• Vélocité, ça fait suer !

    Vélocité, ça fait suer !

    Photos : ©Mathieu Gex

    Rédigé par : Jeanne Möschler

    RENCONTRE • Reconnaissables à leur habit moulant rouge, leur casque bien vissé sur la tête et leur gros sac à dos, les coursier·ère·s sillonnent Lausanne et les alentours. De tels trajets à vélo, ça doit quand même demander un sacré effort, non ? Écoutons ce que les cyclistes ont à nous dire !

    Vélocité fait partie du service de livraison le plus rapide de Suisse. Les coursier·ère·s se déplacent essentiellement à vélo et utilisent ponctuellement le train, pour quelques livraisons éloignées.

    Un effort à la fois physique… mais aussi mental !
    Avant de commencer ce job, quel était leur niveau de condition physique et est-ce qu’il·elle·s redoutaient l’effort à fournir ? « Oui et non. Je savais que j’étais prête, mais j’appréhendais car ce n’est pas le même type d’effort que le cyclisme sur les cols et routes de campagnes… », témoigne Estelle, coursière depuis un an et demi. « Au début, c’est dur, dans les trois jours de formation, tu fais un énorme tour où tu prends tous les chemins habituels que les coursier·ère·s prennent, à la fin j’étais hyper fatiguée. À l’époque, je n’avais jamais fait autant de vélo en une journée… Les premières semaines, je faisais 1h30 de sieste après le shift », raconte Giovanni. Pour Arianne, cela s’est passé ainsi : « J’étais en bonne condition physique, je faisais pas mal de sport et j’avais une bonne endurance… mais en tant que meuf, on se met de la pression et on se sent moins légitime à postuler dans des jobs avec de l’activité physique. Donc oui, j’appréhendais pas mal l’effort à fournir, mais Lausanne c’est le pinacle de la ville pour faire du vélo, et finalement c’est moins physique que ce à quoi je m’attendais : pas de Ouchy-Epalinges trois fois par jour, car le but du job, c’est aussi d’optimiser les trajets que tu fais ».

    « C’est super pour la santé mentale ! Entre bouger au grand air et avoir des collègues et patrons géniaux »

    – Estelle, coursière de Vélocité

    Les distances et dénivelés sont tout de même conséquents, entre 30 et 60 km pour un shift simple (environ 4h) et entre 500m et 1’200m de dénivelé. Cependant, ce job, c’est aussi un sport de la tête ! Il faut savoir s’organiser et connaître ses limites afin de faire du bon boulot, comme le fait remarquer Giovanni : « Pour être le plus efficace, les gestes pratiques (cadenasser ton vélo, sortir ton carnet, savoir où sont les adresses) ça doit pas être quelque chose qui te fait perdre du temps », et les personnes du bureau qui organisent le trajets doivent pouvoir être en contact permanent avec les coursier·ère·s, afin de les prévenir d’éventuels changements de dernière minute – une livraison qui s’annule, un paquet en plus à chercher – et ça demande de l’adaptation !

    Ça fait du bien au corps et à la tête
    Est-ce qu’une telle dose de sport a provoqué des améliorations sur la santé ? « Il peut y avoir des soucis annexes, liés au fait de porter une charge sur le dos pendant l’effort ou des blessures provoquées par un vélo mal réglé et aussi une fatigue, une forme d’usure si l’on gère mal son effort et ses plannings, mais en apprenant à se connaître et à respecter ses besoins/limites, on peut éviter ça », raconte Estelle, avant d’ajouter : « C’est super pour la santé mentale ! Entre bouger au grand air et avoir des collègues et patrons géniaux ou être enfermée seule dans un huis clos, les yeux sur un écran, y a pas photo… ». Giovanni ajoute : « J’ai un rythme de vie bien plus sain. Avant de faire Vélocité, j’avais des chutes de pression, mais maintenant que je fais tellement de sport, je mange plus et ça va mieux. Je dors toujours au moins 7h ou plus, et je mange toujours un petit déj’ pour ne jamais rouler le ventre vide ! »

    Rouler et s’entraider avec le sourire
    Ce qui ressort également du discours des coursier·ère·s interrogé·e·s, c’est l’ambiance d’entraide qui lie les personnes chez Vélocité. Giovanni décrit avec le sourire : « C’est une communauté mondiale, donc il y a peu de gens qui finissent le shift et rentrent direct à la maison. On est tous et toutes plus ou moins potes. Si un jour t’es vraiment pas bien et que tu te sens pas de rouler, tu peux trouver facilement quelqu’un qui propose de te remplacer, et comme y a des gens qui ont des gosses parfois malades, ou des étudiant·e·s qui veulent plus d’heures, ça finit par arranger tout le monde ».

