• Me, Myself, You and I

    Me, Myself, You and I

    TECHNOLOGIES • GAFA, quatre lettres qui retentissent à travers le monde comme le symbole du millénaire nouveau aux centaines d’amis à portée d’un clic et aux discussions à toute heure. Alors qu’une rencontre peut avoir lieu depuis le confort de son salon, les réseaux sociaux semblent avoir propulsé le rapport à l’autre dans une nouvelle dimension. Est-ce véritablement celle du réel et intense relationnel ?

    Ultime recours à la solitude d’un instant, parades aux œillades de l’avanie: les nouvelles technologies ainsi que leurs dérives se sont imposées comme rouage essentiel à la passionnante complexité de notre comportement en société. Distant souvenir pour certain·e·s, amère dystopie pour d’autres, l’absence de ces dernières fut, néanmoins, bien réelle pour de nombreuses générations où pouvoir constamment être en contact avec le monde extérieur était relégué au rang des frivolités de la pensée. Aujourd’hui, alors que nous entrons dans une nouvelle décennie, la question de leurs impacts sur nos relations se pose. Nombreux·ses penseur·euse·s, écrivain·e·s et artistes se sont prononcé·e·s sur l’omniprésence de la technologie; France Gall évoque un monde où «les gens parlent trop», un monde dénudé de mystère avec «de moins en moins de rêves». Albert Einstein affirme que cette dernière a «dépassé notre humanité». L’écrivain et voyageur Sylvain Tesson déplore une mutation digitale qui «n’entretient pas le charme, la beauté, le mystère, l’intensité et la profondeur de la vie». Baroud d’honneur d’une élite surannée ou véritable prise de conscience?

    Un mariage moderne

    Le XXIe siècle incarne l’ère où caprices créateurs, travail et névroses l’ont emporté sur d’innombrables heures passées reclus dans son garage ou sa chambre de jeune étudiant à Harvard. En effet, dévouement et sueur sont à l’origine de quelques inventions qui bousculèrent nos manières de rentrer en contact avec les autres. Facebook, Twitter, Instagram, WhatsApp, ou encore l’iPhone sont devenus en peu temps des outils (presque) incontournables pour construire et faire vivre nos rencontres, nos amitiés, nos passions. L’opportunité inouïe de partages, d’expressions et de socialisations est indéniable. Jadis impitoyable Némésis d’un rapport entre deux personnes, la distance n’est désormais plus cet infranchissable rempart à la vigueur dans une relation. Cependant, cette considérable digitalisation de nos contacts se poursuit parfois jusqu’au mépris des émotions, jusqu’au mépris de l’ineffable ressenti d’un instant partagé. L’immense avancée technologique est-elle suffisante pour répondre à notre irréfragable besoin de chaleur humaine? Alors qu’elle nous amène à filmer un concert plutôt que de le vivre, à commander plutôt que de se déplacer, à s’écrire plutôt que de se voir, nous ne pouvons nier que la technologie nous retire une partie de la riche texture des rapports humains. Pour Sylvain Tesson: «Ces phénomènes déclarent la guerre au mystère, à l’imprévu, à ce qui fait la substance de la vie.»

    Omniprésence des smartphones: photographie prise au Guggenheim Museum par Thibaud Darré à New York.

    Esclave ou acolyte?

    L’intime lien que l’Homme a forgé avec le numérique semble évoluer dans les eaux troubles du progrès où l’harmonieux peut vite se retrouver submergé par le diktat du superficiel. En effet, l’efflorescence des nombreux réseaux sociaux a plongé notre génération dans la constante mise en scène où l’on cherche à défier la morosité du quotidien. De cette mise en scène découle une certaine forme d’hypocrisie, la réalité se perd au profit de ce que l’on cherche à montrer à nos centaines d’amis. On est à l’affût du moindre like, du moindre commentaire dans l’espoir d’être approuvé·e par le grand œil esthète de l’ultra médiatisé. On se complaît dans la construction de notre identité numérique, jusqu’à croire que nos followers ne pourront se passer d’un cliché de notre plat de tagliatelles. La beauté des réseaux sociaux réside peut-être dans cette ambiguïté: un repli sur soi pour mieux plaire aux autres. Est-ce le résultat d’un asservissement au superflu? Pas forcément car nul ne peut nier que l’on cherche à plaire aux gens qu’on aime. Toutefois, les réseaux sociaux ont apporté une profonde pluralité à ce désir, nous menant parfois à perdre de vue l’essentiel.

    L’émotion à l’ère du digital

    Lancée sur les rails du technicisme, notre société se retrouve en constante mutation où l’immuable d’aujourd’hui devient l’éphémère de demain. Propre de l’Homme, ce dernier s’adapte, évolue mais plus que jamais il est crucial de préserver ce qui le rend Homme: l’émotion. Émotions qui se retrouvent quelquefois remplacées par cette nouvelle légèreté que nous apportent les technologies au quotidien. Il ne s’agit pas de se hisser sur la tour d’ivoire du technophobe et refuser l’inévitable mais de préserver un rapport à l’autre qui ne perd pas son sens, son souffle. Il s’agit de regarder en face plutôt que de bondir sur la première notification. Il s’agit de savoir quand l’intensité de l’instant présent l’emporte sur la soif d’alimenter son profil. Il s’agit de protéger le naturel et tempérer le superflu. Il s’agit de comprendre qu’un regard vaut mille mots. •

    Lancelot Bédat

    Réflexions: Les Relations au XXIe siècle

    De Benjamin Soulié, étudiant en 2ème à HEC Lausanne

    1. Qu’est-ce qui pour toi insuffle à une relation son intensité ? sa véracité ?
      C’est une question difficile car c’est terriblement subjectif. Chaque relation a son côté unique, cette intensité, cette véracité dont il est question l’est donc aussi. Selon moi c’est plus un désir puissant, une sorte d’envie intarissable de découvrir l’autre. Cette intensité émane du fait qu’on n’est jamais totalement rassasié, on en veut toujours plus. Personne ne peut prétendre connaître une personne comme le fond de sa poche et cela rend justement la relation d’autant plus forte : une part de mystère, d’inconnu.
    2. Comment décrirais-tu l’impact des réseaux sociaux sur tes relations avec les autres ?
      A nouveau c’est une question qui appelle à la nuance, j’ai beaucoup plus tendance à parler à ma grand-mère depuis qu’elle s’est mise sur les réseaux sociaux, par exemple. Au même titre que j’ai déjà été témoin de couples qui ne pouvaient pas passer une journée sans savoir si l’autre avait bien dormi, ou ce qu’il avait mangé. Dans le sens où on avait l’impression que tout ce temps passé derrière un écran menait à une perte de la profondeur dans nos rapports. A ce stade-là, je pense effectivement que c’est malsain. Donc il faut différencier le type de relation, car pour chacune d’entre elles il y a des aspects positifs et négatifs. Comme dans beaucoup de domaines, il faut savoir faire la part des choses ; avoir un contact régulier permet d’avoir une stabilité mais par contre cela peut enlever cet aspect authentique.
    3. Sommes-nous plus « connectés » que jamais ?
      Oui et je ne peux m’empêcher de penser notamment à des spirales infernales comme Instagram qui à travers les likes crée une sorte d’addiction qui rend certains utilisateurs totalement dépendants. La « insta fame » , tant désirée et convoitée par la plupart des jeunes, qui consistent à publier et partager me fait effectivement penser qu’on est plus connecté que jamais.
    4. Le Journaliste du New York Times Thomas Friedman dit que nous passons « 51% de notre temps en ligne ». Qu’est-ce que t’évoque ce chiffre ?
      C’est tout sauf étonnant, je suis personnellement amené à prendre souvent les transports en commun et quand je vois des gens qui passent leur trajet sans lever les yeux, cela fait réfléchir sur l’état des gens qui composent notre société. Cette dépendance amène avec elle un cruel manque de curiosité chez les plus jeunes. Selon moi ce sont ces « after 2000 » qui sont les plus préoccupants. Ce qui est d’autant plus inquiétant, c’est qu’on normalise totalement le fait qu’un enfant puisse passer un après-midi derrière l’écran. Il s’agit donc de la responsabilité des parents d’agir en posant des limites pour le bien de leurs enfants et celui de la société.
    5. L’écrivain Sylvain Tesson dit des nouvelles technologies qu’ « elles n’entretiennent pas la beauté des relations humaines ». Qu’en penses-tu ?
      La facilité liée à la communication banalise les rapports d’échanges entre humains. Il y a 50 ans encore , n’y avait-il rien de plus beau qu’un jeune homme qui essayait de conquérir le coeur d’une femme sans passer par une story insta? Ou encore je ne me rappelle plus de la dernière fois que je n’ai pas ressenti la moindre envie de partager sur mes réseaux un moment vécu. Cette obsession de partage sur les réseaux peut nous amener à vivre moins intensément et plus dans la représentation. Ce que dit Sylvain Tesson est pour moi l’euphémisme d’une pesante réalité.

