En cette matinée venteuse
du 11 février, non loin des rives agitées du Lac Léman,
L’auditoire
a pu assister à la conférence de presse du festival
cinématographique, Rencontres 7e Art. Tous ses mystères y ont été
dévoilés: espoirs, trajectoires et thématiques.
Du
04 au 08 mars, Lausanne ne sera plus uniquement la capitale
olympique, mais aussi la ville du cinéma. Elle sera animée par les
Rencontres 7e Art et, durant ces cinq jours, une cinquantaine de
films seront projetés dans nos salles sombres. Le festival souffle
sa troisième bougie et, comme l’a affirmé Vincent Perez, l’un
de ses initiateurs: «Il faut bien trois éditions pour apprendre à
exprimer nos réelles intentions».
Le
monde du cinéma est fatigué. Les compétitions carnassières et
incessantes, ainsi que les campagnes promotionnelles, martelées à
grands coups, modifient l’essence même du cinéma. Rencontres
7eème
Art souhaite le libérer de ces agitations stérilisantes – Vincent
Perez préfère d’ailleurs à «festival» l’étiquette de
«manifestation cinématographique», distanciée de toute forme de
concurrence. C’est donc cinq jours dédiés à l’art des films,
durant lesquels s’édifie une bulle paisible, surgie au sein un
univers sans merci. La créativité y résonne comme le mot d’ordre:
«c’est parce qu’on veut le faire, qu’on doit le faire».
Tout
commencera sur les planches, puisque Le Théâtre de Vidy ouvre les
festivités avec une pièce intitulée
«Ceux qui m’aiment…»
jouée le 29 février. Issue d’un partenariat rappelant le lien
entre théâtre et cinéma, la pièce rend hommage à Patrice
Chéreau, regretté metteur en scène et réalisateur français.
Cette ouverture attisera les intérêts de tout un chacun, qui,
quelques jours plus tard, pourra assister à l’une des
quarante-neuf projections. Et, si son cœur le porte davantage vers
la conception, de nombreuses rencontres avec des professionnel·le·s
lui dévoileront l’envers du décor. L’ECAL, l’EJMA, la
Fondation Michalski, accueilleront toutes trois des
réalisateur·trice·s, acteur·trice·s venu·e·s partager leurs
connaissances sur les processus de fabrication et production des
films.
Tous ces événements s’avèrent unis, rien que pour nous, sous une même thématique: les histoires d’amours. Premiers regards, premières paroles, premiers baisers, Rencontres 7e Art offrira aux spectateurs quarante-neuf manières de vivre ces instants. N’est-ce pas enthousiasmant? De Casablanca, film américain de 1942, aux productions contemporaines, les œillades changent sûrement. Deviennent-elles plus franches, voire plus audacieuses? S’adressent-elles à d’autres profils, un homme ne peut-il désirer qu’une femme et inversement? Les vastes évolutions sociétales, qui remodèlent notre époque, se manifesteront sans aucun doute à travers les films. Marlon Brando, homme séducteur du cinéma à la sexualité libérée, sera par ailleurs mis à l’honneur avec la projection de Sur les quais (1954) et d’un film biographique : Listen to me Marlon (2015).
En
bref, Rencontres 7e Art organise tant d’événements pour les
amateur·trice·s de cinéma. La billetterie ouvre ses portes le 19
février prochain, n’attendez plus.
Le Prix de la Sorge récompense chaque année les étudiant·e·s, assistant·e·s, professeur·e·s, alumnis ou membres du personnel administratif et technique de l’Université ou de l’École polytechnique Fédérale de Lausanne pour leurs créations littéraires; thème et genre libre. Cette année quatre écrivain·e·s en herbe ont conquis les quatre membres du jury; Judith Marchal, Gaspard Turin, Vivien Poltier et Mathieu Signorell.
Merci à toutes et à tous pour avoir contribué de près ou de loin à ce magnifique prix de la Sorge. Vous étiez 35 participant·e·s. Quelques images témoignent de l’ambiance sérieuse et festive de cette soirée.
A l’heure des remises en question sur les notions de genre, de sexe, de sexualité et des différents lieux communs y afférant, le spectacle Femmes amoureuses, consacré à l’«amour au féminin», paraît quelque peu hors de saison. Malgré ses airs de boulevard traditionnel, la pièce peut cependant compter sur l’interprétation de ses comédiennes.
Tout est dans le titre, ou presque. Femmes amoureuses parle d’amour. D’amour de femmes, plus précisément. De celles qui dévorent les entrailles, qui rendent folle, possessive, haineuse. Mais aussi de celles qui, avec le temps, s’assimilent à une douce amitié. De celles qui passent uniquement par le corps. De celles qu’on peut avoir pour les enfants que l’on a portés. De celles qui font douter ou qui laissent simplement indifférente, de celles qui n’aboutissent jamais à celles qui durent pour toujours. S’articulant en de multiples monologues plus ou moins longs, le spectacle propose un vaste panel d’émotions et de sensations sur le sujet. Bien qu’à la longue un peu répétitif thématiquement parlant, il sera porté de bout en bout par l’interprétation très fine et sensible, malicieuse, des cinq comédiennes, chacune partageant tour à tour avec humour, sans tomber dans le pathos, les histoires de ces femmes qu’elles auraient pu être, qu’elles ont été ou qu’elles seront peut-être…
La scénographie pour accueillir ces différents témoignages est très simple: le public est disposé tout autour de la scène, tandis que le centre est dégagé. Sur l’un des côtés, un DJ aux boucles d’oreille dorées passe quelques «hits», comme dans une boîte de nuit. La piste, vide, accueillera les comédiennes, sortant du public, comme autant de personnes qui préfèrent bouger, s’exposer aux autres, «se jeter à l’eau», comme on dit, plutôt que de rester assises, comme nous, sur le carreau, quitte à passer à côté de la danse qui leur fera rencontrer l’amour… Quelque peu naïf à première vue, ce dispositif est en partie contrebalancé par les réactions des personnages qui s’amusent de cette situation, un «ah, c’est ma chanson» hurlé, des propositions indécentes faites à certains spectateurs… et, surtout, par le texte, intime et charnel, bien que parfois peu innovant, notamment dans l’éloge qu’il fait de l’Amour-passion. Le spectacle oscille donc entre la comédie romantique au premier degré, le second degré qui raille cette dernière avec un plaisir évident et le témoignage d’émotions très intimes.
Au milieu de ce balancement, une constante demeure néanmoins: l’Homme, matérialisé par le DJ. Il est regrettable que, sur le grand nombre de monologues que comporte le spectacle, pas un seul ne sorte du schéma hétéronormé et n’explore d’autres sujets de désirs. Sous leurs airs malicieux, sensibles et touchants, intimes et passionnés, nos Femmes amoureuses, décidément, appartiennent à une autre époque…
Femmes amoureuses / Mélanie Chappuis /Attila Entertainment, Théâtre Alchimic / Mise en scène de José Lillo. A retrouver le 7 avril 2020 au Théâtre de Grand-Champ à Gland
Retrouvez ici toutes les conditions de participation au Prix littéraire de la Sorge, édition 2019.
Comme l’an dernier, le concours s’ouvre à l’entier de la communauté universitaire! Pour participer, il suffit donc d’être étudiant·e, assistant·e, professeur·e, alumni ou membre du personnel administratif et technique, à l’Université ou à l’École polytechnique fédérale de Lausanne.
Le ou la lauréat·e du Prix de la Sorge d’une année ne peut pas participer au concours l’an suivant.
Un seul texte peut être envoyé. Celui-ci doit être rédigé en français (ou des dérivés compréhensibles pour des francophones : argot, voire néofrançais). Le thème ainsi que le genre du texte sont libres.
La longueur maximale du texte est de 25’000 caractères (espaces compris). Le texte ne doit pas avoir déjà été primé ou publié. De même, un texte ayant déjà participé à ce concours ne peut être envoyé une nouvelle fois.
Prix et jury
Le Prix de la Sorge est réparti entre trois lauréat·e·s. Le jury se donne le droit de constituer des prix spéciaux. Il peut également décider d’augmenter ou diminuer la dotation des prix.
L’ultime délai pour l’envoi d’un texte est fixé au 29 septembre 2019, le cachet de la poste faisant foi.
Le jury ne connaîtra en aucun cas l’auteur ou l’autrice du texte jusqu’à la remise des prix. Un·e membre du comité de L’auditoires’occupera de réceptionner les textes, de les remettre aux juré·e·s et d’entrer en contact avec les participant·e·s au concours. Nous vous prions donc de ne pas mettre votre nom sur les exemplaires destinés aux juré·e·s.
Envoi
Les participant·e·s sont prié·e·s d’envoyer leur texte en 4 exemplaires papiers (un exemplaire pour chaque membre du jury) ainsi qu’un exemplaire PDF par mail.
