• Symptomania, art et psyché

    Symptomania, art et psyché

    ©Elisa Bagnoud

    FESTIVAL • Du 1er au 3 octobre 2025, la Grange s’ouvre, à cœur et à foyer ouverts, pour parler de santé mentale. Entre conférences, discussions et spectacles, Symptomania invite à «renverser les perspectives sur la psychiatrie». L’auditoire a rencontré trois étudiants à l’origine de spectacles présentés pour l’occasion.

    Le festival Symptomania met à l’honneur l’œuvre de l’artiste Caroline Bernard, accompagnée par l’historienne et philosophe de la psychologie et de la psychiatrie à l’UNIL, Camille Jaccard, et la musicienne Joell Nicolas, alias Verveine. De nature transdisciplinaire, le festival propose un colloque, Voix sur dossier, qui interroge les archives et dossiers psychiatriques tout en donnant la parole à divers témoignages. Soignant·es, pair-aidant·es , historien·nes et sociologues partageront leur vécu, pour dépasser le prisme médical qui reste aujourd’hui majoritaire. Le nom du festival, Symptomania, fait office de rappel: les symptômes règnent toujours en maîtres dans les diagnostics. Et enlacées parmi ces témoignages, deux créations étudiantes, Avec mes yeux je comprends pas et Celui qui dort, traitent la santé mentale à travers l’art et la scène.

    Avec mes yeux je comprends pas

    Seul·e sur scène, Jimmy Capdevila livrera un monologue percutant rédigé par Bastien Ribordy, dramaturge de la pièce, et avec une mise en scène aidée par Pauline Lebet. Dans cette pièce, un étudiant en histoire de l’art, Rod, doit donner une conférence sur Jean Dubuffet, premier théoricien de l’art brut. Le sujet le bouleverse, entraînant une perte de sens par rapport à sa thèse, sa vie, et au comédien sur scène. C’est un appel de la Grange pour une œuvre sur le thème de la santé mentale qui avait semé la graine de l’inspiration pour Jimmy, étudiant·e en Lettres, cinéma et histoire de l’art, à l’origine du projet. Et cette conférence sur l’art brut s’insère à merveille dans la thématique de Symptomania: l’art brut, «c’est de la création en dehors de la culture», rappelle Bastien. L’enjeu était ainsi d’interroger la fétichisation de ces œuvres. «La fétichisation pour moi c’est aussi le processus de faire d’un objet une curiosité. Dans le cas de l’art brut, ça serait d’exposer un objet créé en hôpital psychiatrique derrière une vitrine», ajoute Jimmy.

    Interroger la fétichisation des oeuvres brutes

    Inspiré·e par Antonin Artaud et Sarah Kane, l’un et l’autre passé·e par l’hôpital psychiatrique, Jimmy rapproche Avec mes yeux je comprends pas du mouvement In-yer-face. «C’est une volonté de confrontation. Il y a l’idée d’explorer la frontalité, la confrontation entre le public et ce qu’il se passe sur scène pour provoquer un questionnement.», explique-t-iel. Un avertissement au public, par rapport à des références explicites au suicide et à l’automutilation, a justement été nécessaire. Mais c’est bien parce que Jimmy et Bastien ont à cœur la thématique de la santé mentale qu’en parler ainsi est essentiel: «Et pour moi c’est important aussi de rappeler la violence que c’est», exprime Jimmy. «Si ça crée une gêne aussi, c’est que ça concerne beaucoup de gens aujourd’hui», ajoute Bastien. La création de la pièce a été l’histoire d’un été. «Avec Bastien, on a fait deux séjours à la montagne cet été, qui étaient un peu des séances de thérapie.» Si Jimmy a réfléchi aux thématiques, au ton et à la forme, au fil des discussions, «Bastien a posé les mots sur le squelette qu’on avait bâti.» Alors que le spectacle approche, le texte rédigé doit être appris et assimilé par lae comédien·ne, face à un monologue qui inspire à la fois une sérénité et une grande responsabilité. Mais avec près de vingt ans de théâtre et un passage au conservatoire de Genève, ce n’est pas la scène en soi qui angoisse Jimmy: c’est plutôt l’après, et la réaction du public. «Le fait que ce soit autant dans l’affirmation de nos idées, moi ça me provoque une certaine vulnérabilité», avoue-t-iel. Une vulnérabilité que l’on retrouvera également dans l’interprétation très personnelle d’Un homme qui dort, second spectacle étudiant.

