• Tuées par le patriarcat

    Tuées par le patriarcat

    ©Jessica Jaccoud

    FÉMINICIDES • L’auditoire s’est rendu au Palais fédéral à Berne, où Mme Jessica Jaccoud, avocate et conseillère nationale, a partagé son analyse politique et juridique sur les féminicides. Le Prof. Philippe Delacrausaz, médecin-chef et directeur de l’Institut de psychiatrie légale du CHUV, a apporté son éclairage sur les mécanismes derrière ces violences.

    La conseillère nationale, Mme Jaccoud, nous éclaire sur la définition du féminicide et son cadre juridique.

    C’est quoi un féminicide?

    Aujourd’hui il n’y a pas de définition légale du féminicide, ce sont essentiellement les sciences sociales qui apportent des définitions, donc il est important de savoir ce à quoi on se réfère. Il faut à mon sens comprendre le féminicide comme un crime de propriétaire et c’est vraiment celui d’un homme qui agit par une motivation de l’ordre de la domination pour atteindre directement une femme parce que précisément celle-ci est une femme et que son rôle, sa place dans la société, est défini par les règles du patriarcat. Donc cela impose vraisemblablement une relation de couple, mais pas seulement. On peut également imaginer par exemple le fait qu’un homme qui assassine une prostituée, précisément parce que c’est une travailleuse du sexe, comme entrant dans la définition du féminicide.

    Le féminicide est-il un terme officiel?

    L’officialité ne dépend pas de l’inscription dans le code pénal. On peut avoir des termes qui sont utilisés dans des communiqués de presse par exemple et qui ne sont pas dans le code pénal. En revanche, ce qui est vrai c’est que le féminicide n’est pas une infraction en tant que telle. Le code pénal va parler soit de meurtre, donc le fait d’ôter la vie à quelqu’un de manière intentionnelle. Il peut y avoir aussi l’assassinat, qui est un homicide avec une absence particulière de scrupules, donc une version punie plus sévèrement que le meurtre.

    Selon vous, c’est important d’appeler ces crimes un féminicide plutôt qu’un homicide?

    On ne peut combattre que ce qui est dit et défini, et les féminicides répondent à des logiques assez différentes de celles d’un homicide classique. Il est absolument essentiel de pouvoir les identifier, d’utiliser les bons mots, parce que ça permet d’une part de sortir de la sphère domestique des crimes qui doivent être compris comme une problématique publique et avoir des réponses collectives.

    «Aujourd’hui il n’y a pas de définition légale du féminicide»

    Jessica Jaccoud, avocate et conseillère nationale

    Et puis c’est également le seul moyen de mettre en avant les mécanismes qui conduisent à ces types d’homicides pour que nous puissions mettre en place des outils pour les limiter. En gros, si vous souhaitez mettre en place des mesures pour limiter les passages à l’acte, vous ne faites pas la même chose pour limiter les homicides dans le monde de la criminalité, commis majoritairement par des hommes contre des hommes, que les mesures que vous mettez en place pour limiter les féminicides. Ils ne répondent en effet pas à des logiques similaires.

    Comment expliquer que le féminicide ne soit toujours pas inscrit dans le code pénal?

    Déjà parce qu’on vit dans une société qui, jusqu’à il n’y a pas très longtemps, considérait qu’on pouvait tuer par amour. Pendant longtemps, l’amour et la passion étaient considérés comme des sentiments qui expliquaient ou qui excusaient les actes qui pouvaient conduire jusqu’à la mort. Je pense que c’est intégré de manière très profonde dans nos sociétés, avec Roméo et Juliette et d’autres mythologies qui lient cette idée de mort avec la passion amoureuse. On peut aussi se rappeler la manière dont le meurtre de Marie Trintignant par Bertrand Cantat a été traité médiatiquement. À l’époque, les médias ne parlaient que de crime passionnel. Puis, sur le plan du code pénal, beaucoup d’auteur·ices s’opposent à l’inscription du féminicide car elle serait selon eux·elles une entrave au principe d’universalité du droit.

    Pensez-vous que le féminicide va être un jour inscrit dans le code pénal?

    Je ne sais pas quand le Parlement sera prêt à franchir ce pas. Mais pour être parfaitement honnête, l’inscription du féminicide dans le code pénal n’est pas la solution miracle qui permettra de résoudre la problématique. Je milite vraiment pour une approche holistique, pour une prise en compte d’une multitude de mesures structurelles pour limiter les féminicides. La seule inscription du féminicide dans le code pénal ne suffira pas en soi à éradiquer ce fléau.

    «On ne luttera pas contre les féminicides sans injecter énormément d’argent»

    Jessica Jaccoud, avocate et conseillère nationale

    Et je vous prends un exemple: l’Italie de Giorgia Meloni a inscrit le féminicide dans le code pénal. Je doute très honnêtement de la volonté politique d’un gouvernement d’extrême droite d’agir sur les féminicides, alors que d’autres mesures avec beaucoup plus d’effets, comme des mesures structurelles et de prévention, ne sont, elles, pas intégrées au dispositif italien.

    Est-ce que pour vous le cadre légal actuel permet de protéger ces victimes?

    Non, le cadre actuel fédéral est tout à fait lacunaire. Les campagnes de prévention sont sous-dotées. Il n’y a aucune obligation pour les cantons, par exemple, d’avoir des brigades de police spécialisées ou des procureurs spécialisés. Il n’y a aucune norme minimale de places d’hébergement pour les femmes et leurs enfants dans les cantons. J’en suis convaincue, les dispositifs légaux, réglementaires et budgétaires sur le plan fédéral et cantonal sont clairement insuffisants.

    Avez-vous, en tant qu’avocate, constaté une évolution du phénomène?

    Les statistiques vaudoises sont très éclairantes: le nombre de plaintes, dénonciations, instructions, appels à la police pour des violences dites conjugales sont en augmentation. Je pense qu’il y a deux phénomènes: en facilitant l’accès à des mesures de protection, on a fait sortir du huis clos certaines situations qui sont aujourd’hui visibles dans les statistiques alors qu’elles ne l’étaient pas avant. En parallèle, je pense aussi que nous sommes dans une période où la violence masculine est plus forte et plus importante, exacerbée notamment par les mouvements masculinistes sur les réseaux sociaux et par le backlash . Il y a vrai risque de radicalisation. Je suis très inquiète du retour en arrière que l’on est en train de vivre, de la résurgence de mouvements comme les tradwives, de l’apologie de la violence comme étant un mode de communication au sein du couple, de la domination masculine, etc. Pour moi, ce sont des signaux plutôt inquiétants qui montrent qu’on doit vraiment apporter des mesures structurelles pour lutter contre ce fléau.

    Qu’est-ce qu’on peut faire pour prévenir les féminicides?

    Pour la prévention des féminicides, il y a toute une série de mesures structurelles qui doivent être prises. Il doit y avoir bien évidemment des formations spécifiques pour tous·tes les acteur·ices de la chaîne pénale: les policier·ères, les procureur·es, les juges, les avocat·es, etc. La réalité, il faut en être absolument conscient·e, c’est qu’on ne luttera pas contre les féminicides sans injecter énormément d’argent dans cette lutte, notamment pour les mesures de prédiction des risques, de protection des victimes et de suivi des auteurs. Aujourd’hui, le Parlement suisse est prêt à débloquer des milliards en faveur de l’armée pour «la sécurité du pays». Moi, j’appelle le Parlement à débloquer des centaines de millions pour garantir la sécurité de la moitié de sa population, c’est-à-dire la sécurité des femmes. On doit créer aujourd’hui les outils pour développer une politique féministe de la sécurité en Suisse.

    Mais finalement, pourquoi les hommes tuent-ils les femmes?

    Le Prof. Delacrausaz nous éclaire à présent sur les mécanismes et les conditions dans lesquelles les féminicides prennent place.

    Selon lui, il est «plutôt rare de trouver des troubles psychiatriques avérés chez les auteurs de ces crimes. Ce qui rend la prévention difficile est qu’il n’existe par ailleurs pas forcément d’antécédents de violence auparavant». Il affirme que la plupart du temps, les auteurs ne présentent «aucun antécédent psychiatrique mais à un moment donné, il survient quelque chose d’insupportable dans la relation. Souvent, l’insupportable, c’est la séparation, la rupture, mais parfois c’est pour des questions de jalousie ou pour des aspects de possession et de domination que la violence surgit. C’est pour cela que le moment de la rupture est connu comme un moment à risque. Ce n’est pas forcément le moment de l’annonce de la rupture, mais plutôt le moment où il y a une prise de conscience du caractère inéluctable de la séparation. Il existe, d’autre part, un schéma, bien connu, de violences antérieures qui peuvent aller en s’aggravant et qui peuvent conduire jusqu’au meurtre mais ce n’est qu’un des scénarios possibles pour en arriver là.»

    «Le moment de la rupture est connu comme un moment à risque»

    Prof. Philippe Delacrausaz, directeur de l’Institut de psychiatrie légale du CHUV

    Pour lui, «une forme extrême de domination se manifeste notamment par ce qu’on appelle la relation d’emprise, ou ce qu’on appelle aussi aujourd’hui le contrôle coercitif. Il va y avoir une non-prise en compte de l’autre dans son altérité et une non-capacité à prendre en compte les besoins ou les désirs de l’autre, parce que seuls ses propres besoins ou ses propres envies comptent finalement. L’autre n’est alors pas vu·e comme un·e égal·e dans la relation mais comme un objet à disposition.»

