me manquait. C’était comme regarder les gens dans un catalogue de vêtements; des gens normaux, du quotidien, mais sans doute plus attractifs que la moyenne. Pourrait-il y avoir quelque chose d’autre, de plus que l’exposition au soleil? Et c’est là que j’ai pensé que peut-être c’était la magie d’un régime composé de charcuterie et de chocolat. De toute façon, il n’y avait qu’une seule manière de savoir: vivre comme les locaux. Jusqu’à maintenant je n’ai pas noté de différence dans mon apparence, mais mes poches sont évidemment plus vides.

    (Elyse, Ecosse)

    Les étudiant·e·s de l’Unil, poli·e·s ou timoré·e·s?

    Les Néerlandais·es sont direct·e·s et bruyant·e·s. En général, nous savons cela de nous-mêmes, mais ce n’est qu’à l’étranger que nous y sommes confronté·e·s. Il en va de même dans les salles de cours. Avec un sourire enjoué, le professeur commence son cours en posant quelques questions sur la matière. Qu’avez-vous pensé de cet article?  Et… la salle est restée complètement silencieuse. La question a été répétée: tout le monde avait-il compris? Pas de réponse. Après une troisième fois, quelques étudiant·e·s hochent la tête et marmonnent. C’est avec une grande stupéfaction que j’ai assisté à tout cela. Aux Pays-Bas, vous auriez dû faire de votre mieux pour ajouter quelque chose. Est-ce de la politesse? Est-ce de la timidité?

    (Bouke, Pays-Bas)

    Le dimanche un jour tranquille

    Un dimanche après mon arrivée, j’ai voulu faire ma lessive, mais je n’ai pas réalisé qu’il n’est pas normal en Suisse de faire du bruit excessif un dimanche. Étant donné que la machine à laver fera un bruit qui pourrait déranger les voisin·e·s de l’appartement, je pensais que j’avais réussi à ne pas déranger mes voisin·e·s en ne faisant pas ma lessive le samedi soir (après 22h). Alors, le dimanche matin, je me suis réveillée tôt et j’ai pris ma lessive à laver. Lorsque ma colocataire m’a vue, elle m’a demandé: «Où vas-tu avec tous ces vêtements? Tu voyages quelque part et tu ne me l’as pas dit?» Je lui ai répondu «non, je vais faire la lessive» et elle m’a dit que je ne pouvais pas faire ça parce que le dimanche nous ne faisons pas de bruit. Je suppose que les dimanches sont des jours très calmes en Suisse, alors nous avons regardé des films et mangé des pizzas et des glaces, et j’ai fait ma lessive le lendemain.

    (Ekua, Ghana)

    Baignade, plage et féminisme

    En été, j’ai vu plusieurs femmes qui nageaient dans le lac sans un haut de bikini, qui sont donc à demi nues. Ça m’a vraiment choquée parce que ce n’est pas la norme chez moi. Je ne pourrais pas faire ça, mais chacun son choix! Je me sentais un peu mal à l’aise parce que je ne voulais pas que les femmes pensent que je les regardais et je ne voulais pas non plus sembler irrespectueuse. Je pense que c’est une excellente chose du point de vue culturel, car cela me rappelle le féminisme. Pourquoi devrait-il être normal pour les hommes de nager torse nu, mais pas pour les femmes?

    (Poppy, Angleterre)

    Pourquoi devrait-il être normal pour les hommes de nager torse nu, mais pas pour les femmes?

    Poppy

    Service spécial

    Quand je suis arrivé en suisse, la première chose que j’ai trouvée bizarre, c’est l’horaire des restaurants. Une fois, je voulais manger dans un restaurant à 20 heures 45, une heure dite normale pour manger à Gibraltar. Ils m’ont laissé manger sans problème et le repas était cher mais délicieux. Cependant, pendant mon repas ils avaient un air un peu bizarre et mécontent mais je n’ai pas trop fait attention à ça, sauf que j’étais la seule personne dans le restaurant donc c’était comme un endroit spécial juste pour moi. Cependant à la fin quand j’ai demandé l’addition, ils m’ont dit que j’étais la seule personne car la cuisine fermait à 21:00 heures. Je me suis senti gêné et mal pour eux car ils ont travaillé une heure supplémentaire de sorte que je puisse manger mon hamburger. C’était drôle mais gênant à la fois.

    (Niran, Gibraltar)

    Recevoir en Suisse

    En Suisse, tout doit toujours être exact et parfait quand on reçoit des invité·e·s. Quand nous recevons des invité·e·s, mes parents font toujours en sorte que tout soit rangé et propre. Très important, en été, la pelouse doit être tondue! Mon père fait aussi secrètement un concours avec notre voisin pour savoir quelle pelouse est la plus belle. En Suisse, l’hospitalité est souvent associée à la précision, à l’ordre et à la perfection. Donc aussi un peu chez mes parents.

    (Aïna, Suisse)

    Prendre le temps de se détendre

    Chaque fois quand je me promène sur le campus, il y a toujours beaucoup de gens qui sont en train de «faire le vide», c’est-à-dire qu’ils ne pensent plus à rien, et se relaxent. Ils ne font rien, ils sont juste allongés au soleil pour se reposer. C’est une grande surprise pour moi que le rythme de la vie en Suisse soit plus lent que d’où je viens. Les gens ne sont pas stressés et c’est aussi la raison pour laquelle ils ont du temps pour faire ce qu’ils veulent.

    (Ted, Taïwan)

    Petites confusions

    Au début, je disais «Madame Nicole» ou «Madame Christina». Cela provoquait une réaction de rire et de surprise. Puis on m’a expliqué que lorsqu’on appelle une femme «Madame», il faut ajouter non pas le prénom, mais le nom. Un autre exemple est que j’ai du mal à me souvenir des déterminants. Et pour avoir l’air plus compétente, quand je demande quelque chose, je dis toujours non pas un/une, mais plusieurs. C’est pour ça que j’achète non pas une glace, mais deux. Je demande de me servir non pas une assiette, mais deux.

