Du 11 au 15 mars, REESPire – l’association écologique de la Haute École de Travail Social (HETS & Sa – EESP), à Lausanne – organise une Semaine de la Durabilité. Conférences, projections, discussions : de la fabrication de cosmétiques naturels à l’écoféminisme, la semaine promet d’être riche en découvertes. Interview avec l’un des membres, Marc-Henri Jaques.
En quelques mots, est-ce que tu peux présenter l’association ?
REESPire a vu le jour en mars 2016, suite à la COP21 de 2015. L’objectif était de mettre à l’ordre du jour la question de l’environnement et de l’écologie dans les études en travail social et en ergothérapie à la Haute École de Travail Social. L’association est ouverte aux étudiant-e-s et aux membres du personnel, et de nombreuses activités sont proposées.
Quels types d’activités, par exemple ?
Un jardin biologique, la fabrication de cosmétiques naturels, des sorties nettoyage en nature… Nous militons également auprès de la direction de l’école, pour inclure davantage une préoccupation écologique dans les formations proposées. Nous souhaitons rendre ces dernières plus en phase avec les enjeux climatiques et sociétaux actuels.
Depuis quand est-ce que vous organisez la Semaine de la Durabilité ?
L’édition 2019 est la première. L’idée d’en proposer une est apparue sur les derniers mois de l’année 2018. Nous souhaitions mettre sur pied un cycle de conférences et de projections de films, et nous avons décidé de nous greffer à cet événement quand nous en avons entendu parler. L’organisation a suivi.
Qui participe à l’organisation ?
Les membres de REESPire, mais également d’autres associations telles que Mouv’Burkina, Eespace Libre ou le groupe biblique de l’EESP. Nous collaborons aussi avec les membres de la bibliothèque, le réseau de compétences Genre et travail social ainsi que le collectif de la grève des femmes, toujours de l’EESP. Notre but était de réunir un maximum de personnes de notre école dans ce projet.
Avez-vous des projets communs avec Unipoly, qui organise une Semaine de la Durabilité sur le campus Unil-EPFL ?
Nous nous sommes concerté-e-s dans un premier temps avec les membres d’Unipoly, qui nous ont fait part de leur expérience et de leurs conseils. Toutefois, nous avons convenu de ne pas prévoir nos Semaines de la Durabilité en même temps, afin d’éviter de nous faire « concurrence ». Ainsi, tout le monde aura la chance de participer aux activités de l’Unil-EPFL et de l’EESP. Pour les années à venir, peut-être que l’on pourra envisager des projets communs, ce serait enrichissant.
Quel est l’objectif principal visé ?
Rassembler sur une semaine ce que REESPire fait déjà pour tout ce qui concerne l’implication dans les questions écologiques. Nous voulions également proposer de nouvelles activités, notamment des conférences, afin d’atteindre un public moins sensible à la cause environnementale. Il s’agit aussi de mettre en place des moments plus informels, pour créer une émulsion créative dans un climat positif.
Quels thèmes allez-vous aborder ?
Le travail social vert, l’écoféminisme, la grève pour le climat, les pratiques socio-sanitaires durables, la décroissance, les Conversations Carbone… La liste est longue, tout le détail se retrouve dans le programme!
Quels événements sont prévus ?
Hormis les nombreuses conférences sur les thématiques mentionnées plus haut, il s’agit de créer des moments informels et conviviaux pour échanger librement. Des ateliers sur le jardinage, la confection de cosmétiques naturels et autres sont proposés, afin d’apprendre par la pratique et de s’engager pour un nouveau monde, plus en harmonie avec l’environnement.
Vendredi, des milliers d’étudiants se sont mobilisés dans toute la Suisse pour manifester. La cause de leur préoccupation ? C’est bien simple, l’avenir de notre planète. Gymnases, universités, hautes écoles ; tous étaient au rendez-vous pour tirer la sonnette d’alarme. En ville de Lausanne, c’est au Petit Chêne que la manifestation débute. Des jeunes, des très jeunes, des moins jeunes également. Même Jacques Dubochet est de la partie. Le temps est au beau fixe, l’ambiance aussi. Toutefois, les étudiants ne sont pas là pour plaisanter ; le rassemblement n’a rien d’un coup de gueule passager. Les discours sont clamés d’un ton ferme, pancartes et banderoles brandies avec détermination : « Si le climat était une banque, il serait déjà sauvé », « Il n’y a pas de planète B », « Moins de biens, plus de liens ». Le flot d’étudiants déferle dans les rues, débordant d’enthousiasme. Des slogans divers et variés retentissent tout au long du cortège. « Et un, et deux, et trois degrés, c’est un crime contre l’humanité ! », « On est plus chauds, plus chauds, plus chauds que le climat ». La foule triomphante débarque finalement sur la Place de la Riponne, où les derniers discours sont prononcés dans une atmosphère chaleureuse.
À Genève, c’est à l’entrée du parc des Bastions que se donne rendez-vous la foule de jeunes manifestants. Selon les estimations de la Tribune de Genève, ce sont quelque 5’000 adolescents qui se mettent en route Place de Neuve, descendent la rue de la Corraterie pour traverser le pont de la Machine, avant de longer le quai du Mont-Blanc. En passant devant l’Hôtel des Bergues et le Kempinski, on entend résonner de retentissants « anti, anti, anticapitalistes ! », tandis qu’une jeune fille exhibe fièrement sa pancarte ornée d’une célèbre citation de Gandhi « Le monde contient bien assez pour les besoins de chacun, mais pas assez pour la cupidité de tous. » Aux balcons des grands hôtels, quelques hommes d’affaires curieux observent le cortège, des sourires complaisants aux lèvres. La foule avance dans la bonne humeur, au rythme des différentes enceintes qui répandent house, techno, drum and bass ou encore rap dans la ville. Bien que porteurs d’un message alarmiste, les jeunes gens souhaitent garder une vision optimiste de l’avenir. Finalement, les manifestants terminent leur marche devant la Place des Nations. Leur message est clair : la lutte pour la sauvegarde de nos écosystèmes revêt d’une importance mondiale et sa réussite ne pourra voir le jour sans une prise de conscience et une volonté d’action internationale.
Des revendications concrètes
L’ampleur du mouvement parle de lui-même : l’heure du changement a sonné. Les revendications, loin d’être anodines, ne sont toutefois pas un simple délire utopique d’écolo-bobo-gauchiste illuminé. Les étudiants exigent que les autorités mettent en place des mesures concrètes, notamment afin d’atteindre un bilan carbone neutre en Suisse d’ici à 2030. L’état d’urgence climatique doit être déclaré au niveau national et le gouvernement se doit de reconnaître la catastrophe climatique comme une crise à surmonter. Si ces requêtes ne peuvent être mises en œuvre dans notre système actuel, il sera donc nécessaire de changer ce dernier. Quoi qu’il en soit, nous serons contraints d’étancher notre intarissable soif de croissance.
Bien que l’on puisse exprimer le regret que peu d’universitaires se soient mêlés à la manifestation, cette mobilisation importante des 14-21 ans reste néanmoins porteuse d’espoir. Que 22’000 adolescents, généralement décriés pour leur individualisme et leur abstentionnisme devant les urnes, soient sortis défiler pour défendre leurs convictions, démontre deux points essentiels : la jeunesse est maintenant prête à s’engager pour faire évoluer la société, mais elle ne se reconnaît malheureusement pas dans les politiques actuelles.
Le caractère apartisan et horizontal du mouvement est aussi à mettre en évidence. Pour les jeunes, l’urgence climatique à laquelle est aujourd’hui confrontée l’espèce humaine transcende les clivages politiques habituels : la question écologique est l’affaire de chacun.
Une classe politique partagée
Reste encore à poser la question de la cohérence du mouvement. En effet, de nombreuses personnalités politiques ont pointé du doigt l’écart qui existe entre les revendications des étudiants et leur mode de consommation. Parmi eux, Benoît Genecand, conseiller national PLR, qui, dans une opinion-courrier de la Tribune de Genève du 16 janvier, invite les jeunes Suisses à observer plus de cohésion entre leur souci écologique de principe et leur insouciance en pratique. Il utilise, pour appuyer ses propos, une statistique de l’Office fédérale de l’environnement révélant que les 18-24 ans seraient la frange de la population suisse qui, en moyenne, effectue les plus longues distances annuelles pour le loisir (près de de 19’000 kilomètres). Le conseiller évoque aussi la sous-information des jeunes en ce qui concerne le dossier climatique au niveau fédéral, ainsi que leur non-engagement politique.
L’auditoire a interrogé Léo Brockmann, déléguée à la communication pour la marche de Genève et élève en troisième année au Collège Emilie-Gourd : « On avait anticipé toutes ces critiques. Premièrement, Benoît Genecand parle des jeunes en évoquant la catégorie des 18-24 ans; or, la classe d’âge qui a participé à la manifestation se situe entre 14 et 20 ans. Plus de précisions seraient donc souhaitables. Ensuite, et j’en arrive au point le plus important, il s’agit de se demander pour quelles raisons les jeunes consomment ainsi. Ce que nous constatons, c’est que la jeunesse suisse s’est adaptée à l’environnement dans lequel elle a grandi. Notre mode de vie et nos habitudes de consommation ne sont finalement que les produits du formatage de notre société. Il est trop simple de nous mettre maintenant face à des responsabilités qui incombent en réalité aux politiques éducatives et de sensibilisation mises en place par les générations passées. » Elle termine : « La jeunesse et la population suisse en général sont prêtes à changer leurs habitudes, seulement il faut qu’un cadre légal les accompagne et les incite à adopter les petits comportements qui feront au final une grande différence. Il est essentiel, si l’on veut que les changements nécessaires soient atteints, que s’établisse une synergie entre les politiques et la conscience écologique qui est en train de naître chez les jeunes générations. »
L’heure du changement
L’ampleur du mouvement est bien la preuve que la jeunesse se rend compte de l’urgence de la situation. Nous sommes en train de foncer dans le mur, et continuons à appuyer allègrement sur l’accélérateur. Cette génération, certes critiquée pour son esprit de contradiction entre requêtes irréalistes et mode de vie tout aussi démesuré, est le produit d’un système qui l’a éduquée depuis sa plus tendre enfance à la surconsommation. Le changement ne sera facile pour personne, mais chacun est tenu de prendre conscience de l’état d’urgence et de transformer ses habitudes à son échelle : se déplacer en transports publics ou à vélo, réduire drastiquement sa consommation de viande, se retenir de faire un aller-retour à Londres sur le week-end… Les jeunes ont manifesté leur désir d’évoluer en ce sens. Aux autorités maintenant de sensibiliser la population, et surtout de prendre les mesures nécessaires qui ne dépendent pas de nous. La date de la prochaine manifestation est agendée au 2 février. Reste à voir ce qui ressortira concrètement de cette mobilisation.