    À travers ces échanges, nous comprenons que les féminicides, bien qu’ils ne disposent pas encore d’un statut officiel, notamment sur le plan juridique, ne relèvent pas de faits divers isolés liés à des troubles individuels ou psychiques. Ils s’inscrivent dans un contexte patriarcal et trouvent leurs causes dans des mécanismes systémiques. L’année 2025 s’annonce particulièrement sombre, puisque nous comptons déjà davantage de féminicides que l’année dernière. Il est donc essentiel de continuer à s’emparer de ce sujet, de le dénoncer, afin que les violences faites aux femmes soient pleinement reconnues, sanctionnées et, surtout, qu’elles cessent une fois pour toutes.

    Propos recueillis par Jéssica Sousa

  • Le monde de demain

    Le monde de demain

    SCIENCE-FICTION • V pour Vendetta, Farenheit 451, Ghost in the Shell… La science-fiction, depuis ses débuts, n’a eu de cesse d’interroger: quel sera le monde de demain?

    Désastres environnementaux et pandémies incontrôlables; censure et totalitarismes montants; surveillance de masse et peur de l’Autre; technologies dérivantes et libéralisme effréné; citoyenneté asphyxiée et libertés enlevées… Aux siècles précédents comme aujourd’hui, la science-fiction s’est toujours érigée en miroir des dérives sociétales et de nos peurs les plus rampantes. Trop souvent déconsidérée, la science-fiction ne s’adresse pourtant pas qu’aux amateur·ice·s du genre. Entre dystopies et utopies, ces mondes imaginaires nous conduisent à cette question, terrifiante, bouleversante: et si ce futur était déjà en marche?

    Si ce monde vous déplaît

    Ce sont ces questionnements qu’aborde Si ce monde vous déplaît, un podcast créé par la Maison d’Ailleurs, le musée de la science-fiction, de l’utopie et des voyages extraordinaires situé à Yverdon-les-Bains, en partenariat avec l’Unil. De Fahrenheit 451 à V pour Vendetta, en passant par Ghost in the Shell, Soleil Vert et d’autres classiques de la science-fiction, le podcast aborde en dix épisodes des sujets aussi vastes que le genre lui-même.

    «Et moi, dans mon monde à moi?»

    Marc Atallah

    Chaque épisode analyse une oeuvre majeure et invite un·e chercheur·euse de l’Unil à les questionner. Le but? Décrypter les visions plurielles que nous offrent ces oeuvres, grâce auxquelles nous pouvons méditer sur notre présent et les directions possibles que peuvent prendre nos sociétés. «Une des fonctions de la fiction, et ça marche particulièrement bien pour la science-fiction, c’est d’être capable de nous décentrer. Comme je vis une autre vie, je peux inspecter autrement ma propre vie», nous dit Marc Atallah, directeur de la Maison d’Ailleurs et hôte principal du podcast. Que ce soit au travers de Montag, V, ou encore le major Kusanagi, l’on se pose à la place des protagonistes et l’on s’interroge: et si j’étais à leur place? Et si leur monde est en fait le mien? «La science-fiction a vite tendance à inverser les choses», expose Marc Atallah. Dans Fahrenheit 451 de Ray Bradbury, par exemple, on appelle pompiers ceux qui brûlent les livres. Dans cette société, les pompiers protègent la population de la dissidence, de la liberté. «Le·la lecteur·ice qui sort de Fahrenheit 451 doit se rendre compte que ces pompiers protègent la société de la prise de conscience que le bonheur promis est factice. Et logiquement l’étape d’après c’est de se demander: et moi, dans mon monde à moi?»

    Consommer, divertir, bousculer

    De telles oeuvres nous rappellent, de temps en temps, de prêter attention à notre consommation personnelle de contenu médiatique: «Dans ce que je consomme, est-ce qu’il y a la place pour la dissidence, pour la révolte, pour la critique, pour la faculté de jugement?» interroge Marc Atallah dans Si ce monde vous déplaît. Les meilleures oeuvres de science-fiction bousculent, interrogent, bouleversent, dérangent, chamboulent. Et comme le rappelle le professeur Faber dans Fahrenheit 451, «Les livres sont faits pour nous rappeler quels ânes, quels imbéciles nous sommes. Ils sont comme la garde prétorienne de César murmurant dans le vacarme des défilés triomphants: Souviens-toi, César, que tu es mortel».

    Méribé Estermann

  • La Collective, prologue

    La Collective, prologue

    Photo : La Collective

    DIVERTISSEMENT • Au sein de la vie nocturne lausannoise, un groupe horizontal propose des soirées accessibles, inclusives et vibrantes dans un environnement aussi safe que possible. La Collective utilise l’art et la fête comme voie d’un activisme queer et anticapitaliste.

    Un entretien avec Argenta, de son prénom Seb, apporte un éclairage quant à la manière dont certaines entités sont actrices sur la scène lausannoise et ses environs. Argenta fait partie de La Collective qui, comme son nom le suggère, est un collectif d’ami·e·s ayant comme points communs un activisme queer et une passion pour la musique house. Cet ensemble de quatre DJs et d’une compositrice visuelle crée ou accompagne des soirées qui affichent des valeurs queers, féministes ou encore anticapitalistes. Le contexte de fête peut ainsi être vecteur de plaisir mais aussi de visibilité et de partage concernant plusieurs thématiques.

    Un souffle de diversité dans la ville

    À Lausanne, une grande partie de la vie nocturne est organisée par quelques grandes entités commerciales qui se répartissent les lieux, les programmations et le personnel. Le monopole amenant toujours un risque d’homogénéisation, la vie nocturne de la région a récemment perdu en diversité ainsi qu’en dynamisme. La Collective est quant à elle née hors des clubs et s’est développée au cœur d’une scène consciente des enjeux de diversité. Elle effectue notamment un travail de digging afin de découvrir et d’utiliser des musiques d’artistes mixtes. Cette action permet de rappeler la politisation de certains styles musicaux développés par des minorités racisées ou de genre. Ayant comme dénominateur commun musical la house, les membres de La Collective mobilisent différents styles et influences qu’il·elle·s font communiquer dans une esthétique unique, sensible et consciente.

    Un lien entre l’activisme et la musique

    Les objectifs de La Collective ne sont pas d’atteindre une grande renommée musicale ni de publier un manifeste politique. En revanche, il semble important pour ce groupe que le milieu artistique se diversifie davantage et tende vers des aménagements plus respectueux envers les personnes qui y participent. Ce changement nécessite une mobilisation à plusieurs niveaux organisationnels afin de rendre les espaces de partage sûrs et inclusifs. Par conséquent, Argenta propose quelques pistes de comportements adoptables en tant que public afin d’agir en ce sens. Il est important de se renseigner sur les personnes qui se produisent afin de favoriser les artistes possédant des valeurs en adéquation avec celles du public. Favoriser les circuits courts, les scènes locales et les artistes de diverses envergures permet d’éviter la reproduction de certains schémas dominants de la société. Il est important de se renseigner sur les comportements à adopter en soirée afin d’éviter ou de résoudre d’éventuelles situations problématiques.

    L’actualité et les productions de La Collective sont accessibles sur Soundcloud et Instagram. De plus, La Collective proposera prochainement un podcast musical diffusant des créations d’artistes minutieusement sélectionné·e·s.

    https://www.instagram.com/tu.aimes.lacollective/

    Dominique Chéret

  • Candidat·e·s aux Fédérales

    Candidat·e·s aux Fédérales

    POLITIQUE • Benjamin Meuwly, Romane Benvenuti, Léa Pacozzi et Elouan Indermühle font partie des 1942 candidat·e·s romand·e·s à s’être lancé·e·s dans la course aux élections fédérales. Alors que les partis de jeunesse ne récoltent qu’un nombre limité de suffrages, L’auditoire s’est demandé quelles étaient les motivations de ces politicien·ne·s encore aux études.

    Dans un Parlement suisse où la moyenne d’âge est à 51 ans à la Chambre basse et 57 ans à la Chambre haute, il est légitime de se questionner sur la présence, dans le pays, de jeunes adultes engagé·e·s en politique. Pourtant, ils·elles sont motivé·e·s. Les quatre candidat·e·s au Conseil national définissent tous et toutes leur section — les Jeunes UDC, les Jeunes Vert·e·x·s, la Jeunesse socialiste et les Jeunes Libéraux-Radicaux — comme indépendante et proche idéologiquement du parti mère, mais… ils·elles osent aller plus loin. C’est un calcul politique, selon l’UDC Elouan Indermühle. En effet, comme les listes électorales des Jeunesses sont sous-apparentées, les voix sont reportées à la branche principale du parti. Les propositions plus clivées permettent ainsi de ratisser plus largement dans l’échiquier politique. Par exemple, la Jeunesse socialiste vaudoise défend la lutte contre le capitalisme — défini par Léa Paccozi comme «un système de surconsommation, de surproduction», avec l’enrichissement des plus riches — et la décroissance, plutôt que de «trouver des solutions alternatives pour continuer dans le même système», explique-t-elle.

    Un apprentissage politique

    Si les Suisses de 18 ans à 30 ans représentaient 18% de la population fin 2019, seules deux personnes de cette tranche d’âge sont présentes au Parlement. «C’est un peu impossible, d’être élu en tant que jeune», reconnaît Benjamin Meuwly. Cependant, il s’agit d’apporter de «la visibilité pour les idées qu’on porte, pour soi-même». Le Jeune PLR, tout comme Elouan Indermühle, mentionnent l’enjeu formateur de la campagne électorale.Dans un champ politique majoritairement âgé et masculin, prouver sa légitimité s’avère parfois difficile. Pour contrer les «barrières dans nos têtes», la socialiste Léa Pacozzi précise que l’opinion des jeunes adultes intéresse les plus âgé·e·s. «Voter pour les jeunes, ce n’est pas voter pour des gens qui ne sont pas capables», ajoute Benjamin Meuwly. Le libéral-radical rejette la corrélation entre le manque d’expérience et la compétence.

