Entrevue avec Marion Curchod

Photo par Dan Sidler.

Crédit photo: Dan Sidler

INTERVIEW · L’auditoire a rencontré Marion Curchod, l’autrice de l’ouvrage « Entre la nuit et le jour » publié en avril 2021, pour apprendre plus sur son expérience d’écriture.

Pourquoi écris-tu ?

Chez moi, le besoin d’écrire a évolué au fil des années. Je vais répondre différemment qu’avant la publication de mon recueil, car je me sens un peu plus légitime. Tout d’abord, j’aime écrire. Cela me permet de me confronter à des situations que je n’ai pas encore vécues, voire que je ne pourrais jamais vivre. Mes personnages m’offrent des occasions d’expérimenter des réactions et des émotions. Je ne suis pas forcément très expressive ni extravertie, surtout lorsqu’il s’agit de parler de mes sentiments. Je ne parle pas forcément de ce qui se joue en moi. L’écriture me permet donc de donner une forme à mes émotions. Cela dit, les sujets de mes nouvelles, ne sont pas biographiques. J’apprécie m’imaginer des scènes, y réfléchir et me demander « comment je réagirais face à telle ou telle situation ? ». Mon travail consiste surtout à me poser une question et à construire des parcours jalonnés d’épreuves puis à esquisser des solutions, trouver une manière de s’extraire de ces situations difficiles. Je crée un point de vue qui, je l’espère, aide les gens. Je voudrais transmettre un message positif et apporter de la lumière. Ce mot d’ordre devient de plus en plus important pour moi, au point qu’écrire est devenu une pratique régulière.

Depuis quand écris-tu ?

Toute petite déjà, dans l’enfance, je composais des petits poèmes. Plus tard à quatorze ans, j’ai effectué un stage au journal Le Messager. Cela m’a beaucoup plu, j’envisageais même après cela de devenir journaliste. Puis, au Gymnase, j’ai eu envie de construire un récit, ce que j’ai fait. J’avais alors montré mon texte à mon professeur de français qui a aimé ma petite création et m’a encouragée à continuer. Ensuite, préoccupée par d’autres choses, je me suis un peu éloignée de l’écriture pour la retrouver à l’Université. L’idée d’une nouvelle qui m’est venue dans le métro a servi de réveil à ma passion de l’écriture. En écrivant, j’ai affiné ma pratique et j’ai pris de plus en plus confiance. Maintenant, j’adore écrire.

Couverture de l’ouvrage
« Entre la nuit et le jour »

Comment as-tu vécu la publication de ton recueil ? As-tu remarqué une différence depuis ?

J’ai le même plaisir qu’avant. Je rêvais d’être publiée depuis un moment, sans nécessairement y croire. Il y a une joie à imaginer offrir une vision, un point de vue à un·e lecteur·trice et cela est devenu réalité. Dans le choix des mots et des manières de tourner les phrases, on donne un peu de nous. Or ce don de soi à travers l’écriture est à la fois beau et stressant, car en te lisant certaines personnes vont te découvrir sous un autre jour. J’avais déjà montré certains textes à des parents ou amis proches. Ils percevaient toujours tel ou tel détail de ma personne qu’ils lisaient entre les lignes. Ma parenté un peu plus éloignée a quant à elle été étonnée : « Ah ! mais tu écris, tu ne nous l’avais pas dit », s’étonnaient-ils. Quoi qu’il en soit, j’ai reçu des retours positifs sur mon recueil, j’en suis très heureuse. Les compliments ou les remarques sont souvent très touchants. J’accepte également les critiques et les conseils. Les lecteurs ont parfaitement le droit de ne pas être séduits. J’essaie de ne pas trop y penser, surtout lorsque j’écris. Le plus important, c’est que le texte me plaise. J’écris pour moi et le reste viendra peut-être. Je souhaite me préserver de la peur de plaire ou non, peur qui peut d’ailleurs bloquer l’écriture.

Où trouves-tu tes idées ? As-tu des sujets, des images et phrases qui t’inspirent ?

Quand j’écris, je n’ai pas nécessairement un sujet. C’est souvent une question ou une impression qui motive mon écriture. Par exemple, un soir en rentrant de l’UNIL en métro, fatiguée au point que l’énergie me manquait pour lire et même pour sortir mon téléphone, j’ai pris le temps de regarder autour de moi. Il y avait d’autres personnes comme moi, épuisées par la journée. On partageait un moment commun et nous allions sortir du métro, oublier cet instant. J’ai alors eu envie d’écrire une histoire qui parlait d’un instant partagé par des inconnus dans un métro. Je me suis imaginée la vie de chacun des passagers et j’ai écrit une nouvelle qui développe des détails sur leur vie et leur trajet commun. Ils ne savent rien sur les personnes qui les entourent, mais, à l’inverse, le lecteur est omniscient. Le métro m’avait fourni une situation de base à partir de laquelle tout a découlé. Généralement, le début s’impose à moi et je crée un récit à partir d’une scène première ou d’une phrase. Ensuite, les mots s’enchaînent comme une mélodie. Je ne structure pas de plan préalable. Il m’est arrivé de réfléchir à l’enchaînement des actions avant de rédiger, notamment dans À jamais avec toi, mais le monde se crée pendant que j’écris.

Comment te sens-tu quand tu écris ?

Écrire est pour moi facile. J’aime beaucoup cela. C’est comme si les mots utilisaient mon bras pour passer et se coucher sur la feuille. Je me sens bien. Je ne perçois pas de barrière qui m’entraverait. D’après moi, il ne faut pas trop se bloquer. Je visualise beaucoup les choses – où sont mes personnages, ce qu’ils font, à qui ils parlent, etc. et dès que mes idées sont assez claires, j’écris.

Lorsque tu écris, est-ce que tu cherches un style particulier ?

J’ai deux manières d’écrire, deux styles. Pour mes études et mon travail à l’Institut Benjamin Constant, j’utilise un style académique. J’essaie d’être structurée, de ne pas laisser les sentiments transparaître à travers mes mots et de penser avant tout à la personne qui me lira. À l’inverse, lorsque j’écris pour moi, j’accepte d’être portée par les émotions. Mon écriture se crée comme elle vient. Bien sûr, je retravaille mon texte, mais j’accorde beaucoup d’importance à la spontanéité. C’est ma façon de composer une prose fluide et naturelle. Quand je me relis, je sens directement si un mot détonne, comme une note qui sonne faux.

Comment écris-tu ? À la main ou à l’ordinateur ?

Pour mon recueil, j’ai écrit sur ordinateur. Depuis, je suis revenue aux petits carnets A5 avec un stylo bic très léger. Le contact avec le papier renforce le plaisir d’écrire. J’ai ainsi toujours de quoi écrire sur moi et je peux profiter d’une minute ou d’une idée, aussi fugaces soient-elles. Il n’y a jamais de « bon moment » pour écrire. Cette liberté me permet de saisir l’instant quand il vient. En parallèle, j’entretiens une pratique régulière, j’essaie d’écrire tous les jours. J’ai d’ailleurs une passion pour la papeterie. J’ai rempli six carnets qui contiennent un roman presque achevé ­­– il me reste à le relire et à le peaufiner.

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