    Photos : ©Mathieu Gex

    Vélocité essaye également « de recruter d’autres profils et encourage les candidatures féminines », fait remarquer Arianne. « De base c’est un milieu assez masculin. Il y a trois ans encore, il n’y avait que des mecs. Mais les choses changent gentiment, maintenant on est environ un petit tiers de meufs et c’est vraiment cool… et le fait de voir des filles rouler dans la rue, ça en motive d’autres à postuler ! En tout cas, l’ambiance du job aide hyper beaucoup, c’est un climat trop sympa que je n’ai jamais revu ailleurs », conclut-elle. Estelle rappelle que quand elle est arrivée, elles n’étaient que « trois femmes pour environ 20 mecs », contre « environ 10 femmes pour 20 mecs maintenant ». Et selon elle, cette évolution doit se faire en « donnant confiance aux femmes et en les valorisant, à l’inverse de la discrimination positive » que les femmes subissent aussi au travail et qui « a un effet dégradant ». Elle ajoute, déterminée qu’« il est grand temps que les femmes se sentent légitimes dans des jobs comme ça ! »

  • Noël vert ou plastique ?

    Noël vert ou plastique ?

    Photo : ©Sven Brandsma

    Rédigé par : Natalia Montowtt

    DURABILITÉ • La tradition de Noël veut que chaque foyer soit orné d’un sapin d’un verdâtre somptueux. Mais avec les changements climatiques, le sapin synthétique serait-il une meilleure solution ? Un groupe de Montréal a étudié la question en détails.

    En 2021, l’association ForêtSuisse, constituée des propriétaires forestiers, estime qu’entre 1.2 et 1.4 million de sapins de Noël sont vendus en Suisse chaque hiver. Depuis plusieurs années, avec la détérioration de l’environnement, se pose la question : comment diminuer les dégâts provoqés par cette tradition ? Certain·e·s producteur·rice·s de sapins optent pour une culture BIO ; en 2015, 12% des sapins locaux proposés par le magasin Coop avaient poussé sans pesticides. Le débat demeure : quel sapin choisir, le naturel ou plastique ?

    Des fêtes plastifiées
    Selon une étude menée en 2009 par le groupe Ellipsos (Strategists in Sustainable Development), une entreprise de consulting de Montréal, l’empreinte carbone d’un sapin synthétique est jusqu’à trois fois plus importante que celle d’un arbre naturel. Ce groupe de chercheur·euse·s a basé son étude sur des données de l’Amérique du Nord ainsi que l’approche de Life Cycle Management, standard reconnu par les Nations Unies et l’International Standardization Organization (ISO 14040). Il est vrai que le sapin plastique peut être réutilisé plusieurs années de suite, que sa production n’implique pas de pesticides ni herbicides, et qu’il ne demande pas d’arrosage. Cependant, selon l’étude, pour que le sapin plastique ait une chance de battre le sapin vert dans les émissions de carbone, il faudrait garder son faux arbuste pendant au moins vingt ans. En réalité les Nord-américains gardent en moyenne le même sapin synthétique seulement pour six Noëls, car ils ne sont pas produits pour durer… Également, il est important de s’intéresser à l’origine de son arbre. La plupart des conifères plastiques sont en effet produits en Chine, donc le transport augmente fortement l’empreinte carbone infligée. Enfin, n’oublions pas de veiller à ce que notre achat ne soit pas constitué de polychlorure de vinyl (PVC), qui est un type de plastique nuisant autant à l’environnement qu’à la santé humaine.

    Noël au naturel
    Ainsi, Ellipsos déclare que le sapin vert serait le choix le plus durable. Ceci sous certaines conditions : l’arbre devrait être acheté localement, produit sans aide de pesticides ou bien coupé individuellement dans des zones naturelles qu’il faut dégager d’arbustes pour des raisons d’infrastructure. Il est relativement aisé en Suisse d’acheter un sapin local, puisque ce ne sont pas moins de 500 agriculteur·rice·s et entreprises qui cultivent ces conifères sur le terrain helvétique. De plus, ces arbustes sont aussi bons pour la planète, grâce à leur capacité d’emprisonner le CO2. Malgré ces conditions, la problématique du sapin naturel demeure ; c’est un bien qui est produit dans l’optique d’être jeté. Aussi, le processus de production est très long en comparaison avec le temps de sa consommation.