    Au sein de l’UDC, Elouan Indermühle indique qu’il est difficile d’«être convaincant·e·s» lorsque l’on est jeunes. Au contraire, chez les socialistes ou les écologistes, «on essaie de gommer un maximum l’âge» pour valoriser «la volonté et l’engagement, ce qui est très louable chez les partis de gauche», explique le Lausannois.

    Mobiliser la nouvelle génération d’électeur·rice·s

    La participation électorale des jeunes est une préoccupation pour les politicien·ne·s interrogé·e·s. «Ça me désespère un peu», souffle Romane Benvenuti. Pour contrer ce phénomène, la Verte a la volonté de mobiliser son entourage ou les passant·e·s afin «qu’un maximum de gens votent pour les enjeux» qu’elle considère importants.

    Portrait Etudiant·e·s

    Lea Pacozzi 23 ans

    En passe de terminer son Master en administration publique à l’Université de Lausanne et ancienne co-présidente de la Fédération des Associations d’étudiant·e·x·s (FAE), elle s’est battue durant la pandémie de Covid-19 pour les enjeux liés aux étudiant·e·s, avant d’intégrer l’Union des Etudiant·e·s Suisses (UNES). Son adhésion au PS en a résulté afin de continuer à défendre les valeurs sociales, notamment dans la commune d’Epalinges où elle a été élue conseillère communale.

    Romane Benvenuti 21 ans

    Fraichement diplômée d’un Bachelor en sciences sociales, Romane Benvenuti s’est également engagée en politique en automne 2020. Si les enjeux sociétaux ont toujours capté son intérêt, son penchant pour la politique a surtout fleuri après son adhésion aux Jeunes Vert·exs – un «parti de jeunes qui se bat pour son futur parce qu’il craint l’urgence climatique» – et son élection au conseil communal de Lausanne.

    «Voter pour des jeunes, ce n’est pas voter pour des incapables»

    Benjamin meuwly

    Les personnes les plus mobilisées ne seront pas impactées par «le réchauffement climatique ou toutes les crises politiques qu’on va subir», indique-t-elle en référence au taux de participation électorale élevé des retraité·e·s. Benjamin Meuwly, pour sa part, spécifie qu’il préfère encore «que les gens votent pour quelqu’un d’autre» que lui à la place de ne «rien faire du tout». Selon lui, «il faut oser exprimer son avis, ses idées». Voter permet également de se positionner face aux injustices, considère Elouan Indermühle. Si les jeunes ne souhaitent pas participer, ils·elles ne peuvent pas se plaindre «que la Suisse va dans une certaine direction», estime-t-il.

    En cas d’élection, car «rien n’est impossible en démocratie», sourit Benjamin Meuwly, chaque candidat·e souhaite porter ses idées et ses valeurs sous la Coupole fédérale. Pour l’étudiant en lettres, trois points du programme des JLR vaudois le touchent particulièrement. Il s’agit tout d’abord de réhabiliter le nucléaire pour la transition énergétique, afin de «se débarrasser des énergies fossiles». Il désire éviter que les couples mariés perçoivent plus d’impôts que les concubins, en instaurant l’imposition individuelle. Son troisième cheval de bataille est la légalisation du cannabis, pour permettre d’engendrer des revenus à l’État grâce aux taxes, mais aussi de protéger les consommateur·rice·s. La Jeunesse socialiste vaudoise se concentre sur quatre thématiques: l’immigration, l’écologie, le pouvoir d’achat et le féminisme. Les deux derniers points cités sont ceux où Léa Pacozzi se retrouve le plus.

    Portrait Etudiant·e·s

    Benjamin Meuwly 22 ans

    L’étudiant en lettres à l’Université de Lausanne a rejoint en septembre 2020 le PLR, «le parti de la liberté, de l’innovation celui qui n’a pas peur du futur», comme il l’a lui-même défini. Secrétaire général chez les jeunes libéraux-radicaux vaudois et chargé de projet dans le cadre de la campagne pour les fédérales du parti mère, il baigne dans la politique depuis son enfance.

    «Quand tu es une femme, il faut avoir une position de pouvoir pour qu’on te prenne au sérieux»

    lea pacozzi

    Amener ses idéaux à Berne

    En s’impliquant en politique, la conseillère communale d’Epalinges s’est rendue compte des différences genrées en termes d’images et de crédibilité. «Quand tu es une femme, il faut avoir une position de pouvoir pour qu’on te prenne au sérieux», déplore-t-elle. Elle veut se battre pour un système plus égalitaire, à travers une répartition plus juste des richesses entre les grandes fortunes et les plus démuni·e·s. Romane Benvenuti souhaite aussi une meilleure distribution des ressources à travers «une plus grande taxation des personnes ultra-riches en Suisse». Elle aimerait une revalorisation des bas salaires, des retraites et du travail féminin. En termes de lutte contre la crise climatique, la jeune sociologue préconise un changement des «dynamiques des grandes entreprises qui polluent le plus» et des placements financiers de la Confédération. En somme, la décroissance paraît être, pour la Verte, la seule solution afin de combattre ces problèmes structurels. La politique étrangère est l’intérêt principal d’Elouan Indermühle. Il souhaiterait par conséquent que la Suisse adhère aux BRICS, un consortium composé actuellement du Brésil, de la Russie, de l’Inde, de la Chine et de l’Afrique du Sud. Le but serait de prendre le contre-pied des mesures pro-occidentales et se tourner vers «les pays émergents qui ont le droit de revendiquer une recentralisation du pôle décisionnel de la planète». Cela permettrait à la Suisse de «revitaliser» sa position de nation neutre.

    Elouan Indermühler 26 ans


    Elouan indermühle siège aussi au Parlement de la Ville de Lausanne et figure sur la liste des Jeunes UDC. Le futur étudiant en Relations internationales à l’Université de Genève est rodé, puisqu’il s’agit de sa troisième participation aux élections fédérales. Membre du parti agrarien depuis 2009, il considère que son orientation politique résulte de son chemin de vie et défend la souveraineté de la Suisse.

    «une plus grande taxation des personnes ultra-riches en Suisse»

    Romane benvenuti

    En termes de politique intérieure, le jeune UDC postulerait pour une libéralisation du marché du suicide assisté afin que les personnes qui souhaitent mettre fin à leurs jours puissent le faire «en toute dignité». Il s’agirait de créer une «structure avec un accompagnement psychologique et légal». Ce pari sur l’avenir permettrait d’éviter un choc pour les proches et de briser le tabou du suicide en rendant la population «plus apte à parler du mal-être».

    Des inquiétudes et des espoirs

    Pour Romane Benvenuti, le manque de mesures pour réduire les émissions de gaz à effet de serre et la peur de la migration occasionnée par les «conditions climatiques que l’on a nous-mêmes causées», se traduisant par un vote pour la droite ou l’extrême droite, la paralysent. La Verte souligne toutefois une «prise de considération d’un environnement plus adapté au changement climatique» dans les villes. La socialiste Léa Pacozzi estime qu’avec sa politique climatique, la Suisse va un peu droit dans le mur. Elle espère par conséquent la mise en place d’un filet social solide pour éviter que les plus démuni·e·s paient pour toute la population. Elle se félicite tout de même que son parti soit «suivi par la population sur plusieurs thématiques» notamment à travers la lutte pour les droits sociaux et le pouvoir d’achat.

    Les voix des listes électorales des Jeunesses sont reportées à la branche principale du parti

    Également inquiet pour le climat, le libéral radical Benjamin Meuwly se bat contre la décroissance, qu’il considère comme «notre tombeau plutôt que notre renouveau». Il souhaite aussi une meilleure pérennisation du système social suisse. Il évoque d’ailleurs sa crainte, définie comme secondaire, du wokisme, «un problème moral qui prend de plus en plus de place dans le champ politique». Il se montre cependant optimiste pour l’avenir grâce aux «jeunes qui s’engagent dans tous les partis» avec la volonté de «régler les problèmes». Elouan Indermühle, de son côté, évoque «la dictature du politiquement correct et l’individualisme, avec l’impression qu’aujourd’hui, dans la tendance sociale des gens, on essaie de diviser les individus au lieu de les rassembler». Il redoute que cela débouche sur un conflit sociétal. L’UDC rappelle cependant les résultats du sondage mandaté par la SSR, qui définit les shabitant·e·s comme majoritairement heureux·ses. Ce «bonheur d’être Suisse signifie que la population est capable de réflexions, qu’elle est consciente de ses privilèges et qu’elle souhaite les chérir», conclut-il.

    Propos recueillis par Mérande Gutfreund

  • Féministes : l’union fait la force

    Féministes : l’union fait la force

    Photo : ©natalie hua

    Rédigé par : Eden Alves

    MILITANTISME • Lorsque plusieurs générations militantes se rencontrent, comment conjuguent-elles leurs différentes convictions ? Exemple avec les débats internes au féminisme.

    Cinquante ans après l’obtention du droit de vote des femmes suisses, le féminisme continue d’animer le monde politique. Les générations d’activistes se succèdent, chacune mettant en lumière des problématiques particulières, telles que la reconnaissance du travail domestique, le droit à l’avortement ou encore l’application de la notion d’intersectionnalité dans les débats et théories féministes. D’une génération à une autre, les avis divergent quant aux choix des problématiques à prioriser, ce qui crée des tensions dans les débats féministes intergénérationnels.