    Celui qui dort

    Réadaptation de l’œuvre Un homme qui dort de Georges Perec, Les Endormis nous présentent pour la seconde fois leur pièce Celui qui dort, après leur première représentation dans le cadre du Festival Fécule 2025. L’auditoire a ainsi pu rencontrer Théo Krebs, membre de la troupe en tant que créateur et metteur en scène du spectacle. Milo Cavadini, à la base de la conception du projet, portera un jeu corporel que Théo qualifie de «physique», tandis qu’Antoine Fritz sera «chargé de lire des textes traduisant son état mental». La pièce aborde «la solitude, l’absence de la volonté de faire quelque chose», explique Théo Krebs. La thématique de la santé mentale est ainsi implicite dans la pièce, explorant «les effets à long terme de cet enfermement. On devine en sous-texte l’addiction.» C’est cette thématique qui avait tout d’abord résonné en Milo, allant toucher à ses angoisses personnelles et ses démons.

    « On devine en sous-texte l’addiction »

    Théo Krebs, créateur et metteur en scène de « Celui qui dort »

    «On a deux comédiens qui sont d’une part le corps, d’autre part l’esprit», une représentation très visuelle et parlante des troubles psychiques, qu’il décrit par la suite comme une «sorte de dichotomie entre ce qu’on veut faire et ce qu’on peut faire.» La pièce se prête à des interprétations multiples. Alors que le café, central à la pièce, s’est soudainement affirmé comme de la cocaïne aux yeux de Théo, le public pourrait tout aussi bien le percevoir pour ce qu’il est: du café. Et par rapport à l’ajout de trigger warnings, la question reste compliquée pour lui: «J’ai eu peur que ce soit une ouverture à se choquer, de préparer le·la spectateur·rices à ‘attention ça peut être dur’ alors que ça peut ne pas l’être du tout.» À l’instar de la première pièce, Les Endormis ont été sélectionnés sur dossier après l’appel de la Grange. Pour Théo, qui après un Master à l’UNIL étudie désormais le théâtre au Tessin, cette pièce a été le moyen «de dire au revoir en investissant un lieu […] qui a été formateur pour [son] parcours.» Cette seconde représentation a exigé un nouveau comédien, mais également un décor plus sobre, foyer oblige. Pour le reste, «c’est revenu assez facilement, mais il a fallu redompter la bête après la pause estivale», convient Théo.

    Les 2 et 3 octobre, à 13h et à 17h, le foyer de la Grange sera investi de Jimmy Capdevila, puis de Milo Cavadini et de sa voix. L’occasion de découvrir, ou de redécouvrir, cet espace culte du campus et de parler de santé mentale avec un regard artistique grâce aux nombreuses propositions du festival Symptomania.

    Alice Côté-Gendreau

  • Avortement: un droit à la santé (encore) en péril

    Avortement: un droit à la santé (encore) en péril

    AVORTEMENT· En mars 2024, la France inscrit le droit à l’interruption volontaire de grossesse dans sa Constitution. Loin d’accorder une telle mesure de portée historique pour l’autodétermination des femmes, comment la Suisse garantit-elle ce droit et son accès? Réponse avec Lucile Quéré, sociologue au Centre en Études Genre de l’Unil.

    La Suisse compte un des taux d’interruption volontaire de grossesse les plus bas au monde. En 2022, l’OFS recense environ 11’000 IVG, correspondant à un taux de 6.9 pour mille femmes. Chiffre bien faible en comparaison avec celui de ses voisins européens tels que la France dont le taux s’élève à près de 17 pour mille femmes. Depuis la décriminalisation de l’avortement en 2002, l’on constate une certaine stabilité dans le nombre d’IVG en Suisse. L’instauration de ce que l’on nomme le «régime du délai», c’est-à-dire l’autorisation à mettre un terme à une grossesse dans les premières douze semaines suivant les dernières règles, n’a donc provoqué ni banalisation de cet acte médical ni avortements de confort. Stigmatisation et obstacles restent tout de même bien présents pour les femmes qui souhaitent jouir de ce droit fondamental.

