• Les villes en bois s’élèvent

    Les villes en bois s’élèvent

    Photo : ®EvanChen

    Rédigé par : Jeanne Möschler

    CONSTRUCTION • À l’heure où la société se transforme, en termes d’avancées technologiques et d’écologie, le secteur de la construction évolue en conséquence. Depuis quelques années, le bois est devenu un matériau très attrayant pour les bureaux d’architectes. Quels sont les enjeux écologiques, économiques et pratiques d’un tel matériau ?

    « Quand je dis à mes potes que je suis ingénieur en bois, beaucoup pensent que je fais des tables et des chaises » s’exclame Timo, un Bachelor de la BFH (Haute école spécialisée bernoise) de Bienne en ingénierie du bois en poche et s’apprêtant à commencer son premier travail. Le bois est en réalité une matière première très précieuse dans le domaine de la construction. Ses avantages sont nombreux : « les gens qui travaillent avec diront qu’il n’y a que du positif », confie Timo. Il précise : « C’est un matériau très polyvalent, on peut autant l’utiliser pour des rénovations que pour la construction. Il faut en revanche être plus minutieux·se, si tu fais les choses vite et pas soigneusement, tu es rattrapé·e par des problèmes techniques ou d’isolation, contrairement au béton ».

    « On habite tous et toutes quelque part, la preuve que ça concerne tout le monde ! »

    – TIMO, UN BACHELIER DE LA BFH

    Et inutile de trembler à chaque fois qu’on allume une bougie, les risques d’incendie dans les constructions ont été considérablement réduits. Timo explique « qu’avant, il y avait des normes très strictes et du coup ce type de construction ne pouvait pas vraiment se développer ». Seulement, grâce aux assouplissements des normes et à des recherches sur ce matériau – on ne pouvait construire auparavant à plus de 30 mètres de haut – son essor a été rendu possible.

    Green living
    Les constructions en bois permettent de continuer à nous abriter de manière durable. En effet, elles sont faites avec un matériau qui stocke du CO2, contrairement au béton qui en émet. Dans un mètre cube de bois, on peut trouver jusqu’à une tonne de CO2, un chiffre qui donne le tournis. « Le côté écologique m’intéresse pas mal et c’est vrai que dans le domaine de la construction, on peut vraiment faire beaucoup d’efforts ». Pour une empreinte encore plus verte, on utilise aussi des produits locaux : « il y a un potentiel d’utiliser du bois suisse, mais il est un peu négligé. Il est cher et pas disponible en très grande quantité, et pourtant les forêts sont si denses que ça pourrait se développer ». Notre interlocuteur précise cependant que les gens deviennent de plus en plus sensibles à l’utilisation du bois de chez eux·elles et que certains bureaux affichent maintenant un logo attestant que c’est bien du bois helvétique dont il s’agit.

    Dans un mètre cube de bois, on peut trouver jusqu’à une tonne de CO2

    Une tour de 60 mètres de haut devrait voir le jour dans les années qui suivent près de la Galicienne, construite entièrement avec de la matière première du Nord vaudois et des forêts jurassiennes.

    Photo: ©Josh Olade

    Retour vers le futur
    Il est donc possible de produire des habitations uniquement en bois, ou en matériaux mixtes, et de taille très conséquente. En Suisse, beaucoup d’immeubles sont fabriqués uniquement à partir de cette matière et on ne parle pas que des chalets ; le canton de Zoug se démarque avec un premier immeuble en mixte bois-béton de 36 mètres et un autre building végétal est en pleine élaboration, de 80 mètres, avec un squelette en bois. Cependant, notre douce contrée helvétique reste devancée de loin par la Finlande : « Ils ont clairement une longueur d’avance, là-bas, la structure même est en bois, pas juste l’habillage ». Cela montre les défis à relever pour la suite, pleins de challenges qui peuvent échapper aux personnes complètement en-dehors de ces questions-là. « Dans le milieu estudiantin, le domaine de la construction et du chantier est vraiment mis de côté alors que c’est essentiel, on habite tous et toutes quelque part, la preuve que ça concerne tout le monde! » avance Timo. Il poursuit : « Le travail sur le chantier est certes rude, mais j’ai toujours travaillé dans de bonnes conditions, avec des gens très variés – plus authentiques ou « rustres » que des étudiant·e·s mais pas moins sympathiques pour autant – et ça a été super enrichissant ». En conclusion, il faudrait encore médiatiser le sujet, pour que les gens qui profitent de ces constructions soient plus instruit·e·s sur les enjeux qui ont précédé leur habitation.