    De Louise de Gottrau, étudiante en 2ème année de droit à Genève

    1. Qu’est-ce qui pour toi insuffle à une relation son intensité ? sa véracité ?
      Ce qui apporte à une relation son intensité, qu’elle soit amoureuse ou amicale, c’est la facilité d’entente avec l’autre. Les deux personnes discutent et rigolent ensemble car elles ont des points communs qui relèvent, par exemple, d’une éducation similaire, d’une même fréquentation d’amis et surtout d’une sensibilité comparable au monde qui les entoure. Elles se lient ainsi facilement et deviennent complices. Ainsi, elles affrontent les obstacles de la vie, ce qui renforce leur relation et la rend intense et vraie.
    2. Comment décrirais-tu l’impact des réseaux sociaux sur tes relations avec les autres ?
      Ils déforment quelque peu la réalité. Sur les réseaux sociaux, comme Instagram par exemple, nous avons l’impression d’être connectés socialement avec toutes les autres personnes qui utilisent l’application. Nous avons le sentiment de connaître les utilisateurs, alors même que nous ne les avons jamais rencontrés. Néanmoins, lorsque nous les rencontrons dans la vie, nous les ignorons et nous nous rendons compte que nous ne les connaissons pas. Les réseaux sociaux créent un fossé entre les personnes quand elles se rencontrent car il leur manque une présentation formelle (et réelle), ce qui les amène à s’ignorer et à éteindre toute potentielle relation.
    3. Sommes-nous plus « connectés » que jamais ?
      Au contraire. En utilisant les réseaux sociaux par exemple, nous créons un nouveau monde, qui nous fait oublier le monde « externe », en monopolisant notre temps et notre énergie. L’utilisation des réseaux est simple, alors que la réalité ne l’est pas. Sociabiliser, dire à quelqu’un qu’on l’aime bien, tout ça est bien plus compliqué à travers des gestes, paroles et démonstrations l’un en face de l’autre, qu’à travers un écran de téléphone. Ainsi, on choisit la facilité de vivre sur les réseaux. Les vrais contacts se perdent en conséquence.
    4. Le Journaliste du New York Times Thomas Friedman dit que nous passons « 51% de notre temps en ligne ». Qu’est-ce que t’évoque ce chiffre ?
      Un cauchemar virtuel qui dérobe notre vie.
    5. L’écrivain Sylvain Tesson dit des nouvelles technologies qu’ « elles n’entretiennent pas la beauté des relations humaines ». Qu’en penses-tu ?
      C’est vrai. Préférez-vous échanger des messages pendant un mois avec des amis ou passer une bonne soirée pendant seulement quelques heures, certes, mais remplie de rires et de bonnes discussions ?

    De Sébastien Brunschwig, étudiant en 1ère année de sciences politiques à Genève 

    1. Qu’est-ce qui pour toi insuffle à une relation son intensité ? sa véracité ?
      L’intercompréhension, dans son acception la plus profonde. Car si l’on peut se comprendre mutuellement, cela veut dire non seulement qu’il existe un échange honnête et réciproque, qu’on ouvre une part de soi à l’autre, mais aussi et surtout qu’il existe un lien unique qui est fait tout à la fois des particularités que chacun•e comprend de l’autre, donnant ainsi à la relation ses couleurs spécifiques. Il existe évidemment plusieurs degrés d’intercompréhension.
    2. Comment décrirais-tu l’impact des réseaux sociaux sur tes relations avec les autres ?
      Les réseaux sociaux numériques ont un double impact paradoxal. D’un côté, ils ouvrent la voie à une interaction constante et étendue (nos amis peuvent aujourd’hui nous tenir informés des moindres aspects de leur vie, ce qu’ils mangent, les événements auxquels ils assistent…). De plus, ils permettent dans certaines circonstances de renforcer, entretenir ou créer des liens qu’il serait compliqué de maintenir autrement. Mais personnellement, je fais peu usage de ces diverses fonctionnalités si ce n’est parfois pour partager mon travail. De l’autre côté, par la permanence et la facilité de l’interaction qu’ils permettent, ils réduisent l’importance de la relation physique, amenant ainsi une forme de superficialité dans le contact entre les gens. Sachant que je suis toujours à deux mouvements de pouce de contacter tel ami, j’aurais tendance à négliger l’importance d’assister à tel repas entre vieux copains.
    3. Sommes-nous plus « connectés » que jamais ?
      Je tempérerais. On observe en effet une concentration de plus en plus importante d’objets connectés dans notre quotidien, ainsi qu’une augmentation de la présence des réseaux sociaux virtuels dans tous les domaines de notre existence (sites de rencontre, professionnels…). Et, plus pratiquement, il est aujourd’hui quasiment impossible de se passer d’une certaine connexion s’il l’on ne veut pas se couper de la société. Mais j’observe concurremment une forme de prise de distance dans mon entourage vis-à-vis des réseaux sociaux virtuels (Facebook ou snapchat, par exemple), on essaie justement de diminuer son temps « connecté».
    4. Le Journaliste du New York Times Thomas Friedman dit que nous passons « 51% de notre temps en ligne ». Qu’est-ce que t’évoque ce chiffre ?
      Il faudrait je pense préciser ce qu’il entend par « en ligne »: si c’est le temps passé sur des réseaux sociaux, ou simplement sur le Web. Il serait d’ailleurs intéressant de mettre en perspective cette donnée en la détaillant : par exemple, combien de temps passons nous en ligne pour faire des choses qui nous prenaient plus de temps à faire physiquement auparavant (par exemple, la recherche de documents académiques ou l’emprunt de films). Le temps passé « en ligne » ne doit pas être diabolisé, même si « un retour au physique » me semble souhaitable dans de nombreux domaines.
    5. L’écrivain Sylvain Tesson dit des nouvelles technologies qu’ « elles n’entretiennent pas la beauté des relations humaines ». Qu’en penses-tu ?
      En rapport avec ma première réponse, je dirais que les nouvelles technologies gênent ou réduisent les chances qu’à l’intercompréhension de se faire en instaurant certaines barrières. L’interaction virtuelle, bien qu’elle n’exclut pas toute profondeur (il s’agit de ne pas tomber non plus dans des stéréotypes simplistes sur la superficialité de relations virtuelles: une conversation WA pouvant parfois être aussi développée qu’une correspondance), enlève pourtant une grande partie de la texture de l’interaction: ce qui passe dans le regard, le souffle, les gestes et l’atmosphère inexplicablement parfaite ou délétère de tel moment. Je crois aussi que toutes ces nouvelles technologies nous laissent la sensibilité saturée par trop d’informations, ce qui nous empêche de ressentir l’instant, ou alors de manière distraite, au second degré.

    De Niccolo Serra, étudiant en 2ème à HEC Lausanne

    1. Qu’est-ce qui pour toi insuffle à une relation son intensité ? sa véracité ?
      Un partage des valeurs, une vision du monde en commun, un sens de l’humour similaire, des passions similaires et par-dessus tout des expériences de vie partagées qui permettent de bâtir une relation forte et saine.
    2. Comment décrirais-tu l’impact des réseaux sociaux sur tes relations avec les autres ?
      Dans mon cas l’impact des réseaux sociaux est minime sur mes relations avec les autres. Je vois les réseaux sociaux comme des plateformes de divertissement que j’utilise principalement pour passer le temps ou me détendre ( ce qui est souvent le but initial mais qui peut parfois être une source de stress/angoisse). Je n’utilise pas les réseaux sociaux comme pilier, mais uniquement comme un canal de partage avec des proches.
    3. Sommes-nous plus « connectés » que jamais ?
      Nous sommes plus connectés que jamais sur les réseaux mais paradoxalement il est de plus en plus difficile de s’identifier aux gens autour de nous. Personnellement, il ne m’est jamais arrivé de faire des rencontres en ligne, ou d’admirer une personne à travers son monde virtuel donc je ne trouve absolument pas que c’est un moyen de se « connecter aux autres ». A mon avis c’est plutôt une plateforme pour entretenir une relation (pour une courte durée) et partager des éléments qu’on y trouve pour informer ou divertir nos proches; sans pour autant lancer une discussion, une interaction plus propice au débat.
    4. Le Journaliste du New York Times Thomas Friedman dit que nous passons « 51% de notre temps en ligne ». Qu’est-ce que t’évoque ce chiffre ?
      Qu’on passe trop de temps en ligne … ça souligne une dépendance (inquiétante) au monde virtuel, qui prend peu à peu le dessus sur la réalité. On donne continuellement plus d’importance aux réseaux sociaux car ils sont devenus partie intégrante de notre image, voire de notre personnalité. Ils dictent davantage d’aspects de nos vies en influençant nos comportements, nos idéaux, nous procurant des émotions (positives comme négatives), sont une source de stress, de partage, bref à priori un substitut aux relations traditionnelles. Peut-être qu’un jour notre profil sur les réseaux sociaux deviendra notre nouvelle identité.
    5. L’écrivain Sylvain Tesson dit des nouvelles technologies qu’ « elles n’entretiennent pas la beauté des relations humaines ». Qu’en penses-tu ?
      Totalement d’accord, les relations qui dépendent majoritairement des réseaux sociaux pour survivre sont superficielles, vides et sont souvent lancées dans une démarche égoïste. Je trouve une certaine vanité aux relations virtuelles, qui cherchent majoritairement à flatter notre égo ou nous sentir aimé à travers un écran. Ces relations « de masse » manquent cruellement d’originalité et de profondeur dans le seul but d’amasser des discussions, likes ou de de se faire passer pour ce que l’on n’est pas. Contrairement aux relations traditionnelles, les relations « online » ne nécessitent que peu d’investissement, ne nécessitent pas de séduction entre individus et sont très variables et non fiables.

