• Une plongée au coeur des désirs féminins

    Une plongée au coeur des désirs féminins

    © Catia Rossi

    CINÉMA • Cette semaine, Genève accueille la 30ème édition du Geneva International Film Festival (GIFF). Parmi les nombreuses œuvres présentées, deux films diffusés ce mercredi 6 novembre ont retenu l’attention de L’auditoire : All We Imagine as Light de Payal Kapadia et Diva Futura de Guilia Louise Steigerwalt. Bien que très différents dans leur forme et leurs propos, ces films explorent chacun, à leur manière, le désir féminin et la quête de liberté.

    Un désir étouffé : All We Imagine as Light

    Dans son premier long-métrage de fiction, la réalisatrice indienne Payal Kapadia livre une œuvre intime et poignante. L’histoire se déroule dans la mégalopole bruyante de Mumbai, où l’on suit les deux protagonistes, Pranka et Anu, dans les aléas de leur vie sentimentale et matérielle. La première, Pranka, infirmière dévouée, vit dans l’attente d’un mari absent et résiste aux avances d’un collègue. Elle incarne la résignation face aux normes sociales en vigueur et l’attache aux traditions. Anu, plus jeune, fougueuse et moderne, vit un amour interdit avec un homme d’une autre religion, dans une société qui condamne ce genre de relation. Malgré leurs différences, une profonde amitié naît entre ces deux femmes, qui se reconnaissent dans leur lutte pour concilier devoirs imposés et désirs profonds. Le film, enrichi par la présence d’une troisième femme plus âgée confrontée à ses propres défis, offre une réflexion bouleversante sur les carcans qui emprisonnent les femmes en Inde. Récompensé par le Grand Prix du jury à Cannes, All We Imagine as Light est une œuvre immersive, sincère et empreinte d’humanité, qui capture avec brio l’intimité et la vulnérabilité de ses personnages.

    Ces deux films proposent un questionnement profond sur la façon dont on se perçoit nous-même et nos désirs.

    Un désir galvaudé : Diva Futura

    Dans un registre tout à fait différent, Diva Futura, deuxième film de Giulia Louise Steigerwalt, s’aventure dans l’univers quelque peu excentrique de l’industrie pornographique italienne des années 1980. Inspiré de la célèbre maison de production Diva Futura, fondée par Riccardo Schicchi, le film se situe entre le biopic et la biographie romancée dans un genre qualifié d’« excentric porn dramedy ». On y suit le parcours ambitieux de ce trentenaire italien qui a révolutionné le film érotique, déterminé à sublimer le sexe à travers ses films. Tour à tour, on apprend à connaître les figures féminines emblématiques qu’il a propulsé comme Moana Pozzi et Ilona Staller, alias la Cicciolina, qui finira députée italienne. Ces femmes, icônes de sensualité libre, assument leurs choix tout en affrontant critiques, agressions et préjugés. Vibrant et drôle, le film évite les jugements moralisateurs, préférant explorer avec nuance les sacrifices et les victoires d’une carrière dans cette industrie controversée.

    Un double regard sur le désir féminin

    Ces deux films, en apparence opposés, posent des questions essentielles sur la liberté et les contraintes qui entourent le désir féminin. A travers des récits sincères et audacieux, ils dépeignent des femmes qui tentent de s’affranchir des normes sociales qui mettent souvent celles-ci dans des positions contradictoires et délicates. Ces œuvres, immersives et percutantes, invitent les spectateur·ices à célébrer le courage de ces femmes qui avancent malgré tout, et nous offrent accessoirement un petit coup de boost pour s’affirmer pleinement !

    Allez vous délecter d’un large choix de films au GIFF jusqu’au 10 novembre.

    Alexandra Bender

  • Capturer « La Vie Rapide »

    Capturer « La Vie Rapide »

    ©lavierapide

    INTERVIEW • Kevin, plus connu sous son nom d’artiste La Vie Rapide, est un jeune tatoueur genevois qui vit et travaille actuellement à Paris. Spécialisé dans le lettrage, les mots qu’il tatoue donnent une voix aux histoires, aux souffrances ou aux espoirs de ses client·e·s. L’auditoire a eu la chance de rencontrer cet artiste sincère et passionné.

    Tu as d’abord travaillé dans le social. Comment es-tu arrivé au tatouage ?

    Depuis mes 16 ans, j‘ai toujours travaillé dans le social. J’ai travaillé dans plusieurs domaines, mais j’étais surtout avec les jeunes, en foyer. J’ai toujours eu le lien facile avec les gens et ce besoin de les aider. Depuis petit, je suis très créatif, j’adore la musique, la photo et j’écris beaucoup. Très jeune, je voulais déjà avoir beaucoup de tatouages, cet art me fascinait.

    La vie est si fragile, même si elle est compliquée, il faut la chérir et en profiter

    Durant le premier confinement, j’avais des horaires allégés, j’ai donc pu m’intéresser plus sérieusement au tatouage. À cette période, je commençais à fréquenter un salon de mon quartier et les gens dont je me suis rapproché m’ont poussé à me lancer. Depuis que c’est mon métier, cela a changé ma vie, je me rends compte désormais que si j’aime quelque chose, je peux le faire.

    Quelle est l’origine de ton nom La Vie Rapide ?

    C’était déjà mon nom sur Instagram un an avant que je tatoue, c’était donc un concept qui m’était propre. Au début, il y avait cette idée de fast life, je travaillais beaucoup et je faisais plein de trucs à côté, j’avais et j’ai toujours ce besoin constant de mouvement. Si je dois donner une définition plus globale de La Vie Rapide, c’est tout simplement que la vie est très courte et qu’elle ne tient à rien. Il faut utiliser cette vie pour faire quelque chose qui nous plaît. La vie est si fragile, il faut la chérir et en profiter, malgré le fait qu’elle soit compliquée.  

    Tu tatoues principalement des phrases. D’où te vient cet attrait pour les mots ?

    J’ai toujours énomément écrit car je me retrouvais beaucoup dans l’écriture. J’ai ce rapport aux mots, où j’ai plus de facilité à exprimer de manière intense les émotions par écrit. La musique m’a également beaucoup inspiré. Les paroles ont toujours été pour moi un vecteur d’émotions.

    Quel est, selon toi, le pouvoir du tatouage ?

    Le tatouage est puissant. Lorsque tu te tatoues, c’est la réapropriation de ton corps : tu décides ce que tu en fais et personne ne peut te l’enlever. Par exemple, quand j’étais petit, je détestais mes bras, mais depuis je suis tatoué c’est devenu la partie préférée de mon corps.

    Nous trouvons ensemble le tatouage qui correspond à son histoire

    Dans la vie, les modes sont éphémères, mais le tatouage, lui, est permanent : tu mourras avec. Personnellement, je change énormément de centre d’intérêt et je passe vite à autre chose. Les tatouages que j’ai me sortent de ce truc, où je suis constamment en mouvement, cela me permet d’être plus ancré avec moi-même.

    Comment se passe le processus de création avec les client·e·s ?

    Il y a plusieurs possibilités, soit les gens me contactent pour un flash, soit ils.elles me contactent pour me parler de leur projet personnel ou alors sur le projet « Raconte-moi ». Le projet « Raconte-moi » c’est un concept que j’ai créé.