    (Anastasiia, Ukraine)

    Un dépôt pour un linge…

    Je suis allée à Zermatt un week-end en octobre, et j’ai séjourné dans une auberge de jeunesse, mais après être arrivée je me suis rendu compte que j’avais oublié mon linge. Heureusement, l’auberge avait des linges disponibles, mais pour les utiliser, il faut déposer trois francs et puis après le retour on récupère l’argent. Pas de problème, j’avais de toute façon l’intention de le rendre aux employées et de récupérer mes trois francs. Mais après avoir fini ma douche, j’ai regardé le linge et j’ai pensé «…c’est de la bonne qualité». Si je ne le redonne pas à l’auberge, je perds trois francs, et ils gagnent trois francs. C’est presque comme si je l’avais acheté, non? Personne ne peut dire que je l’ai vraiment volé. Finalement, je ne l’ai pas gardé, mais je me suis demandé s’il ne vaudrait pas mieux ne pas avoir un échange d’argent dans cette situation.

    (Elyse, Ecosse)

    Où acheter de l’alcool en Suisse?

    Ce qui m’a vraiment surpris en arrivant en Suisse, c’est l’absence d’alcool dans les magasins. Comment pouvait-il être si difficile d’acheter une bière? Sans parler des alcools plus forts! Je pense que c’est l’une des différences culturelles les plus visibles. Je viens de Pologne, et dans mon pays, vous pouvez probablement trouver au moins quelques magasins dans une rue qui vendent de l’alcool. On en trouve dans les supermarchés, dans les épiceries locales, dans les magasins de spiritueux et même chez les petits marchands de journaux. Il n’y a pas non plus de distinction entre l’alcool fort et l’alcool léger. Si un magasin vend de la bière, il vendra aussi du whisky, de la vodka ou du vin. Par exemple, à côté de ma maison à Poznan, une ville polonaise d’environ 500’000 habitants, je peux acheter de l’alcool de toutes sortes dans environ 7 magasins qui se trouvent tous à 5 minutes à pied de ma maison. C’est quelque chose de normal, on peut acheter un snack, un café, un Pepsi, des chips mais aussi de l’alcool. Lorsque je suis arrivé en Suisse et que je suis allé à la Migros, j’ai été surpris de ne trouver de l’alcool nulle part. En marchant dans la rue, je n’ai vu que du vin, mais aucun autre alcool. C’était vraiment étrange.

    (Kacper, Pologne)

    Contrôle aléatoire: plus rapide et efficace

    La situation où j’ai eu un choc culturel, c’est que dans le métro, il n’y a personne pour scanner les billets ou le swiss travel pass, ce qui était bizarre pour moi. La première fois que j’ai utilisé les transports publics à Lausanne, je suis monté à l’avant du bus et j’ai montré mon abonnement suisse au conducteur; et il m’a regardé avec un air un peu confus de quelqu’un qui ne comprend pas pourquoi je montrais mon travel pass. Par la suite, quand j’ai utilisé les transports publics, j’ai appris que tout le monde monte dans le bus ou le métro et que l’État fait confiance aux personnes pour payer et c’est la manière de voyager la plus efficace. Par ailleurs, il y a une machine pour scanner le pass dans le métro et dans le bus, et vous n’avez pas besoin de montrer le pass au conducteur comme en Angleterre. Donc quand je suis monté à l’avant du bus, en effet, j’ai ralenti le conducteur, le service et tout le monde attendait à cause de moi.

    (Niran, Gibraltar)

    Confusion gênante

    Le gros problème pour moi, c’est que les mots français se ressemblent quand on les prononce. C’est très difficile de comprendre un discours. Un jour, je me préparais pour une randonnée et mon voisin m’a donné quelque chose et m’a dit : «C’est un sac à dos». Mais à la place j’ai entendu : «c’est un cadeau». J’ai alors rougi. En fait, ce n’était pas un cadeau. Je me sentais stupide. Ça arrive.

    (Anastasiia, Ukraine)

    Abstinence forcée

    Je voulais faire une soirée vin avec une amie. Nous sommes donc allées à 19h20 chez Denner pour acheter du vin. Le problème, c’est que nous ne savions pas que l’on ne pouvait plus acheter d’alcool ici à partir de 19 heures. Donc nous n’avions pas de vin pour notre soirée vin.

    (Nicola, Allemagne)

    L’heure de manger

    Avant d’arriver en Suisse, je ne savais pas que les Suisse·sse·s étaient très attentif·ve·s à l’heure du dîner (à midi). Quelque temps après mon arrivée, j’ai donc prévu d’aller à la banque. J’avais un cours le matin et pensais arriver à la banque quelques minutes après midi. Pensant que je serais à l’heure, que toutes mes affaires seraient rangées et que je pourrais rentrer chez moi, je me suis rendue à la banque. Mais en arrivant, j’ai découvert qu’elle était fermée pour le déjeuner et qu’elle n’ouvrirait pas avant 14 heures. Imaginez ma surprise, car au Ghana, d’où je viens, il n’y a pas d’heure fixe pour le repas de midi et dans un environnement de travail, les gens prennent leur pause déjeuner à des heures différentes, de sorte qu’il n’y a jamais vraiment de fermeture juste pour manger à midi. Alors, après avoir découvert cela, j’ai appelé mon ami qui habite près de la banque et nous sommes également sortis pour manger.

    (Ekua, Ghana)

    Les trains, les montres et les vaches

    La Suisse est le pays des trains et des montres. Si vous combinez les deux, vous obtenez les CFF, l’entreprise qui veille à ce que tous les Suisse·sse·s puissent respecter la ponctualité lorsqu’ils traversent le paysage montagneux. La Suisse, les montagnes, les trains et les montres. Alors, que nous manque-t-il encore…? Le chocolat au lait, provenant des vaches qui paissent sur ces magnifiques montagnes. Alors que les SBB s’efforcent d’être ponctuels, les vaches semblent l’être moins. Après un voyage en train avec les trains allemands, j’ai aspiré à la ponctualité des Suisses. Mais hélas… une approche du train avec une vache. Qui l’aurait cru en Suisse, pays si bien réglementé?

    (Bouke, Pays-Bas).

    Être poli·e·s, même si c’est dans la rue

    À Taiwan, les gens traversent la route quand il n’y a pas de voitures, et les conducteur·ices·s quand il n’y a pas de piétons, même si les feux sont rouges. Donc il y a beaucoup d’accidents de la route tous les jours. Mais les gens en Suisse sont polis et suivent toujours les règles de la circulation, et ça me rend confiant chaque fois que je marche dans la rue.