Pour que nous puissions vous contacter, veuillez s’il vous plaît joindre à votre envoi une enveloppe fermée dans laquelle vous indiquerez les points suivants : Nom, prénom, date de naissance, adresse, téléphone, adresse de courrier électronique, faculté, école, section(s), numéro d’immatriculation.
Avec cette mention au bas :
«Je confirme que les données ci-dessus sont exactes, que [titre du texte], envoyé pour le Prix de la Sorge, n’a pas déjà été publié ou primé et qu’il a été composé par mes soins. J’autorise les organisateurs du concours à publier mon nom, mon texte ou des extraits de leur choix et, dans le cas où je serai primé, à communiquer aux médias mon nom, mon texte et mes coordonnées.» Suivie de la date et de votre signature.
Adresse de l’envoi papier :
L’auditoire Prix de la Sorge
Bureau 1190, Bâtiment Anthropole
UNIL – Quartier Chamberonne
1015 Lausanne
Stefano Scaringella quitte l’Italie, son pays natal, en 1983 pour
s’installer de manière définitive au Nord-Ouest de Madagascar, dans la
petite ville d’Ambanja. Cela fait désormais plus de trente ans qu’il vit
là-bas, poussé par un besoin profond d’aider les gens. L’histoire du
prêtre commence dans un couvent à Rome, où il a réalisé ses premières
années d’études. Après avoir étudié la théologie, il décide de se
réorienter en médecine. C’est à la suite de plusieurs années de
formation qu’il peut enfin passer à la pratique. Il met alors le cap sur
Ambanja – village situé à 7’188 kilomètres de chez lui – pour
travailler dans une léproserie. Un matin, une petite fille de deux ans,
Zafenie, est déposée devant sa porte. Elle a été abandonnée par sa mère
et souffre de malnutrition. Stefano la prend sous son aile et la soigne.
Il se rend ensuite au tribunal pour trouver une institution qui puisse
accueillir la jeune orpheline. Le président de l’institution lui aurait
répondu: «Il n’y a pas de maison comme ça ici, à moins que vous n’en
construisiez une.» Sans hésiter, Stefano décide donc d’adopter Zafenie
et achète un terrain pour y faire construire ce qui deviendra par la
suite la Maison des enfants.
Le district d’Ambanja est une région de Madagascar qui compte aujourd’hui plus de 65’000 habitants, contre 5’000 à l’arrivée de Stefano en 1983. Les femmes y accouchent souvent très jeunes et ne sont pas préparées à la maternité. Ceci engendre un taux élevé d’enfants abandonnés, car les jeunes mères se retrouvent souvent seules et n’ont que peu de moyens financiers. Au cours des trente dernières années, Stefano a accueilli plus de 700 orphelin·e·s. C’est sous le nom de «grand-père» que les enfants le connaissent, un surnom affectueux qui le poursuit sur toute l’île. Aujourd’hui, plus d’une centaine de résidant·e·s animent la grande maison de deux étages, et c’est dans une ambiance joyeuse et familiale que les frères et sœurs grandissent sous le regard bienveillant du grand-père, de la doctoresse Félicité ainsi que de cinq autres femmes malgaches. Si les adultes sont là pour veiller à ce que les enfants grandissent harmonieusement, ceux·celles-ci restent très indépendant·e·s et c’est ainsi que le veut Stefano. Rien à voir avec l’image très stricte, voire lugubre que peignent certains films sur les foyers d’accueil, par exemple Les Choristes. Les enfants s’occupent instinctivement les un·e·s des autres et, dès l’âge de 5-6 ans, ressentent une certaine responsabilité vis-à-vis des plus petit·e·s et les défendent ou les consolent s’il y a des disputes. Si l’affaire est plus sérieuse, alors ce sont les plus grand·e·s, de 13-14 ans, qui interviennent. Et si le problème persiste, alors les enfants se tournent vers l’un·e des adultes (les bisous magiques de grand-père restent particulièrement efficaces). Son affection s’exprime différemment de l’attention souvent surprotectrice que beaucoup de parents accordent aujourd’hui dans les pays occidentaux, mais elle n’en est pas moins profonde et touchante. L’éducation des enfants se fait donc par la socialisation plutôt que par une multitude de règles. La seule obligation: aller à l’école. Pour Stefano, l’éducation demeure primordiale pour le développement des jeunes. Et, dès l’âge de 14-15 ans, les enfants quittent le nord de l’île pour la capitale, Antananarivo, afin de poursuivre une formation à l’université ou décrocher un premier emploi, selon leur envie. Une seconde maison a été construite là-bas pour permettre aux «grands enfants» de vivre ensemble. Stefano et toute l’équipe soutiennent leur·e·s protégé·e·s jusqu’à ce qu’ils·elles soient devenu·e·s complètement indépendant·e·s.
Une vision pragmatique de la religion
Stefano, qui détient désormais la nationalité malgache, nous met en garde par rapport au mode de vie parfois trop superficiel et matérialiste répandu en Europe. Il préfère la vie à Madagascar, plus en phase avec l’instant présent et avec l’environnement. Il juge les gens moins individualistes et angoissés. Même s’il retourne régulièrement en Europe, Stefano se révèle toujours soulagé de rentrer à la Maison des enfants. Le prêtre dit souvent avoir joué un bon tour à Dieu. Un si bon tour qu’il est devenu le grand-père de 700 enfants et est connu sous ce nom par toute la ville sans jamais avoir été marié, ce qui en dit long sur sa vision de la religion et son sens de l’humour, plutôt inattendu de la part d’un capucin. Il sait rester critique et prendre de la distance par rapport à certains principes de l’Eglise catholique qu’il qualifie de démodés. C’est l’une de ses plus belles qualités, cette ambivalence entre une capacité à déceler le meilleur des gens sans pour autant verser dans l’idéalisme naïf. Ce côté réaliste, il l’a acquis par ses nombreuses années d’expérience, plongé dans la dure réalité de l’hôpital qui n’a rien avoir avec les infrastructures suisses, ainsi que les premières années de vie, souvent très brutales, des enfants qu’il accueille. Les nouveau-nés ne tiennent pas longtemps s’ils se font abandonner, d’où l’importance de leur offrir un refuge. Le prêtre et chirurgien reste donc critique par rapport à la vision de ses confrères car, d’après lui, «il ne sert à rien de prier à longueur de journée». Stefano est un homme d’action qui, après avoir suivi des études de psychanalyse, est convaincu que «tu n’es jamais démuni car tu as tout en toi».
Garantir le futur des enfants
Stefano accorde beaucoup de temps aux gens qu’il rencontre. L’une de ses préoccupations principales à l’heure actuelle est d’assurer la continuité de sa mission. L’homme est un adepte de Périclès: «Ce que vous laissez derrière vous n’est pas ce qui est gravé dans les monuments en pierre, mais ce qui est tissé dans la vie des autres.» C’est dans cette perspective que Stefano passe chaque hiver quelques semaines en Europe, le temps de rendre visite à ses ami·e·s et de faire de nouvelles rencontres pour faire vivre les nombreux projets qu’il a développés sur l’île. Au fil des séjours s’est tissé un réseau fermement résolu à l’aider, et c’est ainsi que l’association Children First a vu le jour. Une fondation à but non lucratif qui apporte son soutien au maintien et au développement d’orphelinats, d’hôpitaux, de dispensaires et d’écoles à Ambanja. «J’ai su tout de suite qu’il avait besoin d’un soutien concret et à long terme, surtout. Stefano était très inquiet par rapport au futur, en particulier pour les enfants. Nous avons donc fondé Children First», déclare Victoria Grey, étudiante et membre de l’association. Depuis ses premiers jours à Ambanja, Stefano a su gagner la confiance des habitant·e·s et s’imprégner de la culture locale. La Maison des enfants procure aujourd’hui un refuge à plus d’une centaine d’enfants et Stefano ne compte pas s’arrêter là, même s’il est désormais arrière-grand-père! Pour assurer le futur de ces enfants, Stefano apprécie particulièrement la visite d’étudiant·e·s pouvant contribuer à sa mission. Un grand nombre s’y est déjà rendu, venant de Suisse, de France, d’Allemagne, d’Espagne ou encore d’Italie. Que ce soit pour réaliser un stage de médecine ou pour contribuer au bien-être psychologique des enfants, leur enseigner des langues, voire tout simplement pour leur rendre visite!
En feuilletant les pages du numéro 250, vous pouviez découvrir le groupe genevois Cold Bath. À la veille du festival Unilive où il sera présent, L’auditoire vous invite à plonger dans l’intimité de son chanteur, Alex Merlin. Rencontre.
Comment t’es-tu lancé dans la musique ? Qu’est-ce qui t’en a donné envie ?