    La lecture derrière la volonté de tatouer ses cicatrices est propre à chacun·e

    Lorsqu’une personne a envie de se faire tatouer quelque chose en lien avec son histoire ou en lien avec une émotion, nous organisons une discussion pour parler de ce qu’elle a vécu. À la fin de la discussion, nous trouvons ensemble la phrase et nous faisons le tatouage qui correspond à son histoire, le jour même. À mes yeux, ce partage est essentiel.

    Tu tatoues parfois sur des cicatrices de scarification. Est-ce que tu y vois une dimension thérapeutique ?

    Je tiens tout d’abord à préciser que je ne fais pas du tatouage thérapeutique, je n’ai pas de formation de thérapeute, toutefois je peux comprendre que se faire tatouer soit une forme de thérapie et que cela fasse du bien. Je n’aime pas cette idée de vendre mon travail pour sauver. Il est vrai que je tatoue des mots forts, souvent liés à la thématique de la santé mentale. À travers mon parcours, j’ai donc travaillé avec plusieurs personnes qui avaient des cicatrices de scarification. Il est important de dire que je ne les recouvre pas, mais que je tatoue par-dessus. La lecture derrière la volonté de tatouer ses cicatrices est propre à chacun·e. Certain·e·s me disent qu’ils.elles ne veulent plus les voir, mais qu’ils·elles veulent y voir un message positif tandis que d’autres se tatouent pour ne plus se faire du mal.

    Vois-tu une dimension sociale derrière ton métier ?

    Oui totalement. Je dirais que c’est la continuité d’une forme de travail social qui passe par le tatouage. Des gens viennent vers moi pour me raconter leur histoire, ils·elles s’ouvrent à moi et me confient leur corps. Je ne me vois pas les tatouer sans un minimum de contact humain. Il y a beaucoup de rencontres qui me rendent très sensible. C’est une question d’équilibre : il faut être dans l’empathie, mais se créer une bonne protection.

    Quelle est la plus grande leçon que tu as apprise en tant que tatoueur ?

    Je suis quelqu’un de très exigeant avec moi-même, surtout lorsqu’l s’agit du travail. J’ai appris qu’il faut parfois lâcher prise. Dans le travail social, tu apprends que tu ne peux pas aider tout le monde.

    Dans cette quête d’aider les autres, je ne dois pas m’oublier moi

    Ton travail ne peut pas être en constante montée, parfois cela fluctue. Surtout il ne faut pas oublier que dans cette quête d’aider les autres, je ne dois pas m‘oublier moi. Je dis souvent la phrase « prends soin de toi », mais il faut parfois aussi que je me le dise à moi-même. J’ai également compris qu’en aidant les autres, je me soignais moi-même. Dans la profession de tatoueur·euse, il y a parfois des moments très compliqués, surtout quand on est indépendant, mais je suis très reconnaissant d’avoir le privilège de pouvoir faire un métier qui me passionne.

    Propos recueillis par Sarah Pfitzmann

  • Les Krafft, coeurs en éruption

    Les Krafft, coeurs en éruption

    VOLCANOLOGIE • Katia et Maurice Krafft ont marqué l’histoire de la volcanologie. Leurs expéditions filmées ont capturé des images spectaculaires de volcans en éruption, offrant un regard inédit sur ces forces de la nature

    Originaires d’Alsace, Katia, géochimiste née en 1946, et Maurice, géologue né en 1942, se sont rencontrés à l’université. Ayant grandi tous deux dans les décombres de l’Alsace de l’après-guerre, le monde leur paraissait dangereux et incertain. Ils se sont alors tous deux réfugiés dans le monde des mystères naturels. Leur amour s’est très rapidement développé autour de leur passion ardente partagée. Avec peu de moyens, ils sont partis en expédition sur de nombreux volcans actifs, parfois même en éruption. Face à ces explosions de lave, de roches et de gaz, ils étaient à la fois fascinés et confrontés à leur humble condition, se sentant minuscules devant la puissance de la nature. Conscients – mais indifférents – des risques, ces passionnés n’hésitaient pas à s’approcher au plus près des cratères, la curiosité scientifique étant plus forte que la peur. Les amoureux préféraient une vie intense et courte à une existence longue et monotone.

    Rêver d’un monde où les volcans ne tueraient plus

    Volcans et vies en éruption

    Les Krafft ont dédié leur vie à ces géants en feu, faisant le choix de ne pas avoir d’enfants pour se consacrer entièrement à leur passion. Leur approche des volcans s’éloignait des classifications traditionnelles, chacun de ces géants étant unique à leurs yeux. Ils ont œuvré pour le progrès scientifique tout en capturant des images spectaculaires, laissant un héritage visuel qui durerait au-delà de leur existence. Les deux scientifiques se complétaient de par leur spécialisation dans des domaines différents. Une grande partie de leur travail a contribué à rendre les systèmes de prévention des éruptions plus efficaces. Maurice rêvait d’un monde où les volcans ne tueraient plus.

    Un refuge face à la désillusion

    Attiré par la puissance brute de la nature, le couple trouvait dans cette fascination un refuge face à leur désillusion envers l’humanité. Alors qu’à leurs yeux le monde semblait dysfonctionnel, les volcans représentaient une force plus grande que les préoccupations humaines, un défi mystérieux qu’ils cherchaient à comprendre. Finalement, leur fascination pour les volcans les mena jusqu’à la mort. Le 3 juin 1991, les Krafft per- dirent la vie, côte à côte, lors de l’éruption du mont Unzen, au Japon. Le documentaire «Fire of love», réa- lisé par Sara Dosa, rend hommage à leur travail et met en avant que leur amour explosif s’est à jamais fossilisé dans les roches de l’histoire de la volcanologie.

    Sarah Pfitzmann

  • Forcethon, courir pour l’espoir

    Forcethon, courir pour l’espoir

    CARITATIF • Le 9 novembre prochain, les bois du Jorat seront parsemés de coureur·se·s et de marcheur·euse·s à l’occasion de la 12e édition du ForcethonTalent, une course dont l’ensemble des bénéfices seront versés à la recherche sur le cancer de l’enfant. Zoom sur ces évènements caritatifs qui allient sport et cause sociale.

    Organisée par le Service des Sports de l’Unil-EPFL et l’École Hôtelière de Lausanne, la course est en partenariat avec la fondation FORCE (Fondation pour la Recherche sur le Cancer de l’Enfant). En 2012, la course, qui s’appelait depuis sa création en 1981 le Trophée du Talent – du nom du cours d’eau suivant le parcours –, s’est associée à la fondation dans le but de recueillir du financement. Très différent des cancers de l’adulte, le cancer de l’enfant nécessite toujours plus de recherches fondamentales et cliniques afin d’améliorer les traitements et soins proposés aux jeunes souffrant de la maladie. FORCE soutient différents domaines de recherche en oncologie pédiatrique, de l’épidémiologie à la psycho-oncologie. Le ForcethonTalent propose des distances pour tout âge et niveau (de 1.1 à 11.6 km), avec un parcours à travers la forêt, à deux pas de la ville, dans une atmosphère chaleureuse.

    Courir pour une cause, la nouvelle norme ?