    En Suisse se mettent en place des services de location de sapin en pot.

    Selon les données du Canada, Ellipsos dessine la vie d’un sapin comme suit. L’arbre est cultivé dans une pépinière pendant 4 ans, puis reste planté dans un terrain durant 11 ans pour enfin finir dans un domicile pour quelques semaines. Il est cependant possible de se débarrasser de sa plante verte de manière durable. L’acidité des épines du sapin est un mythe, c’est pourquoi elles peuvent finir dans le composte sans problème. Pour ce qui est du tronc, il peut soit être transformé en copeaux soit brûlé pour se réchauffer, il faut juste éviter de le faire à l’air libre.

    Alternatives à la tradition
    La solution radicale serait d’oublier la tradition du sapin de Noël, mais ce n’est pas la voie définitive ! En Suisse se mettent en place des services de location de sapin en pot, pour qu’ils puissent être replantés après les fêtes, prolongeant ainsi leur vie (voir ecosapin.ch). Il ne faut pas oublier cependant que les résolutions écologiques ne sont pas toujours à la portée de tout le monde – c’est là qu’entre en scène la culture Do It Yourself ! Ouvrant la porte à la création de sapin à partir de déchets et objets qui se trouvent déjà dans nos maisons, tels que des pièces Lego ou des livres.

  • Jeunesse chancelante

    Jeunesse chancelante

    Photo : ©Yasmine Zamparo

    Rédigé par : Ylenia Dalla Palma

    ÉCONOMIE • Après une période COVID compliquée, c’est la guerre qui nous tombe dessus, apportant son lot d’inflations et de coûts économiques. Être jeune de nos jours semble plus complexe que ce qu’on nous avait promis. Comment la jeunesse est touchée par l’inflation ?

    Le 17 Février dernier, le Conseil Fédéral levait les mesures COVID. Hourra ! C’est la fin de deux longues et pénibles années de restrictions. Mais la joie fût de courte durée : le 24 Février commençait la guerre en Ukraine. S’en suivirent alors de nombreuses décisions politiques : gel des avoirs russes, restrictions à l’entrée sur le territoire de l’UE et annulation des divers sommets UE-Russie. Ainsi, cette intervention militaire russe et les sanctions prises à son encontre ont obligé les diverses nations de l’Europe à réorganiser leurs approvisionnements, notamment en pétrole, gaz, huile et blé. Ceci, accompagné de la faiblesse de l’euro et de la relance budgétaire massive, provoqua alors une hausse de l’inflation en flèche. Ainsi, en Suisse, durant le premier semestre 2022, la hausse des prix est de 1.4% sur une année, selon Comparis, plateforme suisse de comparaison. Entre l’augmentation du prix des denrées alimentaires, la hausse du coût de l’électricité, du chauffage mais aussi des assurances maladies pour 2023, comment font les jeunes suisse·esse·s pour s’en sortir au quotidien ?

    Les jeunes, une population impactée
    Selon un sondage effectué par L’auditoire sur Instagram auquel ont répondu 60 personnes âgé·e·s de 15 à 30 ans, 75% d’entre eux·elles se sentiraient touché·e·s par l’inflation qui se met en place depuis 2021, contre 25% qui ne repèrent pas de changements drastiques dans leurs quotidiens. La Fédération des Associations des Etudiant·e·x·s (FAE) tente d’ailleurs de prendre des mesures pour limiter la casse. Elle a premièrement augmenté son fond d’aide pour les étudiant·e·s de 5’000 francs et va ouvrir la discussion avec les cafétérias pour faire redescendre les prix des plats qui ont récemment augmenté. Par ailleurs, d’autres associations agissent, telles que SUD qui organise régulièrement des « bouffes populaires » pour les plus précaires.