    Un parcours semé d’embûches

    La Suisse posséderait l’un des meilleurs systèmes de soins au monde. Mais ce système comporte ses torts, notamment en ce qui concerne les coûts très onéreux à débourser pour se soigner. L’accès à l’avortement est également concerné. Le montant d’une interruption volontaire de grossesse qui peut osciller entre 600 et 3000 francs dans le canton de Vaud, est pris en charge par l’assurance maladie obligatoire. Cependant, les remboursements des frais médicaux dépendant de la franchise choisie, devoir interrompre une grossesse non désirée peut devenir une charge financière lourde à porter. Pour mettre un terme à une grossesse non désirée, il existe deux méthodes: la première dite médicamenteuse qui consiste à prendre deux médicaments à près de deux jours d’intervalle. Cette option reste la plus utilisée en Suisse avant la méthode chirurgicale, qui, réservée aux grossesses plus tardives, a lieu sous anesthésie complète ou partielle. Les professionnels de santé insèrent une canule qui vient aspirer le contenu utérin. Cette intervention doit être pratiquée dans un cabinet médical ou un hôpital, ce dernier est astreint à garantir cette prestation médicale. Toutefois, les femmes peuvent se retrouver confrontées au refus de certain·e·s gynécologues de la pratiquer en fonction de leurs convictions personnelles, cela provoque alors délais et attente. Pour Lucile Quéré, les femmes qui souhaitent avorter font aussi face à des commentaires moralisateurs de leur entourage et des professionnel·le·s de santé. L’avortement reste un «acte stigmatisé car l’on perçoit la contraception comme la bonne pratique de régulation des naissances et l’avortement comme la mauvaise». Ainsi, l’IVG est un acte «légal mais perçu comme socialement déviant» selon Lucile Quéré.

    Code pénal et loi de santé publique

    Légal mais pas dépénalisé. L’IVG reste inscrite au sein du Code pénal suisse qui l’autorise pour autant que la femme invoque une situation de détresse. Après le délai, avorter devient illégal sauf si un avis médical démontre que la femme se trouve dans une situation nuisant à son intégrité physique ou mentale. De fait, la Suisse se positionne à l’encontre des recommandations de l’OMS qui préconise une décriminalisation complète de l’avortement. Afin d’aller dans ce sens, des initiatives et pétition ont été mises sur pied l’année dernière. L’Organisation de santé sexuelle suisse a déposé en janvier 2023 une pétition qui réclamait que l’IVG ne soit plus régulée par le code pénal mais bien par une loi de santé publique. La conseillère nationale verte Léonore Porchet a élaboré une initiative équivalente en mars 2023. Ces deux propositions ont été refusées, le régime du délai jugé très «contraignant» par Lucile Quéré et contraire aux recommandations de l’OMS restera donc en place. Nous sommes donc loin du contexte français de constitutionnalisation de l’IVG, les contraintes de la loi faisant le lit des opposant·e·s à l’avortement.

    Le front des antis

    En 2021, deux politiciennes UDC et proches des mouvements pro-vie lancent deux initiatives populaires qui souhaitent restreindre le droit à l’IVG. Elles n’ont pas récolté suffisamment de signatures. Toutefois, leurs revendications s’insèrent au sein de la mouvance anti-avortement «en augmentation dans le monde entier, plus structurée et plus professionnalisée qu’auparavant» le déclare Lucile Quéré. En Suisse, différentes associations aux dénominations évasives telles que Mamma ou Prodonna s’avèrent présentes autant sur les réseaux sociaux que dans l’espace public. Afin de diffuser leurs idées, ces groupes utilisent des arguments autour de la santé des femmes. L’IVG serait responsable de provoquer cancer, infertilité et troubles psychologiques. De nombreuses études démontrent qu’un avortement réalisé dans de bonnes conditions et pris en charge correctement ne provoque majoritairement pas d’effets secondaires sur la santé physique et mentale des femmes. Ces prétendus risques sont donc mobilisés par les antis-IVG afin de dissuader les femmes qui y auraient recours. Politiquement, l’abrogation de l’arrêt Roe vs Wade qui garantissait le droit d’avorter sur le territoire états-unien en juin 2022, a donné à ces militant·e·s «un modèle à suivre et une preuve que leurs stratégies anti-avortement peuvent aboutir», analyse la sociologue. Si l’interdiction totale de l’avortement n’est pas encore d’actualité, des deux côtés de l’Atlantique, les militant·e·s continueront de lutter pour limiter ce droit en espérant y parvenir dans un futur proche. Ce droit fondamental pour l’émancipation des femmes, semble donc véritablement en péril et ce d’autant plus qu’au sein des mouvements féministes suisses, «il n’y a pas de mobilisations massives sur des questions d’IVG», déclare la chercheuse. Selon cette dernière, l’idée selon laquelle le droit à l’avortement est acquis perdure encore dans les mentalités. Il semble alors nécessaire de saisir à quel point ce droit est fragile et menacé, afin que jamais plus aucune femme ne doive accepter une grossesse non désirée ou ne meurt des suites d’un avortement.