    Le 1er septembre 1980, alors que le Trophée du Talent prenait jour, Terry Fox mettait fin du Marathon de l’Espoir, son périple à travers le Canada, après 143 jours consécutifs de course. Le Canadien de 22 ans s’était fait amputer de sa jambe droite à la suite d’un cancer alors qu’il avait 18 ans. À l’aide de sa jambe artificielle, son objectif était de courir près d’un marathon par jour, d’un océan à l’autre, afin d’amasser des fonds pour la recherche sur le cancer.

    Les courses caritatives fleurissent de partout

    Bien que la maladie l’ait empêché de compléter son défi, il a su amasser des millions de dollars tout en sensibilisant la population du pays à sa cause. Aujourd’hui, les ocurses caritatives semblent fleurir de partout, uqu’elles soient organisées ou individuelles. Ces évènements permettent de soutenir une cause spécifique par le biais d’une association partenaire : financièrement et en termes de sensibilisation, la publicité autour de la course profite en effet grandement à la cause. Le fait de se dépasser soi-même en courant donne un sens au don monétaire, moins abstrait qu’un don anonyme. C’est également une motivation supplémentaire à s’entraîner et atteindre son objectif à travers une activité qui peut parfois sembler solitaire. Si ces courses solidaires vous intéressent, il est possible de s’inscrire au ForcethonTalent jusqu’au 6 novembre, et de découvrir à la fois les bois colorés du Jorat, une cause qui tient à cœur et, peut-être, une nouvelle passion pour la course à pied !

    Alice Côté-Gendreau

  • CAP2037: L’Unil au vert

    CAP2037: L’Unil au vert

    © Thomas Antille

    DURABILITÉ • Le climat, c’est l’affaire de tous·tes, et l’Unil ne fait pas exception. Comment l’institution compte-elle réduire son impact écologique tout en assurant son efficacité future? Exploration de la stratégie de transition écologique à l’Unil avec Julien Meillard, adjoint du Vice-recteur Transition écologique et Campus.

    CAP2037, c’est le nom donné à la stratégie de transition écologique de l’Unil. Un plan dont les objectifs sont alignés avec ceux de l’Accord de Paris: baisser les émissions de CO2 pour limiter le réchauffement climatique à moins de deux degrés, et atteindre la neutralité carbone d’ici 2050.

    Quantifier l’impact écologique de l’Unil

    Bien que cet accord ait été critiqué par de nombreux·ses expert·e·s pour son absence de réelle contrainte juridique pour non-respect des dates butoirs, Julien Meillard explique qu’il a été choisi avant tout car c’est le seul traité du genre ayant été choisi avant tout car c’est le seul traité du genre ayant été ratifié par la Suisse. De plus, il souligne que CAP2037 s’applique également à respecter les « limites planétaires », ces différents seuils que l’humanité devrait s’appliquer à ne pas dépasser sous peine de compromettre les conditions favorables à la vie sur terre. Ces limites sont également reprises par le « donut de l’Unil », le cadre conceptuel choisi pour la stratégie de transition. Un choix permettant notamment d’inclure l’impact de l’Unil sur la biodiversité globale, en évitant de se concentrer uniquement sur les émissions carbones.

    Le « donut de l’Unil », c’est quoi ?

    Le cadre conceptuel sur lequel se base « le donut de l’Unil » a été imaginé par l’économiste Kate Raworth en 2017. Celui-ci a pour but d’allier les limites planétaires (par exemple, la qualité de l’art ou l’impact sur la biodiversité globale) avec des planchers sociaux (par exemple, la santé mentale et physique ou encore la cohésion sociale), qui doivent tous deux être maintenus pour « dessiner un espace juste pour l’humanité ». Le donut permet de visualiser le dépassement de ces limites par l’Unil ainsi que la portion de ce dépassement causée directement par l’institution. Julien Meillard précise en effet que si l’Unil a sa part de responsabilité dans tous les domaines, certains de ces paramètres sont difficilement influençables, car ils ne dépendent que très peu de l’université. Par exemple, la qualité de l’air souffre de la pollution induite par les autoroutes qui entourent le campus. Le « donut de l’Unil » permet donc de quantifier son impact écologique et sa responsabilité, tout en incluant les aspects sociaux à maintenir durant la transition.

    Des objectifs co-construits par tous·tes

    Une fois le diagnostic établi, encore faut-il régler le problème. Durant l’année académique 2022-2023, une Assemblée de transition, composée de 60 personnes, a été tirée au sort pour proposer des objectifs de transition ambitieux. L’Assemblée comprenait une part égale d’étudiant.e.s, de membres du corps administratif et technique, de membres du corps intermédiaire et de professeur·e·s. Ces catégories comprenaient chacune au moins un·e représentant·e par faculté, le tour respectant une parité de genre. Les conditions cadres ont été développées avec l’aide de politologues pour que l’Assemblée soit la plus diversifiée possible. Ensemble, ces membres ont proposé 28 objectifs et 146 pistes d’action qui comprennent par exemple les projets de limiter les déplacements en avion ou l’achat de matériel informatique neuf.

    Et le futur ?

    Actuellement, la Direction de l’Unil poursuite sa démarche en mobilisant ses services et facultés afin de mettre en place des mesures visant à atteindre ces objectifs. Une directive dissuade notamment les membres de l’Unil de prendre l’avion pour les destinations se trouvant à moins de dix heures de train de Lausanne, en supprimant le remboursement du billet d’avion pour ces trajets.

    « S’approprier ces objectifs et contribuer à les réaliser à son niveau »

    Quant aux constructions planifiées prochainement sur le campus, Julien Meillard explique que leur impact a déjà été pris en compte dans les calculs réalisés dans le cadre de CAP2037. Certains de ces bâtiments vont cependant contribuer à atteindre les objectifs de transition. La future centrale de chauffe de l’eau du lac, par exemple, va ainsi permettre à l’Unil de se passer d’énergie fossile pour le chauffage des bâtiments d’ici 2027. « Tout l’enjeu, maintenant, c’est que chacun·e s’approprie ces objectifs et contribue à les réaliser à son niveau », conclut Julien Meillard.

    Marine Pellissier

  • Des universités bondées?

    Des universités bondées?

    UNIVERSITÉS Depuis les années 1990, les effectifs estudiantins au sein des universités ne cessent d’augmenter. Cette problématique pose aujourd’hui des questions organisationnelles cruciales aux institutions les hébergeant. Discussion avec Giorgio Zanetti, vice-recteur de l’Université de Lausanne et responsable de l’enseignement et des affaires étudiantes.

    Le 20 septembre 1990, les universités suisses mettent fin aux vacances et laissent accéder aux amphithéâtres 86’000 étudiant·e·s. le 17 septembre 2024, alors que les Hautes Ecoles Universitaires (HEU) ouvrent le semestre d’automne 2024, 170’000 étudiant·e·s franchissent leurs portes. Cette augmentation impressionnante des effectifs suisses trouve ses causes dans des évolutions démographiques et sociétales. En effet, alors qu’aucune université n’a été fondée en Suisse depuis trente ans, c’est surtout l’explosion du nombre de femmes et d’étranger.ère.s dans les académies qui explique ce bond. Alors que ces deux catégories représentaient respectivement 39% et 19% des effectifs au début des années nonante, ils·elles sont aujourd’hui 52% et 34% dans les murs des alma mater romandes, alémaniques et tessinoises.