    Les générations d’activistes se succèdent, chacune mettant en lumière des problématiques particulières

    Émergeant au début des années 2000, la quatrième vague féministe s’est démarquée des générations précédente par sa façon de militer, inédite dans l’histoire du féminisme. Son utilisation des réseaux sociaux est centrale: ceux-ci permettent de diffuser des revendications à travers de mouvements en ligne tels que le #MeToo, qui dénonce les violences sexuelles ou dans le cas de Ni una menos, de rendre virales les mobilisations argentines dans les rues contre les féminicides, qui seront alors étendues à toute l’Amérique latine.

    Les conflits intergénérationnels portent sur certains thèmes ainsi que certaines formes de militantisme parfois considérés comme moins légitimes car étant plus abstraits ou ayant des conséquences moins directes, par exemple les questions autour du langage inclusif. En effet, une partie des féministes veulent recentrer le débat sur des questions plus matérielles, comme assurer le droit à l’avortement ou la parité dans le monde du travail. Quant à la façon de militer, celle du féminisme des années 90 était ancrée dans la recherche théorique effectuée par les générations précédentes, mettant l’accent sur l’effet du sexisme sur le groupe social « femmes ». Le féminisme actuel s’intéresse aux individues au sein de ce groupe et ce qui les lie, par exemple la sororité et comment elle peut être utilisée dans le militantisme quotidien.

    Une partie des féministes veut recentrer le débat sur des questions plus matérielles

    Mais les femmes ne sont plus les seules concernées par la lutte féministe, car le genre nous touche tous·tes. La convergence des luttes sociales a pris une place importante dans le féminisme, qui intègre les combats contre le racisme, l’homophobie, la transphobie ou le validisme dans ses objectifs. Ce ne sont plus seulement les droits des femmes qui intéressent les féministes mais la remise en question du système normatif qu’est le genre et l’étude de ses répercussions sur la société et donc sur tous ses membres, quelle que soit leur identité.

  • Populistes ? Comment parler de l’extrême droite en Europe ?

    Populistes ? Comment parler de l’extrême droite en Europe ?

    Propos recueillis par : Mathias Cadena

    POLITIQUE · Pour discuter de la résurgence de l’extrême droite en Europe, souvent qualifiée de populiste, L’auditoire a rencontré Antoine Chollet, Maître d’enseignement et de recherche à la faculté des sciences sociales et politiques de l’université de Lausanne, spécialiste de pensée politique.

    Quelle analyse faites-vous de la récente montée de l’extrême droite en Europe ? En tout cas, quels sont les jalons à retenir de ces 20 dernières années ?

    Il est difficile de faire une analyse globale et qui mélangerait tous les régimes parce que les situations sont assez différentes d’un pays à l’autre. Il y a certes des victoires importantes de l’extrême droite ou de la droite radicale dans de nombreux pays, mais il y a aussi des défaites. On vient de le voir au Brésil par exemple, où la défaite de Bolsonaro n’était pas du tout gagnée d’avance, mais on l’a aussi vu aux États-Unis avec l’élection de Biden en 2020. On peut supposer que sans le COVID-19, Trump aurait été réélu. Les trajectoires sont donc différentes de pays en pays. Malgré cela, il est absolument incontestable que l’extrême droite est menaçante dans la plupart des pays européens et américains. Hors de ces continents, on a pu le voir en Inde, où Modi est assez proche de l’extrême droite, ou aux Philippines, ou encore en Australie.

    Il est impossible de donner une explication unique à cette montée, mais on peut au minimum avancer quelques éléments. Pour commencer, il faut relever l’omniprésence depuis des années de tous les thèmes propres à l’extrême droite, non seulement chez ses représentant·e·s, mais aussi dans les autres familles politiques et dans les médias : racisme, peur de l’immigration, mentalité obsidionale, culte de la force, virilisme et misogynie, conspirationnisme, etc. En agitant en permanence ces sujets, de très nombreux·ses acteur·ice·s politiques font le jeu de l’extrême droite depuis longtemps.

    « Le problème de l’usage du terme de « populisme », c’est de suggérer que le peuple voterait spontanément pour l’extrême droite »

    – Antoine Chollet, Maître d’enseignement et de recherche à la faculté des
    sciences sociales et politiques de l’université de Lausanne

    Il faut mentionner ensuite l’affaiblissement des partis sociaux-démocrates et, plus généralement, de la gauche. Cela ne signifie pas, les sociologues le démontrent depuis longtemps, que l’électorat de gauche se soit simplement déplacé vers l’extrême droite. L’idée que les ancien·ne·s électeur·ice·s communistes voteraient désormais pour le Rassemblement national, dans le cas de la France, est, dans une assez large mesure, une erreur d’analyse. Ce qui doit être noté, c’est que l’affaiblissement des partis sociaux-démocrates a eu une série d’effets sur la droite, la conduisant à se radicaliser et à se rapprocher progressivement de l’extrême droite, déplaçant ainsi tout le spectre politique et banalisant cette dernière.

    Enfin, il faut rappeler les effets qui se font de plus en plus clairement sentir des politiques économiques et de destruction des assurances sociales et des services publics qui ont été initiées dans les années 1970 et qui se sont surtout déployées à partir des années 1980. La pandémie les a révélées avec une acuité particulière, mais ces effets étaient déjà très sensibles auparavant. Ces politiques ont conduit à une paupérisation de larges secteurs de la société qui avaient auparavant des situations qui étaient relativement confortables et qui ont depuis chuté dans la pauvreté (ou craignent d’y tomber). On le voit très clairement aux États-Unis, où une bonne partie de l’électorat de Donald Trump était composée par ces catégories, notamment les ancien·ne·s ouvrier·ère·s. Aux États-Unis, les ouvrier·ère·s de l’industrie automobile avaient une bonne situation, possédaient une maison et plusieurs voitures, bénéficiaient de plans de retraite très avantageux, etc. Toutes ces protections qui avaient été mises en place après la Seconde Guerre mondiale (et un peu plus tôt aux États-Unis) ont été détruites ou considérablement affaiblise ces dernières décennies. Cette situation socio-économique rend l’ascension de partis d’extrême droite plus facile, puisqu’il y a une détresse sociale et économique et que les forces politiques qui, traditionnellement, travaillaient pour les catégories les plus vulnérables de la population, sont très affaiblies. L’extrême droite y apporte ses soi-disant explications, en désignant des boucs émissaires. Le vieux slogan du Front national des années 1980 est toujours d’actualité : « X millions de chômeur·euse·s, c’est X millions d’étranger·ère·s en trop ».

    J’ajouterais aussi que la Suisse a été un laboratoire de cette ascension de l’extrême droite. Elle y commence à partir des années 1990. Surtout autour du vote sur l’adhésion à l’Espace économique européen (EEE) en 1992, où l’UDC blochérienne prend le pouvoir à l’intérieur de l’UDC et va commencer son ascension, qui va en faire le premier parti du pays à partir de 1999. Une bonne partie des leaders de l’extrême droite européenne et même mondiale sont venu·e·s en Suisse, ou se sont intéressé·e·s au cas de la Suisse, pour savoir comment l’UDC était parvenue à ces résultats. L’UDC a apporté une spécificité aussi, plutôt nouvelle au sein de l’extrême droite et que l’on retrouve chez les partisan·nne·s du Brexit en Angleterre, chez Trump ou dans l’extrême droite néerlandaise : le mélange entre une xénophobie et un racisme tout à fait assumés et une position économique ultralibérale. L’UDC blochérienne ne s’est jamais opposée aux accords de libre-échange avec le monde entier, ni avec la Chine, ni avec les États-Unis. C’est l’alliance des thématiques traditionnelles de l’extrême droite avec une forme de « libertarianisme », qui demande la disparition pure et simple de l’État. Cela convainc une partie de l’électorat parce qu’à partir du moment où l’on a complètement fracassé toutes les protections sociales et les services publics, l’État n’apparaît plus que comme un collecteur d’impôts et de taxes, sans redistribution. La Suisse a aussi été un laboratoire sur la question de la démocratie directe, qui intéresse également beaucoup l’extrême droite depuis 20 ou 30 ans. On crédite l’ascension de l’UDC à son utilisation des outils de démocratie directe, ce qui est en partie faux. Mais ce qui intéresse surtout l’extrême droite européenne, c’est que la démocratie directe a permis de maintenir la Suisse en dehors de l’Union européenne, ce qui est correct. C’est l’aile blochérienne de l’UDC qui a d’abord fait capoter l’accord sur l’Espace économique européen, puis a déroulé le discours anti-européen qui nous a amené dans la situation qu’on connaît aujourd’hui, après le succès de l’initiative de 2014.

    Selon vous, cette dynamique est-elle susceptible de continuer ? Pourrait-on, par exemple, voir Marine Le Pen devenir présidente en 2027 ?

    Les recherches sociologiques qui travaillent sur l’extrême droite en France tendent à montrer qu’une victoire de Marin Le Pen en 2027 est de plus en plus probable. Le résultat de 2022 était déjà un cataclysme d’un point de vue électoral ; elle avait alors gagné plus de 7 points et plus de 2,5 millions de voix par rapport à 2017. Ce résultat a certes été aidé par Emmanuel Macron qui, en réalité, a fait campagne pour le Rassemblement National pendant tout son quinquennat. Il savait qu’il perdrait contre à peu près tous les autres candidats, et il a donc fait le calcul purement électoraliste de renforcer constamment le RN pendant son premier mandat, mettant sa réélection au-dessus de l’avenir démocratique de la France et confirmant ainsi son absence totale de scrupules. Mais faire porter à Emmanuel Macron la seule responsabilité des scores électoraux du RN serait manquer l’essentiel, à savoir que ce parti a désormais un véritable ancrage social et dispose d’un électorat solide et croissant. Cependant, il n’y a pas de fatalité historique et les résultats de 2027 dépendront des politiques qui seront menées d’ici là.