Je suis tombé amoureux de la musique quand j’avais 7 ans, après le divorce de mes parents. Mon beau-père est alors arrivé avec des centaines de disques de rock. Je me souviens encore de la première fois qu’il a mis un CD : c’était une compil de morceaux de rockabilly. Quand j’ai entendu cet album, il s’est vraiment passé un truc. J’ai découvert par la suite qu’il y avait d’autres disques cool et je n’ai plus arrêté d’en écouter. Vers mes 14 ans, mon beau-père m’a proposé qu’on prenne des cours de guitare ensemble mais après 6 mois je lui mettais une telle pâtée qu’il a laissé tomber (rires). Il y avait aussi la possibilité de faire des ateliers facultatifs dans mon école, dont un atelier rock. J’aimais tellement ça que j’ai décidé de monter mon propre groupe avec des potes et on utilisait les salles de musique un midi par semaine. On faisait des reprises des Sex Pistols et des Pixies, et on a même pu donner un concert durant lequel j’étais hyper coincé. Mais à un moment donné j’ai eu un élan de rébellion et j’ai fait un doigt d’honneur au public, ce qui a scandalisé ma prof de musique et ma grand-mère. Ensuite, j’ai fini le cycle et je suis sorti avec la copine de mon guitariste. Mais au bout de trois mois, elle est retournée avec lui et ça a démonté le groupe (rires).
Comment as-tu monté Cold Bath ?
Dans ce premier groupe qui est devenu un peu sérieux avec qui on a vraiment commencé à faire des concerts, il y avait déjà le guitariste actuel de Cold Bath, Jérémy. Une fois, quand on avait 16 ans, on a donné un concert auquel il n’y avait vraiment personne. J’ai marché sur mes câbles donc je n’avais plus de son et Jérémy s’est trop énervé. On s’est pris la tête et on a arrêté le groupe (rires). Après ça j’ai monté un groupe avec d’autres musiciens que je ne connaissais pas mais que j’ai contacté après les avoir vu jouer à gauche à droite et Jérémy nous a rejoint plus tard, lorsqu’on a changé de guitariste. C’est donc comme ça qu’est né le projet. Mais à l’époque, il avait un autre nom : The Old Bones. Seulement il y avait déjà d’autres groupes qui avaient le même nom que nous en Allemagne et on voulait quelque chose d’unique. On a donc finalement choisi Cold Bath car il y avait déjà un de nos premiers morceaux qui s’appelait comme ça et on aimait bien l’idée que ça sonne comme une douche froide. Du coup, on a officiellement changé de nom quand on a sorti le premier single « Mama I wanna live in the woods » pour bien démarrer.
Comment définirais-tu la musique du groupe ?
On est quatre musiciens qui écoutons énormément de musique. En termes de style, on peut donc très bien écrire un morceau pop, comme un morceau hyper hard. C’est ça qui nous plaît : nous challenger et explorer. Mais ça peut aussi nous porter préjudice parce que le public ne sait parfois pas à quel groupe ou à quel style il a affaire. Dans le fond, on est au XXIe siècle et on a déjà toute la musique enregistrée de la terre, donc c’est absurde de ne se revendiquer que d’un style. Quand je veux faire simple, je dis qu’on fait de la « pop destroy putassière ». On a aussi un vrai désir dans Cold Bath, au-delà du style de musique et du son, de proposer des performances scéniques avec des invités, des choses surprenantes et une vraie énergie corporelle.
Comment s’est déroulée la réalisation de votre dernier album Something Left ?
On a beaucoup plus composé ensemble sur cet album. En général, soit j’arrive avec une idée et tout le monde travaille autour, soit on se retrouve au local et on commence à improviser ensemble pour ensuite travailler l’arrangement. La seule chose qui m’appartient à 100%, ce sont les paroles. Les autres ne s’interposent pas du tout dans ce qui concerne le texte et ils sont toujours assez satisfaits. Ils le découvrent d’ailleurs souvent en studio (rires). Je crée donc le message que je souhaite véhiculer, et eux sont là pour le soutenir.
Entre votre premier album, Nomad, et celui-ci, qu’est-ce qui a changé ?
La moitié des membres du groupe a changé, donc c’est déjà une sacrée transformation. En dehors de ça, je pense cet album est une vraie continuité du premier. On a essayé de prendre plus de risques. Nomad, au niveau des textes, partageait surtout des rêveries et des utopies d’adolescents hippies qui rêvaient de grands espaces et de mondes différents. Something Left est plus résigné et a plus les pieds sur terre. Le temps a passé, on a grandi, on doit gagner notre croûte, et on est aussi passés par des moments difficiles. Cet album parle justement beaucoup du fait de vivre avec la tristesse et de l’importance de la considérer comme une étape à travers laquelle tous les êtres humains passent ; il faut savoir l’accepter et l’embrasser. Il y a énormément de choses à tirer de ces périodes de tristesse et, même si on n’arrive pas à en voir la fin sur moment, ça va toujours nous apporter quelque chose. Loin des idéologies plus bouddhistes de bonheur absolu qu’il y avait dans le premier album, dans le deuxième je véhicule plus l’idée que dans la vie il y a des hauts, et il y a des bas, tout est bien et il faut savoir l’accueillir. D’où le titre de l’album : Something Left. Ça montre qu’il y a quelque chose qui est parti et, pour ma part, c’était ma bonne humeur. Je n’arrivais pas à retrouver cet état constamment joyeux qui me caractérisait. Il y a une ambiguïté en anglais avec cette expression: ça signifie que quelque chose est parti, mais ça veut aussi dire qu’il y a quelque chose qui reste: there is something left. J’avais en effet l’impression d’avoir perdu quelque chose, mais j’avais aussi cette nouvelle tristesse, que j’avais à expérimenter et à vivre. C’est aussi cette idée-là que montre la couverture de l’album : l’immeuble est un peu abîmé, c’est le vestige que quelque chose, mais ça tient toujours droit.
Est-ce que tu t’adresses à un public qui grandit avec toi ? Parce que tu abordes des thèmes semblent en effet très liés à ta génération.
Comme le public d’Harry Potter ? (rires) Bien sûr, je m’adresse surtout à un public de mon âge car j’écris sur des choses que je vis et que je découvre, tandis que des personnes plus expérimentées sont déjà passées par là. Donc c’est clair que pour ce qui est des thèmes abordés, c’est très axé jeune adulte en crise existentielle. Mais du fait que j’écrive en anglais, les gens ne sont pas trop rattachés au texte et on a un public très large en termes d’âge. Il y a notamment une jeune fille qui doit avoir environ 11 ans et sa mère qui sont super fans de nous. Elles témoignent de la largesse du public qu’on touche.
Est-ce que tu écris justement en anglais parce que ça te permet en toucher un plus large public ?
Non, au contraire ; je pense malheureusement que l’anglais enlève du caractère au propos. La majeure partie de la musique populaire est en anglais, du fait de la mondialisation et de tout cette espèce de néo-colonialisme américain qui ont fait que c’est devenu LA langue que tout le monde doit parler. Mais si je chante en anglais, c’est surtout par mimétisme de ce que j’ai écouté comme le rock n’roll, qui est essentiellement une culture anglo-saxonne et américaine. Mais dans cet album il y a deux phrases en français ! C’est une transition que je suis en train de faire car j’ai vraiment envie de chanter dans cette langue, mais je suis beaucoup plus pudique qu’en anglais. Je pense quand même que maintenant je me suis pleinement dirigé vers le français, mais ça prend du temps avant que ça sorte. Il y a une vague de nouvelles choses qui se préparent et j’aimerais d’ailleurs bien que le prochain album de Cold Bath soit en tout cas à moitié en français.
Votre dernier single « Everything Everything » véhicule, tant au niveau du clip que des paroles, un message fort quant à la construction identitaire. Peux-tu nous en parler un peu plus en détail ?
Entre mes 20 et 23 ans, même si ça paraît peu de temps, le monde a énormément changé, notamment en ce qui concerne la place de la femme, mais aussi celle de l’homme. Devant ces changements motivés par le féminisme et les communauté LGBTQ+, je me suis retrouvé face à moi-même à me poser plein de questions : « Qu’est-ce que je suis ? Pourquoi ai-je telle ou telle attitude ? Pourquoi suis-je comme ça et qui me l’a inculqué ? » Je me suis rendu compte que c’est en fait un immense système oppressant et injuste dans lequel j’étais à la fois énormément privilégié, mais aussi coincé. J’ai pas mal lu sur ce sujet, notamment King Kong Théorie de Virginie Despentes, qui est un témoignage extrêmement fort. Il y a un passage qui m’a frappé, lorsqu’elle demande quand les hommes vont finir par se rebeller contre eux-mêmes et ce qui est imposé. Je me suis pris cette réalité en face et j’ai commencé à cultiver ma féminité parce que je trouve cela nécessaire. Il y a certaines valeurs vraiment importantes qu’on associe aux femmes, comme la bienveillance, l’empathie, ou la sensibilité, et qu’on ne pousse pas du tout à développer chez les garçons. Du coup, je me suis retrouvé à mettre du vernis à ongles, des paillettes et à être plus maniéré. C’était une évolution évidente et maintenant je me sens mieux dans quelque chose qui me correspond bien plus : pas juste être un garçon qui répond à des codes. Suite à cela, je me suis retrouvé face à des insultes en soirée ou dans la rue, et à des catégorisations hyper rapides sur ma sexualité. Tout ça pour finalement en arriver à la déconstruction totale de ce besoin d’être dans des cases. La binarité de genre, ça n’existe pas : il y a plein de gens qui ne sont ni l’un ni l’autre et qui méritent leur place dans la société mais qu’on ne peut pas définir. C’est très personnel, mais je transmets tous mes parcours de vie dans la musique à un moment donné. C’est donc pour cela que dans le clip de « Everything Everything », je suis travesti et que je parle de ces choses-là et des insultes que j’ai reçues pour des bêtises.
