La prise de la ZAD du Mormont

Crédit photo: Nathan Valiquer.
Il est 8h15, ce mardi matin : l’ultimatum adressé par les forces de l’ordre aux membres de la Zone à défendre du Mormont (ZAD) arrive à son terme. Le conflit qui oppose le cimentier Holcim et les défenseur·euse·s de la zone écologique de la Birette depuis le mois d’octobre 2020 s’apprête à connaître un dénouement. Les policier·ère·s entament alors l’assaut de la ZAD. Ils parviendront au cœur de la forteresse érigée pour l’occasion sur le Mormont aux alentours de 12h40. Un assaut mené en parallèle sur tous les chemins menant au faîte de la colline. La confrontation, à laquelle les deux camps s’étaient grandement préparés, a réuni une foule peu fréquente au sommet de la colline : aux quelques deux cents policier·ère·s et à un nombre équivalent de ZADistes, se sont ajoutés trente-deux journalistes et une centaine de spectateurs.
La prise de la ZAD s’est jouée en de nombreux actes, au rythme des obstacles placés par les protecteur·trice·s de la Birette sur les diverses routes menant au sommet du Mormont. A 8h15, une manifestation surprise organisée par le groupe Extinction rébellion bloque la route au niveau du cimetière de La Sarraz. Des policier·ère·s évacuent ces derniers tandis que d’autres franchissent les murs du cimetière pour contrer le bloc. Certains observateur·trice·s s’indignent et s’inquiètent des imposantes combinaisons anti-émeutes portées par les membres des forces de l’ordre. C’est ensuite un ZADiste déguisé en Charlie Chaplin qui déclame le fameux discours du film Le dictateurdevant une troupe en attente d’ordres. Après 40 minutes et quelques centaines de mètres, un autre militant écologiste sort de son camp pour mettre feu aux divers ballots de paille et branches qui parsèment la route. Des camions-bulldozers balaient le tout alors que des binômes de policier·ère·s enfourchent leurs motos-cross et coupent à travers champs.
10h30, une ligne composée d’une centaine d’éléments de la police fait face à la barricade de la ZAD, derrière laquelle se rassemblent les quelques deux cents manifestant·e·s. L’atmosphère est tendue et les porte-paroles des deux camps échangent sans cesse. Entre deux, un peu à l’écart, les journalistes enchaînent les interviews aux côtés des spectateurs. Parmi ces derniers, des familles s’inquiètent pour leurs enfants barricadés dans la ZAD, devant l’armada déployée : camion-bulldozer, pelleteuse, nacelle et canon à eau accompagnent une trentaine de véhicules de police.
Peu après 12h, le bloc de police avance en essuyant un feu d’artifice, diverses briques, projectiles de peinture et des gaz fumigènes colorés. Les fortifications cèdent de toutes parts et les ZADistes se replient au centre de la colline. Certains se rendent, d’autres se réfugient dans les plateformes construites sur les arbres. Les derniers résistant·e·s se mettent alors à parler du haut de leur perchoir, expliquant leur vision du monde aux journalistes et policiers à leurs pieds. Pour Jacques Dubochet, spectateur de la scène, la véritable victoire du jour est celle de la non-violence de la résistance des ZADistes. Il est alors 14h et la tension se relâche. Policier·ère·s, ZADistes et spectateur·trice·s sont soulagés que l’intervention se soit déroulée sans heurt. Selon le bilan dressé par la police à 16h, 41 individus ont été interpellés.
Daniel Develey, syndic de la commune de La Sarraz, rappelle cependant que l’affaire est loin d’être finie. C’est en effet à la commune d’évacuer les restes du campement, en prenant soin à ce que tous les objets de valeur demeurés sur place soient restitués à leurs propriétaires. L’une des ultimes occupant·e·s de la ZAD ne s’être pas encore réfugiée en hauteur confie pour sa part qu’elle espère que leur aventure aura permis d’éveiller les consciences.