    Car on peut faire une autre politique face à l’extrême droite, l’histoire nous l’a déjà enseigné. Dans les années 1930, c’est exactement ce qui s’est passé en France et aux États-Unis. Il faut des programmes de redistribution et de réduction des inégalités. Il faut des programmes qui actualisent réellement l’idée selon laquelle chacun·e contribue à une collectivité, qui ensuite redistribue les richesses produites en commun à l’ensemble de celle-ci, et que ses nouveaux·elles membres ne diminuent pas cette richesse commune mais l’augmentent.

    Peut-être que de telles politiques vont être menées. Encore une fois, il n’y a pas de fatalité, mais la situation, ou plutôt la tendance actuelle, est évidemment extrêmement inquiétante. L’extrême droite est au pouvoir en Italie, en Hongrie, en Pologne, en Suède. Elle est aux portes du pouvoir en France et aux États-Unis, peut-être aussi en Allemagne. Cette situation a des conséquences potentiellement catastrophiques pour la politique intérieure de tous ces pays, mais aussi, spécialement en ce qui concerne les États-Unis, pour la politique internationale. On ne sait jamais à quoi est prêt un pouvoir d’extrême droite qui, une fois qu’il est au pouvoir, va tout faire pour ne pas le perdre.

    Sur ce point aussi, il faut préciser une chose sur la Suisse. Elle a été un laboratoire de l’émergence de l’extrême droite, mais, en même temps, le système politique y est tellement conservateur que l’UDC n’est jamais parvenue à monopoliser le pouvoir. Elle a culminé aux alentours de 30%, et tout le monde sait très bien que l’UDC ne prendra jamais le pouvoir en Suisse, qu’elle n’aura jamais à elle seule de majorité au Parlement et au Conseil fédéral. Le parti pourrait éventuellement, avec un raz-de-marée sur deux ou trois élections successives, obtenir un troisième siège, ce qui paraît déjà très peu probable, mais un quatrième siège est complètement inimaginable. Donc, si la Suisse a servi de modèle à tout le monde, elle pourrait aussi devenir une espèce d’îlot constitutionnel et libéral, garantissant les libertés individuelles et les libertés collectives, au milieu d’une Europe qui aurait basculé du côté de l’extrême droite.

    Pensez-vous que la notion de populisme soit adéquate pour parler de ces mouvements ?

    La réponse est non. Non seulement elle n’est pas pertinente, mais en plus elle renforce l’extrême droite. C’est une des choses que je vais montrer dans un livre qui va paraître l’année prochaine, nommé « L’antipopulisme ou la nouvelle haine de la démocratie » et publié aux éditions Textuel. Utiliser le terme de populisme pour qualifier l’extrême droite pose deux problèmes principaux. Le premier de ces problèmes, c’est d’identifier ou de confondre sous un même terme des mouvements d’extrême droite et des mouvements qui sont plutôt à gauche, ou qui sont transpartisans, comme le Mouvement 5-étoiles en Italie, en posant que toute critique du système politique est équivalente. En les présentant comme des mouvements protestataires, clownesques, dirigés par des matamores qui font des discours enflammés mais qui en réalité, n’ont pas véritablement de programme, on minimise la menace que certains d’entre eux font peser sur l’ordre constitutionnel. Plutôt que de parler d’extrême droite, de fascisme ou de néofascisme, on parle donc de populisme, on l’a vu avec Georgia Meloni ou Donald Trump.

    « Il faut simplement les nommer par leur nom : ce sont des partis d’extrême droite »

    – Antoine Chollet, Maître d’enseignement et de recherche à la faculté des
    sciences sociales et politiques de l’université de Lausanne

    Le second problème de l’usage du terme de populisme, c’est de suggérer que le peuple voterait spontanément pour l’extrême droite, pour des partis autoritaires, antidémocratiques, antilibéraux, anticonstitutionnels, etc. L’usage de ce terme prétend donc défendre la démocratie contre le populisme, mais défend en réalité le pouvoir en place contre la démocratie et contre l’intervention populaire dans les affaires politiques. Pour le dire autrement, il est complètement absurde de prétendre défendre la démocratie en critiquant ses principes les plus fondamentaux. Le discours antipopuliste essaie de faire exactement cela, avec le succès que l’on sait : la double atteinte du second tour par Marine Le Pen et son potentielle élection en 2027, les victoires de Trump, Bolsonaro, Orban, les démocrates de Suède et les fascistes italiens au pouvoir, pour ne prendre que quelques exemples. Le moins que l’on puisse dire, c’est que 20 ou 30 ans de rhétorique antipopuliste ne nous ont guère protégés contre les ennemi·e·s de la démocratie. Il ne faut pas s’étonner de cette conséquence cependant, puisque ce n’est pas une rhétorique qui cherche à défendre la démocratie, mais uniquement les pouvoirs établis.

    Imaginez-vous une notion plus pertinente pour parler de ces mouvements ?

    S’agissant des partis de droite et d’extrême droite, il faut simplement les nommer par leur nom. Ce sont des partis d’extrême droite, fascistes pour certains. On peut ensuite discuter de nuances plus fines. Est-ce que c’est du néofascisme, du crypto-fascisme, du proto-fascisme, par exemple ? Ces distinctions sont parfois un peu byzantines. Je pense que Trump par exemple est une figure fasciste, comme il l’a clairement montré lors de l’assaut contre le Capitole le 6 janvier 2021. Bolsonaro aussi est une figure fasciste, tout comme Orban. Il est toujours plus difficile d’estimer le degré de fascisme des personnalités ou des partis avant qu’ils n’atteignent le pouvoir. En effet, il·elle·s ne déploient tous leurs effets qu’une fois qu’ils y sont, c’est-à-dire une fois qu’il·elle·s contrôlent directement la police, l’armée, une partie de la justice et différentes autres institutions. Je pense donc qu’il faut réutiliser le terme de fascisme, éventuellement en le qualifiant, dans les cas qui s’y prêtent, et qu’il faut utiliser les termes d’extrême droite, de droite radicale ou autoritaire dans les autres cas. Nous disposons de tout un vocabulaire qui demeure tout à fait utilisable et qui évite de désigner par le terme de populisme des phénomènes qui n’ont rien à voir avec son sens historique.

  • Pas d’avion parasite

    Pas d’avion parasite

    Photo : ©CCNC

    Rédigé par : Chaïmae Sarira

    COMBAT ÉTHIQUE • À l’heure où la politique suisse peine à appliquer strictement les mesures nécessaires pour préserver l’écosystème, des mouvements citoyens se créent. Ces dernier·ère·s ont décidé de défendre eux·elles-mêmes des zones naturelles exposées à des risques d’extinction…

    La ZAD, ou zone à défendre, est un projet de résistance citoyenne contre un mode de vie humain incompatible avec la préservation de l’écosystème et le développement durable de l’environnement. La ZAD s’inscrit plus généralement dans un mouvement citoyen qui refuse de contribuer à la destruction de terres fertiles par la construction de routes, bâtiments ou toute autre zone bétonnée. Ce projet repousse également le système capitaliste qui se fonde sur la productivité et la notion de l’offre et la demande en prônant l’autosuffisance et l’autogestion.

    Un monde en béton altère tout l’équilibre du vivant et conduit vers l’extinction.

    Les zadistes s’organisent autour de la nature et s’y adaptent en réduisant leur empreinte carbone et en adoptant une agriculture durable. Ainsi, par leur résistance à des projets d’exploitation néfaste de terrains, les zadistes s’établissent en un circuit social autosuffisant et autonome. Plus précisément, le projet ZAD a pour but d’empêcher l’avancée des GIIP, les « Grands projets inutiles imposés » en s’imposant sur les territoires naturels visés par les projets de construction.

    D’une lutte à un mode de vie
    Afin d’empêcher la construction d’un aéroport à Nantes, 200 personnes se sont établies en 2014 sur de grands terrains agricoles en région de Loire-Atlantique. Les zadistes refusent qu’une des rares régions humides qui abrite un écosystème riche et particulier soit mise en péril et bétonnée pour la construction d’un aéroport non essentiel. En effet, des naturalistes se sont engagé·e·s à répertorier la faune et la flore de la zone pour peser dans leurs négociations avec les autorités. Ils ont ainsi découvert une espèce du règne végétal, Pulicaria vulgaris, Exaculum Pusillum, listée dans la liste rouge de l’UICN. L’UICN, ou l’union internationale pour la conservation de la nature, travaille pour protéger la biodiversité et dénombre les espèces en risque d’extinction et voie de disparition. La protection de la biodiversité est essentielle afin de garantir le bon fonctionnement des écosystèmes dont l’équilibre est fragilisé. Les espèces sont interdépendantes et fondent un système du vivant qui résiste tant bien que mal au changement climatique. La biodiversité est la terre. Un monde en béton altère tout l’équilibre du vivant et conduit vers l’extinction. Pour concrétiser cette lutte et protéger leurs convictions, les zadistes ont établi une société autonome qui bénéficie durablement des ressources à sa disposition.