Chaque année, les étudiants et étudiantes du cours Tandem de l’Ecole de français (prof. Myriam Moraz) nous font part de leurs péripéties et impressions vis-à-vis de notre pays. Les transports en commun, les problèmes de langues et la ponctualité suisse sont à nouveau évoqués par les étudiants en échange.
Un lapsus révélateur !
Une fois, j’étais avec une fille au lac de Sauvabelin, où nous étions allés nous promener. Nous avons vu des canards et je voulais lui raconter une histoire à propos du fait que les canards ne peuvent pas mordre. Mais à ce moment-là je ne connaissais pas le mot « mordre ». Alors, je commence mon histoire avec « le canard bite, … » et puis elle a éclaté de rire. Elle n’a pas pu s’arrêter, elle a ri si fort. Elle m’a enfin expliqué, ce que le mot signifie et j’ai précisé que je pensais que c’était pareil qu’en anglais : Bite something, to take a bite. Maintenant, que je connais ce mot vulgaire je fais attention avec l’utilisation de ce mot.
(Dario, Suisse-allemande)
Les gens les plus drôles
Bien sûr, les Romands attachent plus d’importance à la bonne nourriture. « On a bien mangé » est ici l’expression d’une soirée réussie par excellence. De plus, les Romands ont dans leur vie quotidienne une chaleur qui est étrangère à de nombreux Suisses alémaniques. On apprécie la rencontre humaine, même si elle ne conduit pas à une amitié durable. Le contact quotidien ici m’a toujours rappelé celui des Américains: quelque chose de formalisé peut-être, mais toujours poli et cordial. Par exemple, la formule de salutation « ça va ». Après tout, la vie n’est pas seulement une question de grands sentiments, mais aussi de petites choses.
(Dario, Suisse-allemande)
On ne rigole pas avec la ponctualité dans les restaurants !
Quand je suis arrivée en Suisse Romande, la première chose qui m’a surprise c’est la ponctualité… non seulement des transports en commun (les trains, les bus,…), mais aussi des repas ! Une fois, j’étais avec ma famille et on voulait aller à manger dans un restaurant, alors, j’ai réservé une table pour 20 heures. Mais malheureusement on a eu un retard de 15 minutes ! Quand nous sommes arrivés le serveur nous a dit que la table n’était plus réservée pour nous, parce que nous étions arrivés trop tard ! Donc, nous avons été obligés de dîner à la maison. Maintenant j’ai appris la leçon et je suis devenue plus ponctuelle.
L’autre jour, je me suis promenée à Vevey, et je m’en fichais qu’il fasse nuit. Il n’y avait même pas d’ombres dans les petits chemins morts que j’ai traversés. Et après avoir marché quelques kilomètres, je suis rentrée chez moi « très tranquille », comme si je m’étais perdue pendant deux heures, et comme si je n’avais pas eu peur d’être toute seule dans le noir. En Equateur j’aurais sûrement été kidnappée!!!
(Daniela, Equateur)
Les animaux du Starbucks ! Il faut payer !
J’étais au Starbucks de la gare et en regardant les gens, j’ai vu un cocker espagnol dont je suis tombée amoureuse. Mais après y avoir pensé un moment, je n’étais plus amoureuse car en Suisse, il faut payer même pour avoir des animaux domestiques.
(Daniela, Equateur)
Comment traverser la route ?
Ici en Suisse, toutes les voitures s’arrêtent quand les piétons traversent la rue et vous ne devez pas attendre que les voitures vous laissent passer tant que vous traversez la rue sur un passage pour piétons. C’était très différent pour moi et j’étais très surpris, parce que je n’avais jamais vu une chose pareille dans mon pays, et pas seulement dans mon pays, je n’ai jamais vue cela en Europe. C’est spécial en Suisse et j’aime beaucoup ça. Par ailleurs, ici, vous avez réussi à protéger les parcs et les lieux privés. Si ces lieux étaient dans mon pays, partout ce serait plein de restaurants ou de bâtiments, vous ne pourriez pas voir le lac ou trouver des arbres et de la verdure.
(Sezar, Turquie)
Etre malade en Suisse
Les docteurs pensent que rien n’est grave si vous pouvez marcher. Bizarre ! Je ne peux pas aller chez le médecin avant d’être allée chez le généraliste. Une fois un orthopédiste m’examinait pour des maux de ventre. C’était avant Noël et c’était le médecin de garde. Il m’a dit que je pouvais rentrer chez moi parce qu’il ne connaissait pas la raison de mes maux et que, comme ce n’était pas l’appendicite, je pouvais revenir après les jours fériés.
(Mariia, Ukraine)
Se marier en Suisse
Il faut payer 400.- pour la cérémonie. Etranger ! Vous pouvez inviter des gens de manière formelle pour une demi-célébration de mariage.
(Mariia, Ukraine)
Que faut-il proposer à boire en soirée ?
Un samedi soir, j’ai invité pour la première fois des amis et des collègues suisses chez moi et, à leur arrivée, je leur ai demandé de choisir un verre à boire entre le thé et le café. Je les ai trouvés peu intéressés et je ne connaissais pas la raison. Ensuite, je me suis dit que ce n’est pas la manière habituelle, comme c’est le cas dans ma culture, d’accueillir un invité avec du thé ou du café dans un pays européen. J’ai juste changé d’avis et leur ai suggéré du vin ou de la bière, puis les jolies fleurs d’un sourire ont commencé à fleurir sur leurs visages J’ai appris que le thé ou le café est généralement servi après le dîner et qu’il est préférable de commencer une soirée avec du vin ou de la bière.
(Mehdi, Iran)
Salutations inversées !
Je n’ai jamais pensé qu’un jour je pourrais avoir un problème avec les salutations. Dans ma culture, les hommes s’embrassent généralement sur la joue et serrent la main des femmes. Ici, en Suisse et dans d’autres pays européens, c’est différent; les hommes embrassent les femmes sur la joue et serrent la main des autres hommes. Il m’a fallu un certain temps pour m’habituer à la manière occidentale de saluer parce que je voulais inévitablement embrasser les hommes sur la joue et j’oubliais d’embrasser les femmes sur la joue.
(Mehdi, Iran)
Université ou ferme ?
Quand je suis arrivée à l’Université de Lausanne, j’étais ravie de voir un campus si vert et ouvert. Pourtant, cela m’a étonnée d’entendre des bêlements! J’ai regardé autour de moi, et voilà, au milieu du campus il y avait des moutons! C’était si marrant pour moi, étant donné que je n’ai jamais vu des animaux sur le campus d’une université! Quelle bonne idée, pour couper l’herbe et rendre les étudiants heureux !
(Amy, Angleterre)
Une vraie amie
Mon prénom est Amy, la version anglophone du prénom français « Aimée ». Cependant en Suisse, tout le monde le prononce comme le mot « ami », et je trouve ce fait très drôle ! C’est comme si tout le monde disait que j’étais leur ami, ce qui est agréable !
(Amy, Angleterre)
Rien de gratuit en Suisse
Quand je suis arrivée à l’aéroport à Genève, il y avait beaucoup de monde et tout le monde parlait français. J’avais trois grandes valises, méga lourdes. J’ai cherché une personne qui travaillait comme porteur mais, je n’en ai pas trouvé. Pauvre de moi ! J’ai essayé de détacher un charriot mais, je n’y suis pas arrivée. J’ai demandé à une dame comment cela fonctionnait, elle m’a dit : « Il faut mettre un ou deux balle ». J’ai été choquée car, d’abord je n’avais pas de monnaie suisse et je n’avais jamais vu quelque chose comme ça. Puis, j’ai vu un homme portant un uniforme de sécurité, j’ai couru vers lui, je lui ai dit que je n’avais pas de monnaie et que je ne savais pas que cela fonctionnait ainsi. Il a compris ma situation et il a détaché un charriot avec sa clé. Voilà, c’était mon premier contact avec la Suisse…
(Zebiba, Ethiopie)
Un taux de change exceptionnellement bas !
Quand je suis arrivée à l’aéroport à Genève, je transportais avec moi 2000 dollars canadiens avec la nécessité de les convertir au plus vite en monnaie locale. Ma chance ! J’ai trouvé un bureau de change dans les deux premières minutes qui ont suivi mon arrivée. J’avais tout à fait en tête que l’argent en Suisse valait plus que l’argent au Canada, mais pour une raison ou l’autre, j’ai quand même refusé l’offre du monsieur qui voulait me donner seulement 1400 francs pour mes 2000 dollars. Je ne suis pas trop forte en math et c’était une sorte de dissonance cognitive à laquelle je n’ai pas eu envie de m’attaquer le premier jour. Je suis montée dans le train pour commencer mon aventure à Lausanne avec mes 2000 dollars canadiens et aucun franc suisse.
(Sydnie, Canada)
Peser soi-même les fruits et les légumes ?
A mon arrivée, il fallait aller rapidement au supermarché parce que c’était samedi soir et que ma colocataire m’a dit que rien n’était ouvert le dimanche. J’étais dépassée… c’était le décalage horaire. Les magasins allaient bientôt fermer. Je ne pouvais pas supporter la pression. J’ai passé les légumes hors de prix, et ensuite les produits laitiers, la section de la volaille – j’ai fait le tour de l’épicerie avec un panier vide. Il était tellement occupé ce samedi soir et je me suis finalement décidée pour 2 tomates, 1 pomme, des œufs, du pain, et une boîte de petits beurres. Le panier le plus aléatoire de toute ma vie. J’ai fait la queue. Je me sentais bien. Mais c’est à ce moment-là que, avec 10 personnes qui faisaient la queue derrière moi, la caissière m’a demandé où était le prix pour mes tomates et mes pommes. J’ai cru que j’allais pleurer…
(Sydnie, Canada)
Programmer les invitations 6 mois à l’avance !