    (Ted, Taïwan)

    Faire des réserves

    Nous, les Suisse·sse·s, avons toujours du chocolat en masse à la maison, voire même une armoire entière remplie de chocolat. Chez moi, je dois veiller à ce que le seul chocolat ne fonde pas. Je pense qu’il y a des Suisse·sse·s qui aiment manger beaucoup et souvent du chocolat, et d’autres qui apprécient une consommation de chocolat modérée.

    (Elena, Suisse)

    Conduire à droite, une hérésie!

    Je viens d’Angleterre alors on conduit à gauche (mais en réalité c’est le côté correct 😉 ). Cela a été un peu difficile de m’adapter ici en Suisse car ils·elles conduisent sur le côté droit. Le weekend dernier, j’étais en train de traverser la rue, et j’ai juste regardé à gauche, quand une voiture m’a presque percutée. Il y avait d’autres piétons qui ont trouvé cela drôle. C’était assez embarrassant. Je vais faire plus attention à l’avenir… C’était une question de vie ou de mort!

    (Poppy, Angleterre)

    Marijuana

    J’ai l’impression que beaucoup de jeunes gens à Lausanne fument de la marijuana. Quand je me promène au bord du lac, il y a beaucoup de gens qui fument. Je m’attendais à ce que la Suisse soit très stricte avec l’interdiction de la marijuana et j’ai été surpris.

    (Leopold, Allemagne)

    Un petit déjeuner un peu cher…

    Lors de mon tout premier matin à Lausanne, je suis allée à la boulangerie pour acheter un petit déjeuner pour la route. J’ai pris un sandwich avec de la salade…. Alors que je cherchais mon porte-monnaie, la vendeuse a mis mon petit pain dans un sac. Sur la route de l’arrêt de bus, j’ai mangé une part de ce petit pain, mais j’ai soudain remarqué qu’il était fourré au thon. Je ne comprends pas en quoi c’est typiquement suisse. Malheureusement, je déteste le goût du thon. Donc j´ai dépensé CHF 9.-  pour un petit-déjeuner que je n’ai pas aimé….

    (Nicola, Allemagne)

    Dans mon pays, la Pologne, il n’y a pas de pause au milieu de la journée

    Kacper

    La sacro-sainte pause de midi

    L’une des choses les plus étranges que j’ai remarquée en Suisse est l’interruption du travail au milieu de la journée. J’ai trouvé cela tellement bizarre! Ce que je veux dire, c’est que c’est quelque chose de complètement différent de ce à quoi je suis habitué. Dans mon pays, la Pologne, il n’y a pas de pause au milieu de la journée. Je suis allé au bureau de l’agence de location et il était fermé à 13 heures parce qu’il y avait une pause. J’étais tellement en colère, comment peut-on ne pas acheter quelque chose ou ne pas voir quelque chose dans un magasin ou un bureau au milieu de la journée? En Pologne, si les gens bénéficient d’une pause de deux heures au milieu de la journée, ils ne retourneront probablement pas au travail après la pause. En Pologne, la plupart des gens préfèrent travailler en une seule fois, par exemple commencer à 6 heures du matin et travailler jusqu’à 14 heures, ou faire des heures supplémentaires et travailler jusqu’à 16 heures. Mais il est toujours possible de rentrer chez soi après. Je trouve étrange qu’en Suisse, les gens préfèrent avoir une pause plus longue et rentrer chez eux plus tard.

    (Kacper, Pologne)

    Faire du patin

    Avec mes origines néerlandaises, je suis bien sûr une patineuse. Il n’y a rien de mieux que de faire des tours de piste sur la glace en hiver avec une brise fraîche autour de moi lorsque le soleil se lève. Lorsque j’ai parlé de ce hobby en Suisse, j’ai été accueillie avec beaucoup d’enthousiasme. «Bien sûr que nous faisons du patin à glace!» Il y a même une patinoire ici à Lausanne, vous devriez y aller un jour. Je me suis donc rendue avec plaisir à la Vaudoise, munie de mes longs patins à clapet. Il s’avère que patiner aux Pays-Bas n’est pas la même chose que patiner en Suisse. C’est un sport complètement différent!

    (Bouke, Pays-Bas)

    Au pays des clichés

    Le cliché sur la nature en Suisse est complètement vrai. Quand on traverse le pays avec le train, on peut voir des vaches partout, les montagnes et des drapeaux suisses. Je pensais que la Suisse était jolie, mais pas comme ça.

    (Leopold, Allemagne)

    Raclette virale…

    Le premier août, nous faisons toujours de la raclette à la maison. J’aurais préféré quelque chose de différent, par exemple un barbecue avec une salade à cette période de l’année. Mais non, nous mangeons toujours de la raclette ce jour-là. La Suisse est connue pour son goût pour le fromage, dont la raclette. Et en plus le 1er août! Cela ne pourrait pas être plus traditionnel.

    (Aïna/Suisse)

  • Le monde de demain

    Le monde de demain

    SCIENCE-FICTION • V pour Vendetta, Farenheit 451, Ghost in the Shell… La science-fiction, depuis ses débuts, n’a eu de cesse d’interroger: quel sera le monde de demain?

    Désastres environnementaux et pandémies incontrôlables; censure et totalitarismes montants; surveillance de masse et peur de l’Autre; technologies dérivantes et libéralisme effréné; citoyenneté asphyxiée et libertés enlevées… Aux siècles précédents comme aujourd’hui, la science-fiction s’est toujours érigée en miroir des dérives sociétales et de nos peurs les plus rampantes. Trop souvent déconsidérée, la science-fiction ne s’adresse pourtant pas qu’aux amateur·ice·s du genre. Entre dystopies et utopies, ces mondes imaginaires nous conduisent à cette question, terrifiante, bouleversante: et si ce futur était déjà en marche?

    Si ce monde vous déplaît

    Ce sont ces questionnements qu’aborde Si ce monde vous déplaît, un podcast créé par la Maison d’Ailleurs, le musée de la science-fiction, de l’utopie et des voyages extraordinaires situé à Yverdon-les-Bains, en partenariat avec l’Unil. De Fahrenheit 451 à V pour Vendetta, en passant par Ghost in the Shell, Soleil Vert et d’autres classiques de la science-fiction, le podcast aborde en dix épisodes des sujets aussi vastes que le genre lui-même.

    «Et moi, dans mon monde à moi?»