    Plus de 60 sites différents sont fondés sur l’entraide et la solidarité

    Il·elle·s produisent leurs propres lait, beurre et miel et ont développé plus de 60 sites différents fondés sur l’entraide et la solidarité (boulangeries, projets agricoles, culture de plantes comestibles et médicinales). Hélas, sous la présidence de Macron en 2018, le lieu occupé se fait attaquer par des grenades, brûler et les gens expulsés. Malgré tout, leur victoire est marquante ; la construction de l’aéroport a été totalement abandonnée par les autorités.

    Un mouvement répandu
    Les zadistes sont déjà établi·e·s dans une dizaine de sites en France et ailleurs. En Suisse, la ZAD de la colline du Mormont au pied du Jura, à la Sarraz, lutte afin de contrer les avancées d’une grande entreprise de cimenterie. Le projet d’extension de cette dernière fera disparaître le plateau Birette et touchera directement à colline du Mormont, une zone abritant l’une des plus riches flores vaudoises, et listée dans l’inventaire fédéral des paysages.

    Un retour vers la conscience
    Construction de niches, gestion de forêts et ses ressources, indépendance de l’état et responsabilité individuelle. Les zadistes semblent se réapproprier un mode de vie qui stimule l’humain et ses fonctions physiologiques : il construit, détruit, réfléchit, vit en communauté et s’adapte à son environnement en vivant en symbiose avec la nature. Les zadistes s’approprient ce que les humains ont sacrifié pour le confort de la société humaine dictée par la monotonie et la consommation. Ils refusent que la vie humaine piétine tout l’environnement qui les entoure.

  • Ciao l’Unil, bonjour l’écologie

    Ciao l’Unil, bonjour l’écologie

    Photo : ©Alice Bottarelli

    Propos recueillis par : Jeanne Möschler

    MILITANTISME • Alice Bottarelli inspirante et déterminée a quitté le campus et son projet de thèse le mois dernier, un geste de renoncement qui fait sonner encore une fois l’alarme d’urgence climatique. Portrait d’Alice Bottarelli en 5 questions, lors d’une après-midi de soleil, loin du campus, loin des regards.

    Peux-tu te présenter en quelques mots ?
    Maintenant, j’ose dire que je suis autrice. J’ai renoncé au salaire et contrat de thèse et suis encore inscrite mais ne pense pas forcément continuer. J’ai reçu un prix littéraire pour mon premier roman et ai enchaîné avec un autre. Ce qui me préoccupe au quotidien, c’est la question écologique (comme tout le monde devrait d’ailleurs l’être, selon moi).

    Qu’est-ce qui t’a poussé à quitter le campus et en quoi cet acte est-il lié à la question écologique ?
    L’université subit les contraintes du néolibéralisme, comme n’importe quelle institution ou entreprise. Quand on est étudiant·e, on ne s’en rend pas forcément compte car le savoir nous est dispensé dans le cadre qu’on connaît ; mais de l’autre côté (celui obscur de la force), il y a une vraie injonction à la productivité, à la médiatisation, à montrer ce que tu as fait et produit (au final, c’est souvent le CV avec le plus de lignes qui fonctionne).

    « Il faudrait retrouver une écologie profonde, collective et intérieure. »

    – Alice Bottarelli

    C’est une structure très hiérarchique, il y a tout le temps des gens au-dessus (les directeur·rice·s de thèse ou de section, puis le décanat, le rectorat, le FNS, l’État, etc.) et on est tout le temps en compétition potentielle. En Lettres, il paraît absurde d’être productivistes alors que notre « utilité » dans la société n’est pas (ou ne devrait pas être ?) mesurable, quantifiable. C’est un drôle de paradoxe : si on ne sert à rien dans la société, alors qu’on nous foute la paix – et si notre travail est jugé pertinent, voire indispensable, alors qu’on nous permette de le faire dans des conditions justes et sereines ! Le corps intermédiaire, par exemple, est précarisé, car il y a très peu de postes stabilisés, mais souffre quand même de cette injonction à l’efficience et à l’excellence. Entre la bureaucratie, les demandes de financements et les rapports à écrire, on n’a plus le temps de lutter contre cette énorme machine qui va nous écraser. C’est lié à la question écologique, car ce système suit la même dynamique de croissance qui caractérise nos modes de vie. Il faudrait retrouver une écologie profonde, une écologie collective et intérieure.

    Tu es activiste à XR (extinction rébellion) depuis 2019 et au mouvement Ag!ssons… Milites-tu par peur de l’avenir ?
    Je n’aime pas la peur et les discours qui mobilisent ce sentiment : la peur autour de l’écologie, ça pousse juste les gens à consommer plus. On met vite les gens dans une tétanie sociale, avec l’idée qu’on devra se priver de tout, que tous les gens qui militent sont des tarés à seins nus ou des terroristes en puissance… Alors que non seulement, l’écologie c’est maintenant, mais en plus, c’est kiffant de se reconnecter au corp, aux émotions et au réel.

    Qu’est-ce que prônent exactement des mouvements comme XR ou Ag!ssons ?
    XR a trois revendications fondamentales : que le gouvernement dise la vérité, baisser les émissions de gaz à effet de serre et restaurer la biodiversité, fonder des assemblées citoyennes contraignantes par tirage au sort. C’est un outil politique plus intéressant que la « démocratie » représentative actuelle, car les participant·e·s de ces assemblées citoyennes représenteraient par pourcentage les différents âges, genres, origines, milieux sociaux de la population vivant sur le territoire. Mais quand on demande ça aux politicien·ne·s, il·elle·s sont choqué·e·s que des gens « normaux » veuillent donner franchement leur voix. Pourtant, le tirage au sort est un système qui a beaucoup été utilisé dans le passé, dans les républiques italiennes médiévales et renaissantes, ou en Grèce antique. XR se définit comme un mouvement apolitique, justement en réponse aux outils politiques qui ne sont pas adaptés ou complètement biaisés. Et ce ne sont pas les référendums qui vont nous sauver, parce que le processus est si lent ! On peut attendre vingt ans avant qu’une proposition dérisoire passe vraiment. Et en plus, le pouvoir politique suisse n’est pas représentatif de la population en termes de sexe, d’âge, de genre, de milieux socioculturels… On se vante d’une sorte de politique de milice en disant que nos élu·e·s connaissent les enjeux de la société, mais après ce sont ces gens qui sont en même temps président de Swissoil… L’idée d’Ag!ssons, c’est d’inonder les politiques d’initiatives pour qu’on en parle dans le débat public.

    Dans tes livres, l’écologie est-elle aussi un thème phare ? Et quels sont tes projets littéraires en ce moment ?
    On retrouve dans mon premier texte un retour au sauvage, au corps, au spirituel – il y a bien ce mouvement de libération mais ce n’est pas pour autant une fable écologique.

    « Il faut adopter un regard positif sur les mesures climatiques à prendre »

    – Alice Bottarelli

    Et actuellement un des projets qui me motive trop, c’est une collaboration avec le Centre de Compétences en Durabilité de l’Unil avec des élèves de Géosciences autour de la théorie du Donut (qui signifie imaginer les limites planétaires à ne pas dépasser comme le cercle extérieur du donut, et les besoins vitaux de base comme le cercle intérieur ; et voir comment il est possible de lier les deux par l’intérieur du donut). Les étudiant·e·s ont lu Ecotopia, récit éco-utopique des années 1970 qui reste encore tout à fait pertinent aujourd’hui, car il montre déjà tellement de solutions, c’est fou ! Je vais devoir écrire un roman sur la base des recherches des étudiant·e·s, avec tout un univers, un langage qui aura certainement changé d’ici une cinquantaine d’années… L’idée c’est de montrer comment adopter un regard positif sur les mesures climatiques à prendre et cesser de tout voir comme une privation dont on va souffrir. Au lieu de considérer les limites planétaires à ne pas dépasser et les besoins vitaux comme deux aspects contradictoires, le défi est de les lier et de trouver un mode de vie plus joyeux qui les réunit. Et sinon, une semaine sur deux, le mercredi de 19h à 21h, je donne des ateliers d’écriture à la Néo Martine, au Flon côté Vigie. C’est un moment de partage et d’échange, prix libre, où tout le monde est le·la bienvenu·e !

  • Neutralité ou indifférence ?

    Neutralité ou indifférence ?

    Photo : ©Ronnie Schmutz

    Rédigé par : Murielle Guénette

    DIPLOMATIE • Depuis que la guerre en Ukraine a éclaté, les voix fusent. « La Suisse a violé sa neutralité », dit-on un peu partout. Mais qu’en est-il vraiment ? Si l’on fait fi de la question ukrainienne, où en est la diplomatie suisse ? Retour sur les traditions diplomatiques de la Suisse, son histoire et ses défis.

    « La neutralité n’est pas synonyme d’indifférence ». Telles étaient les déclarations d’Ignazio Cassis quelques jours après l’invasion de l’Ukraine par la Russie. Et si ces mots sont toujours de rigueur aujourd’hui, ils suscitent débats et discussions. Même la Russie exige de la Suisse qu’elle « revienne à la neutralité ». L’ancien député tessinois, désigné président de la Confédération suisse en 2022 et actuellement à la tête du Département fédéral des affaires étrangères (DFAE), a donc commencé son mandat avec du pain sur la planche. Si certains lui reprochent d’avoir violé le concept de neutralité, d’autres décident d’appréhender la situation avec du recul.

