L’amour chimique

Rédigé par : Lucie ORTET

BIOCHIMIE • L’amour est un concept particulièrement difficile à définir. Tout le monde a sa propre idée et sa définition individuelle. Et si l’amour pouvait se réduire à la science ? Pourquoi ne pas essayer de mélanger philosophie et chimie dans un seul débat ?

Qu’est-ce que l’amour ? Cette question est l’une des plus complexes et des plus personnelles que l’on puisse se poser. Mais posons nous ladite question d’un point de vue heuristique. Nous laissons de côté le concept moderne de l’amour qui évoque la romance ou les relations sociales. Si nous essayons de réduire l’amour au maximum afin de comprendre ce phénomène, de quoi est-il composé d’un point de vue chimique ?

Les composés de l’amour
Selon Benjamin Boutrel, maître d’enseignement et de recherche dans la faculté de biologie et de médecine de l’Université de Lausanne, l’amour pourrait être expliqué par trois systèmes. Le premier est l’ocytocine, « messager chimique du lien social » ou « médiateur chimique impliqué dans la confiance ». Ce messager chimique représente le côté réconfortant dans l’idée de l’amour ; c’est par exemple grâce à l’ocytocine que le lien maternel est possible. Le deuxième élément qui compose l’amour, c’est le système opioïdergique. Ce dernier évoque la quintessence du plaisir chez les mammifères. Il est particulièrement important, car son absence implique une rupture dans le lien social établi. En effet, M. Boutrel explique que « la disparition du récepteur μ fait disparaître le lien maternel chez les animaux ». Finalement, le troisième composé dans l’amour est la dopamine. Il est défini comme le signal d’apprentissage positif, que nous pouvons aussi associer à une perspective d’addiction.

Selon Benjamin Boutrel, l’amour pourrait être expliqué par trois systèmes biochimiques

Benjamin Boutrel développe en précisant que « le réconfort lié à la présence de l’autre va entraîner une libération de dopamine dans le cerveau ». Nous sommes donc conditionné·e·s à apprécier la présence de l’être cher. Plus nous sommes en confiance et nous éprouvons du plaisir en compagnie d’une personne spécifique, plus nous sommes encouragé·e·s à les revoir. Il est tout à fait possible de devenir « accro » à quelqu’un.

L’amour est une drogue
Si l’amour peut être défini heuristiquement par une réaction chimique, alors ne serait-il pas possible d’en faire une drogue synthétique commercialisable ? La « pilule d’amour »est aussi connue sous le nom d’ecstasy. C’est un conditionnement du sentiment amoureux, mais sans pour autant être qualifié comme de l’amour. Les personnes qui en consomment vont entrer dans une transe très agréable. L’ecstasy est certes conçue comme une synthétisation de l’amour, mais n’en est certainement pas un substitut. L’amour demande un lien qui soit produit ou qu’il puisse se projeter vers un objet ou une personne. On peut néanmoins qualifier l’amour comme étant une « drogue ». Selon Benjamin Boutrel, « l’amour, notamment la dopamine, fait partie de la fonction de récompense cérébrale ». Donc, il fonctionne de la même manière qu’une drogue d’abus avec des manques ou des excès. Par exemple, lors d’une rupture, nous remarquons une réaction de manque exprimée par de la tristesse ou même parfois de la dépression. Dans le cas contraire, un sentiment très agréable survient quand la fonction cérébrale de récompense est mise en œuvre.

Si l’amour peut être défini comme une réaction chimique, alors ne serait-il pas possible d’en faire une drogue synthétique?

Consommation d’amour
Or, les drogues ne sont pas considérées comme une consommation acceptable dans notre société. Subséquemment, affirmer que l’amour agit comme une drogue, c’est premièrement l’associer à une consommation et deuxièmement, c’est établir que ce dernier est néfaste au bien être des individus. Mais, comme l’affirme Benjamin Boutrel, « la fonction cérébrale de récompense est liée à la reproduction de l’espèce ». Effectivement, le plaisir joue un rôle motivationnel dans la perpétuation de l’espèce. L’amour est une drogue très accessible, gratuite et positive, car elle agit en faveur de la reproduction. Ainsi avoir des sentiments affectifs et des liens sociaux est partiellement expliqué par la chimie, mais le débat autour de la définition de l’amour est loin d’être achevé.

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