Quand j’habitais à Moscou, chaque jour, il était possible d’aller où je voulais sans planifier. Quelqu’un pouvait me téléphoner et m’inviter à aller visiter un musée, dans un parc, au restaurant, dans un club, et. Et si je n’avais pas de plans le matin, cela ne signifiait pas qu’après ma journée, je rentrerais directement chez moi. En fait, c’était spontané et plus intéressant. Ainsi quand je suis venue en Suisse, j’ai été surprise que tout soit planifié. Pourquoi avez-vous besoin de planifier votre diner 2 à 6 mois à l’avance ? je ne vous invite pas à mon mariage ou à mon anniversaire, juste à un petit dîner. Alors aujourd’hui (le 25 octobre), on a besoin de planifier notre nouvel an et c’est déjà tard ! Beaucoup d’amis savent déjà où ils vont. Et bien sûr, ils ont déjà acheté des billets et ont tout réservé pour toute l’année prochaine. Voilà ! C’est une mentalité différente.
(Elena, Russie)
La vie chère !
Au cours de mon séjour en Suisse, j’ai plu constater que la vie est très chère. Il y a beaucoup de factures à payer, et tout est plus cher comparé à mon pays mais cela se justifie grâce aux salaires élevés de la Suisse. Grâce à cela, nous pouvons avoir une belle vie et sécurisée en Suisse.
(Zhivkica, Macédoine)
Happy hours !
Toutes les fois que je vais dans un bar, je vois des gens qui boivent seulement de la bière. Je crois que c’est une boisson typique ici en Suisse. Mais à certains moments de la journée, je vois de nombreuses personnes qui commandent de la bière en même temps. Je n’ai pas compris pourquoi jusqu’à ce que mon partenaire Tandem m’explique que les boissons coûtent moins cher à ce moment de la journée et que c’est tous les jours comme ça. Je pense que c’est un moyen efficace d’avoir une clientèle satisfaite.
(Denis, Albanie)
Les familles sont vraiment petites en Suisse !
Une autre chose qui m’a fait une grande impression c’est le mode de vie parce que mon ami m’a dit que beaucoup de Suisses vivent seuls ou cohabitent avec quelqu’un. Or, même pour ceux qui créent une famille, le nombre de membres de la famille n’est pas supérieur à 4. C’est quelque chose de nouveau pour moi qui ai appris à vivre en Albanie, où la plus petite famille compte quatre membres.
(Denis, Albanie)
La fondue !
Toute ma vie, j’ai cru que, quand on parlait de « fondue » on parlait de « fondue au chocolat ». Mais juste avant d’arriver en Suisse, je me suis rendu compte qu’ici la fondue au fromage était presque un symbole national. En plus, après être allée chez mon amie suisse à Lucerne, j’ai remarqué que les Suisses peuvent avoir des traditions particulières autour de la fondue. Par exemple, chez mon amie, on a mangé la fondue avec des poires et des pommes en plus du pain, et on a bu non seulement du vin rouge, mais aussi du muscat, du jus de pomme naturel, de l’eau et du thé, tout cela en même temps ! J’ai gouté aussi la fondue à Lausanne, cette fois avec un groupe de 7 amies. On a demandé 6 portions de fondue pour nous toutes, en pensant qu’on aurait assez. Mais quand la fondue est arrivée, on avait devant nous un caquelon énorme et tellement de fromage qu’on n’a pas été capables de finir, même si on avait très faim. Je vais faire attention la prochaine fois que je mange de la fondue et je vais partager une portion avec…4 personnes, peut-être ?
(Florencia, Chili)
La musique des années 80 !
Une autre chose de drôle pour moi c’est le type de musique qu’il y a dans quelques bars et clubs à Lausanne. Un des premiers week-ends après être arrivée ici, ma colocataire, son amie et moi sommes allées au centre-ville pour boire des bières dans un bar. J’ai demandé à l’amie de ma coloc quel style de musique les gens écoutaient à Lausanne, à quoi elle a répondu « le style normal, ce que tout le monde aime ». Ok, « ce que » et « tout le monde » sont des termes relatifs. Dans le bar, on n’a écouté que de la musique des années 80 (mon style préféré). Un mois après, je suis allée dans un club avec un groupe de ESN (Erasmus Student Network) et encore une fois, presque toutes les chansons étaient des années 80. Je ne pouvais pas en croire mes oreilles ! Vous ne pouvez pas imaginer à quel point je me sentais heureuse d’avoir été transportée dans le temps !
(Florencia, Chili)
Attention à la prononciation
Les deux premières semaines où j’étais en Suisse, j’ai dit la phrase « merci beaucoup » en la prononçant « merci beau cul ! ». Ce n’est que lorsque mon prof au Cours de vacances m’a expliqué que je me suis rendu compte de ce que je disais…
(Lucas, Etats-Unis)
Faire la bise… sur le front ?
C’est très bizarre pour moi de faire la bise quand je rencontre une femme. Une fois j’ai rencontré une femme et je n’étais pas prêt à lui faire la bise. J’ai hésité et elle m’a donné un bisou sur le front.
(Lucas, Etats-Unis)
Tous les magasins sont fermés le dimanche !
C’est très bizarre que tous les magasins soient fermés après 19 :00 ou particulièrement le dimanche ! Dans mon pays, en Iran, les supermarchés ferment après 23 :00 ! et pendant le weekend les centres commerciaux, les supermarchés, les magasins de vêtements, les restaurants sont ouverts beaucoup plus souvent ! parce que, ainsi, les autres personnes qui travaillent pendant la semaine peuvent aller faire du shopping. L’autre raison c’est que manger dans les restaurants ou faire du shopping avec la famille est un loisir pour nous !
(Zarrin, Iran)
Resquiller dans les transports en commun, c’est facile !
C’est très intéressant que, à Lausanne, il n’y ait pas de porte, de machine ou quelque chose dans les stations de métro pour contrôler les billets ! pendant les premiers jours de mon séjour à Lausanne chaque fois après que j’ai pris le bus ou le métro j’avais peur parce que peut être j’aurais dû vérifier mon billet !!!
(Zarrin, Iran)
Le système de transport
Ce qui est absolument différent entre la Suisse et mon pays, c’est le système de transport et son efficacité. La première fois que j’ai pris le train, j’ai été très étonnée de la ponctualité et de la manière de vérifier et contrôler l’achat du ticket. Dans mon pays, il n’y a pas de confiance en la bonne foi du citoyen, bien qu’il y ait une disposition constitutionnelle à ce sujet. Là-bas, toutes les stations et les bus sont équipés avec des contrôles d’accès, tout le contraire de la réalité suisse. Je trouve que la culture citoyenne d’ici permet d’avoir confiance dans le fait que personne ne va à échapper au paiement du titre de transport !
(Ana Milena, Colombie)
Où sont les petits marchés ?
Je viens de vivre en Espagne pendant trois ans et je suis très habituée à trouver beaucoup de petits marchés ainsi que de grands bâtiments industriels tenus par des familles chinoises, qui sont très accessibles pour acheter plein de choses à prix réduit. Malheureusement, je n’ai pas trouvé ce type de locaux commerciaux ici à Lausanne ! J’ai toujours dû aller au centre-ville pour faire des économies et faire les courses d’une façon moins chère que dans mon quartier. Dans mon pays, les petits marchés sont encore plus communs, ils sont situés presque à tous les coins des rues !
(Ana Milena, Colombie)
On enlève ses chaussures à l’intérieur !
Un jour, je suis rentrée chez moi et un de mes colocataires voulait me montrer quelque chose. Alors je suis allée dans sa chambre et il a regardé mes pieds et il a dit « NO NO NO NO NO » et m’a fait sortir de sa chambre. Il a dit : « tu ne peux pas porter des chaussures dans ma chambre ». J’ai dit : « mais tu portes toujours des chaussures à l’intérieur tout le temps ». Il était très en colère et il a crié : « En Europe nous ne portons pas de chaussures à l’intérieur » en claquant sa porte.
(Courtney, Australie)
Dire bonjour dans la rue, ça ne se fait pas !
Un jour, j’étais allée faire mes courses et tandis que je marchais, j’ai vu cette femme avec son chien et je pensais qu’elle allait dire « bonjour ». En Australie quand vous passez à côté de quelqu’un dans la rue, vous dites toujours « bonjour ». Au moment où nous étions sur le point de nous croiser, elle a dit « viens » à son chien et j’ai dit immédiatement « bonjour ». Nous nous sommes juste regardées et avons continué à marcher, c’était très gênant.
(Courtney, Australie)
Manger dans le train en Suisse
Je m’assieds avec mes amis dans le train qui se dirige pour Paris. Il n’y a personne dans le train sauf une famille assise en face de nous – une mère et un père avec leurs deux enfants. On a faim mais le paysage suisse nous fait oublier nos estomacs pour le moment. Les champs verts sont séparés par les arbres foncés qui ont déjà perdu toutes leurs feuilles. Derrière ces champs, le lac Léman. Derrière le lac, les montagnes saupoudrées de neige. On n’a pas déjeuné chez nous parce qu’on était en retard, et, à mon avis, c’est une habitude australienne d’être en retard. Peut-être que nos estomacs supporteraient le reste du voyage sans problème. Après vingt minutes le père assis en face de nous commence à déballer une fine couverture à carreaux. ‘Il fait quoi ?’ pense-t-on. Puis la mère sort un petit panier en osier. Les deux enfants enlèvent leurs écouteurs. Le père dispose la couverture sur la minuscule tablette du train. On oublie le paysage. La mère met soigneusement les couverts sur la table – tout le monde a naturellement une serviette. Puis la famille se met à manger des croissants avec de la confiture et du beurre, des poires et du fromage, tandis que les parents partagent un thermos avec une boisson chaude. On n’est pas aussi heureux qu’auparavant. On n’a pas prévu que l’on verrait un repas de trois services en face de nous, que certains seraient tellement préparés pour le voyage. Personne ne dit rien. ‘Peut-être qu’on pourrait commander quelque chose au wagon-restaurant ?’
(Sidney, Australie)
Etre à l’heure !
La ponctualité en Suisse m’a vraiment marquée ! Ici, les gens arrivent toujours 5 minutes avant leur rendez-vous. Mais, dans mon pays, au Kosovo, la ponctualité n’est pas toujours respectée. Les gens arrivent à leur rendez-vous 15-20 minutes en retard ou pas du tout !