    De Sarah Moser, étudiante en 2ème de droit à Fribourg

    1. Qu’est-ce qui pour toi insuffle à une relation son intensité ? sa véracité ?
      Selon moi une relation est intense lorsque les partenaires du couple ressentent de fortes émotions (jalousie, joie, tristesse, …) et pour ressentir cela, le contact et surtout la communication entre partenaires sont, selon moi, indispensables. La véracité, la franchise est fondamentale dans un couple mais je ne pense pas que ça soit un facteur de création d’intensité.
    2. Comment décrirais-tu l’impact des réseaux sociaux sur tes relations avec les autres ?
      Les réseaux sociaux facilitent la création et l’entretien des relations avec les autres. C’est un moyen de garder contact et de communiquer facilement. Par conséquent, en ce qui me concerne les réseaux sociaux ont d’une part un impact bénéfique sur mes relations avec mes ami·e·s lointains ou connaissances, mais d’autre part, cela peut avoir tendance à bloquer ou freiner mes relations avec mes amis proches (on passe moins de temps ensemble, on cherche moins à se voir physiquement).
    3. Sommes-nous plus « connectés » que jamais ?
      Oui, je pense que nous sommes une génération très connectée. Il y a plusieurs exemples qui illustrent cela : souvent notre premier réflexe après avoir rencontré quelqu’un est de trouver les réseaux sociaux de cette personne, aussi on se contente de parler via les réseaux sans plus chercher à voir la personne (physiquement) et finalement si on regarde le nombre d’heures passées sur notre téléphone et plus particulièrement sur les réseaux, il est (pour la plupart) très élevé.
    4. Le Journaliste du New York Times Thomas Friedman dit que nous passons « 51% de notre temps en ligne ». Qu’est-ce que t’évoque ce chiffre ?
      Ce chiffre devrait me choquer, mais cela ne m’étonne pourtant pas.
    5. L’écrivain Sylvain Tesson dit des nouvelles technologies qu’ « elles n’entretiennent pas la beauté des relations humaines ». Qu’en penses-tu ?
      Je pense qu’il a raison. Comme je l’ai mentionné à la question 2, les réseaux sociaux facilitent la création et l’entretien des relations, mais qu’en surface. Il est vrai, lorsqu’il s’agit de faire des activités, de passer du temps, de discuter de vive voix avec la personne, les nouvelles technologies peuvent avoir tendance à paralyser cela.
  • Délestons le monde paysan

    Délestons le monde paysan

    AGRICULTURE • Toujours plus préoccupé·e·s par les enjeux écologiques, les consommateur·trice·s cherchent à acheter des produits locaux et de saison. Cela concerne pour l’essentiel des denrées issues de l’agriculture helvétique. Mais qu’en est-il des producteur·trice·s? Quelles sont leurs préoccupations?

    La terre s’éveille gentiment d’un hiver clément, bercée par les doux rayons d’un soleil printanier. Il est difficile de résister aux impératifs de confinement exigés par le Conseil fédéral, si bien que certain·e·s osent une discrète évasion dans la campagne pour y prendre l’air. Les quelques citadin·e·s qui s’y aventurent furtivement constatent avec surprise que si le monde entier retient son souffle, la paysannerie helvétique poursuit son inlassable activité: il faut fertiliser les sols, éliminer les mauvaises herbes et semer. Ce secteur d’activités rattaché à la nature devrait être idyllique, mais des statistiques alarmantes font tâche d’huile. Que ce soit le nombre d’accidents mortels (une quarantaine par année) ou le risque de suicide (+37% par rapport au reste de la population), ces chiffres montrent un stress et un certain malaise dans la profession. Quelles en sont les causes? Esquisse de ces poids qui broient les épaules des paysan·ne·s.

    Le fardeau de l’incertitude économique

    Dans une économie en perpétuelle quête d’accélération et de flexibilité, le monde agricole, dont le cœur bat au lent tempo des saisons, est submergé parce nouveau rythme effréné: ce qui était avant-gardiste il y a si peu de temps se retrouve dépassé aujourd’hui. Cette haute incertitude du lendemain est un poids terrible pour le·la paysan·ne qui, pour satisfaire les exigences de l’industrie et in fine des consommateur·trice·s, doit investir dans de nouvelles machines et reconvertir régulièrement ses infrastructures. Ces investissements structurels, indispensables à la survie d’une exploitation agricole, requièrent des sommes colossales, obligeant l’agriculteur·trice à s’endetter pour survivre. Malheureusement la demande change en quelques mois, laissant l’agriculteur·trice avec des machines flambant neuves et des dettes sur les bras. «C’est un système vicieux dont il est impossible de sortir», assure Christophe Spahr, agriculteur à Villars-le-Grand.

    Le poids de l’Etat

    Heureusement pour les paysan·ne·s helvétiques, l’Etat ne les laisse pas seul·e·s dans cette jungle libéraliste. En effet, pour compenser l’ouverture du marché agricole, la Confédération soutient les paysan·ne·s à l’aide de paiements directs contre des compensations, notamment écologiques. Ainsi l’agriculture suisse ne s’incline pas face à l’agriculture intensive et peu scrupuleuse de certains pays. Ces paiements représentent certes une manne pour les agriculteurs·trices, mais ils augmentent aussi les tâches bureaucratiques complexes puisque pour les obtenir, les conditions sont toujours plus pointues et spécifiques. De plus, ils changent au gré du vent politique tous les quatre ans, introduisant une fois de plus une marge d’incertitude dans les investissements structurels des agriculteur·trice·s. Finalement, ces dernier·ère·s se sentent constamment observé·e·s par le Big Brother étatique qui, par le biais de ses agents faisant des visites d’exploitation à l’improviste, n’hésite pas à pénaliser les paysan·ne·s qui ne sont pas en règle. «On se sent constamment observé, jugé» affirme un agriculteur.

    Une société oppressante

    Cette glaçante sensation d’être perpétuellement observé·e ne se limite malheureusement plus à l’Etat, mais s’étend désormais à un pan toujours plus large du monde social, et un néologisme a même été inventé pour caractériser ce harcèlement: l’agri-bashing. Avec la mouvance écologiste, de plus en plus de citoyen·ne·s désignent les agriculteur·trice·s comme des empoisonneur·euse·s ou des pollueur·euse·s, et ce malgré des conditions d’octroi de paiements directs toujours plus strictes sur ces thématiques. «Je me suis fait vilipender par un passant alors que je semais des engrais bios dans l’une de mes parcelles […] Avant on se réjouissait quand les gens venaient nous voir. Maintenant on a plutôt peur, on a de mauvaises appréhensions dès qu’une silhouette se dessine sur le pas de porte», expliquait un agriculteur vulliérain, la mine déconfite. De plus en plus de personnes en veulent au monde agricole, et lorsque la sonnette retentit, le·la paysan·ne retient son souffle: est-ce un·e créancier·ère, un·e contrôleur·euse ou un·e concitoyen·ne acrimonieux? •

    Emile Spahr

  • Le sport: un outil diplomatique?

    Le sport: un outil diplomatique?

    SOFT POWER · Le lien entre sport et politique existe depuis des siècles. De nos jours, il semble que les grandes manifestations sportives internationales, telles que les Jeux olympiques ou la Coupe du monde de football, soient mobilisées comme un instrument diplomatique. 