    Un défi structurel

    Malgré cette impressionnante augmentation numérale des étudiant·e·s universitaires suisses, les institutions les accueillant semblent appréhender ces chiffres d’une manière pragmatique et plutôt confiante. Le vice-recteur de l’Université de Lausanne et professeur dans la Faculté de biologie et médecine, Giorgio Zanetti, nous explique qu’il « ne qualifierai[t] pas cela d’une mauvaise chose. Notre attitude n’est pas de vouloir grandir, il n’y a pas de démarche active ; en revanche, il y a une volonté de répondre aux besoins. C’est un défi, mais je ne voudrais pas le qualifier de menace, parce que s’il n’y a plus de personne qui veulent faire une formation universitaire et venir chez nous, très bien, il faut qu’on y répondre le mieux possible. »

    « L’Unil ne veut pas devenir une université à distance »

    Il est important de mentionner que depuis la pandémie de COVID-19, les effectifs se sont stabilisés. Mais la Confédération n’exclut pas une recrudescence de nouvelles immatriculations au sein des HEU. Dans un rapport publié en 2022, l’Office Fédéral de la Statistique prévoit en effet une augmentation de 15% du nombre d’étudiant·e·s universitaires d’ici 2031. Un tel changement impliquerait forcément des adaptations structurelles, parfois mises à mal par les temporalités asymétriques d’un ajustement du campus (bâtiments à construire, modalités d’enseignement à adapter, personnel technique à structurer, etc.). de plus, ces modifications structurelles des sites des universités, notamment à l’Unil, posent des questions supplémentaires. Selon Giorgio Zanetti, « on se rend compte qu’il y a une certaine tension entre répondre avec des locaux appropriés et la responsabilité écologique, car on n’aimerait pas une empreinte au sol pire que ce qu’elle est maintenant ou sacrifier des espaces verts ».

    Conserver la qualité

    Ces contraintes matérielles s’imposent aux universités suisses et viennent ajouter une considération aux enjeux de l’enseignement, qui représentent aux aussi une composante très importante de l’augmentation des effectifs étudiants. Dans leur « Stratégie relative à l’évolution des effectifs étudiants au sein du Domaine des Écoles Polytechniques Fédérales », le Conseil des EPF, organe de direction de l’EPFL et de l’ETH, s’inquiète de devoir changer les modalités d’enseignement et que cela impacte considérableemnt la qualité de l’enseignement. Giorgio Zanetti partage cette inquiétude, mais se veut moins alarmiste : « la courbe des subsides que nous donne le canton et la courbe de notre personnel ont suivi la même pente que la courbe du nombre de nos étudiant·e·s, on a donc pu garder le même taux d’encadrement ».

    « La Direction ne souhaite pas d’augmentation des taxes »

    En revanche, cela n’exclut pas une certaine adaptation des facultés concernées, le vice-recteur se demande : « est-ce qu’on met beaucoup de cours à option à tout petits groupe qui consomment, si j’ose dire, beaucoup d’enseignant·e·s ? Est-ce qu’on fait des TP à petits groupes ou des activités à groupes plus grands ? Voilà des outils de régulation que les facultés peuvent avoir, sur une temporalité plus agile ». Le télétravail reste lui aussi une solution à disposition des facultés, tout en gardant à l’esprit que l’Unil « ne veut pas devenir une université à distance ».

    Numerus clausus ?

    Pour que cette pratique et celle de la recherche puissent continuer à se faire de manière qualitative, les HEU se préparent à mettre en place d’autres mesures à l’avenir.Alors que la question de l’augmentation des taxes pour les étudiant·e·s étranger·e·s fait beaucoup parler à l’EPFL, l’Unil ne semble pour l’instant pas prendre cette voie-là. « La question des taxes est en réalité politique, l’Unil n’a pas la compétence de choisir son montant. Cela dit, la Direction actuelle ne souhaite pas d’augmentation de taxes », précise Giorgio Zanetti, ajoutant que le niveau plutôt bas de ces dernières « est une force du système suisse ». la question du numerus clausus répond à la même logique. Si mise en place il y a (sans prendre en compte la situation complexe des études de médecine), la décision reviendra au Grand Conseil vaudois ou au Conseil d’État, et reste ainsi plus incertaine à l’avenir. Le vice-recteur de l’Unil insiste : « tant que c’est gérable, nous préférons être ouverts, accueillants, d’offrir la possibilité de suivre un projet de formation », mais il nuance aussi, précisant que « ce n’est pas impossible un jour que nous soyons contraint de resserrer le goulet ». la situation ne pousse donc pas à l’urgence, mais il n’est pas exclu qu’à un moment, ces préoccupations retrouvent le devant de la scène et n’aillent pas forcéement dans le sens des étudiant·e·s.

    Simon Zbinden

  • TP gratuits: utopie?

    TP gratuits: utopie?

    TRANSPORT PUBLIC • L’initiative pour les transports publics abordables vient d’être invalidée en septembre par le Conseil d’État vaudois. AG!SSONS, collectif qui œuvre pour cette campagnes, revient sur cette décision.

    Les transports publics suisses sont vus comme pionniers au niveau international, avec une couverture du réseau jusqu’à des zones reculées et une ponctualité élevée. Même si la majorité des Suisses se rendent au travail en transports publics, 69% des kilomètres sont en moyenne effectués avec la voiture en 2021. La Suisse ayant signé divers accords comme celui de Paris en vue de faire baisser ses émissions carbones, le prix reste un frein pour le passage de la voiture aux transports publics.

    Des refus consécutifs

    C’est dans le cadre d’une prise en compte des problématiques écologiques et sociales que des initiatives demandant la gratuité des transports publics ont été lancées dans plusieurs cantons dont Genève, Fribourg, Neuchâtel et, dans le cas vaudois, un dépôt en 2022 par divers mouvements dont Ensemble à Gauche, POP, les Jeunes Vert·e·s et d’autres. Le Tribunal Fédéral a invalidé l’initiative de Fribourg en 2023, ce qui a conduit aux invalidations dans les autres cantons bien que ces derniers avaient une marge de manœuvre pour accepter ou non cette décision. Dès lors, un abonnement valable sur le territoire cantonal à 40 CHF (qui correspond symboliquement au prix d’une vignette autoroutière) a été proposée. Le Conseil d’Etat l’a de nouveau invalidé en septembre dernier et à chaque fois, l’article 81 de la Constitution est invoqué. Celui-ci qui dit que « les prix payés par les usagers des transports publics couvrent une part appropriée des coûts ». Selon les opposant·e·s à l’initiative, la gratuité n’impliquerait pas forcément un report modal de la voiture aux transports publics. La mobilité ne devrait ni être trop bon marché car cela risquerait de faire saturer le système en faisant exploser la demande, ni trop chère pour ne pas empêcher que les usager.ères de la voiture passent aux transports publics. Pourtant, aucun chiffre ni échelle n’ont été données pour savoir à quoi correspondraient des « coûts appropriés ».