(Djellza, Kosovo)
Trier les déchets !
Le tri des poubelles m’a aussi marquée. Dans mon pays d’origine, le Kosovo, il n’y a aucun tri des déchets. Ici en Suisse, nous trions presque tout! Les bouteilles en plastique, le verre, le carton, le papier et mêmes les capsules de café! C’est vraiment impressionnant comment la plupart des gens ici respectent l’environnement.
(Djellza, Kosovo)
Une histoire de confiance !
Il n’y a pas de différences très grandes entre la Suisse et la Suède. Ils commencent tous les deux par « s » et sont tous deux en Europe. Très semblables. Mais ce que je trouve le plus choquant c’est que les gens laissent simplement beaucoup de leurs affaires sans surveillance. Quand je me promène dans un parc ici en Suisse, je vois des bancs avec des sacs et personne à proximité. Personne n’a-t-il peur des gens qui leur prennent des choses ? Je m’explique : c’est génial de pouvoir laisser ses affaires et de s’attendre à ce qu’elles soient là à votre retour. Mais c’est aussi un peu bizarre pour moi. En Suède tu ne laisserais pas tes affaires. Tu t’assures toujours qu’elles sont près de toi.
(Emilia, Suède)
Le fromage pour le dessert ? Vraiment ?
Je sais depuis longtemps que le fromage est un produit phare de même qu’une partie indispensable de la consommation quotidienne en Suisse. En fait, on sert un plateau de fromage après le plat principal quand c’est le moment du dessert. Je me souviens de mon premier repas au restaurant ici à Lausanne. J’étais frappée de voir la diversité des fromages sous le mot « dessert » tandis que le choix de « vrais » desserts (comme je le perçois) était limité. Malgré le fait que j’habite ici depuis 3 mois, je ne peux pas encore m’habituer à manger du fromage à la fin de mon diner. Je préfère des douceurs, des gâteaux, du chocolat. Moi, je suis un bec à sucre, donc, pas de fromage pour moi, s’il vous plait.
(Kseniia, Russie)
Merci, la Suisse, pour la possibilité de dormir plus
En Suisse, on retarde l’heure en Octobre tandis qu’en Russie l’heure demeure la même (honnêtement, cette pratique a été supprimée il y a quelques années). C’est un vrai cadeau, puisqu’on a une heure de plus, mais en même temps c’est un défi en quelque sorte, parce que ça a augmenté le décalage des heures entre ma ville natale et Lausanne. Quand je suis libre et que j’ai fini mes cours, ma famille va au lit, ce qui empêche ma communication avec mes proches. Bref, je me rappelle le Dimanche quand l’heure a été changée et que je me suis réveillée avec ce sentiment de satisfaction complète d’avoir dormi plus. Alors, peut-être que ça n’est pas si mal, ce changement d’heure !
(Kseniia, Russie)
Un peu contradictoire, non ?
Je crois qu’il y a une collision entre les valeurs écologiques et le système postal ici, en Suisse. Autrement dit, la Suisse est un pays très sensibilisé aux problèmes environnementaux et qui essaie de prendre certaines initiatives dans ce domaine. Pourtant, on utilise tellement de papier en écrivant toutes ces lettres qui sont parfois inutiles. Par exemple, quand j’ai créé mon compte en banque, il fallait attendre une lettre avec mes données personnelles qui comportaient code pin, un login, une carte-même et tout ça. Mais un jour, j’ai reçu une lettre qui exprimait la gratitude pour le fait que j’avais choisi cette banque. Puis, le lendemain, j’ai reçu une autre lettre avec mon code pin et mon login pour mon compte personnel en ligne. Après, j’ai reçu encore 2 lettres avec ma carte et une invitation à venir chercher un outil spécial qui me permettrait d’avoir accès à mon compte. De plus, chaque mois, on m’envoie une déclaration (de 10 pages environ) avec mes dépenses, dont je n’ai pas besoin, parce que je peux le télécharger en ligne. Alors, c’est un vrai gaspillage de papier, à mon avis. Peut-être qu’il vaut mieux qu’on change ce système pour le rendre plus numérique.
(Kseniia, Russie)
Les téléphones publics qui avalent notre argent !
Le jour de mon arrivée en Suisse, je ne pouvais pas me connecter à Internet. Je devais appeler ma sœur, et donc je l’ai appelée depuis un téléphone public, mais j’avais besoin de pièces pour le faire. J’ai dû déposer 5 francs quand j’ai fait le premier appel; l’appel n’a pas été concret et j’ai perdu mon argent, parce que le téléphone public n’a pas rendu l’argent. Lors de l’appel suivant j’ai déposé 5 francs de plus, ma sœur m’a répondu et elle a pu venir pour moi. Voilà !!! les deux appels m’ont coûté 10 francs. En Colombie, il y a des téléphones publics partout et les téléphones retournent toujours l’argent que vous n’utilisez pas.
(Alejandro, Colombie)
Se servir à manger ! Petites ou grandes portions ?
La semaine où je suis arrivé, je suis allé manger avec ma sœur et son beau-père, ce jour-là nous étions 5 personnes au diner. Sur la table il y avait 3 plats avec des pâtes et 2 autres avec de la salade. Tout le monde a pris une portion, quand ils ont fini de se servir, j’ai constaté qu’il y avait beaucoup de nourriture, alors j’ai pris deux fois plus que les autres (c’est-à-dire une double portion) et j’ai commencé à manger. Quand j’avais fini, je me suis resservi sans remarquer qu’il y avait déjà peu et que la plupart n’avaient pris qu’une petite portion. Ici les personnes mangent habituellement de petites portions et se resservent pendant le diner, contrairement à ce que l’on fait dans mon pays, où vous vous servez habituellement la portion que vous croyiez être suffisante pour vous, et le reste est réservé à ceux qui souhaitent se resservir. Nous ne nous servons pas de petites portions pour nous resservir ensuite. Quand nous avons fini de manger, ma sœur m’a expliqué ce qui s’était passé et que je devais m’excuser. Les autres personnes ont ri et ont dit que quand elles se rendraient en Colombie, elles savaient déjà qu’elles ne devraient prendre qu’une seule grande portion.
Chaque mois, L’auditoire vous propose de découvrir des artistes et des projets culturels innovants de la région romande. Ce mois-ci, nous partons à la rencontre des six trublions du groupe instrumental L’éclair: Cobra, Colonel, Jahlino, Jutar, Lilor et Luciano. L’interview complète.
Comment définiriez-vous L’éclair?
Colonel: Je pense que c’est une entité qu’on crée qui est immatérielle, une chose qui nécessite l’engagement de chacun des membres. Cobra: Comme n’importe quel groupe en fait. Rires. Col: C’est une entité qu’on s’amuse à créer à travers la musique, entre le gag et le sérieux. Et je pense que c’est pour ça que c’est compliqué à définir, on ne sait pas réellement où on se dirige vu que ça évolue constamment.
Mais il y a quand même un but derrière? Faire danser les gens?
Cob: Les faire danser en pleurant. Tu as souvent un aspect harmonique qui ramène à la nostalgie, mais toujours avec un rythme groove. Tu écoutes ça, tu penses à ta rupture récente et tu as une petite larme qui te vient, mais en même temps tu te surprends à bouger la tête. L’éclair c’est cette espèce d’entre-deux doux-amer.
Et si vous deviez choisir trois mots qui vous définissent?
Col: Cons de merde, ça fait trois mots. Rires. Cob: Ou comme alternative: naïfs, crétins, mais honnêtes.
Comment est né le groupe?
Col: C’est né d’une envie qu’on avait Jutar et moi de jouer ensemble et on ne savait pas vraiment comment le faire. Du coup, on a profité de partir à Londres, le prétexte étant un voyage linguistique, mais on séchait les cours la plupart du temps. On est restés ensemble neuf semaines. C’était à peu près la première fois qu’on se posait les deux pour faire de la musique. On a créé quelques chansons qu’on ne joue plus du tout, mais c’est de là que c’est parti.
D’où vient le nom du groupe?
Col: On avait trouvé un coffee shop près de chez moi. On passait souvent du temps là-bas et on discutait un peu de tout et de n’importe quoi. Un soir, Jutar s’est retrouvé stone sur le canapé et puis il a vu la forme d’un éclair. Col: Ensuite, on y a bien réfléchi deux semaines, jusqu’au moment où cela est devenu assez cohérent d’appeler ce groupe L’éclair. Parce que c’est un nom qui se prête à pas mal de mystères, on ne sait pas trop à quoi s’attendre.
On retrouve de tout dans vos morceaux: de la polyrythmie africaine au krautrock, en passant par le funk et les bandes sons des films érotiques italiens des années 70. Est-ce qu’il y a des influences qui vous ont plus marqué?
Col: Can! Rires. Mais, je pense que chacun d’entre nous a été touché individuellement par plein de choses. Cob: On a une base rythmique qui va aller chercher essentiellement vers des musiques africaines ou latines. Par contre, mélodiquement, on est un peu plus Européens, quelque chose qui peut se rapprocher de la sensiblerie italienne des années 1970.
Ce qui est très fort, c’est le fait que vous assimilez toutes ces influences pour en faire quelque chose qui vous appartient. Vous ne vous contentez pas de répéter des codes…
Cob: En tout cas on essaie. En prenant un élément par-ci par-là, on arrive finalement à un mélange plus ou moins digéré. C’est sûr que les influences sont multiples et assumées, mais en les assimilant toutes ensembles, on crée quelque chose de nouveau. Col: C’est aussi une volonté de sortir du rock psychédélique. D’amener la musique psychédélique vers ailleurs. Parce qu’on reste psychédéliques, dans notre manière de faire et dans notre esprit. On est dans un format rock qui ne veut plus faire du rock. On a voulu tenter quelque chose d’autre en ramassant tout ce qu’on aimait à côté de la musique rock tout en s’inspirant de l’énergie qu’il peut y avoir dedans.
Comment définiriez-vous votre style actuel?