    «Du pain et des jeux!» C’est par ce vieil adage devenu maintenant célèbre, que Juvénal, poète satirique romain, se moquait de la plèbe, trop obnubilée par les divertissements sportifs offerts alors par l’empereur pour se soucier de la politique. À l’ère des Jeux Olympiques modernes, restaurés en 1894 à l’initiative de Pierre de Coubertin, la question du lien entre le sport et la politique demeure d’actualité. Aujourd’hui, il semble que les manifestations sportives internationales soient mobilisées par les États comme outil diplomatique. 

    Rivalités sous les drapeaux 

    Nul ne peut nier le sentiment d’identité nationale qui se dégage de la cérémonie d’ouverture des Jeux Olympiques, lorsqu’il est question d’admirer le cortège des drapeaux. Toutefois, concourir aux couleurs de sa patrie semble être l’héritage d’un contexte géopolitique mondial particulier: celui de la montée des nationalismes à la veille de la Grande Guerre et de la rivalité sportive du début du XXe siècle, particulièrement marquée entre l’Empire britannique et les États-Unis. «À ce moment-là, l’idée s’impose dans la presse internationale que la victoire sportive nationale exprime la supériorité d’un système sociopolitique. Cela d’autant plus qu’aux Jeux de Londres en 1908, c’est la première fois que des équipes concourent sous leur maillot national», explique Patrick Clastres, professeur spécialiste de l’histoire du sport à l’Unil. En quelque sorte, la réussite sportive serait le reflet de la réussite d’un État. Par ailleurs, la compétition sportive entre l’URSS et les États-Unis, durant la Guerre froide, symboliserait également la volonté d’établir la dominance d’un régime politique, économique et social.

    Capacité d’organisation

    Cela dit, Patrick Clastres rappelle que «depuis les années 1970, les États-Unis et l’Union soviétique rivalisent également pour avoir les Jeux». Il s’agit là de tout l’enjeu géopolitique autour de la capacité à organiser un événement sportif international. «À l’ère de la télévision de masse, les Jeux Olympiques, dans le contexte de la Guerre froide, sont un outil de diplomatie culturelle considérable. Les pays se saisissent de l’organisation des Jeux pour produire un grand récit national qui est adressé à l’ensemble de l’humanité, ce qu’on appelle le countrytelling», continue le professeur. De nos jour, la concurrence reste féroce afin d’obtenir l’organisation d’une manifestation sportive majeure, telle que les JO ou la Coupe du monde de football. Il s’agit d’une opportunité pour des pays émergents, comme le Brésil, qui souhaitent mobiliser cette capacité d’organisation pour s’imposer sur la scène internationale. Néanmoins, si la victoire sportive paraît dès lors moins importante dans les relations internationales, elle reste un vecteur de visibilité à l’échelle mondiale, favorable à de petits pays qui n’hésitent pas à investir massivement dans le sport, notamment en nationalisant des athlètes étrangers. 

    Importance stratégique

    De ce fait, loin d’être uniquement un divertissement, une compétition ou encore un business, le sport paraît comme un véritable soft power et revêt une importance stratégique, autant au niveau mondial que national. À ce propos, Patrick Clastres précise que «les compétitions olympiques sont un outil diplomatique assez puissant pour s’adresser aux nations du monde, ainsi qu’une manière de convaincre la population à l’intérieur du pays de la qualité du gouvernement et du régime mis en place». Le revers de la médaille serait peut-être d’être discrédité sur le plan international; une situation vécue actuellement par la Russie, incriminée pour dopage d’Etat. «Finalement, la capacité d’un pays à l’emporter en respectant le code d’honneur du sport, qui s’exprime dans le code antidopage adopté au sein de l’Unesco, est devenu un outil diplomatique encore plus puissant que la victoire sportive ou que la démonstration de la capacité d’un pays à organiser un grand événement. Il en va de l’honorabilité et de la moralité du gouvernement au pouvoir», conclut le professeur.

    Mathilde de Aragao

  • «Vos papiers s’il vous plaît!»

    «Vos papiers s’il vous plaît!»

    COVID-19 • L’état d’urgence a été décrété par la plupart des pays européens avec comme principale mesure la fermeture des frontières et la suspension partielle des accords Schengen. Quelles en sont les conséquences pour les frontalier·ère·s et saisonnier·ère·s qui travaillent en Suisse?

    L’espace Schengen, créé en 1985, est composé de 26 États européens – 22 membres de l’Union européenne et 4 associés, membres de l’Association européenne de libre-échange (AELE). Tous appliquent les directives des accords Schengen, supprimant le contrôle aux frontières internes et renforçant de ce fait la surveillance aux frontières avec les pays non-membres, frontières externes. Afin d’endiguer la propagation du coronavirus, la Suisse (membre de l’AELE) a décidé de réinstaurer le contrôle aux frontières et de restreindre la libre circulation des personnes au sein de son territoire; une décision qui pèse lourd sur les épaules des travailleur·euse·s venant des pays voisins.

    Mesures prises aux frontières

    L’ordonnance 2 sur les mesures destinées à lutter contre le coronavirus a été décidée par le Conseil Fédéral le 13 mars 2020 en prenant compte de la loi sur les épidémies et sur la libre circulation des personnes en accord avec l’UE. Ses principaux objectifs sont le ralentissement de la propagation du coronavirus, la réduction de la fréquence des transmissions, la protection des personnes vulnérables ainsi que la garantie de l’approvisionnement en soins et produits thérapeutiques. L’ordonnance interdit l’entrée sur le territoire suisse à tou·te·s les voyageur·euse·s hormis les personnes suivantes: les individus de nationalité suisse ou au bénéfice de documents officiels tels que le permis de séjour suisse, le permis de frontalier, le visa avec motif «discussion d’affaires» en tant que spécialiste dans le domaine de la santé ou «visite officielle» d’une grande importance. Pour celles et ceux ne disposant pas de telles autorisations, il leur faut un motif professionnel afin d’entrer en Suisse ou alors effectuer un transport de marchandises à titre commercial. Finalement, il est permis d’être en transit en Suisse à condition de se rendre immédiatement dans un autre pays ou en cas d’une situation «d’absolue nécessité».

    Conséquences pratiques des mesures aux frontières suisses

    Malgré l’apparente clarté desdites mesures, la réalité est bien différente: comment peut-on, dans la pratique, fermer les frontières tout en laissant passer un certain nombre d’ayant-droits? Un bref aperçu de la situation aux frontières genevoises montre que les postes-frontières les moins importants sont fermés, restreignant le passage de la frontière à un nombre réduit de points stratégiques: 25 des 34 postes de douane existants sont bloqués depuis le 21 mars dernier. Ainsi,l’impact est direct sur les frontalier·ère·s régulier·ère·s, les obligeant à changer leur itinéraire habituel en les contraignant parfois à de longs détours pour traverser à l’un des postes de douane encore ouverts. Mais au détour ainsi engendré s’ajoutent d’importants bouchons causés par la réinstauration du contrôle systématique visant à vérifier que les conditions d’entrée sur le territoire suisse soient respectées. Ceci prolonge encore plus la durée du trajet entre le lieu de travail et le domicile du·de la frontalier·ère. Une voie prioritaire a par ailleurs été mise en place afin de faciliter l’entrée sur le territoire suisse aux personnes travaillant dans le domaine de la santé ou les services d’urgence; accès qui a par la suite également été accordé aux personnes travaillant dans l’alimentaire. Dans l’ensemble, malgré ces inconvénients, les frontalier·ère·s comprennent la nécessité de ces mesures et les acceptent, d’autant plus que la majorité d’entre eux·elles appartient au secteur de la santé et trouverait même justifié qu’elles soient encore plus restrictives.

    Témoignage d’Arthur, frontalier franco-suisse travaillant dans l’alimentation

    L’espace Schengen a été fermé par les autorités suisses un jour comme les autres, à midi pile. Arthur raconte: «Au lieu des quinze minutes habituelles pour me rendre de chez-moi (Lugrin) jusqu’à la frontière (St-Gingolph), il m’a fallu deux heures et quart. Il y avait des centaines de personnes qui souhaitaient rentrer; je suis arrivé au boulot beaucoup plus tard que prévu». Il précise par après: «Dès le lendemain, ce fut bien plus rapide et honnêtement pour moi, le fait d’avoir la nationalité suisse est plus pratique et rend le passage de la frontière plus rapide, avec moins de questions». À noter qu’Arthur travaille à Vevey dans un magasin d’alimentation, ce qui justifie ses trajets en Suisse: «Mon travail est considéré comme essentiel, donc je peux passer, mais moi je n’ai pas de feuille me donnant la priorité, pas comme ceux dans la santé.» Il lui est donc devenu indispensable d’avoir toujours sa pièce d’identité sur lui; les frontalier·ère·s français·e·s doivent toujours présenter leurs contrat et permis de travail afin de se voir octroyer l’accès. Arthur  décrit la douane de St-Gingolph à l’heure actuelle: « Elle a été agrandie, ils ont ajouté quatre guichets simultané pour que les douanier·ère·s suisse·sse·s puissent contrôler tout le monde rapidement». Lors du retour à son domicile, Arthur est alors contrôlé: «Il y a beaucoup plus de contrôleur·euse français·e que d’habitude, seules les personnes habitant en France peuvent traverser, aucun·e suisse·esse ne passe». Il conclut finalement: «Ces mesures sont justifiées et ne sont pas trop extrémistes. Le but n’est pas la suppression de Schengen, c’est juste la seule solution que deux pays en galère ont trouvée face à la pandémie, même si il y a quand même une certaine tension entre confinement total français et confinement léger suisse».