    Marc Atallah

    Chaque épisode analyse une oeuvre majeure et invite un·e chercheur·euse de l’Unil à les questionner. Le but? Décrypter les visions plurielles que nous offrent ces oeuvres, grâce auxquelles nous pouvons méditer sur notre présent et les directions possibles que peuvent prendre nos sociétés. «Une des fonctions de la fiction, et ça marche particulièrement bien pour la science-fiction, c’est d’être capable de nous décentrer. Comme je vis une autre vie, je peux inspecter autrement ma propre vie», nous dit Marc Atallah, directeur de la Maison d’Ailleurs et hôte principal du podcast. Que ce soit au travers de Montag, V, ou encore le major Kusanagi, l’on se pose à la place des protagonistes et l’on s’interroge: et si j’étais à leur place? Et si leur monde est en fait le mien? «La science-fiction a vite tendance à inverser les choses», expose Marc Atallah. Dans Fahrenheit 451 de Ray Bradbury, par exemple, on appelle pompiers ceux qui brûlent les livres. Dans cette société, les pompiers protègent la population de la dissidence, de la liberté. «Le·la lecteur·ice qui sort de Fahrenheit 451 doit se rendre compte que ces pompiers protègent la société de la prise de conscience que le bonheur promis est factice. Et logiquement l’étape d’après c’est de se demander: et moi, dans mon monde à moi?»

    Consommer, divertir, bousculer

    De telles oeuvres nous rappellent, de temps en temps, de prêter attention à notre consommation personnelle de contenu médiatique: «Dans ce que je consomme, est-ce qu’il y a la place pour la dissidence, pour la révolte, pour la critique, pour la faculté de jugement?» interroge Marc Atallah dans Si ce monde vous déplaît. Les meilleures oeuvres de science-fiction bousculent, interrogent, bouleversent, dérangent, chamboulent. Et comme le rappelle le professeur Faber dans Fahrenheit 451, «Les livres sont faits pour nous rappeler quels ânes, quels imbéciles nous sommes. Ils sont comme la garde prétorienne de César murmurant dans le vacarme des défilés triomphants: Souviens-toi, César, que tu es mortel».

    Méribé Estermann

  • Vacarmes solitaires

    1ère place au prix de la Sorge 2023

    Elise Pierrotti

  • Fausse fourrure

    3ème place au prix de la Sorge 2023

    Laura-Marie Berner

  • Questionner la natalité

    Questionner la natalité

    ECOLOGIE • À l’heure où les effets du changement climatique se font de plus en plus ressentir, l’une des mesures pour y remédier serait de renoncer à faire des enfants. Solution drastique, est-elle pour autant efficace et nécessaire? Entretien avec Mathilde Krähenbühl, doctorante à l’Université de Lausanne.

    Vous arrive-t-il de vous poser sérieusement la question de faire des enfants? Si oui, vous n’êtes pas seul·e, bien au contraire. La crise climatique et environnementale constitue l’un des enjeux les plus importants auquel l’humanité est confrontée. Face à cela, toujours plus de personnes expriment leurs inquiétudes par rapport à leur vie future. Parmi elles, les jeunes semblent être les plus concerné·e·s. En 2021, une étude menée par l’Institut de Psychologie de l’Unil a mis en évidence des niveaux d’anxiété climatique supérieurs à la moyenne chez les étudiant·e·s au sein de certaines facultés (Géosciences et environnement, Lettres, Sciences sociales et politiques), ainsi qu’un lien de causalité entre éco-anxiété et attitude négative à l’égard de la reproduction. À l’échelle mondiale, d’autres recherches montrent que plus de la moitié des personnes âgées de 16 à 25 ans se disent être fortement inquiet·e·s face à la crise climatique. Et si la solution était plus simple qu’elle n’y paraît? En 2017, les travaux de Wynes & Nicholas ont souligné que renoncer à faire des enfants serait le moyen le plus efficace pour réduire son empreinte carbone. De plus en plus de personnes se montrent alors hésitantes, voire renoncent à procréer. Ces questionnements semblent être plus présents chez les femmes cisgenres, où l’injonction à la natalité est plus forte. Outre les démêlés éthiques que cela pose, doit-on considérer qu’il est nécessaire d’en arriver là pour sauver la planète?

    Différentes motivations

    L’auditoire a eu l’occasion de s’entretenir avec Mathilde Krähenbühl, doctorante en anthropologie à l’Unil dont la thèse interroge la manière dont la perception de la catastrophe environnementale refaçonne les parcours reproductifs, les formes de famille et la parenté. Alors que toujours plus de personnes renoncent à faire des enfants, la chercheuse rappelle que la crise climatique n’est pas l’unique raison pour laquelle les couples et/ou individus justifient ce choix. Les raisons écologiques sont courantes mais rarement seules: il existe une multitude d’autres motifs comme l’insécurité globale actuelle, l’instabilité et les craintes liées au futur, ou encore la volonté de sortir du système capitaliste et patriarcal dominant. Ainsi, elle explique qu’une grande partie de ses enquêté·e·s considère l’absence de procréation comme un choix politique «qui ne résulterait pas que de la peur du futur mais d’un choix actif dans le présent».

    Pas de solution miracle

    Pouvons-nous sauver la Terre en renonçant à faire des enfants? La réponse semble mitigée. D’un côté, il est indéniable qu’un·e enfant de plus consommera à son tour les ressources planétaires et participera à l’émission de gaz à effet de serre. C’est cette idée qui est à l’origine des mouvements GINK (Green Inclination no Kids). Toutefois, certaines recherches semblent avancer qu’aussi drastique soit la réduction de taux de fécondité, elle n’a pas d’effet significatif sur le court terme. Le changement climatique est caractérisé par l’urgence qu’une natalité contrôlée ne peut endiguer. En effet, il existe un phénomène d’inertie démographique. Malgré l’instauration de politiques restrictives sur la procréation, la population mondiale ne baisserait que très progressivement.

