SafeCap : votre protection de nuit

Logo : © Solène Gamey –  Instagram @remede.ai 

Propos recueillis par : Natalia Montowtt

VIE NOCTURNE Aller en boîte de nuit est associé à un moment de partage avec ses ami·e·s, des rencontres sympathiques, on entend de la musique et on danse… c’est la fête ! Cependant, il ne faut pas oublier qu’il existe toujours des personnes mal attentionnées malgré l’ambiance amusante d’un endroit où l’on va pour se détendre et oublier tous ses soucis. C’est dans cette idée qu’a été lancé SafeCap. Dans cette interview Aline Pagani, sa principale fondatrice, nous raconte le chemin fait derrière ce projet.

Peux-tu me dire qui se cache derrière SafeCap ? Quel est ton parcours de vie et est-ce ton activité principale ?

Je travaille dans la restauration depuis maintenant 4 ans et j’adore ça : le contact client, rencontrer du monde, etc. J’ai lancé le projet SafeCap l’été dernier. Ça a été difficile, car j’ai fait une maturité gymnasiale. J’avais aucune notion d’informatique : « comment faire un site internet » je n’en avais aucune idée. Vers qui se tourner ? Comment faire un moule pour créer les Caps ? Et tant d’autres aspects. Ce n’est pas mon activité principale, même si j’aimerais bien. Malheureusement SafeCap n’a pas de fonds, c’est nous qui avons économisé et financé le projet. Concrétiser un tel projet prend beaucoup de temps et d’argent. On a donc avancé en fonction de nos moyens.

Qui consitue l’équipe SafeCap ?

J’ai rencontré Panariti K., qui a fait une formation dans le marketing. Il avait les connaissances nécessaires pour créer un site internet, donc on s’est associés et nous avons lancé le projet en juin. C’est lui qui a trouvé notre producteur qui se trouve à l’étranger. Malheureusement on s’est rendu compte qu’à deux on n’allait pas y arriver car c’est quand même une charge de travail importante. Pour le visuel, j’ai pensé à une amie qui est en 3ième année d’apprentissage de graphisme, Solène Gamey. Au début, Panariti K. s’occupait des échanges avec le producteur et du site internet. Mais comme c’était trop pour une personne, j’ai demandé de l’aide à mon père qui a une carrière dans le business/marketing – il était directeur financier. Il nous aide avec la paperasse et les échanges avec notre producteur. La plus grande difficulté, c’est qu’on a fait que d’investir mais on a encore aucun revenu sur ce projet. Je n’ai pas envie de donner aux autres trop de travail alors que pour l’instant je ne peux pas les rémunérer. Dans l’idéal, ce serait de recevoir un salaire au fur et à mesure des ventes. On se rencontre de temps en temps et on va bientôt inaugurer la finalisation de notre travail. Nous sommes une équipe de jeunes et on est tou·te·s sensibilisé·e·s par la cause. D’ailleurs, c’est toujours un plaisir de travailler avec des gens que l’on connait. L’ambiance est différente et c’est sympathique car ça reste professionnelle mais on y prend tou·te·s du plaisir. Mon père nous a aussi beaucoup aidé car ce n’est pas facile de ne pas se « faire avoir », comme on travaille avec des gens qu’on n’a jamais vu ; il est évident qu’ils nous ont vendu quelque chose, donc comment savoir si c’est fiable ?

Quelle est l’histoire du produit et d’où est venue l’idée ? Est-ce ton entourage ou ta propre expérience qui t’a poussée à lancer ce projet ?