    Situation des saisonnier·ère·s

    Les frontalier·ère·s ne sont pas les seul·e·s à traverser les frontières pour venir travailler: c’est également le cas des nombreux·euses saisonnier·ère·s qui travaillent en Suisse pendant l’hiver dans des domaines comme les stations de ski ou l’hôtellerie. La fermeture des frontières n’a pas d’impact direct sur leur situation, car leur permis de séjour et de travail en Suisse leur permet d’y vivre le temps de leur contrat. Par contre, la Confédération, ayant pris la décision de fermer les domaines skiables et hôtels de manière générale, cette crise sanitaire liée au COVID-19 risque d’avoir une conséquence directe sur leur revenu financier; les forçant à trouver une aide financière soit auprès de leur employeur·euse, soit auprès de leur pays d’origine. Ils ne sont bien évidemment pas les seul·e·s touché·e·s par cette mesure: il en va de même pour toutes les personnes travaillant dans le domaine du divertissement, de la restauration ou de l’agriculture. Finalement, la fermeture des frontières constitue tout de même un moment historique: pour la première fois depuis sa création, l’espace Schengen cesse d’être un espace de libre circulation et voit le retour des contrôles systématiques et consciencieux  à ses frontières internes. À l’heure actuelle, il est donc vraiment important d’avoir ses papiers sur soi! •

    Salomé Näf

  • Tatouer pour mieux guérir

    Si les cicatrices présentes sur le corps d’un individu sont indépendantes de sa volonté, le tatouage, lui, est une marque consciemment choisie, permettant de reprendre le contrôle sur son corps.

    Les cicatrices, qu’elles soient dues à des accidents, des maladies génétiques de la peau ou à des opérations chirurgicales, sont un constant rappel des événements responsables de leur présence. Si certain·e·s ne ressentent pas le besoin de les cacher ou de les altérer, ce n’est pas le cas de tous·tes. Certaines personnes ont recours à la chirurgie esthétique afin de faire disparaître leurs cicatrices, tandis que d’autres choisissent une intervention corporelle tout autre: le tatouage. Cette pratique permet à l’individu de transformer une marque sur son corps, lui rappelant un moment difficile, en une œuvre d’art. Le tatouage devient dès lors bien plus qu’une simple modification esthétique; il appartient au processus de cicatrisation. Deux types de tatouages servent ce but: le tatouage paramédical ou le tatouage décoratif. Le tatouage paramédical, ou encore nommé reconstructif, doit être performé par un·e professionnel·le de la dermopigmentation réparatrice. Ce type de tatouage est très présent chez les personnes atteintes de vitiligo ou encore chez les patientes ayant subi une mastectomie. Il sert souvent à la reconstruction de l’aréole du sein et est parfois considéré comme faisant partie intégrale de l’intervention chirurgicale et peut donc être remboursé par l’assurance. Le tatouage paramédical cherche donc à redonner un aspect naturel aux seins de la patiente après une mastectomie.

    Tatouage par @camillacrofttattoo

    Embellir un corps scarifié

    Le tatouage décoratif, lui, cherche plutôt à cacher ou embellir des cicatrices laissées par l’opération et n’est donc pas considéré comme un tatouage reconstructif. Les modèles de tatouages choisis par les femmes atteintes du cancer du sein sont variés, mais une tendance vers la représentation de fleurs est récurrente. Certains tatouages s’étalent sur l’entièreté du sein cachant l’aréole souvent disparue après l’opération, tandis que d’autres utilisent avec habilité les cicatrices afin de les intégrer aux tatouages. Bien que le tatouage décoratif puisse être exécuté par n’importe quel·le tatoueur·euse professionnel·le, il doit être préparé avec l’accord du médecin, afin de pouvoir s’assurer de la viabilité des tissus cicatriciels. Plus qu’un simple tatouage, il s’agit d’un processus de guérison intime, tout aussi essentiel que l’opération qui a pu le précéder.

    Furaha Mujynya

  • Le Parloir : à la rencontre du studio de tatouage Lausannois

    Le Parloir : à la rencontre du studio de tatouage Lausannois

    Dans le studio lausannois Le Parloir, cinq tatoueurs et tatoueuses tatouent avec plaisir une clientèle diversifiée. Mais que se passe-t-il en coulisse? Comment développent-ils leur style, quelles sont les relations avec les clients? C’est à travers une interview sur Zoom, covid-19 oblige, que L’auditoire a pu se plonger dans le monde du tatouage.

    Tatouages réalisés par les membres du Parloir interviewé.

    Comment définiriez-vous la scène de tatouage à Lausanne et en Suisse romande?

    Gaëlle: Lausanne est une scène en pleine expansion, c’est-à-dire qu’il y a un peu tout à faire. Je réalise que c’est vraiment une ville où il y a de très bons tatoueur·euse·s. Le niveau de Lausanne est très reconnu dans le milieu du tatouage.

    David: C’est vrai que quand tu parles de tatouage en Suisse, les gens, même des tatoueur·euse·s aux USA par exemple, connaissent Lausanne, notamment à cause de la famille Leu – qui sont des grandes stars du tatouage en Suisse. Rien que par rapport à ça, Lausanne est déjà bien placée sur la carte du tatouage. Et la clientèle est cool, ouverte, il y a beaucoup d’étudiant·e·s, beaucoup de gens qui ont une certaine affinité avec le milieu de l’art, qui sont habitués à avoir des trucs cools sur la peau.

    Tatoobyjo: Moi je suis un peu plus critique je crois. J’ai l’impression qu’il y a certes tout à faire mais que le tatouage est encore trop nouveau et qu’on doit beaucoup éduquer notre clientèle.

    Gaëlle: Mais justement – tu commences avec des clients novices que tu peux éduquer. Si je compare à Londres, où je travaille maintenant, c’est une scène déjà underground, les gens vont plus négocier ou ne pas être réglo. A Londres, il y a tellement de monde, tellement de clients. En Suisse, c’est vrai qu’il y a de plus en plus de gens qui veulent être tatoueur·euse·s, c’est vraiment le métier cool en ce moment, mais les shops déjà en place sont bien installés et bien reconnus.

    Grim: Il n’y a jamais eu autant de monde. Tous les jours, nous voyons de nouvelles personnes et le niveau n’a jamais été aussi élevé que maintenant; mais paradoxalement aussi bas, car tout le monde fait du tatouage. Beaucoup de gens apprennent par eux-mêmes et le tatouage amateur peut être très mal fait comme très bien fait: ça dépend de ta rigueur, de ton talent et surtout de ton implication. Mais je pense que c’est problématique, ça ne peut pas continuer comme ça, il y a trop de monde par rapport à la demande. On verra comment ça évolue. Mais évidemment, si tu vas faire ton tatouage sur le canapé du pote de ton cousin, il n’y a pas le même gage de qualité que dans un shop.

    Pourquoi avoir choisi le métier de tatoueur? Qu’est-ce qui vous plaît et vous déplaît dans ce métier?

    Grim: Si tu choisis ce métier, c’est que le dessin te plaît. Pour moi, c’est ça la base du tatouage et le tatouage est une finalité. Donc les avantages, c’est clairement de pouvoir se réveiller chaque matin pour faire ce que tu aimes. Du côté des inconvénients, le seul que je vois, ce serait le fait d’être indépendant·e et de ne pas savoir combien tu vas gagner sur l’année.

    David: La situation d’indépendant·e est très difficile, car en Suisse, on n’est pas très protégé·e. Pour moi, c’est le seul côté négatif de ce métier. Après, comme pour tous les métiers qui découlent d’une passion à la base, on a tendance à ne plus mettre de limite en travaillant tout le temps et ça peut être à double tranchant. C’est-à-dire que l’on peut laisser passer le travail avant les vacances, avant la santé, avant plein de choses. Il faut donc essayer de se réguler, ce qui n’est pas forcément évident.