    Proposition de financement par l’impôt

    D’après Steven Tamburini, responsable au sein d’AG!SSONS de la campagne pour des transports publics abordables, un financement par l’impôt serait plus adéquat pour qu’il y ait le moins de freins pour les usagers car « le financement par les usager·ère·s pèse de manière disproportionnée sur les plus petits et moyens revenus, l’impôt lui est beaucoup plus solidaire ». Ces décisions montrent que nous allons vers une privatisation de plus en plus grande de ce secteur. De plus, cela nuirait à l’accessibilité des transports publics. Il dénonce aussi une forme d’instrumentalisation de la Constitution du côté adverse, l’origine du texte faisant référence au fait de sécuriser un certain financement, mais pouvant être interprété de différentes manières. De plus, ces refus pour le comité d’initiative vont à l’encontre des droits populaires car ils empêchent un débat démocratique et aux citoyen.ne.s de voter sur ce sujet.

    Un choix de société ?

    Pourtant, des exemples de gratuité existent comme en France, à Montpellier, Dunkerque et au Luxembourg. On observe dans la plupart des cas un report modal significatif de la voiture aux transports publics, même s’il manque encore des études à ce sujet. Il existe aussi en Autrice le « KlimaTicket » (ou « Billet climatique »), lancé et financé par le gouvernement formé de la droite libérale et les Vert·e·s. Cet abonnement général coûte quatre fois moins cher qu’en Suisse.

    « L’impôt est beaucoup plus solidaire »

    D’après AG!SSONS, les transports publics abordables et gratuits, avant d’être une question de coût, sont un choix éminemment politique, et doivent être considérés en continuité avec d’autres initiatives comme les prochaines votations concernant les autoroutes, dont le budget s’élèvera au moins à 5 milliards.

    Elena Deiana

  • Conditions de participation au Prix littéraire de la Sorge, édition 2024

    Conditions de participation au Prix littéraire de la Sorge, édition 2024

    Le Prix de la Sorge, organisé par L’auditoire fait son grand retour pour l’édition 2024! Comme chaque année depuis 1995, ce concours littéraire récompense les plus belles plumes du campus Unil-EPFL. Il est ouvert à toute la communauté universitaire. Tous·tes les étudiant·e·s, doctorant·e·s, professeur·e·s, assistant·e·s et membres du personnel administratif ou technique à l’Unil ou l’EPFL sont libres d’y participer.

    Le thème de l’édition 2024 est « Tourner en rond ». Nous attendons un texte en français d’une longueur maximale de 25’000 caractères (espaces compris), dans la forme et le genre de votre choix, d’ici au 13 novembre 2024 à 23h59

    Conditions de participation à lire attentivement

    Le texte ne doit pas avoir déjà été soumis à un autre concours, primé (par une édition précédente du Prix de la Sorge ou un autre concours) ou publié. Un seul texte par personne peut être envoyé. Le Prix de la Sorge est réparti entre trois lauréat·e·s. Les candidat·e·s sont prié·e·s d’envoyer leur texte en format PDF par courriel à l’adresse auditoire@gmail.com. Afin de maintenir l’anonymat, les informations personnelles (incluant la signature) ne doivent pas être inscrites dans le texte, mais uniquement dans le courriel d’accompagnement. Nous vous demandons d’y inclure vos nom, prénom, date de naissance, adresse courriel, numéro de téléphone et faculté/section et école, ainsi que la mention suivante suivie de la date et d’une signature : 

    « Je confirme que les données ci-dessus sont exactes, que [titre de votre texte], envoyé pour le Prix de la Sorge 2024, n’a pas déjà été publié ou primé et qu’il a été composé par mes soins. J’autorise les organisateur·ice·s du concours à publier mon nom, mon texte ou des extraits de leur choix et, dans le cas où je serais primé·e, à communiquer aux médias mon nom, mon texte et mes coordonnées. »

    Les textes seront jugés par un jury réunissant les univers littéraires de l’édition, de l’université, de l’écriture et de L’auditoire.

    La cérémonie de remise des prix, qui aura lieu le mercredi 27 novembre 2024 dès 18h30 à la Grange, est ouverte à tous·tes les candidat·e·s, mais aussi à tout·e passionné·e de littérature. Vous y découvrirez des extraits des textes primés, en alternance avec des interludes musicales.

    Au plaisir de vous lire !

  • Géopolis occupé

    Géopolis occupé

    CAMPUS Alors que la vie académique reprend gentiment son cours sur le campus, l’occupation de Géopolis en mai dernier et la mobilisation étudiante pour la Palestine n’ont pas fini de faire parler. Événements, revendications et débats, retour sur ce mouvement d’envergure avec des membres du collectif Camp’Unil’Pal.

    La mobilisation pour la Palestine a rassemblé une coalition inédite de personne, politisées ou non – et, le cas échéant, issues de cultures politiques très diverses : écologiste, zadiste, autonome, antifasciste, anticapitaliste et queer – et ayant des besoins différents. Dans ces conditions, « la cohésion au sein même du mouvement représentait un enjeu majeur », selon une membre du collectif marquée par cette expérience de vivre-ensemble, où  « [les] diversités  pouvaient s’exprimer pleinement ». Au bout de quelques jours seulement, le hall de Géopolis est devenu le centre d’une attention médiatique et publique importante, y compris à l’international. Le mouvement a par ailleurs été suivi par une cascade d’occupations dans d’autres campus du pays. À l’Unil, étudiant.e.s et membres de la société civile se sont retrouvé·e·s pour assister à deux assemblées générales par jour, à des conférences, à des projections et à des ateliers artistiques ou d’auto-formation au droit de manifester. Lors de quelques manifestations qui ont ponctué les négociations avec le Rectorat, « la priorité était de garantir que l’espace reste ouvert et sûr pour tous·tes les participant.e.s, tout en évitant au maximum une confrontation avec les autorités », selon les explications d’un autre membre du collectif responsable du service d’ordre.

    Au cœur d’un débat de société

    L’occupation de Géopolis a rencontré de nombreux soutiens parmi les enseignant.e.s et chercheur·e·s de l’Unil – par moins de quatre cent d’entre eux·elles ont signé une lettre de soutien – ainsi qu’auprès de député·e·s du Grand Conseil vaudois et du Parlement suisse. En même temps, une contre-pétition, intitulée « UNIL : Pour la liberté académique » a été signée à ce jour par 156 enseignant.e.s et chercheur·e·s. de l’université. En outre, un sondage de la RTS lancé le 6 mai montre une opinion plus divisée encore de son public : sur 1574 participant.e.s, 49% considéraient comme positives les manifestations universitaires, contre 51% qui les désapprouvaient. Parmi les critiques, un argument régulièrement invoqué était que la politique n’avait pas sa place à l’université, lieu de construction de savoirs et de débats scientifiques.

