Le conflit s’échauffe au Mormont

A gauche: Début de construction de la barrière de la ZAD. A droite: La barrière érigée par la police.

A gauche: Début de la construction de la barrière faite par les membres de la Zone à défendre. A droite: La barrière érigée par la police.

CONFLIT · Ce vendredi 5 mars au matin, la police vaudoise a dressé un barrage routier condamnant l’accès des voitures à la Zone à défendre du Mormont. Un acte aux multiples conséquences pour la communauté y étant établie depuis cinq mois.

C’est avec stupeur que les habitant·e·s de la Zone à défendre (ZAD) de la colline du Mormont ont appris ce matin l’existence d’un barrage routier, alors que l’un d’eux s’en allait effectuer un IRM à l’hôpital de Saint-Loup, suite à une chute d’arbre. Dans la matinée, l’obstacle routier est d’abord constitué de voitures de police barrant la route. Il est vite substitué en début d’après-midi par une barrière jaune et rouge, dressée entre un mur de pierre et celui du cimetière de La Sarraz. Il condamne l’unique accès au sommet de la colline pour les véhicules routiers, isolant la ZAD.

Ce barrage est le dernier épisode en date d’un série mouvementée ayant débuté dans la nuit du 16 au 17 octobre 2020, lorsque les premier·ière·s ZADistes se sont installé·e·s au sommet du Mormont, la colline située à proximité de La Sarraz. Le lieu dit, nommé le plateau de la Birette, est sujet à de nombreuses tensions entre le cimentier Holcim, les défenseurs de la zone et les communes avoisinantes. L’objet du contentieux réside en l’autorisation délivrée à Holcim d’un permis d’exploiter l’endroit pour agrandir sa carrière. Un recours à cette décision est déposé au Tribunal fédéral arguant que le plateau de la Birette est une zone protégée devant demeurer intacte. Divers militant·e·s accourent alors pour protéger le lieu dit en attendant que le recours ait été traité par le Tribunal fédéral. En réaction, Holcim dépose une plainte au motif de l’occupation illégale du terrain. La commune de La Sarraz une autre pour l’utilisation d’une maison abandonnée, transformée par les ZADistes en leur quartier général. Si les événements s’accélèrent, c’est parce qu’un ultimatum a été fixé au ZADistes au 17 mars pour l’occupation de la maison et au 27 mars pour celle du terrain.

«Beaucoup de monde a apporté des matériaux en prévision de l’ultimatum donné», explique le syndic de La Sarraz Daniel Develey : «Le barrage permet de prévenir la recrudescence de véhicules» allant apporter vivre, matériel et nouveaux membres à la ZAD de la colline, dont le nombre est à la hausse ces derniers temps selon le syndic. «La police commence à resserrer l’étau», conclut-il. Jean-Christophe Sauterel, chef communication de la police vaudoise, abonde en ce sens. Il explique qu’un délai pour sortir les véhicules a été donné et que «cette mesure est prise d’un commun accord avec la commune afin de limiter les nuisances».

Face au blocage de la route, c’est aussi le ravitaillement qui se voit perturbé. Avant, les ZADistes, allaient en voiture remplir des bidons de 110 à 200 litres d’eau tous les deux à trois jours pour subvenir aux besoins de la communauté, composée d’une quarantaine de membres. Les besoins proviennent principalement de la vaisselle, demandant de grandes ressources pour laver les ustensiles de la quarantaine de membres de la communauté. Certains ont pris les devants en utilisant une brouette et divers petits contenants, promettant une multiplication des trajets.

Au cœur du camp des ZADistes, réunissant divers postes d’observation nichés dans les arbres, tentes et constructions de bois, la perplexité domine devant ce soudain tour de vis. Les défenseurs de la colline ont dû tenir une réunion de crise, permettant d’exprimer divers doutes et moyens de réponse. Un point inquiète principalement celles et ceux venus de France voisine, naviguant entre la ZAD et leurs familles. «On nous a fixé un ultimatum à 14h30 pour sortir nos voitures explique l’un, mais où les garer ? Nous avons aussi dû en garder certaines sur place, car des gens dorment dedans. Ils ne pourront plus redescendre», explique Loup (tou·te·s ont adopté des pseudonymes). Le parking coûtera surtout cher à celles et ceux habitant à la ZAD pour une durée indéterminée.

D’autres ont décidé de dresser leur propre barricade en amont, à l’aide de troncs d’arbres et de pneus, contrastant avec le plastique utilisé plus bas. «On veut leur faire passer le message réciproque», clame l’initiateur de l’action, déambulant encagoulé afin d’éviter toute reconnaissance.

Plus bas, le barrage routier a provoqué un attroupement de citoyens interloqués, venus apporter de la nourriture aux membres de la ZAD. De jeunes Morgien·ne·s échangent avec un groupe de personnes âgées, leur expliquant que les ZADistes espèrent du soutien de la population lors des ultimatums fixés, pour pouvoir résister face à l’expulsion, de manière non violente. Une déclaration d’une villageoise âgée interpelle : «Je ne vais jamais pouvoir monter les boîtes de conserves en haut sans voiture». Si la barrière n’empêche pas le passage de piétons, elle vise à dissuader l’aide citoyenne, les curieux et ceux venus pour un y séjourner le temps d’un week-end. Le message est fort. Chaque camp commence à serrer la vis et un ZADiste rapporte qu’un policier leur a promis « une surprise » dans les jours à venir, laissant entendre que le conflit se corse. Les jours à venir indiqueront si la mesure produira l’effet escompté, qu’on comptera au nombre de personnes s’opposant à l’expulsion des ZADistes.

Killian Rigaux

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