Comment perçois-tu la scène musicale en Suisse ? As-tu l’impression qu’elle est favorable à l’essor de jeunes musiciens comme vous ?
Je la perçois comme étant incroyablement fertile et indépendante du fait du manque de structures et d’institutions qui la soutiennent. Du coup, les artistes en Suisse n’ont pas d’autres choix que de faire les choses par eux-mêmes et comme ils le veulent. Dans d’autres pays, un artiste sera chapeauté par un producteur et une maison de disques pour le pousser, mais nous n’avons pas ce type de structure ici. Les artistes sont donc pleinement indépendants, ce qui laisse place à une scène hyper foisonnante, libre, et très créative. Je trouve cela incroyable et la plupart des artistes qui m’inspirent sont suisses.
Quels seraient tes conseils pour des jeunes qui souhaiteraient se lancer dans la musique ?
Il faut écouter beaucoup, beaucoup de musique, et de tout. J’invite vraiment les jeunes musiciens et toutes les personnes motivées à s’ouvrir l’esprit et à écouter de la musique de tous styles parce ce que chaque style est une culture en soi avec un historique et c’est fascinant. Je pense que plus quelqu’un aiguise sa curiosité au fil de son voyage musical, plus ce dernier sera riche. Il faut sortir de sa zone de confort : aller jouer avec des jazzmen, se frotter à l’univers hip hop, se frotter au rock, au métal, etc. Il y a dans toutes ces cultures des choses fascinantes à découvrir qui vont nourrir l’imagination, l’inspiration et la vie.
Le 2 mai prochain, nous pourrons vous retrouver sur la scène du festival Unilive. Tu y es déjà venu il y a quelques années. En quoi est-ce particulier de jouer dans un festival universitaire ?
Je me réjouis de jouer car les festivals universitaires, c’est toujours super et il y a toujours beaucoup de monde. On y est très bien accueillis. J’ai déjà eu l’occasion de passer par Unilive avec un de mes groupes et je me souviens qu’il pleuvait mais le public était quand même très enthousiaste et on avait foutu un beau bordel. C’est toujours un plaisir d’être invité et d’y participer. Qui plus est, la foule est attentive et énergique.
Quels seront les projets de Cold Bath après cet évènement ?
Suite à la sortie de l’album, on a pas mal de dates de concert prévues et on va jouer un maximum. J’ai pour projet d’emmener le groupe faire une résidence dans un lieu reculé. J’aimerais bien trouver une maison cet été en montagne ou quelque part assez loin pour qu’on puisse y passer quelques jours et composer le troisième album. On aimerait proposer un tournant assez considérable à l’esthétique du groupe en termes de musique : ajouter beaucoup de français, se surprendre, aller plus loin et prendre des risques.
Si tu visualises le groupe dans cinq ans, où aimerais-tu qu’il soit ?
J’aimerais que chacun des musiciens qui le composent soit là où il avait envie d’être et d’arriver : accomplis et en phase avec les chemins de vie qu’ils auront choisi. Peut-être toujours avec le groupe, peut-être au sein d’autres formations. Mais si Cold Bath venait à continuer, j’espère que le projet ira le plus loin possible et qu’on aura continué à se renouveler en termes de performances live, et de musique, et de textes afin de développer et d’offrir un propos artistique encore plus évolué, plus mature et plus important que celui qu’on propose actuellement.
Y a-t-il une question que tu aurais toujours voulu qu’on te pose en interview et à laquelle tu n’as jamais pu répondre ?
Je crois que j’aimerais bien que les interviews soient peut-être plus politiques et qu’elles me mettent un peu plus en danger. J’aimerais qu’au fil des années et de mes changements personnels, je puisse voir l’évolution en fonction de ces avis un peu plus tranchés. Je pense qu’à travers la musique et mon art je véhicule quand même des idées et j’aimerais qu’on me demande mon avis sur l’état actuel des choses comme pour la question du climat. Je souhaiterais inviter la jeunesse à suivre le grand élan de marches qu’il y a un vendredi par mois pour soutenir ces questions. J’aimerais l’inciter aussi à se rendre compte que la marche est très belle et que c’est beau d’être soudés comme ça, mais que le changement, c’est plus qu’une nécessité ; c’est une urgence. J’invite donc la jeunesse et les gens, tout le monde, à réfléchir sur des vraies façons efficaces de se faire entendre, de se révolter contre les injustices sociales et la situation climatique actuelle.
À l’occasion de cette douzième édition du Festival Fécule, L’auditoire s’est immiscé dans les coulisses du spectacle de Danse à fleur de pot, à découvrir le 3 mai à la Grange de Dorigny.
Représenter le travail de la terre à travers la danse contemporaine, voici le pari que réalisent les danseuses de Catherine Egger dans le spectacle Danse à fleur de pot. Créé à l’origine pour le Musée de l’Ariana dans le cadre de l’exposition « Potières d’Afrique – Voyage au cœur d’une tradition contemporaine », cette pièce chorégraphique se déplace à la Grange de Dorigny pour une unique représentation dans le cadre du Festival Fécule.
Possédant toutes une expérience différente de la danse, les six participantes – Eva, Nathalie, Léa, Alica, Laure et Sarah – se glissent, le temps d’un instant, dans la peau de potières africaines. Cette tradition ancestrale du travail de la terre se transmettant de mère en fille est encore une activité essentielle dans de nombreux pays du continent. Un ouvrage demandant un travail considérable, car ces femmes demeurent responsables de toute la conception du vase, allant de la récolte de la terre nécessaire jusqu’à la vente, en passant par le façonnage et le décor de ce dernier.
Partir de rien pour composer peu à peu : telle est l’idée que Catherine Egger a souhaité transmettre à travers sa chorégraphie. À l’image de la céramique qui se construit via différentes étapes, les danseuses s’approprient progressivement l’espace et élaborent leurs gestes en douceur : « Il y a de nombreux liens entre le travail de la terre, le travail du corps, la matière, et l’énergie du mouvement », explique la chorégraphe. Les jeunes femmes débutent donc en silence, à la recherche de leur énergie. Puis, leurs mouvements s’intensifient au gré de la musique. L’un des éléments essentiels de la représentation se situe dans la marche, que chacune effectue parmi des photographies réalisées par le céramiste Camille Virot dans des villages d’Afrique de l’Ouest.
Mais le spectacle cache encore bien des surprises. En effet, le tableau se révèle différent à chaque représentation. Car si nous assistons bel et bien à une chorégraphie mise en scène, différents moments laissent place à une improvisation complète des danseuses. « Pour certaines parties, Catherine ne nous a pas donné de marche à suivre, indique Alica. Elle nous a simplement guidé en nous conseillant de nous imaginer dans de l’argile que l’on devrait malaxer avec nos mouvements. C’est pour cela que nos gestes sont tout petits au début. Mais au fur et à mesure l’argile se chauffe, et nous avons donc plus de place pour danser ». Chaque danseuse apporte ainsi la touche de sa propre interprétation à l’ensemble de la chorégraphie. Une composition qui se forme ainsi en grande partie directement face aux yeux du public : « Comme les potières construisent un vase, nous, on construit la danse » explique les membres de la troupe.
Danse à fleur de pot représente une plongée artistique dans la vie de ces artisanes africaines à qui le spectacle rend hommage. Accompagnées à la guitare et au chant par le musicien Ecart, les danseuses recréent ainsi les différentes étapes du quotidien des potières et évoluent dans un univers qui s’amuse à mêler l’art à l’utile, le contemporain à l’ancestral.
Danse à fleur de pot, Grange de Dorigny, le 3 mai à 21h30
Ce printemps, la Grange de Dorigny s’éveille. Du 29 avril au 11 mai,
le Festival Fécule va faire profiter le campus de dizaines de spectacles
et de performances hautes en couleurs.
Le Festival Fécule revient pour sa douzième édition, prêt à nous
faire profiter des créations artistiques des étudiant·e·s. Théâtre,
danse et musique sont au programme, pour finir en beauté avec un grand
bal animé par les Big Bands de l’Unil et de l’EPFL, qui nous feront
danser le samedi 11 mai sur du jazz et du swing dans l’Amphimax 350 !