J’ai commencé à travailler dans la restauration de Lausanne. Au fur et à mesure, j’ai vu qu’il y avait de plus en plus de personnes qui se faisaient droguer. Malheureusement, le sujet devenait très tabou. Il  y avait une partie des gens qui y croyaient, d’autres pas, puis certains disaient que malheureusement ça arrive lorsqu’on a trop bu… Certaines personnes croient que les victimes sont toujours des femmes et je trouve cela dommage… D’un autre côté, on est conscient que ça existe mais pas à quelle échelle, puisque c’est compliqué d’avoir des chiffres exacts. Nous savons que c’est un problème, donc qu’il y a une demande derrière. Avant même de lancer le projet j’ai posé la question autour de moi pour voir si c’était quelque chose qui pourrait fonctionner. Je me suis rendu compte que des femmes principalement, mais aussi certains hommes, seraient intéressé·e·s par la SafeCap. Donc ce projet est partiellement lié au travail, car je suis directement confrontée à ces pratiques. Avant, je travaillais toujours dans des bars, donc c’étaient des horaires de jour. Maintenant que je travaille dans une boîte de nuit je vois encore plus à quel point c’est un problème mais aussi qu’il existe une demande de mise en place de solutions ; que ce soit des Cap ou de la sensibilisation au niveau de la sécurité. C’est justement quelque chose qu’on aimerait faire aussi par la suite ; on ne veut pas juste faire de la vente de produit. Sur notre site internet il y a un espace témoignage, où les gens peuvent venir en parler. On est aussi allé·e·s vers des associations pour essayer de faire de la sensibilisation. En ce qui me concerne, j’ai été droguée deux fois : une fois au Paléo, et heureusement j’étais avec des ami·e·s donc rien n’est arrivé. Une autre fois à Amsterdam et c’était un peu plus compliqué comme j’étais à l’étranger. Je « connais » ma consommation d’alcool et ce soir-là j’ai bu deux bières et le lendemain je me suis retrouvée dans un sale état. J’étais jeune, j’ai dû laisser mon verre quelque part car je n’avais pas encore la présence d’esprit qu’il y a des gens qui veulent me faire du mal. Nous avons aussi fait des interviews en début de cette année : nous avons collecté sept témoignages qu’on a filmé à visage couvert pour garder l’anonymat. Il y a eu des sales histoires… Tout ça nous motive encore plus car nous constatons que c’est un réel problème. En plus le GHB est quelque chose qui se vend comme des petits pains dans les rues, c’est une drogue qui ne coûte pas cher et pour moi c’est comme une arme qui est vendue… On ne sait pas si avec les Cap on peut faire en sorte que ça se passe moins, mais je l’espère. Après ce sera toujours à la personne de décider si elle veut mettre ça sur son verre, mais on espère au moins sensibiliser les gens sur le sujet.

J’ai bien vu que sur vos story Instagram vous demandiez des témoignages ?

Oui, justement car il n’y a pas beaucoup d’espaces de paroles. Il y a quelques associations qui se mettent gentiment en place… mais notre but est d’expliquer aux gens ce qu’il faut faire lorsqu’on se fait droguer. Tu peux aller à l’hôpital pour faire un prélèvement d’urine par exemple – sauf qu’il faut le prendre en charge très vite, car le GHB ça ne reste pas longtemps dans le sang et dans l’urine. Par contre, toute la structure qui est en place à l’hôpital pour les personnes potentiellement droguées est fort compliquée et malheureusement on n’a pas le remède miracle pour cela. Alors on offre surtout un espace où les personnes peuvent en parler sous l’anonymat.

Photo : ©SafeCap

À quoi sert exactement la SafeCap ? Comment l’utiliser et est-ce réutilisable ?

Elles sont réutilisables donc on peut la garder sur soi. C’est du silicone assez épais qui ne se détériore pas facilement. Il est aussi possible de la passer à la machine à laver. La SafeCap est surtout faite pour les boissons qui se boivent avec une paille : au milieu il y a une entaille pour l’introduire.

Quelle est votre clientèle cible ?

Des gens qui sortent en soirée, les boîtes de nuit, les festivals ou des terrasses ouvertes où les gens se baladent ou restent debout. On a vu des concurrents qui font un produit similaire aux USA : le produit est chouette, ce sont des chouchous qui renferment une Cap. Cependant, ce qui me dérange c’est que c’est un produit super centré sur les femmes. Je n’ai rien à redire sur le produit mais je voulais faire quelque chose d’unisexe, où il y a pas de rose et que tout le monde peut utiliser en étant à l’aise. C’était important que ce soit à la portée de main de tout le monde. C’est environ à partir d’août qu’on avait une idée du logo, des couleurs et visuel qu’on voulait faire autour de la marque. On s’est vite rendu compte qu’on voulait faire quelque chose de pas trop glauque, car c’est quand même un sujet un peu difficile. C’est un produit pas évident à vendre non plus, donc on a choisi des couleurs très flash. On voulait faire comprendre que notre produit n’a pas pour but de terrifier des gens ; on peut quand même profiter et s’amuser !

Où est-ce qu’on peut le commander ou acheter ? Est-ce disponible seulement en ligne ?

Notre but principal c’est de le vendre aux particuliers en ligne à partir de notre site internet. Il est possible d’acheter un paquet avec trois Caps minimum. Nous avons aussi discuté avec des directeurs de boîtes de nuit et ils avouent être conscients que ce genre d’incident arrive. Pour nous il est important de sensibiliser les gens, donc que les Caps soient données en boîte de nuit. L’exemple que je donne tout le temps, ce sont les festivals où l’on donne toujours des boules-caisses : nous on essaye de faire la même chose avec des Caps. Par contre, je me vois mal de collaborer avec un festival et que ce dernier les revende derrière, ce n’est pas le but. On est des jeunes et ce projet nous a coûté deux bras mais le but n’est pas de gagner de l’argent. Notre objectif c’est que ce soit distribué aux gens.