    Le collectif nous a confirmé être toujours en contact avec la Direction

    Aux antipodes de cette idée d’une tour d’ivoire académique, l’un des membres de Camp’Unil’Pal nous a rétorqué que « l’institution académique n’est pas neutre : elle est traversée par des rapports de pouvoir et des influences économiques et politiques en tant qu’étudiant.e.s, nous avons voulu réaffirmer que l’université […] a la responsabilité de soutenir des causes justes, de se positionner et d’offrir un espace où les voix dissidentes peuvent se faire entendre. »

    Contacts avec le Rectorat

    C’est à de tels échanges qu’incitait le rapport sur les collaborations de l’Unil avec des universités israéliennes, publié par le collectif le 14 mai dernier. Mais l’initiative n’a pas trouvé le relais escompté chez les médias ou la Direction de l’Unil, comme le déplore aujourd’hui un des membres chargés du travail de recherche : « ce que je retiens surtout, c’est que la Direction n’a pas voulu lire le rapport, et que j’aurais souhaité que ce rapport encourage les médias à s’intéresser à nos revendications, plutôt qu’au seul rapport de force avec la Direction. » À ce sujet, le collectif nous a confirmé être toujours en contact avec la Direction, pour suivre les avancées de la cellule d’expert.e.s mise en place pendant l’été pour évaluer les collaborations avec des instituts scientifiques en contexte de conflit armé.

    Épilogue… et suite

    Si on ignore quelle direction va prendre le mouvement en fonction des conclusions de cette commission et des décisions du Rectorat, les enjeux sont nombreux, à en croire la tension qui a traversé les derniers jours de l’occupation. Une autre membre de Camp’Unil’Pal, active dans les négociations, se souvient entre autres des pressions politiques : « Frédéric Borloz, le conseiller d’État en charge de l’enseignement supérieur, voulait une intervention policière ; il y avait aussi une campagne politique et médiatique contre nous de députés du Grand Conseil. »

    « Quand on se mobilise et qu’on est ensemble, on peut gagner des choses »

    Elle nous raconte aussi le jour où, devant le risque d’arrestation et d’intervention policière  – qui s’étaient déjà produites à Genève, à Zürich et à l’EPFL – le collectif a décidé d’évacuer Géopolis : « On est quand même sorti·e·s en faisant une grande manifestation sur le campus, avec une conférence de presse où ont été mises en avant des choses graves qui se sont passées du point de vue de la liberté académique et de la présence policière sur les campus. » Pourquoi, alors, a-t-il fallu en arriver là ? « Je pense qu’on ne se rend pas compte », nous dit cette même membre, « de l’impact que ça a sur nous de voir des images de génocide en temps réel. L’occupation était aussi un des premiers espaces à la fois d’action et de deuil collectif. C’est vrai que, avant, tu te sentais impuissante, tu allais peut-être aux, mais rien ne changeait concrètement ; je pense que c’est aussi pour ça que ça a fonctionné. Maintenant, il est important de remobiliser les personnes qui sont venues et qui ont senti ce truc : quand on se mobilise et qu’on est ensemble, on peut gagner des choses et construire un rapport de force. »

    Anthony Gérard

  • Entre l’eau et nous

    Entre l’eau et nous

    © Alice Côté-Gendreau

    JARDINS 24 • Pour sa septième édition, Lausanne Jardins a installé des créations naturelles, artistiques et architecturales mettant à l’honneur la place de l’eau dans la ville. L’auditoire vous propose une balade sur les rives du Léman, d’une rivière à l’autre.

    Lausanne Jardin est « une manifestation paysagère » prenant place chaque cinq ans, explique Monique Keller, Commissaire de Jardins 2024. Son objectif est de repenser la végétalisation des villes et notre rapport à la nature en milieu urbain. Lausanne faisant partie du bassin versant du Léman (autrefois lac de Lausanne), l’eau a fortement influencé son développement. Son nom même l’illustre ; le suffixe celtique -onna, de l’ancien nom Lausonna, signifie « cours d’eau ». Au fil des années, notre relation à l’eau a fortement évolué, en parallèle avec l’aspect des rives du lac ; moins de 3% du rivage est encore sauvage, selon la Commission internationale pour la protection des eau des Léman (CIPEL). Le reste a été construit et minéralisé pour diverses installations, du traitement des eaux aux activités sportives en passant par les terrains privés.

    De la Venoge à la Vuachère

    Parmi celles et ceux qui foulent le sol du quartier du Flon, qui sait ce qui se cache sous le béton ? Le Flon est en réalité un cours d’eau qui traverse la ville, désormais enterré sous les pavés et dirigé vers le centre d’épuration de Vidy.

    Qui sait ce qui se cache sous le béton du Flon ?

    Le jardin B09, Rives oubliées, met en lumière son delta d’autrefois, qui rejoignait le Léman comme la Chamberrone et la Vuachère le font encore. Le parcours débute près du campus, à La Rivière augmentée (A01), qui propose une expérience sensorielle le long d’un sentier serpentin suivant le cours naturel de la Chamberonne, maintenant droite. Le son de l’eau y est amplifié et donne l’impression d0être submergée·e  En longeant la rive vers Ouchy, on aperçoit le jardin B06, Recto-Verstant. C’est un mât coloré marquant l’évacuation des eaux épurées et de la pluie dans le lac. Un court-métrage effectué par Jardins 24 retrace d’ailleurs le cycle de l’eau depuis la pluie dans les rues de Lausanne jusqu’aux glaciers alpins. Sans parole, ses images méditatives invitent à la réflexion et nous transportent comme une goutte d’eau dans son périple entre urbanisme et nature sauvage. Le Léman ne se limite cependant pas à ses rives ni à ses affluents. Il se fond dans le littoral et son bassin comporte plusieurs nappes phréatiques qui s’étendent sur plusieurs kilomètres carrés, formant un réseau souvent oublié.

    Les canalisations souterraines, véritables merveilles d’ingénierie, permettent à l’eau de faire un aller-retour entre le lac et la ville, avec une escale à la station d’épuration. L’installation L’Eau sous nos pieds (C06) sort de terres les tuyaux tentaculaires qui peuplent nos souterrains. Le système lausannois fonctionne en effet en cercle fermé. Nous puisons l’eau du lac pour la rejeter après utilisation, d’où l’importance de se rendre compte de notre consommation. Celle-ci est illustrée par une rangée de cuvettes de toilettes, au jardin A105, où chacune d’elles nous lance un cri du cœur : Traite-moi bien ! Jusqu’au 15 octobre, vous pourrez découvrir le Léman d’un autre œil grâce à cette exposition à ciel ouvert, constituée d’une quarantaine de jardins accessibles à tous·tes que vous avez sûrement remarqués au cours de l’été.

    Alice Côté-Gendreau

  • Au fil des œuvres : Créer, entre folie et génie

    Au fil des œuvres : Créer, entre folie et génie

    ART • De l’artiste maudit·e au·à la génie incompris·e, nombreux sont les qualificatifs qui associent l’acte de création à une forme de mal-être. Ce dernier est-il pour autant symptomatique d’une créativité exceptionnelle ?

    « Il n’y a pas de génie sans un grain de folie », affirmait Aristote dans sa Poétique. Depuis l’Antiquité grecque, la thèse d’une corrélation entre folie et génie constitue un véritable mythe, reprise au XIXe siècle par le romantisme, puis par le surréalisme au XXe siècle, alimentant les fantasmes autour de la figure de l’artiste.

