Du choix et de l’importance des mots

Les messages contradictoires : dé-cor-ti-quer

Alors qu’il y a de cela à peine un mois et demi les mots « confinement » et « déconfinement » ne faisaient pas partie de notre vocabulaire, voici que nos vies sont à tout coup conditionnées, façonnées et changées par ces deux termes qui nous dictent nos comportements, nos habitudes quotidiennes, notre travail, nos déplacements, nos relations sociales. Bref, ces deux termes affectent toutes les sphères de notre vie.

Jusqu’à la mi-avril, les messages de nos politiques suisses se voulaient relativement clairs. #stayathome lisait-on sur les réseaux sociaux. « Confinement » était le mot d’ordre et en sous-titre « Ne sortez que pour aller travailler, faire vos courses ou si vous devez aller aider quelqu’un dans le besoin. » A part quelques réfractaires, le message est passé et chacun le comprenait de la même façon.

Cependant, depuis les déclarations du Conseil Fédéral du 16 avril, présentant le « déconfinement » en trois étapes, les messages suivants peuvent donner une impression de contradiction et laissent une part de flou et d’interprétation. Ceci va, de ce fait, susciter de la confusion et une impossibilité d’agir selon les règles puisque deux choses opposées sont demandées en même temps.

En effet, d’un côté il y a ce « déconfinement » en trois étapes : dès le 27 avril, la réouverture des coiffeurs, des physiothérapeutes, des jardineries et des crèches, un retour à l’école le 11 mai et dès le 8 juin la promesse d’une réouverture de tous les commerces, ainsi que des lieux de divertissements et des hautes écoles. De l’autre côté, « Il faut encore “un régime strict” pour le week-end à venir, prévient l’OFSP le 24 avril. » Ces différents messages véhiculés peuvent être nommés de la « communication paradoxale ».

« La communication est paradoxale lorsqu’elle contient deux messages qui se qualifient l’un l’autre de manière conflictuelle. » (Mucchielli 1995 : 109)

Autrement dit et en caricaturant, « Déconfinons, sortons de la crise, retournons au travail, reprenons les transports en commun MAIS restons chez nous si possible, respectons les normes de distance sociale et d’hygiène et surtout, ne sortons pas ce week-end. » Cette période que nous entamons est quelque part, plus anxiogène que la précédente puisque désormais nous ne recevons plus un message clair de nos politiques, mais des messages peu précis qui nous invitent à décortiquer, sans doute interpréter différemment la situation, et donc rendent difficile de comprendre ce qu’il est attendu de nous. 

Finalement, notons que le terme « déconfinement » n’est peut-être pas des mieux choisis puisqu’il suppose une opposition au confinement, et à ce dernier mois vécu comme tel. Or, la période que nous allons vivre désormais n’est certainement pas encore à des kilomètres de ce que nous avons vécu ces dernières semaines, puisque la distance physique est toujours de mise et les rassemblements de plus de 5 personnes sont toujours interdits. Un terme comme « l’assouplissement de certaines mesures » serait peut-être plus judicieux.

Ref. Mucchielli Alex, « La communication paradoxale », dans : , Psychologie de la communication. sous la direction de Mucchielli Alex. Paris cedex 14, Presses Universitaires de France, « Le Psychologue », 1995, p. 109-118. URL : https://www.cairn.info/psychologie-de-la-communication–9782130466581-page-109.html

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