Pour présenter cet évènement culturel vibrant, L’auditoire a rencontré Jonas Guyot, coordinateur du Festival Fécule, qui nous explique ce que l’édition 2019 réserve comme surprises.
Qu’est-ce que l’édition 2019 va amener de plus ? Cette année, le Festival sort de la Grange. En plus des nombreux
spectacles joués dans cette dernière, d’autres performances sont prévues
dans de nouveaux endroits, notamment à l’Anthropole à côté de
l’Auditoire 1031, avec la pièce M pour Médée, jouée par une troupe venue de Strasbourg.
Quelles sont tes performances coup de cœur ? En tant que coordinateur, je me réjouis évidemment de toutes les
performances, sélectionnées avec soin. Mais je me réjouis
particulièrement du spectacle Loghorée ou le petit Rembert Improvisé,
un spectacle d’improvisation avec un petit twist : les comédiens
devront improviser des monologues sur les thèmes donnés par le public.
Le spectacle Cœur de Plastique me tient aussi à cœur. C’est une
lecture théâtralisée mise en scène par 5 étudiants et étudiantes de
l’Institut littéraire de Bienne, qui ont imaginé une dystopie sur la
question environnementale. Des gens se sont établis sur un continent de
plastique à la dérive, lorsque tout d’un coup, celui-ci s’arrête,
provoquant la surprise des passagers. Cela permet d’aborder de nombreux
questionnements. L’héritière, la Bâtarde et la Défunte sera
également très intéressant : c’est une histoire de famille dans le
Londres du 19ème siècle, mettant en scène une revenante.
Et pour les performances autres que le théâtre ? La HEMU (Haute Ecole de Musique de Lausanne) présentera French Kiss,
un concert aux influences musicales diverses. Il y aura également un
ciné-concert, où 4 extraits de films seront présentés et des musiciens
du campus viendront jouer la bande-son, ainsi qu’un film réalisé par une
étudiante en médecine. De plus, des spectacles seront présentés en
plusieurs langues, comme l’italien, l’anglais ou l’espagnol, mais
toujours surtitrés en français.
Un petit mot sur l’ambiance générale ? Pour moi, c’est un moment fort du campus. Je peux comparer ça à la
place du village qui s’anime. C’est très convivial. De plus, pour du
théâtre amateur, tous les spectacles sont de très bonne qualité et cela
permet aux étudiants de s’essayer à la scène.
Infos pratiques Entrée : 5.-, gratuite pour certains spectacles
Abonnement : 15.- pour 2 semaines
Le monde de la musique amateur regorge de projets originaux et inédits. La Micro-Harmonie, ensemble d’excellence composé de jeunes musiciens de la région de la Côte, en est un. Rencontre avec Stéphane Pecorini, l’homme à l’origine du projet et le directeur de l’ensemble.
Pouvez-vous expliquer en quelques mots le projet Micro-Harmonie pour nos lecteurs qui ne sont pas forcément musiciens?
Il s’agit d’un ensemble d’excellence, composé d’instrumentistes à vent et percussion, qui regroupe cette année une cinquantaine de musiciens, tous investis et passionnés et qui ont envie, en peu de temps, de monter un programme relativement difficile.
Comment est né le projet?
Lors d’un camp de la Société cantonale des musiques vaudoises (SCMV) auquel je participais, j’ai été épaté par le talent des jeunes musiciens vaudois. Et il faut savoir qu’en Suisse romande, les ensembles d’excellence sont peu nombreux. J’ai donc eu envie d’en créer un, afin de réunir tous ces talents! J’en ai ensuite parlé à Nicolas Mognetti, Robin Bartholini et Gabriel Pernet, trois jeunes étudiants musiciens. Ils m’ont aidé à concrétiser le projet.
Un ensemble d’excellence, qu’est-ce que cela signifie exactement?
Dans le monde amateur des instruments à vent, il y a différentes catégories pour les concours, qui vont de la quatrième division pour la plus basse, à l’excellence qui est la plus haute. En catégorie excellence, les compositeurs n’ont pas de limites, ils font ce qu’ils veulent. Cela n’implique pas nécessairement que les morceaux seront compliqués techniquement, simplement que leur créateur n’est pas restreint.
Le but est de se retrouver une fois par année, le temps d’une semaine, pour faire de la musique à fond. Le délai est certes court, mais il permet de créer des liens entre les musiciens. En musique, les après répétitions sont aussi importantes que les répétitions elles-mêmes (rires)! En parallèle, la commission musicale et moi-même choisissons chaque année un programme, centré autour d’une thématique. Et depuis l’année dernière, nous avons la chance d’avoir un comité qui se charge de tout ce qui est administratif.
D’où la Micro-Harmonie tire son nom?
À l’origine, il s’agissait de ne pas se mettre la pression sur le nombre de musiciens. La Micro-Harmonie était presque conçue comme un orchestre de chambre, avec un seul musicien par voix. La première année, nous étions une trentaine sur scène, la seconde quarante et cette année, nous serons quarante-huit. Cependant, nous sommes encore une «micro» harmonie d’excellence, car nous avons toujours un seul musicien par voix. En réalité, nous avons rapidement remarqué que même avec une personne par voix, nous dépasserions les trente musiciens. Et nous restons bien loin des effectifs des autres excellences, qui comptent en moyenne septante à huitante musiciens!
La Micro-Harmonie est donc une harmonie dite «à projet». En Suisse, il y a de plus en plus d’ensembles de ce type. Comment expliquez-vous cela? Cela signe-t-il la fin des sociétés «traditionnelles», comme les Fanfares, Brass Bands, etc., qui pratiquent la musique toute l’année?
C’est effectivement dans l’air du temps. Les personnes qui s’inscrivent pour ce type de projets ont en général une vie bien remplie, avec déjà une ou deux Fanfares à leur actif. Ce qu’ils recherchent, c’est un projet court et efficace, dans lequel ils peuvent s’investir de manière ponctuelle. Pour autant, je ne pense pas que les sociétés «traditionnelles» seront amenées à disparaître. À mon avis, les deux modèles perdureront.
Est-il difficile pour vous de recruter des musiciens pour chaque édition?
Cela dépend du registre, on trouve moins facilement des bassonistes que des clarinettistes, par exemple. Mais c’est aussi dû à la manière dont ces instruments sont représentés de façon générale. Malgré cela, en soi, le recrutement s’est toujours fait assez facilement. J’ai laissé le soin aux jeunes qui ont fondé la Micro-Harmonie avec moi de chercher des personnes intéressées parmi leurs amis. Ils ont un plus grand réseau que moi (rires)! Et j’aime bien que les gens se connaissent un petit peu avant de jouer ensemble.
Le programme est compliqué à exécuter et il n’y a pas beaucoup de répétitions prévues. Les musiciens qui participent sont-ils donc tous professionnels, ou y a-t-il également des amateurs?
Il n’y a qu’un seul musicien professionnel, au tuba. Pour le reste, la moitié de nos musiciens sont des étudiants en musique, donc en passe de devenir des professionnels. L’autre moitié, ce sont des amateurs particulièrement doués, et qui aiment le challenge!
Comment choisissez-vous vos pièces?
C’est la commission musicale qui s’en charge. Nous nous réunissons, nous proposons et écoutons des pièces. Le reste se fait de manière totalement démocratique (rires)! Nous essayons d’orienter le programme autour d’un thème. Cette année, nous interpréterons des morceaux d’Oliver Waespi, Franco Cesarini et Jean Balissat, qui sont tous trois des compositeurs suisses. Les deux premiers nous sont tout à fait contemporains, le troisième est malheureusement décédé. Mais il est reconnu pour avoir écrit la musique de la Fête des Vignerons de 1977!
S’agit-il justement d’un clin d’œil à la Fête des Vignerons?
À la base, non. Mes collègues de la commission musicale ont tous adoré ce morceau et étaient emballés à l’idée de le jouer. C’est seulement par la suite que nous nous sommes rendu compte que nous étions l’année de la Fête. Disons que ça tombe plutôt bien!
La Micro-Harmonie en est aujourd’hui à sa troisième édition. Comment voyez-vous son avenir? Le but est-il de ne conserver qu’un seul projet par an?
Oui, car ce qui fait la force de la «Micro», c’est justement ce côté ponctuel. Cela évite la lassitude. Bien sûr, le projet peut évoluer, il peut par exemple changer de date, avoir un autre but. J’ai d’ailleurs des idées pour l’année prochaine…que je ne révélerai pas ici bien sûr (rires)!
Assistez aux concerts de la Micro-Harmonie le 26 avril à 20h00 au Théâtre de Marens à Nyon, et le 28 avril à 17h00 au Forum de Savigny!