    « il convient de faire le meilleur des mariages pour avoir la construction la plus écologique possible »

    – Timo, UN BACHELIER DE LA BFH

    Est-ce qu’en 2100, on pourra voir des cités entières construites en bois ? Timo en doute : « Le mieux, c’est de combiner les matériaux, tout en intégrant le plus de bois possible dans les constructions et les rénovations. Il existe par exemple des dalles bois-béton, donc ça se fait déjà ». Une consommation frénétique de bois engendrerait alors aussi d’autres questionnements, comme la préservation des forêts ou les effets des produits utilisés pour assembler les matériaux. « Le mélange est la solution la plus durable et la plus logique, il ne faut donc pas non plus se fermer à tous les autres matières, qui deviendraient obsolètes ; il convient de faire le meilleur des mariages pour avoir la construction la plus écologique possible », conclut notre ingénieur, qui nous incite donc à nous renseigner sur ce domaine encore trop peu connu de la majorité.

  • Une marque de renouveau à Beaulieu

    Une marque de renouveau à Beaulieu

    Rédaction & photo : Jessica Vicente

    CULTURE · Après trois années de travaux, le théâtre du Palais de Beaulieu fait peau neuve. Petit coup d’éclairage sur ce projet d’envergure pour la municipalité lausannoise. 

    C’est en 1954 qu’a été inauguré la première fois le Théâtre de Beaulieu dans la capitale vaudoise. Il a vu défiler pas moins de 65 saisons remplies de programmations en tout genre : comédies musicales, concerts, pièces d’opéra, ou encore le prestigieux concours international de ballet Le Prix de Lausanne. Avec ses 1’844 places assises, il était déjà considéré comme étant le plus grand théâtre de Suisse. Cependant, avec les infrastructures vieillissantes, il a fallu penser à des aménagements pour répondre à une demande croissante pour la culture.

    Plus de proximité

    « Le but a été de conserver l’identité du théâtre en rénovant entièrement l’ancien lustre présent depuis toujours » explique Florence Favrod, directrice du théâtre de Beaulieu SA. Ce qui était primordial d’améliorer c’est l’acoustique ainsi que l’éclairage. « La scène était autrefois en pente, ce qui rendait difficile la mise en place des décors par les metteurs en scène » ajoute Florence Favrod. La scène a donc été rabaissée de 20 centimètres et remise à plat afin de permettre aussi aux artistes de se sentir plus proches du public. La petite particularité de la salle qui la rend aussi attrayante ? « Un faux plafond en bois composé d’ondulations qui donnent un effet de relief pour les artistes qui se trouvent sur scène » déclare Serge Fehlmann, architecte du bureau Fehlmann Architectes SA.

    Une ville qui se développe

    La rénovation du Théâtre de Beaulieu fait partie d’un vaste programme d’aménagements de la Ville de Lausanne. Le budget alloué par la ville pour le théâtre se chiffre à 43 millions.  C’est à terme, tout le quartier de Beaulieu qui sera transformé. Un nouveau restaurant italien Quintino a été construit ainsi que l’arrivée du siège du Tribunal arbitral du Sport, en parallèle à la rénovation du Théâtre. Les Halles sportives qui abritaient autrefois le célèbre Comptoir Suisse seront mis à disposition pour des activités sportives en tout genre (basketball, boulodrome, escalade de bloc, sports à roulettes,…). L’objectif est d’élargir encore l’offre sportive pour la population lausannoise. Les Halles Nord vont quant à elles, être au bénéfice de l’économie circulaire. La société coopérative Démarche active dans le domaine de la réinsertion professionnelle et sa structure Textura dans la collecte de textiles dans le canton de Vaud seront des acteurs majeurs de ce projet. Les activités dans les halles nord seront donc sociales et économiques avec comme objectif de créer un laboratoire de solutions innovantes. Près de 50 personnes viendront travailler quotidiennement dans ces nouvelles start-ups et autres entreprises.

    La culture avant tout

    Selon Grégoire Junod, syndic de la ville de Lausanne, ce théâtre trouvera vite sa place dans la capitale vaudoise. Les aménagements et constructions témoignent de l’effervescence d’une ville de culture comme l’est Lausanne. Mais cela montre également l’envie de valoriser le patrimoine culturel et historique présent avant nous. L’offre de programmation se veut quant à elle toute aussi riche et variée afin de toucher le plus de couches de la population.                   