    « Manger à Lausanne va devenir compliqué. »

    – Un·x·e étudiant·x·e de
    l’Unil

    Quant aux bourses, aucune augmentation n’est prévue du côté des autorités. Le SASME a remarqué une hausse des demandes cet été mais elles proviendraient majoritairement de jeunes ukrainien·ne·s réfugié·e·s. Malgré cela, l’étau semble se resserrer autour de la jeunesse. « J’ai remarqué la hausse des prix cet été, au Giga Tacos : l’entreprise a augmenté de 1 CHF tous ses plats, ce qui fait quand même 12.5% d’augmentation. Manger à Lausanne va devenir compliqué. », s’est exclamé·x·e un·x·e étudiant·x·e de l’Unil. Une augmentation qui pourrait paraitre minime pour certain·e·s mais qui peut vite devenir dramatique pour des jeunes ne pouvant pas compter sur un apport financier de la part de leur famille. En effet, dans le même sondage effectué par L’auditoire, 26% des votant·e·s semblent très inquiet·ète·s de la situation, et ce à juste titre : quid de la sécurité de l’emploi et du logement ? Certaines étudiantes se sont même dit prêtes à renoncer à aller chez le gynécologue pour éviter des frais supplémentaires.

    Comment devenir adulte alors même que l’avenir n’est pas sûr ?

    Un futur instable
    Il s’avère alors compliqué de croire à un « retour à la normale » pour les jeunes suisse·sse·s. Après une période de pandémie difficile, la jeunesse se retrouve une fois de plus livrée à elle-même. Faire des études, c’est bien, tout en travaillant à côté, c’est mieux, nous dit-on. Effectuer son apprentissage, et prendre son envol, c’est le but, renchérit-on. Comment cela pourrait-il être possible dans un monde où le coût de la vie change drastiquement de manière rapide dans le temps ? Comment devenir adulte alors même que l’avenir n’est pas sûr ? L’inflation touche, certes, tout le monde, mais pas de la même manière. La jeunesse a besoin d’aides ciblées et efficaces, ce qui n’est actuellement pas le cas. Il serait donc nécessaire d’apporter des soutiens aux divers groupes de la populations en prenant en compte leurs situations dans toute leur particularité, pour un « monde d’après » où l’on puisse devenir adulte de manière sereine.

  • Pas d’avion parasite

    Pas d’avion parasite

    Photo : ©CCNC

    Rédigé par : Chaïmae Sarira

    COMBAT ÉTHIQUE • À l’heure où la politique suisse peine à appliquer strictement les mesures nécessaires pour préserver l’écosystème, des mouvements citoyens se créent. Ces dernier·ère·s ont décidé de défendre eux·elles-mêmes des zones naturelles exposées à des risques d’extinction…

    La ZAD, ou zone à défendre, est un projet de résistance citoyenne contre un mode de vie humain incompatible avec la préservation de l’écosystème et le développement durable de l’environnement. La ZAD s’inscrit plus généralement dans un mouvement citoyen qui refuse de contribuer à la destruction de terres fertiles par la construction de routes, bâtiments ou toute autre zone bétonnée. Ce projet repousse également le système capitaliste qui se fonde sur la productivité et la notion de l’offre et la demande en prônant l’autosuffisance et l’autogestion.

    Un monde en béton altère tout l’équilibre du vivant et conduit vers l’extinction.

    Les zadistes s’organisent autour de la nature et s’y adaptent en réduisant leur empreinte carbone et en adoptant une agriculture durable. Ainsi, par leur résistance à des projets d’exploitation néfaste de terrains, les zadistes s’établissent en un circuit social autosuffisant et autonome. Plus précisément, le projet ZAD a pour but d’empêcher l’avancée des GIIP, les « Grands projets inutiles imposés » en s’imposant sur les territoires naturels visés par les projets de construction.

    D’une lutte à un mode de vie
    Afin d’empêcher la construction d’un aéroport à Nantes, 200 personnes se sont établies en 2014 sur de grands terrains agricoles en région de Loire-Atlantique. Les zadistes refusent qu’une des rares régions humides qui abrite un écosystème riche et particulier soit mise en péril et bétonnée pour la construction d’un aéroport non essentiel. En effet, des naturalistes se sont engagé·e·s à répertorier la faune et la flore de la zone pour peser dans leurs négociations avec les autorités. Ils ont ainsi découvert une espèce du règne végétal, Pulicaria vulgaris, Exaculum Pusillum, listée dans la liste rouge de l’UICN. L’UICN, ou l’union internationale pour la conservation de la nature, travaille pour protéger la biodiversité et dénombre les espèces en risque d’extinction et voie de disparition. La protection de la biodiversité est essentielle afin de garantir le bon fonctionnement des écosystèmes dont l’équilibre est fragilisé. Les espèces sont interdépendantes et fondent un système du vivant qui résiste tant bien que mal au changement climatique. La biodiversité est la terre. Un monde en béton altère tout l’équilibre du vivant et conduit vers l’extinction. Pour concrétiser cette lutte et protéger leurs convictions, les zadistes ont établi une société autonome qui bénéficie durablement des ressources à sa disposition.