Il y a quelques jours se clôturait la dix-septième édition du Festival du film et forum international sur les droits humains, qui a lieu chaque année en plein cœur de Genève. L’espace de quelques heures, L’auditoire s’est immersé dans l’ambiance de cet événement à portée internationale en assistant à certains films et débats, ayant même la chance d’interviewer la directrice générale du FIFDH: Isabelle Gattiker.
Vous êtes directrice générale du FIFDH, qu’est-ce qui vous anime ou vous passionne le plus dans votre activité?
Ce qui m’anime et ce qui me passionne, c’est de pouvoir mettre en lumière des violations qui sont peu connues; de pouvoir également inviter à Genève des activistes sur le terrain – qui ont besoin du Conseil des droits humains, de visibilité et de soutien dans leur travail, afin d’être protégés. Puis, ce qui m’anime aussi, c’est de voir tellement de jeunes dans ce festival, qui ont envie de s’engager et que les choses changent.
Le FIFDH a une portée internationale, quels sont les enjeux sociaux et culturels du festival à cette échelle? Quel impact concret?
Tous les débats, transmis en direct, sont énormément suivis sur le terrain. Donc les spectateurs et les spectatrices peuvent poser des questions en utilisant un hashtag ou via Facebook. L’impact concret découle aussi du fait que beaucoup de causes sont soutenues via les activistes. Par exemple, cette année, des spectateurs ont soutenu l’hôpital de Sinjar en Irak, cause portée par Nadia Murad. Par ailleurs, cela permet de faire répercuter des campagnes d’ONG comme celles d’Amnesty International, et donc de protéger les activistes sur le terrain. On se rend compte que le festival est de plus en plus suivi sur le terrain, à la fois par les activistes et par les cinéastes. Et puis, ils viennent de plus en plus vers nous, ce qui facilite le travail.
En tant qu’étudiant·e, comment pourrait-on agir en faveur de la cause des droits humains à notre échelle?
Tout d’abord, il est important d’être sensibilisé·e et informé·e; de faire attention à ce qu’on partage sur les réseaux sociaux, toujours vérifier ses sources. De soutenir les activistes, écrire des lettres et des pétitions, ou encore adhérer à des associations. De notre côté, au festival, nous défendons également l’engagement, même au niveau des quartiers ou d’associations actives très locales; ce qui est extrêmement important, car c’est aussi à ce niveau-là qu’on peut faire changer les choses beaucoup plus globalement. Par ailleurs, on peut s’engager en politique, au niveau associatif et puis bien sûr voter – quand on peut le faire, c’est important.
Dans le dernier rapport du festival (2018), il est écrit que «le FIFDH participe au renforcement d’une “culture des droits humains” et œuvre pour favoriser des liens multilatéraux entre société civile, ONG, et acteurs gouvernementaux». De quelle manière œuvrez-vous concrètement?
Nous mettons en avant les films et nous sommes partenaires de nombreux événements. Il y a, par exemple, des jeunes ou des étudiants qui repassent nos films pendant l’année, on s’associe à cela. On a aussi lancé une tournée internationale qui a traversé quarante-cinq pays cette année, des pays qui ont peu ou pas accès à des films autour des droits humains et à des débats autour des droits humains. On a ouvert cette tournée à Islamabad au Pakistan, on l’a clôturée au Caire. On est passé à Ankara, au Zimbabwe, au Guatemala ou encore au Soudan. Dans tous ces pays, c’était vraiment étonnant et beau de voir qu’il y avait énormément de monde qui posait des questions extrêmement libres dans ces débats. On se rend compte que même si parfois les médias mettent en avant un grand nombre de problèmes, de désastres qui sont réels, il y a aussi beaucoup de gens, partout à travers la planète, qui demandent tout simplement justice et qui croient aux droits humains – parce que finalement, si on revient au fondamentaux, la déclaration universelle des droits humains concerne tout le monde et on ne peut que y adhérer en réalité.
Dans le cadre du festival, y a-t-il des projets qui ne se limitent pas qu’à ces dix jours et se concrétisent durant toute l’année?
En ce qui concerne les actions concrètes, on travaille beaucoup avec les foyers de personnes migrantes à Genève, avec les jeunes de La Clairière et de l’hôpital de jour (l’hôpital psychiatrique pour les jeunes au HUG). Ce qui renforce le fait qu’on se rende compte de plus en plus que des populations qui avaient elles aussi finalement à Genève peu accès à des événements de ce type, sont réellement intéressées. Cette année, on a aussi mis en place des billets suspendus: c’est-à-dire qu’il y a des fondations qui ont financé des billets pour des gens soit extrêmement vulnérables, qui vivent dans une grande précarité, des personnes sans abri par exemple, ou des migrants en attente de renvoi, qui sont des migrants à l’aide d’urgence, soit des personnes qui sont à l’assistance publique; ceux-là aussi ont eu des événements dédiés et ont participé aux grands débats du festival. On a également beaucoup travaillé sur les jeunes; on a doublé les nombre d’élèves qui assistent aux projections cette année. Cela participe au fait qu’on se préoccupe de l’avenir et c’est assez étonnant de recroiser après ces jeunes devenus plus grands, qui nous racontent très souvent que leur engagement est né au FIFDH, parce qu’ils sont venus avec un enseignant ou une enseignante. Par exemple, «La Carologie», blogueuse, rappelle très souvent que tout ce qu’elle raconte est issu du fait qu’elle est venue il y a cinq ou six ans à un débat autour de l’Arménie avec sa prof, et c’est de là qu’est né son engagement.
Par ailleurs, vous avez aussi un programme pédagogique…
Oui, dans le cadre duquel on passe des films et des débats pour les jeunes. On a des jurys des jeunes, un jury documentaire et un jury fiction. Donc ils/elles voient des films avec les jurys internationaux. On a aussi un programme d’accompagnement pour les jeunes migrants qui peuvent être bénévoles. C’est important pour le festival, on est 250 bénévoles, souvent des jeunes et des étudiants mais pas seulement, qui ont vraiment tous les âges, cela leur permet de suivre le festival. Par ailleurs, on a un programme de parrainage où il y a des jeunes migrants qui sont bénévoles et qui sont parrainés ou marrainés par un autre bénévole, qui les suit pendant le festival et cela leur permet aussi de s’intégrer, pas uniquement au festival mais également par la rencontre d’autres jeunes.
Est-ce que la forte portée médiatique du festival a-t-elle permis d’amener telle ou telle problématique (encore trop peu connue ou abordée) sur le devant de la scène internationale, qui a ensuite pu être prise en charge par différents acteurs, gouvernementaux ou non-gouvernementaux?
Il y a deux ans, le docteur Mukwege était venu au festival et au Conseil des droits humains et a fait un appel contre le viol des enfants en RDC. Il a reçu le Prix Nobel de la Paix l’année passée. Ce n’est pas uniquement à cause du festival, mais il y avait eu une répercussion médiatique gigantesque autour de cette intervention; donc, clairement, elle a participé au fait qu’il obtienne un Prix Nobel de la Paix. L’année dernière, on avait fait un appel qui a été répercuté partout contre l’impunité au Mexique, où le comédien Gael García Bernal était venu avec une journaliste et un homme victime de torture; là aussi, il avait lancé un appel au Conseil des droits humains. C’est généralement cette portée de la société civile au Conseil des droits humains qui est importante pour qu’il y ait une vrai répercussion internationale. Cette année, on l’a fait avec l’acteur Forest Whitaker, venu avec une jeune militante du Sud Soudan, Magdalena Nandege, qui a fait un appel pour la paix au Sud Soudan, pays assez méconnu, complètement hors des projecteurs internationaux. Là aussi, il y a eu une couverture internationale. Mais je pense aussi à la soirée consacrée au Congo, avec Fred Bauma et le mouvement Lucha. On a également interviewé une militante sur le terrain par Skype, qui n’a pas pu voyager. Très clairement, on ne met pas uniquement en lumière des tragédies mais aussi des mouvements positifs, menés par des jeunes. Un autre exemple, cette année, est l’artiste Ai Weiwei, star internationale de l’art contemporain et du cinéma, venu parler des personnes séropositives en Chine, un désastre absolu: dans la fin des années 90 dans la région du Henan, 300’000 personnes ont été infectées par des transfusions et touchées par le SIDA, ce que nie le gouvernement chinois. Là aussi on va voir ce que ça donne, on ne peut pas encore parler des répercussions médiatiques mais j’aurais du mal à croire qu’Ai Weiwei venant à Genève pour parler du scandale des personnes séropositives en Chine et du manque de soutien de l’État chinois ne soit pas répercuté.
Est-ce que le FIFDH est une structure plutôt unique sur la scène internationale ou existe-t-il d´autres structures analogues? Si oui, y a-t-il des collaborations, des synergies ou bien des concurrences?