    Les raisons écologiques sont courantes mais rarement seules

    Une étude de l’INSEE, en 2021, démontre qu’avec l’établissement d’un taux de fécondité à 1.5 enfant par foyer en France, la croissance démographique diminuerait de seulement 8% en 50 ans. D’ici là, les limites planétaires seraient certainement déjà atteintes. De plus, de telles mesures ne toucheraient pas la population plus âgée qui consomme davantage de ressources. Réduire la population plus jeune sans réduire celle plus âgée n’aurait alors que finalement très peu d’effets. En outre, la diminution de la population mondiale ne résulterait pas nécessairement en une réduction des émissions car ce ne sont pas les pays à densité démographique élevée qui génèrent le plus de pollution par habitant·e. En fin de compte, qu’elle soit écologique ou non, la décision de concevoir un enfant relève d’une motivation personnelle qui ne devrait impliquer aucun besoin de justification.
    Thomas Antille

  • À Harvard, le conflit ne faiblit pas

    À Harvard, le conflit ne faiblit pas

    MANIF • Des actions militantes quasi quotidiennes, des débordements, une direction en mauvaise position et des pressions externes: la récente intensification du conflit israélo-palestinien a de fortes répercussions sur les campus américains. Retour sur les événements vécus à l’Université Harvard avec l’éclairage de Cyrus Schayegh, professeur à l’Institut des hautes études internationales et du développement (IHEID) de Genève et auteur du livre The Middle East and the Making of the Modern World (non traduit).

    À coups de déclarations, d’actions-choc, de manifestations ou de conférences, deux réalités alternent sur le campus d’Harvard depuis l’escalade du conflit israélo-palestinien du samedi 7 octobre. Les partisan·e·s des causes israélienne et palestinienne se succèdent pour occuper les places symboliques de l’université: vendredi 3 novembre, une table de festin dépeuplée, dressée au nom d’Israélien·ne·s kidnappé·e·s, traverse la cour de la bibliothèque Widener. Sur le dos de chaque chaise, une affiche montre le nom, l’âge, l’origine et une photographie des kidnappé·e·s; un QR-code invite à signer une pétition demandant une «intervention immédiate des Nations Unies et de la communauté internationale pour libérer [les otages]».

    Une table de festin dressée au nom d’Israélien·ne·s kidnappé·e·s traverse une cour

    Mardi 7 novembre, un homme portant un keffieh, une coiffe traditionnelle devenue un symbole pro-palestinien, énumère les noms et âges des Palestinien·ne·s mort·e·s depuis le début de la riposte israélienne, devant un panneau appelant à «arrêter le génocide à Gaza». D’autres invitent les passant·e·s à écrire ces noms sur un long drap blanc. Si la plupart de ces actions, respectivement organisées par Harvard Hillel, l’association représentant les Juif·ve·s du campus, et le Harvard Palestine Solidarity Committee (PSC), se déroulent pacifiquement, elles ont aussi engendré des confrontations. Ainsi, une enquête menée par le FBI et la police d’Harvard portant sur un accrochage survenu le mercredi 18 octobre, lors d’un die-in (manifestation où les protestataires simulent la mort) organisé par le PSC à la Harvard Business School, est toujours en cours. Une vidéo rapportant la scène montre un étudiant, identifié par le journal The Harvard Crimson comme israélien, circuler au milieu des manifestant·e·s en filmant leurs visages, et refuser d’être évacué par les personnes en charge de la sécurité.

    Manifestation organisée par le PSC sur les escaliers menant à la bibliothèque Widener, pour demander un cessez-le-feu. Le drap blanc au pied des marches contient les noms des palestinien·ne·s mort·e·s depuis le 7 octobre 2023.

    Un drap blanc énumère les noms des Palestinien·ne·s mort·e·s depuis le début de la riposte israélienne

    Cette scène rappelle un incident similaire survenu une semaine plus tôt, dont les proportions ont largement dépassé les murs d’Harvard.

    Un mois de conflit

    À l’origine de ce premier incident, une lettre, qui a polarisé la communauté estudiantine américaine. Le 7 octobre, presque immédiatement après l’attaque du Hamas (et avant la riposte israélienne), trente-quatre associations affiliées à l’Université Harvard signent une déclaration publiée par le PSC, qui désigne le régime israélien comme «entièrement responsable du déroulement de toute violence» et précise que «le régime d’apartheid est le seul à blâmer». Lawrence H. Summers, un ancien président d’Harvard, réagit deux jours plus tard et reproche à la direction de l’université de ne pas avoir dénoncé la déclaration. Le soir même, la présidente actuelle, Claudine Gay, envoie un email affirmant le soutien de l’université à «sa communauté», qu’elle définit comme celle de tou·te·s les membres d’Harvard. Le 10 octobre, la présidente, intronisée le 1er juillet dernier, précise dans un communiqué: «Alors que les événements de ces derniers jours continuent de se répercuter, il ne fait aucun doute que je condamne les atrocités terroristes perpétrées par le Hamas. […] Si nos étudiant·e·s ont le droit de s’exprimer en leur nom propre, aucun groupe d’étudiant·e·s – pas même 30 – ne parle au nom de l’Université d’Harvard ou de ses dirigeant·e·s». Le 11 octobre, de nouvelles réactions à la déclaration du PSC donnent une autre dimension au conflit: le groupe conservateur et climatosceptique Accuracy in Media fait circuler un camion arborant le slogan «Harvard’s leading antisemites (Les antisémites principaux d’Harvard)» aux abords du campus principal de l’université. Des photographies des étudiant·e·s affilié·e·s aux associations signataires de la déclaration sont aussi affichées. En parallèle, plusieurs sites internet sont créés pour afficher leurs noms et affiliations universitaires, dans l’objectif de créer une liste noire. L’une des pages est ainsi nommée College Terror List, a Helpful Guide for Employers (Liste des terroristes de l’université, un guide utile pour les employeur·euse·s). Dans un article daté du 18 octobre, The New York Times précise que la demande aurait été émise par des cadres de Wall Street. Après ces événements, neuf des trente-quatre associations signataires se désolidarisent de la déclaration. En parallèle, Harvard Hillel et le PSC organisent chacun de leur côté des manifestations, des séances d’information sur la situation au Proche-Orient, et des veillées en mémoire des victimes. Les deux associations exhortent aussi l’université à assurer la protection de leur communauté respective. Un contrôle systématique des cartes d’étudiant·e·s est alors instauré à l’entrée d’Harvard Yard, où sont situés plusieurs complexes de logements étudiants, et le bâtiment d’Harvard Hillel est placé temporairement sous surveillance policière. Contactés, le PSC et l’Université d’Harvard n’ont pas donné suite aux sollicitations de L’auditoire, et Jacob Miller, le président d’Harvard Hillel, a décliné une demande d’interview. Sur sa page Instagram, le PSC recommande à ses membres d’éviter tout contact avec les médias.

    Une situation propre aux États-Unis

    Les incidents ne sont pas propres à Harvard: des conflits similaires se sont aussi développés dans les universités de Princeton, Stanford ou Columbia, parmi d’autres. Des manifestations avaient aussi déjà eu lieu en 2014, lors de la guerre de Gaza.