    Camille Marteil

  • Une thérapie qui nous fait vibrer

    Une thérapie qui nous fait vibrer

    Photo : Paul Hanaoka

    SOINS À DOMICILE • Suite aux augmentations des primes d’assurance-maladie, des chercheur·e·s ont peut-être trouvé une solution économique au problème du coût de la santé. Le ronronnement du chat, outre son caractère rassurant, aurait des bienfaits sur notre santé et sur la sienne, notamment au niveau du stress et de l’anxiété.

    L’animal de compagnie le plus populaire du monde aurait une arme particulièrement intéressante pour la santé humaine: son ronronnement. Même si son fonctionnement n’est pas encore tout à fait compris par les scientifiques, ces dernier·ère·s viennent de trouver une nouvelle utilité à ce doux bruit que les chats produisent dans toutes sortes de circonstances. Il aurait en effet les mêmes effets que certains médicaments anxiolytiques. Ces bienfaits sont si intéressants que le terme ronronthérapie, directement de l’anglais Purring therapy, a récemment fait son apparition. La fréquence basse des ronronnements, entre 20Hz et 25Hz, aurait également un effet accélérant sur la cicatrisation des os. Véritable psychiatre à domicile, le chat serait également une boule anti-stress grâce à sa fourrure. Son ronronnement amplifié à travers nos mains lorsqu’on le caresse serait un moyen efficace de combattre l’anxiété. Évidemment, le seul son ne permet pas de résoudre tous ces problèmes, car il s’agit bien d’une combinaison de facteurs qui permettent de soulager certains maux.

    Son ronronnement amplifié serait un moyen de combattre l’anxiété

    La compagnie qu’il amène, le contact agréable avec sa fourrure ainsi que sa capacité à nous distraire sont autant de raisons pour lesquelles cette boule de poils aide au quotidien tant de personnes. Près d’un foyer sur deux accueille cet animal en Suisse, ce qui fait de lui l’animal préféré des Helvètes. Or, l’arrivée des animaux dans le champ médical n’est pas nouvelle. Si ce sont le plus souvent des chiens, notamment les services dogs, ces chiens capables de flairer une crise d’épilepsie et de prévenir leurs maîtres, qui occupent ce rôle, les chats pourraient prendre une place grandissante dans les hôpitaux. L’importance reconnue des animaux dans le bien-être humain permettront peut-être de faire des chats, des chiens, à défaut de l’inverse…

    Fanti Maxime

  • Un problème pas ludique

    Un problème pas ludique

    Photo : ©Pixabay

    SANTE • Le moustique est l’animal qui cause le plus de morts chaque année chez l’être humain (en moyenne 600’000 décès). Il est vecteur de nombreux fléaux nommés dengue, zika, chikungunya ou malaria, au point que l’éradication planifiée de certaines espèces est envisagée.

    Si le moustique peut agacer, voire gâcher certaines soirées d’été sous nos latitudes, le problème est d’une autre ampleur dans l’hémisphère sud, en particulier en Afrique subsaharienne. En effet, près de 50% des cas de paludisme, autre nom de la malaria, sont concentrés entre quatre pays seulement: le Nigéria (27%), la République démocratique du Congo (12%), l’Ouganda (5%) et le Mozambique (4%). En Europe, la maladie a presque complètement disparu depuis le 19ème siècle, principalement en raison de l’assèchement des zones humides et marécageuses. Si la lutte contre le paludisme a connu quelques progrès ces vingt dernières années, ils sont considérés insuffisants par les spécialistes. Manque de fonds, conflits armés et crise sanitaire ne sont que quelques ingrédients de cet échec qui pèse avant tout sur les enfants de moins de cinq ans et les femmes enceintes.