    Tatoobyjo: Il y a un super podcast, qui se nomme Books Closed. C’est un tatoueur qui prend comme thème les relations dans son couple et effectivement, il aborde ce sujet en disant que le tatouage, c’est extrêmement débordant. Certes tu dois en vivre, mais on pourrait presque plus parler de passion que de métier. Personnellement, j’ai deux enfants et je sais que parfois, je dois faire attention pour conserver du temps pour ma famille. Je pense que parfois l’on peut un peu s’oublier. On pense tout le temps au travail.

    Gaëlle: Ce n’est pas un boulot qui se termine quand tu rentres chez toi. Tu es toujours en recherche d’idées, de comment améliorer tes techniques… C’est comme un apprentissage perpétuel. C’est très prenant. Un autre désavantage, c’est que certaines personnes ne prennent pas ce métier au sérieux en disant: «De toute façon, c’est ta passion, ce n’est pas un travail.» Ils minimisent le travail et ça peut nous créer un syndrome de l’imposteur. Il faut savoir balancer l’aspect passion et l’aspect métier.

    Tatoobyjo: Et puis, on dit tatoueur·euse, mais avant tout, on dessine. Le tatouage, c’est la finalité de quelque chose. Et puis il y a évidemment toute une facette de ce métier qui, comme tous les autres, comporte ces côtés rébarbatifs. Devoir répondre aux mails, gérer son agenda; et dans ces aspects, le métier ressemble à n’importe quel autre.

    Le salon, Rue du Nord 11 à Lausanne

    Comment développer son style en tant que tatoueur?

    Grim: Je pense que ça vient avec le temps. A force de pratiquer, tu choppes ton trait de crayon et au bout d’un moment, tu te retrouves avec quelque chose que l’on reconnaît un peu. Je pense que si tu regardes ce que tu faisais il y a deux ans et que tu fais toujours la même chose, ce n’est pas positif. Il faut continuer à évoluer.

    Hygie: A mon avis, ce qu’on fait aujourd’hui, ça a un rapport avec ce qu’on faisait déjà avant de tatouer. Je pense qu’on est tous et toutes des âmes créatives, avec un passé. On n’a pas commencé le premier jour à tatouer dans un style particulier. Moi par exemple, ce que je fais aujourd’hui, c’est parce que j’ai fait de l’illustration pendant des années. Le style est en rapport avec d’où tu viens, ce que tu aimes, ce que tu faisais avant le tatouage, comment tu as appris à dessiner, à appréhender les matériaux et les médiums.

    Grim: Une différence avec le dessin, c’est que le tatouage vieillit – l’encre vieillit, la peau vieillit et tu ne peux pas tout te permettre. Techniquement, tu pourrais tatouer n’importe quoi et ce serait beau frais, mais il faut penser à comment ça va vieillir. Il y a donc une différence entre ton dessin en tant que tel et ton dessin pour le tatouage.

    Tatoobyjo: Pour moi, ça rejoint ce qui définit un·e bon·ne tatoueur·euse. Savoir que c’est permanent, certes, mais que le tatouage évolue. Il faut avoir une certaine connaissance du corps, qui peut influencer l’interprétation du dessin. Mais tu peux être libre de faire tout autre chose à côté, si tu fais de la peinture ou tout à fait autre chose… De la broderie, de la musique. Tu peux avoir deux styles – un style de tatouage et un style d’autre chose.

    Gaëlle: Et avoir un style ne veut pas dire qu’il faut s’y cantonner. Parfois un client te propose quelque chose qui sort de ta zone de confort, et tu le sens bien, et c’est aussi ça qui te permet d’évoluer.

    Quels sont les rapports entre les tatoueurs et les clients? J’imagine que c’est une certaine responsabilité d’encrer pour toujours un motif sous la peau de quelqu’un.

    Grim: Les premiers tatouages que tu fais sont stressants et prennent des heures, mais ça s’atténue au fur et à mesure de la pratique. Ça dépend aussi du client – si c’est un premier tatouage pour lui, la façon d’aborder le client est différente que si tu as déjà tatoué quelqu’un vingt-cinq fois. C’est vrai que c’est un rapport très intime, tu les touches, tu les marques à vie. En m’étant fait tatouer plusieurs fois aussi, j’ai aussi vécu des séances où je me sentais plus à l’aise que d’autres. La séance de tatouage en elle-même est une expérience.

    Gaëlle: J’essaie de garder à l’esprit les moments où moi je me suis fait tatouer quand je tatoue, qui sont une piqûre de rappel que ça fait mal. C’est vrai que l’on tatoue toute la journée: on sait que ça fait mal mais on a tendance à l’oublier. Les gens auront leur tatouage à vie, tu marques donc ce moment qu’ils ont passé avec toi, car il va se graver avec le tatouage. Après, évidemment, on fait tous et toutes de notre mieux et il y a des jours où ça va moins bien… Mais nous donnons beaucoup d’énergie en tatouant et l’on reçoit aussi beaucoup d’énergie de l’autre personne.

    Tatoobyjo: Je suis d’accord avec Grim. Ça dépend vraiment des clients. A force, on arrive un peu à les comprendre, à les deviner. Et du coup, on s’adapte en fonction; tu sais si ça va être une séance où il faudra plus rassurer le client ou si tu seras très concentré·e, dans ta bulle. Il y a aussi des gens qui n’ont pas envie de particulièrement discuter – on compare souvent notre salon aux salons des coiffeur·euse·s. Un autre point est qu’en arrivant à la fin de la séance, tu vois la personne qui souffre et ce n’est pas vraiment que tu t’en veux, mais tu compatis.

    Grim: Ça, c’est dur. Les séances qui ne se passent pas bien, surtout niveau douleur, sont assez pénibles. Quand j’ai commencé à tatouer, je demandais toutes les cinq minutes si ça allait et les gens me disaient: «Bien sûr que non, je me fais tatouer. Donc arrête de me poser la question.»

    Tatoobyjo: De plus, cette notion de douleur est une information qu’on est incapable de quantifier de manière générale. Mieux vaut peut-être se garder d’en tenir compte. Il y a souvent trois questions que les gens posent lorsqu’ils veulent un tatou: «quoi?», «combien ça coûte?» et «est-ce que ça fait mal?». Pour le quoi, à toi de savoir, combien, ça dépend et si ça fait mal, oui ça fait mal mais ça dépend du seuil de tolérance de la personne. On doit vivre avec mais on est obligé de l’occulter un peu.

    Gaëlle: Certain·e·s viennent avec un bagage émotionnel plus intense. Et ça peut être très beau, quand des gens qui ont eu mal pendant la séance regardent leur tatouage à la fin et on voit qu’ils ont une espèce de joie interne qui vient exploser. Puis ils se retournent et te prennent dans les bras. Il y a une force d’émotion et tu dis que tu fais le plus beau métier du monde.

    Tatoobyjo: Après je pense aussi qu’une chance dans notre salon, c’est qu’on a une clientèle fidèle. Du moment que quelqu’un aime et en a fait un ou deux avec toi, il·elle a confiance en la qualité, que la séance se passe bien. On rentre dans une autre relation. La personne revient, est moins regardante même au titre de projet et vient même parfois choisir un flash tatouage (des idées de tatouages pré-dessinés).

    Comment est-ce que le tatoueur jongle entre les envies du client et son expérience? Comment se concrétise un projet?

    Grim: Vu que nous ne sommes pas dans un street shop, les gens viennent avec des demandes et savent dans quel style tu vas la faire. Pour moi par exemple, j’envoie le dessin à l’avance, mais ce n’est pas le cas de tout le monde. Par exemple, je sais que Gaëlle fonctionne différemment.

    Gaëlle: Je fais déjà beaucoup plus de free hand (faire directement le dessin sur la peau avant d’encrer) mais c’est vrai que moi je n’envoie rien et je montre le dessin le jour du rendez-vous. Puis je prends le temps le jour-même s’il y a des modifications. Si les gens aiment ce que je fais et que leur demande est claire, ça se passe généralement très bien. J’aime bien avoir l’idée un peu du «coup de cœur». Si j’envoie le dessin une semaine à l’avance, il pourrait y avoir trop de réflexion, le·la client·e va se poser dessus, l’envoyer à toute la famille et les amis, et il y aura trop d’avis alors que c’est quelque chose que tu fais pour toi à la base. Ça dépend des tatoueur·euse·s, mais moi je travaille beaucoup sur le spontané et le coup de cœur.