    Des conflits similaires se sont développés dans les universités de Princeton, Stanford ou Columbia

    Pour Cyrus Schayegh, professeur à l’Institut des hautes études internationales et du développement (IHEID) à Genève, quatre facteurs expliquent la résonance particulière du conflit israélo-palestinien dans les campus américains: «Premièrement, Israël et le sionisme ont une part bien plus centrale dans l’identité culturelle américaine qu’européenne. La communauté juive américaine a montré un soutien total à Israël, qui est pour elle un pays représentant la terre promise. La population arabe est aussi beaucoup moins présente aux États-Unis qu’en Europe, du fait des différentes vagues de colonisation. Ensuite, Israël a joué un rôle crucial dans la politique étrangère des États-Unis au Moyen-Orient, et vice-versa. Cela a engendré une étroite collaboration. Les deux dernières causes sont très corrélées: dès les années 1950 – 1960, les Juif·ve·s ont été de plus en plus accepté·e·s et considéré·e·s comme égaux·ales aux personnes blanches aux États-Unis, ce qui leur a donné beaucoup de visibilité. Les mouvements sociaux de libération des Noir·e·s et non-Blanc·he·s apparus ces dix dernières années aux États-Unis ont changé la donne. Le fait que les Juif·ve·s soient considéré·e·s au même titre que des personnes blanches les a associé·e·s dans la problématique de la décolonisation. C’est d’ailleurs à ce moment-là, dès les années 1960, que les Juif·ve·s ont gagné beaucoup de visibilité dans la vie économique, académique ou culturelle; cela a contribué à la création de théories complotistes, comme celle d’une conspiration juive.

    «Israël est un problème de politique interne, et non simplement extérieure, aux États-Unis»

    Cyrus Schayegh, professeur à l’Institut des hautes études internationales et du développement (IHEID)

    Ainsi, Israël est un problème de politique interne, et non simplement extérieure, aux États-Unis».

    La direction dans une position intenable

    Pour Cyrus Schayegh, «les deux problèmes centraux proviennent du fait que les Juif·ve·s sont considéré·e·s comme des Blanc·he·s, des colons, et qu’Israël se désigne comme démocratique, alors que c’est aussi une puissance coloniale. De plus, le gouvernement américain soutient Israël. Tout ceci contribue à ce qu’Israël et des Juif·ve·s américain·e·s soient vu·e·s de plus en plus comme un mal absolu par la gauche identitaire. Les universités sont entre le marteau et l’enclume: les donors (donateur·ice·s) financier·ère·s sont plutôt conservateur·ice·s alors que les étudiant·e·s veulent qu’elles montrent un soutien total à leur camp de justice sociale». Plusieurs critiques ont ainsi reproché aux universités américaines d’avoir pris position lors de la mort de George Floyd et de la guerre en Ukraine, mais d’être restées muettes sur le conflit israélo-palestinien. «Les universités américaines, surtout privées, ont eu beaucoup de pressions les dix dernières années, leur demandant de prendre position sur les conflits sociaux. Cela a augmenté les attentes. Pour les étudiant·e·s progressistes, Israël est du mauvais côté de l’histoire, mais l’attaque du Hamas, initialement du bon côté, a rendu les choses confuses», précise le professeur de l’IHEID.

    «Les soutiens financiers des universités ont coupé leurs fonds pour certains»

    Cyrus Schayegh, professeur à l’Institut des hautes études internationales et du développement (IHEID)

    L’université a en effet dû composer avec des courants internes contraires: elle s’est notamment officiellement distanciée d’une déclaration de professeurs de la Harvard Divinity School (l’école de théologie) dans une newsletter interne le 11 octobre, qui rappelait que l’attaque du Hamas est survenue après des «décennies d’oppression» d’Israël. Plusieurs départements ont par ailleurs organisé des conférences sur le conflit, dans l’optique d’offrir une perspective académique de ce dernier, telle que celle du vendredi 13 octobre à la Harvard Kennedy School intitulée Hamas and Israel: what happened, what does it mean and what’s next?, dans une salle placée sous haute protection policière. Les pressions sur la direction d’Harvard viennent aussi de l’extérieur: «Les soutiens financiers des universités ont une base bien plus conservatrice et ont coupé leurs fonds pour certains», note Cyrus Schayegh. Des actionnaires de Wall Street ont ainsi arrêté de financer notamment les universités de Pennsylvanie, New York, Stanford et Cornell.

    La crise pourrait coûter son poste à Claudine Gay

    Pour The Harvard Crimson, l’ampleur de la crise pourrait coûter son poste à Claudine Gay, quelque mois seulement après ses débuts.

    Un problème sécuritaire global
    Le 27 octobre, la présidente d’Harvard a annoncé la création d’un groupe pour lutter contre l’antisémitisme lors du repas de shabbat organisé par Harvard Hillel, en réponse à l’augmentation des remarques ou actes antisémites. «En se déclarant leur représentant, Israël a pris les Juif·ve·s du monde entier en otage, à cause de sa politique de colonisation; cela pose un problème sécuritaire. Par cette association, les actes d’Israël sont reliés à ceux des Juif·ve·s», analyse Cyrus Schayegh. Un groupe étudiant en particulier, Harvard Jews for Palestine, non reconnu officiellement par l’université, s’active pour lutter contre cette incorporation: hebdomadairement, les représentant·e·s du groupe manifestent de pair avec le PSC pour demander un cessez-le-feu, lors des Keffiyeh Thursday (les jeudis du keffiyeh). Alors qu’Israël continue à bombarder Gaza, les espoirs d’une trêve subsistent à Harvard.

    Killian Rigaux, Étudiant en stage à Harvard

    Les événements relatés dans cet article s’arrêtent au 13 novembre 2023.

  • Et la lumière fut

    Et la lumière fut

    Photo : Brassaï

    FIAT LUX • Qu’elle soit sujet central ou métaphore, la lumière est omniprésente dans le monde de l’art. Littéraires, peintres et photographes tentent ainsi de la saisir.

    La clarté n’existe que par rapport à son antagonisme, l’obscurité. Ce n’est pas le célèbre allumeur de réverbères du Petit Prince de Saint-Exupéry qui dirait le contraire, lui qui ne cesse d’alterner entre jour et nuit, et pour cause: la lumière est une composante majeure de l’art et de son histoire.