Cob: Exo groove post-internet. Exo qui vient de exotica, un style des années 50 introduit par Martin Denny. De la musique faite par des occidentaux, mais qui est censée rappeler des régions exotiques. En réalité, on est plus sur de nouvelles orchestrations de thèmes occidentaux qui incluent des éléments «exotiques», telles qu’un sitar. On est exotica dans la mesure où on va aller puiser, par exemple, des influences africaines, en utilisant juste la projection qu’on s’en fait. On joue en fait une projection de ce qu’on pense être le son d’un endroit. Col: D’où la naïveté. Cob: Ensuite groove et post-internet qui ne veut pas dire «ce qui vient après internet», mais plutôt «tout ce qui est compris avec l’apparition d’internet». Grâce à internet, de par Spotify, YouTube, etc. on a eu accès à tous les tréfonds de la musique et les trucs les plus obscurs qui soient et, au fil des années, ça a pris presque plus d’importance que les grands noms. Notre musique a été fortement influencée par le fait qu’on ait ça à disposition.
Votre dernier album, Polymood, se démarque de votre premier, Cruise Control. On retrouve les influences et le groove, mais on sent une dynamique plus posée, plus pro. Y avait-il une réelle volonté ou ça s’est fait naturellement?
Cob: Polymood c’est notre première vraie session studio. À la base, Cruise Control était seulement censé regrouper des démos pour pouvoir obtenir des concerts. On l’a enregistré dans le local d’un pote, un peu à la va-vite. Du coup, le son de l’album est grandement influencé par le mix qu’on a dû faire pour cacher certaines erreurs techniques de l’enregistrement. Mais c’est pour ça qu’on l’aime et on ne regrette rien là-dedans. Le deuxième disque, lui, a été enregistré dans un vrai studio. On était plus conscients de ce qu’on allait faire, plus préparés. Lilor: Avec Polymood, on a vraiment essayé de faire la meilleure prise possible du premier coup. Cob: Et c’est le cas, puisqu’on n’a pas utilisé une seule fois un ordi dans la session. Lil: Tout en analogique. Col: Ce deuxième album représente finalement assez bien ce vers quoi viserait L’éclair de manière optimale. On a commencé par des morceaux extrêmement posés, avec Jutar. Puis, c’est devenu groovy, funky, parce qu’on s’est dit que ce serait marrant de faire danser les gens. Polymood, c’est vraiment une palette de tout ce qu’on écoute. Notre univers qui va vers le calme, le très triste, le happy et le débile comme dans Lagos.
Êtes-vous satisfait des retours?
Cob: C’est ça aussi l’aspect naïf du groupe. On s’attendait à plein de choses et à rien de précis en même temps. Tu fais l’album et tu le laisses vivre sa vie. Col: Après, nos amis nous répètent assez souvent que cet album fait partie de leur vie et je trouve ça assez touchant que des gens proches commencent vraiment à aimer notre musique et à la mettre d’égal à égal avec ce qu’ils peuvent écouter à côté. C’est plus «ah c’est un pote qui fait de la musique», c’est vraiment «eux, c’est nos potes qui sont musiciens, on écoute leurs album comme on écouterait le nouveau Kendrick.» Col: Ça nous a fait plaisir. Et puis le fait qu’on ait pu distribuer l’album de manière correcte, qu’il ait pu toucher des gens dans le monde entier…
Vous avez eu la chance de jouer au Paléo cet été avec L’orage. Quel souvenir vous en gardez?
Cob: Franchement, on s’est trop marré. Après, c’est le gros festival avec tous les désagréments qui vont avec. Au final, on a passé l’essentiel de la soirée dans les loges ou les spots derrières parce qu’il y avait trop de monde. Col: On a aussi fait Welcome to The Village en Hollande, invités par Jacco Gardner. Et je pense qu’on est tous d’accord pour dire que ce genre de gros festivals ce n’est pas la solution. Ça semble assez idyllique du point de vue d’un spectateur parce que c’est quand même un des plus gros loisirs de l’été que d’aller en festival, mais pour un artiste c’est très étouffant. Ça correspond à énormément de groupe mais je ne sais pas si on se retrouve là-dedans. Cob: Mais, il faut le faire. On est plutôt dans une politique inclusive, on n’a pas envie d’être un groupe d’érudit ou de niche, c’est plutôt «tous welcome». Mais ce n’est pas dans un festival qu’on a le meilleur son, c’est rarement les meilleurs concerts. Il y a moins cette énergie qui existe dans un club, où il y a vraiment quelque chose de particulier qui se passe. Souvent, le moment est plus spatial, moins générique. Li: Il y a quand même cet aspect où plus on joue dans de gros espace, plus la musique a tendance à s’effacer derrière d’autres artifices, comme la présence scénique, le lightshow. Cette impression que plus un concert est immense, moins on écoutes vraiment les morceaux. Alors que quand t’es dans un club où tout est fermé, où le son te rebondit à la gueule et que tu ne vois rien, t’es là et t’as vraiment juste la musique. Nous, on capitalise beaucoup plus sur la musique. Col: Ouais, nous on ne capitalise pas trop sur notre apparence. Rires
Avez-vous des projets après Polymood?
Cob: Je crois qu’on a déjà enregistré le troisième en fait. Col: Sans faire exprès. Rires. Cob: On avait une session dans une maison sur le Salève, louée par notre ingé son, G’Z. On devait y passer 4 jours et, à cause d’un double booking de Lilor et Jutar qui devaient jouer avec les Rebels of Tijuana, la session est tombée de 4 à 2 jours. À la base, on voulait juste enregistrer 2 ou 3 morceaux. Et puis finalement on a pu enregistrer beaucoup de matière, mais qu’on n’a pas encore réécoutée.
Si ça donne quelque chose, vous pensez le sortir quand?
Col: Très vite, entre 6 et 9 mois. Mais on n’a pas encore fait énormément de concerts pour Polymood. Donc, dès l’année prochaine, on va partir défendre Polymood sur la route. Il y aura plein de concerts en 2019. Du coup, il va rester d’actualité et en même temps, on aimerait proposer du média, du contenu en plus.
Où est-ce qu’on pourra vous écouter durant les prochains mois?
Parmi ses invités, le JazzOnze+ Festival comptait Ghost-Note, un groupe qui, s’il n’est que peu connu du plus clair de la masse, s’affaire depuis quelques années à dépoussiérer le jazz en lui infusant un nouveau souffle. Décapant d’énergie et de maitrise instrumentale, l’enthousiasme scénique de Ghost-Note est contagieux. Décidé à comprendre ce phénomène, L’auditoire est parti à leur rencontre.
Casino de Montbenon, vendredi 9 novembre, 17h. Perfectionnistes, les membres de Ghost-Note se refusent à terminer leur soundcheck dans les temps. Du salon, on les entend partir en quête de ce «toujours mieux» qui fait leur réputation virtuose. Les percussions s’affolent, les cordes claquent, les claviers rebondissent en écho et, en toile de fond, Sput exclame son insatisfaction; autant de préludes sonores à une soirée réussie. Une fois les réglages terminés, c’est presque essoufflés que viennent enfin me voir Robert Searight, alias Sput et Nate Werth, les deux fondateurs du groupe. Se présentant comme deux amis de toujours, ils me parlent en premier lieu de leur «complicité, d’abord humaine, qui vient ensuite se déverser dans leur énergie musicale. Sans elle, le groupe ne serait rien.» Le projet Ghost-Note est la réponse à leur besoin frénétique de créer, oui, mais surtout à celui de «s’amuser entre potes, de laisser libre cours à leurs pulsions musicales». Très libertaire, ce discours donne à première vue au binôme une allure adolescente, à l’excitation innocente et empressée de monter sur scène pour faire la fête avec le public. Une impression qui s’évapore rapidement lorsque les deux commencent à faire du name-droping: Prince, Kendrick Lamar, Herbie Hancock, Toto, Snoop Dogg, Marcus Miller, Justin Timberlake… La liste des musiciens légendaires avec qui les membres de Ghost-Note ont collaboré est vertigineuse. Eloquente de leur talent, cette liste de prestigieuses fréquentations pourrait les autoriser à un peu moins de modestie. Et pourtant, les deux acolytes gardent un sourire ouvert et amical de bout en bout de l’entretien. À la question de savoir ce qu’ils pensent du revival de funk que connaît notre ère depuis quelques années, ils disent s’en réjouir et être fiers de pouvoir y contribuer: «A travers notre musique, nous voulons diffuser un message de paix et d’universalité. Si le funk continue à se démocratiser, cette mission aura bien des chances d’aboutir.»
À la suite de ces sages paroles, l’heure est au passage à l’acte. Dans une salle gonflée à bloc, l’ambiance est comparable à celle du M2 juste avant un départ à Lausanne-Gare, tôt dans la matinée: tout le monde se cramponne à ce qu’il peut, car tout le monde sait que l’onde de choc ne va pas faire dans la dentelle. Chose promise, chose due. Sput à peine installé derrière sa batterie, il ne s’embête pas à enduire le public de lubrifiant. Sans aucune intro, le ton est immédiatement donné. Le battement cardiaque est en route, les musiciens s’alignent à son impulsion et ne ménagent pas leurs efforts. Une générosité qui ne s’arrêtera pas après le premier morceau, comme la logique humaine et physique le voudrait. Deux heures durant, Ghost-Note tape, souffle, gratte, fait danser toute l’assemblée, sans décélérer une seule fois. Une performance presque inquiétante d’intensité, malheureusement personne n’a le temps de se soucier de sa santé; tout le monde est trop occupé à se nourrir de la musique. Sur la fin du concert, dans un rare moment de calme et de confidence, Sput engage un hommage à James Brown, son «guide spirituel». Sans tomber dans une nostalgie niaiseuse, les airs reprennent quelques-unes des plus belles séquences du grand maître en distribuant juste ce qu’il faut d’émotion au public. Pas de sentiments gratuits, juste un moment de recueil simple, de contemplation légère et juste. Arrive la fin du concert. Les dernières notes sont toujours repoussées, le public n’accepte pas de voir partir ses héros d’un soir. Par deux fois, Ghost-Note s’en va, puis est contraint de revenir pour une dernière ballade, un dernier clin d’œil. Encore toute secouée, l’assemblée se retire avec le sentiment d’avoir assisté à une prestation unique. Ghost-Note le confessait quelques heures auparavant, jamais deux concerts ne sont pareils: «Nous portons une grande importance au jam, les bases sont à chaque fois rudimentairement les mêmes pour chaque morceau, mais chaque musicien se laisse une marge d’interprétation considérable. Au fond, on sait comment ça commence, mais on ne sait jamais comment ça va finir et c’est ce qui fait sûrement l’intérêt de notre musique.» Dans cette même idée de spontanéité, relevons encore que rien n’est préenregistré, rien n’est préparé à l’avance. Le son est créé de bout en bout, ce qui de nos jours est une expérience de moins en moins fréquente. En somme, la soirée prend réellement fin sur le chemin du retour. L’esprit encore embué de mélodies débridées, on prend conscience avec soulagement que le jazz n’est pas mort. Certains artistes s’affairant depuis plusieurs années à le revivifier, on peut dire en toute honnêteté qu’il est aujourd’hui bien-portant. Ghost-Note, un magnifique pied de nez à tous ceux qui ont encore l’impertinence de parler de musique d’ascenseur.