Mais ton employeur actuel a dit qu’il serait peut-être possible de les vendre dans sa boîte de nuit ?

Nous nous sommes dirigé·e·s vers des patrons de boîtes de nuit et ils ont considérés notre proposition pour que la Cap soit présentée comme une plus-value auprès de leur clientèle. Ils semblent intéressés mais ce n’est pas toujours évident de pouvoir donner ça à sa clientèle en tant que directeur, car du moment où l’on donne cela, ça signifie qu’il y a un risque dans son établissement. C’est un argument qu’on nous a beaucoup sorti et je comprends que dans les boîtes de nuit il se passe beaucoup de choses et que tout n’est pas contrôlable. S’il y a des gens qui veulent entrer avec de la drogue ils vont y arriver car ils savent comment la faire passer à travers la sécurité. Même si Lausanne est très bien sécurisé – je trouve que la sécurité fait un très bon boulot – mais quand tu mets de l’alcool, des mauvaises intentions et une boîte de nuit avec de la musique, il y a des choses qui restent incontrôlables. Voilà mon avis sur le sujet [rire].

Je voulais aussi savoir s’il existe plusieurs modèles ? Je vois que là il y a trois couleurs.

Pour l’instant on a commandé la « première version » du produit, j’aimerais plus tard faire d’autres couleurs comme l’orange, ainsi que d’autres modèles avec des paillettes puis un avec le logo en tourbillon. Peut-être qu’on pourrait aussi faire le packaging de différentes couleurs. Mais pour l’instant les 3 couleurs c’est déjà bien !

Comment s’est déroulé la création du côté technique du produit ? Avez-vous fait face à plusieurs difficultés ?

Ce n’était pas évident car c’est un produit qui n’existe pas. Alors on a essayé d’aller vers plusieurs producteurs, mais ils doivent s’assurer qu’ils aient des bénéfices sur la production. On leur a plus ou moins expliqué le projet mais pour le produire il faut créer un moule qui coûte très cher. On a dû trouver un producteur qui était d’accord de nous créer ce moule et ensuite pouvoir nous le mettre de côté pour pouvoir le reprendre le jour où on en aurait de nouveau besoin pour faire de nouvelles commandes. C’était une première chose, mais il ne faut pas oublier qu’on communique avec des personnes à l’étranger donc qui ne parlent pas français. On communiquait en anglais et on parlait via une plateforme. Ce n’est pas évident de se faire comprendre et à expliquer l’intention du produit par message. On a eu plusieurs échantillons qui étaient arrivés qui ne nous plaisaient pas, par exemple ils m’avaient envoyé des Caps qui étaient beaucoup trop fines et qui se cassaient facilement. Ce n’est vraiment pas évident de partir de zéro pour créer quelque chose de matériel. Au moins maintenant on sait comment faire les choses. De toute façon dans le marketing tu sais que tu auras toujours un milliard de problèmes et un million de solutions. Finalement on a réussi à trouver une personne qui nous fait les deux étapes : les Caps et les packagings. Je ne voulais surtout pas qu’on produise les Caps à un endroit, qu’on nous les envoie pour qu’ensuite on doive les renvoyer pour les packaging – pour des questions écologiques et de perte de temps.

Donc tout cela se passe en Europe ?

Malheureusement non. Mais par la suite on aimerait vraiment que ce soit fait en Suisse ou aux alentours. On a regardé en Allemagne et Hollande, mais on s’est rendu compte que ce n’était pas vraiment possible pour nous en tant que jeune entreprise. J’ai cherché des sponsors ou des personnes qui pourraient nous aider, mais c’était tellement d’argent qu’on s’est dit que pour l’instant on ferait comme ça, et si le projet se développe on essaiera de faire quelque chose de plus local. Si je pouvais le faire ici je le ferais avec grand plaisir !

Veux-tu dire autre chose à nos lecteur.ice.s ?

Oui, plein de choses ! [rire] Quand les gens sortent en boîte, j’aimerais qu’il·elle·s se rendent compte qu’il peut y avoir des gens mal intentionnés. Le monde n’est pas tout mignon et plein de paillettes. Même à Lausanne, quand on sort « chez soi » on pense qu’on ne risque rien, mais malheureusement que ce soit de la drogue ou autre chose… il faut juste faire attention et s’assurer d’être bien entouré. Couvrir son verre avec sa main, ne jamais laisser ses potes tou·e·s seul·e·s, ne pas laisser son verre et toujours avoir une personne de contact autour de soi. C’est sympa de faire la fête mais il y a plein de choses auxquelles il faut faire attention car la situation peut très vite dégénérer.

Site de SafeCap pour plus d’infos : https://safe-cap.ch/

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