    Contraste, incandescence et incendie

    S’il est l’un des oxymores les plus connus de la littérature française, l’«obscure clarté qui tombe des étoiles» évoquée par Don Rodrigue dans Le Cid de Corneille illustre parfaitement cette complémentarité entre les opposés que sont l’ombre et la lumière. Mais il n’y a pas que dans la littérature que s’entremêlent clarté et obscurité. En effet, les peintres sont les premiers à se soucier de représenter cette énergie qui met en valeur leurs sujets. À l’époque moderne, en 1835, William Turner réalise L’Incendie de la Chambre des Lords et des Communes sur la base de son observation, depuis la Tamise, du brasier qui détruisit le palais de Westminster en 1834.

    Même dans la nuit, la lumière traverse les arts, intemporelle

    Éclatant, le feu ravageur est intensifié par les teintes froides du fleuve dans lequel il se reflète. Dans l’extrémité supérieure droite du tableau est épargné un pan de ciel bleu vif, qui valorise par contraste le mordoré des flammes. Considéré comme le chef de file du romantisme en Angleterre, Turner est parfois aussi perçu comme un précurseur de l’impressionnisme en raison de son habilité à faire vibrer la lumière.

    Lampes à pétrole et éclats impressionnistes

    Reconnue comme l’une des fondatrices de l’impressionnisme, l’indépendante Berthe Morisot sait parfaitement capturer les miroitements lumineux. La palette claire que lui inspira Camille Corot, dont elle fut l’élève, permet à l’artiste de sublimer ses modèles. Peint en 1869, La Soeur de l’artiste à la fenêtre donne à voir, plus que la femme elle-même, la robe de celle-ci. D’un blanc vif, voire chatoyant, l’habit minutieusement cousu de dentelle devient le sujet principal du tableau ainsi agité de teintes diaprées, contrastant avec le bois sombre du parquet. Quelques années plus tard, loin du confort bourgeois parisien, la bergère de Midi sur les Alpes (1891) peinte par un Giovanni Segantini apatride mais conquis par les lumières de l’Engadine, est baignée d’un soleil à son zénith, seulement protégée par l’ombre de son chapeau et de sa main. La blanche luminosité éclaire cette scène pastorale d’une lumière quasi artificielle tandis que la touche pointilliste confère une agitation étrange au sujet.

    De son côté, le photographe Brassaï, passionné par la vie nocturne parisienne, capture l’avènement de la lumière moderne; en témoigne L’allumeur de gaz Place de la Concorde à Paris (1933), photographie qui saisit le geste du travailleur veillant à l’éclairage public dans la capitale nocturne mais illuminée. Même dans la nuit, la lumière traverse les arts, intemporelle.

    Allumeur de réverbères, place de la Concorde 1933, Brassaï

    Marine Almagbaly

  • Tradition et défis éthiques

    Tradition et défis éthiques

    Illustration : Viktoria Tcheremissov

    CHIENS DE TRAINEAUX • Souvent au centre de l’attention, ils ne cessent de susciter tant l’admiration que des interrogations. Entre passion sportive, patrimoine nordique et préoccupations pour le bien-être animal: qu’en est-il vraiment de cette controverse?

    Huskys sibériens, Malamutes d’Alaska, groenlandais ou encore samoyèdes: tous partagent avec l’humain les paysages polaires du Nord. Il y a plus de 5’000 ans en arrière, la pratique des chiens de traîneaux, aussi appelée mushing, s’est répandue dans l’Arctique. C’est en apprivoisant les loups que les autochtones ont élaboré un moyen de se déplacer, élargissant ainsi leurs territoires de chasse et de pêche.

    Décès et dopage dans le mushing

    C’est en 1908 que la course All Alaska Sweepstakes, située à l’ouest de l’Alaska à Nome, contribue à populariser le mushing en tant que pratique sportive. Aujourd’hui, l’Iditarod, l’une des courses de chiens de traîneaux les plus célèbres en Alaska, s’étend sur plus de 1 600 kilomètres. Elle suscite cependant la controverse. En effet, l’association People for the Ethical Treatment of Animals (PETA), une des plus grandes organisations pour la défense des droits des animaux, rapporte plus de 150 décès de chiens depuis ses débuts en 1973.

    Cette pratique divise l’opinion publique

    Certain·e·s partisan·e·s de la course sont également accusé·e·s de recourir au dopage des chiens: c’est notamment le cas de Dallas Seavey, célèbre musher, qui a toutefois nié les faits et dénoncé un acte de sabotage à son encontre.

    Lien de complicité ?

    De nos jours, cette pratique fait alors l’objet d’un débat animé qui divise l’opinion publique. D’un côté, les partisan·e·s du mushing la considèrent comme un sport basé sur une relation de confiance entre l’humain et le chien. De l’autre, elle est dénoncée pour cause de maltraitance animale, ce dernier étant poussé à affronter des conditions extrêmes. De fait, les longues distances parcourues sur plusieurs jours dans des compétitions intenses soulèvent des inquiétudes quant au bien-être de ces compagnons à quatre pattes. Autre source de préoccupations, notamment en Laponie: le tourisme de masse. En effet, CNN, célèbre chaîne d’information américaine en continu de renommée mondiale, dénonce que des organisateur·ice·s de promenade illégales mettent en danger la santé et la sécurité des chiens afin de tirer profit de leur exploitation.

    Le respect de l’animal

    L’équilibre entre la préservation de cette tradition et le respect du bien-être animal reste un sujet de débat. Selon le Dr Stéphane Tardif, vétérinaire et rédacteur pour Wamiz, site web dédié aux animaux de compagnie, il est crucial de surveiller attentivement l’utilisation des chiens de traîneaux. En effet, c’est en tenant compte de la quantité de travail qu’ils effectuent ainsi que de leurs conditions de vie en dehors des séances d’exercice, que nous pouvons garantir l’épanouissement des chiens dans cette activité. En fin de compte, derrière cette image que nous nous faisons des chiens de traîneaux se trouve une question complexe mêlant passion, tradition et éthique.

    Veronica Tcheremissov

  • Une thérapie qui nous fait vibrer

    Une thérapie qui nous fait vibrer

    Photo : Paul Hanaoka

    SOINS À DOMICILE • Suite aux augmentations des primes d’assurance-maladie, des chercheur·e·s ont peut-être trouvé une solution économique au problème du coût de la santé. Le ronronnement du chat, outre son caractère rassurant, aurait des bienfaits sur notre santé et sur la sienne, notamment au niveau du stress et de l’anxiété.