Le Paléo s’est achevé hier sous une pluie de confettis et de ballons gonflables lors du concert d’Indochine. Pour cette dernière chronique, L’auditoire a réalisé un petit récapitulatif de son expérience lors de cette édition 2018.
Vous l’avez sans doute remarqué, mais à L’auditoire, on aime
établir des listes. Cela nous a donc paru être la meilleure manière de
clore cette série de chroniques sur le Paléo Festival:
On a fait trente-huit fois le tour des stands avant de se décider où manger. Et ce tous les soirs.
On a eu envie de suivre Kaleo en tournée (parce qu’ils sont beaux, certes, mais surtout parce que leur concert était in-croy-able !).
Jusqu’au 17 juillet 2018, on pensait que Personal Jesus était une chanson originale de Marilyn Manson. Oups.
On a attendu 1h30 avant de pouvoir hurler « Reach out and touch faith » à pleins poumons avec Dave Gahan (non ça c’est pas vrai vu qu’avant le concert on ne savait pas que c’était de lui).
On a programmé d’aller voir Imam Baildi à quatre reprises, et on a toujours loupé l’heure du rendez-vous.
On a cherché Vianney, et il était là.
On a appris avec surprise que le chanteur de The Killers n’avait que 37 ans alors qu’on pensait qu’il en avait 50 mais qu’il faisait juste jeune – pardonne-nous Brandon.
On a été un chouïa mal à l’aise quand ce même Brandon a confondu Nyon avec Genève (il faisait quand même moins de bourdes quand il avait une moustache).
On a eu un rire nerveux en constatant que ça faisait près de deux heures qu’on était bloqué dans le parking 3.
On a prié pour que la Loi de Murphy ne s’abatte pas sur nous après le concert d’Angèle.
On a été choqué de voir arriver Little Simz sans prisme vert au-dessus de sa tête.
On n’a pas trop compris quand Nekfeu a demandé s’il y avait des « meufs qui sont des bonhommes ce soir ? ».
On a dansé la dabkeh avec ferveur au son de 47SOUL.
On a hésité pendant six jours à goûter le gaspacho aux insectes, mais la lâcheté nous en a empêché. Alors on regrette et on hésite à aller en chercher dans le jardin pour en faire une soupe ce soir.
On a passé à peu près autant de temps à faire la file pour les toilettes que Neymar en a passé à se rouler par terre depuis le début de sa carrière.
On a espéré jusqu’au bout que Stromae vienne par surprise au concert d’Orelsan. Mais il n’est pas venu. Alors on a dansé pour oublier tous les problèmes.
On a finalement eu les bases avec Orelsan (enfin ça, c’est lui qui l’a dit. Mais nous on a un doute).
On a découvert que le guitariste de Lenny Kravitz est en fait Alain Souchon.
On a eu envie de faire un câlin à Roméo Elvis quand il a déclaré adorer Shaqiri.
On a compris enfin compris que les artistes qui portent des lunettes de soleil cherchent en réalité à cacher leurs yeux. On vous laisse deviner pourquoi (n’est-ce pas Lenny ?).
On a voulu manger des queues de castor, mais il n’y en avait plus. Alors on a déprimé et on a regardé les prix des billets d’avion pour Montréal.
On a eu envie de commencer la danse contemporaine en contemplant Loïc Nottet.
On a un peu paniqué quand on s’est aperçu que des morceaux de feux d’artifice nous tombaient dessus.
On a eu des envies de meurtre envers l’homme qui a hurlé « ON EST CHAMPIONS DU MONDE » pendant J’ai demandé à la lune.
On a collectionné les confettis du concert d’Indochine.
On a adoré passer cette semaine incroyable sur la plaine de l’Asse et on se réjouit d’y retourner l’année prochaine.
Située au plein centre de Paléo, entre le quartier de la Terrasse et le quartier latin, une obscure inscription orangée suscite de nombreuses interrogations chez les festivaliers. Des lettres blanches semblent former les mots «LE» et «Matin». L’auditoire a enquêté.
Que peut bien signifier la mystérieuse banderole orange retrouvée vers le passage des artisans? Le mystère parcourt les allées boueuses de Paléo depuis le début de la semaine, et chacun y va de sa petite explication. Il y a tout d’abord les complotistes, comme François pour qui «ça ne fait aucun doute, c’est encore un coup des Illuminati» en expliquant cela par le fait qu’ «ils sont partout, méfiez-vous». Théorie remise en question par son comparse Emilien: «Je pencherais plutôt pour les Francs-maçons. L’orange a pour eux une grande signification, puisque c’est la couleur de la tromperie et du mensonge. Je l’ai vu dans un documentaire sur internet.»
D’autres privilégient la piste divine. «Je pense que c’est un message de Dieu qui se plaint du lieu de débauche qu’est devenu ce festival», explique Eugénie. Elle complète son explication: «L’orange, c’est la couleur de la pêche. Et une pêche, ça pousse sur quoi? Un pêcher. Oui. Pêcher. Comme péché. Vous avez saisi?» Son mari, Edouard, partage également cette piste: «Ce le lieu est rempli de satanistes qui se droguent et forniquent à tout bout de champ. A un moment donné, c’est évident que le Tout-Puissant intervienne.» Il ne répondra toutefois pas à la question de pourquoi lui et sa femme ont décidé de venir dans cet endroit qui semble tant les horrifier, prétextant qu’ils devaient partir parce qu’ils étaient garés en double file.
Certains festivaliers ont poussé l’analyse un peu plus loin. Solène, par exemple, est convaincue que les traces blanches visibles sur la banderoles ne sont pas disposées par hasard: «Si on regarde attentivement, on voit que cela forme de lettres, et une fois qu’on sait ça, on arrive facilement à déchiffrer l’inscription “Le Matin”». Son ami Mathieu renchérit avec sa propre interprétation: «Je pense tout simplement que ce sont les organisateurs du festival qui sont à l’origine de ce mystère. J’y vois une sorte de blague de leur part. Etant donné que ce festival se déroule majoritairement le soir, c’est assez ironique de placer une affiche indiquant que c’est “Le Matin”. C’est un humour qui leur correspond assez bien. Je ne pense pas qu’il faille chercher plus loin.»
Alors que cette théorie nous semblait tout à fait convaincante, nous sommes tombés sur Gérard, qui affirme détenir la véritable explication: «Il s’agit d’une publicité pour un journal papier qui a subitement disparu. Il s’appelait “Le Matin”, et les gens le lisaient quotidiennement en buvant leur café. Il traitait des sujets populaires, et beaucoup de personnes s’amusaient à le qualifier de torchon. Mais c’était ces mêmes personnes qui le lisaient, et à sa mort, elles ont beaucoup moins ri. Sans parler de la quarantaine de collaborateurs qui se sont fait virer sans considération par Tamedia, leur éditeur. Une triste histoire.» Un quotidien lu par plus de deux cent mille romands qui disparaît du jour au lendemain? On peine à le croire.
OPINION. Le 19 janvier dernier, la Turquie lançait une offensive contre Afrin, enclave sous contrôle kurde dans le Nord de la Syrie. L’armée turque, 2e puissance de l’OTAN, a mobilisé des moyens considérables pour cette opération qui vise une zone relativement épargnée par le conflit qui ravage la région. Alors que le gouvernement turc annonçait une victoire rapide, l’offensive piétine aujourd’hui encore face à la résistance acharnée des milices kurdes. Quant aux civils, ils paient une fois de plus un lourd tribut sous les bombes turques.
Carte de l’offensive turque contre Afrin
Pour mieux saisir ce nouveau tournant dans la guerre civile qui embrase la Syrie depuis 7 ans, il est nécessaire de comprendre comment s’est dessinée la carte qui détermine aujourd’hui les états souverains de la région. L’évolution de la question kurde au Moyen-Orient est un facteur décisif dans la compréhension des enjeux de ce nouveau front ouvert à Afrin.
Les Kurdes peuplent une zone à cheval sur 4 pays: la Turquie, l’Iran, l’Irak et la Syrie. Estimée à 35 millions d’individus, leur population en fait le plus grand peuple sans nation. Alors que le modèle de l’état-nation s’imposait comme moyen de légitimisation de la domination politique dans la région après la chute des Ottomans, les Kurdes ont été tenu à l’écart du partage de la dépouille de l’empire. Un pays leur est promis par le Traité de Sèvres en 1920, mais les espoirs seront déçus et le traité jamais ratifié. Alors que les Kurdes bénéficiaient d’une certaine autonomie au sein de l’empire ottoman multi-ethnique, les nouveaux pouvoirs nationalistes ne peuvent avoir le même rapport pacifique avec leurs minorités ethniques et religieuses. Les minorités sont des contradictions flagrantes à la plupart des romans nationaux puisqu’elles font mentir le mythe d’unicité de la communauté. Au sein de l’état-nation, les minorités ethniques et religieuses sont bien souvent condamnées à être au mieux déclassées, au pire persécutées. La Turquie est sans doute le pays qui a mené la campagne d’éradication culturelle la plus radicale contre sa population kurde: langue interdite, assimilation forcée, emprisonnement des dissidents… En réaction, un mouvement de guérilla indépendantiste marxiste-léniniste, le PKK, prend les armes en 1984. La répression étatique est particulièrement féroce et la liste des crimes de guerre qui se succèdent pendant cette période est interminable. Après une guerre sanglante de trois décennies, un cessez-le-feu est proclamé en 2013. L’idéologie du mouvement kurde a évolué au cours du temps: au contact de la pensée de l’anarchiste américain Murray Bookchin, la ligne politique du PKK a pris une tournure plus libertaire dans les années 2000. Le projet politique est désormais le confédéralisme démocratique, qui, s’il fallait le résumer brièvement, promeut l’organisation démocratique sur la base de communes fédérées entre elles et rejette le modèle de l’état-nation, le patriarcat et le système capitaliste.