Le FIFDH est cofondateur d’un réseau qui s’appelle le Human Rights Film Network, qui rassemble quarante-cinq festivals de films et de débats sur les droits humains à travers le monde. Les plus importants étant: le FIFDH à Genève, le Movies that Matter Festival à La Haye, le Human Rights Watch Film Festival à Londres et à New York, et le festival One World à Prague. Les festivals de Londres, Prague et La Haye se déroulent en même temps que le FIFDH. On se voit très souvent, on se parle beaucoup, on s’échange la liste des films à l’avance et on échange aussi les intervenants. Donc plusieurs intervenants de cette année sont allés à Prague ou à Londres juste avant de venir chez nous, ou vice versa. Ce qui nous permet aussi de partager les frais des billets d’avion et la visibilité, donc au contraire, on se soutient les uns les autres. C’est ça qui est bien dans les festivals de droits humains, on n’a pas cette pression des Premières Internationales où d’exclusivité – de toute façon, c’est quelque chose qu’on refuse ou qu’on évite au maximum. Nous ne sommes absolument pas dans cette logique; au contraire, plus on s’entraide, plus on est fort.
Est-ce que les nouvelles thématiques ou urgences, telles que les changements climatiques, les migrations, les mutations technologiques, les droits des femmes et des enfants, donnent-elles de nouvelles orientations au FIFDH?
Cette année, un débat qui a été particulièrement marquant a été celui qui concernait les humains du futur; la mutation des bébés, et notamment des bébés chinois. Ce débat était particulièrement pertinent puisqu’il met en avant une cause dont on a beaucoup parlé avec ces fameux jumeaux chinois dont l’ADN a été modifié, mais en le mettant dans une perspective plus vaste; c’est-à-dire qu’on est en train de construire des nouveaux humains, mais aussi une humanité à deux vitesses: il y aura ceux qui auront les moyens et l’envie – mais surtout les moyens – de modifier leur embryon, et d’autres qui ne l’auront pas. Mais ça, c’est quelque chose qui est assez symptomatique de l’ensemble du festival: si on ne réagit pas maintenant, on sera dans une humanité à deux vitesses, voire à trois ou quatre ou cinq vitesses, et pas dans une seule humanité vivante. Donc c’est là qu’on est face à un signal d’alerte vraiment important et on essaye de lancer un mouvement pour faire face à cela. On est dans un moment clé de l’histoire. Ce qui est symptomatique de ce festival, c’est qu’au lieu d’aborder les thématiques – les migrations, le féminisme, les violences sexuelles ou les masculinités – de manière séparée, on les mélange, donc on les superpose les unes aux autres et on croise les combats. Je crois que c’est quelque chose d’extrêmement contemporain, de juste aussi. On peut aborder le climat sous l’angle de l’immigration par exemple, on peut aborder les masculinités ou le féminisme face au populisme aussi… C’était le cas du débat d’un soir où trois femmes ont abordé la question; ça porte aussi un éclairage qui est passionnant et je pense, assez inédit.
Comment se déroule l’organisation du festival? Comment choisissez-vous les différentes thématiques et problématiques à aborder? Par ailleurs, il semble que cette année vous ayez décidé d´axer particulièrement sur la Suisse…
Chaque année, on parle de la Suisse, mais c’est vrai que lors de cette édition c’était particulièrement fort, puisqu’il y avait à la fois un débat autour des valeurs suisses, des valeurs helvétiques, et de comment est-ce que la Suisse compte se positionner comme capitale ou pays de droits humains. Qu’est-ce que cela signifie par rapport aux décisions récentes concernant le pacte migratoire ou l’Arabie Saoudite, les ventes d’armes… On voit une dichotomie qui a toujours été le cas, cependant je crois qu’en 2019 on ne peut plus dire quelque chose (affirmer des valeurs) et ne pas le faire. Et on ne peut plus se dire «nous en Suisse, d’autant que les droits humains y sont respectés, finalement les autres ça n’a pas tellement d’importance». Donc ça c’était le débat. Il y a eu un débat aussi autour de l’opération Papyrus à Genève – la légalisation des personnes sans papier – et on a donné un visage à des personnes invisibles en Suisse qu’on croise tous les jours, qui n’ont presque pas de noms, en tout cas pas de statut. C’était une soirée extrêmement forte où plusieurs personnes sans papier en cours de légalisation ont pris la parole pour la première fois en public. Par rapport aux thématiques du festival, on essaye de maintenir un équilibre entre des thématiques qui sont peu ou pas traitées – comme la paix au Sud Soudan ou au Congo (la RDC) – et des thématiques qui sont extrêmement commentées dans l’actualité mais avec très peu de distance – comme justement le transhumanisme ou les bébés du futur; et c’est ça qui fait la force du festival. On essaye aussi, évidemment, de mettre sur le panel à la fois des personnalités très connues et des personnalités qui le sont beaucoup moins, par exemple des femmes: la moitié des panélistes sont des femmes, des jeunes femmes aussi à qui on a envie de donner un visage et pas avoir sempiternellement les mêmes intervenants au forum. C’est quelque chose de très important. On travaille avec de nombreux partenaires, dont des ONG avec qui on partage aussi les campagnes qui leur semblent importantes, qu’elles pensent devoir mettre en avant. C’est important qu’on puisse répercuter les campagnes des ONG. Et puis certains débats sont amenés par des films; parfois on cherche un film qui colle à une thématique et parfois un film est tellement extraordinaire qu’il va forcément amener un débat. Donc c’est un équilibre entre beaucoup de facteurs, comme pour la sélection des films d’ailleurs. Et c’est cet équilibre de programmation que je trouve intéressant, car il amène des grandes lignes de force après pour le public. Un intérêt de publics extrêmement croisés, divers. La force du festival est de réussir à toucher bien au-delà du cercle des convaincus, de celles et ceux qui connaissent déjà très bien la cause des droits humains; c’est très important qu’ils viennent, mais ça attire aussi des cinéphiles et beaucoup de gens dont c’est vraiment le rendez-vous annuel, où tout d’un coup, ils prennent le goût de la planète.
Ça peut être une prise de conscience en fait…
Oui, si on revient à la première question sur ce qui m’anime, c’est de mélanger les publics et réussir à toucher des gens qui n’avaient pas conscience d’être concernés par les droits humains et de ce que cela implique. En fait, ça concerne chacune et chacun d’entre nous.
Êtes-vous optimiste ou plutôt pessimiste par rapport à l’évolution du respect des droits humains?
En ce moment, on est dans un monde en crise profonde. On ne va pas se le cacher, la situation est pire qu’il y a dix ans. Mais je continue à penser, à espérer en tout cas que c’est un soubresaut, une très mauvaise passe. En voyant une telle foule et un tel enthousiasme pour ce festival, je garde l’espoir qu’on est en train de changer l’époque, de changer d’ère. C’est aussi l’espoir qui est amené par tous ces jeunes, qui se mobilisent notamment pour le climat. On se rend compte que lorsqu’il y a une démarche sincère, de vrais mots, une vraie mobilisation suit. Et on est peut-être aussi en train de changer d’ère vis-à-vis de la vie politique. Nous n’avons plus envie d’entendre ces mêmes mots, ces mêmes promesses jamais tenues, ces mêmes excuses du type «je ne peux pas parce que les circonstances économiques…»; maintenant il faut des actes profonds et à partir de là, je pense que oui, il y a de l’espoir. Je n’ai pas envie d’être bêtement positive, mais de rester optimiste, c’est important.
Quelques affiches éparses sur le campus de l’UNIL, peu de communication médiatique sur le sujet… Pourtant, depuis quelques années, la journée nationale contre le harcèlement sexuel et sexiste aux études est organisée le 23 mars. Zoom.
Le monde entier s’agite beaucoup en ce moment sur les sujets du harcèlement sexuel et sexiste, avec les mouvements #MeToo, #BalanceTonPorc, et leurs dérivés. Aux yeux de la loi, le harcèlement sexuel désigne tout comportement à connotation sexuelle ou sexiste, imposé à une personne et portant atteinte à sa dignité. L’intention de l’assaillant·e n’importe donc pas, seul le ressenti de la personne harcelée compte. La notion d’ »imposer » implique en effet le non-consentement de la personne qui subit le geste. Malheureusement, le manque d’information sur le harcèlement sexuel et sa prévention dans notre société est bien réel. Une campagne de financement participatif a toutefois été lancée, afin de créer l’application « EyesUp », qui aura pour but de faciliter et d’anonymiser la démarche de signalement de harcèlement sexuel. Au cours des 12 derniers mois, 72% de Lausannoises ont vécu au moins une fois du harcèlement, et le plus affligeant reste le fait que ces comportements ne font que très rarement l’objet de dénonciations. En Suisse, il existe une loi sur l’égalité (la Leg) qui protège les personnes victimes de harcèlement sexuel ou sexiste sur leur lieu de travail. Les apprenti·e·s, les stagiaires et les doctorant·e·s sont heureusement en partie protégé·e·s par ladite loi. Toutefois, les étudiant·e·s ne sont pas concerné·e·s, leurs études n’étant pas considérées comme un travail puisque sans rémunération. Les établissements scolaires peuvent mettre en place des directives et des aides de leur côté, ce qui est notamment le cas de l’Unil, mais ce n’est ni une obligation ni un appui légal en cas de recours en justice. D’où la décision de l’AFU (Association Féministe de l’UNIL) et du syndicat SUD étudiant·e·s et précaires d’instaurer cette journée du 23 mars, pour demander aux pouvoirs politiques de modifier la Leg afin qu’elle prenne en compte les personnes aux études.