    L’animal de compagnie le plus populaire du monde aurait une arme particulièrement intéressante pour la santé humaine: son ronronnement. Même si son fonctionnement n’est pas encore tout à fait compris par les scientifiques, ces dernier·ère·s viennent de trouver une nouvelle utilité à ce doux bruit que les chats produisent dans toutes sortes de circonstances. Il aurait en effet les mêmes effets que certains médicaments anxiolytiques. Ces bienfaits sont si intéressants que le terme ronronthérapie, directement de l’anglais Purring therapy, a récemment fait son apparition. La fréquence basse des ronronnements, entre 20Hz et 25Hz, aurait également un effet accélérant sur la cicatrisation des os. Véritable psychiatre à domicile, le chat serait également une boule anti-stress grâce à sa fourrure. Son ronronnement amplifié à travers nos mains lorsqu’on le caresse serait un moyen efficace de combattre l’anxiété. Évidemment, le seul son ne permet pas de résoudre tous ces problèmes, car il s’agit bien d’une combinaison de facteurs qui permettent de soulager certains maux.

    Son ronronnement amplifié serait un moyen de combattre l’anxiété

    La compagnie qu’il amène, le contact agréable avec sa fourrure ainsi que sa capacité à nous distraire sont autant de raisons pour lesquelles cette boule de poils aide au quotidien tant de personnes. Près d’un foyer sur deux accueille cet animal en Suisse, ce qui fait de lui l’animal préféré des Helvètes. Or, l’arrivée des animaux dans le champ médical n’est pas nouvelle. Si ce sont le plus souvent des chiens, notamment les services dogs, ces chiens capables de flairer une crise d’épilepsie et de prévenir leurs maîtres, qui occupent ce rôle, les chats pourraient prendre une place grandissante dans les hôpitaux. L’importance reconnue des animaux dans le bien-être humain permettront peut-être de faire des chats, des chiens, à défaut de l’inverse…

    Fanti Maxime

  • Le white saviorism

    Le white saviorism

    Photo : DR

    HUMANITAIRE • Partir en voyage humanitaire semble avoir la cote. Les clichés de jeunes influenceur·euse·s parti·e·s en mission de volontariat envahissent les réseaux sociaux: une pratique parfois problématique et éthiquement sensible. Eclairage avec Nicolas Bancel, Professeur ordinaire à l’Université de Lausanne.

    Bon nombre d’Occidentaux·ales éprouvent le désir, bien que souvent teinté de bonne volonté, de partir secourir «le Sud». Du fait de sa position privilégiée, le·la white savior se sent investi·e d’une mission: sauver les populations des pays en voie de développement. Le white saviorism se traduit ainsi fréquemment par des missions de volontariat auprès de communautés marginalisées. Néanmoins, cette pulsion altruiste masque, dans certains cas, des motivations bien plus personnelles. Le·la white savior envisage l’impact de ses actions uniquement de son point de vue. Elles sont guidées par un besoin de reconnaissance et la volonté de se donner bonne conscience. Nicolas Bancel, spécialiste de l’histoire coloniale et postcoloniale, prône un revirement des perspectives. «On ne répond pas ici prioritairement à un besoin des populations locales, mais à un désir proprement occidental».

    Le rôle des réseaux sociaux

    À l’ère des réseaux sociaux, le phénomène s’est encore exacerbé: il faut montrer que l’on fait le bien! Les pays du Sud sont ainsi présentés comme le théâtre de pseudo-héros·ines. Pour le Professeur ordinaire de l’Unil, Nicolas Bancel, cette autoreprésentation de soi comme sauveur·euse résulte d’un double héritage. Premièrement, l’ère coloniale, à travers un flot de représentations, a popularisé cette image du·de la héros·ine blanc·he partant civiliser l’Afrique.

    Le travail humanitaire requiert des compétences spécifiques

    La seconde représentation provient directement des missions humanitaires où, dès les années 60, dévouement, générosité et courage sont magnifiés. La frénésie actuelle de mise en scène de sa personne et de sa vie s’inscrit donc certainement dans cette configuration historique, souligne l’historien.

    Un business rentable?

    Ces dernières années, face à une demande grandissante, un véritable business de l’humanitaire se développe. Certains organismes tirent alors profit de cette croyance occidentale du·de la sauveur·euse blanc·he en proposant des voyages humanitaires à plusieurs milliers de francs. Les volontaires, souvent motivé·e·s par ce que «l’expérience» peut leur apporter, cherchent à lier volontariat et vacances. Cette tendance est décriée par plusieurs ONG professionnelles qui dénoncent cette marchandisation d’une partie du secteur humanitaire. Le travail requiert des compétences et ne peut être envisagé uniquement à des fins économiques. Nicolas Bancel relève, quant à lui, une double exploitation par certaines organisations, d’une part de la bonne volonté d’une partie des jeunes occidentaux·ales, et de l’autre des populations locales qu’ils instrumentalisent, sans que celles-ci, généralement, n’en tirent profit. Le phénomène du volontourisme a pris une ampleur considérable. Au Cambodge, un véritable business touristique s’est développé autour d’orphelinats, qui ont vu leur nombre triplé en trente ans dans le pays. Selon l’Unicef, le nombre d’orphelin·e·s est, quant à lui, passé de 7’000 à 47’000. Une augmentation surprenante qui suit le développement du volontourisme dans le pays. Des enquêtes ont ensuite révélé que plus de 80% des orphelin·e·s ne l’étaient pas vraiment et avaient été recruté·e·s par ces établissements. De plus, les orphelinats sont maintenus intentionnellement en mauvais état afin de continuer à attirer de jeunes volontaires et à faire tourner ce marché de la pitié. C’est pourquoi il est nécessaire que l’aide émane d’une demande précise de la population locale: le travail humanitaire doit être réalisé en collaboration avec elle. Un dialogue permanent doit être engagé avec les acteur·ice·s locaux·ales.

    «On ne répond pas ici prioritairement à un besoin des populations locales»

    Nicolas bancel

    Le volontariat ne doit pas être considéré comme «une manière de réinventer sa vie, de se réincarner en acteur positif, et pourquoi pas en sauveur·euse, avec pour décor les populations aidées», selon Nicolas Bancel.

    Matteo Crescenti