    Plus de 60 sites différents sont fondés sur l’entraide et la solidarité

    Il·elle·s produisent leurs propres lait, beurre et miel et ont développé plus de 60 sites différents fondés sur l’entraide et la solidarité (boulangeries, projets agricoles, culture de plantes comestibles et médicinales). Hélas, sous la présidence de Macron en 2018, le lieu occupé se fait attaquer par des grenades, brûler et les gens expulsés. Malgré tout, leur victoire est marquante ; la construction de l’aéroport a été totalement abandonnée par les autorités.

    Un mouvement répandu
    Les zadistes sont déjà établi·e·s dans une dizaine de sites en France et ailleurs. En Suisse, la ZAD de la colline du Mormont au pied du Jura, à la Sarraz, lutte afin de contrer les avancées d’une grande entreprise de cimenterie. Le projet d’extension de cette dernière fera disparaître le plateau Birette et touchera directement à colline du Mormont, une zone abritant l’une des plus riches flores vaudoises, et listée dans l’inventaire fédéral des paysages.

    Un retour vers la conscience
    Construction de niches, gestion de forêts et ses ressources, indépendance de l’état et responsabilité individuelle. Les zadistes semblent se réapproprier un mode de vie qui stimule l’humain et ses fonctions physiologiques : il construit, détruit, réfléchit, vit en communauté et s’adapte à son environnement en vivant en symbiose avec la nature. Les zadistes s’approprient ce que les humains ont sacrifié pour le confort de la société humaine dictée par la monotonie et la consommation. Ils refusent que la vie humaine piétine tout l’environnement qui les entoure.

  • Semaine au rabais

    Semaine au rabais

    Illustration : ©Natalia Montowtt

    Rédigé par : Pauline Pichard

    ÉCOLOGIE • Si quelques études suggèrent des bénéfices de la semaine à quatre jours sur l’environnement, le sujet est loin de faire l’unanimité auprès des spécialistes. Le professeur Dominique Bourg nous apporte son point de vue éclairé sur la question.

    La nouvelle est tombée en avril de cette année : le gouvernement lithuanien a autorisé de manière permanente les employé·e·s du secteur public avec enfants à ne travailler que 32 heures par semaines sans voir leur salaire baisser. D’autres pays, comme la Belgique, ou les Emirats arabes unis ont récemment enjoint leurs collaborateur·trice·s à ne travailler que quatre jours par semaine, augmenter la productivité, en plus de favoriser un meilleur équilibre entre vie privée et vie professionnelle. Si ses avantages semblent reconnus par une majorité de spécialistes, son impact environnemental donne davantage lieu à des controverses.

    Une question encore peu étudiée
    La réflexion de certain·e·s expert·e·s environnementaux à ce propos peut se résumer en ces termes : les personnes qui possèdent suffisamment peuvent se permettre de travailler moins, donc de gagner et de consommer moins, ce qui pourrait augmenter le bien-être et réduire les impacts sur l’environnement sans mettre à mal le monde de l’emploi. Néanmoins, une revue systématique de 2021, publiée dans les Environmental Research Letters, souligne sa marginalité : « le sujet de la réduction du travail est presque complètement absent de la plupart des documents de l’Intergovermental Panel on Climate Change (IPCC), des stratégies climatiques au niveau international, national et subnational, ainsi que des discussions à large échelle sur la politique climatique ».

    « Cette mesure universaliste ne pourrait de toute façon pas être appliquée à grande échelle »

    – Dominique Bourg

    Est ainsi mise en cause la faible proportion d’informations sur les effets de la réduction de travail sur l’environnement. Aussi, une compréhension plus fine de cette stratégie semble nécessaire.