    « La neutralité n’est pas synonyme d’indifférence »

    – Ignazio Cassis

    Rappelons également les déclarations du Conseil fédéral, qui affirmait début septembre de cette année que « les décisions prises par le Conseil fédéral depuis le début du conflit en Ukraine, comme la reprise des sanctions de l’Union européenne envers la Russie, [étaient] compatibles avec la politique de neutralité de la Suisse. Cette politique laisse suffisamment de marge de manœuvre au gouvernement pour réagir aux événements que traverse le continent européen depuis le début du conflit».

    La Suisse, toujours neutre ?
    « La neutralité de la Suisse ne doit pas dépendre des circonstances », avait déclaré un peu plus tôt cette année Roger Köppel, élu UDC au Conseil national. Au-delà du parti de l’Union démocrate du centre, beaucoup de citoyens sont décontenancés par l’adhésion de la Suisse aux sanctions contre la Russie. En réalité, pour la Suisse et la plupart des États neutres (notamment la Suède et la Finlande jusqu’au début de cette année), on semblerait s’éloigner du concept de neutralité traditionnel. Selon l’expert autrichien en droit international Peter Hilpold, de l’Université d’Innsbruck, « la neutralité au sens classique du terme est difficilement compatible avec l’appartenance aux Nations Unies et encore moins avec l’appartenance à l’UE ». Mais cela signifierait-il donc que la Suisse ne serait plus neutre depuis son adhésion à l’Organisation des Nations Unies ?

    Mais la neutralité, c’est quoi ?
    Il s’agirait donc en premier lieu d’éclaircir ce que signifie « neutralité ». Au sens juridique, la neutralité est pourtant claire : ne pas fournir d’armes de manière directe dans des zones de conflit et ne pas s’immiscer dans des affaires étrangères sans être sollicité constituent deux exemples assez évidents de cette notion.

    « la neutralité au sens classique du terme est difficilement compatible avec l’appartenance aux Nations Unies »

    – Peter Hilpold

    Dans La politique extérieure suisse au défi du XXIe siècle, Joëlle Kuntz, journaliste et écrivaine suisse, se questionne : « La neutralité qu’elle [la Suisse] fixait comme un moyen important de sa politique étrangère a-t-elle encore une valeur protectrice dès lors que presque tous les domaines d’activité sont l’objet de coopérations multilatérales négociées dans des systèmes d’alliance ? »

    Une longue tradition
    Si la Suisse a son identité propre sur le plan diplomatique, cela ne date pas d’hier. Partout dans le monde, on parle d’elle et de ses spécificités. Symbole de la neutralité, d’excellence et de compromis, ce petit pays serait « parvenu à compenser sa faible position sur le plan politique hégémonique par un engagement prononcé en faveur d’un droit international opérationnel, à se positionner très tôt comme lieu d’implantation des organisations multilatérales, et à mettre sa neutralité au service des autres », éclaire Sacha Zala, professeur d’histoire suisse à l’université de Berne. Mais ce principe de neutralité placerait la Suisse devant un dilemme constant de l’engagement ou de l’isolement, explique-t-il encore dans l’ouvrage La politique extérieure suisse au défi du XXIe siècle.

    Le XXIe siècle pousse la Suisse dans ses retranchements, la forçant à trouver sa place

    Autrement dit, difficile de rester neutre tout en faisant partie de la chaîne d’interdépendance de l’ordre mondial actuel.

    Les défis de la diplomatie suisse
    Le XXIe siècle pousse la Suisse dans ses retranchements, la forçant à trouver sa place dans un monde globalisé et aux relations internationales profondément transformées. Car oui, plusieurs défis, certains plus coriaces que d’autres, s’annoncent. Comment finira l’éternelle discussion sur la collaboration forte, si ce n’est l’adhésion de la Suisse à l’Union européenne ? Comment réagir aux relations entre la Chine et les États-Unis ? Quid de la montée de la Chine et de son levier économique colossal, qui empêche nombre d’États de la critiquer ? Comment assumer une politique qui se veut indépendante sans froisser d’autres États ? Les Nations Unies sont-elles archaïques et sans grandes marches de manœuvre face à des défis mondiaux ? Dans sa stratégie sur la coopération internationale (stratégie CI 2021-2022), le Conseil fédéral déclare « [qu’]il est dans l’intérêt de la Suisse d’influencer la politique mondiale ». En définitive, le défi principal de la Suisse sera donc de jongler entre une contribution à la stabilité de l’ordre mondial et d’affirmer son identité, encore incertaine et beaucoup remise en question.

  • Le droit du sport face aux médias

    Le droit du sport face aux médias

    Rédigé par : Heidi Leclerc

    GÉOPOLITIQUE • Le sport est une pratique physique et sociale qui se consomme avec frénésie. Or, la dimension politique est souvent l’invitée d’honneur lors de compétitions internationales. Comment le cas Valieva aux JO de Pékin 2022 illustre-t-il cette tension entre sport et politique internationale ?

    Qui n’a pas entendu parler de Kamila Valieva ? La prodigieuse patineuse a perdu la 1re place au classement des Jeux olympiques en raison d’un violent scandale de suspicions de dopage, en dépit duquel elle est pourtant devenue une légende médiatique, atteignant le million d’abonnés sur Instagram, avec plus de 700’000 « followers » en moins de 10 jours, sans poster aucune publication ni « story » depuis janvier. La brutale campagne contre Valieva illustre de quel arsenal juridique les instances internationales du sport disposent pour protéger leurs athlètes contre ces pressions politico-médiatiques portant atteinte à leurs aptitudes et leurs talents.

    Le sport est un terrain d’affrontements et ne véhicule pas forcément un idéal historique de paix

    Ménage entre frontières et médias
    Les relations entre États forment un équilibre complexe oscillant entre pouvoirs et contre pouvoirs, dont les fluctuations ont des effets sur tout ce qui se pratique entre nations rivales, en particulier sur la compétition sportive internationale. La presse a longtemps constitué un contre-pouvoir face aux États, mais avec le développement des nouvelles technologies de l’information et des télécommunications, les super-pouvoirs de la presse, des médias et des réseaux sociaux peuvent constituer une menace. En particulier, dans le contexte de tensions et de désinformation entre les États-Unis, la Russie, l’Europe et l’Ukraine, le seul rempart pour protéger les athlètes reste l’application du droit par le juge.

    Aux origines de la trêve
    Le sport, vecteur de lien social, ne fait l’objet de politiques sociales que depuis les années 1920 et seulement dans de rares pays. L’Organisation des Nations Unies (ONU) et le Comité international olympique (CIO), dans le cadre d’un échange de bons procédés, présentent les JO comme une tradition grecque visant à faire baisser les armes le temps des Jeux entre cités et peuples grecs, qui autrement seraient en état de guerre perpétuel. En réalité, le message de la trêve olympique (ekecheiria) ne correspond pas à un appel du légendaire oracle de Delphes à interrompre le cycle des conflits tous les 4 ans, mais seulement à un sauf-conduit pour les pèlerins (athlètes et spectateur·ice·s).

    La nouvelle presse peut aujourd’hui constituer une menace

    Valieva face à la presse
    Aux JO de Pékin 2022, la jeune patineuse russe Kamila Valieva se trouve au centre d’une violente controverse. Les exigences esthétiques du patinage artistique sont telles que ce sport n’a rien de commun avec un sport de combat. Le contraste entre la grâce de la patineuse et l’indécence de la presse qui l’assaille est d’autant plus saisissant. Suite aux révélations le 7 février faites par la presse au sujet d’un échantillon de test antidopage effectué avant le début des JO, la presse et l’opinion publique internationales s’emparent d’une polémique au cœur de laquelle la petite prodige de 15 ans est plongée. Alors que la norme de traitement est de 20 jours dès réception de l’échantillon, les résultats du test ont été révélés hors délais. Le laboratoire suédois justifie la communication tardive en raison d’une quarantaine Covid-19 des laborantin·e·s. Tous les autres tests de la favorite pour la médaille d’or sont bons, mais les réactions sont barbares : un vent de révolte souffle parmi ses adversaires, les concurrentes envisagent même le boycott de la compétition. L’analyse a identifié de la TMZ, une substance illicite. Or, pour prouver le dopage, il faut au moins deux analyses avec des résultats concordants afin de tirer une conclusion « au-delà de tout doute raisonnable », selon le standard juridique applicable. Donc en présence d’un seul mauvais échantillon au lieu de deux, le degré de preuve est insuffisant.

    Le seul rempart pour protéger les athlètes reste l’application du droit par le juge

    Quid du droit du sport ?
    Les athlètes sont protégé·e·s par le droit du sport qui, combiné avec les plus hauts standards internationaux relatifs aux droits humains, sont un rempart solide contre les attaques. Le Tribunal arbitral du sport (TAS) a réussi dans un délai record à concilier lutte antidopage et droits fondamentaux. Suite aux révélations, l’Agence russe antidopage (ARA) a, conformément au droit du sport, suspendu la participation de Valieva. Puis, selon les règles de procédures applicables au recours de la patineuse contre la suspension, l’ARA a levé la suspension. Les instances internationales de patinage et antidopage ont recouru devant le TAS contre la décision de l’ARA. Valieva ayant moins de 16 ans, est une personne protégée au sens du Code mondial antidopage. Les concepts de faute non significative et négligence sont applicables, entraînant au mieux une réprimande sans suspension.

