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Le neoperreo, reggaeton en rébellion

MUSIQUE · Le neoperreo, sous-genre né du reggaeton, est apparu en Amérique latine au début des années 2010. Plus qu’un genre musical, ce mouvement culturel nourrit par les scènes féministes et queer libère les corps, la sexualité et le désir par ses danses et ses textes. 

«Que baile la nenita más dura / Que bailen y se suelten en la sala oscura» («Que danse la fille la plus forte / Qu’elles dansent et se lâchent dans la salle obscure»). Ces paroles tirées de la chanson Perra del Futuro de l’artiste Tomasa del Real incarnent parfaitement l’esprit neoperreo. Le nom du mouvement vient en effet de la reprise du terme perreo, désignation de la danse associée au reggaeton se rapprochant du «twerk». Se réappropriant les codes du reggaeton classique,  ses artistes et danseur·ses réinvestissent leur corps, leur image et leur sexualité. Rythmes dansants et basses lourdes se marient ainsi à des éléments électro-pop et à des textes décomplexés traitant principalement de sexualité, mais s’éloignant du point de vue hétéro et masculin jusqu’alors largement favorisé par la culture reggaeton. Originaire d’Amérique latine, le mouvement connaît aujourd’hui un succès mondial, influençant des artistes majeur·es tel·les que ROSALIÀ, et atteignant même les paysages jurassiens à travers la musique de la chanteuse suisse et guatémaltèque Baby Volcano. 

Le pouvoir par la musique

«Le neoperreo, c’est le sous-genre qui permettait aux personnes alternatives et queer de danser le reggaeton, aux gens qui ne pouvait pas aller dans des boîte 100% hétéro pour danser», explique la chanteuse Lizz, surnommée «la sainte patronne du neoperreo», pour l’émission Arte Tracks. «Ce mélange d’électro et de reggaeton, au fond, c’est la version punk du reggaeton», ajoute-t-elle. Comme Lizz, de nombreux·ses artistes trouvent dans le neoperreo une place qui leur a longtemps été refusée dans la culture latino et clubbing classique. Le succès de ce mouvement témoigne d’une génération amatrice d’un reggaeton underground, alternatif et inclusif, où le tabou de la sexualité est levé par ceux·celles qui sont habituellement objectifié·es par le genre. Son esthétique sensuel et ses artistes affichant une hyperféminité assumée revendiquent une liberté des corps, ce que faisait déjà le reggaeton classique, mais en y infusant de nouvelles perspectives. Parfois couplée à une esthétique néo-futuriste et à des éléments de la culture techno comme chez la chanteuse vénézuélienne Arca, la contre-culture neoperreo brise les codes qu’elle reprend pour se transformer en véritable outil d’émancipation. Transgressif et fier, le neoperreo continue de faire danser ceux·celles qu’il contribue à libérer.

Marine Pellissier