    Pourquoi les moustiques piquent

    Tous les moustiques ne piquent pas. C’est le cas par exemple des espèces de grande taille qu’on nomme cousins. Par ailleurs, pour les autres, ce sont les femelles uniquement qui piquent les humain·e·s, car elles ont besoin de certaines protéines, présentes dans le sang, pour faire maturer leurs oeufs. Les mâles se contentent pour leur part de nectar de fleurs. Lorsqu’elles piquent, les femelles injectent de la salive anticoagulante afin de fluidifier la prise de sang. Les boutons et démangeaisons qui en résultent chez l’humain sont une réaction allergique. Les moustiques peuvent donc être contaminés lors du prélèvement de sang, et infecter un humain lorsqu’ils injectent leur salive, ce qui explique leur potentiel redoutable de dissémination des maladies.

    Tous les moustiques ne piquent pas

    En eaux stagnantes

    La lutte contre les moustiques existe depuis longtemps. Alors qu’on se pensait au seuil d’une grande révolution chimique dans les années 1950, avec la généralisation des pesticides et larvicides en tous genres, il s’avéra que les larves développaient rapidement des résistances et qu’il était toujours nécessaire de développer de nouveaux produits. Les mesures d’aménagement du permettent, elles, de limiter la propagation de certaines espèces. Depuis les années 2000, dans la ligne des avancées faites en génomique, certain·e·s chercheur·euse·s défendent l’idée de modifier génétiquement certaines espèces de moustiques, en les rendant stériles. Cette idée d’extermination planifiée fait débat entre ceux·celles qui prétendent diminuer marginalement la diversité du génome des moustiques et ceux·celles qui mettent en avant notre incompréhension de l’importance globale du moustique dans la chaîne alimentaire.

    Jacques Soutter

  • Solution ou malédiction ?

    Solution ou malédiction ?

    Illustration & rédigé par : Mariana Gomes

    CONTRACEPTION • Selon une étude EPI-PHARE, le stérilet hormonal provoquerait des dépressions chez les femmes qui en portent. Pourquoi a-t-il cet effet ? Existe-t-il une alternative ? Où en sommes-nous aujourd’hui ?

    Le stérilet est, selon l’Institut national d’études démographiques, la troisième méthode de contraception la plus utilisée dans le monde, après la stérilisation féminine et le préservatif masculin. Or, une étude récente a montré une augmentation légère mais non négligeable du risque d’avoir recours aux antidépresseurs dans les deux ans après la pose. La cause de cette humeur dépressive serait le lévonorgestrel, le progestatif utilisé dans la composition des dispositifs intra-utérins (DIU), comme les stérilets hormonaux.

    Il est important de rappeler que le stérilet hormonal est un médicament, il peut donc provoquer des effets secondaires et indésirables

    Sachant que beaucoup de contraceptifs contiennent des hormones et que les DIU hormonaux peuvent rester en place entre 3 et 8 ans selon le stérilet, il ne faut pas négliger les effets collatéraux tels que la dépression sur une si longue durée. Il est important de rappeler que le stérilet hormonal est un médicament, et comme tout médicament, il peut provoquer des effets secondaires et indésirables. En plus du risque de dépression, les DIU hormonaux comptent de nombreux autres effets indésirables tels que la fièvre, des maux de tête intenses, des douleurs aigues dans le bas-ventre, des rapports sexuels douloureux et des saignements en dehors des règles. Mais alors, comment se fait-il qu’avec autant d’effets fâcheux, le stérilet reste la troisième méthode de contraception la plus utilisée ?

    Il ne présente pas de risque pour la santé

    Le stérilet a de nombreux côtés positifs qui font qu’il offre une liberté que l’on ne retrouve pas avec d’autres formes de contraception. Tout d’abord, le stérilet a une longue durée de vie. De plus il fait disparaître les craintes d’oubli et d’horaire. Selon plusieurs études, il ne présente pas de risque pour la santé (accidents cardiovasculaires ou cancers). Par conséquent, le DIU reste une option qui convient à beaucoup. Si toutefois on souhaite les avantages du stérilet sans les effets provoqués par les hormones, une alternative possible reste le stérilet en cuivre, qui lui est un dispositif médical et non un médicament. Il ne contient donc pas d’hormones et ne présente pas de risque de dépression. Enfin, il existe une multitude d’autres méthodes de contraception et malheureusement, aucune n’est parfaite, il faut bien se renseigner et tester pour trouver celle qui convient le mieux.