  • Les pyramides du XXIe siècle

    Les pyramides du XXIe siècle

    Photo : ©Kathy Mujynya

    Rédigé par : Furaha Mujynya

    ARCHITECTURE • Les merveilles du XXIe siècle semblent être marquées par les enseignes de la vitesse, la hauteur et l’écologie. Pour parvenir à s’élever au même rang que les empires impériaux de l’antiquité, il faut réussir à innover dans au moins l’une des trois catégories.

    Les merveilles du monde antique impressionnent et passionnent toujours de nos jours, car elles sont preuves d’une grandeur passée. L’intuition d’ingénierie et la créativité artistique de ces constructions est difficile à associer à une population lointaine qui ne possédait ni machinerie, ni internet, ni même électricité. Elles servent d’objets commémoratifs de la puissance de grands empires et souverain·e·s. Malgré les avancées techniques disponibles au XXIe siècle, très peu de constructions semblent parvenir à s’élever au rang de Merveille. Pourtant, il ne manque pas de constructions démesurées qui ont pour unique but d’exposer la grandeur d’une nation ou d’un individu. Au XIXe et XXe siècle, de nombreuses tours furent construites, démontrant un désir de s’élever vers un rang supérieur. La quête de la hauteur par l’architecture est visible partout dans le monde ; la tour Eiffel de 300m de haut, Tokyo et sa tour de 332,6m ou encore les 350,2m du Strat de Las Vegas.

    L’Asie comme nouveau centre du monde
    Bien que les nations qui se démarquent au XXe siècle soient majoritairement situées en Amérique du Nord et en Europe centrale, le XXIe siècle est marqué par les avancées asiatiques. La construction de gratte-ciels monumentaux – comme le Tokyo Skytree (632m/2012), Canton Tower (604m/2010) et Lotus Tower (350m/2019) – démontre un renversement des puissances mondiales. Ces constructions ne recherchent plus uniquement à atteindre la hauteur, mais aussi à devenir polyvalentes ou encore modèles d’écologie verte. Burj Khalifa à Dubaï, la plus grande tour du monde, qui atteint 828m de hauteur, est le parfait exemple d’une tour à multiples usages. Burj Khalifa contient de nombreux bureaux, restaurants, magasins de luxe et même des appartements sur 160 niveaux, créant ainsi une réelle ville verticale. Bien qu’elle ait une utilité pratique, cette tour peut être considérée comme une démonstration de grandeur. Elle a été nommée en l’honneur de l’émir d’Abu Dabi et elle a été conçue avec le but de dépasser tout bâtiment jamais construit. Il s’agit donc de surpasser les autres nations afin de démontrer son statut supérieur. Quant à l’investissement dans la construction d’édifices écologiques, Singapour se démarque du reste du monde avec sa ville verte. Non seulement la végétation est fortement présente à Singapour, mais la construction d’un énorme jardin botanique au centre même de la ville lui donne l’image de ville-jardin. Les dômes formés par les serres sont dignes d’une esthétique sortie d’un film de science-fiction. De plus la présence d’arbres artificiels, qui s’apparentent à de géantes fleurs met la végétation à une échelle monumentale, créant ainsi un paysage hors du commun. En dehors des Gardens by the Bay, d’autres édifices ont été construit en symbiose avec la nature comme le Parkroyal ou encore la tour Eden Garden. Qu’il s’agisse de la construction la plus haute ou la plus verte, il faut devenir maître de son domaine afin de pouvoir prétendre au trône de Merveille.

  • Esquisses de l’architecture future

    Esquisses de l’architecture future

    Rédigé par : Marine Fankhauser

    Photo : Lance Anderson

    URBANISME • Toutes les civilisations et époques ont leur style architectural particulier, mêlant souvent art et prouesses techniques de leur temps. Le paysage urbain est appelé à évoluer face à nos défis futurs, en particulier le changement climatique.

    L’humain est par nature un bâtisseur. De tous temps, il a construit des abris pour se protéger, des endroits de rassemblement et des lieux de culte. Dans l’Antiquité, Romains et Grecs construisirent amphithéâtres, aqueducs et temples. Les Égyptiens érigèrent les très célèbres pyramides qui attirent chaque année des millions de visiteur·euse·s et des tombeaux, qui furent plus tard pillés un nombre incalculable de fois. L’histoire retient ensuite la période de l’architecture paléochrétienne, soit autour des IIIe–Ve siècles ap. J.-C, avec la construction de basiliques et de catacombes. Au cours de la vaste période du Moyen-Âge, qui couvre plus d’un millénaire, on note notamment les architectures romanes et gothiques, fortement représentées par des cathédrales, forteresses et châteaux.