    Une mesure contre-productive ?
    Pour le Professeur Dominique Bourg, spécialiste en questions environnementales, ces chercheur·euse·s éludent un certain nombre de complexités : « Il est probable que les personnes sujettes à ce modèle se tournent vers des activités d’autant plus énergivores, comme les voyages en avion pour leurs week-end prolongés. »

    « Il est probable que les personnes sujettes à ce modèle se tournent vers des activités d’autant plus énergivores »

    – Dominique Bourg

    Pour aller plus loin, le spécialiste décrit l’automatisation accrue qu’un tel système pourrait engendrer : « La réduction du temps humain dans la production ne suffit pas à encourager la décroissance. Au contraire, cela augmenterait l’automatisation, ce qui est contreproductif ». À contrario, d’autres spécialistes, à l’instar de Frey et Osborne dans leur étude de 2017, arguent que l’automatisation et l’intelligence artificielle vont nécessairement surpasser les performances des êtres humains dans de nombreux emplois, rendant la semaine de quatre jours inévitable. Il semble par ailleurs impossible d’appliquer ce modèle à l’intégralité de la société : « Cette mesure universaliste ne pourrait de toute façon pas être appliquée à grande échelle : rien que l’hôpital français a déjà très mal vécu le passage aux 35 heures. Sans parler des agriculteur·trice·s, pour qui ce modèle est absolument inenvisageable », déplore Dominique Bourg.

    De nouvelles perspectives de recherche
    Si, pour Dominique Bourg, « la priorité est bien davantage de reprendre la main sur le pouvoir réglementaire, en contraignant matériellement tous les objets », les auteur·trice·s de la revue systématique offrent d’autres pistes de recherche sur le sujet : « Il est préférable de collecter et d’utiliser des données d’un même foyer pour la réduction du temps de travail et pour les dépenses ».

    « La priorité est bien davantage de reprendre la main sur le pouvoir réglementaire »

    – Dominique Bourg

    Néanmoins, tous·tes les expert·e·s s’accordent à dire que la réduction du temps de travail ne résoudra jamais à elle toute seule la problématique du réchauffement climatique.

  • Jeûner ou plutôt dé-jeûner ?

    Jeûner ou plutôt dé-jeûner ?

    Photo : ©Natalia Montowtt

    Rédigé par : Natalia Montowtt

    JEÛNE • Depuis mars avec le Carême puis le Ramadan, nous sommes dans une période où grand nombre de personnes pratiquent le jeûne dans le cadre de leur croyance. Cependant, certain·e·s jeûnent pour d’autres raisons : découvrons le jeûne intermittent.

    Le jeûne est une pratique qui prend diverses formes et vise différents objectifs. Il fait partie de traditions religieuses, mais aujourd’hui, il est surtout utilisé dans un but médical. La coutume consensuelle de trois repas par jour est relativement récente, elle est apparue avec la période néolithique. Avant, les humains mangeaient de manière irrégulière, souvent une fois par jour ou moins.

    ll est surtout utilisé dans un but médical

    Dans nos sociétés occidentales et industrialisées, dû au capitalisme et la surproduction, les individus ont tendance à consommer des quantités excessives de nourriture. La surconsommation peut être nuisible pour la santé, ainsi le jeûne dit intermittent a pour objectif une amélioration de la condition physique.

    Manger au bon moment
    Il est important de distinguer le jeûne de la diète : il ne consiste pas en des restrictions caloriques ou de certains aliments – même si la nourriture plus saine augmente ses effets – comme cela est le cas dans une diète. L’élément principal du jeûne intermittent est la plage horaire que la personne octroie à ses repas. Elle comprend des périodes d’alimentation habituelle et des périodes de jeûne, mais pas chaque jour, plutôt deux à quatre fois par semaine. Une méthode populaire est celle nommée « 16:8 », cela signifie que la personne peut manger pendant 8h, suivi d’une abstention de 16h. Pendant les heures de jeûne, le·la patient·e devrait tout de même boire de l’eau ou des tisanes. Les scientifiques ont constaté les effets bénéfiques de ce genre de jeûne grâce à des études menées sur des animaux – même si des recherches commencent aussi à être exécutées sur les humains. Ceci est confirmé par le directeur de prévention à l’Institut de cardiologie de Montréal Dr. Juneau dans un article du journal L’actualité : « Depuis très longtemps, on sait que, chez l’animal, la restriction calorique prolonge la survie, que ce soit des mouches, des souris ou des singes. Les études sur les animaux ont démontré l’efficacité du jeûne pour prévenir presque toutes les maladies chroniques et neurodégénératives… »

    La surconsommation peut être nuisible pour la santé

    Plusieurs bénéfices ont été observés : il facilite la digestion, fait perdre du poids, aurait un effet anti-inflammatoire, favorise la régénération du foie et améliore la croissance. Il faut cependant toujours adapter les conditions du jeûne à chaque individu.