  • Management et santé mentale

    Management et santé mentale

    Rédigé par : Lorna Blum

    SANTÉ • Le milieu professionnel joue un rôle majeur dans le maintien de la santé mentale. Celui-ci peut être facteur de résilience ou de risque. Comment préserver la santé mentale par le management ?

    Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), le maintien de la santé mentale comprend des enjeux individuels et des déterminants socioéconomiques, culturels et environnementaux. De la même façon, le Rapport sur la Santé Psychique en Suisse, établi en 2015, appuie le fait que le travail joue un rôle important à la fois sur la consolidation de la santé psychique que lors de la naissance de maladies mentales. Car si le travail constitue une source de cohésion, d’épanouissement et d’intégration sociale, il peut aussi être source d’insécurité et de problèmes de santé mentale.

    La santé mentale est devenue la principale cause d’absentéisme au travail

    En effet, dans un contexte où l’accroissement de la compétition, des changements technologiques et les normes de rendement élevées occupent une grande place, la pression constante, toujours plus grande sur les employé·e·s, ne peut rester sans impact sur leur santé mentale et bien-être psychologique.

    Un problème actuel sans solution
    Durant les deux dernières décennies, les facteurs de santé mentale sont devenus la principale cause d’absentéisme au travail. Dans les pays industrialisés, les problèmes de santé mentale représentent le quart de toutes les lésions professionnelles. Plusieurs recherches ont démontré une association entre certaines conditions de travail et les problèmes de détresse psychologique, d’épuisement professionnel ou de dépression. De plus, les conséquences négatives du stress liées au travail sur la santé mentale des travailleur·euse·s sont étroitement liées aux profonds changements qu’a connu le monde du travail, au cours des dernières années. En effet, les nouveaux standards de production et de qualité dictés par la mondialisation des marchés ont contribué à l’intensification du travail, à l’augmentation des contraintes de temps ainsi qu’à la hausse du travail atypique. Face à cela, des chercheur·euse·s constatent que le management de proximité, bien que nécessaire au bien-être des travailleur·euse·s, est de nos jours empêché. En effet, les directions des entreprises se voient attirées vers d’autres scènes que celles de la régulation du travail afin, notamment, de répondre aux exigences d’un gouvernement de l’entreprise de plus en plus complexe.

    Concrètement, que faire ?
    Malgré cela, toujours selon le Rapport de Santé Psychique en Suisse (2015), aujourd’hui déjà, de nombreuses entreprises s’occupent activement de la promotion de la santé de leur personnel. En plus d’avoir des effets positifs sur la santé mentale des employé·e·s, de nombreuses études attestent que ces activités sont économiquement bénéfiques aux entreprises. Mais la promotion de la santé mentale des employé·e·s doit passer par plusieurs aspects. Il est bien sûr important, si possible, que les salarié·e·s aient des tâches stimulantes et variées, qu’il·elle·s aient la possibilité d’exercer une influence et de recevoir un soutien social sur leur lieu de travail. Sabine Suarez Thomas, chercheuse en stratégie et management, indique qu’il faudrait aussi que les travailleur·euse·s disposent de marges de manœuvre pour pouvoir se fixer de nouveaux objectifs à partir de ceux qui leur auront été assignés.

    La promotion de la santé mentale des employé·e·s doit passer par plusieurs aspects

    De plus, comme le soulignent plusieurs chercheur·euse·s dans le domaine du management, la reconnaissance du travail accompli, qui va bien au-delà des résultats, est nécessaire à la construction de l’identité, et donc à une bonne santé mentale. Sabine Suarez Thomas montre aussi les conditions de cette reconnaissance : elle doit, d’une part, être faite par les managers, ou par les client·e·s, pour que l’employé·e voie son utilité reconnue. D’autre part, cette reconnaissance doit émaner des pair·e·s, qui identifient le travail comme juste et utile.