    Des œuvres en miroir de la maladie

    Plusieurs noms célèbres ont fait l’objet de spéculations quant à la fragilité et l’instabilité de leur santé mentale, comme Van Gogh, dont la relation épistolaire avec frère nous libre des éléments de sa personnalité et de son tempérament tourmenté. Un désespoir a d’ailleurs été régulièrement interprété dans certaines œuvres du peintre, par l’agitation qui s’en dégage, à l’instar de Champ de blé aux corbeaux, réalisé peu de temps avant son suicide, à l’âge de 37 ans. En littérature, dans le recueil Une saison en enfer, Rimbaud cherche à s’affranchir du carcan de la raison et à explorer des ressentis insoupçonnés en poésie, au moyen d’hallucinations. Des troubles que Maupassant connaît également à la fin de sa vie, atteint de la syphilis, l’écrivain est en effet en proie à de nombreux délires et autres symptômes psychiatriques semblables à ceux dépeints dans sa nouvelle fantastique intitulée Le Horla, dans laquelle le narrateur est traqué par une créature invisible éponyme. A travers les mots et les tableaux, les maux ont ainsi sublimé les créations de ces artistes, les élevant à la postérité, malgré une destruction à la fois psychique et physique.

    Être dément·e, gage de talent ?

    Une étude génétique islandaise, publiée en 2015 dans la revue britannique Nature Neuroscience, a démontré qu’il existe bel et bien un lien entre les métiers créatifs et certaines pathologies mentales. Le psychiatre français Raphaël Gaillard, quant à lui, s’intéresse également aux autres membres de la famille des personnes touchées, car ceux·celles-ci sont susceptibles de développer une fibre artistique. Ces constats méritent cependant d’être nuancés, dans la mesure où les spécialistes s’accordent à dire qu’une trop grande souffrance réduit l’aspiration à créer. La « folie » peut donc réfréner un·e artiste, comme en témoigne le cas de la sculptrice Camille Claudel, qui n’a plus produit aucune œuvre durant les trente dernières années de son internement. D’autres tournent en dérision ce diagnostic, tel que Dalí – au demeurant, controversé par ses prises de positions politiques durant la Seconde Guerre mondiale –, qui s’exclamait : « L’unique différence entre un fou et moi, c’est quoi moi je ne suis pas fou ! ».

    Il existe un lien entre les métiers créatifs et certaines pathologies mentales

    Fou·folle pour certain·e·s, génie pour d’autres ; la notion de « folie » demeure ainsi polysémique et subjective. Toujours est-il que des troubles psychiques ont indéniablement stimulé les démarches créatrices de plusieurs artistes, pour lesquel·le·s la maladie s’est avérée être une étape décisive de leur processus. Au-delà de toute considération médicale, cette souffrance a pu, parfois, révéler un désir contrarié de liberté.

    Justin Müller

  • Des élections scrutées

    Des élections scrutées

    © Eden Alves

    INTERVIEW • Cette année à travers le monde, la moitié de la population totale a été appelée à voter. Pourtant, les violations des libertés fondamentales se multiplient aux quatre coins du globe. L’auditoire est parti à la rencontre de Nadia Boehlen, porte-parole d’Amnesty International Suisse, pour discuter des violations des droits humains en contexte électoral.

    Tout d’abord, pouvez-vous vous présenter à nos lecteur·rice·s?

    Je m’appelle Nadia Boehlen, je suis porte-parole d’Amnesty International, qui est un mouvement présent à travers le monde et dont le but est la défense des droits humains: les droits politiques et civils comme la liberté d’expression ou celle de réunion, mais aussi les droits économiques et sociaux comme l’accès à la santé ou à l’éducation.

    Pour commencer, pouvez-vous nous dire à quoi ressemblent les violations des droits humains dans le contexte électoral?

    Ça dépend du pays observé. Dans un régime déjà illibéral, autoritaire, ou qui présente des déficits de démocratie, on observe généralement une restriction des libertés de manifester, de se rassembler et d’association avec dans les cas les plus graves une poursuite, des disparitions forcées des opposant·e·s ainsi que de leurs proches voire des exécutions extra-judiciaires. Cela a été le cas cette année au Venezuela, où toute une palette répressive a été utilisée; restriction de la liberté de manifester, poursuites disparitions forcées et recours à la torture contre des opposant·e·s, trucage des élections ou encore création d’une application gouvernementale pour dénoncer les personnes ne votant pas pour le président. Israël, qui est sur le papier une démocratie, a dans le cadre de sa guerre à Gaza détérioré la pluralité de la presse et pris des mesures pour diffuser sa propre information sur le conflit en réduisant les voix critiques. Dans les démocraties établies, il y a aussi des atteintes aux libertés et droits fondamentaux. Dans le contexte des législatives françaises, Amnesty a mis en garde contre les discours de haine et des atteintes à la liberté de manifester.

    Cet été, l’erreur de calcul de l’AVS a secoué la politique suisse. Est-ce une erreur inquiétante pour les droits humains?

    Dans le cas du calcul de l’AVS, cette erreur aurait pu inciter à voter différemment. Il s’agit d’un accident très problématique étant donné l’influence qu’il a pu avoir sur les votes, mais si ça reste un raté ponctuel, sur lequel on fait une enquête sérieuse pour que ça ne se reproduise pas.

    Quel rôle joue le numérique, notamment les réseaux sociaux, en contexte électoral?

    Le film The Great Hack a montré comment en proposant des contenus ciblés et des recommandations, Facebook a influencé l’élection de Trump en 2016. Aujourd’hui, les partis et personnalités politiques sont obligés d’intégrer ces médias dans leurs stratégies de communication: sur la scène politique française par exemple, Bardella s’expose beaucoup, ce qui lui permet d’atteindre une partie de la jeunesse qui s’identifie à lui.

    Quelles sont les répercussions de ces nouveaux usages numériques sur les libertés?

    Les réseaux sociaux peuvent être utilisés à la fois pour propager de la désinformation et influencer négativement certaines personnes, mais ils peuvent aussi être un outil pour des campagnes de défense des libertés. On a pu montrer dans plusieurs contextes électoraux que les algorithmes pouvaient avoir des effets très négatifs en façonnant l’opinion ou en contribuant au harcèlement de personnalités politiques. Sur X (anciennement Twitter) par exemple, les campagnes de haine touchent souvent les opposant·e·s aux régimes en place ou/et des personnes issues de groupes minorisés ou des femmes qui, dans le cadre électoral, militent pour leurs droits. La surveillance de masse technologique, en particulier avec les développements récents de la reconnaissance faciale couplée à l’intelligence artificielle, a aussi un impact sur les comportements électoraux et les campagnes que peuvent mener ou non les opposant·e·s: on pourrait potentiellement moins voter, moins manifester si l’on se sait surveilé·e·s. Mais le numérique peut aussi être un catalyseur pour des mouvements en faveur des libertés: on a vu les changements induits par #MeToo, par la grève du climat et le mouvement Black Lives Matter, y compris dans des programmes électoraux qui ont plus pris en compte les revendications de ces différentes mouvances.

    Comment faire des réseaux sociaux un outil qui plutôt que les nuire, sert aux libertés?

