Sortir pour mieux se recentrer

DEHORS • Les adeptes des sports en nature se multiplient et la montagne devient un terrain de jeu de plus en plus convoité. La liberté y est grande, mais la responsabilité aussi. Si l’on enfreint les règles du jeu fixées par Dame Nature, c’est sa vie qu’on met en jeu.

Confiné·e·s dans un espace restreint depuis bientôt une année, nombreux·euses sont celles et ceux à la recherche du grand air qui saisissent l’occasion dès qu’elle se présente. Au gré des saisons, le·la sportif·ive chausse alors ses baskets de course, glisse sur ses skis ou enfourche son vélo. Chacun·e profite du moindre rayon de soleil. Contrairement aux sports collectifs tels que le football, basketball, volley ou encore rugby, les sports qui se pratiquent en pleine nature ont cette particularité d’avoir un terrain de jeu sans limite. Les possibilités sont infinies puisqu’on joue avec tous les éléments de son environne- ment, on choisit son itinéraire à l’envie – tantôt sylvestre, tantôt alpin. Les seules règles du jeu sont celles qu’on s’impose à soi-même; un chrono à respecter, un sommet à atteindre ou une boucle à terminer pour retrouver la voiture. La liberté est a priori entière.

La sage humilité

Néanmoins, cette grande liberté que confère la pratique du sport en extérieur est indissociable d’une certaine responsabilité. La nature n’est pas seulement une source inépuisable de beauté et de silence de laquelle émergerait nécessairement la sérénité, elle est surtout majestueuse et souvent indomptable. Le meilleur comportement à adopter face à elle est l’humilité; il faut rester humble devant sa puissance, car un être humain rivalise difficilement lorsque les éléments naturels se déchaînent. Les tempêtes ou les avalanches sont destructrices, mais l’ego humain l’est encore plus. Beaucoup recherchent des sensations fortes, tout particulièrement en montagne où le terrain est abrupt et les pics acérés, mais rares sont celles et ceux qui savent renoncer au bon moment – quand le danger est trop élevé.

Rester humble devant sa puissance

Gravir certains sommets demande de l’engagement et un bagage technique important, car la responsabilité est grande. Jouer sur le fil du rasoir est exaltant, mais gare à l’épuisement. Défier les lois de la gravité a un coût qui se paie parfois de sa vie, guettant même les alpinistes les plus aguerri·e·s.

L’effort révélateur

Si l’on prend du recul et que l’on se détache de son ego destructeur, on ne conquiert plus les montagnes, mais son monde intérieur. Le célèbre traileur Kilian Jornet abonde dans ce sens: «”Conquérir” les montagnes est un mot très ironique. Nous ne les conquérons pas, nous pouvons nous conquérir nous-mêmes, et les montagnes sont ce grand miroir où nous pouvons nous voir, mais nous ne pouvons jamais prétendre que nous nous battons contre les montagnes ou contre la nature parce que nous en faisons partie.»

«Les montagnes sont ce grand miroir où nous pouvons nous voir»

C’est donc par l’effort qu’on dépasse ses limites, et, ce faisant, on acquiert une meilleure connaissance de soi. Le plaisir ne réside donc pas dans la domination des autres et de l’environnement, mais plutôt dans un gain de contrôle sur soi et d’élargissement de ses capacités. La joie résiderait sur le chemin vers le degré maximal d’épanouissement de soi-même.

L’intense bonheur

Ainsi, en se dépensant en pleine nature, l’on s’approche – en prenant gare à ne pas brûler ses ailes – du bonheur. Le développement de ses aptitudes physiques enrichit les pensées et développe aussi l’esprit; le corps et le mental s’harmonisent. Aussi, la beauté des paysages parcourus encourage souvent l’effort et la dynamique sportive n’en est qu’exaltée. De surcroît, si l’on respecte les règles du jeu de Dame Nature, toutes les dimensions et tous les éléments sont accessibles.

Toutes les dimensions et tous les éléments sont accessibles

Les montagnard·e·s s’amusent autant au vertical qu’à l’horizontal, mais aussi avec la glace, la neige et la roche; l’exploration de son terrain de jeu est vertigineuse tant les possibilités sont infinies. Au final, les pics escarpés les accueillent et les pentes raides s’adoucissent en leur compagnie; la félicité s’offre tout simplement à eux.

Carmen Lonfat

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