    Pistes de compréhension
    Ainsi, l’identité est confortée par l’appartenance à une communauté et par la reconnaissance d’une singularité. Les managers devraient donc encourager la problématisation, le soutien entre collègues et la solidarité, qui sont des clés pour la gestion des conflits intrapsychiques au travail. Finalement, des disciplines comme la psychopathologie du travail, la clinique de l’activité ou encore l’ergonomie de l’activité proposent dans ce domaine des pistes majeures de compréhension, puis aussi d’action.

  • Jeûner ou plutôt dé-jeûner ?

    Jeûner ou plutôt dé-jeûner ?

    Photo : ©Natalia Montowtt

    Rédigé par : Natalia Montowtt

    JEÛNE • Depuis mars avec le Carême puis le Ramadan, nous sommes dans une période où grand nombre de personnes pratiquent le jeûne dans le cadre de leur croyance. Cependant, certain·e·s jeûnent pour d’autres raisons : découvrons le jeûne intermittent.

    Le jeûne est une pratique qui prend diverses formes et vise différents objectifs. Il fait partie de traditions religieuses, mais aujourd’hui, il est surtout utilisé dans un but médical. La coutume consensuelle de trois repas par jour est relativement récente, elle est apparue avec la période néolithique. Avant, les humains mangeaient de manière irrégulière, souvent une fois par jour ou moins.

    ll est surtout utilisé dans un but médical

    Dans nos sociétés occidentales et industrialisées, dû au capitalisme et la surproduction, les individus ont tendance à consommer des quantités excessives de nourriture. La surconsommation peut être nuisible pour la santé, ainsi le jeûne dit intermittent a pour objectif une amélioration de la condition physique.

    Manger au bon moment
    Il est important de distinguer le jeûne de la diète : il ne consiste pas en des restrictions caloriques ou de certains aliments – même si la nourriture plus saine augmente ses effets – comme cela est le cas dans une diète. L’élément principal du jeûne intermittent est la plage horaire que la personne octroie à ses repas. Elle comprend des périodes d’alimentation habituelle et des périodes de jeûne, mais pas chaque jour, plutôt deux à quatre fois par semaine. Une méthode populaire est celle nommée « 16:8 », cela signifie que la personne peut manger pendant 8h, suivi d’une abstention de 16h. Pendant les heures de jeûne, le·la patient·e devrait tout de même boire de l’eau ou des tisanes. Les scientifiques ont constaté les effets bénéfiques de ce genre de jeûne grâce à des études menées sur des animaux – même si des recherches commencent aussi à être exécutées sur les humains. Ceci est confirmé par le directeur de prévention à l’Institut de cardiologie de Montréal Dr. Juneau dans un article du journal L’actualité : « Depuis très longtemps, on sait que, chez l’animal, la restriction calorique prolonge la survie, que ce soit des mouches, des souris ou des singes. Les études sur les animaux ont démontré l’efficacité du jeûne pour prévenir presque toutes les maladies chroniques et neurodégénératives… »

    La surconsommation peut être nuisible pour la santé

    Plusieurs bénéfices ont été observés : il facilite la digestion, fait perdre du poids, aurait un effet anti-inflammatoire, favorise la régénération du foie et améliore la croissance. Il faut cependant toujours adapter les conditions du jeûne à chaque individu.

  • Un nouveau caprice de jeunes ?

    Un nouveau caprice de jeunes ?

    Illustration : Niko GOLDMANN

    Rédigé par : Karen RUFFIEUX

    SANTÉ • La chirurgie esthétique se popularise depuis quelques années. Mode, influence et économie, quels sont les rôles joués par ces facteurs auprès de notre jeunesse ? Du modelage corporel massif au tourisme médical, jusqu’où peut mener leur insatisfaction ?

    De plus en plus jeunes, les adolescent·e·s ont recours à la chirurgie esthétique. Certain·e·s attendent impatiemment le jour de leurs dix-huit ans, voire même demandent l’autorisation à leurs parents dès seize ans pour ce genre d’opération. Auparavant, la chirurgie esthétique était présente surtout chez les personnes âgées ou souffrant d’une maladie qui nécessite une reconstruction. Quelles sont les raisons de ce changement ? L’influence des réseaux sociaux – et les propos des créateurs et créatrices de contenu qui en font la promotion – est souvent accusée de ce phénomène par les autres médias. Il est vrai qu’aujourd’hui, une grande majorité des jeunes sont au moins sur un réseau social et de ce fait, ils·elles sont tous les jours confronté·e·s à des images qui correspondent à leur idéal apparaissant ainsi comme réel.