  • I’m lovin’ it: l’obésité, cette épidémie des pauvres

    I’m lovin’ it: l’obésité, cette épidémie des pauvres

    SANTEEn 2030, on estime que la moitié de la planète sera obèse ou en surpoids. Maladie chronique suivant une progression de plus en plus rapide, l’obésité est devenue un problème de santé publique majeur à l’échelle internationale. L’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) a décrété l’obésité comme la première épidémie non infectieuse de l’Histoire.

    Le phénomène de l’obésité concerne aujourd’hui la quasi-totalité de la planète, et la difficulté pour les gouvernements internationaux d’y faire face vient notamment du fait que ses causes sont complexes et multiples. L’OMS le définit comme une accumulation anormale ou excessive de graisse corporelle qui représente un risque pour la santé. A l’échelle mondiale, le nombre de cas d’obésité a presque triplé depuis 1975 et en 2016, plus de 1,9 milliards d’adultes étaient en surpoids. Sur ce total, plus de 650 millions étaient obèses. L’Université de Washington estime que 3,4 millions de personnes décèdent chaque année de maladies causées par l’obésité ou le surpoids, car ceux-ci prédisposent à la survenue de maladies cardio-vasculaires, de diabète voire même de certains cancers. Autrefois considérés comme un problème de santé publique spécifique aux pays industrialisés et ayant une économie développée, les organisations scientifiques constatent désormais une l’obésité sont en constante augmentation de ce type de problèmes de santé dans les pays en voie de développement, voire au sein des territoires les plus démunis. En Afrique – continent souvent associé à la famine – se situent huit des vingt pays où le taux d’obésité chez les adultes est le plus élevé. L’obésité et le surpoids sont la conséquence directe de changements sociaux-économiques profonds, qui ont entraînés depuis les dernières décennies un mode de vie plus sédentaire et une consommation accrue d’aliments hautement caloriques.

    L’OMS tire la sonnette d’alarme

    Selon l’Organisation Mondiale de la Santé,  la moitié de la population mondiale sera obèse ou en surpoids d’ici 2030, entraînant une explosion de maladies chroniques comme le diabète, mais aussi des maladies cardio-vasculaires et certains cancers. Mais alors comment expliquer l’accroissement vif et brutal de l’obésité? Comment est-il possible que les différents Etats n’aient pas réussi à mettre en œuvre des politiques publiques efficaces afin d’endiguer le problème de santé le plus grave au monde? Les individus en surpoids doivent affronter quotidiennement une stigmatisation et des discriminations sociales omniprésentes, notamment à cause d’une simplification à outrance des causes de l’obésité. Bien souvent, on conseille à une personne présentant des signes de surpoids de pratiquer du sport plus régulièrement ou encore de suivre des régimes drastiques, sans prendre en considération la force des facteurs sociaux et environnementaux.

    La responsabilité des industries agro-alimentaires

    Il est ainsi essentiel d’analyser ce défi sanitaire sous l’angle comportemental et environnemental. Pour combattre les idées reçues, plusieurs enquêtes s’intéressent notamment à l’industrie agroalimentaire, pointant les effets de la «malbouffe» sur la santé. L’apparition sur le marché d’aliments ultra-transformés et de chaînes de restauration rapide – où parfois plus de 50% du menu correspond à des plats dépassant de loin un certain seuil de gras, de sucre, de sel ou de calories est directement corrélée à une augmentation significative des cas d’obésité. Tous ces aliments sont fabriqués par de puissantes entreprises agro-alimentaires, qui orientent leur marketing sur le manque de temps des consommateur·tice·s ainsi que la facilité et la rapidité d’utilisation de leurs produits. Même s’ils connaissent l’impact désastreux sur la santé de leurs client·e·s, les industriels continuent à mettre en vente des aliments addictifs, savoureux, pré-préparés et donc faciles à cuisiner et surtout de moins en moins chers.