    La réhabilitation au prix de la pression mentale
    Après avoir interrogé la jeune femme durant 6h, avec une pause de seulement 20 minutes, et pour éviter de lui causer un préjudice irréparable au cas où elle serait innocentée après les JO, le TAS a décidé le 14 février qu’elle pourrait continuer la compétition. Mais dans quelles conditions physiques et psychologiques? Elle a donc présenté son programme court le 15 février, lui valant la première place au classement. Mais, au programme long le 17 février, ses nerfs lâchent et elle s’effondre, terminant 4e. La situation cauchemardesque dans laquelle Valieva s’est retrouvée a pour fondement un doute sans preuve suffisante, qui subsistera jusqu’après les JO, tant que l’affaire ne sera pas jugée au fond. S’il s’avère impossible scientifiquement de prouver la présence de TMZ, les instances sportives auront échoué et le préjudice irréparable aura alors été causé. À l’inverse, si les analyses prouvent la présence de la substance, sa 4e position arrange tout le monde.

    Sport et tensions politiques
    Le sport est un terrain d’affrontements et ne véhicule pas forcément un idéal historique de paix : les liens entre sport et tensions politico-médiatiques sont une réalité. Néanmoins, on peut espérer que toute instrumentalisation d’un·e athlète en machine de guerre par la presse cache une opportunité de défendre ses performances comme outil de dialogue et de réconciliation, de faire prévaloir le sport comme théâtre de l’expression des valeurs de l’humanité.

  • #DoNotTouchMyClothes

    #DoNotTouchMyClothes

    Rédigé par : Murielle GUENETTE

    HABILLEMENT • Des femmes afghanes publient des photos sur les réseaux sociaux vêtues de robes traditionnelles colorées, en opposition avec le tchadri prôné par les talibans. Comment interpréter ce geste ? Les vêtements véhiculent-ils des messages non verbaux ?

    Bien que l’utilisation de vêtements soit quotidienne, les habits sont en réalité aussi multiples que les identités sociales : ils sont des marqueurs sociaux fondamentaux et on ne peut plus visibles, puisque c’est l’un des premiers détails que l’on voit lorsqu’on rencontre quelqu’un. En effet, la manière dont nous nous habillons dépend de nombreux facteurs : notre origine socio-économique, culturelle, géographique, mais aussi notre âge, religion, profession, ou encore l’identité de genre à laquelle nous nous identifions. L’habit fait donc bien le moine d’un point de vue sociologique. Nous portons des vêtements différents si nous sommes riches ou pauvres, une femme ou un homme, à 5 ou 65 ans ou si nous vivons au fin fond du canton de Glaris ou dans un quartier chic de Rio. D’ailleurs, pas même besoin d’aller aussi loin. En faisant un bref tour à l’Internef, puis à Géopolis, vous vous rendrez vite compte que les étudiant·e·s de la Faculté des Hautes études commerciales (HEC) ne s’habillent pas comme ceux en Géosciences et environnement (une « étude » on ne peut plus sérieuse affirme d’ailleurs que ces derniers portent significativement plus de « Birkenstock » que les étudiant·e·s de la faculté de droit…). Les vêtements que nous portons relèvent donc de la norme sociale, dans le sens où ils sont l’expression d’une identité sociale propre. Les contextes sociaux dictent eux aussi nos choix en matière de mode.

    Les habits sont des marqueurs sociaux fondamentaux

    Par exemple, si vous vivez en Occident, les normes sociales vous empêchent d’aller habillé·e en rouge à un enterrement, ou en robe blanche à un mariage, à moins que vous ne soyez la mariée.

    Les vêtements sont politiques
    En plus de leur importance identitaire, les habits sont aussi des vecteurs d’expression politique et culturelle. C’est justement le cas des photos de femmes afghanes en robes traditionnelles et colorées qui fusent sur Twitter. Nous pouvons identifier ces démarches comme une affirmation culturelle, un refus de soumission, une résistance identitaire. S’habiller avec ces vêtements, dans ce contexte précis, c’est un geste politique pour ces femmes. Mais cette communication va bien au-delà des frontières afghanes. Rosemarie Beck, professeure à l’Institut d’Études Africaines de l’Université de Leipzig, a effectué de nombreuses recherches sur un tissu nommé « kanga », arboré par des femmes dans des sociétés d’Afrique de l’Est. Selon elle, ces pagnes, sur lesquels sont inscrits des proverbes souvent d’origine religieuse, permettent aux femmes de communiquer à la société ou à des personnes spécifiques des messages qu’elles ne peuvent exprimer de manière verbale, car ceux-ci ne sont pas acceptables socialement. Ces communications concernent en général des relations hiérarchiques, comme entre une femme et son mari, et déplorent des problèmes relationnels divers, par exemple la jalousie.

  • Une jeunesse concernée

    Une jeunesse concernée

    Photo par Mat Napo

    FRAÎCHEUR • Des mobilisations au bénévolat en passant par l’implication dans des associations, les possibilités de s’engager dans la société sont nombreuses. Qu’est-ce qui caractérise ces différentes formes d’engagement ? Les chances d’accès aux postes à responsabilités au sein des associations sont-elles les mêmes pour tou·te·s ?

    Les mobilisations et grèves survenues au cours des dernières années peuvent donner le sentiment d’un éveil politique au sein de la jeunesse. Ces moyens d’expression remplaceraient-ils une participation politique des jeunes plus traditionnelle comme le vote ou les élections ? Pour Alexandre Dafflon, chercheur à l’Université de Lausanne, la réalité est plus complexe. Dans un premier temps, les jeunes votent moins que les autres générations. En effet, ils·elles sont moins intégré·e·s sur le marché du travail ou dans une vie de famille et ont donc moins le sentiment d’appartenir à la société, ce qui diminue leur intérêt pour la politique. Ce n’est cependant pas uniquement l’âge qui explique le nombre important de jeunes dans les mobilisations. Alexandre Dafflon explique dans un deuxième temps que cet engagement est lié à la disponibilité biographique des jeunes, qui ont davantage de temps et moins de contraintes matérielles à ce stade de leur parcours de vie. Une étude sur la participation politique des jeunes en Suisse révèle également qu’ils auraient tendance à s’engager dans des actions occasionnelles et brèves, moins en lien avec l’espace politique traditionnel. Le chercheur précise néanmoins que ces actions sont liées à un intérêt pour la politique et qu’il est probable que les jeunes se tournent ensuite vers des formes d’engagement plus institutionnelles comme le vote.

    Qui agit ?

    Ce n’est pas n’importe quelle jeunesse qui se mobilise. Alexandre Dafflon souligne que les individus qui participent aux manifestations sont également ceux qui votent. Ce sont des personnes qui possèdent souvent des hauts niveaux de diplôme, maîtrisent les codes de la politique et se sentent donc davantage capables d’exprimer leur opinion. « On se mobilise pour des choses qu’on comprend, qu’on peut discuter dans son entourage restreint », relève le chercheur. La socialisation des individus et leur environnement est également déterminant.

    61% de la population suisse était engagée dans une association en 2019

    Ainsi, l’univers politique dans lequel ils·elles grandissent et le rapport de leurs parents à la politique constitue un héritage familial qui influe sur leur participation politique.

    La Suisse, terrain fertile pour les associations

    Selon l’Office fédéral de la statistique, 61% de la population suisse était engagée dans une association en 2019. Ces dernières seraient-elles donc un cadre nouveau où la politique peut se faire différemment ? Le sociologue nuance cette hypothèse et relève que les associations sont avant tout caractérisées par l’évitement du politique. Les individus y développent cependant des visions du monde qui peuvent ensuite se traduire en positions politiques. Son enquête sur les sociétés de jeunesse campagnardes révèle qu’une écrasante majorité des individus entre 18 et 25 ans votent, alors que la politique n’est pas un sujet de conversation dans ces associations. « J’ai constaté que les jeunes développent un sens des responsabilités et du devoir civique. Faire partie des associations les amène à se sentir responsable du voisin, de la vie du village mais aussi de ses fondements culturels. Ils vont ensuite transposer ce sens des responsabilités au niveau national ». Ce ne serait donc pas l’appartenance à une collectivité qui influence la participation politique mais le milieu social dans lequel elle s’inscrit. Dans ce cas, le besoin des jeunes de paraître comme des « bon·ne·s citoyen·ne·s » en allant voter leur permet de se différencier d’autres groupes sociaux qui partagent les mêmes espaces. Enfin, Alexandre Dafflon souligne que même si les jeunes s’engagent dans des associations, cela ne signifie pas qu’ils·elles rejettent nécessairement la participation politique traditionnelle, ces deux dimensions étant étroitement liées.

    Le rôle des femmes dans les associations

    « On retrouve une division sexuée du travail associatif, les femmes font non seulement les tâches domestiques mais aussi tout ce qui relève du care et de la gestion des relations sociales », explique Alexandre Dafflon. De plus, elles sont également garantes de l’image publique de l’institution en contribuant à créer un groupe unitaire. Le chercheur prend l’exemple de son enquête dans les sociétés de jeunesses campagnardes, où les postes à responsabilités sont majoritairement occupés par les hommes. Les femmes ont peu de chances d’y accéder et celles qui y

    le besoin des jeunes de paraître comme des «bon·ne·s citoyen·ne·s» en allant voter leur permet de se différencier

    parviennent sont souvent intégrées dans des moments de tensions, où leurs compétences relationnelles sont sollicitées ou lorsque de nombreux postes à responsabilités sont vacants. De cette différenciation des tâches découlent des inégalités dans la valorisation des compétences acquises au sein de l’association, notamment dans le monde professionnel. De manière à première vue surprenante, les femmes de ce milieu associatif sont conscientes de faire des tâches différentes de celles des hommes mais n’ont pas le sentiment d’être discriminées, car elles maîtrisent des domaines indispensables pour l’association.

    Gaëlle Dubath