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Iman, jamais sans créer

©Iman Makzume

INTERVIEW • À 25 ans, Iman Makzume touche à tout: peinture, tatouage, projets créatifs en tous genres. Après des expositions au Holy Art Fair à Londres en 2023 ou récemment au Cabanon de l’UNIL, l’artiste lausannoise poursuit sa quête d’un style personnel entre détails subtils et histoires intimes.

Qu’est-ce qui t’a amenée dans le monde de l’art?

J’ai toujours peint depuis que je suis toute petite. Ma mère, elle aussi très créative, m’a toujours encouragée à bricoler. Je cousais des habits pour mes poupées, je fabriquais mes propres jeux de société. En fait, je n’ai jamais arrêté de créer. Si je ne fais rien de mes mains, je déprime. J’ai commencé à peindre vers vingt ans et aujourd’hui je suis vraiment en plein dedans, en train d’essayer de trouver mon style, la direction artistique que j’aimerais vraiment prendre.

Quel est ton processus de création?

J’ai toujours plein d’idées. Je n’ai jamais l’angoisse de la page blanche. Au contraire, j’ai une to-do list énorme de peintures à réaliser; c’est juste le temps qui me manque! Quand je commence un tableau, j’ai une idée vague de départ, puis ça commence à me parler. Plus je peins, plus ça raconte une histoire. Je rajoute alors des détails pour le faire prendre vie, des petits messages, des mots, des chiffres, des éléments très concrets.

«Ça prend du temps de trouver sa voie artistique, ça évolue»

Iman Makzume

Et aussi, j’aime beaucoup tester de nouvelles techniques de peinture, je n’ai pas encore trouvé celle qui me définit totalement. Ça prend du temps de trouver sa voie artistique, cela évolue avec moi et je pense qu’un jour je trouverai mon style.

Comment décrirais-tu ton art?

Le but de mon art, c’est vraiment que ça raconte une histoire. J’ai besoin que mes œuvres parlent aux gens, qu’ils puissent se sentir connectés à ce que je raconte. Je ne cherche pas à faire du «beau» au sens classique du terme, même si j’imagine que des choses plus soft avec des couleurs plus pastelles auraient plus de chance de finir en décoration dans un salon. Mais en général, dès que je peins pour plaire au plus grand nombre, c’est là que ça bloque; ce n’est plus moi.

Les corps féminins sont très présents dans ton travail, qu’est-ce que ça représente pour toi?

Comme je suis une femme, j’arrive mieux à m’identifier à mes personnages et à comprendre leurs émotions. Peindre des corps féminins me touche plus parce que ça raconte un peu mes histoires aussi, ce que je ressens moi. Et puis, je trouve simplement que ces corps de femmes sont beaux et inspirants. Ayant toujours eu un peu de mal avec moi-même, mon corps, mon image, le fait de peindre ces personnages avec autant de confiance de force et de liberté, ça m’aide aussi, d’une certaine manière.

La nudité est aussi très présente dans tes tableaux. Tu peux nous en parler?

Oui, c’est vrai qu’il y a beaucoup de nudité. Lorsque j’ai exposé à Londres, beaucoup de personnes se sont dites choquées: «C’est quand même vachement sexuel», m’a-t-on dit. Mais ce n’est pas une démarche sexuelle, je cherche juste à peindre les personnes comme elles sont. Je ne comprends pas pourquoi cela dérange. C’est sûrement juste parce que ce n’est pas une Vénus idéalisée qui sort d’un coquillage, c’est une fille normale, on voit ses seins, ses marques, sa réalité.

Quel message souhaites-tu transmettre à travers tes œuvres?

Le message, c’est plein de messages. Ce qui m’intéresse, ce sont les relations humaines, toutes les dynamiques qui se passent entre les personnes mais aussi ce qui se passe dans nos têtes, ce qu’on montre, ce qu’on cache. Je m’inspire de mes expériences personnelles mais aussi de ce que les autres me racontent ou ce que je peux observer.

«Cela dérange sûrement parce que ce n’est pas une Vénus idéalisée»

Iman Makzume

Ce sont ces histoires que je mets en scène de manière imagée et qui s’adaptent ensuite forcément à la personne qui regarde. J’ai envie que mes tableaux poussent à la réflexion. Que les gens cherchent les détails et se posent des questions: quelle est l’histoire de cette personne? Qu’est-ce qu’elle fait là? Qu’est-ce qui se passe dans sa tête? Qu’est-ce qui se passe dans ma tête?

Quels sont tes projets artistiques actuels et à venir?

En ce moment, je me concentre pour créer un portfolio solide. Mon objectif est de peindre une série de tableaux qui me rendent fière et qui soient cohérents entre eux. L’idée ensuite c’est d’aller les présenter dans des expositions ou des galeries comme Skopia ou Sébastien Bertrand, à Genève. Et mon rêve ultime c’est de participer en 2028 ou 2029 à Art Basel, la plus grosse foire de l’art au monde, où il y a tous·tes les artistes du moment, et aussi un coin d’artistes émergent·es, où j’aimerais bien être. J’ai déjà même un petit carnet «Art Basel 2029» où j’ai inscrit les étapes par lesquelles passer pour y arriver. Ça prendra du temps, mais j’y crois!

Propos recueillis par Justine Pellissier

Instagram de l’artiste @imanmakz