    Tout d’abord, il faut rappeler leur responsabilité aux entreprises qui possèdent ces réseaux sociaux. Amnesty les a alertées à de multiples reprises au sujet de disfonctionnements, des mises à disposition de données, de la nécessité d’améliorer les mécanismes de recours ou de plainte en cas d’abus comme des campagnes de haine. Dans ces cas-là, c’est aux plateformes de mieux réglementer leur secteur. Ensuite, il y a la question de la surveillance de masse assistée par l’intelligence artificielle (IA), à laquelle les gouvernements ne devraient pas recourir car elle enfreint lourdement la protection de la sphère privée tout en empiétant sur la liberté de manifester et de se rassembler. Les technologies de reconnaissance faciale couplées à l’IA devraient par principe être interdites, ou du moins strictement réglementé, par exemple lorsqu’elles sont utilisées dans le cadre d’enquêtes policières.

    Et en dehors du numérique?

    Beaucoup de facteurs entrent en compte pour qu’une démocratie fonctionne bien. On peut penser à l’éducation: on sait qu’on vote et trie l’information différemment en fonction de notre formation. La liberté de la presse et la possibilité pour les différentes formations politiques et la société civile de s’exprimer et de faire doivent être garanties pour maintenir la qualité du débat démocratique. Tous ces éléments sont interdépendants et leur érosion montre un affaiblissement de certaines composantes démocratiques. Ailleurs, dans des régimes illibéraux, il faut garantir que les opposant·e·s puissent mener des campagnes; en Russie, Navalny est mort en prison pendant sa campagne contre Poutine. C’est un cas emblématique d’un pays où il n’y a quasiment pas de dissidence possible.

    On a pu utiliser dans cet entretien le concept de «régime illibéral» pour parler d’états utilisant des outils typiquement démocratiques comme des élections mais en les détournant de manière à nuire aux droits fondamentaux. Que pensez-vous de ce terme? Est-il assez précis?

    Si l’on veut vraiment typologiser les États, il faut utiliser les définitions des sciences politiques qui mettent en lumière avec beaucoup plus de précision leur fonctionnement. À Amnesty International, on ne jugera pas un État en fonction de son degré de démocratie, mais on apportera des revendications très précises concernant le catalogue des droits humains. On ne se positionne donc pas sur le type d’état mais sur les violations des droits humains, et sur les améliorations qui devraient être introduites par les candidat·e·s et futurs élu·e·s.

    À quoi ressemblent de tels États ?

    En Israël, les Palestinien·ne·s ont la nationalité, mais pas la citoyenneté, et le comptage électoral leur donne moins accès au Parlement qu’aux Israëlien·ne·s. À Jérusalem-Est, iels n’ont plus de nationalité, seulement un droit de séjour: on observe des atteintes aux libertés découlant de l’architecture de l’état. Dans un autre registre, depuis les attentats de 2001, on observe dans la plupart des démocraties occidentale des dérives liées à la lutte contre le terrorisme; par exemple, des mesures de privation de la liberté ordonnées par la police de personnes soupçonnées de terrorisme, y compris des mineur·e·s. En Suisse aussi,  des mineur·e·s soupçonné·e·s de terrorisme peuvent désormais subir différentes mesures de contrainte : bracelet électronique, interdiction de déplacement ou arrêts domiciliaires. Aucune démocratie n’est prémunie de violer des droits.

    D’après une infographie du Courrier International (10.02.24), la moitié de la population mondiale aura été appelée à voter en 2024. On pourrait partir du principe que ça démontre une situation mondiale des droits humains plutôt bonne, mais est-ce que des élections garantissent une démocratie? Est-ce qu’une démocratie garantit la protection des droits fondamentaux ?

    Non, pas forcément. Au Venezuela par exemple, on a voté cet été. Les résultats de la votation ont été donnés immédiatement et sans aucune transparence sur le comptage, qui aurait été truqué. Plusieurs pays n’ont pas reconnu l’élection. En Tunisie et en Algérie aussi on a voté, mais les processus électoraux sont entachés par une chasse à l’opposition avec des milliers d’arrestations. Même dans les pays où la démocratie est sous-tendue par des institutions robustes, on observe toujours des violations des droits humains, des acquis qui s’érodent. Aux USA, le droit constitutionnel à l’avortement a été supprimé il y a 2 ans. Parfois on constate aussi des avancées dans certains domaines des droits humains, ainsi on compte de plus en plus de pays qui ont aboli la peine de mort, mais ces droits ne sont jamais acquis.

    Quels indicateurs utiliser pour estimer le respect d’un état aux valeurs défendues par Amnesty ?

    Un indicateur intéressant pour estimer l’état des libertés d’un pays est le classement de Reporters Sans Frontières sur la liberté de la presse. Israël a beaucoup rétrocédé ces derniers temps, la Russie aussi. Il y a une certaine concomitance entre le degré de liberté de la presse et la prévalence des libertés publiques.Le déroulement des élections est aussi un indicateur de la santé démocratique ou de la santé tout court du pays. Le multipartisme, le fait que les gens et la presse puissent s’exprimer sans censure sur les programmes politiques sont des indicateurs encourageants. Notre rapport aux minorités aussi en dit long sur nos démocraties.

    Quelles élections de 2024 inquiètent le plus Amnesty International ?

    Les élections présidentielles américaines ont un impact immense: la manière dont se comportent ou ne se comportent pas les États-Unis influe grandement le reste de la planète. C’est un pays qu’on regarde, qu’on imite. Les positions que la nouvelle administration prendra sur certains dossiers internationaux, ou, sur le plan interne, concernant l’accès à la santé, à l’avortement, la réglementation du port des armes, cela impactera grandement les droits humains. C’est une inquiétude qui pourra se transformer de manière plus ou moins positive en fonction du résultat.

    En tant qu’organisation apolitique, comment  agit-on en contexte électoral?

    Une chose c’est l’observation, la documentation des violations contre la dissidence dans les pays où l’alternance politique fonctionne mal : l’appel au respect de la liberté de rassemblement, d’expression et d’association. Les gens doivent pouvoir exercer ces libertés sans craindre des représailles. Dans des démocraties installées, on va tenter d’influer sur les programmes électoraux. Par exemple, aux États-Unis, on a un catalogue de revendications qui sert de boussole aux personnes éligibles. Ce sont des outils qui nous permettent d’agir en contexte électoral sans nous engager pour un·e candidat·e ou un parti.

    Qu’est-ce qu’on peut faire nous ?

    Aller voter! C’est la première chose à faire, c’est tout bête mais c’est nécessaire. Il faut s’informer sur les enjeux électoraux pour ne pas voter à l’aveugle. On peut s’engager à notre niveau en faveur de droits spécifiques: à la grève du climat, la grève féministe – toutes ces manifestations participent d’une démocratie vivante, influent les parlementaires. On peut s’engager en politique, dans des ONG, on peut écrire, être exemplaire chez soi, dénoncer des violations… Il y a mille manières de s’engager.

    Un mot de fin ?

    Il ne faut pas considérer les instruments qui font nos démocraties comme acquis. On peut avoir l’impression que chez nous tout va bien et que les gens qui dénoncent des choses sont des rouspéteur·euse·s, pourtant des éléments problématiques existent aussi. Aussi, la manière dont on traite les minorités, par exemple les personnes avec un parcours migratoire en quête de protection, les femmes, les personnes LGBTQIA+ et afro-descendantes, c’est un indicateur de la bonne santé de nos sociétés. Il faut l’observer attentivement et ne pas négliger les atteintes à leurs droits. Et surtout, prendre position lorsque ça se détériore.

    Propos recueillis par Eden Alves