    Tout y est pour sembler le·la plus parfait·e possible

    Lorsqu’une personne navigue sur Instagram, elle va y découvrir un bon nombre d’influenceurs et d’influenceuses. Chacun·e ayant un style différent. Ainsi, tout le monde peut y trouver un modèle de ce qu’iel voudrait être. Malheureusement, cette image est souvent fictive. Retouches, filtres, voire chirurgie, tout y est pour sembler le·la plus parfait·e possible. Cela peut créer des complexes vis-à-vis d’un idéal auquel ils·elles ne songeaient même pas. Prenons pour exemple Kim Kardashian qui a un corps si refait qu’il n’existe pas dans la nature. De plus, énormément d’applications permettent de retoucher ses photos, se lisser la peau, cacher ses imperfections et amincir la taille. Pour les moins doué·e·s, Snapchat et Instagram proposent des filtres préfabriqués qui changent entièrement la forme du visage. Bien que pratique, pour être toujours « présentable », il n’en est pas de même quand on se découvre dans un simple miroir, avec tous ses défauts. Pas facile de s’accepter dans ces conditions, surtout avec les influenceur·euse·s qui font la propagande des corps parfaits. La jeunesse est continuellement confrontée à cette problématique même si elle n’est pas active sur les réseaux. En soirée, à la bibliothèque, à tout moment, il est habituel de sortir son téléphone, de prendre une photo et de la partager. Il est donc commun de se retrouver sur le profil de ses ami·e·s, d’où l’importance d’être bien apprêté·e au quotidien. Comment se plaire, pour soi et à travers les autres, dans un monde où tout est retouché ? Lorsque cacher ses défauts derrière des accessoires ou du maquillage ne suffit plus, beaucoup succombent à la tentation de la chirurgie.

    Origines et avancée
    Qu’est-ce que la chirurgie esthétique si ce n’est qu’une simple amélioration du corps ? Depuis toujours, on transforme notre anatomie. On fait des régimes, on va chez le coiffeur et, même dans les années 2000, la mode était de se faire percer et tatouer.

    Comment se plaire dans un monde où tout est retouché

    Souvent jugées comme des rebelles, il n’y a que peu de personnes actuellement sans ces artifices devenus banals. Si le tatouage choquait auparavant, la chirurgie pourrait entrer dans les mœurs. Toucher à son corps n’est pourtant pas anodin. À la fin de la Première Guerre mondiale, celle-ci a été inévitable pour réparer la chair des grands blessés. Alors considérée comme une chirurgie lourde et longtemps risquée, elle connaît aujourd’hui une renommée de qualité : techniques plus raffinées, opérations plus sûres, possibilité de retour en arrière.

    Phénomène et géographie économique
    « On voit là que la chirurgie esthétique, parce qu’elle est de plus en plus accessible, s’inscrit dans une continuité de transformation des corps à des fins à la fois esthétiques, identitaires et relationnelles », déclare Francesco Panese, professeur de Sciences sociales à l’Université de Lausanne. Si depuis les années 2000 les interventions ont augmenté de 50%, c’est aussi dû à la diminution des coûts ainsi qu’à l’augmentation de l’offre et de la demande.

    Elle est de plus en plus accessible

    Le fameux lifting qui a fait des ravages chez certaines stars est maintenant remplacé par des ajouts de sa propre graisse ou des injections d’acide hyaluronique dont les effets s’estompent avec le temps jusqu’à disparaître. De plus, le rendu final de la peau est moins figé et semble plus naturel. Malgré cette apparente avancée, il ne faut pas négliger l’existence d’un risque de conséquence médicale suite à une opération qui aurait mal tourné, de désillusion face à sa nouvelle image ou encore le sentiment d’en vouloir toujours plus. Après s’être refait les lèvres, on pense à une rhinoplastie, et pourquoi pas à des implants mammaires. Plus on en fait, plus ça coûte. Il est donc intéressant pour les plus économes de se tourner vers des instituts moins chers et souvent situés à l’étranger. Il existe aujourd’hui un tourisme médical. Des agences se spécialisent dans ce domaine en proposant toutes sortes de destinations suivant la prestation recherchée. Ces vacances de l’esthétisme à bas prix contribuent à la montée en puissance du nombre d’opérations chez les jeunes.