    Tatoobyjo: Selon moi, il y a deux types de clientèles. Nous concernant, les gens ne viennent pas forcément avec une idée de signification derrière leurs tatouages – c’est peut-être quelque chose que les gens font au début, pour leurs premiers tatouages. Il y a un besoin d’être rassuré·e et au final, tu dépasses cela ou c’est peut-être juste une envie d’être tatoué·e – on dit souvent que le tatouage est assez addictif. A partir de ce moment, cette clientèle te laisse plutôt carte blanche, la confiance est acquise. C’est aussi le cas des personnes qui viennent pour la première fois, mais ont l’habitude d’être tatouées, ça roule tout seul. Les gens sont convaincus et il me semble que maintenant, ça se passe de plus en plus comme ça.

    Grim: Pour un premier tatouage, les gens ont souvent besoin d’une signification; mais tu pourrais trouver n’importe quelle signification pour n’importe quel tatouage. Tu peux le relier à n’importe quelle histoire. La signification, c’est plutôt au début et tu dépasses ça au fur et à mesure des tatouages.

    Gaëlle: Moi je ne suis presque pas d’accord. Je me dis qu’on a l’impression que ça n’a pas de signification mais si tu prends du recul sur les tatouages que tu as faits… Même par exemple pour un flash, si tu en vois un et que tu as un coup de cœur, ça veut dire que quelque chose résonne en toi face à ce flash. Pas forcément une signification du style «je le fais pour mes parents», mais quelque chose qui te parle en toi. J’ai remarqué plusieurs fois sur moi que des dessins que j’ai faits n’ont pas forcément de signification, mais il y a quand même un autre processus de réflexion derrière.

    Grim: Mais les tatouages ont aussi une autre signification, peu importe le dessin que tu as… Par exemple, tu te rappelleras que pour celui-ci, tu étais à tel lieu, dans tel état d’esprit. C’est comme un rite de passage.

    Gaëlle: Oui, ça, ça vient par après. La signification vient s’ajouter à ton tatouage et ce n’est pas que de l’esthétisme. Il va résonner en toi par rapport à ta personnalité, tes sentiments de ce moment-là. •

    Retrouvez leur travail sur @leparloirtattoo

    Propos recueillis par Fanny Cheseaux

  • Fin de saison chargée pour le LUC floorball

    Alors que le monde sportif souffre des conséquences de l’épidémie de coronavirus et que pléthore de matchs professionnels se voient joués à huis clos, la saison du club de floorball du LUC n’est de loin pas terminée.

    Une cinquantaine de spectateurs alignés sur des bancs font face à une rangée de joueurs procédant à l’appel, dans la salle SOS-1 du centre sportif de Dorigny. En ce samedi 29 février, les supporters s’apprêtent à assister à l’ultime rencontre du championnat de 2e ligue masculine de floorball. Pour les unihockeyeurs du LUC, le match n’a que peu d’enjeu: ils finiront au mieux en quatrième position et manqueront de justesse la qualification pour les playoffs. Par contre, leurs opposants bernois, l’UHT Eggiwil II, peuvent éviter la relégation en cas de victoire. Ces derniers, malgré l’importance de la confrontation, peinent à créer l’illusion; ils sont déjà menés 5-1 au terme du premier tiers-temps. La supériorité technique de leurs adversaires crée graduellement la différence. La seconde réussite bernoise durant un power-play, à la fin du deuxième tiers-temps ne permet même pas d’envisager une remontée au score, l’écart étant déjà trop important (9-2). Les Bernois n’arrivent pas à exploiter leur nombre deux fois plus important de remplaçants (les Lausannois en ont 8) et les universitaires s’imposent finalement 12-2.

    Du côté M21

    Si les Lausannois comptent peu de remplaçants, c’est parce que leurs jeunes joueurs sont allés consolider l’équipe M21 pour leur dernier match de championnat afin de préparer un événement capital: le tour de barrage pour monter en niveau B. Il y a deux ans, l’équipe était encore au niveau D, la ligue la plus basse; elle pourrait ainsi vivre une seconde promotion successive. «Le championnat de floorball est dominé par les suisses allemands; il n’y a aucun club romand dans les ligues A et B. C’est ce qui rendrait cette qualification aussi exceptionnelle», souligne Stéphane Billeter, vice-président du club. Le chemin requis pour espérer une promotion est cependant ardu: «Le premier tour se jouera au meilleur des trois matchs contre l’équipe ayant remporté l’autre groupe de niveau C. En cas de victoire, nous aurons une seconde confrontation au meilleur des cinq matchs contre l’équipe de niveau B risquant d’être reléguée. La saison de nos joueurs est donc considérablement rallongée», ajoute Kevin Franco, responsable de la communication du club. Une autre équipe du club, les M16, essaiera aussi de monter dans un groupe supérieur. Les M16 ont perdu sur le fil en prolongations (7-6) leur premier match de promotion ; les M21 ont eux remporté leur premier duel 7-6, aussi après prolongations. Le deuxième acte du tour de promotion aura lieu le samedi 14 mars à 10h à Dorigny pour l’équipe M16, et à 16h à la salle du Vieux-Moulin (Lausanne) pour les M21. Pour ces deux rencontres, les organisateurs voient grand et ont prévu de monter des gradins pouvant accueillir cent-dix spectateurs.

    Killian Rigaux

  • Photographie

    Photographie
    Océane Lepre, photo tirée d’un projet sur les agressions sexuelles.

  • Errance sylvestre

    Errance sylvestre
    Embrasse les siècles, polaire Esprit.
    l’épopée reste gravée dans mes évasions
    Imrahil Eärendur Shagrat
    Voici l’Utopie de ceux qui s’attardent.
     
     
    nos âmes épargnent les vies aux seigneurs vétustes
    héros sénéchaux ostrogoths 
    « Vie antérieure au temps fractionné. »
    la voie est close pour tes païens
     
     
    Marach Zimrathôn Umbardacil, rassasiez vos palpitations 
    l’Utopie de ceux qui demeurent 
    est à vous, mon Amour
    fulgurantes évocations tant de rêves organiques
     
     
    peupliers de Fangorn et Druàdan rassemblez
    les serments    des étourdissements
    Mousse bruisse et froisse nos charmes ancestraux
    demain l’énigme percera l’immortalité et les eaux de la Résurgence
    - que puis-je contre l’hardiesse de la communauté ?
     
     
    Tata Amon Hen, Amon Hen Haleth Hàma
    brumeux Idéal de porphyre – laissez-moi…
    Vous seul le pouvez, Eminence
    soulevez vos sveltes encensoirs  conservons l’espèce
     
     
    Il existe, le chemin du sacrifice.
    l’effritement de lignées sous hypnose
    magiciens des ruines, languir, elfes d’Orient
    dites seulement une parole
     
    une parole
     
    et je serai embrasé
     
     
    Pimpernel Ecthelion I Carcharoth, rentitissez, feuillages 
    les Havres gémissent
     
    à l’horizon le rêve du silence
    aventure d’ambroisie où le délice contamine
     
     
    Une nouvelle aube perce votre épave, Excellence.
    comme moi, la conscience du Temps linceul déshérité vous a ranci
    puisse le vaisseau cicatriser le bijou 
    Onirisme des gloires 
     
     
    Rhudaur Pinnath Nivrim, imaginez
    Imaginez.
     
    tel précipice
     
                l’amour immémorial
    au service de votre clémence
     
    - j’éprouve vos Arcanes et vos naufrages
    les Temples des hommes trépassés
    mes marécages me bouleversent
    Elégie  oh  l’accalmie de belligérance
    carcasses valeurs et pantelances
    Prenez ma main, Monseigneur.
    Je possède vos tendres vertiges
     
    Pelargir Sorontil: la chimère
    Sylve des rois, bois des élégants 
    émousse le songe de ceux qui restent.

    Aline Scherer

  • L’IMAGINATION

    L’IMAGINATION
    Par petits ruisseaux tu coules
    Dans les interstices de mes envies tu fuis
    Assoiffée tu t’échappes, sans effort
    Par sauts de mante, sans même que l’on n’ait cherché à te lancer
    Lorsque j’essaie de te brider
    Lance-pierre 
    Tu me nargues
    Tu t’en fiches
    Tu ris 
    Tu construis mes intrigues, sans dépendre ni de mes demandes ni de ma fatigue
    Sans limite sauf celle de mes convoitises
    L’ultime 
    Sans fin
    Sans fond
    Inlassable répétition 
    Comme au théâtre je peux m’asseoir
    Observer tes images
    Tourner des centaines de pages, toujours les mêmes phrases
    Sans toi je ne sais pas
    Je n’ai jamais cherché à te fuir
    Je te laisse, gambader 
    Machine en route
    Parfaitement autonome
    Parfois tu m’épuises
    Tu m’écrases avec tes vouloir
    Tu me pousses à viser toujours mieux, haut 
    Plus
    Fort
    Autre 
    Tu me frustres
    Indocile 
    Je te jette et te réclame de te taire
    Tu me comprends
    Alors tu fais semblant
    T’évanouis
    Pour un temps
    Mais tu reviens, par le même chemin
    Tu es mon chien, ou je suis le tien
    Puis 
    Tu finis par me faire sourire
    Et par me dire
    Pourquoi sans l’imagination ?
     