A l’UNIL ? Jamais de la vie !
Il est possible de répliquer qu’effectivement, ce sont des choses qui arrivent, mais certainement pas à l’Unil ou à l’EPFL ! Ce serait un constat bien optimiste, comme le prouvent les très nombreux témoignages réunis et publiés régulièrement sur la page Facebook « Spotted Discriminations at UNIL/EPFL ». Si certaines choses peuvent au premier abord paraître anodines ou inoffensives dans ces témoignages, il est nécessaire de prendre en compte que c’est le ressenti personnel qui est impliqué, non pas celui de la personne qui a directement reçu la remarque ou subi l’agression. Nier le vécu des personnes qui ont osé sortir du silence, c’est nier le vécu potentiel d’ami·e·s, de membres de la famille, de collègues ou de camarades.
Comment lutter ?
Outre essayer de reconnaître et de stopper les comportements de harcèlement au niveau personnel, que cela soit le sien ou ceux d’autres personnes, il ne faut pas hésiter à faire des remarques aux professeurs qui tiennent des propos sexistes. Témoigner, relayer des témoignages, en parler autour de soi est toujours bénéfique. Il est également possible de soutenir activement la campagne de lutte sur le site formation-sans-harcèlement.ch, par de l’affichage ou du partage sur les réseaux sociaux. L’AFU a élaboré des brochures de près de 50 pages sur le sujet, rédigées par les membres de cette association, le collectif d’étudiant·e·s en lutte contre les violences sexistes (CELVS), le syndicat des étudiant·e·s de l’Université de Genève (CUAE) et le syndicat SUD étudiant·e·s et précaires.
Victime de harcèlement : que faire ?
Endurer du harcèlement n’est pas normal et personne ne devrait vivre seul·e avec cela. Il est possible de prendre contact avec le bureau de médiation de l’UNIL (contact.mediation@unil.ch), le bureau de l’égalité (egalite@unil.ch), ou de venir témoigner anonymement sur la page Facebook « Spotted Discriminations at UNIL/EPFL ». Dans tous les cas, il est important de ne pas rester seul·e et d’en parler avec une ou des personne(s) de confiance. Le harcèlement sexuel et sexiste aux études est encore une triste réalité, il est donc impératif de se battre pour que les choses changent et que la loi protège également les étudiant·e·s.
Chaque mois, L’auditoire vous vous emmène à la rencontre d’artistes de la région et vous fait découvrir des projets culturels créatifs et innovants. Ce mois-ci, nous avons rencontré Le Saloon, un podcast de cinéma créé par trois jeunes sympathiques et passionnés!
Pouvez-vous vous présenter?
Robin, 26 ans: Je suis journaliste pour Radio Lac. J’ai travaillé pendant un moment pour 7radio, notamment avec Alexandre. Ensemble, on a fondé sur cette web radio une émission de cinéma. Puis pour différentes raisons, on a décidé de se lancer dans l’aventure du podcast et du projet Le Saloon. Thibaud, 26 ans: J’étais un des invités réguliers de leur émission. Quand il a été question de lancer l’idée d’un podcast, ils m’ont proposé de m’impliquer un peu plus. De ce fait, on a fondé ça les trois, en gardant une partie de l’équipe qui s’était formée autour de 7radio.
Alexandre, 25 ans: Je travaille en tant que journaliste et attaché de presse dans un festival.
Comment est née l’idée du Saloon?
Alexandre: Cela faisait trois ans qu’on animait avec Robin cette émission hebdomadaire sur 7radio qui devait durer une heure, en direct avec des invités. La radio nous imposait certaines contraintes; on ne pouvait pas parler librement sans être entrecoupés de musique. On voulait créer des débats autours de films qui font l’actualité, et le podcast nous semblait être un nouveau médium qui permettait plus de liberté. Robin: Par ailleurs, le podcast est assez récent et peu connu en Suisse, à l’inverse de la France où la scène y est très active, notamment dans le domaine du cinéma.
Thibaud: On a alors enregistré un premier pilote en été 2018 pour la sortie de Jurassic World.
Sur quelles plateformes d’écoute pouvons-nous vous retrouver?
Alexandre: On peut nous trouver sur toutes les plateformes d’écoute. Facebook, YouTube et principalement SoundCloud, où on est le plus actif. Le but n’étant pas de créer un contenu supplémentaire, mais de couvrir le maximum de plateformes afin d’attirer le maximum de personnes.
À quelle fréquence sont diffusés vos podcasts?
Alexandre: Au début on pensait en sortir un toutes les deux semaines. Actuellement, on tourne plutôt autour de une à deux sorties par semaine.
Thibaud: C’est un peu par hasard qu’on est arrivé à cette fréquence-là, mais il n’y a ni de jours, ni d’heures fixes.
Alexandre: Je pense que c’est aussi dû à la volonté de ne pas en faire quelque chose de professionnel. On n’a pas ce côté radio en direct avec cette idée de rendez-vous. Lorsqu’on enregistre un épisode, on essaye que sa diffusion se rapproche le plus possible de la sortie du film en question, afin de rester dans l’actualité. Mais on publie quand on veut, à l’heure qu’on veut, et puis les gens sont au courant une fois qu’ils se connectent sur les réseaux sociaux.
Quel est le format de vos podcasts?
Thibaud: On vise à couvrir les grosses sorties cinéma et on a créé deux formats différents. «Le Saloon», qui est une discussion à plusieurs. Et un format plus court intitulé «Le Shot», où il s’agit de parler d’une plus petite sortie qui ne mérite pas forcément de discussion complète, ou d’un sujet externe.
Alexandre: «Le Shot» est un format qui dure environ une dizaine de minutes alors que «Le Saloon» est une version débat d´une vingtaine ou d´une trentaine de minutes.
Robin: Toutefois, si l’occasion se présente, cela peut durer plus longtemps. Par exemple, lors du bilan des blockbusters de l’été 2018, on avait débattu pendant près d’une heure.
Thibaud: Mais cela ne nous empêche pas d’avoir également des formats un peu variés. Par exemple, on a couvert des festivals, tels que celui de Locarno. On a aussi fait à la fin de l’année passée une émission en direct du magasin Mix-Image à Lausanne.
Pourquoi ce nom: «Le Saloon»?
Thibaud: C’était assez compliqué à le trouver.
Robin: En fait, c’était compliqué au début parce qu’on voulait quelque chose qui fasse un peu cinéma, sans trop tomber dans le champ lexical du cinéma.
Alexandre: On voulait vraiment sortir de tous ces noms avec «bobine», «toile», «salle», «projecteur» ou encore «popcorn». Avoir un nom très court qui se retienne facilement. Pourquoi «Le saloon»? Ça représente ce coté un peu castagne, collégial, où il y a un barman qui reçoit des gens; on prend une bière, on parle et parfois on se fritte. Et puis indirectement, Le Saloon se rapporte au western qui se rattache aussi au cinéma.
Quels sont les retours de la part des personnes qui vous écoutent?
Alexandre: Au début, il s’agissait surtout de nos proches qui nous complimentaient. Maintenant, sur chaque réseau social, on a de plus en plus de personnes qu’on ne connaît pas qui nous écrivent des commentaires, nous félicitent pour ce qu’on fait et partagent nos podcasts autour d’eux. Pour information, en cumulant les écoutes de toutes les plateformes, on atteint environ deux-cents à trois-cents écoutes à chaque sortie. Donc ça fait plaisir de voir qu’on arrive à faire cela avec de tous petits moyens, sans argent ni comm’ et de manière bénévole. Il nous faut pas grand-chose si ce n’est juste le pouvoir d’Internet et des réseaux sociaux, ainsi que du bouche-à-oreille.
Avez-vous de futurs projets à concrétiser prochainement avec Le Saloon?
Alexandre: Peut-être des chroniques de festivals ou refaire une émission en public et en direct. On a aussi des idées d’émissions spéciales mais pour le moment il n’y a rien de concret.
Robin: On est déjà content du résultat de nos podcasts, qui va un peu au-delà de ce qu’on avait pensé à la base.
Quels sont les dernières sorties cinéma que vous proposeriez?
Robin: La Favorite, qui a notamment reçu des Oscars.
Alexandre: Il y a aussi Alita Battle Angel, un bon film de science-fiction, ou encore La Mule de Clint Eastwood.
S’il n´existait plus qu´un seul film au monde, lequel voudriez-vous que ce soit?