    La pauvreté favorise-t-elle l’obésité?

    Car effectivement, le prix de ces aliments est une étape clé de l’analyse. La corrélation entre pauvreté et obésité est désormais établie, car plus les individus sont pauvres, plus ils seront propices à vivre dans un environnement dit «obésogène»; soit une piètre qualité des aliments industriels, une exposition accrue aux substances chimiques ou encore une consommation augmentée de médicaments. En effet, le panel de choix en matière de produits alimentaires dans les quartiers les plus démunis est extrêmement limité. L’accès aux produits frais est parfois très difficile, voire impossible, notamment dans les «déserts alimentaires», ces zones où les commerces sont absents et où l’offre alimentaire émane principalement de distributeurs, ne proposant que des boissons sucrées ou des paquets de chips, et non pas des fruits, ou encore des légumes frais. L’économiste britannique Kate Pickett démontre bien que les disparités de revenu sont responsables d’un grand nombre de maladies sociales, et que si la pauvreté facilite l’obésité, cette dernière constitue quant à elle un facteur important de paupérisation. Pour ne citer qu’un exemple, les femmes obèses ont deux fois moins de chance d’aller à l’université, et donc d’accéder à une formation nécessaire pour sortir de la pauvreté.

    Des changements profonds de notre mode de vie et de nos habitudes

    Au-delà du régime alimentaire qui constitue néanmoins la pierre angulaire de l’obésité et du surpoids, nous vivons dans un monde de plus en plus favorable au développement de comportements dangereux pour notre santé. En effet, l’augmentation du poids est directement liée à la baisse très importante, notamment dans les 20 dernières années, de l’activité physique. Ce que l’OMS appelle une épidémie de sédentarité touche principalement les jeunes: 80% des moins de 18 ans pratiqueraient moins d’une heure d’activité physique par jour, seuil minimal fixé pour avoir un développement physique et cognitif complet. Une des causes majeures est l’émergence dans presque tous les foyers ­– peu importe la classe sociale – d’un accès à internet, à la télévision, ainsi que l’utilisation grandissante de tablettes, smartphones, et cela dès le plus jeune âge. Les classes populaires sont les plus touchées par la baisse de l’activité physique, car les revenus des parents ne permettent pas toujours d’accéder à des activités extrascolaires physiques, du moins quand celles-ci sont disponibles.  De plus, la pollution environnementale, accentuée depuis les dix dernières années, serait également une cause de l’obésité car les polluants présents dans l’air dégradent de manière profonde notre santé, en plus d’être stockés par le corps. Ce facteur de risque est, à nouveau, plus important pour les populations les plus précaires. Enfin, le stress, entraîné par des rythmes de vie très denses, est sur le long terme néfaste tant pour la santé psychique que physique. Le manque de sommeil et les préoccupations quotidiennes peuvent entraîner peu à peu une surcharge pondérale, voire de l’obésité. Concernant l’actualité, l’obésité et le surpoids sont à nouveau un enjeu essentiel, puisqu’ils constituent un facteur à haut risque face à la pandémie du Covid-19. En effet, l’obésité entraînant souvent d’autres pathologies qui font partie des facteurs aggravants du Covid-19, elle constitue un facteur de vulnérabilité important. Ainsi, Le Monde révélait que 83% des patient·e·s en réanimation seraient en surpoids selon les données recueillies par le réseau européen de recherche en ventilation artificielle. Finalement, nous faisons face au paradoxe d’une société qui est à la fois obésogène, mais également obésophobe. L’obésité ou le surpoids constituent en effet un marqueur social important, et sont soumis à des préjugés et des discriminations omniprésentes. Les causes de l’obésité étant multifactorielles, il est essentiel que les politiques publiques s’orientent dans un développement social et économique favorisant de meilleures habitudes et préférences alimentaires, en les rendant notamment accessibles aux populations les plus précaires. Cet effort passera tout d’abord à travers des programmes de sensibilisation à l’alimentation menés dans des écoles, l’environnement scolaire des jeunes enfants étant un facteur clé dans la prévention de l’obésité infantile. L’éducation scolaire est essentielle dans leur socialisation, et dans la lutte contre le surpoids elle permettrait de leur apprendre à avoir des réflexes alimentaires plus sains et une meilleure connaissance des causes de l’obésité. •

    Alexandra Vittoz