Dans le chaos de la guerre civile syrienne, les Kurdes du Rojava (Kurdistan syrien, peuplé d’une mosaïque de minorités religieuses et ethniques) ont profité du retrait des troupes d’Assad pour développer le confédéralisme démocratique sur leurs terres avec le soutien du PKK. Cet exemple d’autogestion est de nature à inspirer notamment les Kurdes de Turquie et leur donner des espoirs d’autonomie. C’est ce qui s’est passé en 2015, lorsque certaines villes du Kurdistan turc ont vu leur jeunesse prendre les armes et déclencher des foyers de rébellion urbaine. L’insurrection a été noyée dans le sang.
Voilà la raison principale pour laquelle le Rojava représente une telle menace pour Erdogan, voilà pourquoi le gouvernement turc a voulu et veut à tout prix anéantir la révolution kurde en Syrie, allant jusqu’à soutenir Daesh dans sa guerre contre les milices kurdes. Mais avec l’aide des frappes de la coalition, les YPG (principale milice kurde) ont arrêté Daesh à Kobané, rebaptisée dès lors par la presse «Stalingrad du Moyen-Orient». Avec le soutien de milices arabes et de l’aviation de la coalition internationale, les Kurdes ont repris à Daesh ville après ville. Et alors qu’aujourd’hui le califat est moribond, Erdogan lance une offensive sur Afrin, misant sur la passivité des puissances occidentales qui n’ont plus besoin des combattant et combattantes kurdes pour les débarrasser de Daesh.
L’aviation turque bombarde des zones peuplées, déchiquetant aveuglement les civils par dizaines, certains rapports affirmant même que des bombes incendiaires ont été utilisées. Les corps d’enfants s’amassent dans le silence assourdissant de la communauté internationale. Les dirigeants des puissances appellent à la «retenue», lorsqu’ils n’encouragent pas directement l’agression –qui, rappelons-le, est illégale au regard du droit international. Le gouvernement turc s’est allié à des factions islamistes de l’Armée Syrienne Libre, les utilisant comme chair à canon pour prendre les positions tenues par les YPG. Ces djihadistes armés et entrainés par l’armée turque se sont déjà illustrés par de glaçants actes de cruauté. L’atroce mutilation du corps d’une combattante kurde, filmée par des hommes goguenards d’une de ces milices islamistes, a indigné bien au-delà de la communauté kurde.
Malgré un rapport de force extrêmement déséquilibré, les milices kurdes se sont préparées à faire face à cette invasion depuis des années et sont prêtes à faire payer chèrement chaque mètre de terrain concédé. Si Kobané a été le Stalingrad de Daesh, les Kurdes ont juré de faire d’Afrin le Vietnam d’Erdogan.
Aujourd’hui, les révolutionnaires du Rojava tentent d’ouvrir une brèche dans l’hégémonie de l’état-nation. A l’heure où l’Europe est parcourue de soubresauts qui nous rappellent que le nationalisme mène aux passions les plus meurtrières, les Kurdes nous montrent une alternative dont nous devrions nous inspirer afin d’envoyer aux oubliettes de l’histoire des chimères qui ont déjà fait couler bien trop de sang. Ne laissons pas mourir en silence ceux qui portent l’espoir à bout de bras.
Editorial. Une suppression de la redevance radio-télévision ne menacerait pas uniquement la Société suisse de radiodiffusion et de télévision (SSR). Elle donnerait également un signal très négatif à toutes celles et ceux qui hésiteraient à s’investir bénévolement dans le journalisme estudiantin.
Chaque numéro nécessite de centaines d’heures de travail bénévoles L’initiative No Billag occupe depuis quelques mois le devant de la scène du débat politique suisse. Et pour cause: radicale dans son énoncé, elle vise à supprimer tout financement public des médias. Actuellement, chaque ménage suisse paie une redevance annuelle de 451 francs (qui passera à 365 francs en 2019) servant à financer en grande partie les télévisions nationales, mais aussi des radios locales et des télévisions régionales. Le comité d’initiative souhaiterait supprimer cette redevance pour libéraliser totalement le marché de l’information sous un modèle où chacun paye en fonction de ce qu’il consomme.
Un effet multiplicateur
Les initiants soutiennent que cette initiative ne sonnerait pas la fin de la SSR (composée de la RTS, de la SSR et de la RSI), mais uniquement une réforme de celle-ci, jugée trop coûteuse et pas assez indépendante de l’Etat. S’il est difficile de dire si oui ou non la SSR survivrait en cas d’acquiescement du peuple le 4 mars prochain, il est néanmoins certain qu’un nombre très important de ses programmes s’éteindrait, ne pouvant pas se financer auprès du libre marché. Les principaux domaines menacés seraient la culture, le sport et les informations des régions périphériques. C’est principalement sur ce point que s’appuient les opposants au texte de loi: la redevance radio-TV représente certes une charge élevée pour les ménages suisses, mais elle permet de stimuler par un effet multiplicateur des secteurs indispensables au bon fonctionnement de la démocratie helvétique. Le journalisme estudiantin en fait partie et serait lui aussi impacté à son échelle.
Des milliers d’heures de travail
Les frais engendrés par L’auditoire, journal gratuit et sans publicité, sont certes entièrement couverts par la Fédération des associations des étudiant-e-s (FAE), et une suppression de la redevance ne signifierait pas la fin du journal des étudiants de Lausanne. Mais s’il est possible pour la FAE de financer les six numéros qui paraissent par année, c’est uniquement parce que la rédaction est entièrement bénévole. L’auditoire, c’est chaque année 160 pages qu’il s’agit d’écrire, corriger, relire et mettre en page. 160 pages d’articles de fond, avec des informations recoupées et souvent agrémentées d’intervenants. Cela représente des milliers d’heures de travail réparties entre les divers membres de la rédaction. Chacun et chacune le fait pour des raisons différentes, mais il en est une qui pousse peut-être un peu plus que les autres à accepter les nombreuses concessions que l’on fait sur ses études et sa vie sociale: L’auditoire offre une solide formation dans le monde des médias.
Existant depuis 1983, le journal des étudiants est en effet reconnu par ses grands frères et constitue une belle rampe de lancement dans le métier. Bon nombre de ses alumni sont employés par la RTS ou par d’autres médias dépendant directement de la redevance radio-télévision. Or, si cette dernière venait à disparaître, il ne fait nul doute que le métier de journaliste deviendrait encore plus précaire. Le marché de l’emploi se trouverait totalement saturé avec d’innombrables journalistes expérimentés se trouvant subitement au chômage. Dès lors, on peut légitimement se demander combien d’étudiants trouveront encore la force de continuer à jongler entre leurs études et le journal pour se former dans une profession où la concurrence serait subitement devenue infernale.
Un besoin continuel d’effectif
L’auditoire ne se limite par ailleurs pas à sa version papier. Il y a évidemment son site web qui permet de publier des articles dont le format ou le sujet ne s’accordent pas bien avec la version imprimée. On peut notamment citer les nombreuses critiques théâtrales ou cinématographiques qui permettent de mettre en avant la vie culturelle de la région. Le Prix littéraire de la Sorge et le concours photographique de la Chamberonne, organisés chaque année, sont également des rendez-vous stimulant l’activité créatrice de la communauté académique. Des workshops sont aussi mis sur pied pour parfaire la formation des membres de la rédaction, ateliers souvent animés par des professionnels des médias qui sortent de la logique marchande pour consacrer gratuitement une partie de leur temps à la relève. Toutes ces activités nécessitent des personnes prêtes à s’investir sans compter.
Entre Fréquence Banane, le HEConomist, NUL et L’auditoire, le campus lausannois regorge de jeunes qui se donnent corps et âme pour fournir une information gratuite et de qualité à l’ensemble de la communauté académique. Néanmoins, ces médias doivent faire face au même défi: renouveler continuellement leur rédaction, les quatre vivant au rythme des études de leurs membres. Un oui à No Billag donnerait un signal très négatif à toutes celles et ceux qui hésiteraient à se lancer dans le journalisme estudiantin. Faute de débouchés, le réservoir de journalistes en herbe risquerait ainsi de se réduire considérablement, affaiblissant de la sorte les différentes rédactions qui verraient leur renouvellement menacé sur le long terme, et qui, par manque d’effectif, seraient inévitablement poussées à réduire la diversité des activités qu’elles proposent.
Vocations menacées
Cela d’autant plus qu’un marché des médias entièrement libéralisé ne permettrait plus la diversité d’informations qu’il est aujourd’hui possible d’avoir en Suisse. Les journalistes seraient soumis aux lois de la demande et se verraient contraints de faire des chiffres, laissant la part belle au sensationnalisme et à la presse boulevard au détriment notamment des rubriques culturelles et locales. Les sujets fouillés se feraient par ailleurs de plus en plus rares, demandant plus d’argent que ce qu’ils pourraient rapporter. Ainsi, le travail de journaliste s’appauvrirait et perdrait sa fonction primordiale qui est de proposer un contenu amenant à réfléchir, s’interroger, découvrir, et confronter des opinions. Difficile dans ces conditions maintenir la flamme qui habite les jeunes s’investissant dans les rédactions estudiantines, la majorité de ceux-ci n’ayant pas pour vocation de finir dans des médias cherchant à flatter l’opinion publique ou à répandre les conviction de leur riche propriétaire.
La taille de la SSR peut impressionner, et certains de ses programmes ne plaisent pas forcément à tout le monde. Mais, derrière cette machinerie complexe se cache une multitude d’acteurs qui font la richesse de la Suisse et qui bénéficient directement ou non de la redevance. Les artistes et les sportifs ont déjà fait part de leur inquiétude. L’auditoire le fait aujourd’hui.
La treizième édition du Grand Prix Romand de la Création aura lieu jeudi 9 novembre. L’occasion de récompenser les meilleures créations en communication.