    La pyramide de Khéops aurait nécessité quelque 2 millions de blocs de calcaire

    La Renaissance voit se développer un renouveau de l’art antique, avec des constructions imitant les temples de l’époque gréco-romaine. Enfin, après un passage par l’architecture baroque (XVIIIe siècle) et classique (fin XVIIIe et début XIXe), nous arrivons à l’époque contemporaine, avec une multitude de courants et d’inspirations qu’il est impossible de rattacher à une seule origine.

    Les sept merveilles du monde
    Il est remarquable de constater qu’en dépit des avancées technologiques du monde moderne, certains monuments construits parfois deux mille ans auparavant continuent de fasciner et d’interroger. Ainsi, la pyramide de Khéops, construite aux alentours de 2’650 av. J.-C. et qui aurait nécessité quelque 2 millions de blocs de calcaire (chaque pierre pesant une tonne et demi), reste un mystère. Cette pyramide fait partie des sept merveilles du monde antique, une liste de monuments aux prouesses architecturales dont la pyramide est aujourd’hui le seul vestige. Parmi les sept édifices, on peut citer les jardins suspendus de Babylone ou le phare d’Alexandrie, dont il ne subsiste aucune trace à l’heure actuelle. Cependant, en 2007, une nouvelle liste qui répertorie sept nouvelles merveilles a vu le jour, parmi lesquelles figurent la Grande Muraille de Chine, le Machu Picchu au Pérou, le Colisée à Rome ou encore le Taj Mahal en Inde.

    Chefs-d’œuvre d’hier et de demain
    Le Taj Mahal est l’un des dix monuments les plus visités au monde. Il est commandé par l’empereur mongol Shâh Jahân en mémoire de son épouse Arjumand Bânu Begam, décédée en 1631 en donnant naissance à leur quatorzième enfant, et est achevé en 1648. La construction mêle des éléments ottomans, islamiques et indiens. Elle aura duré plus de quinze ans et aura nécessité plus de mille éléphants pour le transport des pierres. On y trouve nombre de matériaux nobles : de la turquoise et de la malachite du Tibet, du lapislazuli du Sri Lanka et de l’onyx de Perse, pour ne citer qu’eux. Le Taj Mahal est également agrémenté de jardins. En parallèle de cela, on peut admirer un chef-d’œuvre d’architecture du XXe siècle, très différent dans son genre : le bâtiment de l’opéra de Sydney. Imaginé par l’architecte danois Jorn Utzon, il a nécessité plus d’un million de tuiles en céramique, fabriquées en Suède. L’opéra est soutenu par 580 piliers de béton qui s’enfoncent en profondeur dans la mer, et dont le courant électrique est alimenté par 645 kilomètres de câbles. Encore un autre ouvrage qui défie tous les superlatifs : la Burj Khalifa, à Dubaï, qui est devenue en 2008 la tour la plus haute jamais construite par l’homme, culminant à 828 mètres. Cette tour a nécessité plus de 22 millions d’heures de travail cumulées, 39’000 tonnes de poutres en acier et plus de 330’000 m3 de béton armé. Elle possède en outre cinquante-sept ascenseurs.

    Défis à venir
    Si les prouesses modernes détonnent souvent en repoussant les limites de la faisabilité, une nouvelle tendance a déjà vu le jour et se développe de plus en plus : l’architecture éco-responsable, conçue pour créer de nouveaux quartiers écologiques et avec le moins d’impact pour l’environnement possible. En témoignent par exemple les « écoquartiers » Les Vergers à Meyrin, ou encore ceux à Gland, Neuchâtel et Nyon. Le concept ? Par une absence de voitures, la mise en place d’espaces végétalisés, une biodiversité encouragée et une participation citoyenne, ces quartiers où il fait bon vivre essaiment un peu partout dans les pays européens. Ils attirent de plus en plus d’individus en quête de changement face à des « cités de béton », logements construits il y a une quarantaine d’années.

    Une nouvelle tendance a déjà vu le jour : l’architecture éco-responsable

    Ce souci d’écologie se manifeste aussi par la préoccupation de freiner une urbanisation trop envahissante, d’intégrer des problématiques de durabilité, de valoriser les aspects locaux et de limiter les pertes énergétiques. En témoigne le projet « Jalons 13 » de développement durable édicté par le canton de Vaud en 2018, dans lequel figurent clairement les questions qui vont nous habiter dans les prochaines années, à savoir comment bâtir pour préserver les ressources et comment habiter demain ?