    Mais moi avec toi 
    C’est ta belle guerre sans le hasard

    Julianne Piergiovanni

  • Au-delà des mots

    Au-delà des mots

    Assis devant moi, ton verre, la table, notre distance comme rempart, j’essaie de t’atteindre. Un coup de téléphone hier m’a appris que ça n’allait pas fort. Fort de mon statut d’amis, te voir et t’écouter, mon programme. 2h plus tard, pas un mot, je suis à des lieues de te rejoindre. Tentative de te faire accoucher, questions frontales « comment ça va? », « qu’est-ce qui ne va pas? », et c’est ton verre que tu prends. « Hier ça n’allait pas fort, tu veux en parler » et c’est tes doigts qui s’agitent. « J’aimerais t’aider », rien n’y fait, toujours pas un mot. 

    Alors j’observe s’écrire devant moi une partition qu’il me faut décoder. 

    Tes yeux qui se baissent, ton doigté nerveux accéléré, ce léger frémissement du coin de ta bouche, la sueur coule alors dans MON cou, et si je faisais fausse route ? Je réalise qu’il ne manque plus que la lampe pointée sur toi. Plus de doute, je sais qui je suis, en cet instant précis fourvoyé jusqu’au bout, je me vois mener avec stupeur un interrogatoire acéré. Qu’est-ce qui m’a pris ? Forte de mes motivations empathiques doucereuses, voilà que j’ai coiffé le képi. 

    Soudain, je sors de ma rêverie, la cloche au-dessus de la porte vient de sonner et le courant d’air glacé qui s’est glissé entre mes pieds me confirme que nous ne sommes plus seuls dans ce café. Habillée de noir, l’impromptue, une femme, s’assoit à côté de moi. A peine rétabli du choc de sa soudaine proximité, je l’entends me dire : « Je te rencontre enfin », « après tout ce temps », « mon nom est détresse », « je connais ton ami », « regarde je vais te montrer qui je suis ». Puis elle me touche le bras. Comme en réponse à ces quelques mots, mes sens se mettent à s’affoler. Je vois trouble, mon pouls s’accélère, une noirceur m’envahit. Je rouvre les yeux et je ne suis plus dans ce café, tout ce qui m’entoure n’est que désolation, pas d’arbuste, la terre est grise, à l’horizon je ne fais plus la différence entre elle et le ciel assombri, les éléments semblent se noyer entre eux. Soudain, je réalise que le sol glisse, m’entraînant avec lui. J’ai peur. Alors s’amorce ma descente, dans une tentative vaine de m’en sortir, je cherche quoi que ce soit, une touffe, un caillou, une racine, à laquelle m’accrocher, mais rien, seule la chute comme possibilité. Le trou se creuse, ma terreur augmente. Je veux crier mais aucun son ne sort de ma bouche, c’est comme si la terre y était entrée, tout ce que je sais c’est que je vais étouffer. 

    Alors je suis projeté à nouveau dans le café. Je me retrouve assis sur ma chaise, le temps semblant ne pas s’être écoulé. Je lève les yeux, mon ami est là, elle, n’est plus là, rien ne semble avoir bougé. Tout-à-coup, la cloche de la porte sonne, comme un fouet qui me ramène tout-à-fait. M’attendant à la revoir, je suis surpris quand je ne vois qu’une équipe d’écoliers s’engouffrer dans le café. 

    J’ai besoin de comprendre, qu’est-il arrivé après que détresse m’ait touché le bras ? 

    Me voyant désemparé, mon ami prononce alors ses premiers mots : « Qu’est-ce qui ne va pas? » et c’est mon verre que je prends. « Ça n’a pas l’air d’aller fort » et c’est mes doigts qui s’agitent. Je ne sais comment en parler, raconter ne fait pas sens, je refuse de devenir une conteuse macabre et de revivre en paroles ce qui vient d’arriver. Mon corps convulse, mes yeux se baissent, ma bouche frémit. Comment mettre des mots s’ils ne sont pas ? Comment mettre des mots s’ils ne sont pas ? Comment mettre des mots s’ils ne sont pas ? Cette question se martèle en moi. Comment mettre des mots s’ils ne sont pas ? Je lève les yeux et les re-baisse aussitôt, éblouis par une lampe frontale, mon ami porte un képi. Je comprends alors finalement, la détresse ne se communique pas, elle se vit.

    Nathalie Schmid

  • Lutte

    Lutte

    Que peut-on espérer contrôler, lorsque notre champ d’action direct se limite à une périphérie dont le rayon est égal à la seule longueur de notre bras ? Que peut-on espérer accomplir, quand notre maladresse n’a d’égale que notre timidité ? Ajoutons à cela la stupidité et la connerie humaine… On a là un fameux cocktail ! L’argent, la gloire, le status social, la popularité ? On a meilleur temps de s’en foutre.

    Mais qu’en est-il de cet examen redouté depuis des mois ? Et ce nouveau job tant convoité ? Trouver la tranquillité, garantir sa sécurité, partir à l’aventure… Établir une relation de respect et de confiance avec cet homme ou cette femme ayant su faire chavirer notre cœur… Construire une amitié sincère… Peu importe ce que nous visons à obtenir ; comment peut-on parvenir à accomplir une seule de ces choses, si nous ne pouvons totalement contrôler notre propre vie ? 

    Comment peut-on espérer un avenir lumineux lorsqu’autour de nous, beaucoup ne paraissent pas satisfaits ? Des génies de puissante renommé mondiale tels qu’Einstein ou Mozart ont tous subi des échecs dans des situations où ils étaient dépassés. Comment peut-on espérer pouvoir parvenir à quelque chose ? La vie est remplie de tant d’obstacles… De même nous serions en train de nous battre avec une hydre aux multiples têtes : dès que nous en coupons une, deux autres réapparaissent à sa place. L’évidence de l’impossibilité grandit quant au fait de s’imaginer une vie sans aucune contrainte, où tout irait de soi. Où les problèmes se résoudraient forcément, et où les compagnes et compagnons se comprendraient aisément. 

    Évidemment, même si une telle vie pourrait sembler ennuyeuse en prime abord, n’est-elle pas également attractive ? Pour les personnes préférant éviter les problèmes d’ordinaire, quel paradis cela serait ! Alors que lutter constamment pour ce que nous désirons nous apporte peut-être plus de souffrances et de complications que si nous renoncions à nos désirs, à nos tentations, à nos rêves… Après tout, savoir lorsqu’une cause est perdue est une force. Jadis, elle permit à de nombreux soldats de conserver la vie, lorsque leurs généraux étaient assez avisés pour voir que la bataille était échouée d’avance, et qu’ils surent choisir la retraite plutôt que le suicide.

    Pourquoi lutter ? Pourquoi ne pas choisir la retraite ? Ne serait-ce pas la voie la plus facile ? Bien sûr que oui ! Cependant, il faut parfois se battre, même pour les plus dociles et les plus pacifiques d’entre nous. Car, pour rester dans notre exemple des guerres rapportées par les historiens, s’engager dans un combat difficile est certes risqué, mais il peut s’avérer déterminant pour une plus grande bataille. L’être humain n’est pas fait pour renoncer à ses rêves les plus chers. Car ce faisant, il en souffre. C’est tout simplement dans notre nature. Aussi, le renoncement devrait se faire uniquement si la souffrance endurée devenait inférieure à celle provoquée et subie en continuant, voire en réussissant.

    La solution serait de cibler distinctement nos objectifs. De cette façon, nous pouvons lâcher prise sur ceux qui ne sont pas si importants au final. En revanche, si nous faisons face à ce qui nous tient le plus à cœur, ou que nous possédons de plus cher, il est de notre devoir de nous battre pour le défendre. À la fois pour nous-mêmes, mais aussi pour donner l’exemple. 

    Si un jour, on me posait la question : « comment fait-on ? », je dirais qu’il faut fournir l’effort, persévérer, faire preuve de ténacité et de détermination. Et si à cela on relançait : «Oui, mais comment y parvient-on ? », je répondrais qu’on ne peut qu’essayer. Il faut se jeter à corps perdu. Et pour ça, il faut se lancer.

    Alessandro Cuozzo Vilá