Chaque année, le concours du GRAND met en lumière de nombreux travaux en communication et propose une cérémonie de remise de prix rassemblant les esprits créatifs de Suisse romande. Chaque domaine de la communication y est représenté au sein de quatorze groupes différents, dont, notamment, des catégories photographie et illustration, affichage culturel, publicité événementielle ou encore web et mobile.
Grand Prix Romand de la Création
C’est l’Association du Grand Prix Romand de la Création qui se cache derrière cet événement. Une association constituée de bénévoles actifs dans le domaine de la communication. «Le rôle de l’association, c’est avant tout de promouvoir la créativité en Suisse romande. Il faut savoir qu’on est une petite association composée de bénévoles passionnés et qu’on n’a pas beaucoup de moyens. Heureusement, nos partenaires nous apportent énormément», explique Loris Scaglia, coordinateur du GRAND. La soirée accueille cinquante agences de la région et de nombreux acteurs du milieu. Selon Loris Scaglia, «c’est l’occasion de donner une visibilité aux agences qui ont su innover au cours de l’année, qui ont su proposer des choses intéressantes. De plus, il y a aussi un côté social: les gens vont pouvoir se rencontrer, networker et finalement créer une nouvelle énergie entre les agences de communication». Afin de pimenter la cérémonie, le GRAND revisite cette année le thème du cinéma pour adulte. «On a choisi un thème délicat à traiter, on est constamment sur le fil. Le but n’est pas du tout de faire uniquement le focus sur ce thème mais bien de mettre en avant les projets au sein de ce dernier. C’était le défi de cette année et je pense qu’on va bien rire», précise Loris Scaglia. Pour départager ce beau monde, un jury a été constitué. C’est le zürichois Remy Fabrikant qui présidera ces experts. Le directeur général de JWT/FABRIKANT comptabilise déjà 39 ans de carrières, 300 prix et a travaillé, entre autres, avec Bayer, Heineken, Microsoft et Nestlé.
Si vous êtes curieux de savoir qui seront les GRANDs gagnants de la cérémonie, rendez-vous le 9 novembre au cinéma Pathé Flon.
On parle souvent, à tort ou à raison, de guerre contre le terrorisme. Cette guerre-là n’est pas menée contre le terrorisme en général, mais contre une main invisible et opportuniste, qui se saisit de toutes les occasions pour pointer son museau. Face à ce phénomène qui ne cesse de prendre de l’ampleur, quelle est la stratégie de la Suisse ?
La voie empruntée par l’Occident est sans issue. L’échec est annoncé. L’Etat islamique pourra sans aucun doute être vaincu, mais il se reproduira sous d’autres formes, il essaimera. Car on ne vainc pas une conception du monde à coup de missiles ou de bombardements. Il faut vivre avec cette potentialité d’éruption à tout moment. La lutte contre le djihadisme doit avant tout passer par un travail de prévention. Qu’en est-il en Suisse ?
En septembre 2015, le Conseil fédéral a adopté une stratégie de lutte contre le terrorisme. Elle combine des mesures de prévention, de répression, de protection de la société et des intérêts suisses et de prévention des crises. Elle établit un cadre commun pour tous les partenaires en charge de la sécurité.
En amont, des mesures concrètes peuvent être prononcées contre des personnes «représentant une menace pour la Suisse», telles que la déchéance de la nationalité suisse, l’interdiction d’entrée et le retrait du droit de séjour.
Les renseignements
Le facteur clef de la lutte contre le terrorisme est l’échange d’informations. La nouvelle loi sur le renseignement (LRens) permet au Service de renseignement de la Confédération (SRC) de collecter des données personnelles à l’insu des personnes concernées. En cas de soupçon de terrorisme, des mesures intrusives, telles que les écoutes téléphoniques, des fouilles de domicile ou le hacking de systèmes informatiques peuvent être adoptées, avec l’autorisation préalable du Tribunal administratif fédéral (TAF). L’aval du chef du département fédéral de la Défense, qui aura consulté les ministres des Affaires étrangères et de Justice et police, est cependant nécessaire. Cette nouvelle loi permet d’être au moins au niveau minimum des pays voisins et donc d’envisager que nos services de renseignement soient reconnus pour pouvoir bénéficier et donner des informations.
La difficulté est de savoir comment traiter la masse d’informations, qui est gigantesque et qui circule en Europe et d’outre-Atlantique vers l’Europe et en sens inverse, et quel sens lui donner. Aussi, il est prévu de permettre au SRC de collaborer avec des services de renseignement étrangers pour rechercher des informations, conduire conjointement des opérations ou développer des moyens de communication sécurisés. Une procédure de consultation est d’ailleurs ouverte jusqu’au 16 avril 2017 auprès des cantons et des milieux concernés.
Une répartition des tâches entre les autorités fédérales et cantonales
Cet échange d’informations doit non seulement fonctionner entre les services de renseignement au niveau international, mais aussi au niveau interne.
Le SRC évalue la menace terroriste. S’il soupçonne l’existence d’actes punissables, il transmet sans délai l’information au Ministère public de la Confédération (MPC). Cette autorité de poursuite pénale dirige l’instruction et l’Office fédéral de la police (Fedpol) mène l’enquête.
Actuellement, le MPC mène environ 70 procédures liées à la radicalisation islamiste et au terrorisme. Une grande partie de ces affaires pendantes implique le soutien propagandiste présumé des organisations terroristes telles qu’Al-Qaïda, Etat islamique ou des organisations connexes.
Fedpol dirige le groupe de travail task force TETRA qui coordonne les mesures contre le terrorisme et les djihadistes. Après les attentats de Charlie Hebdo ou de Bruxelles, la task force s’est toujours réunie quelques heures après. Fedpol a décidé d’envoyer des policiers pour soutenir l’ambassade suisse et a renforcé l’échange d’informations.
Les risques et menaces terroristes font l’objet d’une approche variable. Suivant le canton, le degré d’acuité avec lequel la menace terroriste est ressentie varie fortement. Du coté de Nidwald ou d’Appenzell Rhodes-Intérieures, le terrorisme n’est pas la première des préoccupations. Le canton de Genève, avec son aéroport, ses nombreuses organisations internationales et un contexte migratoire tendu, se soucie particulièrement de la menace terroriste. Si un attentat terroriste devait être commis en Suisse, la police cantonale concernée se chargerait des premières mesures. La formation et l’équipement des forces de l’ordre ont été adaptés à la menace terroriste. Le canton de Vaud possède son propre groupe d’intervention, le DARD (Détachement d’action rapide et de dissuasion).
La lutte contre la radicalisation est un enjeu primordial. Elle doit se faire au niveau local, en impliquant le tissu social, familial et éducatif. Certains cantons proposent par exemple un service de consultation destiné aux familles. D’autres misent sur la sensibilisation au sein de la police, dans les prisons ou auprès de personnes travaillant dans le domaine de l’immigration ou de la population. Dans le canton de Vaud, le Service pénitentiaire vaudois (SPEN) a formé une partie du personnel des prisons.
Une coopération qui fonctionne à tous les niveaux
Businessman with binoculars peering through binary pattern
Une collaboration intercantonale entre les différentes autorités de police est prévue au niveau politique et au niveau opérationnel.
Le Réseau national de sécurité règle la coordination entre les autorités de sécurité des cantons et de la Confédération. Dernièrement, il lui a été demandé d’élaborer d’ici le deuxième semestre 2017 un plan d’action national contre la radicalisation et l’extrémisme violent.
La collaboration internationale est essentielle dans la lutte contre le terrorisme. Fedpol a adapté son réseau d’attachés de police. Actuellement, des policiers suisses sont en poste en Turquie, considéré comme le principal pays de transit et comme une base logistique pour les candidats au djihad, et en Tunisie.
Au niveau européen, la Suisse a également des agents de liaison au sein de l’Office européen de police (Europol) et au Centre européen de lutte contre le terrorisme (ECTC). La Suisse est en outre membre du Forum mondial contre le terrorisme depuis septembre 2011.
Une adaptation de l’arsenal législatif
La Suisse dispose seulement d’une loi fédérale urgente qui interdit Al-Qaïda et l’Etat islamique, dont l’application est limitée dans le temps (31 décembre 2018). L’article 2 de ladite loi prévoit une sanction maximale de 5 ans. En Belgique, la quotité de la peine est nettement supérieure. Le tribunal correctionnel de Bruxelles avait prononcé des peines allant de dix mois à vingt ans de prison, dont certaines avec sursis, à l’encontre de trente personnes prévenues d’avoir participé aux activités d’un groupe terroriste. Dans notre pays, un djihadiste suisse, condamné après son retour en Syrie, n’a écopé que de 600 heures de travail d’intérêt général avec sursis, assorties d’une psychothérapie. La Suisse n’est donc plus crédible sur la scène internationale.
Un article spécifique et permanent contre le terrorisme s’avère donc nécessaire dans le Code pénal. A cet effet, le Département fédéral de justice et police a remis à l’Office fédéral de la justice un rapport visant à introduire une nouvelle disposition pénale qui devrait permettre de poursuivre quiconque soutient d’une manière ou d’une autre une organisation terroriste. Les actes terroristes seraient également définis et la peine de prison maximale prévue pourrait passer de 5 à 10 ans ou plus.
La Suisse, un îlot à l’abri du terrorisme ?
Jean-Paul Rouiller, ancien cadre des renseignements suisses, et François Ruchti, journaliste à la RTS, ont publié récemment une analyse du risque et des enjeux du terrorisme dans notre pays (Le djihad comme destin. La Suisse pour cible ?). Cet ouvrage révèle l’existence d’un réseau islamiste complexe, qui prend ses racines en Suisse et qui étend ses ramifications hors de nos frontières. L’enquête, qu’ils ont menée conjointement, retrace les rôles et les parcours de plusieurs protagonistes suisses, ainsi que leur implication dans le terrorisme djihadiste international.
Ils ont pu constater que « les attentats de Bruxelles en 2016, de Paris en 2015 ou encore de Boston en 2013 impliquent à chaque fois des réseaux terroristes qui passent par le territoire hélvétique ». Selon eux, « la Suisse doit ouvrir les yeux et agir car les faits sont implacables ». Si de nombreuses mesures existent déjà, elles doivent encore être complétées, de sorte que la Suisse soit protégée sur son propre territoire et qu’elle ne serve pas de relai à d’autres menaces.